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Nuñez/Retailleau: les vains barrages contre l’entrisme islamiste

Le dernier texte voté sur le « séparatisme » date de moins de cinq ans. Bruno Retailleau a largement fait adopter sa proposition de loi sur l’« entrisme islamiste » au Sénat, hier. De son côté, Laurent Nuñez affirme « ne pas avoir de problème avec l’islam en France, mais combattre ceux qui l’utilisent pour porter atteinte à notre République ». Il a également déclaré que le texte de M. Retailleau constituait une « œuvre inachevée » et souhaite proposer, en conseil des ministres, des mesures supplémentaires contre le séparatisme et l’entrisme dans les prochaines semaines. Les gouvernements se succèdent, tandis que l’islamisation de la société française se poursuit inéluctablement.


Bruno Retailleau entend lutter contre l’entrisme islamiste. Le candidat LR à la présidentielle a fait adopter hier soir, par le Sénat, une proposition de loi dans ce sens. Son successeur à l’Intérieur, Laurent Nunez, promet d’en faire autant, après avoir pourtant assuré, en avril, vouloir « mieux contribuer à faire connaître l’islam ». 

Retailleau est plus convaincant que Nunez qui ne voit pas non plus d’inconvénient au voilement des petites filles. Cependant, ce n’est pas tant l’entrisme qui est à combattre, en identifiant les associations militantes et leurs doubles discours anti-français, que l’islam subversif lui-même. Or, pour être de ceux qui alertent depuis trente ans sur ce danger, qui sait se dissimuler par le mensonge (la taqiya), j’ai pu mesurer ses protections : elles sont produites par un système faussement vertueux qui a érigé le populisme en repoussoir.

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Dans Le Figaro de lundi, l’essayiste Nicolas Baverez prédit l’effondrement de ce courant de pensée en constatant notamment l’échec électoral du Hongrois Victor Orban ou les difficultés que rencontre Donald Trump. Cependant une addition de chiffres et de courbes ne rend pas compte du désespoir existentiel des peuples confrontés au mondialisme, démolisseur de frontières. Ceux qui réduisent le populisme au rang d’une démagogie décérébrée sont les mêmes qui restent indifférents à la fragilité des nations ouvertes et aux effets anesthésiants de l’idéologie antiraciste, qui interdit de se plaindre de l’immigration de masse. Face à l’offensive de l’islam conquérant en Occident, et singulièrement en France, les populistes demeurent les premiers résistants. Non seulement ils ne sont pas voués à disparaître, mais l’intérêt qu’ils portent aux souffrances des méprisés leur promet une audience grandissante.

Quand Emmanuel Macron désigne la Russie de Poutine comme une menace pour la France, en finançant l’Ukraine à hauteur de 17 milliards d’euros, il contribue à détourner les regards sur la dangerosité du djihad importé et ses pratiques terroristes. Le chef de l’Etat oblige de surcroit le pays, naguère dépendant de Moscou pour une partie de son énergie, à se tourner toujours davantage vers les pays arabo-musulmans pour assurer sa sécurité gazière et pétrolière. La mise au ban d’Israël, qui mène une guerre totale à l’islamisme qui a juré sa disparition, ajoute à la mansuétude dont bénéficie cette idéologie totalitaire auprès des « élites » françaises. La dictature des mollahs et des Gardiens de la Révolution est moins critiquée que l’offensive israélo-américaine en Iran. Les médias occultent d’ailleurs le rejet de l’islam par le peuple iranien majoritairement musulman : sur les 75.000 mosquées que comptait le pays, 50.000 ont été fermées.

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Pour avoir traité de « mabouls » ceux qui entendent défendre les intérêts nationaux face à l’Algérie revancharde, Macron a été explicite sur son désir d’apaisement avec ceux qui humilient la France. Les calomnies que subit Boualem Sansal, lâché par les couards, sont liées à ses attaques contre l’islam qu’il refuse de différencier de l’islamisme. Jean-Luc Mélenchon se veut d’ailleurs le protecteur de la nouvelle France musulmane. Bref, lutter contre l’entrisme islamiste restera vain tant que la France poursuivra sa folle politique d’immigration, et ses compromissions avec l’ennemi intérieur.

Un navet de saison

Faire un film choquant pour mieux éviter de penser, qui plus est avec Laure Calamy, c’est encore raté.


Le cinéma français produit chaque année un certain nombre de comédies pas drôles dont on se demande toujours comment elles ont pu franchir les délicates étapes de l’écriture, puis du financement jusqu’au montage.

C’est quoi l’amour ?, de Fabien Gorgeart, en fait manifestement partie, affichant un casting d’acteurs presque spécialisés dans ce genre singulier et désolant, avec l’attendue Laure Calamy en tête.

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Il s’agit d’une vague histoire d’annulation d’un mariage religieux sur lequel le pape est bien évidemment le seul compétent. Un pape à la peau noire tellement caricatural qu’on se demande si le cinéaste a conscience du côté gênant de sa fausse audace. Mais tout ici est à l’avenant : clichés et grosses ficelles, interrogations et questionnements pour romans de gare. On fait semblant de se poser des questions « de société », on fait mine de rire de tout et de rien, et on termine son film en queue de poisson parce qu’on n’a fondamentalement rien à dire. Affligeant.

http://www.youtube.com/watch?v=ZJVKd8KQTLA

Quatre friandises de Sacha Guitry

Avec le Festival de Cannes, on pourrait croire que mai est le mois du cinéma. C’est tout l’inverse, puisque la presse est priée de se taire jusqu’à la présentation officielle des films. Heureusement qu’il y a Sacha Guitry !


Les Perles de la Couronne, Désiré, Remontons les Champs-Élysées et Quadrille de Sacha Guitry.
Sortie vidéo (Gaumont), le 2 mai

« Au Bon Marché, j’achète les yeux fermés. Quand je vais au Louvre, je les rouvre » ; « Le chocolat LSK CSKI » ; « Il n’y a que Maille qui m’aille ». On pourrait croire à du Séguéla, mais c’est le génial Sacha Guitry qui fut l’inventeur de ces slogans publicitaires. On préfère cependant, et de loin, toute son œuvre dramaturgique et cinématographique. Gaumont a eu la très belle idée d’éditer en Blu-Ray quatre de ses films, pas forcément les plus connus mais sacrément réjouissants, chacun dans son genre, tournés en 1937 et 1938.

Les Perles de la Couronne réunit notamment Raimu, Jean-Louis Barrault, Claude Dauphin et Jacqueline Delubac autour du cinéaste lui-même (dans les rôles de François Ier, Barras et Napoléon III, rien que ça). Guitry y raconte l’histoire aussi fabuleuse que fantaisiste d’un collier composé de sept perles fines, jadis offert par le pape Clément VII à sa nièce Catherine de Médicis. On y croise ensuite aussi bien Mary Stuart qu’Elisabeth Ière pour finir sur le paquebot Normandie dans lequel le narrateur (Guitry évidemment) fait route vers New York. Pour les amateurs de transatlantiques de la grande époque, c’est d’abord l’occasion de découvrir « pour de vrai » le fameux Normandie que Guitry, fortement impressionné, dit-on, filma sous toutes ses coutures. Ce n’est pas la plus réussie des cavalcades historiques dont le grand Sacha avait le secret, mais c’est la première d’une longue série dont Si Versailles m’était conté deviendra le navire amiral.

Cette même année 1937, l’écrivain-cinéaste adapte au cinéma sa propre pièce, Désiré, dans laquelle il joue le rôle-titre aux côtés de Jacqueline Delubac, son épouse d’alors. Soit l’histoire d’un valet de chambre impeccable et très stylé qui tombe amoureux de celle qui l’a engagé, Odette Cléry, laquelle rêve aussi de lui. « Ce pourrait être un drame, mais j’ai décidé d’en faire une comédie qui est parfois une comédie bouffe », déclare Guitry à la sortie du film. Selon la Gaumont, son producteur, il s’agit d’un film « comique ». Tout en « arabesques, digressions et parenthèses », selon le regard éclairé du critique Jacques Lourcelles, le film se déguste comme un bonbon acidulé où chacun joue le rôle que les conventions sociales lui ont attribué. Une merveille sans aucun doute.

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L’année suivante, en 1938, Guitry change à nouveau de registre avec Remontons les Champs-Élysées pour renouer avec la veine historique. Il incarne un instituteur-narrateur descendant à la fois de Louis XV, de Marat et de Napoléon Ier ! Le cours d’histoire défile de 1697 à 1938, de l’Étoile à la Concorde, de Louis XV au roi d’Angleterre, en une heure et quarante-deux minutes chrono, ce qui tient évidemment du prodige. La verve de Guitry fait tout passer, y compris les erreurs et autres anecdotes approximatives. Peu importe. Ce qui compte ici, c’est assurément l’allant d’une narration : esprits trop sérieux et rigoureux s’abstenir. On sent bien à l’écran que tous les comédiens, la crème des premiers et seconds rôles du cinéma français des années 1930, prennent un intense plaisir à jouer devant la caméra du maître.

Ultime film de cette salve en vidéo, Quadrille, où l’on retrouve avec bonheur le couple Guitry-Delubac. Il s’inscrit dans un registre boulevardier qui n’est pas forcément le plus brillant d’un point de vue cinématographique (il s’agit de l’adaptation de la pièce homonyme que Guitry avait créée durant l’été 1937 à Orléans). Mais son esprit inimitable est toujours là, servi aussi par Gaby Morlay et Pauline Carton. Cette édition de Quadrille réserve une autre bonne surprise dans ses bonus : Le Mot de Cambronne, un moyen métrage drôle et savoureux autour du maréchal d’Empire et de sa supposée repartie aussi brutale que concise face aux troupes anglaises à Waterloo en juin 1815.

France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Le réquisitoire de Gilles-William Goldnadel. La défense de Stéphane Sitbon-Gomez. La bataille de Charles Alloncle. Découvrez le sommaire de notre nouveau numéro


A en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. C’est ce qu’affirment Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques dans la présentation de notre dossier du mois. Le député UDR a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Gilles-William Goldnadel est en croisade contre l’audiovisuel public depuis près de trente ans. Il se confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques : tout ce qu’il dénonce inlassablement a éclaté au grand jour grâce à la commission Alloncle, qu’il s’agisse de dérives financières, de collusions politiques, ou du traitement malhonnête du conflit au Proche-Orient. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, prend la défense de l’audiovisuel public dans une autre interview. S’il reconnaît certains manquements à la neutralité et promet une gestion plus rigoureuse des deniers publics, il récuse certains reproches qu’il estime calomnieux ou orientés. Et se dit fier du travail accompli malgré la pression des « extrêmes » et la tempête Alloncle. Charles Alloncle raconte à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques les six mois d’auditions houleuses qu’il a vécus, avec des fuites orchestrées par des députés, un président de commission hostile, et de violentes attaques dans la presse… Il passe en revue tout ce qu’il a découvert en plongeant dans les entrailles de l’audiovisuel public.

Le numéro 145 est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 6 mai chez votre marchand de journaux !

Lors des auditions, les pontes des médias d’État ont eu à répondre de leur manque de neutralité. Contorsions, déni et mauvaise foi : le spectacle a été à la hauteur des attentes. Jean-Baptiste Roques dresse le florilège des plus belles tartufferies entendues à l’Assemblée. Didier Desrimais a suivi de près l’audition de Patrick Cohen qui n’a pas craint de se poser en arbitre du pluralisme. Malmené par ceux qui l’interrogeait, l’éditorialiste vedette a fustigé la commission et a exposé une morale à géométrie variable. Ainsi qu’un goût pour la délation. En témoignant, François de Rugy a affirmé que le traitement des questions écologiques dans l’audiovisuel public était plus porté sur l’émotion et le militantisme que sur la science. Benjamin Goldnadel a interrogé l’ancien ministre et Laurent Lesage avec qui il anime la chaîne YouTube « Et si l’économie sauvait l’écologie ? » où ils rappellent que l’écologie a besoin de la science.

Dans son éditorial, Elisabeth Lévy cite un rapport de l’Organisation internationale du travail qui révèle que « le stress, le harcèlement ou les journées interminables » causent chaque année la mort de près de 840 000 personnes dans le monde. Et la CGT d’exiger que le gouvernement double le nombre d’inspecteurs du travail. Pourtant, le problème en France n’est pas qu’il n’y a pas assez de contrôles, c’est qu’il y a trop de normes à contrôler. Sans parler de cette nouvelle épidémie, celle des arrêts-maladie dont le nombre et le coût s’envolent et dont on ne saurait totalement exclure qu’une partie soit abusive, voire frauduleuse. Le grand-guignol antifasciste vient d’être ressuscité par la croisade anti-Bolloré orchestrée en réaction au limogeage d’Olivier Nora. Mais notre directrice de la rédaction certifie que, au moment où la République des lettres s’efface au profit du royaume des écrans, cette agitation de salon est aussi le chant du cygne d’un monde qui disparait – le monde littéraire lui-même.

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Gil Mihaely salue la publication (chez Gallimard) du nouveau livre de Georges Bensoussan, Une nouvelle histoire du sionisme. En choisissant comme bornes de son étude les années 1860 et 1950, l’historien décrit la formation d’un État, de sa genèse au sein de l’espace ottoman à la cristallisation du récit victimaire arabe. Inquiets de voir Jordan Bardella toujours plus haut dans les sondages, les Insoumis et leurs compagnons de route tentent, depuis les élections municipales, d’imposer le thème du racisme dans le débat politique. Selon Martin Pimentel, il s’agit d’une stratégie cynique mais payante. Quand le rouleau compresseur de l’administration les mène au bord du gouffre, les paysans se tournent vers la religion. Estelle Farjot et Léonie Trébor nous font découvrir un front commun des curés et des agriculteurs contre la sécheresse des tableaux Excel.

Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles se félicite de ce que le 1er-Mai demeure obligatoirement chômé et payé. Pour Ivan Rioufol, la France est plongée dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. Emmanuelle Ménard déplore le peu d’influence de la France sur la scène internationale aujourd’hui. Dans ce domaine comme dans d’autres, Emmanuel Macron aura écorné l’image de la patrie des droits de l’homme. Gilles-William Goldnadel dénonce la mollesse face aux mollahs, en d’autres termes la morale à géographie variable de la presse occidentale dans son traitement de la guerre en Iran.

Cent réfugiés de la maison Claver, qui « œuvre depuis 2008 à l’élaboration d’un modèle d’intégration durable des réfugiés en France », ont posé devant l’objectif d’Hannah Assouline. Le livre qu’elle vient de publier chez Herscher, Autres visages, autres mains est une galerie de portraits qui témoigne, avec un tact admirable, de la violence de l’exil et de la reconstruction par l’amitié. Jean-Michel Delacomptée salue un ouvrage franc et sensible, à l’image des regards qu’il sublime. Neuf des portraits – de visages et de mains – accompagnent la recension. Dans son nouveau roman, Patrick Besson s’imagine tomber amoureux d’une jeune femme, être hospitalisé puis assister au dramatique incendie d’un bar. Ce qu’il ne pouvait imaginer, c’est qu’il allait vivre tout cela, réellement, quelques mois plus tard. Pour Simon Collin, Le jour où je suis tombé amoureux (Albin Michel) nous pose une question très sérieuse : les écrivains feraient-ils l’Histoire ? Bruno Lafourcade a lu Descente dans la Roumanie de Ceausescu de Radu Portocala (Éditions Non Grata). L’auteur, qui a survécu à l’abomination du régime du Conducator, témoigne de ce tyran grotesque, imbécile et cruel qui a profondément meurtri son pays. Un cauchemar que les Occidentaux ont refusé de voir.

Selon Levinas, un visage n’est jamais vraiment vu. Trois expositions mettent ce paradoxe à l’honneur : au Petit Palais, portraits et autoportraits étalent leur narcissisme ; au musée Jacquemart-André, les maîtres du Siècle d’Or espagnol jouent des pâleurs mystiques ; et aux Franciscaines, les modèles ne sont que de dos ! Pour Georgia Ray, contempler les œuvres exposées nous permet de porter un regard nouveau sur les visages de ceux qui nous entourent et surtout ceux que nous aimons. Le vin a toujours été indissociable de la France, mais aujourd’hui les Français en boivent de moins en moins, voire plus du tout. Et les restaurants gastronomiques sont obligés de pratiquer des prix élevés pour supporter les charges sous lesquelles ils croulent. Pour notre bonheur, Emmanuel Tresmontant nous confie les adresses de lieux où l’on peut boire de jolis canons sans se ruiner. Avec le Festival de Cannes, on pourrait croire que mai est le mois du cinéma. C’est tout l’inverse, nous explique Jean Chauvet, puisque la presse est priée de se taire jusqu’à la présentation officielle des films. Heureusement que quatre films de Sacha Guitry sortent en vidéo et L’homme qui voulut être roi de John Huston ressort en salles.

Si les conclusions de la commission Alloncle vous encouragent à éteindre votre télévision, vous pouvez toujours ouvrir votre nouveau numéro de Causeur

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Une nouvelle histoire du sionisme: (1860-1950)

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Le Jour où je suis tombé amoureux

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Descente dans la Roumanie de Ceausescu

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Chesnais en majesté

Patrick Chesnais s’excuse au Théâtre de Poche Montparnasse tous les lundis à 21 h 00 dans une série de lettres adressées à des proches, à des lieux, à des moments de sa carrière et plus généralement à la vie, sur une mise en scène d’Émilie Chesnais. C’est drôle, émouvant et magistral. Tout l’art dramatique de ce grand acteur nous éclabousse durant cette lecture incarnée.


Il est là, comme à son habitude, décontracté et narquois, l’ironie rieuse au bord des lèvres, faussement distant, puissamment campé sur ses jambes longilignes, avide de scène, de mots et de confidences. Le corps est d’aplomb et le souffle équilibré, le métronome bat régulièrement. Cette mécanique datant de 1946 est huilée, elle a fait ses preuves. Il va nous lire, ce soir, des lettres d’excuses, des cris d’amour et de détresse, des emballements et des regrets, tout le sel d’une vie parcourue au pas de course, dans la recherche de lumière et d’étincelle, dans la terreur du jour d’après et des petits matins. Son appétit de théâtre est intact. Il ne cachetonne pas. Il ne feignasse pas. Il va nous dévorer et nous libérer. Avec Patrick Chesnais, le public forcément complice, attendri, acquis à sa cause, le suit partout dans ses excès et dans ses failles, dans le trouble comme dans la blague. On se jette avec lui dans le grand bain de l’impudeur, donc de la vérité. Nous ne faisons plus qu’un au théâtre de Poche dans cette salle collante et chaude. On se croirait à la fin d’un été quand l’orage a tonné dans le ciel et que la pluie éclabousse le pavé d’un ton guilleret. Cet acteur plein de réserve et de talent, de mordant et d’écorchures nous touche, voilà tout.

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Nous avons un pacte secret avec lui. Bien sûr, il y a cette voix qui projette si bien nos souvenirs, la virtuosité de son jeu, ses accélérations, ses silences, le coup de massue quand il hausse le ton, la terre tremble, les murs résonnent puis, en un claquement de doigt, une volte-face, il nous susurre des mots tendres, des mots d’amour dans le creux de la nuit ; toutes ces variations se déploient avec une aisance déconcertante. Nous aimons cet artiste pour ces ruptures haletantes. Bien sûr, il y a le métier, il le connaît par cœur, des années d’expérience, mais sans le feu, sans l’énergie, sans l’onde nostalgique, la technique ne vaut rien, elle s’effrite, elle tournerait à vide. Patrick Chesnais y croit dur comme fer, sa présence est mise en valeur par le travail de sa fille, tout en nuances, du sur-mesure. Ces lettres d’excuses commencent par un coup de poignard, une missive adressée à son fils Ferdinand disparu à l’âge de vingt ans. La salle se fige. Il attaque dur. Il n’esquive pas la montagne. Il la prend en pleine gueule. Nous avec. À partir de ce moment-là, on sait que Chesnais pourra tout se permettre, tout enchaîner, tout faire exploser, le sérieux comme les convenances. Rien ne résistera à son humeur tantôt taquine, tantôt amère, et souvent le ton grinçant précèdera l’explosion des rires.

Chesnais pratique un art à part, celui du chaud et du froid, ses excuses sont autant des regrets que des mouvements d’admiration, une combinaison de batailles puériles et de déchirures profondes. Chesnais, chevalier errant, fait des excuses à sa jeunesse, à sa vieillesse et même à la mort, cette salope qui ne prévient jamais.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Causeur #145 France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Don Quichotte bravant le ridicule, ne reculant devant aucun moulin, il est désopilant quand il évoque un spectacle pressant avec Delphine Seyrig ou le regard courroucé de Jack Nicholson ; il est désarmant quand il nous parle de sa mère en EHPAD et de Mémé de la Garenne, un monde souterrain renaît alors, on voit de nos yeux l’appartement de sa grand-mère, il est penaud face au désarroi de Mathilda May et le français impeccable de Naomi Watts, il se paye même le luxe d’un combat contre le Covid-19 canal historique. Chesnais est grand car l’émotion n’est jamais téléguidée chez lui, elle n’est pas instrumentalisée, elle surgit comme ça, dans un poste de TSF, le rire de Juliette ou les roulades de son petit-fils Eliott âgé de neuf mois. Chesnais, ce boomer nous surprend encore, il n’est jamais convenu, jamais là où on l’attend, sa lettre d’excuses à Paris prend des allures de plaidoyer gaullien, elle court de Villon à Rimbaud, des boulevards des Maréchaux à Saint-Germain-des-Prés. Quand on sort du théâtre de Poche et que l’on s’engouffre dans la ligne 12 du métro, on sourit bêtement, on est heureux et touché, car secoué d’avoir assisté à ce moment de grâce.

1h15

Les tendresses de Zanzibar

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À l’Opéra de Paris, « Rusalka » renaît dans une splendeur intacte

Lyrique. L’amour et la mort, magnifiés dans Rusalka : sublime mise en scène de Robert Carsen, orchestre et chanteurs au sommet


Production millésimée 2002, avec Renée Fleming dans le rôle-titre sous la direction de James Colon, le chef d’œuvre tardif de Dvorak, Rusalka (1901) n’avait pas été donné à l’Opéra de Paris depuis 2019. Très attendue, cette quatrième reprise ne permet pas seulement de réentendre une des plus sublimes partitions du compositeur tchèque (1841-1904), écrite trois ans avant sa mort, certainement son opéra le plus célèbre parmi la dizaine d’œuvres lyriques qu’on doit à l’artiste bohémien dont l’établissement aux Etats-Unis en 1892 nous aura donné, entre autres,  la Symphonie du Nouveau Monde, le Concerto pour violoncelle et le quatuor « Américain »…

Renversant

La quintessence du génie –  osons le mot ! – de Robert Carsen s’affirme dans cette mise en scène, admirable de part en part, – celle-ci emblématique du style inimitable propre au Canadien installé à Paris depuis des lustres. Jamais d’élément purement « décoratif » chez Carsen : tout y fait sens, chaque tableau enté sur une lecture attentive de l’œuvre, pour l’éclairer à neuf. Rusalka, flanquée de ses trois sœurs lacustres, est cette naïade éprise d’un prince, et que la sorcière Jezibaba aide à prendre forme humaine, sous réserve qu’elle demeure muette, et soit maudite si son amour est repoussé. Survient une princesse étrangère, moins évanescente, moins glaçante que cette fée étrangement mutique, et qui ne manque pas de séduire le jeune prince… Rappelée à l’aide par Rusalka, Jezibaba propose une vengeance à l’abandonnée : le tuer. Epouvantée à cette idée, et tandis que l’ondin, son père, se meurt d’avoir vu sa progéniture ainsi trahie, la nymphe éplorée, mais désormais douée de parole, voit soudain réapparaître son prince charmant : il la cherchait désespérément. Leur étreinte se paiera du prix de son trépas, le prévient Rusalka : mais dans ses bras, le prince meurt heureux…

A lire aussi, du même auteur: Sabine Devieilhe triomphe, la mise en scène déraille

Tout, dans cette parabole –  dont le livret de Jaroslav Kvapil doit son inspiration à Friedrich de La Motte-Fouqué (Ondine), à Andersen (La Petite Sirène) et aux frères Grimm (L’Ondine de l’étang) –  coïncide idéalement avec les spécificités qui se signalent si puissamment, d’une régie à l’autre, dans le travail de Robert Carsen, et que cristallise la présente mise en scène de façon singulière : le lit ( la couche) comme point nodal de l’action, ici dédoublé au centre d’un dispositif architectural en miroir, promis à s’ouvrir, à se recombiner dans une vertigineuse succession de jeux d’optique qui feront se dupliquer également les personnages, leurs costumes, leurs gestuelles, dans une chorégraphie plastique aussi subtile qu’efficace où noir et blanc se confrontent, jusqu’à ce savant, spectaculaire, onirique renversement de la perspective, esthétiquement renversant, en effet ! Tout un éventail de reflets, de moirures, de gazes, chatoie selon les arrêts d’une poétique qui, un tapis de roses rouges écloses au sol, marie l’air et le feu, la terre et l’élément liquide… Avec Rusalka, Robert Carsen propose sans doute la mise en scène la plus emblématique de son univers formel et mental. Un quart de siècle s’est écoulé ; elle conserve la même fraîcheur.

Imperfectible Nicole Car

Au pupitre, l’émérite chef nippon Kazushi Ono, 66 ans, n’a plus rien à prouver, sinon que sous sa baguette l’Orchestre et Chœurs de la maison parisienne développe une relecture contemplative de l’œuvre, avec un soin du détail, une netteté, une brillance sans tapage, en parfaite adéquation avec cette magistrale mise en scène. Seul bémol : l’option de sonoriser certains morceaux des chœurs, très éloignée de l’esprit comme de l’époque de la partition. La performance inoubliable de la soprano australienne Nicole Car, dans le rôle-titre, rayonne. A elle seule, elle hisse le spectacle au sommet : déchirante, tout simplement, d’un bout à l’autre de sa tessiture, aussi à l’aise dans les graves que dans le médium et les aigus qu’exigent la partition, suprêmement élégante dans une ligne vocale dominée par une technique imperfectible. La plantureuse mezzo américaine Jamie Barton campe une sorcière Jezibaba redoutablement efficace sur le plan scénique autant que vocal, tandis que l’ensorceleuse Princesse étrangère, sous les traits voluptueux d’Ekaterina Gubanova (relayée à partir du 11 mai par Alisa Kolosova), propose un contraste charnu avec l’héroïne éprise du Prince, qu’incarne le ténor pétersbourgeois Sergey Skorokhodov, pour le coup moins convainquant, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas tout à fait l’âge qui conviendrait au rôle –  le chanteur a 52 ans.

