Si aujourd’hui la cuisine italienne est portée aux nues, la notion d’une grande tradition de gastronomie péninsulaire semble plutôt une invention récente – comme tant d’autres traditions modernes.
Le 3 décembre 2025, la cuisine italienne est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, première cuisine au monde reconnue dans son intégralité. L’UNESCO consacre ainsi non seulement la richesse d’un répertoire culinaire célébré dans le monde entier, mais aussi l’idée d’une « cuisine italienne » conforme à l’imaginaire contemporain, avec pizza, pasta, risotti, tiramisù et espresso. Pourtant, cette unité gastronomique est une construction récente.
En 1881, lorsque Carlo Collodi publie Les Aventures de Pinocchio, l’Italie politique vient à peine de s’unifier et son identité culinaire n’existe pas encore. Le repas de l’Osteria del Gambero Rosso en témoigne : truite à l’huile, sardines en carpione, poulet « à la manière du pays », raisins secs et noix. Rien qui évoque la cuisine italienne d’aujourd’hui, mais un reflet fidèle de traditions locales profondément enracinées dans leurs terroirs — poissons d’eau douce alpins, marinades piémontaises, volailles rustiques, desserts de fruits secs.
La même année que Collodi, Giovanni Verga publie I Malavoglia, récit d’une famille de pêcheurs siciliens. Là encore, la nourriture est un révélateur social plutôt qu’un marqueur identitaire. Poissons séchés au vinaigre, pain noir dur, légumes bouillis, soupes épaisses d’herbes sauvages, pâtes grossières réservées aux occasions : rien n’annonce les icônes gastronomiques qu’un siècle plus tard l’Italie offrira au monde. Le XXᵉsiècle aura été celui où l’humanité atteindra le sommet de sa capacité de production, y compris dans l’art d’inventer ses propres traditions.
Los tigres, le nouveau film du cinéaste espagnol Alberto Rodriguez, réussit à mélanger deux genres, à la fois un « film social » sur le milieu des plongeurs professionnels et un thriller non dépourvu de réflexions sur les rapports familiaux et le vieillissement. En salles, le 31 décembre.
Au début, on est un peu noyé : mais à quoi s’activent donc ces scaphandriers ? Et puis, de minute en minute, l’intrigue s’éclaire – et s’étoffe. « El gordo » (le gros), patron ventru et sémillant (Joaquin Nunez) protège et galvanise sa petite équipe de plongeurs qui, depuis son rafiot, descendent en eaux profondes pour assurer de menues réparations sur les câbles sous-marins ou sur la coque des pétroliers qui relâchent en rade d’un port espagnol riverain d’une énorme installation pétrochimique. Sur ce secteur de la maintenance, la concurrence étrangère se fait rude. Antonio (Antonio de la Torre), dit « El Tigre », a de la bouteille : il est le vétéran barbu de ces travailleurs risque-tout qui, tout comme lui, peinent à joindre les deux bouts.
Après tant d’années en apnée, la santé d’Antonio commence à donner des signes d’inquiétude. D’autant que Cinta, sa femme, dont il est séparé – petit rôle antipathique assumé par Silvia Acesta – n’arrange pas la situation : intraitable, sous la menace d’un juge s’il ne lui paye pas la pension qu’elle exige de lui, ce dragon-femelle le prive de son droit de visite auprès des deux gosses qu’ils ont eus ensemble. Au bout du rouleau, Antonio s’accroche, soutenu par sa petite sœur Estrella (Barbara Lennie), également plongeuse, avec qui il partage gîte et couvert.
Or, voilà que, dissimulées dans les cales d’un pétrolier qui accoste ici toutes les trois semaines avec une régularité métronomique, il a par hasard identifié des cargaisons de « poudre ». Dans la cervelle de ce « Tigre » bien fatigué et de l’imaginative Estrella, sa sœur en meilleure forme que lui, germe une idée : profiter d’une plongée pour percer discrètement les colis, aspirer sous vide dans chacun d’entre eux une quantité négligeable de drogue, trop peu pour que le vol soit repérable par les trafiquants, et la revendre sur le marché local, où Estrella possède les bons contacts. Comme on s’en doute, les choses ne tarderont pas à se compliquer…
Alberto Rodriguez témoigne d’un talent irréprochable dans une combinaison habilement dosée : d’un côté de la balance, un « film social » sur la condition précaire de ces « petites mains » qui, invisibles autant qu’indispensables, font tourner la puissante machine industrielle à leurs risques et périls ; de l’autre, la restitution quasi documentaire de ces « interventions » dangereuses en milieu aquatique ( tournage probablement coriace, d’autant que la prise de vue prend manifestement grand soin d’éviter le double écueil, et de la joliesse paysagiste, et du spectaculaire hollywoodien) ; et enfin, sous l’alibi du thriller (au suspense haletant parfaitement maîtrisé), un regard sensible porté sur le rapport à la famille et aux siens, au vieillissement, à la mémoire de l’enfance, au pressentiment de l’avenir… D’un bout à l’autre, Los Tigres est sous tension.
Il est vrai qu’Alberto Rodriguez n’est pas né de la dernière pluie. Très attendu, Los Tigres appareille dans le sillage ouvert par Groupe d’élite (2012), La Isla minima (2014), L’homme aux mille visages (2016)… Votre serviteur vous invite toutes affaires cessantes à visionner sur Arte TV, en accès libre actuellement, un film plus ancien du cinéaste, Les 7 vierges (2004) : portrait acide, cru et tendre à la fois de la délinquance juvénile à la sauce espagnole. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le tableau, en 2025, n’a pas pris une ride. D’un vérisme sauvage, le film est aussi captivant, aussi novateur que purent l’être en leur temps quelques perles du néo-réalisme italien.
A noter également qu’Alberto Rodriguez vient de réaliser cette année, sous forme de mini-série, l’adaptation éponyme du roman-essai de l’écrivain espagnol Javier Cercas paru en 2009, Anatomia de un instante : celle-ci revient sur la tentative de coup d’État perpétrée à Madrid, le 23 février 1981, par des officiers nostalgiques de Franco. Putsch que fit avorter, comme l’on sait, la détermination du roi Juan Carlos 1er. Sachez enfin qu’on reverra bientôt sur grand écran Barbara Lennie, comédienne très convaincante : ce sera dans le prochain Almodovar, Amarga navidad – sortie prévue en 2026.
Los Tigres. Film d’Alberto Rodriguez. Avec Antonio de La Torre, Barbara Lennie, Joaquim Nunez…
Dans son Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes retrace deux mille ans d’une histoire extraordinaire, ou comment les enfants d’Israël se sont retrouvés chez eux sous le ciel gaulois. Il salue la bienveillance de grands auteurs à leur égard et le rôle crucial des Lumières qui ont fait rimer émancipation et assimilation.
Causeur. Dans votre Dictionnaire amoureux des juifs de France, vous montrez la richesse des apports juifs à la culture française, dont on ne saurait nier ce qu’elle doit aussi au christianisme. Certains disent que notre pays a été façonné par une matrice judéo-chrétienne. Reprenez-vous ce terme à votre compte ? Ne passe-t-il pas sous silence la divergence théologique radicale ?
Denis Olivennes. Oui, j’ai essayé de raconter deux mille ans de cette histoire extraordinaire qui réunit les juifs et la France, et qui est je crois sans exemple, en particulier depuis la Révolution et l’émancipation. Judéo-chrétien me paraît cependant réducteur, même si le christianisme vient du judaïsme et si désormais, depuis Vatican II, il s’inscrit dans cette filiation. Parler des racines judéo-chrétiennes, c’est oublier, d’une part, l’apport d’Athènes et de Rome, d’autre part, la dynamique propre des Lumières. Et puis c’est oublier aussi la différence fondamentale entre le judaïsme qui est organisé par la Loi et le christianisme qui l’est par la Foi.
Vous insistez sur les écrits empreints de grande bienveillance envers les juifs que l’on retrouve chez de grands auteurs français chrétiens comme Abélard, Pascal, Péguy ou Chateaubriand. La France est-elle le lieu privilégié du dialogue judéo-chrétien ?
Les chrétiens ont eu à l’égard des juifs un rapport ambivalent. D’un côté, ils vouaient aux gémonies le peuple déicide, aveugle à la vraie foi. De l’autre, ils inscrivaient les juifs dans l’histoire du Salut comme peuple témoin de la vérité du Christ, dont la conversion signerait la fin des temps. Et ils leur accordaient pour cela leur protection. Mais au-delà, oui, il y a eu de grands Français, admirables, issus du christianisme, qui ont fait montre à l’égard des juifs d’une aménité, d’une amitié, d’une fraternité, souvent extraordinaires. Je leur consacre plusieurs notices à proportion de mon admiration pour eux, à commencer par Péguy.
Aujourd’hui, cette notion de judéo-christianisme est récusée par certains qui voient dans cette alliance une arme contre l’islam, et brandie par d’autres pour les mêmes raisons. Mais en dehors de toute polémique, n’y a-t-il pas une parenté culturelle et même anthropologique entre les deux monothéismes bibliques qui ont été le fond de sauce de l’Occident tandis que l’islam, arrivé tardivement, lui, reste culturellement hétérogène ?
La différence vient surtout, me semble-t-il, dans l’un et l’autre cas, de ce que et les chrétiens et les juifs, au prix parfois de moments douloureux comme la séparation de l’Église et de l’État, ont « rendu à César ce qui appartient à César », autrement dit de ce qu’ils ont reconnu la supériorité de la loi nationale sur la particularité de leurs prescriptions religieuses. Cette adaptabilité est très certainement liée au caractère non littéraliste de leur pratique religieuse. Quoique sacré, le texte s’interprète. Je raconte cela pour les juifs : l’émancipation de 1791 et la maxime de Clermont-Tonnerre – « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus » ; le Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon et l’abandon par les juifs d’un certain nombre de leurs règles. Ce chemin reste à parcourir pour une partie des musulmans en France.
Estimez-vous cependant que l’islam radical, qui contamine une grande partie de l’islam européen et français, doit être combattu ? Et la mobilisation de notre héritage judéo-chrétien est-elle la bonne arme ?
Bien sûr, il doit être combattu dès lors qu’il est orthogonal aux lois de la République et à ses mœurs – je pense à l’égalité hommes-femmes, aux droits des homosexuels, à la prééminence de la science… Et surtout dès lors qu’il nourrit un projet politique, qu’il veut imposer ses règles propres à la Cité de tous. Mais c’est moins avec notre héritage religieux qu’avec l’esprit de la République, la défense des droits et libertés, la promotion de la laïcité, que nous pouvons combattre cela. En prenant bien soin de ne discriminer personne, de ne stigmatiser personne, de distinguer la critique de la religion de celle des croyants, de protéger le droit de chacun à pratiquer sa religion. Pour moi, les musulmans doivent suivre le chemin d’assimilation emprunté par les juifs.
Nous ne sommes pas rendus… Avez-vous été touché, en tant qu’ami d’Israël, par le soutien de nombreux chrétiens après le 7-Octobre ?
Profondément touché. Cela m’a rappelé que Péguy, qui est au cœur de mon Dictionnaire, n’est pas mort. La manière dont les chrétiens se sont guéris de leur antijudaïsme et considèrent désormais les juifs comme leurs « frères aînés », pour reprendre les termes de Jean Paul II, est magnifique. C’est une immense source d’espérance.
L’antisémitisme décomplexé est aujourd’hui à gauche. Mais avant d’être « déshonoré par Hitler », il était très porté à droite ainsi que dans les rangs catholiques. Avez-vous peur qu’il ressurgisse dans les milieux conservateurs ?
Franchement, aujourd’hui le sujet est à gauche. Certes les électeurs d’extrême droite sont 35 %, contre 25 % en moyenne pour la population, à avoir des préjugés antisémites, mais ils n’acceptent pas la violence antijuive. C’est très important. Les électeurs d’extrême gauche eux, sont 30 % à accepter ou à souhaiter cette violence envers les juifs, contre 10 % des Français. Et ce retournement est spectaculaire : la gauche démocratique est née de son abandon de l’antisémitisme avec l’affaire Dreyfus. En y retournant, elle rompt avec la République. Nous vivons un moment étrange : Marine Le Pen renonce à l’antisémitisme et à l’antisionisme et Jean-Luc Mélenchon les adopte. Sinistre chassé-croisé.
Vous ne croyez pas en Dieu. Mais dès lors, que signifie être juif ?
La fidélité à ma famille et notamment à la mémoire de la Shoah. Le combat sans concession contre l’antisémitisme : je ne baisse certainement pas la tête. L’adhésion philosophique à la conception éthique que fait Levinas de l’homme, qui est d’abord responsabilité pour autrui et dont il dit qu’elle est l’essence du judaïsme. L’attachement à l’existence de l’État d’Israël, même si je critique vertement son gouvernement. Mais une fois tout cela dit, je suis juif certes, mais comme Marc Bloch je suis « avant tout et très simplement Français ».
Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes, Plon, 2025.
Fervent catholique, et se qualifiant lui-même de « catholique identitaire », le directeur de la rédaction du Journal du dimanche plaide pour que les chrétiens français se recentrent sur le cœur du message évangélique et n’aient pas peur de proclamer leur foi. Sans remettre en cause la laïcité.
Causeur. Qu’avez-vous pensé du dernier essai d’Éric Zemmour, dans lequel il appelle à un « sursaut judéo-chrétien » ?
Geoffroy Lejeune. J’ai lu ce livre comme une volonté de réconciliation des juifs et des chrétiens. C’est le Vatican II de Zemmour ! Son ambition est de solder la question de l’antisémitisme catholique pour donner envie aux deux religions historiques de notre pays de s’allier contre l’ennemi commun qu’est devenu l’islamisme. Politiquement, cela a du sens.
Et théologiquement ?
Dans son livre, Zemmour précise bien qu’il n’est pas théologien. Toutefois, d’un point de vue historique, le mot « judéo-chrétien » me semble fondé. Le christianisme s’inscrit dans la continuité du judaïsme, et ces deux cultes ont en commun d’avoir « digéré » la République. Le catholicisme, après avoir été longtemps religion d’État, s’est résolu à ne plus l’être, et le judaïsme s’adapte parfaitement aux lois françaises. Alors que l’islam, lui, n’a pas du tout fait le même chemin. Zemmour a donc raison de parler d’une alliance objective judéo-chrétienne.
