Accueil Politique Pour gagner, la droite doit organiser une grande primaire et recréer la coalition «Sarkozy 2007»

Pour gagner, la droite doit organiser une grande primaire et recréer la coalition «Sarkozy 2007»

Une tribune libre de Matthieu Hocque, directeur du think-tank Le Millénaire


Pour gagner, la droite doit organiser une grande primaire et recréer la coalition «Sarkozy 2007»
Edouard Philippe, président d'Horizons. © Charles Bury/SIPA / Bruno Retailleau, président des Républicains. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA / Sarah Knafo, ancienne candidate Reconquête à la mairie de Paris. © Arnaud Cesar Vilette/SIPA

La droite est dispersée et, pour Matthieu Hocque, le seul moyen de la faire gagner en 2027 est de faire émerger un candidat unique. Horizons, Les Républicains et Reconquête, endossant chacun une tendance traditionnelle de la droite, doivent accepter d’organiser une primaire pour faire front commun.


Bruno Retailleau est désormais officiellement le candidat des Républicains (LR). Lorsque la droite prépare chaque élection présidentielle, elle commet l’écueil de chercher le « candidat naturel ». Si cette tradition incarne une lecture gaulliste de la présidentielle, celle-ci n’a jamais été intangible. Jacques Chaban Delmas n’est pas le candidat naturel en 1974, pas plus que Jacques Chirac en 1995. Ni synonyme de victoire, puisque la division de 1995 n’empêche pas la victoire. En revanche, la droite gagne lorsque les trois familles de René Rémond (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) sont incarnées en une seule candidature, à l’image de la coalition « Sarkozy 2007 ».

Recréer la coalition « Sarkozy 2007 », un impératif

Ce n’est pas le nombre de candidats qui dicte si la droite gagne une élection de conquête ou non, mais la capacité d’un candidat à agréger ces trois familles. En 2007, Nicolas Sarkozy l’emporte et rassemble une coalition allant d’Alain Juppé, considéré comme une figure d’autorité de la droite orléaniste, jusqu’à Philippe de Villiers pour la droite légitimiste, tout en incarnant lui-même la figure d’autorité bonapartiste. Or, en 1995, Jacques Chirac l’emporte malgré la division des candidatures. En effet, il procède de la même logique en rassemblant une coalition allant d’Alain Madelin (figure du libéralisme) jusqu’à Philippe Séguin (figure du gaullisme social).

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Autrement dit, avant le « qui ? » précède le « quoi ? ». Ce « quoi ? » consiste à proposer un projet construit sur les valeurs de la droite que sont la prospérité collective et individuelle, le rétablissement de l’ordre et la méritocratie républicaine. Or, la droite vit un paradoxe. Elle apparaît divisée et faible, regroupant près d’un tiers des intentions de vote en additionnant les scores de Horizons, LR et Reconquête, dans toutes les configurations du dernier Odoxa. Pour autant, ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes: 85% des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre et 51% qu’il faille limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française (Fractures françaises d’octobre 2025).

Il existe bel et bien une attente d’un projet de droite palliant les défauts du macronisme sur les questions régaliennes et les défauts du lepénisme sur les questions économiques. Pour preuve, les héritiers du macronisme et du lepénisme cherchent à corriger leurs propres défauts. Gabriel Attal a indiqué qu’il n’y avait pas d’« en-même temps » possible sur les questions régaliennes tandis que Jordan Bardella affirme désormais qu’il est « très fier des grands groupes ».

Toutes les autres options conduisent à des impasses

La coalition avec le centre est une impasse. Sur le plan électoral, la droite et le centre sont sur un espace récessif. En 2017, Emmanuel Macron et François Fillon récoltent au premier tour 44,02% des voix. En 2022, le score cumulé d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse est de 32,63% soit une baisse de 12 points. Idem aux législatives puisqu’en 2017, les scores cumulés de la droite et du centre sont de 53,89%, contre 37,04% en 2022, puis 30,29% en 2024, soit une baisse de près de 23 points depuis 2017.