Les trois ondines sororales – sopranos Margarita Polonskaia et Maria Warenberg, contralto Noa Beinart – remplissent radieusement leur office, tout autant que Florent Mbia dans l’emploi du Garde Forestier et Seray Pinar dans celui, travesti, du garçon de cuisine. L’Esprit du lac (basse russe Dimitry Ivashenko) n’a pas fini de nous hanter…           


Rusalka. Opéra d’Antonin Dvorak. Direction : Kazushi Ono. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Nicole Car, Sergey Skorokhlodov, Ekaterine Gubanova/Alisa Kolosova, Jamie Barton, Dimitry Ivaschenko, Margarita Polonskaya, Maria Warenberg, Noa Beinart, Florent Mbia, Seray Pinar.

Durée : 3h35

Opéra-Bastille, les 8, 11, 14, 20 mai à 19h30, le 17 mai à 14h30.

Enfin un coup de frein au réchauffement climatique

Donald Trump et le détroit d’Ormuz : une crise géopolitique aux effets climatiques inattendus


C’est un mystère de la sociologie politique des Français. Beaucoup de ceux qui croient au réchauffement climatique ne croient pas au grand remplacement, et inversement. Peut-être qu’il est trop dur à l’esprit d’envisager deux grands malheurs à la fois. Les Français de 1350 affrontaient deux calamités : la Grande Peste Noire et la Guerre de Cent Ans. Un historien découvrira-t-il un jour que nos ancêtres se déchiraient entre ceux qui craignaient avant tout les Perfides Anglois et ceux que terrifiait le bacille de Yersin ?

Punis !

J’ai d’excellentes raisons de croire à la fois au Grand Réchauffement et au Grand Remplacement. Cette croyance ne vient pas des journaux ou des chaînes d’information en continu, elle me saute aux yeux. J’ai vu l’été dernier, pour la première fois de ma vie de vieux jardinier, mes tomates cuire sur leurs plants, et le temps estival qui règne sur le Sud-Ouest depuis le début d’avril ne m’inspire pas confiance. Dès que je vais dans ma minuscule ville périgourdine, je constate que nos chers visiteurs africains se multiplient et ont tendance à prolonger indéfiniment leur séjour touristique. Ne vous inquiétez pas pour moi, ces constatations ne me détruisent pas. Je bénéficie de deux fermes soutiens, le stoïcisme romain et le christianisme, Sénèque et le Christ, Les Lettre à Lucilius et l’Evangile, que je ne mets bien sûr pas sur le même plan. Il y a en Mathieu 6,26 une merveilleuse leçon de flemme et de désinvolture : “Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent (…) et votre Père céleste les nourrit.” J’ai toujours pensé que la vie n’était pas vivable sans un minimum de jemenfoutisme.

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Il est difficile de faire changer d’avis les climatosceptiques, dont les croyances sont existentielles, selon l’adjectif à la mode. Qu’ils réfléchissent cependant à ces tristes réalités : “Plages englouties, recul des terres : de la Bretagne à la Côte d’Azur, à quoi ressembleront les côtes françaises en 2050 ? “ se demande le Figaro du 19 avril. “En Nouvelle-Aquitaine (…) la côte sableuse perd en moyenne 1 à 3 m. par an”. Tout cela parce que les glaciers du Groenland et ceux de toutes les chaînes de montagnes fondent rapidement et élèvent le niveau des mers. La Conférence internationale de Santa Marta en Colombie qui s’est terminée le 29 avril affirme que “par son utilisation continue des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), l’humanité impose à la planète une dangereuse surchauffe” (site du Courrier International).

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de stopper la catastrophe se sont révélées vaines : échec de la dernière réunion du COP sur le plan international. Sur le plan national français, échec de l’écologie politique, qui à force de multiplier d’inutiles brimades comme les ZFE est devenue “l’écologie punitive” et a fortement reculé aux élections municipales. On peut sans trop de risque anticiper sa totale disparition aux législatives de 2027.

Un président climatosceptique

Mais l’Histoire des hommes est tissée de surprises. Qui aurait pu penser qu’un début de solution viendrait d’un président américain climatosceptique ? Qui aurait pu penser   que le nom de “détroit d’Ormuz”, au lieu de signifier une catastrophe économique planétaire, deviendrait la parole magique capable de ralentir, de stopper peut-être, la descente aux enfers brûlants de notre chère planète ? Depuis le début de la guerre d’Iran, la consommation mondiale de pétrole a reculé d’une quantité estimée entre 2,5 millions de barils par jour et 4 millions. Bravo ! Claire Bouleau, spécialiste des transports chez Challenges annonce que toutes les compagnies aériennes ont annulé des vols. Bravo ! Le patron de Ryan Air annonce qu’il n’aura plus de kérosène en juin, car 40 % du kérosène mondial passe par le détroit d’Ormuz. Bravo. On sait que l’aviation est l’un des principaux empoisonneurs de notre atmosphère. Le site d’Atlantico annonce le 1er mai “qu’il y a une ruée vers les voitures électriques déclenchée par la guerre en Iran”. Bravo.

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Etrange, ce que n’ont pu faire les recommandations internationales et les bêlements aigre-doux de nos écologistes nationaux, un président américain le fait grâce à la collaboration des Iraniens. Je le dis sans ironie : il faut souhaiter que le double blocus du détroit d’Ormuz dure le plus longtemps possible. Coup de chance, Donald Trump mène là-bas une guerre planplan, personne ne meurt ces jours-ci, les soldats américains bronzent sur les porte-avions, les Iraniens fument ou sniffent la contrebande venue d’Afghanistan. Cette béatitude générale peut durer longtemps, Donald ne s’inquiète pas des midterms, il sait bien que tous les présidents en place les perdent. Les peuples démocratiques sont volages.

La haine irraisonnée des Français envers les présidents américains du camp républicain est néfaste à leur intelligence. J’ai vu en 1984 sur les quais de Strasbourg une scène honteuse : le passage sous les huées de la foule du président Ronald Reagan qui se rendait au Conseil de l’Europe. Son crime ? Il voulait déployer des fusées en Allemagne pour répondre aux fusées soviétiques qui menaçaient l’Europe. Peu de temps après, Reagan a provoqué l’effondrement de ce triste tigre en carton, l’Urss, en le ruinant par la course aux étoiles. On sait moins qu’avec l’appui de Margaret Thatcher, il a réussi à interdire internationalement l’usage des gaz qui détruisaient la couche d’ozone. Aujourd’hui on n’entend que des louanges de Ronald Reagan. Vous n’aimez toujours pas Trump ? Pensez qu’il sera parti dans deux ans, alors que Poutine et Xi vous regarderont encore avec leurs sourires vipérins.

Commission Alloncle: le rapport consenti!

À en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. Il a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Pour une partie de la classe politique, il est scandaleux, voire honteux, de permettre aux Français de soulever le capot de l’audiovisuel public. Il est peu probable que cela aboutisse à de grands changements.


On savait déjà que la télé rend dingues ceux qui la font, parfois ceux qui la regardent. On a maintenant la preuve qu’elle rend mabouls ceux qui la contrôlent. Le 27 avril, quand les membres de la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public se réunissent à huis clos à l’Assemblée nationale, un parfum de folie flotte dans l’air. Alors qu’il s’agit simplement ce jour-là d’accomplir une formalité – autoriser la publication des conclusions du rapporteur Charles Alloncle –, la séance va durer près de cinq heures. Le texte pourtant ne les engage à rien et n’a aucune force contraignante. Dans l’assistance, chacun sait bien du reste qu’il lui sera parfaitement loisible de s’en démarquer et de l’étriller publiquement dès sa parution.

Seulement, pour les dix élus de gauche présents dans la salle (sur trente membres en tout), le simple fait qu’Alloncle, député UDR – c’est-à-dire allié du RN – , ait pu consigner dans un document officiel ses réflexions sur la radio et la télévision publiques est inacceptable. « On doit avoir un geste de courage qui est de censurer Charles Alloncle pour l’ensemble de son œuvre », déclare carrément l’écologiste Jérémie Iordanoff avant que les portes se ferment, et que les Insoumis, les Verts et les socialistes se défoulent successivement sur l’élu ciottiste en lui assénant tout le mal qu’ils pensent de lui, de son usage compulsif des réseaux sociaux, de son obsession populiste pour les sommes « empochées » par les producteurs et de ses passages répétés sur les médias de Vincent Bolloré. Quitte à l’accuser d’être sous « l’influence » et « l’ingérence » de l’homme d’affaires breton, et même d’œuvrer à la « trumpisation » de la France.

Un projecteur braqué sur l’audiovisuel public

Drôle de conception du courage. En réalité, l’enterrement du rapport Alloncle, qui n’a finalement pas eu lieu, aurait constitué un fâcheux précédent, évidemment contraire à l’esprit des lois et en particulier aux droits d’expression des oppositions. Jusqu’à présent, seul un rapport d’enquête parlementaire est resté confidentiel dans l’histoire de la Ve République : celui qui portait en 2011 sur le financement des syndicats (il sera consultable en 2036). Mais, à la différence de la commission sur l’audiovisuel public, les auditions s’étaient tenues à huis clos. Dès le départ, il était donc envisagé que les informations récoltées restent couvertes par le secret pendant une période donnée. Rien à voir donc avec le travail mené à ciel ouvert par Alloncle et son collègue philippo-macroniste Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission.

Un travail titanesque. Plus de deux cents heures d’auditions et 230 personnes interrogées. Et deux sujets principaux en ligne de mire : la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. L’un et l’autre étant notoirement sujets à critiques. Surtout depuis septembre dernier, quand, coup sur coup, deux affaires ont gâché la rentrée des dirigeants de Radio France et France Télévisions. Tout d’abord le scandale Legrand-Cohen, déclenché par la mise en ligne de la vidéo de L’Incorrect où l’on voit les deux vedettes du commentaire politique sur France Inter et France 5 s’entendre comme larrons en foire avec deux éminences grises du Parti socialiste. Ensuite, la parution d’un rapport de la Cour des comptes, qui déplore une situation financière « lourdement dégradée » à France Télévisions et enjoint le groupe dirigé par Delphine Ernotte-Cunci de mener des « réformes structurelles sans délai ».

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Il était donc légitime, et même nécessaire, qu’un coup de projecteur soit braqué sur l’audiovisuel public. Et que les questions qui intéressent légitimement les Français soient soumises à ses dirigeants. Comment expliquer que le salaire moyen soit plus élevé dans ces entreprises paraétatiques que chez les concurrents du privé (bien que les dirigeants y soient, en revanche, moins payés que dans le privé). Quelles mesures ont-elles été prises pour empêcher les copinages avec les sociétés de production extérieures ? Doit-on accepter que les antennes de Radio France et France Télévisions penchent autant à gauche, comme le démontre impeccablement Gilles-William Goldnadel dans notre dossier du mois? Toutefois, tout téléspectateur-auditeur-payeur peut le constater : sur France Télévisions, les entorses à la neutralité sont moins nombreuses, et souvent moins flagrantes, qu’à Radio France où nul n’essaie de cacher qu’il est en croisade civilisatrice contre l’extrême droite. Si Delphine Ernotte-Cunci a gaffé – en accusant CNews d’être d’extrême droite, elle a laissé penser qu’elle mène un combat politique –, Stéphane Sitbon-Gomez ne se fait pas avoir à ce petit jeu : il n’oublie jamais de rappeler que les électeurs du RN regardent ses chaînes et qu’il le sait.

La fourmilière s’en remettra vite

Résumant à grands traits ses découvertes, Charles Alloncle affirme qu’il y a beaucoup d’entorses à la neutralité à Radio France et beaucoup de problèmes de gestion à France TV. Cependant, au cours des auditions, face à un Alloncle dont le phrasé monocorde cache à peine la tonalité offensive, voire inquisitrice des questions, les accusés – pardon les auditionnés – se défendent plutôt bien. L’audiovisuel public est un bastion progressiste et bien nanti certes, mais ce ne sont pas non plus les écuries d’Augias. Le temps des « voleurs de patates » est, semble-t-il, révolu et les règles d’équilibre de la parole politique imposées par l’Arcom, beaucoup plus restrictives qu’autrefois, sont globalement respectées, même si nous pointons d’hallucinants contre-exemples dans ce numéro.

Si les équipes de France Télévisions qui couvrent le Festival de Cannes ont été mises au pain et à l’eau, enfin presque, il est peu probable que les pistes proposées par Alloncle pour réaliser des économies sérieuses seront envisagées. L’idée de fermer ou de vendre une chaîne ou deux n’a trouvé aucun partisan déclaré durant les six mois d’auditions, comme l’a habilement remarqué Delphine Ernotte-Cunci lors de la séance publique de clôture. Il faut dire que cette question, qui animera sans doute la prochaine campagne présidentielle, était un poil hors sujet par rapport à l’objet de la commission. Et que beaucoup de Français sont comme nous terriblement agacés par l’audiovisuel public, mais attachés à l’audiovisuel public.

Osons un pronostic : la fourmilière de l’audiovisuel public, dans laquelle Charles Alloncle a mis un grand coup de pied, s’en remettra très vite. Certes quelques petites évolutions ont déjà été annoncées ici et là, histoire de ne pas renvoyer une impression de totale impunité. Si à Radio France, elles sont plus que discrètes – mais le cas de la Maison ronde est de toute façon désespéré –, à France Télévisions, les dirigeants ont moins fait le dos rond. Face aux révélations sur les suites mises à leur disposition au Majestic lorsqu’ils sont au Festival de Cannes, des consignes de sobriété ont été prises. Le prix maximum des chambres est désormais fixé à 500 euros, excluant donc d’office les établissements de luxe de la Croisette.

