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Des mots pour ne pas dire

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Vivre-ensemble, faire société, inclusion, résilience, État de Droit… Ces mots qui se sont imposés comme une évidence bienveillante dans le vocabulaire courant constituent une barrière mentale qui interdit de penser le monde autrement qu’à la lumière du progressisme.


« Le langage est une législation, la langue en est le code », disait Roland Barthes, entre deux petits fours, à l’occasion d’une leçon inaugurale au Collège de France. Le champ lexical politique et médiatique français, à l’instar de notre Code pénal, s’est considérablement enrichi ces quarante dernières années. Ceux qui sont nés avant 1990 n’avaient ainsi jamais entendu parler de diversité, d’inclusion voire d’État de Droit – toutes notions désormais consensuelles et positivement connotées. Cet unanimisme suspect nous offre une excellente raison de questionner cette nouvelle sémantique – qu’on qualifiera de novlangue seulement si l’on est enclin aux discours de haine. Ce vocabulaire qui s’est imposé comme une évidence bienveillante constitue, en effet, autant de barrières mentales interdisant de penser le monde autrement qu’à la lumière d’une vision progressiste. Pour lutter jadis contre le communisme et ses vibrants camarades, il fallait accepter d’être traité de contre-révolutionnaire, si ce n’est de chien (Sartre). Le dictionnaire a changé, pas la méthode – même si les canidés avaient bien raison d’aboyer. Douter de la pertinence de l’inclusion, c’est désormais courir le risque d’être accusé de prôner l’exclusion –, alors qu’on milite en réalité pour l’assimilation, hier consensuelle puis devenue offense, à l’image des drapeaux français bannis aujourd’hui des meetings de gauche.

Acceptons d’avance l’opprobre et dénonçons allégrement tout ce vocabulaire totalitaire, digne des Précieuses ridicules. Il vise à détruire un ordre social honni ou a minima à accompagner cette destruction avec l’autorité lexicale du fait accompli. La notion de vivre-ensemble a ainsi coïncidé avec l’éclatement de l’Hexagone en archipels communautaires, le mot s’imposant à mesure que l’objectif qu’il affichait s’éloignait. Faire société a émergé au moment où chacun n’aspirait plus qu’au cercle familial. Le débat national voulu en 2009 par Sarkozy – « Qu’est-ce qu’être français ? » – était de la même eau. Il parlait en réalité au passé décomposé : « Qu’est-ce que c’était être français ? » Dans le sillage du vivre-ensemble vint l’islamophobie, dans le but d’interdire tout discours critique d’une religion dans un pays laïque. 

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Mais évidemment sans pour autant autoriser à qualifier les actes antichrétiens, pourtant majoritaires, de christianophobes. Seule concession, l’apparition du concept incertain d’islamisme destiné à ne nommer que la frange extrémiste de la communauté musulmane (marginale, bien sûr, la DGSI peut citer le prénom des quelques islamistes encore présents sur le territoire). Comme l’a noté Rémi Brague, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme désignent pourtant, eux, l’ensemble des pratiquants de ces religions, mais cela n’intéresse pas Télérama. Nouveau venu dans le vocabulaire consensuel, la résilience des ci-devant selzésseux dont personne n’aura la haine. Les Résistants furent-ils résilients ? (vous avez deux heures).  En tout cas, ils ne pratiquèrent pas la « résignence ». Toujours calés dans la roue de ce vivre-ensemble, la mixité sociale, suivie, à une encablure, du logement social. Concrètement, une politique de dissémination, sur l’intégralité du territoire, des problématiques des quartiers populaires. Incapables de les résoudre ni de freiner les flux de population qui les alimentent, les autorités (on ne rit pas !) tentent de les répartir, jusqu’à Crépol. Quand il a fallu emballer de papier rose ce cadeau fait à la France périphérique, les responsables de ces politiques n’ont pas dû hésiter longtemps : « Mon programme ? La gangrène. Pardon, non. La mixité sociale ».

La répartition d’ailleurs, parlons-en. Après quelques jours de flottement autour des dépenses publiques et du fol désir exprimé par quelques ultra-libéraux de les voir réduites, la justice fiscale a rapidement occupé tout l’espace disponible. S’opposer au racket du Trésor public (Bercy, c’est la DZ Mafia plus les Cerfa) reviendrait donc à s’afficher en promoteur d’une injustice. Et mon fondement, c’est du KFC ?

Un piège au demeurant parfait, calqué sur celui des machinations antiraciste et antifasciste : à l’origine, des causes indiscutables, couronnées d’ailleurs de succès – qui peut citer un défenseur de la théorie des races de Gobineau, un partisan du retour de l’apartheid ou de l’esclavage ? Je connais en revanche de jeunes Blancs traités de « babtous » qui subiraient les affres de la justice s’ils s’avisaient à répliquer « Oh, calme-toi bamboula ». Se battre contre l’antiracisme, qui a muté en racisme antiblanc et antisémitisme pro-pal, ce n’est pourtant pas être raciste. S’insurger contre les milices fascistes des black blocs complaisamment qualifiées d’antifas, ce n’est pas souhaiter la survenue d’une dictature, mais précisément lutter contre celle que LFI et Mélenchon portent en eux. Le vocabulaire est ainsi devenu un champ de mines qui pave les bonnes intentions progressistes. Déconstruction, patriarcat, stéréotypes, genre, racisme systémique, décolonialisme, tout cela pour finir en non-mixité choisie – délicat synonyme de ségrégation raciale – quelle honte !

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Se pose toutefois la question de la méthode, puisque déminer le dictionnaire progressiste, c’est prendre le risque de sauter sur un mauvais jeu de maux. L’intelligence, sans que l’on puisse tout miser sur elle, viendra nous épauler – celle d’un Bock-Côté qui décrit l’État de Droit comme « une institutionnalisation assumée du progressisme ». L’humour – auquel le camp du bien semble allergique – peut également aider : « Vivre ensemble, il faut choisir », dit Renaud Camus. Et pourquoi pas le bras d’honneur ? Ce fut celui du trumpisme. À sa décharge, tenter de convaincre pendant des heures des tromblons iels aux cheveux bleus qu’il n’existe que deux sexes biologiques, ce que 99,9 % de l’humanité sait, relève de l’impossible. Leur concéder quelques dysphories de genre, statistiquement sans rapport avec l’épidémie psychiatrique de transitions, ne calmera pas ces fanatiques – des clowns dépositaires du seul privilège blanc restant, celui du suicide collectif.

Alors, oui, doigt et bras d’honneur. Les guiboles aussi s’il le faut.

Dictionnaire, piège à cons !

Quand le crime est une statistique…

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Quelles sont les limites de la responsabilité pénale? Cette question est soulevée de manière pressante par le cas d’un certain Samir T., meurtrier et violeur. Le billet justice de Philippe Bilger.


Loin de moi l’idée de chercher une quelconque vérité dans des propos attribués à Staline ; néanmoins, une formule qu’on lui prête — sans certitude quant à son authenticité — affirme qu’un mort relève de la tragédie, tandis que des milliers ne seraient plus qu’une statistique.

Sur le plan criminel, cette observation cynique peut trouver une traduction épouvantable. Un certain Samir T. avait tué une septuagénaire de 468 coups de couteau à Toulouse, le 1er janvier 2011. Il avait été déclaré pénalement irresponsable et était sorti de l’hôpital après quatorze années d’internement.

Il a été mis en examen, le 11 décembre 2025, avec trois autres hommes, pour un viol sur personne vulnérable, au début du mois (Sud Ouest).

Cette brève relation du parcours de Samir T. permet de mettre en lumière trois problèmes qui ne sont pas forcément compris par tous.

Le premier concerne l’irresponsabilité pénale du meurtrier, qui a porté un nombre hallucinant de coups de couteau : 468. Pour ma part, comme avocat général à la cour d’assises de Paris, je n’ai connu qu’une seule procédure comparable : une prostituée ayant tué son proxénète de 28 coups de couteau, celui-ci refusant de la laisser échapper à sa dépendance et à sa servitude. J’avais requis son acquittement et j’avais été suivi par le jury. J’avais soutenu que le nombre même de coups révélait une intention homicide à ce point éclatée et diluée qu’elle finissait, en quelque sorte, par disparaître.

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S’agissant du crime de Samir T. et de son irresponsabilité pénale, il a donné lieu à un échange passionnant et contradictoire, le 22 décembre, sur le plateau des Vraies Voix, à Sud Radio, entre Philippe David, qui dénonçait cette mise hors de cause psychiatrique, et moi-même, qui la validais. Sans me pousser du col, l’analyse psychologique à elle seule, ajoutée à la surabondance de violence, montrait qu’une telle frénésie faisait sortir son auteur de la criminalité ordinaire — caractérisée par un lien clair et identifiable entre le criminel et sa victime — pour la faire entrer dans le registre de la folie, où celle-ci disparaît en quelque sorte symboliquement, ne confrontant plus l’auteur qu’à lui-même et à son délire. Celui-ci le pousse alors, dans un aveuglement sans mesure ni limite, à dépasser l’atroce normalité qui rend la plupart des crimes odieusement logiques.

Les 468 coups de couteau révélaient, en effet, une furie déconnectée du réel, un abandon statistique au dérèglement de soi, comme si l’être avait déserté la raison pour entrer dans le territoire glaçant d’une cruauté qui ne jouissait que d’elle-même.

Cette personne aurait-elle dû sortir de son internement au bout de quatorze ans ? Ne nous dissimulons pas derrière une lucidité rétrospective que viendrait faussement éclairer le viol récent. Je ne doute pas qu’au moment où la décision de mettre fin à son hospitalisation a été prise, l’arbitrage entre le risque d’une telle libération et la conviction que la société n’en serait pas victime ait été pesé. Si Samir T. est condamné, cette seconde branche de l’alternative apparaîtra pour ce qu’elle était : une pure illusion et un humanisme dévastateur.

Enfin, on peut relever que l’irresponsabilité pénale constatée en janvier 2011 pourrait être apparemment compatible avec une responsabilité pénale, au moins relative, en décembre 2025. Les ombres qui, sur le plan criminel, obscurcissent parfois totalement un individu sont susceptibles de se dissiper. On n’est pas nécessairement criminel et fou à vie.

Pour le meilleur comme pour le tragique.

Roi chevalier, roi mécène

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Une nouvelle biographie du roi François 1er, signée Maxence Hermant, est l’analyse fouillée d’un règne fondateur, accompagnée d’une iconographie éblouissante.


La collection « Bibliothèque des illustres », aux éditions Perrin, vient de s’enrichir d’un dixième ouvrage, dans le même format 18x26cm (à mi-chemin entre livre et « beau livre ») et la semblable élégance esthétique qui parent les volumes antérieurs – du Marquis de Sade de Christian Lacombre aux Napoléon et Talleyrand, l’un et l’autre signés de Charles-Eloi Vial, en passant par le Marie-Antoinette d’Hélène Delalex, jusqu’ au remarquable Napoléon III, de Thierry Lenz,  pour ne citer que quelques-uns de ces titres. À chaque fois, un texte de haute tenue mais d’une lecture accessible au non-spécialiste, systématiquement accompagné d’un corpus d’illustrations en couleur, impeccablement rendues par une impression soignée, et toujours agrémentées de légendes claires et concises. 

À cette exigence de qualité éditoriale, le François 1er de Maxence Hermant (conservateur en chef, en charge, à la BNF, des manuscrits enluminés de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance) ne fait pas exception. S’agissant du souverain mythique de la dynastie des Valois, la légende, forgée tant par les derniers soubresauts de la monarchie française, qu’ensuite par l’imaginaire républicain, le dispute souvent à la réalité des faits et des gestes. Hermant le souligne, cette « vision laïque […], image aujourd’hui datée, […] demeure prégnante dans les esprits ».

Venant après tant d’autres, cette nouvelle biographie du vainqueur de « Marignan,1515 », – la seule date historique universellement sue par tous les cancres ! -, du bâtisseur de Blois, Chambord, Fontainebleau, du « protecteur de l’esprit », mécène et collectionneur, du chevalier rival de Charles Quint, du roi très chrétien dont son opposition à la Réforme est l’amorce des futures guerres de religion, etc., s’alimente tout particulièrement – et c’est là son originalité – aux sources iconographiques exhumées par le savant archiviste paléographe qu’est Maxence Hermant. « Il faut le rappeler ici, écrit-il, la BnF est l’héritière de la Bibliothèque royale. En son cœur se trouvent les livres manuscrits et imprimés – près de 5000 ! – progressivement rassemblés par François 1er ». À cette inclination de métier, pour ainsi dire, le présent livre doit ainsi la singularité de son approche :  le texte « fonctionne » dans un rapport étroit avec le fabuleux corpus d’images qui l’accompagne. C’est un ouvrage qu’on lit, mais aussi qu’on regarde.

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Certes, la chronologie des événements nous est scrupuleusement restituée, depuis la naissance en 1494, à Cognac, de François d’Angoulême, fils de Charles d’Orléans et de Louise de Savoie, puis son sacre, à Reims, en 1515, « trois semaines après la disparition de Louis XII », jusqu’à sa mort à l’âge de 52 ans en son château de Rambouillet, la même année que celle d’Henri VIII d’Angleterre, en 1547. Mais le jeu complexe des alliances dynastiques et militaires comme des rivalités territoriales, les relations du monarque avec ses proches (tout particulièrement avec sa mère, ou encore avec son fidèle conseiller Anne de Montmorency), ses ambitions somptuaires et sa passion pour les arts, les effets de sa longue captivité sur sa personnalité, l’emprise délétère des factions sur la fin de son règne, le crépuscule enfin d’un roi vieillissant, inapte à regarder vers le « Nouveau Monde », impuissant à  parvenir à un règlement pacifique de l’interminable conflit qui l’oppose à Charles Quint, – autant d’éléments qui composent la trame d’une biographie exemplaire en ce qu’elle ne néglige aucun aspect des enjeux confessionnels, géopolitiques, socio-économiques du temps. 