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Sur le plan tactique, cette coalition revient à faire le même choix que le président de la République en 2024 lors de la dissolution: considérer que la gauche est faible et/ou désunie et qu’un unique candidat de la droite et du centre se retrouvera au second tour face au Rassemblement national et bénéficiera du front républicain. Or, les législatives de 2024 ont démontré que la gauche progresse sur le plan électoral et les municipales de 2026 que la gauche est toujours capable de s’unir avec La France insoumise car leurs électorats demeurent fongibles. Ainsi, miser sur ce double pari en imaginant qu’aucun candidat de gauche n’atteindra la barre des 20%-22% serait une grave erreur.

Enfin, l’alliance avec le RN n’offre pas de plus grandes chances de succès. Dans tout le monde occidental, les droites nationales et patriotes semblent marquer un coup d’arrêt: Viktor Orban a perdu en Hongrie, Donald Trump est en difficulté pour les prochaines midterms et même Giorgia Meloni a perdu son dernier référendum. En France, cette tentative d’alliance a aussi perdu au second tour des législatives 2024. Aussi, les municipales de 2026 ont montré dans des configurations assez proches (exemples de Nice et de Toulon), que l’alliance avec le RN gagne lorsque ce dernier occupe le second rôle, mais perd quand il est en première ligne en raison de la résilience du front républicain, qui faiblit mais qui fonctionne toujours. Or, il est à ce stade impossible d’imaginer une alliance pour la présidentielle entre la droite et le RN, avec le RN en second au regard des sondages.

A Toulon, la RN Laure Lavalette n’est pas parvenue à s’imposer, obtenant 47,65 % des suffrages face à Josée Massi (52.35%), 22 mars 2026 © Philippe Magoni/SIPA

Une primaire ouverte de la droite pour recréer la coalition gagnante 

A droite, un procès injuste est fait aux primaires car François Fillon et Valérie Pécresse ne remportent pas la présidentielle de 2017 et 2022 respectivement. Mais, une primaire ne poursuit que trois objectifs. Le premier est d’obtenir le renoncement des perdants à se présenter et non d’obtenir leur soutien plein et entier vis-à-vis du vainqueur. Sur ce point, les primaires de 2016 et 2021 ont réussi. Le second objectif consiste à donner une dynamique de lancement de campagne au vainqueur. Pour cela, il suffit de comparer les intentions de vote avant la primaire et après. Avant la primaire, le candidat Fillon est crédité d’entre 18 et 21% dans tous les sondages de l’année 2016. Or, après sa victoire, il est donné entre 31% et 24% jusqu’à la publication de l’article du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017. Même chose pour Valérie Pécresse. Celle-ci pèse entre 9% et 14% courant 2021. En revanche, après sa victoire au Congrès LR du 4 décembre 2021, elle est donnée entre 16% à 20% des intentions de vote en décembre 2021 et entre 14% et 18% en janvier 2022, soit un boost électoral d’au moins cinq points.

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Le troisième objectif repose sur le débat d’idées et la promotion des idées de droite dans l’espace public. La droite est en difficulté pour imposer ses thèmes et ses solutions dans l’espace public – excepté sur le régalien. Elle est en train de perdre la bataille économique avec le dernier débat budgétaire qui a vu le retour des vieilles lubies socialistes avec la taxe Zucman. La primaire de 2016 et la victoire de François Fillon a permis de faire gagner les idées libérales qui ont servi de socle aux débuts d’Emmanuel Macron ainsi qu’à un changement d’opinion des Français sur les entreprises et sur les patrons. De même, l’ancien Premier ministre avait ancré l’idée de vaincre le totalitarisme islamique, une idée qui dépasse maintenant le champ de la droite.

Seulement, pour assurer ces trois objectifs, la primaire ne peut être qu’ouverte et la plus large possible. En effet, à la différence de l’UMP qui dominait la droite dans le cadre d’un bipartisme et organisait le pluralisme des familles de la droite à l’intérieur du parti, les droites sont désormais nettement dispersées entre les familles politiques Horizons, LR et Reconquête. Or, pour gagner, il faut parler à toutes les droites sans exclusion, et renouer avec le peuple. Une primaire ouverte à tous, obligera les candidats à ne pas parler qu’aux barons politiques et aux militants de leur parti mais à l’ensemble des Français qui veulent et qui attendent un changement. C’est selon moi la condition sine qua none pour une victoire en 2027.

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Directeur adjoint des Etudes du Think-Tank gaulliste et indépendant Le Millénaire

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