Soit dit en passant, les palaces de la Côte, bondés à cette saison, ne sont pas des lieux tellement agréables pendant la Quinzaine et nous n’avons toujours pas compris en quoi il serait choquant que des représentants « officiels » de la culture française soient aussi bien traités que les autres festivaliers. Mais au-delà de cette mesure ultra-symbolique – et un peu démagogique –, c’est sur le plan éditorial que des changements plus sérieux pourraient se profiler. Comme nous l’a confié Stéphane Sitbon-Gomez, numéro deux du groupe, dans notre dossier du mois, une réflexion est en cours sur la place des éditorialistes maison à l’antenne. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui ça veut dire beaucoup. Car son pouvoir en la matière est fort mince.

Charles Alloncle a en effet tort de considérer Sitbon-Gomez comme le responsable des journalistes de France Télévisions, même si l’information fait désormais partie de son périmètre. Que ce soit à France Télévisions ou à Radio France, les rédactions et, à FTV, les émissions d’investigation, sont des puissances avec lesquelles les directions doivent composer. À quoi il faut ajouter le pouvoir exorbitant des syndicats. Dans l’audiovisuel public, les véritables chefs des rédactions se trouvent dans les délégations syndicales. Les membres du codir passent, la CGT reste. On a bien vu son pouvoir immense lorsqu’elle a publié un tract assassin contre la reporter Claire Koç en octobre 2025. Celle-ci, réfugiée politique d’origine turque, venait de signer un sujet pour France Info TV sur une exposition artistique organisée à l’occasion des deux ans du 7-Octobre. Autant dire qu’elle avait violé les règles tacites du Politburo ! Le reportage « n’adopte qu’un seul point de vue, celui d’une communauté juive, écrit la CGT, il reprend pour une bonne part les thèses du CRIF ». Questionnés par la commission au sujet de cette abjection, les responsables du syndicat ont reconnu une erreur à mots couverts, mais bien sûr ils n’ont pas présenté d’excuses. Ils se savent intouchables. Ils le savent depuis longtemps. Au moins depuis 2011, date à laquelle la commission d’enquête sur le financement de leurs organisations a été enterrée.

Djembés, statuettes encombrantes et ambitions impériales

De prétendus anciens cadeaux obtenus du temps de Chirac deviennent des boulets politiques pour Dominique de Villepin, qui vient de lancer son propre mouvement (La France humaniste), dans la perspective de 2027. On vous dit tout de ces petits billets et de ces grandes ambitions.


C’est Robert Bourgi qui le dit : « Le talon d’Achille de Dominique de Villepin, c’est l’argent, le luxe, l’aisance. »

Le sieur Bourgi a déjà fait parler de lui dans le registre croustillant de l’exhumation et de l’exploitation très opportune de cadeaux empoisonnés. On se souvient qu’il avait taillé un costume (à 13 000 euros) à François Fillon alors en pleine ascension vers le graal élyséen, torpillant ainsi sa campagne électorale. Du sabotage parfaitement assumé. Bourgi ne voulait pas que Fillon fît son entrée au palais présidentiel. La motivation d’aujourd’hui serait la même: pas de Dominique de Villepin dans le fauteuil du général de Gaulle. Car Robert Bourgi se pare de l’armure du gaulliste pur et dur, gardien du temple, garant de l’orthodoxie en la matière. S’il le dit…

Cascade de billets

Le caillou dans la chaussure de Dominique de Villepin ne serait pas des costumes de bon faiseur mais deux statuettes représentant Napoléon 1er. C’est en tout cas ce que ce même Robert Bourgi se fit une joie de rapporter dans le Complément d’enquête consacré à l’ex-Premier ministre et diffusé par France 2 jeudi dernier. Napoléon, le modèle politique fantasmé du Monsieur dissolution de 1997, le maître artisan de ce Waterloo, de cette initiative calamiteuse. Depuis, il a fait école. Nous avons eu la joie de connaître au moins une autre dissolution en mode Bérézina. Est-il besoin de rappeler ce haut fait de 2024 ?

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Dans ces époques, celles ou le président Chirac siégeait dans ledit fauteuil, notre héros dénonciateur avait la charge très occulte mais très fructueuse de gérer « les gestes d’amitié » des chefs d’États Africains envers la présidence française et ses alentours immédiats. Une très belle amitié, puisque se chiffrant à plusieurs millions de dollars. Une amitié, qui plus est, des plus actives si l’on en juge par le rythme auquel ces manifestations d’affection se répétaient. Bourgi évoque « douze ou quinze remises d’argent entre 1997 et 2005 pour un montant de cinquante millions d’euros ». Très chaleureuse amitié, disais-je… L’homme, fort disert, raconte autre chose. Il raconte fort bien, d’ailleurs. Une sorte de don oriental chez ce Franco-libanais né à Dakar ? C’est en effet qu’il ne se fait pas prier pour narrer cette belle anecdote sur fond de tam-tams – de djembés, si l’on préfère – qui une fois sortis de leur emballage dans la cour d’honneur de l’Élysée, libérèrent « une cascade de billets de cinq et dix dollars » (sic). Villepin venait de réceptionner ces instruments de musique exotique offerts par le président du Burkina Fasso, Blaise Compaoré. Chirac, toujours fana d’arts premiers et ne voulant pas rater ça, était présent. « Mais qu’est-ce que je vais faire des billets de cinq dollars ? » se serait-il récrié. C’est vrai, les petites coupures, ça encombre vite. Il semble que l’usage qu’il pouvait faire des quatre djembés ne lui posait pas de problème. Peut-être avait-il plaisir à en jouer, le soir au coin du feu tandis que Bernadette s’adonnait au tricot ou au macramé.

Dominique de Villepin fut successivement, ces somptueuses années-là, secrétaire général de l’Élysée, ministre des Affaires étrangères, ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, cela en 2005.

Cerise sur le gâteau

On comprend qu’il lorgne grave ces temps-ci sur l’Élysée, ce qui serait en quelque sorte la cerise sur le parcours entamé voilà un quart de siècle. Une sorte de couronnement quasi impérial pour cet admirateur de Napoléon Bonaparte. On comprend aussi qu’il ait pris goût à l’argent facile, l’argent qui coule en cascade, comme par enchantement. Mais, ainsi qu’on se plait à le seriner quand on en a à satiété, l’argent ne fait pas le bonheur. On a beau posséder pied à terre vaste et luxueux dans la prestigieuse avenue Foch à Paris, avoir acquis ces dernières années un château niché dans une paisible commune du Loiret, il manque au bonheur, justement, la consécration suprême, l’Élysée.

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On comprend enfin l’amertume que l’intéressé doit ressentir lorsqu’il se dit que, pour deux malheureuses statuettes du « Petit Tondu », de 75 000 euros l’une, 50 000 euros l’autre – une broutille quoi ! – offertes par deux personnes bien sous tous rapports, Blaise Campaoré, déjà nommé, et l’industriel italien Angelo Perucci, le beau rêve pourrait virer cauchemar !

Reste évidemment à savoir le crédit qu’on peut apporter aux révélations du sieur Bourgi dont nul n’ignore la forte inclination qu’il a pour le tamtam médiatique. À chacun son talon d’Achille, éventuellement les sous, les gros sous, pour Dominique de Villepin. Assurément la gloire sulfureuse de la délation en différé pour le sycophante récidiviste qui, après avoir eu la peau du ténébreux Fillon s’offrirait bien celle du flamboyant Villepin…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Le travail, première maladie professionnelle

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy.


Vous vivez dangereusement. Enfin, si vous faites partie des 30 millions de benêts qui travaillent en France. Dieu nous avait prévenus: si vous faites des saletés, fini de traîner à poil toute la journée, vous irez bosser. On n’a pas écouté et voilà. Notez que ça ne sert à rien d’arrêter le sexe, on ne vous renverra pas pour autant feignasser au paradis.

L’autre matin, j’apprends au réveil que c’est la Journée de la sécurité et de la santé au travail. Pour fêter ça, l’Organisation internationale du travail publie un rapport révélant que « le stress, le harcèlement ou les journées interminables » causent chaque année la mort de près de 840 000 personnes dans le monde. Le premier qui fait une blague débile sur l’ambiance à Causeur est viré.

Si vous avez survécu aux petits chefs à gros égo, vous n’êtes pas tirés d’affaire. Gil Mihaely me souffle que le travail est la deuxième cause de mortalité après la vie.

Soyons sérieux un moment. Le travail tue pour de bon. Pas vous et moi, à moins que vous lisiez Causeur sur un échafaudage, dans la cabine d’une grue ou sur une chaîne de production. Le 17 avril, un jeune homme de 22 ans qui travaillait de nuit dans une usine de fabrication de pâtes est tombé dans un laminoir. Laminoir, assommoir, la vie c’est parfois du Zola. Pour changer, la France est en fin de classement – juste après Malte pour le nombre d’accidents par habitant. Ce qui préoccupe légitimement les ministres successifs. L’ennui c’est qu’on voit poindre les solutions. D’après la fondatrice d’un collectif de victimes, il y a un « manque de visibilité très problématique, parce qu’il contribue à cacher l’ampleur du phénomène ». Il est vrai que l’une des maladies françaises est de ne pas connaître précisément les problèmes auxquels on prétend remédier, ainsi a-t-on par exemple réussi l’exploit de créer une pénurie de médecins. L’intention est donc louable, seulement quand j’entends « observatoire », je vois arriver un gymkhana administrativo-syndical. Qui aboutira de toute façon à la conclusion qu’il faut plus de règles et plus de contrôle. Soyons encore plus soviétiques.

Admettons que les employeurs des secteurs les plus filous seraient plus attentifs s’ils savaient que l’Inspection du travail peut leur tomber dessus à tout moment. La CGT exige, sans surprise, qu’on double le nombre d’inspecteurs puisque, selon Libération, les effectifs ont « fondu » de 13 % en dix ans. Logique. On pourrait aussi réaffecter à des opérations utiles les inspecteurs payés pour vérifier que d’honnêtes agriculteurs ne cachent pas du glyphosate dans leur cave ou que le grammage des portions est respecté dans les cantines scolaires. Notre problème n’est pas qu’il n’y a pas assez de contrôles, c’est qu’il y a trop de normes à contrôler.

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Curieusement, ce ne sont pas les travailleurs les plus menacés par un accident qui sont les plus frappés par une nouvelle épidémie: celle des arrêts-maladie dont le nombre et le coût s’envolent. La facture pour la Sécu a bondi de 45 % en six ans pour atteindre 18 milliards en 2025, statistique qui pour une raison mystérieuse n’intègre pas les indemnités versées aux fonctionnaires. Je ne voudrais pas cafter, mais ils ne sont pas les derniers à tirer au flanc, pardon à tellement souffrir au travail qu’ils doivent fréquemment se soigner. Et je ne parle pas seulement des policiers et des professeurs, qui ont des raisons d’en avoir plein le dos.

Le chœur des vierges syndicales (image audacieuse j’en conviens) ne manque pas d’arguments pour expliquer cette envolée. D’abord on vieillit, on fatigue, et comme on n’a pas tous un médecin à portée de vélo, on ne se soigne pas. C’est imparable. Ensuite, il y a le mal-être dans l’entreprise qui lui aussi s’accroît, obligeant les salariés à prendre du recul – et des jours d’arrêt. Je ne sais pas comment on mesure le mal-être dans l’entreprise, sans doute au nombre des arrêts-maladie. Enfin, n’oublions pas le nouveau rapport au travail, parfaitement illustré par cette étudiante en sociologie qui proclamait son intention de ne pas perdre sa vie à la gagner, à quoi le malicieux Stéphane Germain répondit que, dans sa branche d’activité, les statistiques de mortalité au travail étaient encourageantes.

Étant entendu que le boulot, ce n’est pas toujours marrant et parfois franchement pénible, on ne saurait totalement exclure qu’une partie de ces arrêts soit abusive, voire frauduleuse. Quand il suffit de se planter devant son écran pour demander à un télé-médecin que vous ne reverrez jamais de vous arrêter parce que vous ne vous sentez pas bien et qu’il s’exécute sans discuter parce que vous avez déjà payé, la tentation de ne pas se sentir très bien est forte. Et vous pouvez recommencer la semaine suivante avec un autre médecin. Pour débusquer les malins qui abusent du système, le gouvernement envisage de créer un bouton numérique qui permettra aux employeurs de signaler d’un clic les athlètes de l’absence. Ça ressemble un peu à de la délation, mais la fraude récurrente, ça ressemble un peu à du foutage de gueule. L’idéal serait qu’on soit tous kantiens et qu’au moment de replonger sous sa couette aux frais de la princesse, c’est-à-dire de ses copains de bureau, on pense à ce qui se passerait si tout le monde faisait la même chose. L’esprit kantien n’étant pas particulièrement répandu, le flicage est un mal nécessaire.

En attendant que les syndicats inventent une source de revenus qui ne proviendra du travail de personne, la malédiction continue: il faut travailler pour vivre, en tout cas il faut que certains travaillent. Heureusement, on pourra bientôt déléguer toutes les tâches ennuyeuses à des crypto-humains bourrés d’IA qui ne connaissent pas la fatigue d’être soi, ne prennent pas d’arrêts de travail et ne hurlent pas au harcèlement pour une blague un peu leste – ayons confiance, ça viendra. L’ennui, c’est que pour fabriquer des robots, il faut encore que des humains acceptent de se bouger le fondement.