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« Comment doit-on […] juger son règne ? », s’interroge en conclusion Maxence Hermant :  « l’historiographie contemporaine oscille entre deux regards, l’un mettant en valeur le roi de la Renaissance et de Marignan, ami des auteurs et des artistes, constructeur de châteaux, œuvrant à l’unité administrative et financière du royaume ; l’autre pointant des dépenses inouïes, une obsession italienne qui faillit le mener à sa perte, un système de gouvernement annonçant la centralisation et l’absolutisme à venir, ou la progression des protestants portant en germe les conflits religieux à venir », constate-t-il. Quoiqu’il en soit, ce fut, à plus d’un titre, un règne fondateur. En cette fin 2025 où une France sans capitaine se survit à elle-même, lui rendre hommage vaut acte de salubrité. 

À lire : François 1er. Roi chevalier, roi mécène, par Maxence Hermant. 256p., Perrin/Bibliothèque nationale de France, 2025.

François Ier: Roi chevalier, roi mécène

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Tant qu’il y aura des films

N’en déplaise à ses détracteurs, le cinéma d’auteur français n’est pas à la dérive. Il est tout simplement éclectique et offre par conséquent le pire comme le meilleur.


À la Maupassant

La Condition, de Jérôme Bonnell

Sortie le 10 décembre

On parierait que La Condition, le nouveau film du talentueux Jérôme Bonnell, est tiré d’une de ces nouvelles ancillaires de Maupassant dont on raffole. En réalité, le livre qu’il transpose sur grand écran, Amours de Léonor de Récondo, date de 2015 et son action se situe en 1908, date postérieure à la mort du grand écrivain. Et pourtant, la filiation avec l’auteur de Boule de suif ne se dément pas. Jugez plutôt : « C’est l’histoire de Céleste (Galatéa Bellugi), jeune bonne employée chez Victoire (Louise Chevillotte) et André (Swann Arlaud). C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits. » À travers ses sept films précédents, Bonnel nous avait habitués à des récits contemporains, à l’instar du très réussi J’attends quelqu’un qui décrivait avec une infinie délicatesse la longue relation entre une prostituée (Florence Loiret-Caille) et son client régulier (Jean-Pierre Darroussin). Il signe son premier film en costumes et sa première adaptation littéraire sans rien perdre de son brio et de sa singularité.

C’est avec une délectation non feinte et une précision malicieuse que Bonnell prend pour cible une certaine bourgeoisie française qui se voit alors comme une nouvelle aristocratie imposant son conformisme et son hypocrisie. Dans la pure tradition de la meilleure littérature hexagonale du xixe siècle, on retrouve un personnage central récurrent aussi bien chez Balzac, Flaubert ou Zola : le lieu, sinon du crime, du moins de l’étouffement familial et amoureux puisque tout ou presque s’y déroule à huis clos. Dans le cas présent, il s’agit d’une grande demeure bourgeoise et provinciale à la géographie intérieure parfaitement calquée sur l’ordre établi : chacun à sa place, comme chez le Renoir de La Règle du jeu. Mais la « condition » trouve une tout autre traduction au fil de l’histoire. Maîtres et valets vivent dans ce décor codifié où chaque chambre ou presque semble contenir un secret, où un pas de côté est une déviance. À l’image de cet austère bureau de notaire dans lequel le maître de maison, époux repoussé, doit dormir sur un lit de camp aussi triste que sommaire. À l’image également d’une autre chambre, celle occupée par la mère d’André et que joue à la perfection la toujours surprenante Emmanuelle Devos. On l’avait connue sourde dans Sur mes lèvres chez Jacques Audiard, elle est ici mutique et alitée en permanence, livrant de bout en bout une incroyable performance d’actrice. D’autant plus qu’il s’agit de camper une « méchante », comme la voit son entourage, y compris son propre fils. Or, derrière sa brutalité se dissimulent une franchise et une sincérité qui détonnent dans ce monde feutré où tout se dit à demi-mot dans un hypothétique mentir-vrai érigé en règle d’or indépassable.

Une fois posés le décor et les personnages, le film peut dérouler son récit, celui d’un « arrangement » où se mêlent viol domestique, grossesse et « adoption » dans un étonnant ballet de dupes. L’alliance qui se noue alors entre la maîtresse et sa servante prend des allures de pied de nez aux usages et autres convenances. Jérôme Bonnell excelle à rendre compte d’un pacte implicite où les mots sont rares, où tout se joue entre respectabilité sociale et désir d’émancipation.

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À la Kechiche

Mektoub, My Love: canto due, d’Abdellatif Kechiche

Sortie le 3 décembre

On n’y croyait plus. On pensait que les diverses accusations portées contre le cinéaste Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vie d’Adèle…) avaient définitivement eu raison de lui et de son cinéma. Il était devenu l’une des bêtes noires des ultra-féministes du milieu artistique, devant répondre aussi bien de son attitude sur les plateaux de tournage que du prétendu sexisme de ses films. Jusqu’à provoquer d’ailleurs chez lui un AVC aux lourdes séquelles. On se réjouit d’autant plus d’assister à la sortie de son nouvel opus, Mektoub, My Love: canto due, deuxième volet d’une trilogie sur la jeunesse, qu’un formidable intermède entre les deux premiers films (intitulé comme il se doit Intermezzo) était passé à la trappe, pour d’obscures raisons musicales et une véritable censure artistique. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver l’allant et l’énergie du cinéma de Kechiche toujours prompt à filmer les âmes, les corps et les cœurs de personnages à la fois singuliers et familiers.

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À la n’importe quoi

Vade retro, d’Antonin Peretjatko

Sortie le 31 décembre

On avait pu s’amuser en son temps des facéties politiques et amoureuses d’un premier film intitulé La Fille du 14 juillet. Quelques autres films plus tard, Antonin Peretjatko, son réalisateur, nous revient avec l’improbable Vade retro. Depuis le pur chef-d’œuvre qu’est le Nosferatu tourné par Murnau en 1922, on connaît le goût du cinéma pour les vampires. Cette année encore, l’inoxydable Luc Besson a jugé utile de nous en donner sa propre (et pitoyable) version. Il est donc rejoint hélas par cette énième mouture des « dents de la terre ». Sous couvert de secouer quelques clichés actuels, ce film mal filmé et mal joué décourage toute bienveillance. Rien ne tient. En comparaison, même le plus raté des films brinquebalants de Mocky est une réussite splendide. Il faut à vrai dire se frotter les yeux pour comprendre comment un tel objet a pu se frayer un chemin jusqu’aux salles obscures. Brandissons quelques gousses d’ail et passons notre chemin.

Kigali, ou l’Europe après l’Europe

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Au Rwanda, l’Etat ne craint pas d’imposer la paix et l’ordre par la force. Certes, cela peut scandaliser un Européen, mais en Europe nous sommes allés trop loin dans l’autre direction. Nous n’avons même plus le courage de défendre la liberté. Le témoignage de Charles Rojzman.


Kigali ne promet rien. Elle ne console pas. Elle n’explique pas. Elle impose. On y marche comme sur une terre lavée après le massacre, quand les corps ont disparu mais que le sol se souvient. Tout y est calme — non pas d’un calme aimable, mais d’un calme tenu, serré, presque militaire. Rien ne traîne. Ni les déchets, ni les regards, ni les vies inutiles.

Je m’y suis promené avec cette gêne particulière que l’on éprouve lorsqu’une ville vous enlève vos excuses. Pas de drogue visible, pas de dealers régnant sur le trottoir, pas de misère agressive, pas de harcèlement, pas de peur rampante. Cette peur européenne — quotidienne, honteuse, intériorisée — n’a pas droit de cité ici. Même la nuit semble surveillée par une volonté supérieure.

La police n’y est pas un sujet de débat. Elle est un fait. Et chacun le sait : toute attaque contre un policier appelle une réponse immédiate, radicale, sans pitié ni concession. On ne teste pas la loi. On ne la provoque pas. On ne l’insulte pas pour éprouver ses nerfs. Celui qui s’y risque ne rencontre ni psychologue, ni sociologue, ni juge indulgent. Il rencontre l’État. Nu. Décidé.

Cette certitude suffit. La violence est arrêtée avant même d’avoir été pensée. Là où l’Europe multiplie les mots pour masquer son impuissance, le Rwanda tranche. Et parce qu’il tranche, il n’a presque jamais besoin de frapper.

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Mais l’ordre rwandais ne s’arrête pas à la rue. Toute opposition sérieuse y est sévèrement sanctionnée. Contester n’est ni un sport institutionnel ni une posture morale : c’est un risque. Le Rwanda gouverne par la cicatrice. Il a vu l’État s’effondrer, la société devenir meute, les voisins s’égorger. Depuis, il ne croit plus aux demi-mesures. Il a choisi la continuité contre la liberté, la survie contre le débat, l’ordre contre la parole. Ce choix est brutal, parfois criminel. Mais il est assumé.

C’est précisément cela qui scandalise l’Européen — et qui le condamne.

Car moi, Européen tardif, pacifiste par tempérament, j’ai cru à la parole qui désarme, à la rencontre qui apaise, au lien qui sauve. Dans mon travail, j’ai réuni des ennemis et des antagonistes. J’ai vu la haine reculer lorsque la peur cessait d’être niée, lorsqu’elle devenait dicible, partageable, humaine. J’ai vu l’ennemi cesser d’être une abstraction pour redevenir un visage. J’ai vu des hommes déposer leurs armes intérieures. J’ai vu, parfois, la paix commencer — non comme un miracle, mais comme un effort.

Mais cette paix n’a jamais été collective. Elle a toujours été fragile, individuelle, groupale. Elle exigeait du temps, de la présence, du courage intime. Et surtout, elle se faisait contre quelque chose : contre la pression de la tribu, contre la force de la communauté lorsqu’elle se referme sur elle-même, dirigée par des chefs, des idéologues, des gardiens de la pureté qui ne veulent aucun dialogue. J’ai vu ceux qui osaient normaliser l’ennemi devenir des traîtres aux yeux des leurs. J’ai vu des hommes et des femmes punis, menacés — parfois assassinés — pour avoir parlé. La paix individuelle devenait alors une faute collective. Le courage du dialogue se payait comme une trahison.

C’est là que se brise l’illusion occidentale la plus dangereuse : croire que la parole suffit là où règne la loi de la tribu. La haine peut être désarmée chez un individu ; elle renaît aussitôt dans le corps collectif lorsque celui-ci est gouverné par la peur, l’humiliation et le mythe identitaire. Là où l’État est faible, la communauté devient souveraine. Et la communauté, lorsqu’elle est blessée, ne pardonne pas à ceux qui désarment.

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Kigali rend cette vérité visible avec une cruauté insupportable. Le Rwanda a choisi de neutraliser la tribu par la force de l’État. Il étouffe la haine non par la parole, mais par la contrainte. Ce choix écrase des libertés, détruit des oppositions, élimine parfois ceux qui parlent trop. Mais il empêche la communauté de redevenir meute.

Pendant ce temps, l’Europe se défait.

Elle se défait avec élégance. Elle appelle cela des valeurs. Elle a désarmé l’État, humilié la loi, transformé la sanction en débat. Elle a laissé la drogue coloniser ses quartiers, la rue devenir un territoire disputé, la violence redevenir un langage. Elle a appris aux femmes à baisser les yeux, aux vieux à rentrer plus tôt, aux honnêtes gens à se taire.

Elle a ouvert ses frontières sans pensée politique, confondant l’hospitalité avec l’abdication. Elle a accueilli sans exiger, protégé sans intégrer, expliqué sans décider. Elle a reçu des hommes qui la méprisent et haïssent ce qu’elle est, tout en jouissant de ce qu’elle offre. Et dans ce vide ont reparu les haines anciennes — l’antisémitisme surtout, fidèle comme toujours lorsque l’autorité se retire.

Le Rwanda gouverne par la peur. L’Europe gouverne par la honte.

Le Rwanda tranche pour prévenir. L’Europe explique pour excuser.

Il ne s’agit pas de devenir le Rwanda. Ce serait une autre mort. Il s’agit de savoir si l’Europe veut encore vivre.

Car voici la vérité que Kigali nous inflige comme une gifle : toute civilisation choisit le prix de sa paix. L’ordre a un coût. Le désordre aussi. La liberté sans autorité n’est pas une liberté, mais un abandon. Et l’État qui n’ose plus dire « non » prépare la victoire de ceux qui ne diront jamais « oui ».

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Ceci est peut-être un texte de trop. Peut-être un testament. Celui d’un Européen qui a cru à la réconciliation des êtres et qui voit sa civilisation se dissoudre faute d’avoir su protéger ceux qui osaient parler à l’ennemi. Nous n’avons pas perdu la paix : nous avons perdu le courage d’en assumer les conditions.

Et l’Histoire, elle, ne nous pardonnera pas d’avoir préféré la bonne conscience à la survie.

La société malade

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Noël honteux, pays peureux

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Noël est en train d’être effacé au profit de quelque vague « fête d’hiver » qui n’a rien de traditionnel. Car nous avons peur de la tradition, peur de tout ce qui fonde notre identité sur le plan historique et culturel. Notre religion aujourd’hui, c’est celle du rien offensant. Tribune.


La France est un bien beau pays, Noël y a lieu. Il figure encore dans les agendas, sur les relevés bancaires, dans les conversations prudentes. Mais Noël y a changé de nature. C’est maintenant une fête qui s’excuse d’exister, un marqueur politique. 