Ses adversaires disent qu’il tente de fédérer les juifs et les chrétiens sur le dos des musulmans…
Il ne s’agit pas de combattre les musulmans, mais de leur demander de pleinement accepter toutes les facettes de ce qui s’appelle encore l’art de vivre à la française. Pour l’heure, il faut bien admettre que les cas où l’islam fait bon ménage avec la laïcité sont rares. Malheureusement.
Comment vivez-vous la déchristianisation de la France ?
J’appartiens à une génération de croyants qui, contrairement aux précédentes, se voit comme minoritaire dans un pays où le catholicisme a cessé d’être une matrice. C’est un fait, il faut être lucide. Jérôme Fourquet a mis le doigt sur les indicateurs du phénomène : l’augmentation des crémations, la chute des baptêmes d’enfants, etc. Avant, on avait la foi ou pas, mais on disait que les femmes allaient à la messe pendant que les hommes se retrouvaient dans le bistrot d’en face, et au moment de mourir, tout le monde se raccrochait à la même chose. Ce monde est révolu. J’ai récemment incinéré des gens de ma famille. C’était une chose inimaginable il y a trente ans.
Zemmour écrit cependant que les « formes chrétiennes » demeurent partout autour de nous, notamment dans nos institutions sécularisées : le mariage, les droits de l’homme, les hôpitaux, etc. Que demandez-vous de plus ?
Elles sont partout certes, mais de manière dévoyée. Prenons par exemple les vertus de l’accueil et du partage, essentielles dans le christianisme. Cela n’a jamais signifié qu’il fallait créer SOS Méditerranée ! La République a forgé une religion laïque, qui a feint de s’inspirer de l’Église sur certains sujets, mais l’objectif restait « d’éteindre dans le Ciel des étoiles qu’on ne rallumera plus », pour citer Viviani en 1908. Résultat : aujourd’hui, on fête davantage Halloween que la Toussaint dans notre pays.
C’est donc, comme Zemmour, au nom de la civilisation judéo-chrétienne que vous menez ce que l’on appelle maintenant une « bataille culturelle ». Peut-on dès lors vous qualifier de « catholique identitaire » ?
J’accepte ce terme, mais dans le sens où j’estime que Zemmour l’est tout autant que moi, alors qu’il est juif. Je veux dire qu’il se définit lui aussi comme un Français façonné par le catholicisme.
Cela dit, vous êtes plus jeune que Zemmour et vous êtes éveillé à la politique lors de la Manif pour tous, il y a douze ans. L’identité catholique n’est-elle pas encore plus viscérale pour vous ?
Oui, on a voulu défendre un modèle de civilisation hérité du christianisme et on a perdu. Alors que cela nous semblait inimaginable.
Vous avez perdu, mais à l’image des antimaastrichtiens en 1992, votre défaite s’est muée en victoire idéologique puisque vous avez acquis à ce moment-là une popularité et une visibilité qui ont stupéfait la France entière et qui n’a cessé de croître depuis.
Il y a encore trois mois, j’aurais été moins optimiste que vous. Le catho identitaire que je suis depuis toujours me paraissait alors aussi efficace que Don Quichotte contre les moulins. Seulement, depuis la mort de Charlie Kirk, j’ai changé de perspective. Je dois avouer que je connaissais à peine l’existence de ce jeune homme avant qu’il soit assassiné. Je savais juste qu’il dialoguait sur les campus avec les wokes, ce que je trouvais très intelligent, mais très éloigné des sujets français, car Kirk était un évangélique trumpiste. Et puis j’ai regardé à la télévision la grande cérémonie d’hommage organisée le 22 septembre dans un stade près de Phoenix en Arizona. Ce soir-là, je me suis rendu compte que quelque chose se passait. Je ne suis pas un expert des États-Unis, je parle mal l’anglais et pourtant les messages des différents intervenants m’ont paru extrêmement clairs et familiers. Je pense que n’importe quel catholique sur la planète qui a vu les images de cet événement a eu comme moi une impression de proximité. Il était question de la lutte spirituelle entre le bien et le mal, de la joie de la conversion, du pardon. Le moment qui m’a le plus marqué, c’est quand la veuve de Kirk, Erika, a rappelé que son mari voulait « remplir le paradis », sauver les âmes. Bref, l’application de l’Évangile du début à la fin, pendant quatre heures, aussi bien prônée par des influenceurs de 25 ans que par un président américain de 79 ans.
Tout cela est impensable en France…
Évidemment. Quand Zemmour écrit que la Révolution française nous a amputés de quelque chose, il n’a pas tort. Cela dit, je parie que le christianisme pourrait retrouver de la vigueur dans notre pays si, comme Kirk, il se recentrait sur l’Évangile et son application pratique au quotidien. Charlie Kirk invitait en permanence à aimer son prochain, à pardonner, à aller vers Dieu, à se détourner des drogues, de l’alcool ou du wokisme grâce au Christ.
Funérailles publiques de Charlie Kirk au State Farm Stadium, à Glendale (Arizona), 21 septembre 2025.
Vous parlez de « lutte spirituelle entre le bien et le mal ». Mais est-ce qu’on rencontre le mal tous les quatre matins ?
Je pense que le mal est très présent sur terre. Et que le drame de notre époque, c’est qu’on ne croit plus à son existence. Il faut le combattre, aussi bien dans la vie privée que dans la société.
N’est-il pas paradoxal de demander aux musulmans de se plier à la laïcité et en même temps de placer ses prises de position publiques sous le signe de la lutte contre le démon ?
Attendez, je ne remets pas en cause la laïcité, qui d’ailleurs a été inventée par Jésus en personne. Je suis tranquille sur ce sujet. Il n’y a pas d’incompatibilité entre la foi et mon pays, parce que mon pays a été façonné par ma foi. Ensuite, je crois que, dans la France d’aujourd’hui, nous devons lutter contre l’individualisme et le consumérisme. Quand on voit que des SDF peuvent mourir dans nos rues, je me dis qu’il faut réhabiliter les valeurs chrétiennes.
Vous êtes en train de devenir un catho de gauche !
Les cathos de gauche sont comme des poissons volants, ils ne constituent pas la majorité de l’espèce ! Je n’ai rien contre eux, ils ont le droit de penser comme ils veulent, mais je trouve bien souvent que notre époque consacre des « vertus chrétiennes devenues folles », comme écrivait Chesterton. Bref, un sentimentalisme naïf, une charité dévoyée, une absence d’amour pour son prochain (ça, c’est difficile) compensée par une componction peu coûteuse pour le lointain (plus confortable) : c’est ça, la gauche. Et surtout ils passent à côté d’un aspect crucial : l’évangélisation. Kirk voulait convertir les gens. Nous, en France, nous ne le voulons plus.
D’accord, mais on a vu après la mort de Charlie Kirk que les trumpistes étaient aussi capables de pourchasser ceux qui ne pensent pas comme eux. Vous avez alors fait ce commentaire : « Il faut comprendre, ils sont en guerre. »
C’est vrai, et parfois ils vont très loin. Ils sont peut-être en train d’inventer une cancel culture de droite. Il me semble que ce risque n’existe pas en France.
Certains, à gauche, pensent que Philippe de Villiers, Vincent Bolloré et vous-même avancez masqués, que vous n’aspirez pas seulement à rechristianiser les Français, mais aussi l’État. Que répondez-vous à cela ?
Il n’y a pas d’agenda caché. Philippe de Villiers dit ce qu’il pense. Moi aussi. Quant à Vincent Bolloré, je ne lui connais pas de projet secret ! Il y a une chose que nos adversaires doivent comprendre : être chrétien, c’est par définition être un mauvais chrétien, si bien que nous cherchons d’abord à devenir meilleurs à titre personnel, à tendre vers la sainteté, ce qui peut prendre une vie entière, avant d’imposer un modèle à tout le monde.
Sauf que vous venez de nous chanter les louanges du prosélytisme…
Oui, mais cela n’a rien à voir avec l’idée de restaurer le catholicisme comme religion officielle en France.
Vous êtes tout de même actif sur un terrain plus politique, notamment contre la loi Veil et contre le mariage pour tous…
Nous autres chrétiens vivons sous l’injonction permanente d’adhérer à des mesures qui sont contraires à notre foi. Et si on se rebiffe, on passe pour des ringards. Si vous dites que quelque chose a été cassé avec le mariage homosexuel, vous provoquez immédiatement des cris d’orfraie. Impossible d’avoir de la nuance dans ce débat. Impossible même d’avoir un débat. Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris pourquoi tout le monde trouve normal que Gabriel Attal veuille inscrire dans la Constitution le fait qu’on ne peut pas revenir sur une réforme sociétale. Je trouve cela pernicieux, car la politique consiste au contraire, par définition, à pouvoir changer des choses. Résultat, il est impossible de parler de dérives, comme celles de la PMA ou de l’IVG. François-Xavier Bellamy avait été durement attaqué sur ce sujet, quand il avait déclaré en substance : « Ai-je le droit de poser la question du sujet de santé publique ? »
À Causeur, nous sommes favorables au droit à l’avortement, mais tout à fait d’accord pour avoir un débat avec vous.
Alors je vous pose cette simple question : ne pourrait-on pas chercher ensemble d’autres solutions que l’avortement pour les femmes qui n’ont pas le choix ?
C’est un argument… Sur l’euthanasie, pensez-vous que les catholiques seront combatifs lorsque le texte sera de retour au Parlement ?
Oui, car même si c’est une question délicate, elle concerne par définition tout le monde. Je remarque du reste que les opposants ne sont pas tous chrétiens. Je pense à Michel Houellebecq, qui est athée, mais aussi à tous ces membres du corps médical très mobilisés alors que beaucoup ne sont pas croyants.
Les dérives de l’euthanasie devraient interpeller tout le monde, seulement « l’aide active à mourir » est devenue, hélas, un élément pavlovien de la panoplie progressiste. Mais revenons à nos catholiques et à la France. Comment faudrait-il traduire le statut particulier du catholicisme dans notre pays ?
En ne considérant pas l’Église comme une ennemie de la République et en la laissant faire son travail, c’est-à-dire annoncer l’Évangile. J’ai été il y a deux ans le parrain d’un ami de mon âge qui s’est fait baptiser. C’est quelque chose de magnifique. On se satisfait aujourd’hui du fait qu’il y ait de plus en plus de catéchumènes, mais cela reste marginal.
Pourquoi votre ami s’est-il converti ?
L’idée d’être aimé inconditionnellement par Dieu l’a transpercé. Il s’est plongé dans l’eau le soir de Pâques, et il en est ressorti libéré, le visage apaisé. C’était impressionnant.
Et vous, comment vous sentez-vous dans l’Église d’aujourd’hui ?
J’ai pris pas mal de recul pendant le pontificat du pape François. Comme beaucoup de catholiques, j’ai été assez vite heurté par ses déclarations. Je m’en suis scandalisé auprès des ecclésiastiques de mon entourage, que j’ai appelés à se rebeller. Ils m’ont expliqué une chose très importante : il y a d’un côté le pape, chef spirituel, et de l’autre le leader politique, qui n’engage pas la religion. À ce titre, il a le droit d’avoir un avis. Je me suis alors interrogé sur ma foi. « Qui suis-je, puisque je ne suis pas un saint, pour donner des leçons à l’Église ? » me suis-je demandé. J’en ai conclu que je devais d’abord m’occuper de mon cas avant d’aller éventuellement engueuler le souverain pontife à Rome. Bref, après m’avoir un temps éloigné de l’Église, mes réserves à l’égard du pape François m’en ont rapproché.
Gallimard réédite le deuxième roman de Roger Nimier, chef de file des hussards, Perfide.
Je n’arrive pas à imaginer l’auteur du Hussard bleu avoir 100 piges. Et pourtant, il est né en 1925, a publié son premier roman à 23 ans, Les Épées, avec un début qui en dit long sur son esprit provocateur. Extrait : « Ça commence par un petit garçon plutôt blond qui laisse aller ses sentiments. » François Sanders se masturbe devant une photo de Dietrich, actrice d’origine allemande, courageuse résistante, qui a brisé le cœur de Gabin. Le geste n’est pas gratuit après l’épuration sauvage des collabos français, en 1945. La symbolique peut choquer, il y a de quoi. Mais Nimier va plus loin. Son jeune héros, suicidaire maladroit, est amoureux de sa sœur, il oscille entre résistance et milice. Voilà une entrée en littérature qui ne manque pas d’audace. Nimier dégoupille la grenade et la balance à la gueule de Sartre et de ses amis staliniens, sans épargner Camus. Il frappe fort, son épée n’est pas en fer blanc, elle coupe net, à l’image de son style tranchant.
100 ans. Impossible de voir ce garçon intrépide qui écrit vite, conduit vite, embrasse vite, ratatiné en méconnaissable vieillard tremblotant, dans un fauteuil roulant, recevant quelques jeunes gens déconstruits quémandant un conseil pour entrer en littérature, territoire où grouillent les autocentrés empêtrés dans leurs histoires familiales. Pour l’auteur des Enfants tristes, qui détestait l’esprit de sérieux, c’eût été une épreuve insoutenable. Il a vécu vite, il est mort vite, à toute vitesse même, plus de 160 Km/h, à bord d’une Aston-Martin, sur l’autoroute de l’Ouest, le 26 septembre 1962. Il était accompagné de Sunsiaré de Larcône, blonde ravissante de 27 ans, auteure d’un roman, La Messagère. L’expression « rouler à tombeau ouvert » était faite pour eux. Guy Dupré, son ami – il s’était fâché avec elle peu de temps avant sa mort – m’a dit que c’est elle qui conduisait. Dans son livre remarquable sur Sunsiaré 1, Lucien d’Azay cite Michel Camus qui confirme la version de Dupré. Celui qui a écrit qu’il fallait « saboter » l’empire du Bien n’aurait pas supporté notre époque où l’on conduit des voitures électriques silencieuses avec une boîte de vitesses qui ne craque jamais. Il ne l’aurait pas supportée, je suis même certain qu’il l’aurait attaquée à la gorge, en mettant sa peau sur la table.