Nuñez/Retailleau: les vains barrages contre l’entrisme islamiste

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Militantes pro-voile islamique dans le sport, Paris, 24 février 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le dernier texte voté sur le « séparatisme » date de moins de cinq ans. Bruno Retailleau a largement fait adopter sa proposition de loi sur l’« entrisme islamiste » au Sénat, hier. De son côté, Laurent Nuñez affirme « ne pas avoir de problème avec l’islam en France, mais combattre ceux qui l’utilisent pour porter atteinte à notre République ». Il a également déclaré que le texte de M. Retailleau constituait une « œuvre inachevée » et souhaite proposer, en conseil des ministres, des mesures supplémentaires contre le séparatisme et l’entrisme dans les prochaines semaines. Les gouvernements se succèdent, tandis que l’islamisation de la société française se poursuit inéluctablement.


Bruno Retailleau entend lutter contre l’entrisme islamiste. Le candidat LR à la présidentielle a fait adopter hier soir, par le Sénat, une proposition de loi dans ce sens. Son successeur à l’Intérieur, Laurent Nunez, promet d’en faire autant, après avoir pourtant assuré, en avril, vouloir « mieux contribuer à faire connaître l’islam ». 

Retailleau est plus convaincant que Nunez qui ne voit pas non plus d’inconvénient au voilement des petites filles. Cependant, ce n’est pas tant l’entrisme qui est à combattre, en identifiant les associations militantes et leurs doubles discours anti-français, que l’islam subversif lui-même. Or, pour être de ceux qui alertent depuis trente ans sur ce danger, qui sait se dissimuler par le mensonge (la taqiya), j’ai pu mesurer ses protections : elles sont produites par un système faussement vertueux qui a érigé le populisme en repoussoir.

Aujourd’hui dans les kiosques : Causeur #145 France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Dans Le Figaro de lundi, l’essayiste Nicolas Baverez prédit l’effondrement de ce courant de pensée en constatant notamment l’échec électoral du Hongrois Victor Orban ou les difficultés que rencontre Donald Trump. Cependant une addition de chiffres et de courbes ne rend pas compte du désespoir existentiel des peuples confrontés au mondialisme, démolisseur de frontières. Ceux qui réduisent le populisme au rang d’une démagogie décérébrée sont les mêmes qui restent indifférents à la fragilité des nations ouvertes et aux effets anesthésiants de l’idéologie antiraciste, qui interdit de se plaindre de l’immigration de masse. Face à l’offensive de l’islam conquérant en Occident, et singulièrement en France, les populistes demeurent les premiers résistants. Non seulement ils ne sont pas voués à disparaître, mais l’intérêt qu’ils portent aux souffrances des méprisés leur promet une audience grandissante.

Quand Emmanuel Macron désigne la Russie de Poutine comme une menace pour la France, en finançant l’Ukraine à hauteur de 17 milliards d’euros, il contribue à détourner les regards sur la dangerosité du djihad importé et ses pratiques terroristes. Le chef de l’Etat oblige de surcroit le pays, naguère dépendant de Moscou pour une partie de son énergie, à se tourner toujours davantage vers les pays arabo-musulmans pour assurer sa sécurité gazière et pétrolière. La mise au ban d’Israël, qui mène une guerre totale à l’islamisme qui a juré sa disparition, ajoute à la mansuétude dont bénéficie cette idéologie totalitaire auprès des « élites » françaises. La dictature des mollahs et des Gardiens de la Révolution est moins critiquée que l’offensive israélo-américaine en Iran. Les médias occultent d’ailleurs le rejet de l’islam par le peuple iranien majoritairement musulman : sur les 75.000 mosquées que comptait le pays, 50.000 ont été fermées.

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Pour avoir traité de « mabouls » ceux qui entendent défendre les intérêts nationaux face à l’Algérie revancharde, Macron a été explicite sur son désir d’apaisement avec ceux qui humilient la France. Les calomnies que subit Boualem Sansal, lâché par les couards, sont liées à ses attaques contre l’islam qu’il refuse de différencier de l’islamisme. Jean-Luc Mélenchon se veut d’ailleurs le protecteur de la nouvelle France musulmane. Bref, lutter contre l’entrisme islamiste restera vain tant que la France poursuivra sa folle politique d’immigration, et ses compromissions avec l’ennemi intérieur.

Un navet de saison

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© Zinc

Faire un film choquant pour mieux éviter de penser, qui plus est avec Laure Calamy, c’est encore raté.


Le cinéma français produit chaque année un certain nombre de comédies pas drôles dont on se demande toujours comment elles ont pu franchir les délicates étapes de l’écriture, puis du financement jusqu’au montage.

C’est quoi l’amour ?, de Fabien Gorgeart, en fait manifestement partie, affichant un casting d’acteurs presque spécialisés dans ce genre singulier et désolant, avec l’attendue Laure Calamy en tête.

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Il s’agit d’une vague histoire d’annulation d’un mariage religieux sur lequel le pape est bien évidemment le seul compétent. Un pape à la peau noire tellement caricatural qu’on se demande si le cinéaste a conscience du côté gênant de sa fausse audace. Mais tout ici est à l’avenant : clichés et grosses ficelles, interrogations et questionnements pour romans de gare. On fait semblant de se poser des questions « de société », on fait mine de rire de tout et de rien, et on termine son film en queue de poisson parce qu’on n’a fondamentalement rien à dire. Affligeant.

http://www.youtube.com/watch?v=ZJVKd8KQTLA

Quatre friandises de Sacha Guitry

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© Gaumont

Avec le Festival de Cannes, on pourrait croire que mai est le mois du cinéma. C’est tout l’inverse, puisque la presse est priée de se taire jusqu’à la présentation officielle des films. Heureusement qu’il y a Sacha Guitry !


Les Perles de la Couronne, Désiré, Remontons les Champs-Élysées et Quadrille de Sacha Guitry.
Sortie vidéo (Gaumont), le 2 mai

« Au Bon Marché, j’achète les yeux fermés. Quand je vais au Louvre, je les rouvre » ; « Le chocolat LSK CSKI » ; « Il n’y a que Maille qui m’aille ». On pourrait croire à du Séguéla, mais c’est le génial Sacha Guitry qui fut l’inventeur de ces slogans publicitaires. On préfère cependant, et de loin, toute son œuvre dramaturgique et cinématographique. Gaumont a eu la très belle idée d’éditer en Blu-Ray quatre de ses films, pas forcément les plus connus mais sacrément réjouissants, chacun dans son genre, tournés en 1937 et 1938.

Les Perles de la Couronne réunit notamment Raimu, Jean-Louis Barrault, Claude Dauphin et Jacqueline Delubac autour du cinéaste lui-même (dans les rôles de François Ier, Barras et Napoléon III, rien que ça). Guitry y raconte l’histoire aussi fabuleuse que fantaisiste d’un collier composé de sept perles fines, jadis offert par le pape Clément VII à sa nièce Catherine de Médicis. On y croise ensuite aussi bien Mary Stuart qu’Elisabeth Ière pour finir sur le paquebot Normandie dans lequel le narrateur (Guitry évidemment) fait route vers New York. Pour les amateurs de transatlantiques de la grande époque, c’est d’abord l’occasion de découvrir « pour de vrai » le fameux Normandie que Guitry, fortement impressionné, dit-on, filma sous toutes ses coutures. Ce n’est pas la plus réussie des cavalcades historiques dont le grand Sacha avait le secret, mais c’est la première d’une longue série dont Si Versailles m’était conté deviendra le navire amiral.

Cette même année 1937, l’écrivain-cinéaste adapte au cinéma sa propre pièce, Désiré, dans laquelle il joue le rôle-titre aux côtés de Jacqueline Delubac, son épouse d’alors. Soit l’histoire d’un valet de chambre impeccable et très stylé qui tombe amoureux de celle qui l’a engagé, Odette Cléry, laquelle rêve aussi de lui. « Ce pourrait être un drame, mais j’ai décidé d’en faire une comédie qui est parfois une comédie bouffe », déclare Guitry à la sortie du film. Selon la Gaumont, son producteur, il s’agit d’un film « comique ». Tout en « arabesques, digressions et parenthèses », selon le regard éclairé du critique Jacques Lourcelles, le film se déguste comme un bonbon acidulé où chacun joue le rôle que les conventions sociales lui ont attribué. Une merveille sans aucun doute.

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L’année suivante, en 1938, Guitry change à nouveau de registre avec Remontons les Champs-Élysées pour renouer avec la veine historique. Il incarne un instituteur-narrateur descendant à la fois de Louis XV, de Marat et de Napoléon Ier ! Le cours d’histoire défile de 1697 à 1938, de l’Étoile à la Concorde, de Louis XV au roi d’Angleterre, en une heure et quarante-deux minutes chrono, ce qui tient évidemment du prodige. La verve de Guitry fait tout passer, y compris les erreurs et autres anecdotes approximatives. Peu importe. Ce qui compte ici, c’est assurément l’allant d’une narration : esprits trop sérieux et rigoureux s’abstenir. On sent bien à l’écran que tous les comédiens, la crème des premiers et seconds rôles du cinéma français des années 1930, prennent un intense plaisir à jouer devant la caméra du maître.

Ultime film de cette salve en vidéo, Quadrille, où l’on retrouve avec bonheur le couple Guitry-Delubac. Il s’inscrit dans un registre boulevardier qui n’est pas forcément le plus brillant d’un point de vue cinématographique (il s’agit de l’adaptation de la pièce homonyme que Guitry avait créée durant l’été 1937 à Orléans). Mais son esprit inimitable est toujours là, servi aussi par Gaby Morlay et Pauline Carton. Cette édition de Quadrille réserve une autre bonne surprise dans ses bonus : Le Mot de Cambronne, un moyen métrage drôle et savoureux autour du maréchal d’Empire et de sa supposée repartie aussi brutale que concise face aux troupes anglaises à Waterloo en juin 1815.

France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

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Le réquisitoire de Gilles-William Goldnadel. La défense de Stéphane Sitbon-Gomez. La bataille de Charles Alloncle. Découvrez le sommaire de notre nouveau numéro


A en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. C’est ce qu’affirment Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques dans la présentation de notre dossier du mois. Le député UDR a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Gilles-William Goldnadel est en croisade contre l’audiovisuel public depuis près de trente ans. Il se confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques : tout ce qu’il dénonce inlassablement a éclaté au grand jour grâce à la commission Alloncle, qu’il s’agisse de dérives financières, de collusions politiques, ou du traitement malhonnête du conflit au Proche-Orient. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, prend la défense de l’audiovisuel public dans une autre interview. S’il reconnaît certains manquements à la neutralité et promet une gestion plus rigoureuse des deniers publics, il récuse certains reproches qu’il estime calomnieux ou orientés. Et se dit fier du travail accompli malgré la pression des « extrêmes » et la tempête Alloncle. Charles Alloncle raconte à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques les six mois d’auditions houleuses qu’il a vécus, avec des fuites orchestrées par des députés, un président de commission hostile, et de violentes attaques dans la presse… Il passe en revue tout ce qu’il a découvert en plongeant dans les entrailles de l’audiovisuel public.

Le numéro 145 est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 6 mai chez votre marchand de journaux !

Lors des auditions, les pontes des médias d’État ont eu à répondre de leur manque de neutralité. Contorsions, déni et mauvaise foi : le spectacle a été à la hauteur des attentes. Jean-Baptiste Roques dresse le florilège des plus belles tartufferies entendues à l’Assemblée. Didier Desrimais a suivi de près l’audition de Patrick Cohen qui n’a pas craint de se poser en arbitre du pluralisme. Malmené par ceux qui l’interrogeait, l’éditorialiste vedette a fustigé la commission et a exposé une morale à géométrie variable. Ainsi qu’un goût pour la délation. En témoignant, François de Rugy a affirmé que le traitement des questions écologiques dans l’audiovisuel public était plus porté sur l’émotion et le militantisme que sur la science. Benjamin Goldnadel a interrogé l’ancien ministre et Laurent Lesage avec qui il anime la chaîne YouTube « Et si l’économie sauvait l’écologie ? » où ils rappellent que l’écologie a besoin de la science.

Dans son éditorial, Elisabeth Lévy cite un rapport de l’Organisation internationale du travail qui révèle que « le stress, le harcèlement ou les journées interminables » causent chaque année la mort de près de 840 000 personnes dans le monde. Et la CGT d’exiger que le gouvernement double le nombre d’inspecteurs du travail. Pourtant, le problème en France n’est pas qu’il n’y a pas assez de contrôles, c’est qu’il y a trop de normes à contrôler. Sans parler de cette nouvelle épidémie, celle des arrêts-maladie dont le nombre et le coût s’envolent et dont on ne saurait totalement exclure qu’une partie soit abusive, voire frauduleuse. Le grand-guignol antifasciste vient d’être ressuscité par la croisade anti-Bolloré orchestrée en réaction au limogeage d’Olivier Nora. Mais notre directrice de la rédaction certifie que, au moment où la République des lettres s’efface au profit du royaume des écrans, cette agitation de salon est aussi le chant du cygne d’un monde qui disparait – le monde littéraire lui-même.

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Gil Mihaely salue la publication (chez Gallimard) du nouveau livre de Georges Bensoussan, Une nouvelle histoire du sionisme. En choisissant comme bornes de son étude les années 1860 et 1950, l’historien décrit la formation d’un État, de sa genèse au sein de l’espace ottoman à la cristallisation du récit victimaire arabe. Inquiets de voir Jordan Bardella toujours plus haut dans les sondages, les Insoumis et leurs compagnons de route tentent, depuis les élections municipales, d’imposer le thème du racisme dans le débat politique. Selon Martin Pimentel, il s’agit d’une stratégie cynique mais payante. Quand le rouleau compresseur de l’administration les mène au bord du gouffre, les paysans se tournent vers la religion. Estelle Farjot et Léonie Trébor nous font découvrir un front commun des curés et des agriculteurs contre la sécheresse des tableaux Excel.

Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles se félicite de ce que le 1er-Mai demeure obligatoirement chômé et payé. Pour Ivan Rioufol, la France est plongée dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. Emmanuelle Ménard déplore le peu d’influence de la France sur la scène internationale aujourd’hui. Dans ce domaine comme dans d’autres, Emmanuel Macron aura écorné l’image de la patrie des droits de l’homme. Gilles-William Goldnadel dénonce la mollesse face aux mollahs, en d’autres termes la morale à géographie variable de la presse occidentale dans son traitement de la guerre en Iran.

Cent réfugiés de la maison Claver, qui « œuvre depuis 2008 à l’élaboration d’un modèle d’intégration durable des réfugiés en France », ont posé devant l’objectif d’Hannah Assouline. Le livre qu’elle vient de publier chez Herscher, Autres visages, autres mains est une galerie de portraits qui témoigne, avec un tact admirable, de la violence de l’exil et de la reconstruction par l’amitié. Jean-Michel Delacomptée salue un ouvrage franc et sensible, à l’image des regards qu’il sublime. Neuf des portraits – de visages et de mains – accompagnent la recension. Dans son nouveau roman, Patrick Besson s’imagine tomber amoureux d’une jeune femme, être hospitalisé puis assister au dramatique incendie d’un bar. Ce qu’il ne pouvait imaginer, c’est qu’il allait vivre tout cela, réellement, quelques mois plus tard. Pour Simon Collin, Le jour où je suis tombé amoureux (Albin Michel) nous pose une question très sérieuse : les écrivains feraient-ils l’Histoire ? Bruno Lafourcade a lu Descente dans la Roumanie de Ceausescu de Radu Portocala (Éditions Non Grata). L’auteur, qui a survécu à l’abomination du régime du Conducator, témoigne de ce tyran grotesque, imbécile et cruel qui a profondément meurtri son pays. Un cauchemar que les Occidentaux ont refusé de voir.

Selon Levinas, un visage n’est jamais vraiment vu. Trois expositions mettent ce paradoxe à l’honneur : au Petit Palais, portraits et autoportraits étalent leur narcissisme ; au musée Jacquemart-André, les maîtres du Siècle d’Or espagnol jouent des pâleurs mystiques ; et aux Franciscaines, les modèles ne sont que de dos ! Pour Georgia Ray, contempler les œuvres exposées nous permet de porter un regard nouveau sur les visages de ceux qui nous entourent et surtout ceux que nous aimons. Le vin a toujours été indissociable de la France, mais aujourd’hui les Français en boivent de moins en moins, voire plus du tout. Et les restaurants gastronomiques sont obligés de pratiquer des prix élevés pour supporter les charges sous lesquelles ils croulent. Pour notre bonheur, Emmanuel Tresmontant nous confie les adresses de lieux où l’on peut boire de jolis canons sans se ruiner. Avec le Festival de Cannes, on pourrait croire que mai est le mois du cinéma. C’est tout l’inverse, nous explique Jean Chauvet, puisque la presse est priée de se taire jusqu’à la présentation officielle des films. Heureusement que quatre films de Sacha Guitry sortent en vidéo et L’homme qui voulut être roi de John Huston ressort en salles.

Si les conclusions de la commission Alloncle vous encouragent à éteindre votre télévision, vous pouvez toujours ouvrir votre nouveau numéro de Causeur

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Une nouvelle histoire du sionisme: (1860-1950)

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Autres visages, autres mains

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Le Jour où je suis tombé amoureux

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Descente dans la Roumanie de Ceausescu

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Chesnais en majesté

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© Théâtre de Poche - Montparnasse

Patrick Chesnais s’excuse au Théâtre de Poche Montparnasse tous les lundis à 21 h 00 dans une série de lettres adressées à des proches, à des lieux, à des moments de sa carrière et plus généralement à la vie, sur une mise en scène d’Émilie Chesnais. C’est drôle, émouvant et magistral. Tout l’art dramatique de ce grand acteur nous éclabousse durant cette lecture incarnée.


Il est là, comme à son habitude, décontracté et narquois, l’ironie rieuse au bord des lèvres, faussement distant, puissamment campé sur ses jambes longilignes, avide de scène, de mots et de confidences. Le corps est d’aplomb et le souffle équilibré, le métronome bat régulièrement. Cette mécanique datant de 1946 est huilée, elle a fait ses preuves. Il va nous lire, ce soir, des lettres d’excuses, des cris d’amour et de détresse, des emballements et des regrets, tout le sel d’une vie parcourue au pas de course, dans la recherche de lumière et d’étincelle, dans la terreur du jour d’après et des petits matins. Son appétit de théâtre est intact. Il ne cachetonne pas. Il ne feignasse pas. Il va nous dévorer et nous libérer. Avec Patrick Chesnais, le public forcément complice, attendri, acquis à sa cause, le suit partout dans ses excès et dans ses failles, dans le trouble comme dans la blague. On se jette avec lui dans le grand bain de l’impudeur, donc de la vérité. Nous ne faisons plus qu’un au théâtre de Poche dans cette salle collante et chaude. On se croirait à la fin d’un été quand l’orage a tonné dans le ciel et que la pluie éclabousse le pavé d’un ton guilleret. Cet acteur plein de réserve et de talent, de mordant et d’écorchures nous touche, voilà tout.

A lire aussi, Thomas Morales : Que lira-t-on durant les ponts de mai?

Nous avons un pacte secret avec lui. Bien sûr, il y a cette voix qui projette si bien nos souvenirs, la virtuosité de son jeu, ses accélérations, ses silences, le coup de massue quand il hausse le ton, la terre tremble, les murs résonnent puis, en un claquement de doigt, une volte-face, il nous susurre des mots tendres, des mots d’amour dans le creux de la nuit ; toutes ces variations se déploient avec une aisance déconcertante. Nous aimons cet artiste pour ces ruptures haletantes. Bien sûr, il y a le métier, il le connaît par cœur, des années d’expérience, mais sans le feu, sans l’énergie, sans l’onde nostalgique, la technique ne vaut rien, elle s’effrite, elle tournerait à vide. Patrick Chesnais y croit dur comme fer, sa présence est mise en valeur par le travail de sa fille, tout en nuances, du sur-mesure. Ces lettres d’excuses commencent par un coup de poignard, une missive adressée à son fils Ferdinand disparu à l’âge de vingt ans. La salle se fige. Il attaque dur. Il n’esquive pas la montagne. Il la prend en pleine gueule. Nous avec. À partir de ce moment-là, on sait que Chesnais pourra tout se permettre, tout enchaîner, tout faire exploser, le sérieux comme les convenances. Rien ne résistera à son humeur tantôt taquine, tantôt amère, et souvent le ton grinçant précèdera l’explosion des rires.

Chesnais pratique un art à part, celui du chaud et du froid, ses excuses sont autant des regrets que des mouvements d’admiration, une combinaison de batailles puériles et de déchirures profondes. Chesnais, chevalier errant, fait des excuses à sa jeunesse, à sa vieillesse et même à la mort, cette salope qui ne prévient jamais.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Causeur #145 France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Don Quichotte bravant le ridicule, ne reculant devant aucun moulin, il est désopilant quand il évoque un spectacle pressant avec Delphine Seyrig ou le regard courroucé de Jack Nicholson ; il est désarmant quand il nous parle de sa mère en EHPAD et de Mémé de la Garenne, un monde souterrain renaît alors, on voit de nos yeux l’appartement de sa grand-mère, il est penaud face au désarroi de Mathilda May et le français impeccable de Naomi Watts, il se paye même le luxe d’un combat contre le Covid-19 canal historique. Chesnais est grand car l’émotion n’est jamais téléguidée chez lui, elle n’est pas instrumentalisée, elle surgit comme ça, dans un poste de TSF, le rire de Juliette ou les roulades de son petit-fils Eliott âgé de neuf mois. Chesnais, ce boomer nous surprend encore, il n’est jamais convenu, jamais là où on l’attend, sa lettre d’excuses à Paris prend des allures de plaidoyer gaullien, elle court de Villon à Rimbaud, des boulevards des Maréchaux à Saint-Germain-des-Prés. Quand on sort du théâtre de Poche et que l’on s’engouffre dans la ligne 12 du métro, on sourit bêtement, on est heureux et touché, car secoué d’avoir assisté à ce moment de grâce.

1h15

Les tendresses de Zanzibar

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À l’Opéra de Paris, « Rusalka » renaît dans une splendeur intacte

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© Vincent Pontet / Opéra national de Paris

Lyrique. L’amour et la mort, magnifiés dans Rusalka : sublime mise en scène de Robert Carsen, orchestre et chanteurs au sommet


Production millésimée 2002, avec Renée Fleming dans le rôle-titre sous la direction de James Colon, le chef d’œuvre tardif de Dvorak, Rusalka (1901) n’avait pas été donné à l’Opéra de Paris depuis 2019. Très attendue, cette quatrième reprise ne permet pas seulement de réentendre une des plus sublimes partitions du compositeur tchèque (1841-1904), écrite trois ans avant sa mort, certainement son opéra le plus célèbre parmi la dizaine d’œuvres lyriques qu’on doit à l’artiste bohémien dont l’établissement aux Etats-Unis en 1892 nous aura donné, entre autres,  la Symphonie du Nouveau Monde, le Concerto pour violoncelle et le quatuor « Américain »…

Renversant

La quintessence du génie –  osons le mot ! – de Robert Carsen s’affirme dans cette mise en scène, admirable de part en part, – celle-ci emblématique du style inimitable propre au Canadien installé à Paris depuis des lustres. Jamais d’élément purement « décoratif » chez Carsen : tout y fait sens, chaque tableau enté sur une lecture attentive de l’œuvre, pour l’éclairer à neuf. Rusalka, flanquée de ses trois sœurs lacustres, est cette naïade éprise d’un prince, et que la sorcière Jezibaba aide à prendre forme humaine, sous réserve qu’elle demeure muette, et soit maudite si son amour est repoussé. Survient une princesse étrangère, moins évanescente, moins glaçante que cette fée étrangement mutique, et qui ne manque pas de séduire le jeune prince… Rappelée à l’aide par Rusalka, Jezibaba propose une vengeance à l’abandonnée : le tuer. Epouvantée à cette idée, et tandis que l’ondin, son père, se meurt d’avoir vu sa progéniture ainsi trahie, la nymphe éplorée, mais désormais douée de parole, voit soudain réapparaître son prince charmant : il la cherchait désespérément. Leur étreinte se paiera du prix de son trépas, le prévient Rusalka : mais dans ses bras, le prince meurt heureux…

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Tout, dans cette parabole –  dont le livret de Jaroslav Kvapil doit son inspiration à Friedrich de La Motte-Fouqué (Ondine), à Andersen (La Petite Sirène) et aux frères Grimm (L’Ondine de l’étang) –  coïncide idéalement avec les spécificités qui se signalent si puissamment, d’une régie à l’autre, dans le travail de Robert Carsen, et que cristallise la présente mise en scène de façon singulière : le lit ( la couche) comme point nodal de l’action, ici dédoublé au centre d’un dispositif architectural en miroir, promis à s’ouvrir, à se recombiner dans une vertigineuse succession de jeux d’optique qui feront se dupliquer également les personnages, leurs costumes, leurs gestuelles, dans une chorégraphie plastique aussi subtile qu’efficace où noir et blanc se confrontent, jusqu’à ce savant, spectaculaire, onirique renversement de la perspective, esthétiquement renversant, en effet ! Tout un éventail de reflets, de moirures, de gazes, chatoie selon les arrêts d’une poétique qui, un tapis de roses rouges écloses au sol, marie l’air et le feu, la terre et l’élément liquide… Avec Rusalka, Robert Carsen propose sans doute la mise en scène la plus emblématique de son univers formel et mental. Un quart de siècle s’est écoulé ; elle conserve la même fraîcheur.

Imperfectible Nicole Car

Au pupitre, l’émérite chef nippon Kazushi Ono, 66 ans, n’a plus rien à prouver, sinon que sous sa baguette l’Orchestre et Chœurs de la maison parisienne développe une relecture contemplative de l’œuvre, avec un soin du détail, une netteté, une brillance sans tapage, en parfaite adéquation avec cette magistrale mise en scène. Seul bémol : l’option de sonoriser certains morceaux des chœurs, très éloignée de l’esprit comme de l’époque de la partition. La performance inoubliable de la soprano australienne Nicole Car, dans le rôle-titre, rayonne. A elle seule, elle hisse le spectacle au sommet : déchirante, tout simplement, d’un bout à l’autre de sa tessiture, aussi à l’aise dans les graves que dans le médium et les aigus qu’exigent la partition, suprêmement élégante dans une ligne vocale dominée par une technique imperfectible. La plantureuse mezzo américaine Jamie Barton campe une sorcière Jezibaba redoutablement efficace sur le plan scénique autant que vocal, tandis que l’ensorceleuse Princesse étrangère, sous les traits voluptueux d’Ekaterina Gubanova (relayée à partir du 11 mai par Alisa Kolosova), propose un contraste charnu avec l’héroïne éprise du Prince, qu’incarne le ténor pétersbourgeois Sergey Skorokhodov, pour le coup moins convainquant, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas tout à fait l’âge qui conviendrait au rôle –  le chanteur a 52 ans.