Alors on ne dit plus “Noël”, on dit “les fêtes”. C’est plus doux, plus flou, plus conforme à l’époque, une époque qui préfère les périphrases aux racines et les intentions aux héritages. On allume les sapins comme on poserait un disclaimer. Surtout, ne rien affirmer.

La société multiculti a inventé un Noël sans origine, dégraissé de son histoire, désinfecté de son sens, recyclable à l’envi. On garde le décor (l’économie y tient), mais on enlève la crèche – trop connotée – car la conscience susceptible de nos contemporains s’en méfie. On célèbre, oui, mais à condition de ne surtout pas savoir quoi.

Le bon Philippe Muray aurait esquissé ce sourire fatigué de ceux qui ont vu venir la chose. “Homo festivus” décrivait déjà cette humanité joyeuse par obligation, festive par principe, incapable de supporter ce qui fonde et oblige. Une société qui fête tout, tout le temps, précisément pour n’avoir plus rien à transmettre.

Bienvenue donc dans notre société délicieusement postmoderne qui confond l’inclusion avec l’effacement, qui croit accueillir en se retirant, qui pense être universelle en devenant vague. Recevoir un héritage est désormais suspect, transmettre presque indécent. Alors on remplace la mémoire par l’émotion, la culture par le ressenti, la continuité par une ambiance de flonflons. On se réunit, on sourit, on consomme, et l’on évite soigneusement toute idée qui pourrait ressembler à une identité.

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Ce Noël chichiteux n’est ni modeste ni généreux. Il est inquiet, il a peur d’être accusé, peur d’être mal compris, peur surtout d’assumer une existence sans mode d’emploi validé par avance. Pourtant Noël n’a jamais obligé personne à croire. Il oblige seulement à reconnaître d’où l’on vient, où l’on vit. Visiblement, cela est devenu trop lourd à porter dans la France molle du “en même temps”.

Noël n’est pas menacé par les autres. Il est miné de l’intérieur, par une fatigue civilisationnelle avancée, par cette religion du rien offensant, par cette idée très “fashion” selon laquelle toute affirmation serait déjà une violence.

Nous ne vivons plus dans une société qui doute. Nous vivons dans une société qui s’excuse de son histoire, de ses fêtes, de sa continuité, de son existence même.

À force de neutraliser, de désinfecter, de déminer symboliquement chaque mot, chaque rite, chaque héritage, on ne pacifie rien, on stérilise. On ne rassemble pas, on vide. On ne protège pas, on abdique. Ce n’est pas l’Autre qui nous efface, c’est nous qui avons pris goût à disparaître proprement, poliment, en musique, sous les guirlandes.

Quand un pays en arrive à rougir de Noël, ce n’est pas Noël qui est en trop, c’est le pays qui commence à manquer de lui-même.

Le Premier ministre australien est propalestinien, et alors ?

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Anthony Albanese, le chef du gouvernement socialiste en Australie, est typique de ces femmes et hommes politiques de gauche qui prennent fait et cause pour les Palestiniens au point d’oublier de protéger leurs concitoyens juifs. Tribune.


Des images présentées dans un reportage de la chaîne Sky News Australia il y a deux ans viennent de refaire surface. Diffusées sur les réseaux sociaux, elles montrent le Premier ministre australien, Anthony Albanese, sous une banderole « Arrêtez le massacre israélien, libérez la Palestine », lors d’un rassemblement propalestinien à l’époque de la deuxième intifada (2000-2005).

Circonstances atténuantes ? 

Ce énième épisode de violences palestino-israéliennes avait commencé, selon les versions, par la visite du député Ariel Sharon sur le Mont du Temple (de Salomon) le 28 septembre 2000, ou le surlendemain, par la diffusion mondiale (et gratuite) par France 2 d’une accusation de meurtre contre un enfant au moyen de balles israéliennes.

Dans le premier cas, le passage sans incident d’un Israélien à kippa sur ce que l’Autorité palestinienne (AP) et les médias français appellent « l’Esplanade des mosquées » depuis que les lieux ont été libérés de l’occupation jordanienne a été considéré, après-coup, comme une provocation insupportable : « La mosquée Al-Aqsa est à nous. L’église du Saint-Sépulcre est également à nous. Les Juifs n’ont pas le droit de profaner la mosquée avec leurs pieds fétides, nous ne les laisserons pas faire. » (Mahmoud Abbas, 17/09/2015)

La version « provocation » a été contredite à plusieurs reprises par Yasser Arafat, alors Président de l’AP, par son ministre de la communication, Imad Faludji, puis par sa veuve Suha, qui a déclaré avoir essayé de le convaincre de ne pas torpiller les Accords d’Oslo, quand il lui avait déclaré : « Je vais lancer une intifada. Ils veulent que je trahisse la cause palestinienne. Ils veulent que je renonce à nos principes, mais je ne le ferai pas ». Les principes en question étaient la violence et les négociations de paix.

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Que ce soit du fait des reportages citant les quelques minutes d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple (en territoire israélien, donc) comme un casus belli incontestable ou « grâce à » la campagne mondiale anti-israélienne menée sous l’effigie du petit Mohammed al-Dura, il fallait être un polyglotte d’une curiosité insatiable pour connaître les faits (par opposition aux émotions idéologiquement enrobées) et ne pas haïr la soldatesque universellement accusée d’assassinat volontaire.

On ne comprend donc pas pourquoi, après les meurtres de Bondi Beach, il est reproché à Albanese son enthousiasme de jeunesse. Y aurait-il autre chose ?

Propalestinien ou anti-judéo-israélien ?

D’aucuns comparent aujourd’hui Albanese Anthony à son homonyme Albanese Francesca, championne olympique de la discipline Israel-bashing. Beaucoup de manifestants ignorent la différence entre propalestinisme et antisémitisme et entre antisionisme et hitlérisme. En témoigne la vidéo tournée par la mission « Canari dans la mine » et titrée « le mouvement « pro-Palestine » souffre du virus Hitler ». On y voit des manifestants en keffieh faire le salut hitlérien en se vantant de « ne pas avoir peur de leurs opinions », pendant que d’autres se contentent d’alterner les slogans : un coup « Free Palestine », un coup « A-dolf-Hi-tler, A-dolf-Hi-tler ! » et pour les participants, souhaiter « qu’on tue tous les Juifs » semble aller de soi.

Soyons lucides : si les gouvernements occidentaux protègent les synagogues et les écoles juives, c’est qu’ils savent que l’anti-israélisme n’est rien d’autre qu’un banal antisémitisme. Partout, dans notre pays comme aux antipodes. « Down under », là-bas tout au sud, l’incitation à la haine a été tolérée, minimisée ou ignorée par le gouvernement fédéral d’Albanese qui ne voyait que des tensions intercommunautaires. Mais il n’y avait pas deux communautés face à face, seulement la discrimination raciale d’un tout petit groupe (environ 100 000 individus sur une population totale de 27 millions), par un nombre d’agresseurs en croissance exponentielle.

Albanese est, comme tous les dirigeants, sensible aux réservoirs de suffrages. C’est là que son tropisme palestiniste entre en ligne de compte dans sa réaction à la possibilité d’un pogrom contre les Juifs australiens : lorsque, le surlendemain du 7-octobre, une foule d’excités a envahi l’Opéra de Sydney, brûlant des drapeaux israéliens et scandant des menaces contre les Juifs, pas contre les Autorités israéliennes, la consigne donnée à la police n’a pas été de disperser les manifestants, mais de conseiller le calme à la communauté juive.

De l’huile sur le feu

Anthony Albanese n’a rien fait pour protéger ses concitoyens juifs. Au contraire, il a jeté de l’huile sur le feu, en condamnant Israël. Son ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, et celui de l’Emploi et des relations au travail, Tony Burke, tous deux appartenant à son parti socialiste, l’ont aidé à porter les seaux de combustible, en accusant Israël de génocide, alors même que la population de Gaza a augmenté pendant les deux ans de guerre, comme le compile le CIA World Factbook.

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L’attentat de Bondi n’était pas une déclaration politique. Il ne s’agissait pas d’une attaque de « Palestiniens » contre des « Israéliens », mais d’antisémites qui ont attaqué des Juifs. Le Président et le ministre des Affaires étrangères israéliensavaient averti à de nombreuses reprises le gouvernement Albanese de ce qui risquait d’arriver. La communauté juive a plaidé pendant deux ans pour des actions soient entreprises et, comme l’ont fait les Juifs français auprès de Macron, a souligné qu’Albanese récompensait le terrorisme en reconnaissant la Palestine juste après le pogrom du Hamas. 

En effet, c’est ce qu’il faisait et il ne pouvait pas l’ignorer : il n’y a pas de raison qu’il ait été plus bête ou plus mal informé que les citoyens juifs de France ou d’Australie ! Quand c’est arrivé, Netanyahou l’a accusé d’avoir encouragé l’antisémitisme en reconnaissant la Palestine, dans une politique de « faiblesse et d’apaisement ». L’accusé a estimé qu’il n’existait aucun lien entre les deux. Anthony Albanese est certes « propalestinien » mais il a « oublié » de protéger les juifs.

Chroniques de la guerre des pacifistes: 2025

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La Légende dorée de Notre-Dame de Paris

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Cette année, Marie-Hélène Verdier a publié un livre qui est une véritable lettre d’amour – d’amour sacré – à Notre-Dame de Paris, cette cathédrale qui, bien que toujours en chantier à l’heure actuelle, a survécu à l’incendie de 2019, comme à d’autres menaces telles que la Révolution et les guerres.


Marie-Hélène Verdier est connue des lecteurs de Causeur, à la fois pour ses contributions à notre journal et pour ses livres, tels que ses essais défendant la langue française ou l’éducation traditionnelle, sans compter la poésie et la fiction. Son volume le plus récent, Les Belles Heures de Notre-Dame, sorti à l’automne, est une série de méditations et de souvenirs inspirés par la cathédrale. L’auteur parle de son livre comme d’« une légende dorée de Notre-Dame » commencée au lendemain de l’incendie de 2019 et poursuivie à travers la période de la pandémie jusqu’à la « résurrection » de ce haut lieu. Habitant à proximité de la cathédrale, elle nous la présente aux différentes heures de la journée, souvent à travers de belles vignettes descriptives : « Solide sur le porche, aérienne au chevet, Notre-Dame est sans pareille. Enracinée, avec ses formes qui tiennent du cercle et du carré, de la rotondité et de la quadrature. Aérienne avec sa poussée d’ogives […] elle tient du ciel et de la terre et de l’aile, de la charrue et du bateau, de la coque et de la plume ».

On peut lire ce livre dans l’ordre qu’on veut, en picorant ici et là. La lecture coule tranquillement comme la Seine. Mais il y a une architecture subtile. Le texte commence dans la joie du 2 février 2013, quand on célébrait le 850e anniversaire de la cathédrale par la bénédiction de huit cloches nouvelles. Sans savoir que la nouvelle voix sonore de Notre-Dame allait se taire. « Six ans plus tard, sous l’effet d’un incendie gigantesque, la croisée du transept de Notre-Dame s’effondrait. Le 15 avril 2019, à vingt heures, le bourdon et les cloches cessèrent de sonner : c’était un lundi, à la veille de la semaine sainte ». La force symbolique de cette date allait s’exprimer, d’abord dans la résurrection des cloches : le grand bourdon nommé Emmanuel, intouché par le feu, sonne de nouveau, un an après l’incendie, le 15 avril 2020. Ensuite, par la résurrection – et la réouverture – de la cathédrale elle-même, les 7 et 8 décembre 2024. L’auteur se souvient du traumatisme, partagé par des internautes autour de la planète, inspiré par le spectacle de la chute d’un des chefs-d’œuvre de Viollet-le Duc : « La flèche, inclinée, se détache, s’arrache, sombre dans le vide, brisant la clé de voûte ». Le choc rappelle celui du 11 septembre 2001, mais ce dernier est l’œuvre de certains hommes qui se sont mis au service du mal. Grâce à la générosité de ceux qui ont donné de l’argent pour financer les travaux, grâce à la patience et au savoir-faire de ceux qui ont accompli la mission de reconstruction, la cathédrale allait renaître dans la joie et l’allégresse. 

Certes, il y a des choses dans la vie qui passent et disparaissent. L’auteur regrette la fermeture de la librairie L’Escalier, un petit haut lieu de la culture parisienne située rue Monsieur-le-Prince. Marie-Hélène Verdier regrette aussi que les carillons n’ont plus la place dans notre vie quotidienne qu’ils avaient autrefois. « On n’entend plus guère, dans nos villes et nos campagnes, le son des cloches unissant ciel et terre ». Pourtant, la continuité de Notre-Dame de Paris reste un point de repère essentiel pour les Français et le monde. Cette continuité est soulignée dans le livre par l’érudition historique et culturelle de son auteur, érudition qui n’est pas là pour impressionner le lecteur, mais pour montrer la centralité et la permanence de la cathédrale qui est le cœur battant de la France. Toute l’histoire de Notre-Dame, du Moyen Âge à nos jours, est présente à la fois. Tantôt on remonte à 1163 quand le pape Alexandre III pose la première pierre de l’édifice, tantôt on s’attarde à l’époque de la Révolution où, profanée et humiliée, Notre-Dame a été transformée en temple du culte de la Raison robespierriste et ses cloches fondues pour en faire des canons. Comme la France, elle a traversé ces épreuves et en est ressortie. En explorant la richesse de l’histoire de Notre-Dame, on se plonge dans celle de son symbolisme. A cette fin, toute une série d’artistes sont convoqués par le texte, de Piero della Francesca à Gustave Doré, en passant par Delacroix, Méryon, et Viollet-le-Duc lui-même, dont les œuvres constituent des créations artistiques et pas seulement des bricolages d’antiquaire. Certains feraient mieux d’y réfléchir à l’heure où on propose de remplacer ses vitraux. Il y a une mention spéciale ici pour les « Mays », ces grands tableaux commandés chaque année (sauf deux fois) entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres pour rendre hommage à la Vierge.