Comme un possédé
Roger Nimier est né le 31 octobre 1925, près de la place Pereire, qui deviendra le « centre du monde », grâce au charisme du futur écrivain. Élevé dans la religion catholique, son père est l’inventeur de l’horloge parlante et sa mère, très protectrice, joue du violon. Excellent élève, il perturbe les cours, se bat à la récré, et suscite pourtant l’admiration de ses profs. Sa maturité fait peur. Il lit beaucoup, aime l’esprit de la chevalerie, déteste les Assis et leurs manières pédantes. Frondeur, il refuse les mots d’ordre. Il combat, mais il monte seul au front. Roger a 14 ans lorsque son père meurt. Il accepte le rôle de chef de famille. Il n’a aucun mérite, chez lui, c’est inné. Il appartient à une génération « sacrifiée ». Trop jeune pour combattre, trop vieille pour jouir tranquille de l’enfance. Il s’engage à 19 ans au deuxième régiment de hussards de Tarbes à la fin de la guerre. Le soldat est vite démobilisé. Il n’a pas tiré un seul coup de feu. Il a lu Pascal. Frustration et soif d’absolu. Cocktail ravageur. Son credo : « Tout ce qui est humain m’est étranger. » C’est clair, annoncé par la dernière phrase du Hussard bleu. Désabusé ? Il y a de quoi. La science a accouché d’Hiroshima. Le Diable a recouvert la Pologne de camps d’extermination. Le strabisme de Sartre l’empêche de voir le Goulag. La tuberculose de Camus lui donne le souffle trop court. Les écrivains qui ont du style sont des réprouvés. Il les sort du purgatoire, l’un après l’autre. Et merde aux faux résistants et vrais staliniens. Les mots tuent ? Parfait, il écrit comme un possédé. La preuve, en trois ans, il constitue une œuvre éditée aujourd’hui dans la collection « Quarto ». Achetez-là, et surtout lisez-là. Ça tient en respect les miasmes d’une société bavarde et inculte qui a perdu la tête, et surtout ça aide à guetter le tremblement de terre version Big One.
À son père spirituel, Jacques Chardonne, il finit par jurer qu’il n’écrira plus rien durant dix ans. Il devient alors, à 28 ans, directeur littéraire chez Gallimard. Il se rend à Meudon, devient l’aminche de Céline. Il va le publier, comme il va publier Morand, malmené par de Gaulle qui lui refuse l’Académie française, en souvenir de ses promenades à Vichy en compagnie de Pierre Laval. Morand l’aime comme un fils. À l’annonce de sa mort, Morand, plus taiseux que jamais, écrit : « C’est le printemps que je regardais pour la dernière fois. » Nimier demande une préface à ses Journées de lecture, à Marcel Jouhandeau, lui aussi infréquentable depuis son voyage à Weimar, en 1941. Il offre une seconde chance à Marcel Aymé à qui il rend visite à Montmartre. Engagé Nimier ? Oui, pour défendre le style, les romans qui racontent une histoire, pas les copies desséchées du Nouveau Roman. Engagé littéraire, mais refusant toute forme d’engagement politique. Bernard Frank, en décembre 1952, avait bien tenté de l’enrôler dans sa formule « Grognards et hussards », papier publié dans Les Temps modernes. Ça avait fini par réunir de joyeux drilles qui n’avaient pas vraiment de points communs entre eux : Blondin, Laurent et Déon. Nimier étant la figure de proue. Frank finit par lâcher qu’il les traitait « de fascistes par commodité ». Comme aujourd’hui, en somme. Nimier rend également hommage à Robert Brasillach, l’auteur de Notre avant-guerre, mais également rédacteur en chef de Je suis partout, journal collabo et antisémite, fusillé au fort de Montrouge, le 6 février 1945. Il conclut : « Il a trop aimé la statue idéale de la jeunesse. » L’auteur de D’Artagnan amoureux – publication posthume –semble parler de lui.
Nimier ouvre les portes du cinéma. Il écrit le scénario de l’épisode français du long-métrage d’Antonioni, Les Vaincus. Il récidive en adaptant, pour Louis Malle, un polar : Ascenseur pour l’échafaud. Il rencontre la volcanique Jeanne Moreau. Le temps d’un tourbillon sensuel.
Esprit caustique
Gallimard réédite le deuxième roman de Nimier, Perfide. On retrouve l’esprit caustique du jeune homme vert. Pas de prise de tête, car la vie n’est pas une chose vraiment sérieuse. Il faut enjamber les barrières, prendre les chemins de traverse encombrés par l’herbe qu’on ne voit jamais pousser. La morale existe, c’est une belle invention, elle sert de punching-ball. Les grandes personnes avancent masquées, elles dirigent, légifèrent, ordonnent, punissent, culpabilisent, indiquent le mauvais sens, sous le regard amusé des sorcières de Shakespeare. Antigone prend sa pelle et va enterrer son frère maudit. Cet acte les dépassera toujours. L’intrigue se déroule dans la France de l’après-guerre, elle s’invente de nouveaux ennemis, tandis que les politiciens s’étripent dans un tintamarre ridicule. De Gaulle, dans les coulisses de l’Histoire peu reconnaissante, attend son heure. On assassine un prof de collège, crime imputé au gang des chourineurs. L’ensemble est ébouriffant. Perfide, l’insolence à la boutonnière, est un curieux gamin, très observateur, qui manipule les bavards et les arrogants, un exemplaire des Mémoires du cardinal de Retz, un des livres préférés de Morand, dans la poche. Comme le souligne Céline Laurens dans sa préface : « Il faut désapprendre son sujet pour mieux le réinventer. Pasticher pour lutter contre cette société grise, sérieuse, qui lègue à l’enfant des mots et des émotions érodés, ternis par l’habitude ou le renoncement. » Contre le fascisme gris – le fameux kitch dénoncé par Kundera – qui ne cesse de croître, il convient de tenter le tout pour le tout, c’est-à-dire écrire des textes « qui explosent en un hara-kiri scénique comme Perfide. »
Céline Laurens cite également une grande amie de Nimier, Geneviève Dormann. Elle résume ce que sont les grandes personnes : « Les affectés, les pompeux, les prétentieux, les craintifs, les avides d’honneurs, de pouvoir et d’argent. Tous ceux qui affirment gravement que la vie n’est pas une récréation. »
Désormais les sentences et les semonces sifflent la fin de la partie. La liquidation générale est imminente.
Nimier est enterré dans le cimetière Saint-Michel, à Saint-Brieuc, du granit, des ajoncs et quelques veuves éplorées comme passantes. Paysage inébranlable, à l’image de l’œuvre du premier des hussards littéraires.
Que regarder pour se changer les idées, face à la grisaille qui règne à Noël, à la place de la neige traditionnelle qu’on voit si rarement de nos jours? La série L’Eternaute, sortie sur Netflix au printemps, vous refroidira…
Y aura-t-il de la neige à Noël ? On comprend que cette question taraude les chaumières de l’Hexagone. Visionner sur Netflix, au soir supposé de la Nativité, la série L’Eternaute, proposée depuis le mois de mai par la plateforme, reste le meilleur émollient propre à distraire, sinon à apaiser vos angoisses météorologiques. De fait, il neige sans discontinuer durant ces presque six heures de suspense glaçant qui vous transportent en Argentine, justement alors que la naissance du petit Jésus se fait toute proche. Adaptation, au succès phénoménal, d’une BD culte signée Héctor Germàn Oesterheld et Francisco Solano datée 1957, la série mérite d’être revue dans l’actuelle montée des frimas.
Fin décembre, soit au cœur de l’été austral, une tempête de neige toxique s’abat brusquement sur Buenos Aires. Elle refroidit, au sens propre, les portenos par milliers, transformant en un clin d’œil la mégalopole en un immense cimetière à ciel ouvert : en tenue légère de saison, les citadins, pris au piège (comme furent jadis happés par les cendres du Vésuve les habitants de Pompéi), restent congelés dans la posture qu’ils avaient à l’instant fatal. Mais, gracias a Jesus, il reste des survivants : les moins cons ont vite compris que s’exposer une seconde aux flocons revient à signer illico son arrêt de mort. Juan Salvo (dans le rôle, l’illustre Ricardo Darin), vétéran de la guerre des Malouines et par ailleurs père exemplaire, entreprend, avec femme et amis, de partir à la recherche de sa fille adolescente, laquelle s’est égarée dans le chaos ambiant. Cuirassés de masques à gaz ou de protections de fortune, harnachés jusqu’aux extrémités, les survivants hantent ainsi la ville assiégée par l’averse blanche. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.
Pour ceux qui, probablement rares parmi mes indulgents lecteurs, n’auraient pas visionné ce feuilleton dès sa sortie printanière – captivant d’un bout à l’autre, n’hésitons pas à le dire !- , qu’il me soit permis de taire ici ce qui, à partir de l’épisode 4, fait contre toute attente basculer le scénario du registre de l’anticipation post-apocalyptique (allègrement nourrie de nos inquiétudes climatologiques) vers le terrain de la belligérance sous ombrelle SF – entre Starship Troopers (Verhoeven, 1997) et Invasion of the Body Snatchers (Don Siegel, 1956), références avancées sans cuistrerie aucune, vraiment, je vous assure.
À part ça, sur le plan formel, L’Eternaute se démarque avec une remarquable rigueur de tous les poncifs et rabâchages hollywoodiens : une bande-son extraordinairement retenue, aucun nappage polyphonique, non plus que ce bruit de fond continu qui, dans le cinéma d’aujourd’hui, vient en appui de l’action dramatique comme la platitude d’un lieu commun. Ici, on y échappe avec une constance qui vaut d’être soulignée. Cerise sur le gâteau, une inventivité scénaristique qui autorise à l’intrigue, d’épisode en épisode, les bifurcations les plus imprévisibles. On attend la saison 2 pour l’hiver prochain. D’ici là, couvrez-vous bien, il semblerait que les grands froids s’annoncent.
Dans son dernier essai, Mon antiracisme, Kévin Boucaud-Victoire livre à la fois une critique des mouvements antiracistes et développe une vision personnelle de son combat, fortement marqué par son antilibéralisme. Malgré quelques aspects critiquables, l’ouvrage donne un éclairage intéressant des théories actuelles et de leurs limites, ainsi qu’une voie singulière pour s’en dégager.
De l’antiracisme moral à l’antiracisme politique
Si l’antiracisme est un combat commun de la gauche, il a ses écoles. Deux mouvements dominent aujourd’hui : l’antiracisme libéral et l’antiracisme décolonial. Deux doctrines que Kévin Boucaud-Victoire perçoit comme des impasses.
L’émergence de l’antiracisme libéral remonte en France au 14 octobre 1984, avec la Fondation de SOS Racisme. Il vise à la diversification des élites afin de mieux refléter la multiplicité croissante de la population. Il est universaliste et reste favorable à une économie de marché.
L’antiracisme dit décolonial se veut pour sa part révolutionnaire. Il est présent en France depuis 2005 et possède plusieurs caractéristiques qui le distinguent de l’antiracisme libéral. Tout d’abord, il présente le racisme comme systémique, c’est-à-dire comme résultat de l’organisation sociale. Dans ce cadre, il rejette toute forme d’universalisme au profit d’une essentialisation positive des cultures dominées.
Cependant, selon Kévin Boucaud-Victoire, ces deux antiracismes en apparence antagonistes ne sont pas si différents. Ils renvoient tous deux le racisme présent presque exclusivement à des causes passées, que ce soit l’esclavage ou la colonisation. C’est en ce sens une conception idéaliste des faits sociaux, dans la mesure où le racisme se reproduirait à travers le temps, indépendamment des structures matérielles.
Surtout, les deux idéologies partagent une forme de réformisme. Kévin Boucaud-Victoire refuse, en effet, de prendre au sérieux les mots d’ordre révolutionnaires des mouvements décoloniaux, qu’il juge extravagants. Or si on écarte les idées «maximalistes déraisonnables», il ne reste qu’une politique de droit et d’exception communautaire, de reconnaissance raciale et de quotas.
Un racisme actuel fortement marqué par le néolibéralisme
Si le racisme est déterminé par les conditions matérielles, quelles en sont aujourd’hui les origines ?
Selon Kévin Boucaud-Victoire, le racisme prend sa source dans la dynamique du néolibéralisme, qui le favorise et le structure. Car le néolibéralisme forme un « fait social total », pour reprendre les termes de l’anthropologue Marcel Mauss qu’il cite. D’abord par l’émergence des sociétés liquides, c’est-à-dire marquées par une fragilité des liens dans tous les domaines de l’existence, y compris dans la sphère familiale, ce qui amène les individus à se réinventer des identités plus ou moins fantasmatiques.
Ensuite, par les nouvelles organisations spatiales. La France est constituée de métropoles, avec des centres urbains qui concentrent la création des richesses, autour desquels gravitent des communes périphériques, c’est-à-dire les banlieues, territoires où se concentre une plus grande pauvreté. Entre ces métropoles s’étend une France plus rurale, qui n’est pas forcément pauvre, mais relayée culturellement et déclassée socialement.
Dans ce contexte, la France est marquée, dans son identité, par une insécurité culturelle, qui forme un terreau favorable au racisme. Ce dernier peut se définir selon Albert Memmi comme « la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ».
Dans ce contexte, le racisme ne structure pas la société et ne détermine pas la position des individus dans la hiérarchie sociale. En revanche, l’échec de l’intégration, l’incapacité de faire de la France une communauté, crée des confrontations en matière de mode de vie. Surtout, il participe à diviser les travailleurs, ce qui nuit à l’émergence de fronts de contestation et à une conscience de classe.
L’antiracisme socialiste comme troisième voie d’émancipation
Comme il le rappelle au début de son ouvrage, quoique n’étant pas neuve, la ligne politique de Kévin Boucaud-Victoire n’est quasiment plus présente dans notre espace public. Il la définit en tant qu’antiracisme socialiste qu’il tente de réactualiser. L’antiracisme socialiste rejoint l’antiracisme libéral dans sa perspective universaliste. Kévin Boucaud-Victoire s’oppose toutefois, d’un côté à un universalisme qui percevrait les membres d’une société comme des êtres abstraits, simples unités de production d’un vaste marché et, d’un autre côté, à ce qu’il désigne sous les termes de «républicanisme autoritaire» qui viserait à uniformiser les individus dans une culture unique.
Pour l’auteur, l’universalisme se manifeste en premier lieu par un ensemble de droits sociaux. Il doit être capable d’intégrer la diversité sans renoncer au principe d’une humanité commune.
