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(Re)découvrir Wallace Stegner, le géant du Montana

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Angle d’équilibre (prix Pulitzer 1972), roman le plus ambitieux de Wallace Stegner, a été classé parmi les cent plus grands romans du XXème siècle par The New York Times. La Vie Obstinée (1967) est de la même eau – inoubliable. Stegner, patron des « écrivains du Montana » (Jim Harrison en particulier), National Book Award 1976, est trop oublié. Relisons-le.


Outre la qualité assez remarquable de la langue de Wallace Stegner (restituée, quand même, signalons-le, par la traduction d’un grand monsieur, Éric Chedaille), il y a, dans La Vie Obstinée (1967), trente pages exceptionnelles (p.169-199) qui à elles seules justifient sa lecture – méritent le détour, en somme.

Ces trente pages cardinales disent les difficultés alors (années 60), d’une certaine jeunesse américaine, lectrice de Thoreau, à « s’intégrer », sa confrontation avec un vieux birbe courtois mais assez sombre (et réac) dès qu’il s’agit du monde alentour – et, pour illustrer cette dissonance, la discussion qui s’ensuit avec une jolie jeune femme, Marian, trente ans, une « grâce », « du genre à sauver le monde et à racheter l’humanité »

C’est à elle que Joe, le narrateur, adresse une longue missive, explication-explicitation de certains évènements que l’on taira (vous les découvrirez), qui est aussi le bréviaire d’une vie (celle de Joe) dorénavant occupée seulement du dur désir de durer, obstinément.

Sa conclusion ?  « Sauf pour moi, rien de ce que je vous ai écrit ne revêt aucune espèce d’importance. Mais c’est personnel et c’est grave, deux choses que j’ai toujours trouvées embarrassantes »

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Au centre (ou au… cœur) de cette longue confession, la mort, à 37 ans, dans un accident (?) de surf, de Curtis, fils du narrateur, « adorateur du soleil » et « adepte de la nausée » : il est trop tard pour l’explication, la réconciliation.

Le divorce entre le fils, rebelle par conformisme (si), et les parents était consommé, depuis longtemps :

« Je ne puis me persuader que Ruth (la mère, l’épouse) ou moi-même ayons grand-chose à voir dans sa corruption. Le vingtième siècle l’a pourri, l’Amérique qu’il méprisait tant l’a pourri, la civilisation industrielle l’a pourri en introduisant chez lui les vices qu’il croyait honnir.
Elle l’a incité à rechercher l’à-peu-près, le matériel, le facile, le criard et le vulgaire, à nommer ces choses liberté, et à les placer au-dessus de la vertu romaine qui, Dieu m’est témoin, est la seule posture morale que je puisse admirer sans réserve. Il a toujours eu recours à des écrans de fumée, politiques ou esthétiques, pour dissimuler son hypocrisie au regard des autres, et peut-être au sien.
Ruth et moi avions toujours cru contre toute évidence qu’il s’en tirerait. Le garçon qui avait tant de mal à devenir un homme allait bien finir par franchir l’obstacle. Une fois qu’il aurait jeté sa gourme, notre fils allait cesser de se sentir obligé de renifler chaque réverbère où un existentialiste camé, un traîne-savates de beatnik, un clochard céleste, avait levé la patte. Le temps viendrait où il n’aurait plus besoin de montrer les dents face aux tendres remontrances de sa mère, où lui et moi pourrions parler, aller voir un match ensemble, boire un verre, discuter d’un livre, sans cette pénible tension, cette méfiance père-fils, cette conscience toujours en éveil de nos différences. Sans jamais nous l’avouer l’un à l’autre, nous avions misé sur le temps, et voilà que le sablier était vide. »

On pardonnera la citation – exceptionnellement longue : on peut ne pas aimer – ce n’est pas « que » gai… – mais elle est exemplaire de la manière Stegner, longue coulée implacable qui ne ménage aucune marge à l’exposé de rêves de liberté – brisés.  Et on y perçoit bien, aussi, le ton Stegner, désenchanté, amer, souvent drôle : « Recalé en sympathie, j’ai eu à peine mention passable en stoïcisme. En revanche, j’ai décroché le premier prix d’ironie – cette calamité, cette escampette, cette cuirasse, ce moyen de rester planqué tout en jouant les esprits forts ». 