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Les références aux arts visuels sont accompagnées par des références littéraires qui servent, elles aussi, à faire valoir l’intemporalité de Notre-Dame : de Villon à Bernanos en passant par Molière, Goethe, Claudel, Péguy, Chateaubriand, Victor Hugo, Baudelaire, Huysmans, Proust, ou Gide. On trouve les grands poètes chrétiens que sont Patrice de La Tour du Pin et Pierre Emmanuel et même l’Aragon du Paysan de Paris. J’ai personnellement découvert pour la première fois le roman Rue Notre-Dame de Daniel Pézeril, écrit en 1950. On y trouve, comme le dit Marie-Hélène Verdier, « une saveur, un enseignement, une poésie » surprenants. L’auteur, un prêtre et un Juste parmi les nations, est devenu évêque auxiliaire de Paris dans les années 1960. 

Il y a aussi la figure sacrée de Saint Ambroise qui, en tant que poète, est le fondateur de l’hymnodie latine. Et de tous les arts, la musique – surtout à travers la liturgie mais pas seulement – joue un rôle spécial dans la vie et la résurrection de la cathédrale. Comme le grand bourdon, comme la Croix dorée au fond de la nef, comme le trésor, l’orgue est demeuré intact après l’incendie et on entendra de nouveau sa voix le 8 décembre 2025. 

Marie-Hélène Verdier célèbre les musiciens qui ont contribué à la magie de Notre-Dame, comme le maître de chapelle Jehan Revers, l’organiste Thierry Escaich, ou le chef de chœur et d’orchestre Nicole Corti. Les grands compositeurs défilent, de Pérotin, qui représente justement l’École dite « de Notre-Dame » au Moyen Âge, à Arvo Pärt, en passant par Monteverdi, Schütz, André Campra, Purcell, Rameau, Pergolèse, J. S. Bach, Brahms, César Franck, Debussy, Louis Vierne, ou Frank Martin. Une petite place à part est réservée pour ce grand compositeur catholique du XXe siècle, Olivier Messiaen, dont la « musique est faite de silence et d’infini, de méditation et de joie parfaite ». Notre-Dame n’est pas seulement un lieu de tourisme où le domaine réservé des grandes cérémonies solennelles, c’est aussi un lieu de musique et de liesse. 

Il y a une présence particulière au cœur de ce livre, celle du cardinal Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005. C’est lui qui a voulu la Croix dorée, installée en 1994, qui a survécu à la catastrophe de 2019. C’est lui qui a voulu aussi le Collège des Bernardins, ce nouveau centre spirituel qui maintient la grande tradition théologique de Paris. Marie-Hélène Verdier se souvient des obsèques du cardinal en 2007 et a gardé précieusement le livret de la messe célébrée en son honneur. Le texte des Belles Heures de Notre-Dame est émaillé d’un certain nombre de souvenirs autobiographiques qui restent modestes mais suffisent pour montrer comment l’histoire d’un haut lieu spirituel peut interagir avec la vie d’un individu. 

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Ce livre est évidemment l’œuvre de quelqu’un qui a la foi. Mais si le lecteur n’a pas la foi – ou pas cette foi-là – il peut toujours goûter la dimension historique de cet édifice hors du commun, même comparé à d’autres constructions ecclésiastiques. Car le sursaut judéo-chrétien que certains appellent de leurs vœux – et non sans raison – peut être un retour aussi bien aux sources culturelles de notre civilisation qu’aux croyances qui l’ont soutenue pendant si longtemps. 

Marie-Hélène Verdier, Les Belles Heures de Notre-Dame (L’Harmattan, coll. « Histoire de Paris », 2025), 140pp., 16€.

Les Belles Heures de Notre-Dame

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Les vertiges de Paris

Traverser l’histoire de la capitale au fil des siècles comme si on y était est désormais possible. Cette immersion totale en « réalité virtuelle » permet de partager les joies et les atrocités qui ont émaillé le quotidien des Parisiens d’actant. Sans quitter les rivages de Paris-Plage, le dépaysement est garanti.


Longtemps, les curieux et les amateurs de l’histoire parisienne ont pu « seulement » dévorer des livres, courir les expositions du musée Carnavalet, arpenter les vieilles rues et sillonner la Seine en Bateau-Mouche. Mais depuis peu, ils peuvent ajouter à cet arsenal un nouvel outil de découverte : un parcours guidé en « réalité virtuelle » à ciel ouvert – une première mondiale – pour parcourir les siècles qui ont façonné la capitale, et vivre, comme si on y était, des événements historiques. Le terme expérience n’est pas ici galvaudé, tant les impressions qui se succèdent durant cette balade 3.0 le long des quais sont inédites. 

Le rendez-vous est donné sur les berges de la Seine, à l’aplomb du pont Louis-Philippe, côté rive droite. Sur les terres de Paris-Plage, un conteneur aux couleurs des « Origines de Paris » s’est fait une petite place afin d’accueillir ses visiteurs. Il leur est distribué des écouteurs, à mettre sur les oreilles, et un « casque immersif », à tenir suspendu autour du coup comme des jumelles – on l’appelle d’ailleurs des « jumelles virtuelles ». La traversée dans le temps peut commencer.

Il faut suivre le guide, qui joue surtout le rôle d’ange gardien, pour éviter les charges répétées des soldats de la mobilité douce – joggeurs en ligne droite et vélos en roue libre. L’exercice est amusant : tout en gardant les pieds dans l’ère Hidalgo, la découverte du Paris des temps anciens se fait en pointillés, au fil de dix-sept stations, de haltes, lors desquelles, invité à regarder dans ses jumelles, on est progressivement plongé dans le passé. La voie Pompidou et ses silhouettes fluo s’estompent, puis apparaissent les roseaux des marécages qui bordaient la Seine il y a deux mille ans. Durant quelques minutes, l’immersion est totale, où qu’on regarde, de haut en bas et de droite à gauche en tournant sur soi-même, on entend le clapotis de l’eau et on patauge dans la boue du fleuve qu’ont connu ceux qu’on n’appelait pas encore Parisiens.

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Retour à l’asphalte et aux selfies. Quelques pas plus loin, rivé à son viseur, on assiste impuissant à l’assaut des murailles de la Cité par les Vikings – à bord d’un drakkar en mouvement, puis d’une fenêtre de la ville assiégée. Certains détails sont saisissants, tels les murs suintant d’humidité ou le sol jonché de paille de la tour défensive dans laquelle on se trouve.

D’étape en étape, toujours à hauteur d’homme, on est embarqué sur un corbeillard (ces barges venues de Corbeil qui approvisionnaient la ville en pain et qui ont été réquisitionnées en 1348 pour évacuer les morts de la grande peste noire – d’où le mot corbillard) ; on admire la construction de Notre-Dame dans la poussière du chantier ; on traverse la place de Grève où une exécution publique n’empêche en rien les bateaux, qui ont accosté au port en contrebas, de décharger leurs marchandises ; on se faufile dans la cohue du Pont-au-Change, alors bordé d’immeubles comme tous les ponts de Paris, avant d’être le témoin de son incendie en 1621 ; on échappe à une mauvaise rencontre sous les arcades des cagnards, ce sinistre passage poisseux sous l’ancien Hôtel-Dieu synonyme de coupe-gorge… Le Paris d’antan n’est pas un paradis perdu. Mais lorsqu’on recligne des yeux, les installations en matériaux recyclés qui meublent les quais et les panneaux municipaux qui sensibilisent à l’écologie conviviale prouvent qu’un paradis parisien n’est pas de ce monde. Autant poursuivre le dépaysement historique. Face à la Conciergerie, on est happé par une foule de révolutionnaires survoltés : Marie-Antoinette passe là, sous nos yeux, à quelques mètres, dans la charrette qui l’emporte à l’échafaud le 16 octobre 1793.

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L’histoire de Paris n’est pas rose, mais tout n’est pas noir durant cette visite d’un genre nouveau. Ainsi se plaît-on à sourire au spectacle de ces enfants patinant sur la Seine gelée, un hiver des années 1880 ; ou aux côtés de ce couple Belle Époque enlacé, sur le Pont-Neuf, devant la façade entièrement vitrée de l’ancienne Samaritaine. Et puis il y a ce fleuve omniprésent autour duquel, à partir duquel, s’est fondée cette ville. Mais cet axe vital lui-même intensément vivant – on n’image pas avant de l’avoir vu l’intensité du trafic fluvial durant des siècles – a été dévitalisé pour devenir une aire de baignade éphémère. Les nautes gaulois seraient fâchés de voir ce qu’est devenue la Seine.

Et de temps en temps, d’un bond, on s’envole pour admirer Paris depuis les airs ; de plus haut qu’un oiseau. L’expérience, pour les non-initiés à la « réalité virtuelle », peut faire perdre l’équilibre. C’est ainsi qu’on gagne le Champ-de-Mars le jour de l’inauguration de la tour Eiffel. Le surplomb des pavillons de l’Expo de 1889 est saisissant. Et l’élévation finale, qui permet de suivre les différents états de la tour au fil des ans jusqu’à aujourd’hui, de ses pieds à la pointe de son antenne, est vertigineuse.

Fin du voyage au Pont-Neuf. Une heure s’est écoulée ; 1,2 kilomètre a été parcouru ; deux mille ans d’histoire de Paris ont été explorés ; retour à l’ère Hidalgo. Fin de l’histoire ? 

À voir: Les Origines de Paris

Renseignements et réservations : originesdeparis.com.

Tarifs: de 19€ (enfants) à 28€.

Un Noël sans Père Noël

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Bienvenue dans le monde des « enfants-adultes » et des « adultes-enfants ».


Après avoir « nazifié » les marchés de Noël, voilà que le Père Noël passe à la barre du tribunal du progressisme décérébré. Un gros monsieur rouge à barbe blanche bien garnie qui fait asseoir des enfants sur ses genoux ? C’est bien trop suspect pour un regard obsédé par les violences sexistes et sexuelles, toujours vigilant dès qu’il s’agit d’un mâle blanc de plus de 50 ans et beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’autres profils…

C’est ce que nous révèle une chronique de France Info. La question « Faut-il continuer de faire croire aux enfants au Père Noël ? » enflammerait les réseaux sociaux. À écouter certains parents, l’esprit de Noël serait un mensonge toxique. Pas question de mentir aux enfants : il faut leur dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Le Père Noël n’existe pas, point barre. 

Cette volonté d’en finir avec la magie fait écho à la grande croisade pour la conscientisation des discriminations et violences sexistes et sexuelles dès le plus jeune âge : les EVARS, programmes d’éducation affective et sexuelle, initient désormais dès la maternelle aux « émotions », aux « relations », au « consentement », bien avant que l’enfant n’ait l’âge d’en comprendre le sens.

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Ainsi, ceux qui redoutent qu’une fable comme celle du Père Noël perturbe un enfant trouvent normal de lui expliquer, à six ans, comment on fait un bébé et comment repérer une relation toxique.

Le merveilleux disparaît, remplacé par la réalité nue, sérieuse et complexe et l’on s’étonne après que ces enfants « éveillés » trop tôt deviennent anxieux. 

Ce n’est pas le Père Noël que l’on « cancel ». C’est l’enfance elle-même. Car un enfant a besoin d’histoires, de contes, de croire qu’un traîneau vole dans le ciel étoilé chargé de cadeaux, et que la nuit du 24 décembre échappe au réel. L’imaginaire est son premier outil pour apprivoiser le monde, pour développer sa sensibilité et sa créativité. Le priver de cela, c’est empiéter sur son humanité.

Pendant que l’on accélère la maturité des enfants, les adultes, eux, régressent gaiement. 

Le phénomène porte un nom : les kidultes. Ils représentent désormais 36 % des ventes de jouets en 2025. La natalité baisse ? Qu’importe : on a trouvé de nouveaux enfants. Lego premium, figurines collector, peluches Jellycat en forme de pâtisserie : voici les jouets de ces kidultes. 

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Ajoutons à la liste les tétines anti-stress, les trottinettes pour aller au bureau, les chiens et chats promenés en poussette ou portés en porte-bébé comme de vrais nourrissons. Et dans cette grande confusion des genres, les bébés sont remplacés par des poupées, comme avec les « bébés reborn » : ces nourrissons en silicone exhibés sur TikTok par de jeunes femmes qui simulent un accouchement, puis langent leur poupée dans des espaces publics, parfois au détriment de vraies mères cherchant une place pour leur vrai bébé.

Ce marché de la régression infantile est d’ailleurs encouragé par certains psychologues qui recommandent un doudou pour « améliorer le sommeil » ou du coloriage pour « apaiser l’anxiété ».
À cette infantilisation marketée répond celle de l’État, avec les injonctions écologiques de l’ADEME qui nous explique combien de fois il faut laver tel ou tel vêtement pour ne pas nuire à la planète et nous rappelle de fermer les volets lorsque la nuit tombe.

Ainsi va notre époque :  On veut supprimer la magie de Noël pour les enfants et on laisse les adultes régresser sans complexe. Une confusion des âges aussi troublante qu’inquiétante.


Des mots pour ne pas dire

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(C) Crédit

Vivre-ensemble, faire société, inclusion, résilience, État de Droit… Ces mots qui se sont imposés comme une évidence bienveillante dans le vocabulaire courant constituent une barrière mentale qui interdit de penser le monde autrement qu’à la lumière du progressisme.