Le journaliste de Marianne partage néanmoins avec l’antiracisme décolonial la volonté de lier combat politique en faveur des classes populaires. Il vise à promouvoir l’autonomie et l’égalité, dans une société sans classes, après l’expropriation de la bourgeoisie. Les entreprises existeraient sous la forme de coopératives ou seraient nationalisées, les revenus plafonnés et, en grande partie, collectivisés. La société se composerait alors de communautés autonomes, dotées de leurs propres lois. Ce modèle, caractérisé par de nouvelles solidarités, permettrait, selon Kévin Boucaud-Victoire, de désethniciser les rapports sociaux. «Réenracinés, les individus n’accordent plus d’importance aux origines ethniques, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils oublient leur pays d’origine.»
Une thèse audacieuse politiquement mais matérialiste
Sans adhérer à l’utopie de Kévin Boucaud-Victoire, force est de reconnaitre que le libéralisme traverse aujourd’hui une crise qui n’est pas simplement économique, mais morale.
Selon Hayek, le socialisme est la route de la servitude. Il nous arrache de l’individualisme humaniste de la Renaissance. Mais qui pour affirmer que la société de marchés actuelle appartient encore à l’héritage d’Érasme ? L’enrichissement n’est le signe d’aucun progrès de la vie sensible. Les marchands jugent que les biens et services répondant aussi bien aux besoins qu’aux caprices sont une fin en eux-mêmes. En érodant la formation éthique et spirituelle qui doit composer le ciment de toute communauté, et en refusant de considérer les questions culturelles comme des biens communs, il y a dans cette loi de l’offre et de la demande une force qui tire l’humanité vers sa pente la plus destructrice. Elle représente une négation de notre existence intérieure et spirituelle. Cette dernière doit être pourtant non seulement individuelle mais aussi collective, afin de constituer pour l’individu une terre où s’épanouir. Le libéralisme est une force de décivilisation.
Or si Kévin Boucaud-Victoire refuse le multiculturalisme, son universalisme paraît une réunion de particularités autour du plus petit dénominateur commun. Le « faire ensemble » qu’il propose se réduit avant tout, du moins dans son ouvrage, à une dimension sociale, où « travailleurs blancs et issus des minorités ethniques ont lutté ensemble et, surtout, ont réalisé des choses ensemble. Une nouvelle histoire et une nouvelle culture commune ont émergé de tout cela ». En ce sens, son collectivisme ne rompt pas avec le matérialisme libéral.
Pour ma part, je demeure attaché à l’esprit français, plus que jamais nécessaire. S’ils doivent être sans doute repensés dans leurs modalités, le droit du sol et la Révolution française forment un héritage précieux, afin que la France soit une communauté par l’esprit. Je défends cette aspiration à un imaginaire, un inconscient collectif, comme une terre intérieure, afin de bâtir, pour citer Malraux « une communauté de rêve ». J’aspire à un pays qui soit un élan, une race spirituelle, s’élevant vers les idées, telle la pointe d’une cathédrale.
La liberté française, en ce sens, n’est ni tout à fait celle des modernes, ni tout à fait celle des anciens, pour user des termes de Benjamin Constant. Elle marque un équilibre visant à un esprit général, de sorte que les générations nouvelles et les immigrés doivent, à mon sens, se restreindre selon ses bornes et s’employer à en polir l’esprit. Chaque homme y est, en plus de lui-même, et par sa personne même, une manifestation de cette communauté, une part d’étoffe vivante. La France ne tient d’abord que par ces liens de nuances abstraites, une façon de sentir le monde, et par la participation à cette vie collective. Le pays réel, avant d’être une géographie, est un pays vécu.
Mais malgré ce qui me sépare de l’auteur, je ne peux que saluer cette prise de position dans l’espace public actuel. Kévin Boucaud-Victoire donne à lire un essai sans jargon, qui laisse la place à des propositions fortes, propres à nourrir le débat. Je regrette tout au plus quelques points dans la construction du livre. D’abord, s’il est riche en sources, le nombre de citations et de références dans le corps du texte noient parfois la voix de l’auteur. Par ailleurs, si les critiques de Kévin Boucaud-Victoire sont généralement étayées, ses positions sont exposées trop brièvement et de manière par moments trop abstraite. Par exemple, si on comprend bien en quoi le libéralisme participe structurellement au racisme contemporain, cela ne démontre nullement que le système proposé par Kévin Boucaud-Victoire ne favoriserait pas l’émergence de nouvelles formes de discriminations. Ainsi, lorsqu’il affirme que, dans le monde dont il rêve, les « relations ne sont plus des relations de domination mais d’interdépendances», page 165, on pourrait objecter que le propre des sociétés ouvertes actuelles est justement l’interdépendance et que cela n’empêche nullement, dans le même temps, des situations de domination.
Il est clair que j’aurais été un très mauvais diplomate, car j’aurais privilégié la vérité aux arrangements permanents avec celle-ci. Par exemple, je n’aurais pas supporté la condescendance avec laquelle le président Poutine, par la voix de son porte-parole, a annoncé qu’ « il serait prêt au dialogue avec Emmanuel Macron ».
Comme s’il nous faisait une grâce, alors même qu’il est le coupable, et que cette évidence, sur le plan de l’équité et de la justice, faisait pourtant de moins en moins recette.
« Nous aviserons, dans les prochains jours, de la meilleure manière de procéder », a répondu l’Élysée.
À partir de cette sage réaction, comment contester que cette nouvelle rencontre, par visioconférence ou physiquement, sans doute sous la tutelle sourcilleuse et partiale du président Trump, puisse néanmoins être utile, à condition qu’Emmanuel Macron non seulement ne se leurre plus sur la personnalité du dictateur russe – ce qui est le cas depuis longtemps – mais soit prêt à assumer une contradiction sans fard, voire brutale.
En effet, s’il s’agit seulement de valider la conception surprenante et cynique – totalement assumée – de la diplomatie à la mode Poutine, tout dialogue sera voué à l’échec, et ne fera même qu’exprimer une faiblesse supplémentaire, donc un mépris aggravé de la part du Kremlin.
À quoi bon se lancer dans une telle entreprise si l’on n’est pas persuadé de pouvoir résister à cette perversion d’un président russe pour qui négocier revient à lui donner raison sur TOUT ?
Ce dernier, depuis l’invasion de l’Ukraine, n’a pas bougé d’un iota : toujours aussi intransigeant sur la question territoriale…
Il n’a pu que se sentir conforté par l’amollissement de certaines résistances européennes et, évidemment, par les voltes obscènes d’un Trump concédant beaucoup à Poutine, faute d’avoir été capable de le maîtriser et de le faire rentrer dans le rang.
Mission que s’assigne le président et qui ne sera pas, quoique nécessaire, facile à accomplir puisqu’il « veut reparler à Poutine pour faire entendre la voix de l’Europe » (Le Figaro).
L’unique levier réel avec Poutine consiste à être capable de tenir le rapport de force et d’opposer à sa détermination – amplifiée par une mauvaise foi qui, jusqu’à présent, n’a jamais été véritablement battue en brèche – une résolution implacable, fondée sur le bon droit et la justice.
Cette stratégie implique aussi que notre président sorte de ses sentiers battus et accepte d’abandonner la séduction et la complaisance qui, trop souvent et en bien des circonstances, ont été ses seules armes pour convaincre ou vaincre l’adversaire. On lui donnait raison en espérant qu’il nous en saurait gré : c’est naturellement l’inverse qui se produisait. On ne peut imaginer que, face à Poutine, Emmanuel Macron ne s’efforce pas de métamorphoser sa nature et de la rendre inflexible devant un antagonisme puissant, décidé à imposer ses conditions.
Il est d’autant plus nécessaire d’aspirer à un président encore meilleur sur le plan international — je ne suis pas de ceux qui le jettent aux chiens pour tout — que la Russie, loin de s’assagir sur le plan géopolitique, multiplie les menaces, aussi bien insidieuses qu’ostensibles, en s’appuyant sur l’infinité des moyens dont elle dispose et sur l’instrumentalisation de la Biélorussie. Les scénarios possibles d’attaques de l’Europe par la Russie, des pays baltes à la Finlande, se multiplient (Le Parisien, 29 décembre). Enfin, la certitude du président russe que la géopolitique mondiale est en train de lui donner raison et que ses ambitions impérialistes finissent par être prises au sérieux — donc au tragique — ne fait que renforcer cette inquiétude.
Pour la fin de son second mandat, le président Macron pourrait – et devrait – s’assigner ce but. Non plus nous prévenir contre le danger du Rassemblement national, que sa mansuétude régalienne n’a cessé de faire monter – il sera au second tour -, mais se camper, autant qu’il le peut, en résistant face à un ordre mondial où la violence et la guerre ne seraient plus des problèmes, mais des solutions.
À condition que la France, déjà affaiblie, ait encore son mot à dire.
Alors que l’application de rencontres homosexuelles Grindr s’est emparée de leur histoire, l’exploitation ovine allemande de M. Stücke embrigade de force de malheureux béliers dans une cause LGBT qui les dépasse un peu…
Dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une exploitation ovine, jusque-là anonyme, s’est soudainement hissée sur le devant de la scène médiatique, non grâce à une innovation agricole ou à la qualité de sa laine, mais à la mise en récit d’un cas d’inclusivité.
Curieux projet
Trente-cinq béliers, repérés pour leur désintérêt persistant envers les brebis, ont ainsi vu leur statut transformé : d’animaux jugés improductifs et destinés à l’abattage, ils ont été élevés par leur propriétaire, Michael Stücke au rang d’emblèmes revendiqués de la diversité homosexuelle.
Ce curieux projet sociétal aurait pu rester confidentiel, cantonné à des réseaux militants qui financent ce refuge pour des moutons à la gaytitude sensible. Mais l’application de rencontres Grindr s’en est emparé en organisant un défilé à New York avec un titre bien trouvé : « I Wool Survive », afin de présenter une collection de vêtements fabriqués entièrement avec la laine de ces béliers gay. Leur nouvelle toison arc-en-ciel a été muée en argument financier.
Et le consentement ?
Pour donner à l’ensemble une apparence de sérieux, la science a même été convoquée en renfort. Depuis plusieurs décennies, rappelle Michael Stücke, des chercheurs américains ont observé que certains béliers refusaient systématiquement toute brebis. Des tests expérimentaux ont été élaborés, des chiffres avancés : une minorité – environ 8 % – manifesterait une préférence exclusive pour leurs congénères mâles. Qu’importe que ces travaux scientifiques s’appuient sur un nombre restreint d’observations, n’aient jamais fait l’objet de validation à grande échelle et demeurent largement ouverts à discussion : dans l’exploitation de ce fermier teuton, l’absence d’élan reproductif tient lieu de diagnostic, suffisant pour nourrir un anthropomorphisme militant qui prête aux animaux une identité, une fierté et une mission symbolique. Bien entendu, la laine issue de ces animaux LGBTisés sans leur consentement ne se distingue en rien des autres.
Tout craque et se détraque. La politique, asséchée par défaut d’irrigation démocratique, finit 2025 en débandade. Le pouvoir immobile a perdu le contrôle des événements. Le régime macronien s’est réduit à l’autoritarisme des faibles.
Même la citadelle du ministère l’Intérieur a été investie par une cyberattaque menée par un suspect de 22 ans, qui aurait détourné une somme de documents confidentiels. Vendredi, Le Parisien révélait que le « maître d’hôtel-argentier » de l’Elysée avait dérobé des couverts en porcelaine issus d’une commande du Palais de 2018 (coût total : 500 000 euros). Le recéleur était gardien de salle au musée du Louvre, cambriolé par des monte-en-l’air amateurs ! Ces deux anecdotes résument l’essentiel : l’Etat en faillite n’est même plus protecteur de lui-même, de ses secrets, des trésors nationaux. Emmanuel Macron, monarque dingo, a achevé de ruiner la crédibilité de sa fonction. Ses palinodies sur le traité de libre-échange du Mercosur, repoussé in extremis en janvier, résultent de son mépris pour les souverainetés nationales, qui reviennent en force. Son rejet du populisme a rendu rebelle le peuple indésirable. Sa posture de matamore contre la Russie gagnante l’oblige à reconnaître qu’« il va redevenir utile de parler avec Vladimir Poutine ». Son lyrisme sur « Marseille en grand » a débouché, comme prévu, sur l’échec de son utopie diversitaire. Son palestinisme a exacerbé l’antisémitisme islamique. Jamais chef de l’Etat n’a été aussi éloigné des Français. La révolte des paysans est un avant-goût du dégagisme. Le vieux monde agonise. Il ne tient qu’à un fil.
C’est tout un système qui est au bord de la chute. Même des journalistes donneurs de leçons se retrouvent sur la sellette. Jeudi, Patrick Cohenet Thomas Legrand, clercs naguère intouchables de la presse progressiste, ont eu à répondre de leur partialité devant une commission d’enquête sur l’audiovisuel public menée à la hussarde par le député Charles Alloncle (UDR). Certes, des propos enregistrés à l’insu des deux éditorialistes n’auraient pas dû servir d’arguments principaux contre leur propre déontologie. Mais la gauche n’a jamais reculé devant ces procédés douteux qu’elle dénonce quand ça l’arrange. Reste ce symbole d’une caste, gardienne hautaine de la pensée conforme, devant rendre des comptes devant l’opinion. La révolution est dans l’air. L’hégémonie de la gauche s’achève, victime de son indigence intellectuelle et de ses aveuglements dogmatiques. Voyez : le gauchisme de Reporters sans Frontières est dévoilé par des médias alternatifs. France Inter, en baisse d’audience, doit revoir sa grille. L’humoriste Blanche Gardin a perdu son public pour avoir flatté le mélenchonisme, épinglé par une commission parlementaire pour ses compromissions avec l’islamisme. La décision de Leroy Merlin de retirer ses publicités du magazine Frontières, sous la pression du collectif Sleeping Giants, a suscité un boycott de l’enseigne. Les injections létales ne sont plus soutenues que par 38% des sondés (sondage OpinionWay, Fondapol). Même le front républicain, imposé par la gauche, n’est plus défendu que par une poignée de « chiraquiens » accrochés au monde d’hier. Ceux-ci disparaîtront avec le reste.
Penne Rigate. 06/02/2006. RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA
Si aujourd’hui la cuisine italienne est portée aux nues, la notion d’une grande tradition de gastronomie péninsulaire semble plutôt une invention récente – comme tant d’autres traditions modernes.