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Au départ, il y avait un couple d’éditeurs de Manhattan, Joe et Ruth Allston, qui s’en étaient allés en Californie et avaient tourné le dos à la ville, la civilisation, leurs perversions. Qui avaient tenté en tout cas. En vain : ce n’était pas la ville.

Dans cette Californie profonde, ils avaient eu des voisins insupportables, un hippie lui aussi lecteur de Thoreau (Jim Peck) qui ranimerait, chez Joe, le douloureux souvenir de houleuses conversations avec son fils – et le sentiment de l’injustice, à considérer le destin de Marian, leur adorable voisine, enceinte et atteinte d’un cancer.

Jim Harrison disait souvent qu’il écrivait « pour créer de nouvelles femmes à aimer ». Marian fut peut-être un de ses modèles, une inspiration. Elle est aimable. Si aimable. La lente chronique de sa mort annoncée est la trame de ce roman où la révolte est partout.

Wallace Stegner a été lauréat du prix Pulitzer en 1972 pour Angle of Repose (Angle d’équilibre, Phébus, 2000) et couronné par le National Book Award en 1976 pour Vue cavalière (Phébus, 1998, rééd. Gallmeister, 2023). Il est mort en 1993 à 89 ans. Jim Harrison le considérait comme son maître. Il est temps de prendre la mesure de ce grand écrivain à la fois résigné et circonspect (voire sceptique), attachant et vivant – à proportion de sa révolte ignée.


La Vie obstinée – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chedaille, Phébus, 344p. (1ère traduction : 1999).

LA VIE OBSTINEE

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Angle d’équilibre – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chedaille – Phébus, 716p. (1ère traduction : 2000).

Angle d'équilibre

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L’appel à la prière islamique, un sujet… mondial

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Kenji Sayed illustre à merveille, par ses provocations dans les sanctuaires japonais suivies de sa victimisation de rigueur, que l’islamisme querelleur est désormais un produit d’exportation mondialisé qui unit la France et le Japon dans un même élan d’aveuglement volontaire. Le coup de gueule d’Aurélien Marq


L’affaire Lyhanna (pardon : la soudaine découverte de l’état de l’institution judiciaire par ceux qui nous gouvernent depuis dix ans) a fait oublier les émeutes (pardon : la « situation globalement sous contrôle » selon le ministre de l’Intérieur) de l’après-match du PSG, qui elle-même avait fait oublier la diffusion de l’appel à la prière islamique, l’adhan, dans plusieurs villes de France (de Marseille au Val-de-Marne). Sans oublier la brillante synthèse par laquelle Thomas Portes résumait ensuite le programme de LFI, fer de lance de la gauche (et conséquence logique de la politique du centre et de la « droite du fric ») : commentant l’analyse de Gabrielle Cluzel sur CNews au sujet de ces adhan, il écrivait « le jour où on fermera cette chaîne de racistes on diffusera des appels partout dans le pays ». Voilà qui a le mérite de la clarté et de la franchise.

Ça alors !

Et voilà qui nous ramène au Japon, et à une affaire totalement délirante, mais terriblement révélatrice, qui fait écho à ce que j’évoquais dans mon précédent article.

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Au pays du Soleil Levant, un homme a pris l’habitude de se rendre dans les temples bouddhistes et les sanctuaires shintô pour y réciter l’adhan, « Allah akbar ». Il en diffuse même des vidéos sur TikTok. Les identitaires japonais ayant rapidement creusé le sujet, il s’avère que l’individu, du nom de Kenji Sayed, né Sayed Al-Sherif en Egypte, aurait étudié à Birmingham, serait naturalisé japonais (!), et enseignerait à l’université internationale de Miyazaki où on le voit notamment « expliquer » à de jeunes Japonaises la situation à Gaza. Face à la polémique engendrée par son comportement, il se victimise (ça alors !), prétend respecter la culture et les traditions japonaises (quand tout son comportement démontre le contraire, et qu’on sait ce que le Coran et les hadiths prescrivent au sujet des religions polythéistes comme le shintô), et accuse l’extrême-droite (re- ça alors !).