« Le langage est une législation, la langue en est le code », disait Roland Barthes, entre deux petits fours, à l’occasion d’une leçon inaugurale au Collège de France. Le champ lexical politique et médiatique français, à l’instar de notre Code pénal, s’est considérablement enrichi ces quarante dernières années. Ceux qui sont nés avant 1990 n’avaient ainsi jamais entendu parler de diversité, d’inclusion voire d’État de Droit – toutes notions désormais consensuelles et positivement connotées. Cet unanimisme suspect nous offre une excellente raison de questionner cette nouvelle sémantique – qu’on qualifiera de novlangue seulement si l’on est enclin aux discours de haine. Ce vocabulaire qui s’est imposé comme une évidence bienveillante constitue, en effet, autant de barrières mentales interdisant de penser le monde autrement qu’à la lumière d’une vision progressiste. Pour lutter jadis contre le communisme et ses vibrants camarades, il fallait accepter d’être traité de contre-révolutionnaire, si ce n’est de chien (Sartre). Le dictionnaire a changé, pas la méthode – même si les canidés avaient bien raison d’aboyer. Douter de la pertinence de l’inclusion, c’est désormais courir le risque d’être accusé de prôner l’exclusion –, alors qu’on milite en réalité pour l’assimilation, hier consensuelle puis devenue offense, à l’image des drapeaux français bannis aujourd’hui des meetings de gauche.

Acceptons d’avance l’opprobre et dénonçons allégrement tout ce vocabulaire totalitaire, digne des Précieuses ridicules. Il vise à détruire un ordre social honni ou a minima à accompagner cette destruction avec l’autorité lexicale du fait accompli. La notion de vivre-ensemble a ainsi coïncidé avec l’éclatement de l’Hexagone en archipels communautaires, le mot s’imposant à mesure que l’objectif qu’il affichait s’éloignait. Faire société a émergé au moment où chacun n’aspirait plus qu’au cercle familial. Le débat national voulu en 2009 par Sarkozy – « Qu’est-ce qu’être français ? » – était de la même eau. Il parlait en réalité au passé décomposé : « Qu’est-ce que c’était être français ? » Dans le sillage du vivre-ensemble vint l’islamophobie, dans le but d’interdire tout discours critique d’une religion dans un pays laïque. 

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Mais évidemment sans pour autant autoriser à qualifier les actes antichrétiens, pourtant majoritaires, de christianophobes. Seule concession, l’apparition du concept incertain d’islamisme destiné à ne nommer que la frange extrémiste de la communauté musulmane (marginale, bien sûr, la DGSI peut citer le prénom des quelques islamistes encore présents sur le territoire). Comme l’a noté Rémi Brague, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme désignent pourtant, eux, l’ensemble des pratiquants de ces religions, mais cela n’intéresse pas Télérama. Nouveau venu dans le vocabulaire consensuel, la résilience des ci-devant selzésseux dont personne n’aura la haine. Les Résistants furent-ils résilients ? (vous avez deux heures).  En tout cas, ils ne pratiquèrent pas la « résignence ». Toujours calés dans la roue de ce vivre-ensemble, la mixité sociale, suivie, à une encablure, du logement social. Concrètement, une politique de dissémination, sur l’intégralité du territoire, des problématiques des quartiers populaires. Incapables de les résoudre ni de freiner les flux de population qui les alimentent, les autorités (on ne rit pas !) tentent de les répartir, jusqu’à Crépol. Quand il a fallu emballer de papier rose ce cadeau fait à la France périphérique, les responsables de ces politiques n’ont pas dû hésiter longtemps : « Mon programme ? La gangrène. Pardon, non. La mixité sociale ».

La répartition d’ailleurs, parlons-en. Après quelques jours de flottement autour des dépenses publiques et du fol désir exprimé par quelques ultra-libéraux de les voir réduites, la justice fiscale a rapidement occupé tout l’espace disponible. S’opposer au racket du Trésor public (Bercy, c’est la DZ Mafia plus les Cerfa) reviendrait donc à s’afficher en promoteur d’une injustice. Et mon fondement, c’est du KFC ?

Un piège au demeurant parfait, calqué sur celui des machinations antiraciste et antifasciste : à l’origine, des causes indiscutables, couronnées d’ailleurs de succès – qui peut citer un défenseur de la théorie des races de Gobineau, un partisan du retour de l’apartheid ou de l’esclavage ? Je connais en revanche de jeunes Blancs traités de « babtous » qui subiraient les affres de la justice s’ils s’avisaient à répliquer « Oh, calme-toi bamboula ». Se battre contre l’antiracisme, qui a muté en racisme antiblanc et antisémitisme pro-pal, ce n’est pourtant pas être raciste. S’insurger contre les milices fascistes des black blocs complaisamment qualifiées d’antifas, ce n’est pas souhaiter la survenue d’une dictature, mais précisément lutter contre celle que LFI et Mélenchon portent en eux. Le vocabulaire est ainsi devenu un champ de mines qui pave les bonnes intentions progressistes. Déconstruction, patriarcat, stéréotypes, genre, racisme systémique, décolonialisme, tout cela pour finir en non-mixité choisie – délicat synonyme de ségrégation raciale – quelle honte !

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Se pose toutefois la question de la méthode, puisque déminer le dictionnaire progressiste, c’est prendre le risque de sauter sur un mauvais jeu de maux. L’intelligence, sans que l’on puisse tout miser sur elle, viendra nous épauler – celle d’un Bock-Côté qui décrit l’État de Droit comme « une institutionnalisation assumée du progressisme ». L’humour – auquel le camp du bien semble allergique – peut également aider : « Vivre ensemble, il faut choisir », dit Renaud Camus. Et pourquoi pas le bras d’honneur ? Ce fut celui du trumpisme. À sa décharge, tenter de convaincre pendant des heures des tromblons iels aux cheveux bleus qu’il n’existe que deux sexes biologiques, ce que 99,9 % de l’humanité sait, relève de l’impossible. Leur concéder quelques dysphories de genre, statistiquement sans rapport avec l’épidémie psychiatrique de transitions, ne calmera pas ces fanatiques – des clowns dépositaires du seul privilège blanc restant, celui du suicide collectif.

Alors, oui, doigt et bras d’honneur. Les guiboles aussi s’il le faut.

Dictionnaire, piège à cons !

Quand le crime est une statistique…

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Philippe Bilger © Olivier Coret/SIPA

Quelles sont les limites de la responsabilité pénale? Cette question est soulevée de manière pressante par le cas d’un certain Samir T., meurtrier et violeur. Le billet justice de Philippe Bilger.


Loin de moi l’idée de chercher une quelconque vérité dans des propos attribués à Staline ; néanmoins, une formule qu’on lui prête — sans certitude quant à son authenticité — affirme qu’un mort relève de la tragédie, tandis que des milliers ne seraient plus qu’une statistique.

Sur le plan criminel, cette observation cynique peut trouver une traduction épouvantable. Un certain Samir T. avait tué une septuagénaire de 468 coups de couteau à Toulouse, le 1er janvier 2011. Il avait été déclaré pénalement irresponsable et était sorti de l’hôpital après quatorze années d’internement.

Il a été mis en examen, le 11 décembre 2025, avec trois autres hommes, pour un viol sur personne vulnérable, au début du mois (Sud Ouest).

Cette brève relation du parcours de Samir T. permet de mettre en lumière trois problèmes qui ne sont pas forcément compris par tous.

Le premier concerne l’irresponsabilité pénale du meurtrier, qui a porté un nombre hallucinant de coups de couteau : 468. Pour ma part, comme avocat général à la cour d’assises de Paris, je n’ai connu qu’une seule procédure comparable : une prostituée ayant tué son proxénète de 28 coups de couteau, celui-ci refusant de la laisser échapper à sa dépendance et à sa servitude. J’avais requis son acquittement et j’avais été suivi par le jury. J’avais soutenu que le nombre même de coups révélait une intention homicide à ce point éclatée et diluée qu’elle finissait, en quelque sorte, par disparaître.

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S’agissant du crime de Samir T. et de son irresponsabilité pénale, il a donné lieu à un échange passionnant et contradictoire, le 22 décembre, sur le plateau des Vraies Voix, à Sud Radio, entre Philippe David, qui dénonçait cette mise hors de cause psychiatrique, et moi-même, qui la validais. Sans me pousser du col, l’analyse psychologique à elle seule, ajoutée à la surabondance de violence, montrait qu’une telle frénésie faisait sortir son auteur de la criminalité ordinaire — caractérisée par un lien clair et identifiable entre le criminel et sa victime — pour la faire entrer dans le registre de la folie, où celle-ci disparaît en quelque sorte symboliquement, ne confrontant plus l’auteur qu’à lui-même et à son délire. Celui-ci le pousse alors, dans un aveuglement sans mesure ni limite, à dépasser l’atroce normalité qui rend la plupart des crimes odieusement logiques.

Les 468 coups de couteau révélaient, en effet, une furie déconnectée du réel, un abandon statistique au dérèglement de soi, comme si l’être avait déserté la raison pour entrer dans le territoire glaçant d’une cruauté qui ne jouissait que d’elle-même.

Cette personne aurait-elle dû sortir de son internement au bout de quatorze ans ? Ne nous dissimulons pas derrière une lucidité rétrospective que viendrait faussement éclairer le viol récent. Je ne doute pas qu’au moment où la décision de mettre fin à son hospitalisation a été prise, l’arbitrage entre le risque d’une telle libération et la conviction que la société n’en serait pas victime ait été pesé. Si Samir T. est condamné, cette seconde branche de l’alternative apparaîtra pour ce qu’elle était : une pure illusion et un humanisme dévastateur.

Enfin, on peut relever que l’irresponsabilité pénale constatée en janvier 2011 pourrait être apparemment compatible avec une responsabilité pénale, au moins relative, en décembre 2025. Les ombres qui, sur le plan criminel, obscurcissent parfois totalement un individu sont susceptibles de se dissiper. On n’est pas nécessairement criminel et fou à vie.

Pour le meilleur comme pour le tragique.

Roi chevalier, roi mécène

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Galerie Francois 1er, Château de Fontainebleau, Seine et Marne, France. 27/03/2007. POUZET/SIPA

Une nouvelle biographie du roi François 1er, signée Maxence Hermant, est l’analyse fouillée d’un règne fondateur, accompagnée d’une iconographie éblouissante.


La collection « Bibliothèque des illustres », aux éditions Perrin, vient de s’enrichir d’un dixième ouvrage, dans le même format 18x26cm (à mi-chemin entre livre et « beau livre ») et la semblable élégance esthétique qui parent les volumes antérieurs – du Marquis de Sade de Christian Lacombre aux Napoléon et Talleyrand, l’un et l’autre signés de Charles-Eloi Vial, en passant par le Marie-Antoinette d’Hélène Delalex, jusqu’ au remarquable Napoléon III, de Thierry Lenz,  pour ne citer que quelques-uns de ces titres. À chaque fois, un texte de haute tenue mais d’une lecture accessible au non-spécialiste, systématiquement accompagné d’un corpus d’illustrations en couleur, impeccablement rendues par une impression soignée, et toujours agrémentées de légendes claires et concises. 

À cette exigence de qualité éditoriale, le François 1er de Maxence Hermant (conservateur en chef, en charge, à la BNF, des manuscrits enluminés de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance) ne fait pas exception. S’agissant du souverain mythique de la dynastie des Valois, la légende, forgée tant par les derniers soubresauts de la monarchie française, qu’ensuite par l’imaginaire républicain, le dispute souvent à la réalité des faits et des gestes. Hermant le souligne, cette « vision laïque […], image aujourd’hui datée, […] demeure prégnante dans les esprits ».

Venant après tant d’autres, cette nouvelle biographie du vainqueur de « Marignan,1515 », – la seule date historique universellement sue par tous les cancres ! -, du bâtisseur de Blois, Chambord, Fontainebleau, du « protecteur de l’esprit », mécène et collectionneur, du chevalier rival de Charles Quint, du roi très chrétien dont son opposition à la Réforme est l’amorce des futures guerres de religion, etc., s’alimente tout particulièrement – et c’est là son originalité – aux sources iconographiques exhumées par le savant archiviste paléographe qu’est Maxence Hermant. « Il faut le rappeler ici, écrit-il, la BnF est l’héritière de la Bibliothèque royale. En son cœur se trouvent les livres manuscrits et imprimés – près de 5000 ! – progressivement rassemblés par François 1er ». À cette inclination de métier, pour ainsi dire, le présent livre doit ainsi la singularité de son approche :  le texte « fonctionne » dans un rapport étroit avec le fabuleux corpus d’images qui l’accompagne. C’est un ouvrage qu’on lit, mais aussi qu’on regarde.

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Certes, la chronologie des événements nous est scrupuleusement restituée, depuis la naissance en 1494, à Cognac, de François d’Angoulême, fils de Charles d’Orléans et de Louise de Savoie, puis son sacre, à Reims, en 1515, « trois semaines après la disparition de Louis XII », jusqu’à sa mort à l’âge de 52 ans en son château de Rambouillet, la même année que celle d’Henri VIII d’Angleterre, en 1547. Mais le jeu complexe des alliances dynastiques et militaires comme des rivalités territoriales, les relations du monarque avec ses proches (tout particulièrement avec sa mère, ou encore avec son fidèle conseiller Anne de Montmorency), ses ambitions somptuaires et sa passion pour les arts, les effets de sa longue captivité sur sa personnalité, l’emprise délétère des factions sur la fin de son règne, le crépuscule enfin d’un roi vieillissant, inapte à regarder vers le « Nouveau Monde », impuissant à  parvenir à un règlement pacifique de l’interminable conflit qui l’oppose à Charles Quint, – autant d’éléments qui composent la trame d’une biographie exemplaire en ce qu’elle ne néglige aucun aspect des enjeux confessionnels, géopolitiques, socio-économiques du temps. 