Le 3 décembre 2025, la cuisine italienne est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, première cuisine au monde reconnue dans son intégralité. L’UNESCO consacre ainsi non seulement la richesse d’un répertoire culinaire célébré dans le monde entier, mais aussi l’idée d’une « cuisine italienne » conforme à l’imaginaire contemporain, avec pizza, pasta, risotti, tiramisù et espresso. Pourtant, cette unité gastronomique est une construction récente.
En 1881, lorsque Carlo Collodi publie Les Aventures de Pinocchio, l’Italie politique vient à peine de s’unifier et son identité culinaire n’existe pas encore. Le repas de l’Osteria del Gambero Rosso en témoigne : truite à l’huile, sardines en carpione, poulet « à la manière du pays », raisins secs et noix. Rien qui évoque la cuisine italienne d’aujourd’hui, mais un reflet fidèle de traditions locales profondément enracinées dans leurs terroirs — poissons d’eau douce alpins, marinades piémontaises, volailles rustiques, desserts de fruits secs.
La même année que Collodi, Giovanni Verga publie I Malavoglia, récit d’une famille de pêcheurs siciliens. Là encore, la nourriture est un révélateur social plutôt qu’un marqueur identitaire. Poissons séchés au vinaigre, pain noir dur, légumes bouillis, soupes épaisses d’herbes sauvages, pâtes grossières réservées aux occasions : rien n’annonce les icônes gastronomiques qu’un siècle plus tard l’Italie offrira au monde. Le XXᵉsiècle aura été celui où l’humanité atteindra le sommet de sa capacité de production, y compris dans l’art d’inventer ses propres traditions.
Los tigres, le nouveau film du cinéaste espagnol Alberto Rodriguez, réussit à mélanger deux genres, à la fois un « film social » sur le milieu des plongeurs professionnels et un thriller non dépourvu de réflexions sur les rapports familiaux et le vieillissement. En salles, le 31 décembre.
Au début, on est un peu noyé : mais à quoi s’activent donc ces scaphandriers ? Et puis, de minute en minute, l’intrigue s’éclaire – et s’étoffe. « El gordo » (le gros), patron ventru et sémillant (Joaquin Nunez) protège et galvanise sa petite équipe de plongeurs qui, depuis son rafiot, descendent en eaux profondes pour assurer de menues réparations sur les câbles sous-marins ou sur la coque des pétroliers qui relâchent en rade d’un port espagnol riverain d’une énorme installation pétrochimique. Sur ce secteur de la maintenance, la concurrence étrangère se fait rude. Antonio (Antonio de la Torre), dit « El Tigre », a de la bouteille : il est le vétéran barbu de ces travailleurs risque-tout qui, tout comme lui, peinent à joindre les deux bouts.
Après tant d’années en apnée, la santé d’Antonio commence à donner des signes d’inquiétude. D’autant que Cinta, sa femme, dont il est séparé – petit rôle antipathique assumé par Silvia Acesta – n’arrange pas la situation : intraitable, sous la menace d’un juge s’il ne lui paye pas la pension qu’elle exige de lui, ce dragon-femelle le prive de son droit de visite auprès des deux gosses qu’ils ont eus ensemble. Au bout du rouleau, Antonio s’accroche, soutenu par sa petite sœur Estrella (Barbara Lennie), également plongeuse, avec qui il partage gîte et couvert.
Or, voilà que, dissimulées dans les cales d’un pétrolier qui accoste ici toutes les trois semaines avec une régularité métronomique, il a par hasard identifié des cargaisons de « poudre ». Dans la cervelle de ce « Tigre » bien fatigué et de l’imaginative Estrella, sa sœur en meilleure forme que lui, germe une idée : profiter d’une plongée pour percer discrètement les colis, aspirer sous vide dans chacun d’entre eux une quantité négligeable de drogue, trop peu pour que le vol soit repérable par les trafiquants, et la revendre sur le marché local, où Estrella possède les bons contacts. Comme on s’en doute, les choses ne tarderont pas à se compliquer…
Alberto Rodriguez témoigne d’un talent irréprochable dans une combinaison habilement dosée : d’un côté de la balance, un « film social » sur la condition précaire de ces « petites mains » qui, invisibles autant qu’indispensables, font tourner la puissante machine industrielle à leurs risques et périls ; de l’autre, la restitution quasi documentaire de ces « interventions » dangereuses en milieu aquatique ( tournage probablement coriace, d’autant que la prise de vue prend manifestement grand soin d’éviter le double écueil, et de la joliesse paysagiste, et du spectaculaire hollywoodien) ; et enfin, sous l’alibi du thriller (au suspense haletant parfaitement maîtrisé), un regard sensible porté sur le rapport à la famille et aux siens, au vieillissement, à la mémoire de l’enfance, au pressentiment de l’avenir… D’un bout à l’autre, Los Tigres est sous tension.
Il est vrai qu’Alberto Rodriguez n’est pas né de la dernière pluie. Très attendu, Los Tigres appareille dans le sillage ouvert par Groupe d’élite (2012), La Isla minima (2014), L’homme aux mille visages (2016)… Votre serviteur vous invite toutes affaires cessantes à visionner sur Arte TV, en accès libre actuellement, un film plus ancien du cinéaste, Les 7 vierges (2004) : portrait acide, cru et tendre à la fois de la délinquance juvénile à la sauce espagnole. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le tableau, en 2025, n’a pas pris une ride. D’un vérisme sauvage, le film est aussi captivant, aussi novateur que purent l’être en leur temps quelques perles du néo-réalisme italien.
A noter également qu’Alberto Rodriguez vient de réaliser cette année, sous forme de mini-série, l’adaptation éponyme du roman-essai de l’écrivain espagnol Javier Cercas paru en 2009, Anatomia de un instante : celle-ci revient sur la tentative de coup d’État perpétrée à Madrid, le 23 février 1981, par des officiers nostalgiques de Franco. Putsch que fit avorter, comme l’on sait, la détermination du roi Juan Carlos 1er. Sachez enfin qu’on reverra bientôt sur grand écran Barbara Lennie, comédienne très convaincante : ce sera dans le prochain Almodovar, Amarga navidad – sortie prévue en 2026.
Los Tigres. Film d’Alberto Rodriguez. Avec Antonio de La Torre, Barbara Lennie, Joaquim Nunez…
Denis OLIVIENNES.
Présentation de Alliance Gravity, Paris, France, le 4 Juillet 2017.
Photo de Nicolas Messyasz//NICOLASMESSYASZ_2017_07_04b_249a/Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/1707041500
Dans son Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes retrace deux mille ans d’une histoire extraordinaire, ou comment les enfants d’Israël se sont retrouvés chez eux sous le ciel gaulois. Il salue la bienveillance de grands auteurs à leur égard et le rôle crucial des Lumières qui ont fait rimer émancipation et assimilation.
Causeur. Dans votre Dictionnaire amoureux des juifs de France, vous montrez la richesse des apports juifs à la culture française, dont on ne saurait nier ce qu’elle doit aussi au christianisme. Certains disent que notre pays a été façonné par une matrice judéo-chrétienne. Reprenez-vous ce terme à votre compte ? Ne passe-t-il pas sous silence la divergence théologique radicale ?
Denis Olivennes. Oui, j’ai essayé de raconter deux mille ans de cette histoire extraordinaire qui réunit les juifs et la France, et qui est je crois sans exemple, en particulier depuis la Révolution et l’émancipation. Judéo-chrétien me paraît cependant réducteur, même si le christianisme vient du judaïsme et si désormais, depuis Vatican II, il s’inscrit dans cette filiation. Parler des racines judéo-chrétiennes, c’est oublier, d’une part, l’apport d’Athènes et de Rome, d’autre part, la dynamique propre des Lumières. Et puis c’est oublier aussi la différence fondamentale entre le judaïsme qui est organisé par la Loi et le christianisme qui l’est par la Foi.
Vous insistez sur les écrits empreints de grande bienveillance envers les juifs que l’on retrouve chez de grands auteurs français chrétiens comme Abélard, Pascal, Péguy ou Chateaubriand. La France est-elle le lieu privilégié du dialogue judéo-chrétien ?
Les chrétiens ont eu à l’égard des juifs un rapport ambivalent. D’un côté, ils vouaient aux gémonies le peuple déicide, aveugle à la vraie foi. De l’autre, ils inscrivaient les juifs dans l’histoire du Salut comme peuple témoin de la vérité du Christ, dont la conversion signerait la fin des temps. Et ils leur accordaient pour cela leur protection. Mais au-delà, oui, il y a eu de grands Français, admirables, issus du christianisme, qui ont fait montre à l’égard des juifs d’une aménité, d’une amitié, d’une fraternité, souvent extraordinaires. Je leur consacre plusieurs notices à proportion de mon admiration pour eux, à commencer par Péguy.
Aujourd’hui, cette notion de judéo-christianisme est récusée par certains qui voient dans cette alliance une arme contre l’islam, et brandie par d’autres pour les mêmes raisons. Mais en dehors de toute polémique, n’y a-t-il pas une parenté culturelle et même anthropologique entre les deux monothéismes bibliques qui ont été le fond de sauce de l’Occident tandis que l’islam, arrivé tardivement, lui, reste culturellement hétérogène ?
La différence vient surtout, me semble-t-il, dans l’un et l’autre cas, de ce que et les chrétiens et les juifs, au prix parfois de moments douloureux comme la séparation de l’Église et de l’État, ont « rendu à César ce qui appartient à César », autrement dit de ce qu’ils ont reconnu la supériorité de la loi nationale sur la particularité de leurs prescriptions religieuses. Cette adaptabilité est très certainement liée au caractère non littéraliste de leur pratique religieuse. Quoique sacré, le texte s’interprète. Je raconte cela pour les juifs : l’émancipation de 1791 et la maxime de Clermont-Tonnerre – « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus » ; le Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon et l’abandon par les juifs d’un certain nombre de leurs règles. Ce chemin reste à parcourir pour une partie des musulmans en France.
Estimez-vous cependant que l’islam radical, qui contamine une grande partie de l’islam européen et français, doit être combattu ? Et la mobilisation de notre héritage judéo-chrétien est-elle la bonne arme ?
Bien sûr, il doit être combattu dès lors qu’il est orthogonal aux lois de la République et à ses mœurs – je pense à l’égalité hommes-femmes, aux droits des homosexuels, à la prééminence de la science… Et surtout dès lors qu’il nourrit un projet politique, qu’il veut imposer ses règles propres à la Cité de tous. Mais c’est moins avec notre héritage religieux qu’avec l’esprit de la République, la défense des droits et libertés, la promotion de la laïcité, que nous pouvons combattre cela. En prenant bien soin de ne discriminer personne, de ne stigmatiser personne, de distinguer la critique de la religion de celle des croyants, de protéger le droit de chacun à pratiquer sa religion. Pour moi, les musulmans doivent suivre le chemin d’assimilation emprunté par les juifs.
Nous ne sommes pas rendus… Avez-vous été touché, en tant qu’ami d’Israël, par le soutien de nombreux chrétiens après le 7-Octobre ?
Profondément touché. Cela m’a rappelé que Péguy, qui est au cœur de mon Dictionnaire, n’est pas mort. La manière dont les chrétiens se sont guéris de leur antijudaïsme et considèrent désormais les juifs comme leurs « frères aînés », pour reprendre les termes de Jean Paul II, est magnifique. C’est une immense source d’espérance.
L’antisémitisme décomplexé est aujourd’hui à gauche. Mais avant d’être « déshonoré par Hitler », il était très porté à droite ainsi que dans les rangs catholiques. Avez-vous peur qu’il ressurgisse dans les milieux conservateurs ?
Franchement, aujourd’hui le sujet est à gauche. Certes les électeurs d’extrême droite sont 35 %, contre 25 % en moyenne pour la population, à avoir des préjugés antisémites, mais ils n’acceptent pas la violence antijuive. C’est très important. Les électeurs d’extrême gauche eux, sont 30 % à accepter ou à souhaiter cette violence envers les juifs, contre 10 % des Français. Et ce retournement est spectaculaire : la gauche démocratique est née de son abandon de l’antisémitisme avec l’affaire Dreyfus. En y retournant, elle rompt avec la République. Nous vivons un moment étrange : Marine Le Pen renonce à l’antisémitisme et à l’antisionisme et Jean-Luc Mélenchon les adopte. Sinistre chassé-croisé.
Vous ne croyez pas en Dieu. Mais dès lors, que signifie être juif ?
La fidélité à ma famille et notamment à la mémoire de la Shoah. Le combat sans concession contre l’antisémitisme : je ne baisse certainement pas la tête. L’adhésion philosophique à la conception éthique que fait Levinas de l’homme, qui est d’abord responsabilité pour autrui et dont il dit qu’elle est l’essence du judaïsme. L’attachement à l’existence de l’État d’Israël, même si je critique vertement son gouvernement. Mais une fois tout cela dit, je suis juif certes, mais comme Marc Bloch je suis « avant tout et très simplement Français ».
Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes, Plon, 2025.
Fervent catholique, et se qualifiant lui-même de « catholique identitaire », le directeur de la rédaction du Journal du dimanche plaide pour que les chrétiens français se recentrent sur le cœur du message évangélique et n’aient pas peur de proclamer leur foi. Sans remettre en cause la laïcité.
Causeur. Qu’avez-vous pensé du dernier essai d’Éric Zemmour, dans lequel il appelle à un « sursaut judéo-chrétien » ?
Geoffroy Lejeune. J’ai lu ce livre comme une volonté de réconciliation des juifs et des chrétiens. C’est le Vatican II de Zemmour ! Son ambition est de solder la question de l’antisémitisme catholique pour donner envie aux deux religions historiques de notre pays de s’allier contre l’ennemi commun qu’est devenu l’islamisme. Politiquement, cela a du sens.
Et théologiquement ?
Dans son livre, Zemmour précise bien qu’il n’est pas théologien. Toutefois, d’un point de vue historique, le mot « judéo-chrétien » me semble fondé. Le christianisme s’inscrit dans la continuité du judaïsme, et ces deux cultes ont en commun d’avoir « digéré » la République. Le catholicisme, après avoir été longtemps religion d’État, s’est résolu à ne plus l’être, et le judaïsme s’adapte parfaitement aux lois françaises. Alors que l’islam, lui, n’a pas du tout fait le même chemin. Zemmour a donc raison de parler d’une alliance objective judéo-chrétienne.