Les trois ondines sororales – sopranos Margarita Polonskaia et Maria Warenberg, contralto Noa Beinart – remplissent radieusement leur office, tout autant que Florent Mbia dans l’emploi du Garde Forestier et Seray Pinar dans celui, travesti, du garçon de cuisine. L’Esprit du lac (basse russe Dimitry Ivashenko) n’a pas fini de nous hanter…           


Rusalka. Opéra d’Antonin Dvorak. Direction : Kazushi Ono. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Nicole Car, Sergey Skorokhlodov, Ekaterine Gubanova/Alisa Kolosova, Jamie Barton, Dimitry Ivaschenko, Margarita Polonskaya, Maria Warenberg, Noa Beinart, Florent Mbia, Seray Pinar.

Durée : 3h35

Opéra-Bastille, les 8, 11, 14, 20 mai à 19h30, le 17 mai à 14h30.

Enfin un coup de frein au réchauffement climatique

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La cheffe des Ecolos Marine Tondelier à Villepinte, le 2 avril 2026 © Chang Martin/SIPA

Donald Trump et le détroit d’Ormuz : une crise géopolitique aux effets climatiques inattendus


C’est un mystère de la sociologie politique des Français. Beaucoup de ceux qui croient au réchauffement climatique ne croient pas au grand remplacement, et inversement. Peut-être qu’il est trop dur à l’esprit d’envisager deux grands malheurs à la fois. Les Français de 1350 affrontaient deux calamités : la Grande Peste Noire et la Guerre de Cent Ans. Un historien découvrira-t-il un jour que nos ancêtres se déchiraient entre ceux qui craignaient avant tout les Perfides Anglois et ceux que terrifiait le bacille de Yersin ?

Punis !

J’ai d’excellentes raisons de croire à la fois au Grand Réchauffement et au Grand Remplacement. Cette croyance ne vient pas des journaux ou des chaînes d’information en continu, elle me saute aux yeux. J’ai vu l’été dernier, pour la première fois de ma vie de vieux jardinier, mes tomates cuire sur leurs plants, et le temps estival qui règne sur le Sud-Ouest depuis le début d’avril ne m’inspire pas confiance. Dès que je vais dans ma minuscule ville périgourdine, je constate que nos chers visiteurs africains se multiplient et ont tendance à prolonger indéfiniment leur séjour touristique. Ne vous inquiétez pas pour moi, ces constatations ne me détruisent pas. Je bénéficie de deux fermes soutiens, le stoïcisme romain et le christianisme, Sénèque et le Christ, Les Lettre à Lucilius et l’Evangile, que je ne mets bien sûr pas sur le même plan. Il y a en Mathieu 6,26 une merveilleuse leçon de flemme et de désinvolture : “Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent (…) et votre Père céleste les nourrit.” J’ai toujours pensé que la vie n’était pas vivable sans un minimum de jemenfoutisme.

A lire aussi: Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Il est difficile de faire changer d’avis les climatosceptiques, dont les croyances sont existentielles, selon l’adjectif à la mode. Qu’ils réfléchissent cependant à ces tristes réalités : “Plages englouties, recul des terres : de la Bretagne à la Côte d’Azur, à quoi ressembleront les côtes françaises en 2050 ? “ se demande le Figaro du 19 avril. “En Nouvelle-Aquitaine (…) la côte sableuse perd en moyenne 1 à 3 m. par an”. Tout cela parce que les glaciers du Groenland et ceux de toutes les chaînes de montagnes fondent rapidement et élèvent le niveau des mers. La Conférence internationale de Santa Marta en Colombie qui s’est terminée le 29 avril affirme que “par son utilisation continue des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), l’humanité impose à la planète une dangereuse surchauffe” (site du Courrier International).

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de stopper la catastrophe se sont révélées vaines : échec de la dernière réunion du COP sur le plan international. Sur le plan national français, échec de l’écologie politique, qui à force de multiplier d’inutiles brimades comme les ZFE est devenue “l’écologie punitive” et a fortement reculé aux élections municipales. On peut sans trop de risque anticiper sa totale disparition aux législatives de 2027.

Un président climatosceptique

Mais l’Histoire des hommes est tissée de surprises. Qui aurait pu penser qu’un début de solution viendrait d’un président américain climatosceptique ? Qui aurait pu penser   que le nom de “détroit d’Ormuz”, au lieu de signifier une catastrophe économique planétaire, deviendrait la parole magique capable de ralentir, de stopper peut-être, la descente aux enfers brûlants de notre chère planète ? Depuis le début de la guerre d’Iran, la consommation mondiale de pétrole a reculé d’une quantité estimée entre 2,5 millions de barils par jour et 4 millions. Bravo ! Claire Bouleau, spécialiste des transports chez Challenges annonce que toutes les compagnies aériennes ont annulé des vols. Bravo ! Le patron de Ryan Air annonce qu’il n’aura plus de kérosène en juin, car 40 % du kérosène mondial passe par le détroit d’Ormuz. Bravo. On sait que l’aviation est l’un des principaux empoisonneurs de notre atmosphère. Le site d’Atlantico annonce le 1er mai “qu’il y a une ruée vers les voitures électriques déclenchée par la guerre en Iran”. Bravo.

A lire aussi: La paix à l’iranienne: petit mode d’emploi pour se faire rouler

Etrange, ce que n’ont pu faire les recommandations internationales et les bêlements aigre-doux de nos écologistes nationaux, un président américain le fait grâce à la collaboration des Iraniens. Je le dis sans ironie : il faut souhaiter que le double blocus du détroit d’Ormuz dure le plus longtemps possible. Coup de chance, Donald Trump mène là-bas une guerre planplan, personne ne meurt ces jours-ci, les soldats américains bronzent sur les porte-avions, les Iraniens fument ou sniffent la contrebande venue d’Afghanistan. Cette béatitude générale peut durer longtemps, Donald ne s’inquiète pas des midterms, il sait bien que tous les présidents en place les perdent. Les peuples démocratiques sont volages.

La haine irraisonnée des Français envers les présidents américains du camp républicain est néfaste à leur intelligence. J’ai vu en 1984 sur les quais de Strasbourg une scène honteuse : le passage sous les huées de la foule du président Ronald Reagan qui se rendait au Conseil de l’Europe. Son crime ? Il voulait déployer des fusées en Allemagne pour répondre aux fusées soviétiques qui menaçaient l’Europe. Peu de temps après, Reagan a provoqué l’effondrement de ce triste tigre en carton, l’Urss, en le ruinant par la course aux étoiles. On sait moins qu’avec l’appui de Margaret Thatcher, il a réussi à interdire internationalement l’usage des gaz qui détruisaient la couche d’ozone. Aujourd’hui on n’entend que des louanges de Ronald Reagan. Vous n’aimez toujours pas Trump ? Pensez qu’il sera parti dans deux ans, alors que Poutine et Xi vous regarderont encore avec leurs sourires vipérins.

Commission Alloncle: le rapport consenti!

Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 8 avril 2026. © Stephane Lemouton/SIPA

À en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. Il a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Pour une partie de la classe politique, il est scandaleux, voire honteux, de permettre aux Français de soulever le capot de l’audiovisuel public. Il est peu probable que cela aboutisse à de grands changements.


On savait déjà que la télé rend dingues ceux qui la font, parfois ceux qui la regardent. On a maintenant la preuve qu’elle rend mabouls ceux qui la contrôlent. Le 27 avril, quand les membres de la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public se réunissent à huis clos à l’Assemblée nationale, un parfum de folie flotte dans l’air. Alors qu’il s’agit simplement ce jour-là d’accomplir une formalité – autoriser la publication des conclusions du rapporteur Charles Alloncle –, la séance va durer près de cinq heures. Le texte pourtant ne les engage à rien et n’a aucune force contraignante. Dans l’assistance, chacun sait bien du reste qu’il lui sera parfaitement loisible de s’en démarquer et de l’étriller publiquement dès sa parution.

Seulement, pour les dix élus de gauche présents dans la salle (sur trente membres en tout), le simple fait qu’Alloncle, député UDR – c’est-à-dire allié du RN – , ait pu consigner dans un document officiel ses réflexions sur la radio et la télévision publiques est inacceptable. « On doit avoir un geste de courage qui est de censurer Charles Alloncle pour l’ensemble de son œuvre », déclare carrément l’écologiste Jérémie Iordanoff avant que les portes se ferment, et que les Insoumis, les Verts et les socialistes se défoulent successivement sur l’élu ciottiste en lui assénant tout le mal qu’ils pensent de lui, de son usage compulsif des réseaux sociaux, de son obsession populiste pour les sommes « empochées » par les producteurs et de ses passages répétés sur les médias de Vincent Bolloré. Quitte à l’accuser d’être sous « l’influence » et « l’ingérence » de l’homme d’affaires breton, et même d’œuvrer à la « trumpisation » de la France.

Un projecteur braqué sur l’audiovisuel public

Drôle de conception du courage. En réalité, l’enterrement du rapport Alloncle, qui n’a finalement pas eu lieu, aurait constitué un fâcheux précédent, évidemment contraire à l’esprit des lois et en particulier aux droits d’expression des oppositions. Jusqu’à présent, seul un rapport d’enquête parlementaire est resté confidentiel dans l’histoire de la Ve République : celui qui portait en 2011 sur le financement des syndicats (il sera consultable en 2036). Mais, à la différence de la commission sur l’audiovisuel public, les auditions s’étaient tenues à huis clos. Dès le départ, il était donc envisagé que les informations récoltées restent couvertes par le secret pendant une période donnée. Rien à voir donc avec le travail mené à ciel ouvert par Alloncle et son collègue philippo-macroniste Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission.

Un travail titanesque. Plus de deux cents heures d’auditions et 230 personnes interrogées. Et deux sujets principaux en ligne de mire : la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. L’un et l’autre étant notoirement sujets à critiques. Surtout depuis septembre dernier, quand, coup sur coup, deux affaires ont gâché la rentrée des dirigeants de Radio France et France Télévisions. Tout d’abord le scandale Legrand-Cohen, déclenché par la mise en ligne de la vidéo de L’Incorrect où l’on voit les deux vedettes du commentaire politique sur France Inter et France 5 s’entendre comme larrons en foire avec deux éminences grises du Parti socialiste. Ensuite, la parution d’un rapport de la Cour des comptes, qui déplore une situation financière « lourdement dégradée » à France Télévisions et enjoint le groupe dirigé par Delphine Ernotte-Cunci de mener des « réformes structurelles sans délai ».

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Il était donc légitime, et même nécessaire, qu’un coup de projecteur soit braqué sur l’audiovisuel public. Et que les questions qui intéressent légitimement les Français soient soumises à ses dirigeants. Comment expliquer que le salaire moyen soit plus élevé dans ces entreprises paraétatiques que chez les concurrents du privé (bien que les dirigeants y soient, en revanche, moins payés que dans le privé). Quelles mesures ont-elles été prises pour empêcher les copinages avec les sociétés de production extérieures ? Doit-on accepter que les antennes de Radio France et France Télévisions penchent autant à gauche, comme le démontre impeccablement Gilles-William Goldnadel dans notre dossier du mois? Toutefois, tout téléspectateur-auditeur-payeur peut le constater : sur France Télévisions, les entorses à la neutralité sont moins nombreuses, et souvent moins flagrantes, qu’à Radio France où nul n’essaie de cacher qu’il est en croisade civilisatrice contre l’extrême droite. Si Delphine Ernotte-Cunci a gaffé – en accusant CNews d’être d’extrême droite, elle a laissé penser qu’elle mène un combat politique –, Stéphane Sitbon-Gomez ne se fait pas avoir à ce petit jeu : il n’oublie jamais de rappeler que les électeurs du RN regardent ses chaînes et qu’il le sait.

La fourmilière s’en remettra vite

Résumant à grands traits ses découvertes, Charles Alloncle affirme qu’il y a beaucoup d’entorses à la neutralité à Radio France et beaucoup de problèmes de gestion à France TV. Cependant, au cours des auditions, face à un Alloncle dont le phrasé monocorde cache à peine la tonalité offensive, voire inquisitrice des questions, les accusés – pardon les auditionnés – se défendent plutôt bien. L’audiovisuel public est un bastion progressiste et bien nanti certes, mais ce ne sont pas non plus les écuries d’Augias. Le temps des « voleurs de patates » est, semble-t-il, révolu et les règles d’équilibre de la parole politique imposées par l’Arcom, beaucoup plus restrictives qu’autrefois, sont globalement respectées, même si nous pointons d’hallucinants contre-exemples dans ce numéro.

Si les équipes de France Télévisions qui couvrent le Festival de Cannes ont été mises au pain et à l’eau, enfin presque, il est peu probable que les pistes proposées par Alloncle pour réaliser des économies sérieuses seront envisagées. L’idée de fermer ou de vendre une chaîne ou deux n’a trouvé aucun partisan déclaré durant les six mois d’auditions, comme l’a habilement remarqué Delphine Ernotte-Cunci lors de la séance publique de clôture. Il faut dire que cette question, qui animera sans doute la prochaine campagne présidentielle, était un poil hors sujet par rapport à l’objet de la commission. Et que beaucoup de Français sont comme nous terriblement agacés par l’audiovisuel public, mais attachés à l’audiovisuel public.

Osons un pronostic : la fourmilière de l’audiovisuel public, dans laquelle Charles Alloncle a mis un grand coup de pied, s’en remettra très vite. Certes quelques petites évolutions ont déjà été annoncées ici et là, histoire de ne pas renvoyer une impression de totale impunité. Si à Radio France, elles sont plus que discrètes – mais le cas de la Maison ronde est de toute façon désespéré –, à France Télévisions, les dirigeants ont moins fait le dos rond. Face aux révélations sur les suites mises à leur disposition au Majestic lorsqu’ils sont au Festival de Cannes, des consignes de sobriété ont été prises. Le prix maximum des chambres est désormais fixé à 500 euros, excluant donc d’office les établissements de luxe de la Croisette.