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« Comment doit-on […] juger son règne ? », s’interroge en conclusion Maxence Hermant :  « l’historiographie contemporaine oscille entre deux regards, l’un mettant en valeur le roi de la Renaissance et de Marignan, ami des auteurs et des artistes, constructeur de châteaux, œuvrant à l’unité administrative et financière du royaume ; l’autre pointant des dépenses inouïes, une obsession italienne qui faillit le mener à sa perte, un système de gouvernement annonçant la centralisation et l’absolutisme à venir, ou la progression des protestants portant en germe les conflits religieux à venir », constate-t-il. Quoiqu’il en soit, ce fut, à plus d’un titre, un règne fondateur. En cette fin 2025 où une France sans capitaine se survit à elle-même, lui rendre hommage vaut acte de salubrité. 

À lire : François 1er. Roi chevalier, roi mécène, par Maxence Hermant. 256p., Perrin/Bibliothèque nationale de France, 2025.

François Ier: Roi chevalier, roi mécène

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Tant qu’il y aura des films

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La condition (c) Diaphana Films

N’en déplaise à ses détracteurs, le cinéma d’auteur français n’est pas à la dérive. Il est tout simplement éclectique et offre par conséquent le pire comme le meilleur.


À la Maupassant

La Condition, de Jérôme Bonnell

Sortie le 10 décembre

On parierait que La Condition, le nouveau film du talentueux Jérôme Bonnell, est tiré d’une de ces nouvelles ancillaires de Maupassant dont on raffole. En réalité, le livre qu’il transpose sur grand écran, Amours de Léonor de Récondo, date de 2015 et son action se situe en 1908, date postérieure à la mort du grand écrivain. Et pourtant, la filiation avec l’auteur de Boule de suif ne se dément pas. Jugez plutôt : « C’est l’histoire de Céleste (Galatéa Bellugi), jeune bonne employée chez Victoire (Louise Chevillotte) et André (Swann Arlaud). C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits. » À travers ses sept films précédents, Bonnel nous avait habitués à des récits contemporains, à l’instar du très réussi J’attends quelqu’un qui décrivait avec une infinie délicatesse la longue relation entre une prostituée (Florence Loiret-Caille) et son client régulier (Jean-Pierre Darroussin). Il signe son premier film en costumes et sa première adaptation littéraire sans rien perdre de son brio et de sa singularité.

C’est avec une délectation non feinte et une précision malicieuse que Bonnell prend pour cible une certaine bourgeoisie française qui se voit alors comme une nouvelle aristocratie imposant son conformisme et son hypocrisie. Dans la pure tradition de la meilleure littérature hexagonale du xixe siècle, on retrouve un personnage central récurrent aussi bien chez Balzac, Flaubert ou Zola : le lieu, sinon du crime, du moins de l’étouffement familial et amoureux puisque tout ou presque s’y déroule à huis clos. Dans le cas présent, il s’agit d’une grande demeure bourgeoise et provinciale à la géographie intérieure parfaitement calquée sur l’ordre établi : chacun à sa place, comme chez le Renoir de La Règle du jeu. Mais la « condition » trouve une tout autre traduction au fil de l’histoire. Maîtres et valets vivent dans ce décor codifié où chaque chambre ou presque semble contenir un secret, où un pas de côté est une déviance. À l’image de cet austère bureau de notaire dans lequel le maître de maison, époux repoussé, doit dormir sur un lit de camp aussi triste que sommaire. À l’image également d’une autre chambre, celle occupée par la mère d’André et que joue à la perfection la toujours surprenante Emmanuelle Devos. On l’avait connue sourde dans Sur mes lèvres chez Jacques Audiard, elle est ici mutique et alitée en permanence, livrant de bout en bout une incroyable performance d’actrice. D’autant plus qu’il s’agit de camper une « méchante », comme la voit son entourage, y compris son propre fils. Or, derrière sa brutalité se dissimulent une franchise et une sincérité qui détonnent dans ce monde feutré où tout se dit à demi-mot dans un hypothétique mentir-vrai érigé en règle d’or indépassable.

Une fois posés le décor et les personnages, le film peut dérouler son récit, celui d’un « arrangement » où se mêlent viol domestique, grossesse et « adoption » dans un étonnant ballet de dupes. L’alliance qui se noue alors entre la maîtresse et sa servante prend des allures de pied de nez aux usages et autres convenances. Jérôme Bonnell excelle à rendre compte d’un pacte implicite où les mots sont rares, où tout se joue entre respectabilité sociale et désir d’émancipation.

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À la Kechiche

Mektoub, My Love: canto due, d’Abdellatif Kechiche

Sortie le 3 décembre

On n’y croyait plus. On pensait que les diverses accusations portées contre le cinéaste Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vie d’Adèle…) avaient définitivement eu raison de lui et de son cinéma. Il était devenu l’une des bêtes noires des ultra-féministes du milieu artistique, devant répondre aussi bien de son attitude sur les plateaux de tournage que du prétendu sexisme de ses films. Jusqu’à provoquer d’ailleurs chez lui un AVC aux lourdes séquelles. On se réjouit d’autant plus d’assister à la sortie de son nouvel opus, Mektoub, My Love: canto due, deuxième volet d’une trilogie sur la jeunesse, qu’un formidable intermède entre les deux premiers films (intitulé comme il se doit Intermezzo) était passé à la trappe, pour d’obscures raisons musicales et une véritable censure artistique. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver l’allant et l’énergie du cinéma de Kechiche toujours prompt à filmer les âmes, les corps et les cœurs de personnages à la fois singuliers et familiers.

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À la n’importe quoi

Vade retro, d’Antonin Peretjatko

Sortie le 31 décembre

On avait pu s’amuser en son temps des facéties politiques et amoureuses d’un premier film intitulé La Fille du 14 juillet. Quelques autres films plus tard, Antonin Peretjatko, son réalisateur, nous revient avec l’improbable Vade retro. Depuis le pur chef-d’œuvre qu’est le Nosferatu tourné par Murnau en 1922, on connaît le goût du cinéma pour les vampires. Cette année encore, l’inoxydable Luc Besson a jugé utile de nous en donner sa propre (et pitoyable) version. Il est donc rejoint hélas par cette énième mouture des « dents de la terre ». Sous couvert de secouer quelques clichés actuels, ce film mal filmé et mal joué décourage toute bienveillance. Rien ne tient. En comparaison, même le plus raté des films brinquebalants de Mocky est une réussite splendide. Il faut à vrai dire se frotter les yeux pour comprendre comment un tel objet a pu se frayer un chemin jusqu’aux salles obscures. Brandissons quelques gousses d’ail et passons notre chemin.

Kigali, ou l’Europe après l’Europe

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Charles Rojzman. Photo: D.R.

Au Rwanda, l’Etat ne craint pas d’imposer la paix et l’ordre par la force. Certes, cela peut scandaliser un Européen, mais en Europe nous sommes allés trop loin dans l’autre direction. Nous n’avons même plus le courage de défendre la liberté. Le témoignage de Charles Rojzman.


Kigali ne promet rien. Elle ne console pas. Elle n’explique pas. Elle impose. On y marche comme sur une terre lavée après le massacre, quand les corps ont disparu mais que le sol se souvient. Tout y est calme — non pas d’un calme aimable, mais d’un calme tenu, serré, presque militaire. Rien ne traîne. Ni les déchets, ni les regards, ni les vies inutiles.

Je m’y suis promené avec cette gêne particulière que l’on éprouve lorsqu’une ville vous enlève vos excuses. Pas de drogue visible, pas de dealers régnant sur le trottoir, pas de misère agressive, pas de harcèlement, pas de peur rampante. Cette peur européenne — quotidienne, honteuse, intériorisée — n’a pas droit de cité ici. Même la nuit semble surveillée par une volonté supérieure.

La police n’y est pas un sujet de débat. Elle est un fait. Et chacun le sait : toute attaque contre un policier appelle une réponse immédiate, radicale, sans pitié ni concession. On ne teste pas la loi. On ne la provoque pas. On ne l’insulte pas pour éprouver ses nerfs. Celui qui s’y risque ne rencontre ni psychologue, ni sociologue, ni juge indulgent. Il rencontre l’État. Nu. Décidé.

Cette certitude suffit. La violence est arrêtée avant même d’avoir été pensée. Là où l’Europe multiplie les mots pour masquer son impuissance, le Rwanda tranche. Et parce qu’il tranche, il n’a presque jamais besoin de frapper.

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Mais l’ordre rwandais ne s’arrête pas à la rue. Toute opposition sérieuse y est sévèrement sanctionnée. Contester n’est ni un sport institutionnel ni une posture morale : c’est un risque. Le Rwanda gouverne par la cicatrice. Il a vu l’État s’effondrer, la société devenir meute, les voisins s’égorger. Depuis, il ne croit plus aux demi-mesures. Il a choisi la continuité contre la liberté, la survie contre le débat, l’ordre contre la parole. Ce choix est brutal, parfois criminel. Mais il est assumé.

C’est précisément cela qui scandalise l’Européen — et qui le condamne.

Car moi, Européen tardif, pacifiste par tempérament, j’ai cru à la parole qui désarme, à la rencontre qui apaise, au lien qui sauve. Dans mon travail, j’ai réuni des ennemis et des antagonistes. J’ai vu la haine reculer lorsque la peur cessait d’être niée, lorsqu’elle devenait dicible, partageable, humaine. J’ai vu l’ennemi cesser d’être une abstraction pour redevenir un visage. J’ai vu des hommes déposer leurs armes intérieures. J’ai vu, parfois, la paix commencer — non comme un miracle, mais comme un effort.

Mais cette paix n’a jamais été collective. Elle a toujours été fragile, individuelle, groupale. Elle exigeait du temps, de la présence, du courage intime. Et surtout, elle se faisait contre quelque chose : contre la pression de la tribu, contre la force de la communauté lorsqu’elle se referme sur elle-même, dirigée par des chefs, des idéologues, des gardiens de la pureté qui ne veulent aucun dialogue. J’ai vu ceux qui osaient normaliser l’ennemi devenir des traîtres aux yeux des leurs. J’ai vu des hommes et des femmes punis, menacés — parfois assassinés — pour avoir parlé. La paix individuelle devenait alors une faute collective. Le courage du dialogue se payait comme une trahison.

C’est là que se brise l’illusion occidentale la plus dangereuse : croire que la parole suffit là où règne la loi de la tribu. La haine peut être désarmée chez un individu ; elle renaît aussitôt dans le corps collectif lorsque celui-ci est gouverné par la peur, l’humiliation et le mythe identitaire. Là où l’État est faible, la communauté devient souveraine. Et la communauté, lorsqu’elle est blessée, ne pardonne pas à ceux qui désarment.

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Kigali rend cette vérité visible avec une cruauté insupportable. Le Rwanda a choisi de neutraliser la tribu par la force de l’État. Il étouffe la haine non par la parole, mais par la contrainte. Ce choix écrase des libertés, détruit des oppositions, élimine parfois ceux qui parlent trop. Mais il empêche la communauté de redevenir meute.

Pendant ce temps, l’Europe se défait.

Elle se défait avec élégance. Elle appelle cela des valeurs. Elle a désarmé l’État, humilié la loi, transformé la sanction en débat. Elle a laissé la drogue coloniser ses quartiers, la rue devenir un territoire disputé, la violence redevenir un langage. Elle a appris aux femmes à baisser les yeux, aux vieux à rentrer plus tôt, aux honnêtes gens à se taire.

Elle a ouvert ses frontières sans pensée politique, confondant l’hospitalité avec l’abdication. Elle a accueilli sans exiger, protégé sans intégrer, expliqué sans décider. Elle a reçu des hommes qui la méprisent et haïssent ce qu’elle est, tout en jouissant de ce qu’elle offre. Et dans ce vide ont reparu les haines anciennes — l’antisémitisme surtout, fidèle comme toujours lorsque l’autorité se retire.

Le Rwanda gouverne par la peur. L’Europe gouverne par la honte.

Le Rwanda tranche pour prévenir. L’Europe explique pour excuser.

Il ne s’agit pas de devenir le Rwanda. Ce serait une autre mort. Il s’agit de savoir si l’Europe veut encore vivre.

Car voici la vérité que Kigali nous inflige comme une gifle : toute civilisation choisit le prix de sa paix. L’ordre a un coût. Le désordre aussi. La liberté sans autorité n’est pas une liberté, mais un abandon. Et l’État qui n’ose plus dire « non » prépare la victoire de ceux qui ne diront jamais « oui ».

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Ceci est peut-être un texte de trop. Peut-être un testament. Celui d’un Européen qui a cru à la réconciliation des êtres et qui voit sa civilisation se dissoudre faute d’avoir su protéger ceux qui osaient parler à l’ennemi. Nous n’avons pas perdu la paix : nous avons perdu le courage d’en assumer les conditions.

Et l’Histoire, elle, ne nous pardonnera pas d’avoir préféré la bonne conscience à la survie.

La société malade

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Noël honteux, pays peureux

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Des personnages de la crèche de Noël sont prêts à être déménagés après la fin d'un marché de Noël, Munich, Allemagne, le 25 décembre 2025. Peter Kneffel/DPA/SIPA

Noël est en train d’être effacé au profit de quelque vague « fête d’hiver » qui n’a rien de traditionnel. Car nous avons peur de la tradition, peur de tout ce qui fonde notre identité sur le plan historique et culturel. Notre religion aujourd’hui, c’est celle du rien offensant. Tribune.


La France est un bien beau pays, Noël y a lieu. Il figure encore dans les agendas, sur les relevés bancaires, dans les conversations prudentes. Mais Noël y a changé de nature. C’est maintenant une fête qui s’excuse d’exister, un marqueur politique. 