Ses adversaires disent qu’il tente de fédérer les juifs et les chrétiens sur le dos des musulmans…
Il ne s’agit pas de combattre les musulmans, mais de leur demander de pleinement accepter toutes les facettes de ce qui s’appelle encore l’art de vivre à la française. Pour l’heure, il faut bien admettre que les cas où l’islam fait bon ménage avec la laïcité sont rares. Malheureusement.
Comment vivez-vous la déchristianisation de la France ?
J’appartiens à une génération de croyants qui, contrairement aux précédentes, se voit comme minoritaire dans un pays où le catholicisme a cessé d’être une matrice. C’est un fait, il faut être lucide. Jérôme Fourquet a mis le doigt sur les indicateurs du phénomène : l’augmentation des crémations, la chute des baptêmes d’enfants, etc. Avant, on avait la foi ou pas, mais on disait que les femmes allaient à la messe pendant que les hommes se retrouvaient dans le bistrot d’en face, et au moment de mourir, tout le monde se raccrochait à la même chose. Ce monde est révolu. J’ai récemment incinéré des gens de ma famille. C’était une chose inimaginable il y a trente ans.
Zemmour écrit cependant que les « formes chrétiennes » demeurent partout autour de nous, notamment dans nos institutions sécularisées : le mariage, les droits de l’homme, les hôpitaux, etc. Que demandez-vous de plus ?
Elles sont partout certes, mais de manière dévoyée. Prenons par exemple les vertus de l’accueil et du partage, essentielles dans le christianisme. Cela n’a jamais signifié qu’il fallait créer SOS Méditerranée ! La République a forgé une religion laïque, qui a feint de s’inspirer de l’Église sur certains sujets, mais l’objectif restait « d’éteindre dans le Ciel des étoiles qu’on ne rallumera plus », pour citer Viviani en 1908. Résultat : aujourd’hui, on fête davantage Halloween que la Toussaint dans notre pays.
C’est donc, comme Zemmour, au nom de la civilisation judéo-chrétienne que vous menez ce que l’on appelle maintenant une « bataille culturelle ». Peut-on dès lors vous qualifier de « catholique identitaire » ?
J’accepte ce terme, mais dans le sens où j’estime que Zemmour l’est tout autant que moi, alors qu’il est juif. Je veux dire qu’il se définit lui aussi comme un Français façonné par le catholicisme.
Cela dit, vous êtes plus jeune que Zemmour et vous êtes éveillé à la politique lors de la Manif pour tous, il y a douze ans. L’identité catholique n’est-elle pas encore plus viscérale pour vous ?
Oui, on a voulu défendre un modèle de civilisation hérité du christianisme et on a perdu. Alors que cela nous semblait inimaginable.
Vous avez perdu, mais à l’image des antimaastrichtiens en 1992, votre défaite s’est muée en victoire idéologique puisque vous avez acquis à ce moment-là une popularité et une visibilité qui ont stupéfait la France entière et qui n’a cessé de croître depuis.
Il y a encore trois mois, j’aurais été moins optimiste que vous. Le catho identitaire que je suis depuis toujours me paraissait alors aussi efficace que Don Quichotte contre les moulins. Seulement, depuis la mort de Charlie Kirk, j’ai changé de perspective. Je dois avouer que je connaissais à peine l’existence de ce jeune homme avant qu’il soit assassiné. Je savais juste qu’il dialoguait sur les campus avec les wokes, ce que je trouvais très intelligent, mais très éloigné des sujets français, car Kirk était un évangélique trumpiste. Et puis j’ai regardé à la télévision la grande cérémonie d’hommage organisée le 22 septembre dans un stade près de Phoenix en Arizona. Ce soir-là, je me suis rendu compte que quelque chose se passait. Je ne suis pas un expert des États-Unis, je parle mal l’anglais et pourtant les messages des différents intervenants m’ont paru extrêmement clairs et familiers. Je pense que n’importe quel catholique sur la planète qui a vu les images de cet événement a eu comme moi une impression de proximité. Il était question de la lutte spirituelle entre le bien et le mal, de la joie de la conversion, du pardon. Le moment qui m’a le plus marqué, c’est quand la veuve de Kirk, Erika, a rappelé que son mari voulait « remplir le paradis », sauver les âmes. Bref, l’application de l’Évangile du début à la fin, pendant quatre heures, aussi bien prônée par des influenceurs de 25 ans que par un président américain de 79 ans.
Tout cela est impensable en France…
Évidemment. Quand Zemmour écrit que la Révolution française nous a amputés de quelque chose, il n’a pas tort. Cela dit, je parie que le christianisme pourrait retrouver de la vigueur dans notre pays si, comme Kirk, il se recentrait sur l’Évangile et son application pratique au quotidien. Charlie Kirk invitait en permanence à aimer son prochain, à pardonner, à aller vers Dieu, à se détourner des drogues, de l’alcool ou du wokisme grâce au Christ.
Funérailles publiques de Charlie Kirk au State Farm Stadium, à Glendale (Arizona), 21 septembre 2025.
Vous parlez de « lutte spirituelle entre le bien et le mal ». Mais est-ce qu’on rencontre le mal tous les quatre matins ?
Je pense que le mal est très présent sur terre. Et que le drame de notre époque, c’est qu’on ne croit plus à son existence. Il faut le combattre, aussi bien dans la vie privée que dans la société.
N’est-il pas paradoxal de demander aux musulmans de se plier à la laïcité et en même temps de placer ses prises de position publiques sous le signe de la lutte contre le démon ?
Attendez, je ne remets pas en cause la laïcité, qui d’ailleurs a été inventée par Jésus en personne. Je suis tranquille sur ce sujet. Il n’y a pas d’incompatibilité entre la foi et mon pays, parce que mon pays a été façonné par ma foi. Ensuite, je crois que, dans la France d’aujourd’hui, nous devons lutter contre l’individualisme et le consumérisme. Quand on voit que des SDF peuvent mourir dans nos rues, je me dis qu’il faut réhabiliter les valeurs chrétiennes.
Vous êtes en train de devenir un catho de gauche !
Les cathos de gauche sont comme des poissons volants, ils ne constituent pas la majorité de l’espèce ! Je n’ai rien contre eux, ils ont le droit de penser comme ils veulent, mais je trouve bien souvent que notre époque consacre des « vertus chrétiennes devenues folles », comme écrivait Chesterton. Bref, un sentimentalisme naïf, une charité dévoyée, une absence d’amour pour son prochain (ça, c’est difficile) compensée par une componction peu coûteuse pour le lointain (plus confortable) : c’est ça, la gauche. Et surtout ils passent à côté d’un aspect crucial : l’évangélisation. Kirk voulait convertir les gens. Nous, en France, nous ne le voulons plus.
D’accord, mais on a vu après la mort de Charlie Kirk que les trumpistes étaient aussi capables de pourchasser ceux qui ne pensent pas comme eux. Vous avez alors fait ce commentaire : « Il faut comprendre, ils sont en guerre. »
C’est vrai, et parfois ils vont très loin. Ils sont peut-être en train d’inventer une cancel culture de droite. Il me semble que ce risque n’existe pas en France.
Certains, à gauche, pensent que Philippe de Villiers, Vincent Bolloré et vous-même avancez masqués, que vous n’aspirez pas seulement à rechristianiser les Français, mais aussi l’État. Que répondez-vous à cela ?
Il n’y a pas d’agenda caché. Philippe de Villiers dit ce qu’il pense. Moi aussi. Quant à Vincent Bolloré, je ne lui connais pas de projet secret ! Il y a une chose que nos adversaires doivent comprendre : être chrétien, c’est par définition être un mauvais chrétien, si bien que nous cherchons d’abord à devenir meilleurs à titre personnel, à tendre vers la sainteté, ce qui peut prendre une vie entière, avant d’imposer un modèle à tout le monde.
Sauf que vous venez de nous chanter les louanges du prosélytisme…
Oui, mais cela n’a rien à voir avec l’idée de restaurer le catholicisme comme religion officielle en France.
Vous êtes tout de même actif sur un terrain plus politique, notamment contre la loi Veil et contre le mariage pour tous…
Nous autres chrétiens vivons sous l’injonction permanente d’adhérer à des mesures qui sont contraires à notre foi. Et si on se rebiffe, on passe pour des ringards. Si vous dites que quelque chose a été cassé avec le mariage homosexuel, vous provoquez immédiatement des cris d’orfraie. Impossible d’avoir de la nuance dans ce débat. Impossible même d’avoir un débat. Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris pourquoi tout le monde trouve normal que Gabriel Attal veuille inscrire dans la Constitution le fait qu’on ne peut pas revenir sur une réforme sociétale. Je trouve cela pernicieux, car la politique consiste au contraire, par définition, à pouvoir changer des choses. Résultat, il est impossible de parler de dérives, comme celles de la PMA ou de l’IVG. François-Xavier Bellamy avait été durement attaqué sur ce sujet, quand il avait déclaré en substance : « Ai-je le droit de poser la question du sujet de santé publique ? »
À Causeur, nous sommes favorables au droit à l’avortement, mais tout à fait d’accord pour avoir un débat avec vous.
Alors je vous pose cette simple question : ne pourrait-on pas chercher ensemble d’autres solutions que l’avortement pour les femmes qui n’ont pas le choix ?
C’est un argument… Sur l’euthanasie, pensez-vous que les catholiques seront combatifs lorsque le texte sera de retour au Parlement ?
Oui, car même si c’est une question délicate, elle concerne par définition tout le monde. Je remarque du reste que les opposants ne sont pas tous chrétiens. Je pense à Michel Houellebecq, qui est athée, mais aussi à tous ces membres du corps médical très mobilisés alors que beaucoup ne sont pas croyants.
Les dérives de l’euthanasie devraient interpeller tout le monde, seulement « l’aide active à mourir » est devenue, hélas, un élément pavlovien de la panoplie progressiste. Mais revenons à nos catholiques et à la France. Comment faudrait-il traduire le statut particulier du catholicisme dans notre pays ?
En ne considérant pas l’Église comme une ennemie de la République et en la laissant faire son travail, c’est-à-dire annoncer l’Évangile. J’ai été il y a deux ans le parrain d’un ami de mon âge qui s’est fait baptiser. C’est quelque chose de magnifique. On se satisfait aujourd’hui du fait qu’il y ait de plus en plus de catéchumènes, mais cela reste marginal.
Pourquoi votre ami s’est-il converti ?
L’idée d’être aimé inconditionnellement par Dieu l’a transpercé. Il s’est plongé dans l’eau le soir de Pâques, et il en est ressorti libéré, le visage apaisé. C’était impressionnant.
Et vous, comment vous sentez-vous dans l’Église d’aujourd’hui ?
J’ai pris pas mal de recul pendant le pontificat du pape François. Comme beaucoup de catholiques, j’ai été assez vite heurté par ses déclarations. Je m’en suis scandalisé auprès des ecclésiastiques de mon entourage, que j’ai appelés à se rebeller. Ils m’ont expliqué une chose très importante : il y a d’un côté le pape, chef spirituel, et de l’autre le leader politique, qui n’engage pas la religion. À ce titre, il a le droit d’avoir un avis. Je me suis alors interrogé sur ma foi. « Qui suis-je, puisque je ne suis pas un saint, pour donner des leçons à l’Église ? » me suis-je demandé. J’en ai conclu que je devais d’abord m’occuper de mon cas avant d’aller éventuellement engueuler le souverain pontife à Rome. Bref, après m’avoir un temps éloigné de l’Église, mes réserves à l’égard du pape François m’en ont rapproché.
Couverture du volume "Quarto" de Gallimard / oeuvres de Roger Nimier.
Gallimard réédite le deuxième roman de Roger Nimier, chef de file des hussards, Perfide.
Je n’arrive pas à imaginer l’auteur du Hussard bleu avoir 100 piges. Et pourtant, il est né en 1925, a publié son premier roman à 23 ans, Les Épées, avec un début qui en dit long sur son esprit provocateur. Extrait : « Ça commence par un petit garçon plutôt blond qui laisse aller ses sentiments. » François Sanders se masturbe devant une photo de Dietrich, actrice d’origine allemande, courageuse résistante, qui a brisé le cœur de Gabin. Le geste n’est pas gratuit après l’épuration sauvage des collabos français, en 1945. La symbolique peut choquer, il y a de quoi. Mais Nimier va plus loin. Son jeune héros, suicidaire maladroit, est amoureux de sa sœur, il oscille entre résistance et milice. Voilà une entrée en littérature qui ne manque pas d’audace. Nimier dégoupille la grenade et la balance à la gueule de Sartre et de ses amis staliniens, sans épargner Camus. Il frappe fort, son épée n’est pas en fer blanc, elle coupe net, à l’image de son style tranchant.
100 ans. Impossible de voir ce garçon intrépide qui écrit vite, conduit vite, embrasse vite, ratatiné en méconnaissable vieillard tremblotant, dans un fauteuil roulant, recevant quelques jeunes gens déconstruits quémandant un conseil pour entrer en littérature, territoire où grouillent les autocentrés empêtrés dans leurs histoires familiales. Pour l’auteur des Enfants tristes, qui détestait l’esprit de sérieux, c’eût été une épreuve insoutenable. Il a vécu vite, il est mort vite, à toute vitesse même, plus de 160 Km/h, à bord d’une Aston-Martin, sur l’autoroute de l’Ouest, le 26 septembre 1962. Il était accompagné de Sunsiaré de Larcône, blonde ravissante de 27 ans, auteure d’un roman, La Messagère. L’expression « rouler à tombeau ouvert » était faite pour eux. Guy Dupré, son ami – il s’était fâché avec elle peu de temps avant sa mort – m’a dit que c’est elle qui conduisait. Dans son livre remarquable sur Sunsiaré 1, Lucien d’Azay cite Michel Camus qui confirme la version de Dupré. Celui qui a écrit qu’il fallait « saboter » l’empire du Bien n’aurait pas supporté notre époque où l’on conduit des voitures électriques silencieuses avec une boîte de vitesses qui ne craque jamais. Il ne l’aurait pas supportée, je suis même certain qu’il l’aurait attaquée à la gorge, en mettant sa peau sur la table.