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Fait divers isolé, ou fait de société ? Fait universel. Que ce soit dans les rues du Val-de-Marne ou dans la grotte sacrée du Udo-jingu, « Allah akbar » ne veut pas forcément dire « Dieu est grand » mais « le dieu de l’islam est plus grand » (sous-entendu : plus grand que vos dieux, votre art de vivre, votre décence commune, votre culture, votre civilisation). Cela peut ainsi aussi être l’affirmation d’un suprémacisme.

Magalie Thibault pensait bien faire, mais…

Pendant ce temps, la maire (socialiste) de Rosny-sous-Bois a cru bon de se voiler pour se rendre à la mosquée, au titre de ses fonctions de maire, à l’occasion de l’Aïd el-Kébir. Après tout pourquoi pas ? Depuis la vibrante défense de l’islam et du voilement des fillettes par Laurent Nunez, on n’en est plus à ça près. Français ou Japonais, dans dix ans, vingt ans, trente ans, nous ne pourrons pas dire à nos enfants – ou à nos petits-enfants – que nous n’avons rien vu venir de l’islamisation.

Mauvais théâtre à la Scala Paris

Affaire Frédéric Biessy: quand l’anti-israélisme de salon arme la haine antijuive ordinaire


Le directeur du théâtre parisien La Scala est accusé d’antisémitisme. Pas par moi. Ne banalisons pas cette accusation.

Le 8 juin, plusieurs classes de première d’Île-de-France, dont une du lycée de l’Alliance israélite (aux Pavillons-sous-Bois), participent à un travail théâtral sur le thème « iranien » Femme-Scène-Liberté. Accueillant les élèves pour la représentation finale, le directeur du théâtre, Frédéric Biessy, enfant chéri de la gauche culturelle parisienne, explique que le théâtre est le dernier rempart de la liberté d’expression face à l’extrême droite. Quelle audace. Il fustige au passage cet « abruti de Trump et ce non moins taré de Netanyahou ». Les lieux communs du gauchisme de Park Avenue (comme l’écrit Tom Wolfe). Des propos qui provoquent le malaise d’une partie de la salle et l’enthousiasme bruyant de l’autre.

Finalement, tous les élèves jouent quand même leur pièce. Mais dans les coulisses, des élèves juifs sont pris à partie : « On va vous génocider, barrez-vous », etc. Ce qui aurait dû être un joyeux après-midi de rencontre dans l’amour du théâtre laisse un goût amer. Fureur du Crif et d’associations juives. Finalement, M. Biessy présente ses excuses : « Les propos politiques n’ont pas leur place devant des classes de première et je regrette de les avoir tenus. Mon intention n’a jamais été de viser une religion ou une communauté. » Pour Céline Pina et pas mal de commentateurs, ce sont des excuses hypocrites et honteuses.

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Pour ma part, je crois qu’il est sincère mais qu’il ne comprend pas bien ce qui s’est passé ; que ses propos ont ouvert la voie aux insultes et qu’ils ont offert une sorte de permis d’agir aux élèves ayant tenu des propos insultants. Au préalable, je rappelle que je suis libérale, et qu’on a évidemment le droit de critiquer ou de détester Israël, et même de lui préférer ceux qui souhaitent ouvertement sa destruction (le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran). En revanche, le terme « génocide » utilisé me semble ne pas correspondre à la situation.

Dans le milieu de M. Biessy, traiter MM. Trump et Poutine de tarés ou M. Netanyahou de génocidaire n’est pas une opinion à défendre, mais une vérité. L’ennui, c’est que quand une autorité morale ou culturelle dit ça, ça fait « tilt » chez des gamins qui entendent toute la journée « Israël = Génocide ». Comme juif égale Israël, tout juif est génocidaire, et donc nazi. Et contre eux, tout est permis : la haine devient un devoir moral.