Alors on ne dit plus “Noël”, on dit “les fêtes”. C’est plus doux, plus flou, plus conforme à l’époque, une époque qui préfère les périphrases aux racines et les intentions aux héritages. On allume les sapins comme on poserait un disclaimer. Surtout, ne rien affirmer.

La société multiculti a inventé un Noël sans origine, dégraissé de son histoire, désinfecté de son sens, recyclable à l’envi. On garde le décor (l’économie y tient), mais on enlève la crèche – trop connotée – car la conscience susceptible de nos contemporains s’en méfie. On célèbre, oui, mais à condition de ne surtout pas savoir quoi.

Le bon Philippe Muray aurait esquissé ce sourire fatigué de ceux qui ont vu venir la chose. “Homo festivus” décrivait déjà cette humanité joyeuse par obligation, festive par principe, incapable de supporter ce qui fonde et oblige. Une société qui fête tout, tout le temps, précisément pour n’avoir plus rien à transmettre.

Bienvenue donc dans notre société délicieusement postmoderne qui confond l’inclusion avec l’effacement, qui croit accueillir en se retirant, qui pense être universelle en devenant vague. Recevoir un héritage est désormais suspect, transmettre presque indécent. Alors on remplace la mémoire par l’émotion, la culture par le ressenti, la continuité par une ambiance de flonflons. On se réunit, on sourit, on consomme, et l’on évite soigneusement toute idée qui pourrait ressembler à une identité.

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Ce Noël chichiteux n’est ni modeste ni généreux. Il est inquiet, il a peur d’être accusé, peur d’être mal compris, peur surtout d’assumer une existence sans mode d’emploi validé par avance. Pourtant Noël n’a jamais obligé personne à croire. Il oblige seulement à reconnaître d’où l’on vient, où l’on vit. Visiblement, cela est devenu trop lourd à porter dans la France molle du “en même temps”.

Noël n’est pas menacé par les autres. Il est miné de l’intérieur, par une fatigue civilisationnelle avancée, par cette religion du rien offensant, par cette idée très “fashion” selon laquelle toute affirmation serait déjà une violence.

Nous ne vivons plus dans une société qui doute. Nous vivons dans une société qui s’excuse de son histoire, de ses fêtes, de sa continuité, de son existence même.

À force de neutraliser, de désinfecter, de déminer symboliquement chaque mot, chaque rite, chaque héritage, on ne pacifie rien, on stérilise. On ne rassemble pas, on vide. On ne protège pas, on abdique. Ce n’est pas l’Autre qui nous efface, c’est nous qui avons pris goût à disparaître proprement, poliment, en musique, sous les guirlandes.

Quand un pays en arrive à rougir de Noël, ce n’est pas Noël qui est en trop, c’est le pays qui commence à manquer de lui-même.

Le Premier ministre australien est propalestinien, et alors ?

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Anthony Albanese, le Premier ministre australien, au Pavillon de Bondi Beach à Sydney, le 15 décembre 2025. DEAN LEWINS/AP/SIPA

Anthony Albanese, le chef du gouvernement socialiste en Australie, est typique de ces femmes et hommes politiques de gauche qui prennent fait et cause pour les Palestiniens au point d’oublier de protéger leurs concitoyens juifs. Tribune.


Des images présentées dans un reportage de la chaîne Sky News Australia il y a deux ans viennent de refaire surface. Diffusées sur les réseaux sociaux, elles montrent le Premier ministre australien, Anthony Albanese, sous une banderole « Arrêtez le massacre israélien, libérez la Palestine », lors d’un rassemblement propalestinien à l’époque de la deuxième intifada (2000-2005).

Circonstances atténuantes ? 

Ce énième épisode de violences palestino-israéliennes avait commencé, selon les versions, par la visite du député Ariel Sharon sur le Mont du Temple (de Salomon) le 28 septembre 2000, ou le surlendemain, par la diffusion mondiale (et gratuite) par France 2 d’une accusation de meurtre contre un enfant au moyen de balles israéliennes.

Dans le premier cas, le passage sans incident d’un Israélien à kippa sur ce que l’Autorité palestinienne (AP) et les médias français appellent « l’Esplanade des mosquées » depuis que les lieux ont été libérés de l’occupation jordanienne a été considéré, après-coup, comme une provocation insupportable : « La mosquée Al-Aqsa est à nous. L’église du Saint-Sépulcre est également à nous. Les Juifs n’ont pas le droit de profaner la mosquée avec leurs pieds fétides, nous ne les laisserons pas faire. » (Mahmoud Abbas, 17/09/2015)

La version « provocation » a été contredite à plusieurs reprises par Yasser Arafat, alors Président de l’AP, par son ministre de la communication, Imad Faludji, puis par sa veuve Suha, qui a déclaré avoir essayé de le convaincre de ne pas torpiller les Accords d’Oslo, quand il lui avait déclaré : « Je vais lancer une intifada. Ils veulent que je trahisse la cause palestinienne. Ils veulent que je renonce à nos principes, mais je ne le ferai pas ». Les principes en question étaient la violence et les négociations de paix.

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Que ce soit du fait des reportages citant les quelques minutes d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple (en territoire israélien, donc) comme un casus belli incontestable ou « grâce à » la campagne mondiale anti-israélienne menée sous l’effigie du petit Mohammed al-Dura, il fallait être un polyglotte d’une curiosité insatiable pour connaître les faits (par opposition aux émotions idéologiquement enrobées) et ne pas haïr la soldatesque universellement accusée d’assassinat volontaire.

On ne comprend donc pas pourquoi, après les meurtres de Bondi Beach, il est reproché à Albanese son enthousiasme de jeunesse. Y aurait-il autre chose ?

Propalestinien ou anti-judéo-israélien ?

D’aucuns comparent aujourd’hui Albanese Anthony à son homonyme Albanese Francesca, championne olympique de la discipline Israel-bashing. Beaucoup de manifestants ignorent la différence entre propalestinisme et antisémitisme et entre antisionisme et hitlérisme. En témoigne la vidéo tournée par la mission « Canari dans la mine » et titrée « le mouvement « pro-Palestine » souffre du virus Hitler ». On y voit des manifestants en keffieh faire le salut hitlérien en se vantant de « ne pas avoir peur de leurs opinions », pendant que d’autres se contentent d’alterner les slogans : un coup « Free Palestine », un coup « A-dolf-Hi-tler, A-dolf-Hi-tler ! » et pour les participants, souhaiter « qu’on tue tous les Juifs » semble aller de soi.

Soyons lucides : si les gouvernements occidentaux protègent les synagogues et les écoles juives, c’est qu’ils savent que l’anti-israélisme n’est rien d’autre qu’un banal antisémitisme. Partout, dans notre pays comme aux antipodes. « Down under », là-bas tout au sud, l’incitation à la haine a été tolérée, minimisée ou ignorée par le gouvernement fédéral d’Albanese qui ne voyait que des tensions intercommunautaires. Mais il n’y avait pas deux communautés face à face, seulement la discrimination raciale d’un tout petit groupe (environ 100 000 individus sur une population totale de 27 millions), par un nombre d’agresseurs en croissance exponentielle.

Albanese est, comme tous les dirigeants, sensible aux réservoirs de suffrages. C’est là que son tropisme palestiniste entre en ligne de compte dans sa réaction à la possibilité d’un pogrom contre les Juifs australiens : lorsque, le surlendemain du 7-octobre, une foule d’excités a envahi l’Opéra de Sydney, brûlant des drapeaux israéliens et scandant des menaces contre les Juifs, pas contre les Autorités israéliennes, la consigne donnée à la police n’a pas été de disperser les manifestants, mais de conseiller le calme à la communauté juive.

De l’huile sur le feu

Anthony Albanese n’a rien fait pour protéger ses concitoyens juifs. Au contraire, il a jeté de l’huile sur le feu, en condamnant Israël. Son ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, et celui de l’Emploi et des relations au travail, Tony Burke, tous deux appartenant à son parti socialiste, l’ont aidé à porter les seaux de combustible, en accusant Israël de génocide, alors même que la population de Gaza a augmenté pendant les deux ans de guerre, comme le compile le CIA World Factbook.

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L’attentat de Bondi n’était pas une déclaration politique. Il ne s’agissait pas d’une attaque de « Palestiniens » contre des « Israéliens », mais d’antisémites qui ont attaqué des Juifs. Le Président et le ministre des Affaires étrangères israéliensavaient averti à de nombreuses reprises le gouvernement Albanese de ce qui risquait d’arriver. La communauté juive a plaidé pendant deux ans pour des actions soient entreprises et, comme l’ont fait les Juifs français auprès de Macron, a souligné qu’Albanese récompensait le terrorisme en reconnaissant la Palestine juste après le pogrom du Hamas. 

En effet, c’est ce qu’il faisait et il ne pouvait pas l’ignorer : il n’y a pas de raison qu’il ait été plus bête ou plus mal informé que les citoyens juifs de France ou d’Australie ! Quand c’est arrivé, Netanyahou l’a accusé d’avoir encouragé l’antisémitisme en reconnaissant la Palestine, dans une politique de « faiblesse et d’apaisement ». L’accusé a estimé qu’il n’existait aucun lien entre les deux. Anthony Albanese est certes « propalestinien » mais il a « oublié » de protéger les juifs.

Chroniques de la guerre des pacifistes: 2025

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La Légende dorée de Notre-Dame de Paris

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La reconstruction de la cathédrale se poursuit, Paris, 2/10/2025, Amer Ghazzal/Shutterstock/SIPA

Cette année, Marie-Hélène Verdier a publié un livre qui est une véritable lettre d’amour – d’amour sacré – à Notre-Dame de Paris, cette cathédrale qui, bien que toujours en chantier à l’heure actuelle, a survécu à l’incendie de 2019, comme à d’autres menaces telles que la Révolution et les guerres.


Marie-Hélène Verdier est connue des lecteurs de Causeur, à la fois pour ses contributions à notre journal et pour ses livres, tels que ses essais défendant la langue française ou l’éducation traditionnelle, sans compter la poésie et la fiction. Son volume le plus récent, Les Belles Heures de Notre-Dame, sorti à l’automne, est une série de méditations et de souvenirs inspirés par la cathédrale. L’auteur parle de son livre comme d’« une légende dorée de Notre-Dame » commencée au lendemain de l’incendie de 2019 et poursuivie à travers la période de la pandémie jusqu’à la « résurrection » de ce haut lieu. Habitant à proximité de la cathédrale, elle nous la présente aux différentes heures de la journée, souvent à travers de belles vignettes descriptives : « Solide sur le porche, aérienne au chevet, Notre-Dame est sans pareille. Enracinée, avec ses formes qui tiennent du cercle et du carré, de la rotondité et de la quadrature. Aérienne avec sa poussée d’ogives […] elle tient du ciel et de la terre et de l’aile, de la charrue et du bateau, de la coque et de la plume ».

On peut lire ce livre dans l’ordre qu’on veut, en picorant ici et là. La lecture coule tranquillement comme la Seine. Mais il y a une architecture subtile. Le texte commence dans la joie du 2 février 2013, quand on célébrait le 850e anniversaire de la cathédrale par la bénédiction de huit cloches nouvelles. Sans savoir que la nouvelle voix sonore de Notre-Dame allait se taire. « Six ans plus tard, sous l’effet d’un incendie gigantesque, la croisée du transept de Notre-Dame s’effondrait. Le 15 avril 2019, à vingt heures, le bourdon et les cloches cessèrent de sonner : c’était un lundi, à la veille de la semaine sainte ». La force symbolique de cette date allait s’exprimer, d’abord dans la résurrection des cloches : le grand bourdon nommé Emmanuel, intouché par le feu, sonne de nouveau, un an après l’incendie, le 15 avril 2020. Ensuite, par la résurrection – et la réouverture – de la cathédrale elle-même, les 7 et 8 décembre 2024. L’auteur se souvient du traumatisme, partagé par des internautes autour de la planète, inspiré par le spectacle de la chute d’un des chefs-d’œuvre de Viollet-le Duc : « La flèche, inclinée, se détache, s’arrache, sombre dans le vide, brisant la clé de voûte ». Le choc rappelle celui du 11 septembre 2001, mais ce dernier est l’œuvre de certains hommes qui se sont mis au service du mal. Grâce à la générosité de ceux qui ont donné de l’argent pour financer les travaux, grâce à la patience et au savoir-faire de ceux qui ont accompli la mission de reconstruction, la cathédrale allait renaître dans la joie et l’allégresse. 

Certes, il y a des choses dans la vie qui passent et disparaissent. L’auteur regrette la fermeture de la librairie L’Escalier, un petit haut lieu de la culture parisienne située rue Monsieur-le-Prince. Marie-Hélène Verdier regrette aussi que les carillons n’ont plus la place dans notre vie quotidienne qu’ils avaient autrefois. « On n’entend plus guère, dans nos villes et nos campagnes, le son des cloches unissant ciel et terre ». Pourtant, la continuité de Notre-Dame de Paris reste un point de repère essentiel pour les Français et le monde. Cette continuité est soulignée dans le livre par l’érudition historique et culturelle de son auteur, érudition qui n’est pas là pour impressionner le lecteur, mais pour montrer la centralité et la permanence de la cathédrale qui est le cœur battant de la France. Toute l’histoire de Notre-Dame, du Moyen Âge à nos jours, est présente à la fois. Tantôt on remonte à 1163 quand le pape Alexandre III pose la première pierre de l’édifice, tantôt on s’attarde à l’époque de la Révolution où, profanée et humiliée, Notre-Dame a été transformée en temple du culte de la Raison robespierriste et ses cloches fondues pour en faire des canons. Comme la France, elle a traversé ces épreuves et en est ressortie. En explorant la richesse de l’histoire de Notre-Dame, on se plonge dans celle de son symbolisme. A cette fin, toute une série d’artistes sont convoqués par le texte, de Piero della Francesca à Gustave Doré, en passant par Delacroix, Méryon, et Viollet-le-Duc lui-même, dont les œuvres constituent des créations artistiques et pas seulement des bricolages d’antiquaire. Certains feraient mieux d’y réfléchir à l’heure où on propose de remplacer ses vitraux. Il y a une mention spéciale ici pour les « Mays », ces grands tableaux commandés chaque année (sauf deux fois) entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres pour rendre hommage à la Vierge.