Comme un possédé
Roger Nimier est né le 31 octobre 1925, près de la place Pereire, qui deviendra le « centre du monde », grâce au charisme du futur écrivain. Élevé dans la religion catholique, son père est l’inventeur de l’horloge parlante et sa mère, très protectrice, joue du violon. Excellent élève, il perturbe les cours, se bat à la récré, et suscite pourtant l’admiration de ses profs. Sa maturité fait peur. Il lit beaucoup, aime l’esprit de la chevalerie, déteste les Assis et leurs manières pédantes. Frondeur, il refuse les mots d’ordre. Il combat, mais il monte seul au front. Roger a 14 ans lorsque son père meurt. Il accepte le rôle de chef de famille. Il n’a aucun mérite, chez lui, c’est inné. Il appartient à une génération « sacrifiée ». Trop jeune pour combattre, trop vieille pour jouir tranquille de l’enfance. Il s’engage à 19 ans au deuxième régiment de hussards de Tarbes à la fin de la guerre. Le soldat est vite démobilisé. Il n’a pas tiré un seul coup de feu. Il a lu Pascal. Frustration et soif d’absolu. Cocktail ravageur. Son credo : « Tout ce qui est humain m’est étranger. » C’est clair, annoncé par la dernière phrase du Hussard bleu. Désabusé ? Il y a de quoi. La science a accouché d’Hiroshima. Le Diable a recouvert la Pologne de camps d’extermination. Le strabisme de Sartre l’empêche de voir le Goulag. La tuberculose de Camus lui donne le souffle trop court. Les écrivains qui ont du style sont des réprouvés. Il les sort du purgatoire, l’un après l’autre. Et merde aux faux résistants et vrais staliniens. Les mots tuent ? Parfait, il écrit comme un possédé. La preuve, en trois ans, il constitue une œuvre éditée aujourd’hui dans la collection « Quarto ». Achetez-là, et surtout lisez-là. Ça tient en respect les miasmes d’une société bavarde et inculte qui a perdu la tête, et surtout ça aide à guetter le tremblement de terre version Big One.
À son père spirituel, Jacques Chardonne, il finit par jurer qu’il n’écrira plus rien durant dix ans. Il devient alors, à 28 ans, directeur littéraire chez Gallimard. Il se rend à Meudon, devient l’aminche de Céline. Il va le publier, comme il va publier Morand, malmené par de Gaulle qui lui refuse l’Académie française, en souvenir de ses promenades à Vichy en compagnie de Pierre Laval. Morand l’aime comme un fils. À l’annonce de sa mort, Morand, plus taiseux que jamais, écrit : « C’est le printemps que je regardais pour la dernière fois. » Nimier demande une préface à ses Journées de lecture, à Marcel Jouhandeau, lui aussi infréquentable depuis son voyage à Weimar, en 1941. Il offre une seconde chance à Marcel Aymé à qui il rend visite à Montmartre. Engagé Nimier ? Oui, pour défendre le style, les romans qui racontent une histoire, pas les copies desséchées du Nouveau Roman. Engagé littéraire, mais refusant toute forme d’engagement politique. Bernard Frank, en décembre 1952, avait bien tenté de l’enrôler dans sa formule « Grognards et hussards », papier publié dans Les Temps modernes. Ça avait fini par réunir de joyeux drilles qui n’avaient pas vraiment de points communs entre eux : Blondin, Laurent et Déon. Nimier étant la figure de proue. Frank finit par lâcher qu’il les traitait « de fascistes par commodité ». Comme aujourd’hui, en somme. Nimier rend également hommage à Robert Brasillach, l’auteur de Notre avant-guerre, mais également rédacteur en chef de Je suis partout, journal collabo et antisémite, fusillé au fort de Montrouge, le 6 février 1945. Il conclut : « Il a trop aimé la statue idéale de la jeunesse. » L’auteur de D’Artagnan amoureux – publication posthume –semble parler de lui.
Nimier ouvre les portes du cinéma. Il écrit le scénario de l’épisode français du long-métrage d’Antonioni, Les Vaincus. Il récidive en adaptant, pour Louis Malle, un polar : Ascenseur pour l’échafaud. Il rencontre la volcanique Jeanne Moreau. Le temps d’un tourbillon sensuel.
Esprit caustique
Gallimard réédite le deuxième roman de Nimier, Perfide. On retrouve l’esprit caustique du jeune homme vert. Pas de prise de tête, car la vie n’est pas une chose vraiment sérieuse. Il faut enjamber les barrières, prendre les chemins de traverse encombrés par l’herbe qu’on ne voit jamais pousser. La morale existe, c’est une belle invention, elle sert de punching-ball. Les grandes personnes avancent masquées, elles dirigent, légifèrent, ordonnent, punissent, culpabilisent, indiquent le mauvais sens, sous le regard amusé des sorcières de Shakespeare. Antigone prend sa pelle et va enterrer son frère maudit. Cet acte les dépassera toujours. L’intrigue se déroule dans la France de l’après-guerre, elle s’invente de nouveaux ennemis, tandis que les politiciens s’étripent dans un tintamarre ridicule. De Gaulle, dans les coulisses de l’Histoire peu reconnaissante, attend son heure. On assassine un prof de collège, crime imputé au gang des chourineurs. L’ensemble est ébouriffant. Perfide, l’insolence à la boutonnière, est un curieux gamin, très observateur, qui manipule les bavards et les arrogants, un exemplaire des Mémoires du cardinal de Retz, un des livres préférés de Morand, dans la poche. Comme le souligne Céline Laurens dans sa préface : « Il faut désapprendre son sujet pour mieux le réinventer. Pasticher pour lutter contre cette société grise, sérieuse, qui lègue à l’enfant des mots et des émotions érodés, ternis par l’habitude ou le renoncement. » Contre le fascisme gris – le fameux kitch dénoncé par Kundera – qui ne cesse de croître, il convient de tenter le tout pour le tout, c’est-à-dire écrire des textes « qui explosent en un hara-kiri scénique comme Perfide. »
Céline Laurens cite également une grande amie de Nimier, Geneviève Dormann. Elle résume ce que sont les grandes personnes : « Les affectés, les pompeux, les prétentieux, les craintifs, les avides d’honneurs, de pouvoir et d’argent. Tous ceux qui affirment gravement que la vie n’est pas une récréation. »
Désormais les sentences et les semonces sifflent la fin de la partie. La liquidation générale est imminente.
Nimier est enterré dans le cimetière Saint-Michel, à Saint-Brieuc, du granit, des ajoncs et quelques veuves éplorées comme passantes. Paysage inébranlable, à l’image de l’œuvre du premier des hussards littéraires.
Que regarder pour se changer les idées, face à la grisaille qui règne à Noël, à la place de la neige traditionnelle qu’on voit si rarement de nos jours? La série L’Eternaute, sortie sur Netflix au printemps, vous refroidira…
Y aura-t-il de la neige à Noël ? On comprend que cette question taraude les chaumières de l’Hexagone. Visionner sur Netflix, au soir supposé de la Nativité, la série L’Eternaute, proposée depuis le mois de mai par la plateforme, reste le meilleur émollient propre à distraire, sinon à apaiser vos angoisses météorologiques. De fait, il neige sans discontinuer durant ces presque six heures de suspense glaçant qui vous transportent en Argentine, justement alors que la naissance du petit Jésus se fait toute proche. Adaptation, au succès phénoménal, d’une BD culte signée Héctor Germàn Oesterheld et Francisco Solano datée 1957, la série mérite d’être revue dans l’actuelle montée des frimas.
Fin décembre, soit au cœur de l’été austral, une tempête de neige toxique s’abat brusquement sur Buenos Aires. Elle refroidit, au sens propre, les portenos par milliers, transformant en un clin d’œil la mégalopole en un immense cimetière à ciel ouvert : en tenue légère de saison, les citadins, pris au piège (comme furent jadis happés par les cendres du Vésuve les habitants de Pompéi), restent congelés dans la posture qu’ils avaient à l’instant fatal. Mais, gracias a Jesus, il reste des survivants : les moins cons ont vite compris que s’exposer une seconde aux flocons revient à signer illico son arrêt de mort. Juan Salvo (dans le rôle, l’illustre Ricardo Darin), vétéran de la guerre des Malouines et par ailleurs père exemplaire, entreprend, avec femme et amis, de partir à la recherche de sa fille adolescente, laquelle s’est égarée dans le chaos ambiant. Cuirassés de masques à gaz ou de protections de fortune, harnachés jusqu’aux extrémités, les survivants hantent ainsi la ville assiégée par l’averse blanche. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.
Pour ceux qui, probablement rares parmi mes indulgents lecteurs, n’auraient pas visionné ce feuilleton dès sa sortie printanière – captivant d’un bout à l’autre, n’hésitons pas à le dire !- , qu’il me soit permis de taire ici ce qui, à partir de l’épisode 4, fait contre toute attente basculer le scénario du registre de l’anticipation post-apocalyptique (allègrement nourrie de nos inquiétudes climatologiques) vers le terrain de la belligérance sous ombrelle SF – entre Starship Troopers (Verhoeven, 1997) et Invasion of the Body Snatchers (Don Siegel, 1956), références avancées sans cuistrerie aucune, vraiment, je vous assure.
À part ça, sur le plan formel, L’Eternaute se démarque avec une remarquable rigueur de tous les poncifs et rabâchages hollywoodiens : une bande-son extraordinairement retenue, aucun nappage polyphonique, non plus que ce bruit de fond continu qui, dans le cinéma d’aujourd’hui, vient en appui de l’action dramatique comme la platitude d’un lieu commun. Ici, on y échappe avec une constance qui vaut d’être soulignée. Cerise sur le gâteau, une inventivité scénaristique qui autorise à l’intrigue, d’épisode en épisode, les bifurcations les plus imprévisibles. On attend la saison 2 pour l’hiver prochain. D’ici là, couvrez-vous bien, il semblerait que les grands froids s’annoncent.
Le journaliste et essayiste Kévin Boucaud-Victoire (c) Desclée De Brouwer
Dans son dernier essai, Mon antiracisme, Kévin Boucaud-Victoire livre à la fois une critique des mouvements antiracistes et développe une vision personnelle de son combat, fortement marqué par son antilibéralisme. Malgré quelques aspects critiquables, l’ouvrage donne un éclairage intéressant des théories actuelles et de leurs limites, ainsi qu’une voie singulière pour s’en dégager.
De l’antiracisme moral à l’antiracisme politique
Si l’antiracisme est un combat commun de la gauche, il a ses écoles. Deux mouvements dominent aujourd’hui : l’antiracisme libéral et l’antiracisme décolonial. Deux doctrines que Kévin Boucaud-Victoire perçoit comme des impasses.
L’émergence de l’antiracisme libéral remonte en France au 14 octobre 1984, avec la Fondation de SOS Racisme. Il vise à la diversification des élites afin de mieux refléter la multiplicité croissante de la population. Il est universaliste et reste favorable à une économie de marché.
L’antiracisme dit décolonial se veut pour sa part révolutionnaire. Il est présent en France depuis 2005 et possède plusieurs caractéristiques qui le distinguent de l’antiracisme libéral. Tout d’abord, il présente le racisme comme systémique, c’est-à-dire comme résultat de l’organisation sociale. Dans ce cadre, il rejette toute forme d’universalisme au profit d’une essentialisation positive des cultures dominées.
Cependant, selon Kévin Boucaud-Victoire, ces deux antiracismes en apparence antagonistes ne sont pas si différents. Ils renvoient tous deux le racisme présent presque exclusivement à des causes passées, que ce soit l’esclavage ou la colonisation. C’est en ce sens une conception idéaliste des faits sociaux, dans la mesure où le racisme se reproduirait à travers le temps, indépendamment des structures matérielles.
Surtout, les deux idéologies partagent une forme de réformisme. Kévin Boucaud-Victoire refuse, en effet, de prendre au sérieux les mots d’ordre révolutionnaires des mouvements décoloniaux, qu’il juge extravagants. Or si on écarte les idées «maximalistes déraisonnables», il ne reste qu’une politique de droit et d’exception communautaire, de reconnaissance raciale et de quotas.
Un racisme actuel fortement marqué par le néolibéralisme
Si le racisme est déterminé par les conditions matérielles, quelles en sont aujourd’hui les origines ?
Selon Kévin Boucaud-Victoire, le racisme prend sa source dans la dynamique du néolibéralisme, qui le favorise et le structure. Car le néolibéralisme forme un « fait social total », pour reprendre les termes de l’anthropologue Marcel Mauss qu’il cite. D’abord par l’émergence des sociétés liquides, c’est-à-dire marquées par une fragilité des liens dans tous les domaines de l’existence, y compris dans la sphère familiale, ce qui amène les individus à se réinventer des identités plus ou moins fantasmatiques.
Ensuite, par les nouvelles organisations spatiales. La France est constituée de métropoles, avec des centres urbains qui concentrent la création des richesses, autour desquels gravitent des communes périphériques, c’est-à-dire les banlieues, territoires où se concentre une plus grande pauvreté. Entre ces métropoles s’étend une France plus rurale, qui n’est pas forcément pauvre, mais relayée culturellement et déclassée socialement.
Dans ce contexte, la France est marquée, dans son identité, par une insécurité culturelle, qui forme un terreau favorable au racisme. Ce dernier peut se définir selon Albert Memmi comme « la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ».
Dans ce contexte, le racisme ne structure pas la société et ne détermine pas la position des individus dans la hiérarchie sociale. En revanche, l’échec de l’intégration, l’incapacité de faire de la France une communauté, crée des confrontations en matière de mode de vie. Surtout, il participe à diviser les travailleurs, ce qui nuit à l’émergence de fronts de contestation et à une conscience de classe.
L’antiracisme socialiste comme troisième voie d’émancipation
Comme il le rappelle au début de son ouvrage, quoique n’étant pas neuve, la ligne politique de Kévin Boucaud-Victoire n’est quasiment plus présente dans notre espace public. Il la définit en tant qu’antiracisme socialiste qu’il tente de réactualiser. L’antiracisme socialiste rejoint l’antiracisme libéral dans sa perspective universaliste. Kévin Boucaud-Victoire s’oppose toutefois, d’un côté à un universalisme qui percevrait les membres d’une société comme des êtres abstraits, simples unités de production d’un vaste marché et, d’un autre côté, à ce qu’il désigne sous les termes de «républicanisme autoritaire» qui viserait à uniformiser les individus dans une culture unique.
