A ceux qui pensaient que le sarkozysme était définitivement mort et enterré après l’humiliation subie par Louis Sarkozy dans la jolie ville de Menton, ne vous réjouissez pas ou – selon votre appréciation – ne vous lamentez pas trop vite. Il frétille encore, plus au nord, en Belgique francophone précisément.
Si le président du Mouvement réformateur, Georges-Louis Bouchez, est souvent comparé à Donald Trump en raison de sa faconde populiste, c’est pourtant de l’ancien président français qu’il se rapproche le plus. Il vibrionne, parle beaucoup, se regarde énormément dans le miroir, commente toujours – réagissant au premier troll venu sur internet -, mais, contrairement au président américain, n’agit jamais.
Des paroles et des actes
Bien sûr, son parti, le Mouvement réformateur (MR), se réclamant du libéralisme, ne peut être tenu pour seul responsable de la situation actuelle de Bruxelles et de de la Wallonie, qui souffre bien davantage de décennies de politiques socialistes – bien qu’au niveau fédéral, le MR fut de pratiquement tous les gouvernements depuis le début de ce siècle, votant les textes les plus délirants, notamment sur les questions migratoires : loi de facilitation de l’acquisition de la nationalité belge, droit de vote des étrangers aux élections locales, pacte de Marrakech, allant jusqu’à faire tomber un gouvernement sur la question…
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Avec la victoire du MR aux dernières élections et son entrée dans les attelages exécutifs avec les centristes, on allait pourtant voir ce qu’on allait voir : les 300 millions d’argent public annuels alloués à la très à gauche Radio-télévision de service public allaient être réduits considérablement ; Bruxelles allait redevenir un havre de paix et de mobilité ; les impôts allaient diminuer dans un des pays les plus lourdement taxés ; les antifas allaient être dissous ; l’ordre allait revenir tandis que les fusillades se multipliaient à Bruxelles ; le mammouth étatique allait être dégraissé… Rien de tout cela n’est advenu.
Florian Philippot pas le bienvenu dans le plat pays
Mais faut-il s’en étonner ? Au sein du MR, la majorité du parti se positionne au (centre-)centre-droit, héritage du libéralisme social de Louis, puis de son fils Charles Michel qui ont fait tant de mal à la Belgique. Au Parlement européen, siégeant parmi les députés du groupe Renew Europe, Sophie Wilmès, qui occupa le rôle de Premier ministre du pays durant le Covid, vote les textes les plus insensés avec la gauche woke. Elle ne trouve d’ailleurs pour seul vrai problème à la Commission von der Leyen la présence en son sein de Raffaele Fitto, membre du parti de Giorgia Meloni.
En matière de liberté d’expression, le parti a beau être accusé de tous les maux par la gauche et l’extrême gauche qui, en Belgique, sont plus intolérantes encore qu’ailleurs, il applique les mêmes méthodes. La semaine dernière, Florian Philippot – avec qui j’ai pourtant bien des désaccords – fut interdit de tenir un dîner-débat dans une commune que le MR dirige. Le parti est d’ailleurs favorable au cordon sanitaire, stratégie antidémocratique au nom de laquelle toute personne qui pense trop à droite est interdite de tenir une conférence, d’être invitée dans les médias et d’être associée à l’exercice du pouvoir. La position est étonnante pour un parti qui se dit « fier d’être libéral », mais qui en réalité vous accorde le droit de penser comme lui.
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Comme un symbole, pour sa fête du 1er mai, le parti a accueilli en grandes pompes, l’année dernière, non pas Laurent Wauquiez ni Bruno Retailleau, mais… Gabriel Attal qui a pu y déverser un filet macroniste d’eau tiède. Quelques mois plus tard, c’est le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) qui fut convié à la rentrée parlementaire de la formation. Lui aussi s’est beaucoup renié : de séparatiste flamand, il est aujourd’hui à la tête du gouvernement d’un pays dont il a longtemps réclamé vouloir la fin. On ne sait pas s’il faut appeler cela une trahison ou le surréalisme à la Belge.
Certes, les gesticulations stériles et un tantinet enfantines du président du Mouvement réformateur auront eu le mérite d’ouvrir à la marge un débat trop longtemps sclérosé. Mais les Wallons et les Bruxellois attendent bien davantage que de vagues promesses jamais suivies d’effet : une vraie politique de rupture sur les dossiers économiques, sécuritaires et migratoires. Sans cela, Bruxelles ne sera plus une ville européenne – mais l’est-elle encore ?- et la Wallonie sombrera encore plus dans la misère.
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