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Les références aux arts visuels sont accompagnées par des références littéraires qui servent, elles aussi, à faire valoir l’intemporalité de Notre-Dame : de Villon à Bernanos en passant par Molière, Goethe, Claudel, Péguy, Chateaubriand, Victor Hugo, Baudelaire, Huysmans, Proust, ou Gide. On trouve les grands poètes chrétiens que sont Patrice de La Tour du Pin et Pierre Emmanuel et même l’Aragon du Paysan de Paris. J’ai personnellement découvert pour la première fois le roman Rue Notre-Dame de Daniel Pézeril, écrit en 1950. On y trouve, comme le dit Marie-Hélène Verdier, « une saveur, un enseignement, une poésie » surprenants. L’auteur, un prêtre et un Juste parmi les nations, est devenu évêque auxiliaire de Paris dans les années 1960. 

Il y a aussi la figure sacrée de Saint Ambroise qui, en tant que poète, est le fondateur de l’hymnodie latine. Et de tous les arts, la musique – surtout à travers la liturgie mais pas seulement – joue un rôle spécial dans la vie et la résurrection de la cathédrale. Comme le grand bourdon, comme la Croix dorée au fond de la nef, comme le trésor, l’orgue est demeuré intact après l’incendie et on entendra de nouveau sa voix le 8 décembre 2025. 

Marie-Hélène Verdier célèbre les musiciens qui ont contribué à la magie de Notre-Dame, comme le maître de chapelle Jehan Revers, l’organiste Thierry Escaich, ou le chef de chœur et d’orchestre Nicole Corti. Les grands compositeurs défilent, de Pérotin, qui représente justement l’École dite « de Notre-Dame » au Moyen Âge, à Arvo Pärt, en passant par Monteverdi, Schütz, André Campra, Purcell, Rameau, Pergolèse, J. S. Bach, Brahms, César Franck, Debussy, Louis Vierne, ou Frank Martin. Une petite place à part est réservée pour ce grand compositeur catholique du XXe siècle, Olivier Messiaen, dont la « musique est faite de silence et d’infini, de méditation et de joie parfaite ». Notre-Dame n’est pas seulement un lieu de tourisme où le domaine réservé des grandes cérémonies solennelles, c’est aussi un lieu de musique et de liesse. 

Il y a une présence particulière au cœur de ce livre, celle du cardinal Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005. C’est lui qui a voulu la Croix dorée, installée en 1994, qui a survécu à la catastrophe de 2019. C’est lui qui a voulu aussi le Collège des Bernardins, ce nouveau centre spirituel qui maintient la grande tradition théologique de Paris. Marie-Hélène Verdier se souvient des obsèques du cardinal en 2007 et a gardé précieusement le livret de la messe célébrée en son honneur. Le texte des Belles Heures de Notre-Dame est émaillé d’un certain nombre de souvenirs autobiographiques qui restent modestes mais suffisent pour montrer comment l’histoire d’un haut lieu spirituel peut interagir avec la vie d’un individu. 

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Ce livre est évidemment l’œuvre de quelqu’un qui a la foi. Mais si le lecteur n’a pas la foi – ou pas cette foi-là – il peut toujours goûter la dimension historique de cet édifice hors du commun, même comparé à d’autres constructions ecclésiastiques. Car le sursaut judéo-chrétien que certains appellent de leurs vœux – et non sans raison – peut être un retour aussi bien aux sources culturelles de notre civilisation qu’aux croyances qui l’ont soutenue pendant si longtemps. 

Marie-Hélène Verdier, Les Belles Heures de Notre-Dame (L’Harmattan, coll. « Histoire de Paris », 2025), 140pp., 16€.

Les Belles Heures de Notre-Dame

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Les vertiges de Paris

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(c) Crédit

Traverser l’histoire de la capitale au fil des siècles comme si on y était est désormais possible. Cette immersion totale en « réalité virtuelle » permet de partager les joies et les atrocités qui ont émaillé le quotidien des Parisiens d’actant. Sans quitter les rivages de Paris-Plage, le dépaysement est garanti.


Longtemps, les curieux et les amateurs de l’histoire parisienne ont pu « seulement » dévorer des livres, courir les expositions du musée Carnavalet, arpenter les vieilles rues et sillonner la Seine en Bateau-Mouche. Mais depuis peu, ils peuvent ajouter à cet arsenal un nouvel outil de découverte : un parcours guidé en « réalité virtuelle » à ciel ouvert – une première mondiale – pour parcourir les siècles qui ont façonné la capitale, et vivre, comme si on y était, des événements historiques. Le terme expérience n’est pas ici galvaudé, tant les impressions qui se succèdent durant cette balade 3.0 le long des quais sont inédites. 

Le rendez-vous est donné sur les berges de la Seine, à l’aplomb du pont Louis-Philippe, côté rive droite. Sur les terres de Paris-Plage, un conteneur aux couleurs des « Origines de Paris » s’est fait une petite place afin d’accueillir ses visiteurs. Il leur est distribué des écouteurs, à mettre sur les oreilles, et un « casque immersif », à tenir suspendu autour du coup comme des jumelles – on l’appelle d’ailleurs des « jumelles virtuelles ». La traversée dans le temps peut commencer.

Il faut suivre le guide, qui joue surtout le rôle d’ange gardien, pour éviter les charges répétées des soldats de la mobilité douce – joggeurs en ligne droite et vélos en roue libre. L’exercice est amusant : tout en gardant les pieds dans l’ère Hidalgo, la découverte du Paris des temps anciens se fait en pointillés, au fil de dix-sept stations, de haltes, lors desquelles, invité à regarder dans ses jumelles, on est progressivement plongé dans le passé. La voie Pompidou et ses silhouettes fluo s’estompent, puis apparaissent les roseaux des marécages qui bordaient la Seine il y a deux mille ans. Durant quelques minutes, l’immersion est totale, où qu’on regarde, de haut en bas et de droite à gauche en tournant sur soi-même, on entend le clapotis de l’eau et on patauge dans la boue du fleuve qu’ont connu ceux qu’on n’appelait pas encore Parisiens.

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Retour à l’asphalte et aux selfies. Quelques pas plus loin, rivé à son viseur, on assiste impuissant à l’assaut des murailles de la Cité par les Vikings – à bord d’un drakkar en mouvement, puis d’une fenêtre de la ville assiégée. Certains détails sont saisissants, tels les murs suintant d’humidité ou le sol jonché de paille de la tour défensive dans laquelle on se trouve.

D’étape en étape, toujours à hauteur d’homme, on est embarqué sur un corbeillard (ces barges venues de Corbeil qui approvisionnaient la ville en pain et qui ont été réquisitionnées en 1348 pour évacuer les morts de la grande peste noire – d’où le mot corbillard) ; on admire la construction de Notre-Dame dans la poussière du chantier ; on traverse la place de Grève où une exécution publique n’empêche en rien les bateaux, qui ont accosté au port en contrebas, de décharger leurs marchandises ; on se faufile dans la cohue du Pont-au-Change, alors bordé d’immeubles comme tous les ponts de Paris, avant d’être le témoin de son incendie en 1621 ; on échappe à une mauvaise rencontre sous les arcades des cagnards, ce sinistre passage poisseux sous l’ancien Hôtel-Dieu synonyme de coupe-gorge… Le Paris d’antan n’est pas un paradis perdu. Mais lorsqu’on recligne des yeux, les installations en matériaux recyclés qui meublent les quais et les panneaux municipaux qui sensibilisent à l’écologie conviviale prouvent qu’un paradis parisien n’est pas de ce monde. Autant poursuivre le dépaysement historique. Face à la Conciergerie, on est happé par une foule de révolutionnaires survoltés : Marie-Antoinette passe là, sous nos yeux, à quelques mètres, dans la charrette qui l’emporte à l’échafaud le 16 octobre 1793.

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L’histoire de Paris n’est pas rose, mais tout n’est pas noir durant cette visite d’un genre nouveau. Ainsi se plaît-on à sourire au spectacle de ces enfants patinant sur la Seine gelée, un hiver des années 1880 ; ou aux côtés de ce couple Belle Époque enlacé, sur le Pont-Neuf, devant la façade entièrement vitrée de l’ancienne Samaritaine. Et puis il y a ce fleuve omniprésent autour duquel, à partir duquel, s’est fondée cette ville. Mais cet axe vital lui-même intensément vivant – on n’image pas avant de l’avoir vu l’intensité du trafic fluvial durant des siècles – a été dévitalisé pour devenir une aire de baignade éphémère. Les nautes gaulois seraient fâchés de voir ce qu’est devenue la Seine.

Et de temps en temps, d’un bond, on s’envole pour admirer Paris depuis les airs ; de plus haut qu’un oiseau. L’expérience, pour les non-initiés à la « réalité virtuelle », peut faire perdre l’équilibre. C’est ainsi qu’on gagne le Champ-de-Mars le jour de l’inauguration de la tour Eiffel. Le surplomb des pavillons de l’Expo de 1889 est saisissant. Et l’élévation finale, qui permet de suivre les différents états de la tour au fil des ans jusqu’à aujourd’hui, de ses pieds à la pointe de son antenne, est vertigineuse.

Fin du voyage au Pont-Neuf. Une heure s’est écoulée ; 1,2 kilomètre a été parcouru ; deux mille ans d’histoire de Paris ont été explorés ; retour à l’ère Hidalgo. Fin de l’histoire ? 

À voir: Les Origines de Paris

Renseignements et réservations : originesdeparis.com.

Tarifs: de 19€ (enfants) à 28€.

Un Noël sans Père Noël

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Course des Santa Claus, Liverpool, Royaume Uni, le 7 décembre 2025. Andy Von Pip/ZUMA/SIPA

Bienvenue dans le monde des « enfants-adultes » et des « adultes-enfants ».


Après avoir « nazifié » les marchés de Noël, voilà que le Père Noël passe à la barre du tribunal du progressisme décérébré. Un gros monsieur rouge à barbe blanche bien garnie qui fait asseoir des enfants sur ses genoux ? C’est bien trop suspect pour un regard obsédé par les violences sexistes et sexuelles, toujours vigilant dès qu’il s’agit d’un mâle blanc de plus de 50 ans et beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’autres profils…

C’est ce que nous révèle une chronique de France Info. La question « Faut-il continuer de faire croire aux enfants au Père Noël ? » enflammerait les réseaux sociaux. À écouter certains parents, l’esprit de Noël serait un mensonge toxique. Pas question de mentir aux enfants : il faut leur dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Le Père Noël n’existe pas, point barre. 

Cette volonté d’en finir avec la magie fait écho à la grande croisade pour la conscientisation des discriminations et violences sexistes et sexuelles dès le plus jeune âge : les EVARS, programmes d’éducation affective et sexuelle, initient désormais dès la maternelle aux « émotions », aux « relations », au « consentement », bien avant que l’enfant n’ait l’âge d’en comprendre le sens.

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Ainsi, ceux qui redoutent qu’une fable comme celle du Père Noël perturbe un enfant trouvent normal de lui expliquer, à six ans, comment on fait un bébé et comment repérer une relation toxique.

Le merveilleux disparaît, remplacé par la réalité nue, sérieuse et complexe et l’on s’étonne après que ces enfants « éveillés » trop tôt deviennent anxieux. 

Ce n’est pas le Père Noël que l’on « cancel ». C’est l’enfance elle-même. Car un enfant a besoin d’histoires, de contes, de croire qu’un traîneau vole dans le ciel étoilé chargé de cadeaux, et que la nuit du 24 décembre échappe au réel. L’imaginaire est son premier outil pour apprivoiser le monde, pour développer sa sensibilité et sa créativité. Le priver de cela, c’est empiéter sur son humanité.

Pendant que l’on accélère la maturité des enfants, les adultes, eux, régressent gaiement. 

Le phénomène porte un nom : les kidultes. Ils représentent désormais 36 % des ventes de jouets en 2025. La natalité baisse ? Qu’importe : on a trouvé de nouveaux enfants. Lego premium, figurines collector, peluches Jellycat en forme de pâtisserie : voici les jouets de ces kidultes. 

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Ajoutons à la liste les tétines anti-stress, les trottinettes pour aller au bureau, les chiens et chats promenés en poussette ou portés en porte-bébé comme de vrais nourrissons. Et dans cette grande confusion des genres, les bébés sont remplacés par des poupées, comme avec les « bébés reborn » : ces nourrissons en silicone exhibés sur TikTok par de jeunes femmes qui simulent un accouchement, puis langent leur poupée dans des espaces publics, parfois au détriment de vraies mères cherchant une place pour leur vrai bébé.

Ce marché de la régression infantile est d’ailleurs encouragé par certains psychologues qui recommandent un doudou pour « améliorer le sommeil » ou du coloriage pour « apaiser l’anxiété ».
À cette infantilisation marketée répond celle de l’État, avec les injonctions écologiques de l’ADEME qui nous explique combien de fois il faut laver tel ou tel vêtement pour ne pas nuire à la planète et nous rappelle de fermer les volets lorsque la nuit tombe.

Ainsi va notre époque :  On veut supprimer la magie de Noël pour les enfants et on laisse les adultes régresser sans complexe. Une confusion des âges aussi troublante qu’inquiétante.