Involontairement, Frédéric Biessy tisse un fil qui va de l’anti-israélisme chic des milieux progressistes à l’antisémitisme de cour d’école. Quand j’étais lycéenne, s’il y avait des antisémites à l’école, ils se cachaient. Personne n’assumait l’antisémitisme. La nouveauté dans cette affaire, c’est que la haine des juifs ne se cache plus : elle est tendance, du collège à l’université. Et des abrutis disent fièrement à une ado venue jouer Antigone qu’on va la génocider. Éduquer, ce n’est pas endoctriner, mais apprendre aux élèves à penser par eux-mêmes. Encore faut-il en être soi-même capable. La faute de Frédéric Biessy, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est le conformisme d’atmosphère.


La fuite d’Ormuz

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Des pétroliers disparaissent des radars, des cargaisons sont transbordées en mer et des millions de barils continuent de quitter le Golfe malgré les menaces iraniennes. Comme les sanctions qu’elle a elle-même apprises à contourner, l’économie mondiale s’adapte au blocus d’Ormuz. Une adaptation coûteuse, mais qui pourrait affaiblir le principal levier stratégique de Téhéran.


Hier, Donald Trump a affirmé que plus de 100 millions de barils de pétrole avaient déjà traversé le détroit d’Ormuz depuis le début de la crise. Le chiffre mérite d’être discuté dans le détail car le président américain est loin d’être une source sûre. Et même s’il dit vrai, ce qu’on ne peut pas exclure, 100 millions de barils en 100 jours c’est à peu près la quantité qui transitait par le détroit en cinq jours avant la guerre. Cependant, le fait que Trump ait choisi d’en parler, traduit une réalité : contrairement aux scénarios les plus alarmistes évoqués au début de la confrontation avec l’Iran, le détroit n’a jamais été totalement fermé. Les flux énergétiques ont été perturbés, ralentis, rendus plus coûteux et plus complexes, mais ils n’ont pas été interrompus.

Cette réalité explique largement l’évolution des marchés pétroliers. Certes, les prix du brut ont augmenté sous l’effet de la guerre, de l’incertitude géopolitique et de la hausse des primes d’assurance. Mais ils n’ont jamais atteint les niveaux catastrophiques annoncés par certains analystes ni ceux qu’espéraient parfois certains producteurs. La raison en est simple : malgré la crise, l’écart entre l’offre et la demande est moins important qu’on ne le croit. 

Les indices se sont multipliés ces derniers jours. Selon Bloomberg, seize pétroliers se sont regroupés au large d’Oman afin de procéder à des transferts de cargaisons représentant plusieurs millions de barils de pétrole auparavant bloqués dans le Golfe. Cette zone était totalement vide un mois plus tôt. Plus significatif encore, un nombre croissant de navires coupent volontairement leurs transpondeurs afin de traverser discrètement le détroit d’Ormuz. Les données de sites suivi maritime (Trackers) donnent ainsi l’impression d’un trafic réduit alors que les témoignages d’armateurs, les achats asiatiques et les images satellites décrivent une situation très différente où des passages deviennent progressivement plus réguliers et les volumes plus importants.

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L’analyste de marché de l’énergie Anas Alhajji évoque désormais ce phénomène sous le nom de « Hormuz Leak », la fuite d’Ormuz. Selon lui, les Trackers commencent à confirmer ce que plusieurs réseaux privés de renseignement observaient déjà depuis des semaines. Des pétroliers disparus des écrans radars après avoir éteint leurs transpondeurs réapparaissent soudainement très loin de la région, preuve qu’ils ont réussi à franchir le détroit malgré les apparences. Le cas du méthanier Rasheeda de QatarEnergy est particulièrement révélateur. Après plusieurs semaines de silence, le navire a réapparu après avoir franchi le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman. L’absence d’information ne signifie pas l’absence de phénomène.

Cette « fuite d’Ormuz » finit désormais par influencer directement l’équilibre du marché pétrolier mondial. Plus les opérateurs prennent conscience de l’existence de ces flux invisibles, moins les anticipations de pénurie paraissent crédibles. Le pétrole continue d’arriver en Asie. Les cargaisons continuent d’être livrées. Les États producteurs continuent d’exporter.