Pour l’auteur, l’universalisme se manifeste en premier lieu par un ensemble de droits sociaux. Il doit être capable d’intégrer la diversité sans renoncer au principe d’une humanité commune.
Le journaliste de Marianne partage néanmoins avec l’antiracisme décolonial la volonté de lier combat politique en faveur des classes populaires. Il vise à promouvoir l’autonomie et l’égalité, dans une société sans classes, après l’expropriation de la bourgeoisie. Les entreprises existeraient sous la forme de coopératives ou seraient nationalisées, les revenus plafonnés et, en grande partie, collectivisés. La société se composerait alors de communautés autonomes, dotées de leurs propres lois. Ce modèle, caractérisé par de nouvelles solidarités, permettrait, selon Kévin Boucaud-Victoire, de désethniciser les rapports sociaux. «Réenracinés, les individus n’accordent plus d’importance aux origines ethniques, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils oublient leur pays d’origine.»
Une thèse audacieuse politiquement mais matérialiste
Sans adhérer à l’utopie de Kévin Boucaud-Victoire, force est de reconnaitre que le libéralisme traverse aujourd’hui une crise qui n’est pas simplement économique, mais morale.
Selon Hayek, le socialisme est la route de la servitude. Il nous arrache de l’individualisme humaniste de la Renaissance. Mais qui pour affirmer que la société de marchés actuelle appartient encore à l’héritage d’Érasme ? L’enrichissement n’est le signe d’aucun progrès de la vie sensible. Les marchands jugent que les biens et services répondant aussi bien aux besoins qu’aux caprices sont une fin en eux-mêmes. En érodant la formation éthique et spirituelle qui doit composer le ciment de toute communauté, et en refusant de considérer les questions culturelles comme des biens communs, il y a dans cette loi de l’offre et de la demande une force qui tire l’humanité vers sa pente la plus destructrice. Elle représente une négation de notre existence intérieure et spirituelle. Cette dernière doit être pourtant non seulement individuelle mais aussi collective, afin de constituer pour l’individu une terre où s’épanouir. Le libéralisme est une force de décivilisation.
Or si Kévin Boucaud-Victoire refuse le multiculturalisme, son universalisme paraît une réunion de particularités autour du plus petit dénominateur commun. Le « faire ensemble » qu’il propose se réduit avant tout, du moins dans son ouvrage, à une dimension sociale, où « travailleurs blancs et issus des minorités ethniques ont lutté ensemble et, surtout, ont réalisé des choses ensemble. Une nouvelle histoire et une nouvelle culture commune ont émergé de tout cela ». En ce sens, son collectivisme ne rompt pas avec le matérialisme libéral.
Pour ma part, je demeure attaché à l’esprit français, plus que jamais nécessaire. S’ils doivent être sans doute repensés dans leurs modalités, le droit du sol et la Révolution française forment un héritage précieux, afin que la France soit une communauté par l’esprit. Je défends cette aspiration à un imaginaire, un inconscient collectif, comme une terre intérieure, afin de bâtir, pour citer Malraux « une communauté de rêve ». J’aspire à un pays qui soit un élan, une race spirituelle, s’élevant vers les idées, telle la pointe d’une cathédrale.
La liberté française, en ce sens, n’est ni tout à fait celle des modernes, ni tout à fait celle des anciens, pour user des termes de Benjamin Constant. Elle marque un équilibre visant à un esprit général, de sorte que les générations nouvelles et les immigrés doivent, à mon sens, se restreindre selon ses bornes et s’employer à en polir l’esprit. Chaque homme y est, en plus de lui-même, et par sa personne même, une manifestation de cette communauté, une part d’étoffe vivante. La France ne tient d’abord que par ces liens de nuances abstraites, une façon de sentir le monde, et par la participation à cette vie collective. Le pays réel, avant d’être une géographie, est un pays vécu.
Mais malgré ce qui me sépare de l’auteur, je ne peux que saluer cette prise de position dans l’espace public actuel. Kévin Boucaud-Victoire donne à lire un essai sans jargon, qui laisse la place à des propositions fortes, propres à nourrir le débat. Je regrette tout au plus quelques points dans la construction du livre. D’abord, s’il est riche en sources, le nombre de citations et de références dans le corps du texte noient parfois la voix de l’auteur. Par ailleurs, si les critiques de Kévin Boucaud-Victoire sont généralement étayées, ses positions sont exposées trop brièvement et de manière par moments trop abstraite. Par exemple, si on comprend bien en quoi le libéralisme participe structurellement au racisme contemporain, cela ne démontre nullement que le système proposé par Kévin Boucaud-Victoire ne favoriserait pas l’émergence de nouvelles formes de discriminations. Ainsi, lorsqu’il affirme que, dans le monde dont il rêve, les « relations ne sont plus des relations de domination mais d’interdépendances», page 165, on pourrait objecter que le propre des sociétés ouvertes actuelles est justement l’interdépendance et que cela n’empêche nullement, dans le même temps, des situations de domination.
Il est clair que j’aurais été un très mauvais diplomate, car j’aurais privilégié la vérité aux arrangements permanents avec celle-ci. Par exemple, je n’aurais pas supporté la condescendance avec laquelle le président Poutine, par la voix de son porte-parole, a annoncé qu’ « il serait prêt au dialogue avec Emmanuel Macron ».
Comme s’il nous faisait une grâce, alors même qu’il est le coupable, et que cette évidence, sur le plan de l’équité et de la justice, faisait pourtant de moins en moins recette.
« Nous aviserons, dans les prochains jours, de la meilleure manière de procéder », a répondu l’Élysée.
À partir de cette sage réaction, comment contester que cette nouvelle rencontre, par visioconférence ou physiquement, sans doute sous la tutelle sourcilleuse et partiale du président Trump, puisse néanmoins être utile, à condition qu’Emmanuel Macron non seulement ne se leurre plus sur la personnalité du dictateur russe – ce qui est le cas depuis longtemps – mais soit prêt à assumer une contradiction sans fard, voire brutale.
En effet, s’il s’agit seulement de valider la conception surprenante et cynique – totalement assumée – de la diplomatie à la mode Poutine, tout dialogue sera voué à l’échec, et ne fera même qu’exprimer une faiblesse supplémentaire, donc un mépris aggravé de la part du Kremlin.
À quoi bon se lancer dans une telle entreprise si l’on n’est pas persuadé de pouvoir résister à cette perversion d’un président russe pour qui négocier revient à lui donner raison sur TOUT ?
Ce dernier, depuis l’invasion de l’Ukraine, n’a pas bougé d’un iota : toujours aussi intransigeant sur la question territoriale…
Il n’a pu que se sentir conforté par l’amollissement de certaines résistances européennes et, évidemment, par les voltes obscènes d’un Trump concédant beaucoup à Poutine, faute d’avoir été capable de le maîtriser et de le faire rentrer dans le rang.
Mission que s’assigne le président et qui ne sera pas, quoique nécessaire, facile à accomplir puisqu’il « veut reparler à Poutine pour faire entendre la voix de l’Europe » (Le Figaro).
L’unique levier réel avec Poutine consiste à être capable de tenir le rapport de force et d’opposer à sa détermination – amplifiée par une mauvaise foi qui, jusqu’à présent, n’a jamais été véritablement battue en brèche – une résolution implacable, fondée sur le bon droit et la justice.
Cette stratégie implique aussi que notre président sorte de ses sentiers battus et accepte d’abandonner la séduction et la complaisance qui, trop souvent et en bien des circonstances, ont été ses seules armes pour convaincre ou vaincre l’adversaire. On lui donnait raison en espérant qu’il nous en saurait gré : c’est naturellement l’inverse qui se produisait. On ne peut imaginer que, face à Poutine, Emmanuel Macron ne s’efforce pas de métamorphoser sa nature et de la rendre inflexible devant un antagonisme puissant, décidé à imposer ses conditions.
Il est d’autant plus nécessaire d’aspirer à un président encore meilleur sur le plan international — je ne suis pas de ceux qui le jettent aux chiens pour tout — que la Russie, loin de s’assagir sur le plan géopolitique, multiplie les menaces, aussi bien insidieuses qu’ostensibles, en s’appuyant sur l’infinité des moyens dont elle dispose et sur l’instrumentalisation de la Biélorussie. Les scénarios possibles d’attaques de l’Europe par la Russie, des pays baltes à la Finlande, se multiplient (Le Parisien, 29 décembre). Enfin, la certitude du président russe que la géopolitique mondiale est en train de lui donner raison et que ses ambitions impérialistes finissent par être prises au sérieux — donc au tragique — ne fait que renforcer cette inquiétude.
Pour la fin de son second mandat, le président Macron pourrait – et devrait – s’assigner ce but. Non plus nous prévenir contre le danger du Rassemblement national, que sa mansuétude régalienne n’a cessé de faire monter – il sera au second tour -, mais se camper, autant qu’il le peut, en résistant face à un ordre mondial où la violence et la guerre ne seraient plus des problèmes, mais des solutions.
À condition que la France, déjà affaiblie, ait encore son mot à dire.
Alors que l’application de rencontres homosexuelles Grindr s’est emparée de leur histoire, l’exploitation ovine allemande de M. Stücke embrigade de force de malheureux béliers dans une cause LGBT qui les dépasse un peu…
Dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une exploitation ovine, jusque-là anonyme, s’est soudainement hissée sur le devant de la scène médiatique, non grâce à une innovation agricole ou à la qualité de sa laine, mais à la mise en récit d’un cas d’inclusivité.
Curieux projet
Trente-cinq béliers, repérés pour leur désintérêt persistant envers les brebis, ont ainsi vu leur statut transformé : d’animaux jugés improductifs et destinés à l’abattage, ils ont été élevés par leur propriétaire, Michael Stücke au rang d’emblèmes revendiqués de la diversité homosexuelle.
Ce curieux projet sociétal aurait pu rester confidentiel, cantonné à des réseaux militants qui financent ce refuge pour des moutons à la gaytitude sensible. Mais l’application de rencontres Grindr s’en est emparé en organisant un défilé à New York avec un titre bien trouvé : « I Wool Survive », afin de présenter une collection de vêtements fabriqués entièrement avec la laine de ces béliers gay. Leur nouvelle toison arc-en-ciel a été muée en argument financier.
Et le consentement ?
Pour donner à l’ensemble une apparence de sérieux, la science a même été convoquée en renfort. Depuis plusieurs décennies, rappelle Michael Stücke, des chercheurs américains ont observé que certains béliers refusaient systématiquement toute brebis. Des tests expérimentaux ont été élaborés, des chiffres avancés : une minorité – environ 8 % – manifesterait une préférence exclusive pour leurs congénères mâles. Qu’importe que ces travaux scientifiques s’appuient sur un nombre restreint d’observations, n’aient jamais fait l’objet de validation à grande échelle et demeurent largement ouverts à discussion : dans l’exploitation de ce fermier teuton, l’absence d’élan reproductif tient lieu de diagnostic, suffisant pour nourrir un anthropomorphisme militant qui prête aux animaux une identité, une fierté et une mission symbolique. Bien entendu, la laine issue de ces animaux LGBTisés sans leur consentement ne se distingue en rien des autres.
Tout craque et se détraque. La politique, asséchée par défaut d’irrigation démocratique, finit 2025 en débandade. Le pouvoir immobile a perdu le contrôle des événements. Le régime macronien s’est réduit à l’autoritarisme des faibles.
Même la citadelle du ministère l’Intérieur a été investie par une cyberattaque menée par un suspect de 22 ans, qui aurait détourné une somme de documents confidentiels. Vendredi, Le Parisien révélait que le « maître d’hôtel-argentier » de l’Elysée avait dérobé des couverts en porcelaine issus d’une commande du Palais de 2018 (coût total : 500 000 euros). Le recéleur était gardien de salle au musée du Louvre, cambriolé par des monte-en-l’air amateurs ! Ces deux anecdotes résument l’essentiel : l’Etat en faillite n’est même plus protecteur de lui-même, de ses secrets, des trésors nationaux. Emmanuel Macron, monarque dingo, a achevé de ruiner la crédibilité de sa fonction. Ses palinodies sur le traité de libre-échange du Mercosur, repoussé in extremis en janvier, résultent de son mépris pour les souverainetés nationales, qui reviennent en force. Son rejet du populisme a rendu rebelle le peuple indésirable. Sa posture de matamore contre la Russie gagnante l’oblige à reconnaître qu’« il va redevenir utile de parler avec Vladimir Poutine ». Son lyrisme sur « Marseille en grand » a débouché, comme prévu, sur l’échec de son utopie diversitaire. Son palestinisme a exacerbé l’antisémitisme islamique. Jamais chef de l’Etat n’a été aussi éloigné des Français. La révolte des paysans est un avant-goût du dégagisme. Le vieux monde agonise. Il ne tient qu’à un fil.
C’est tout un système qui est au bord de la chute. Même des journalistes donneurs de leçons se retrouvent sur la sellette. Jeudi, Patrick Cohenet Thomas Legrand, clercs naguère intouchables de la presse progressiste, ont eu à répondre de leur partialité devant une commission d’enquête sur l’audiovisuel public menée à la hussarde par le député Charles Alloncle (UDR). Certes, des propos enregistrés à l’insu des deux éditorialistes n’auraient pas dû servir d’arguments principaux contre leur propre déontologie. Mais la gauche n’a jamais reculé devant ces procédés douteux qu’elle dénonce quand ça l’arrange. Reste ce symbole d’une caste, gardienne hautaine de la pensée conforme, devant rendre des comptes devant l’opinion. La révolution est dans l’air. L’hégémonie de la gauche s’achève, victime de son indigence intellectuelle et de ses aveuglements dogmatiques. Voyez : le gauchisme de Reporters sans Frontières est dévoilé par des médias alternatifs. France Inter, en baisse d’audience, doit revoir sa grille. L’humoriste Blanche Gardin a perdu son public pour avoir flatté le mélenchonisme, épinglé par une commission parlementaire pour ses compromissions avec l’islamisme. La décision de Leroy Merlin de retirer ses publicités du magazine Frontières, sous la pression du collectif Sleeping Giants, a suscité un boycott de l’enseigne. Les injections létales ne sont plus soutenues que par 38% des sondés (sondage OpinionWay, Fondapol). Même le front républicain, imposé par la gauche, n’est plus défendu que par une poignée de « chiraquiens » accrochés au monde d’hier. Ceux-ci disparaîtront avec le reste.