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Iran, le fanatisme résilient

La chronique géopolitique de Richard Prasquier


Iran, le fanatisme résilient
Une femme agite un drapeau iranien en soutien au gouvernement sur la place Enqelab-e-Eslami, ou place de la Révolution islamique, dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le dimanche 22 mars 2026 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Trump peut-il vraiment faire la paix avec l’Iran? Si les décisions militaires des mollahs ont été complètement erratiques suite à l’attaque américano-israélienne, consistant notamment à canarder tous leurs voisins, ce sont désormais les propos du président américain qui interrogent.


Après les succès du 28 février, 1er jour de la guerre, on a parlé de la panique des mollahs et de la décapitation du régime iranien. Puis l’image a fait place à celle d’un Iran résilient, rendant coup pour coup, maitrisant sa population et tenant entre ses mains le destin économique de la planète par son contrôle du détroit d’Ormuz. 

Amazing

A en croire le président américain, la campagne militaire est une réussite extraordinaire, le régime iranien est aux abois et s’il a été difficile de négocier avec lui, c’est que les dirigeants ont tous été tués. Le 22 mars Trump menace d’oblitérer le système électrique iranien si le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert. Le 23 mars il suspend la menace, arguant de discussions productives avec des représentants iraniens de haut niveau. 

Le 25 mars, démenti iranien assorti d’insultes envers les Etats-Unis et d’exigences telles qu’elles laissent penser que c’est l’Iran qui a gagné la guerre. 

Le nom de Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ex-maire de Téhéran, est évoqué comme comme point de contact des Américains. Réaction outragée de l’intéressé qui prétend que ceux-ci lancent ces bruits pour sortir du bourbier où ils se sont enlisés et que la guerre ne s’achèvera qu’avec la punition des agresseurs. Sous l’égide de la Turquie, du Pakistan et de l’Egypte, on continue pourtant de parler de négociations, de la conduite desquelles Steve Witkoff et Jared Kushner, Juifs tous deux, seraient refusés par l’Iran. 

Les Iraniens pensent que Trump veut en finir car il s’inquiète des conséquences de la hausse du pétrole alors que s’approchent les midterms et qu’un vote chez lui en Floride vient d’amener pour la première fois depuis des lustres un démocrate à la Chambre de l’Etat.

Art du deal

Certains estiment que l’arrivée des troupes aéroportées près des côtes iraniennes n’est qu’une diversion qui permettrait à Trump, après une victoire symbolique, de prétendre que le job est fini. D’autres pensent que malgré son talent à tordre la vérité, le président américain doit renforcer les actions militaires s’il ne veut pas perdre la face en aboutissant à un accord de façade tellement minable que même lui aurait du mal à le vendre à un public dont l’Iran n’est pas la priorité mais qui ne veut pas voir les Etats-Unis humiliés.

On dit que c’est dans ce flou que Trump est à son meilleur. Moi, je pense que l’Iran n’est pas le Vénézuéla et que le président américain est plus à l’aise avec des dirigeants corrompus qu’avec des dirigeants fanatiques, ce que sont les dirigeants iraniens au pouvoir actuellement, tous issus de l’IRGC, le corps des Gardiens de la révolution, les Pasdaran.

Tous n’ont pas été tués et l’image de numéro deux de moindre prestige remplaçant des numéros un tués par les frappes israélo-américaines ne représente pas la réalité. Ces numéros deux étaient souvent d’anciens numéros un qui ont gardé leur réputation ou de vieux routiers du pouvoir… Voici quelques exemples.

Mohamed Jafari, devenu responsable de la guerre culturelle, était absent de la réunion du 28 février. Il avait été le chef des Pasdaran entre 2007 et 2019, époque où ceux-ci ont commencé avec l’appui de Ali Khamenei et de son fils Mojtaba, à sucer à leur profit l’essentiel des ressources de l’Iran. Son adjoint le célèbre Soleimani, était responsable des actions extérieures, Jafari lui, a transformé l’armée intérieure en en faisant, dans l’optique d’une possible invasion ennemie, une mosaïque d’unités autonomes.

Ahmed Vahidi, qui avait rejoint les Pasdaran en 1979 est devenu leur chef quand son prédécesseur fut tué le 28 février. Ministre de l’Intérieur depuis 2022, il a été responsable de la répression qui a suivi l’assassinat de Mahsa Amini. Mais il avait déjà exercé ses talents en 1994, avec l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires.

Mohsen Rezae tout récent conseiller militaire spécial de Mojtaba Khamenei, a été de 1980 à 1997 le premier Commandant des Gardiens de la Révolution, à cette époque de simples gardes du corps de Khomeini. 

Et Mohammad-Bagher Ghalibaf a lui aussi été général des Gardiens de la Révolution. 

Ceux-ci sont aujourd’hui le centre du pouvoir en Iran. Mojtaba, qu’ils ont fait élire Guide est leur homme et même s’il est mort ou très invalide il pourra servir de substitut d’imam caché.

Des fanatiques actuellement à la tête du pays

Ces hommes sont entrés à la politique dès 1979, comme jeunes et enthousiastes disciples de Khomeini. Ils sont des partisans déterminés de sa doctrine, la Velayat e-faqih, qui donne le pouvoir décisionnel absolu au Guide perçu comme le représentant de l’imam sur terre et qui réduit le risque de rivalité interne ; ils se sont formés à la guerre dans les combats contre l’Irak quand on envoyait des enfants munis d’un collier de clefs du Paradis sauter sur les mines pour ouvrir le chemin des combattants, et ils ont donc un mépris absolu de la vie humaine. Ils ont toujours suivi pendant ces quarante-sept ans de théocratie où deux générations d’Iraniens ont été endoctrinés, la ligne la plus dure, celle des théologiens de Qom les plus hostiles à la démocratie occidentale. Ils se sont opposés à Ahmadinejad, non pas parce qu’il était un fou furieux, mais parce qu’il était un populiste innovant susceptible de dévaloriser le rôle du Guide Suprême à la tête du système.

Ce sont ces hommes qui dirigent le pays. Certains considèrent que l’islam sunnite lui-même est une hérésie à extirper, et pensent que cette guerre pourra par son intensité même être le creuset d’où sortira de sa cachette le 12e imam pour amener l’humanité, ou ce qui en restera après les combats, vers la vraie foi. Une analyse récente du centre Memri rappelle ces caractéristiques. Plutôt que d’insister sur leur corruption (certains des membres de ce groupe ont été pointés à ce sujet), il faut s’attacher au fanatisme idéologique où le mensonge (la célèbre taqiya) est une valeur fondamentale devant l’ennemi. Et, si le Grand et le petit Satan, les Etats-Unis et encore plus Israël, sont les ennemis archétypaux, les démocraties et tous les ennemis de la théocratie iranienne sont des ennemis de Dieu avec lesquels aucune réelle entente n’est envisageable.

Ce n’est pas avec de tels hommes qu’un accord est possible.  Ce n’est pas avec de tels hommes que le peuple iranien pourra se libérer, or c’est là le seul chemin de paix au Moyen Orient. Les Israéliens le savent, dirigeants politiques comme peuple de la rue. Pour Donald Trump, nous ne pouvons qu’espérer.




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est président d'honneur du CRIF.

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