Soit dit en passant, les palaces de la Côte, bondés à cette saison, ne sont pas des lieux tellement agréables pendant la Quinzaine et nous n’avons toujours pas compris en quoi il serait choquant que des représentants « officiels » de la culture française soient aussi bien traités que les autres festivaliers. Mais au-delà de cette mesure ultra-symbolique – et un peu démagogique –, c’est sur le plan éditorial que des changements plus sérieux pourraient se profiler. Comme nous l’a confié Stéphane Sitbon-Gomez, numéro deux du groupe, dans notre dossier du mois, une réflexion est en cours sur la place des éditorialistes maison à l’antenne. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui ça veut dire beaucoup. Car son pouvoir en la matière est fort mince.

Charles Alloncle a en effet tort de considérer Sitbon-Gomez comme le responsable des journalistes de France Télévisions, même si l’information fait désormais partie de son périmètre. Que ce soit à France Télévisions ou à Radio France, les rédactions et, à FTV, les émissions d’investigation, sont des puissances avec lesquelles les directions doivent composer. À quoi il faut ajouter le pouvoir exorbitant des syndicats. Dans l’audiovisuel public, les véritables chefs des rédactions se trouvent dans les délégations syndicales. Les membres du codir passent, la CGT reste. On a bien vu son pouvoir immense lorsqu’elle a publié un tract assassin contre la reporter Claire Koç en octobre 2025. Celle-ci, réfugiée politique d’origine turque, venait de signer un sujet pour France Info TV sur une exposition artistique organisée à l’occasion des deux ans du 7-Octobre. Autant dire qu’elle avait violé les règles tacites du Politburo ! Le reportage « n’adopte qu’un seul point de vue, celui d’une communauté juive, écrit la CGT, il reprend pour une bonne part les thèses du CRIF ». Questionnés par la commission au sujet de cette abjection, les responsables du syndicat ont reconnu une erreur à mots couverts, mais bien sûr ils n’ont pas présenté d’excuses. Ils se savent intouchables. Ils le savent depuis longtemps. Au moins depuis 2011, date à laquelle la commission d’enquête sur le financement de leurs organisations a été enterrée.

Djembés, statuettes encombrantes et ambitions impériales

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Dominique de Villepin © Alain ROBERT/SIPA

De prétendus anciens cadeaux obtenus du temps de Chirac deviennent des boulets politiques pour Dominique de Villepin, qui vient de lancer son propre mouvement (La France humaniste), dans la perspective de 2027. On vous dit tout de ces petits billets et de ces grandes ambitions.


C’est Robert Bourgi qui le dit : « Le talon d’Achille de Dominique de Villepin, c’est l’argent, le luxe, l’aisance. »

Le sieur Bourgi a déjà fait parler de lui dans le registre croustillant de l’exhumation et de l’exploitation très opportune de cadeaux empoisonnés. On se souvient qu’il avait taillé un costume (à 13 000 euros) à François Fillon alors en pleine ascension vers le graal élyséen, torpillant ainsi sa campagne électorale. Du sabotage parfaitement assumé. Bourgi ne voulait pas que Fillon fît son entrée au palais présidentiel. La motivation d’aujourd’hui serait la même: pas de Dominique de Villepin dans le fauteuil du général de Gaulle. Car Robert Bourgi se pare de l’armure du gaulliste pur et dur, gardien du temple, garant de l’orthodoxie en la matière. S’il le dit…

Cascade de billets

Le caillou dans la chaussure de Dominique de Villepin ne serait pas des costumes de bon faiseur mais deux statuettes représentant Napoléon 1er. C’est en tout cas ce que ce même Robert Bourgi se fit une joie de rapporter dans le Complément d’enquête consacré à l’ex-Premier ministre et diffusé par France 2 jeudi dernier. Napoléon, le modèle politique fantasmé du Monsieur dissolution de 1997, le maître artisan de ce Waterloo, de cette initiative calamiteuse. Depuis, il a fait école. Nous avons eu la joie de connaître au moins une autre dissolution en mode Bérézina. Est-il besoin de rappeler ce haut fait de 2024 ?

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Dans ces époques, celles ou le président Chirac siégeait dans ledit fauteuil, notre héros dénonciateur avait la charge très occulte mais très fructueuse de gérer « les gestes d’amitié » des chefs d’États Africains envers la présidence française et ses alentours immédiats. Une très belle amitié, puisque se chiffrant à plusieurs millions de dollars. Une amitié, qui plus est, des plus actives si l’on en juge par le rythme auquel ces manifestations d’affection se répétaient. Bourgi évoque « douze ou quinze remises d’argent entre 1997 et 2005 pour un montant de cinquante millions d’euros ». Très chaleureuse amitié, disais-je… L’homme, fort disert, raconte autre chose. Il raconte fort bien, d’ailleurs. Une sorte de don oriental chez ce Franco-libanais né à Dakar ? C’est en effet qu’il ne se fait pas prier pour narrer cette belle anecdote sur fond de tam-tams – de djembés, si l’on préfère – qui une fois sortis de leur emballage dans la cour d’honneur de l’Élysée, libérèrent « une cascade de billets de cinq et dix dollars » (sic). Villepin venait de réceptionner ces instruments de musique exotique offerts par le président du Burkina Fasso, Blaise Compaoré. Chirac, toujours fana d’arts premiers et ne voulant pas rater ça, était présent. « Mais qu’est-ce que je vais faire des billets de cinq dollars ? » se serait-il récrié. C’est vrai, les petites coupures, ça encombre vite. Il semble que l’usage qu’il pouvait faire des quatre djembés ne lui posait pas de problème. Peut-être avait-il plaisir à en jouer, le soir au coin du feu tandis que Bernadette s’adonnait au tricot ou au macramé.

Dominique de Villepin fut successivement, ces somptueuses années-là, secrétaire général de l’Élysée, ministre des Affaires étrangères, ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, cela en 2005.

Cerise sur le gâteau

On comprend qu’il lorgne grave ces temps-ci sur l’Élysée, ce qui serait en quelque sorte la cerise sur le parcours entamé voilà un quart de siècle. Une sorte de couronnement quasi impérial pour cet admirateur de Napoléon Bonaparte. On comprend aussi qu’il ait pris goût à l’argent facile, l’argent qui coule en cascade, comme par enchantement. Mais, ainsi qu’on se plait à le seriner quand on en a à satiété, l’argent ne fait pas le bonheur. On a beau posséder pied à terre vaste et luxueux dans la prestigieuse avenue Foch à Paris, avoir acquis ces dernières années un château niché dans une paisible commune du Loiret, il manque au bonheur, justement, la consécration suprême, l’Élysée.

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On comprend enfin l’amertume que l’intéressé doit ressentir lorsqu’il se dit que, pour deux malheureuses statuettes du « Petit Tondu », de 75 000 euros l’une, 50 000 euros l’autre – une broutille quoi ! – offertes par deux personnes bien sous tous rapports, Blaise Campaoré, déjà nommé, et l’industriel italien Angelo Perucci, le beau rêve pourrait virer cauchemar !

Reste évidemment à savoir le crédit qu’on peut apporter aux révélations du sieur Bourgi dont nul n’ignore la forte inclination qu’il a pour le tamtam médiatique. À chacun son talon d’Achille, éventuellement les sous, les gros sous, pour Dominique de Villepin. Assurément la gloire sulfureuse de la délation en différé pour le sycophante récidiviste qui, après avoir eu la peau du ténébreux Fillon s’offrirait bien celle du flamboyant Villepin…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Le travail, première maladie professionnelle

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La journaliste Elisabeth Lévy © Pierre Olivier

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy.


Vous vivez dangereusement. Enfin, si vous faites partie des 30 millions de benêts qui travaillent en France. Dieu nous avait prévenus: si vous faites des saletés, fini de traîner à poil toute la journée, vous irez bosser. On n’a pas écouté et voilà. Notez que ça ne sert à rien d’arrêter le sexe, on ne vous renverra pas pour autant feignasser au paradis.

L’autre matin, j’apprends au réveil que c’est la Journée de la sécurité et de la santé au travail. Pour fêter ça, l’Organisation internationale du travail publie un rapport révélant que « le stress, le harcèlement ou les journées interminables » causent chaque année la mort de près de 840 000 personnes dans le monde. Le premier qui fait une blague débile sur l’ambiance à Causeur est viré.

Si vous avez survécu aux petits chefs à gros égo, vous n’êtes pas tirés d’affaire. Gil Mihaely me souffle que le travail est la deuxième cause de mortalité après la vie.

Soyons sérieux un moment. Le travail tue pour de bon. Pas vous et moi, à moins que vous lisiez Causeur sur un échafaudage, dans la cabine d’une grue ou sur une chaîne de production. Le 17 avril, un jeune homme de 22 ans qui travaillait de nuit dans une usine de fabrication de pâtes est tombé dans un laminoir. Laminoir, assommoir, la vie c’est parfois du Zola. Pour changer, la France est en fin de classement – juste après Malte pour le nombre d’accidents par habitant. Ce qui préoccupe légitimement les ministres successifs. L’ennui c’est qu’on voit poindre les solutions. D’après la fondatrice d’un collectif de victimes, il y a un « manque de visibilité très problématique, parce qu’il contribue à cacher l’ampleur du phénomène ». Il est vrai que l’une des maladies françaises est de ne pas connaître précisément les problèmes auxquels on prétend remédier, ainsi a-t-on par exemple réussi l’exploit de créer une pénurie de médecins. L’intention est donc louable, seulement quand j’entends « observatoire », je vois arriver un gymkhana administrativo-syndical. Qui aboutira de toute façon à la conclusion qu’il faut plus de règles et plus de contrôle. Soyons encore plus soviétiques.

Admettons que les employeurs des secteurs les plus filous seraient plus attentifs s’ils savaient que l’Inspection du travail peut leur tomber dessus à tout moment. La CGT exige, sans surprise, qu’on double le nombre d’inspecteurs puisque, selon Libération, les effectifs ont « fondu » de 13 % en dix ans. Logique. On pourrait aussi réaffecter à des opérations utiles les inspecteurs payés pour vérifier que d’honnêtes agriculteurs ne cachent pas du glyphosate dans leur cave ou que le grammage des portions est respecté dans les cantines scolaires. Notre problème n’est pas qu’il n’y a pas assez de contrôles, c’est qu’il y a trop de normes à contrôler.

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Curieusement, ce ne sont pas les travailleurs les plus menacés par un accident qui sont les plus frappés par une nouvelle épidémie: celle des arrêts-maladie dont le nombre et le coût s’envolent. La facture pour la Sécu a bondi de 45 % en six ans pour atteindre 18 milliards en 2025, statistique qui pour une raison mystérieuse n’intègre pas les indemnités versées aux fonctionnaires. Je ne voudrais pas cafter, mais ils ne sont pas les derniers à tirer au flanc, pardon à tellement souffrir au travail qu’ils doivent fréquemment se soigner. Et je ne parle pas seulement des policiers et des professeurs, qui ont des raisons d’en avoir plein le dos.

Le chœur des vierges syndicales (image audacieuse j’en conviens) ne manque pas d’arguments pour expliquer cette envolée. D’abord on vieillit, on fatigue, et comme on n’a pas tous un médecin à portée de vélo, on ne se soigne pas. C’est imparable. Ensuite, il y a le mal-être dans l’entreprise qui lui aussi s’accroît, obligeant les salariés à prendre du recul – et des jours d’arrêt. Je ne sais pas comment on mesure le mal-être dans l’entreprise, sans doute au nombre des arrêts-maladie. Enfin, n’oublions pas le nouveau rapport au travail, parfaitement illustré par cette étudiante en sociologie qui proclamait son intention de ne pas perdre sa vie à la gagner, à quoi le malicieux Stéphane Germain répondit que, dans sa branche d’activité, les statistiques de mortalité au travail étaient encourageantes.

Étant entendu que le boulot, ce n’est pas toujours marrant et parfois franchement pénible, on ne saurait totalement exclure qu’une partie de ces arrêts soit abusive, voire frauduleuse. Quand il suffit de se planter devant son écran pour demander à un télé-médecin que vous ne reverrez jamais de vous arrêter parce que vous ne vous sentez pas bien et qu’il s’exécute sans discuter parce que vous avez déjà payé, la tentation de ne pas se sentir très bien est forte. Et vous pouvez recommencer la semaine suivante avec un autre médecin. Pour débusquer les malins qui abusent du système, le gouvernement envisage de créer un bouton numérique qui permettra aux employeurs de signaler d’un clic les athlètes de l’absence. Ça ressemble un peu à de la délation, mais la fraude récurrente, ça ressemble un peu à du foutage de gueule. L’idéal serait qu’on soit tous kantiens et qu’au moment de replonger sous sa couette aux frais de la princesse, c’est-à-dire de ses copains de bureau, on pense à ce qui se passerait si tout le monde faisait la même chose. L’esprit kantien n’étant pas particulièrement répandu, le flicage est un mal nécessaire.

En attendant que les syndicats inventent une source de revenus qui ne proviendra du travail de personne, la malédiction continue: il faut travailler pour vivre, en tout cas il faut que certains travaillent. Heureusement, on pourra bientôt déléguer toutes les tâches ennuyeuses à des crypto-humains bourrés d’IA qui ne connaissent pas la fatigue d’être soi, ne prennent pas d’arrêts de travail et ne hurlent pas au harcèlement pour une blague un peu leste – ayons confiance, ça viendra. L’ennui, c’est que pour fabriquer des robots, il faut encore que des humains acceptent de se bouger le fondement.