Le mécanisme est relativement simple. Les gouvernements des pays producteurs utilisent leurs propres flottes de pétroliers pour traverser la zone à risque. Une fois les cargaisons sorties du détroit, elles sont transférées à des navires commerciaux conventionnels qui assurent ensuite le transport vers les clients finaux. Cette organisation réduit fortement l’impact des primes d’assurance (ce sont toujours les mêmes qui traversent le détroit, les autres attendent dehors et donc moins exposés) et contourne une partie des réticences des armateurs privés. Les pétroliers d’État effectuent alors plusieurs rotations successives entre les terminaux du Golfe et les zones de transbordement situées plus à l’est.

Téhéran en réalité incapable de bloquer le trafic durablement

Cette situation révèle également les limites des capacités iraniennes à contrôler cette voie maritime. Depuis le début de la crise, de nombreux observateurs avaient annoncé des essaims de drones, des attaques massives de vedettes rapides ou des salves de missiles balistiques capables de saturer les capacités de la marine américaine et rendre toute navigation impossible. La réalité est beaucoup plus modeste. Les forces iraniennes ont bien tenté plusieurs attaques limitées contre des destroyers américains et quelques navires commerciaux. Quelques drones, quelques vedettes rapides et quelques missiles ont été engagés. L’écrasante majorité a été rapidement neutralisée. Les radars iraniens activés pour guider ces attaques ont souvent été immédiatement repérés puis détruits. Les lanceurs de missiles identifiés ont subi le même sort tout comme les sites de lancement de drones. Les quelques « escarmouches » entre les Etats-Unis et l’Iran depuis le cesser le feu d’avril, ont servi de prétexte aux Américains pour cibler et dégrader le dispositif mis en place par les Gardiens de la Révolution pour renforcer le blocage. L’Iran semble avoir considérablement réduit ses tentatives d’interdiction maritime. Certes, l’Iran possède des capacités importantes de nuisance régionale, mais il peine à projeter durablement sa puissance au-delà de ses côtes face à des marines modernes disposant d’une supériorité aérienne et satellitaire écrasante, sans oublier la qualité de renseignement. Téhéran peut perturber le trafic. Il ne semble pas en mesure de le bloquer complètement.

Le comportement des compagnies maritimes fournit d’ailleurs un autre indice révélateur. Bien avant l’annonce officielle de la fermeture du détroit, de nombreux navires avaient déjà quitté la région ou modifié leurs itinéraires. Les armateurs agissent en fonction des probabilités de risque, non des déclarations diplomatiques. Leur repositionnement constituait en lui-même un signal. L’annonce officielle de fermeture n’a finalement fait que confirmer ce que les professionnels du secteur avaient déjà intégré dans leurs calculs.

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Un autre facteur, souvent négligé, explique la résistance relative des marchés pétroliers. Il s’agit du ralentissement de la demande mondiale. Le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine. Alors que le pays importait habituellement autour de 11 millions de barils par jour, ses achats sont tombés à 7,8 millions de barils quotidiens en mai 2026, soit une baisse de plus de 3 millions de barils par jour, l’équivalent de la consommation cumulée de la France et de l’Italie. Certes, cette chute des importations ne correspond pas intégralement à une baisse de la consommation, Pékin puisant également dans ses réserves stratégiques. Néanmoins, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande réelle chinoise recule d’environ 290 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026. Aux États-Unis, la consommation reste proche de 20 à 21 millions de barils quotidiens et ne diminue que modestement, de l’ordre de 100 000 à 300 000 barils par jour. L’Europe suit une trajectoire comparable, marquée par l’électrification des transports, les gains d’efficacité énergétique et une certaine désindustrialisation, ce qui entraîne une baisse limitée de la demande, généralement comprise entre 0 et 200 000 barils par jour. Dans ces conditions, une partie importante du choc provoqué par les tensions autour d’Ormuz est absorbée non seulement par les stocks et les adaptations logistiques, mais aussi par une demande mondiale moins vigoureuse qu’attendu.

Les réserves stratégiques jouent également un rôle d’amortisseur. Plusieurs pays ont puisé dans leurs stocks d’urgence afin de rassurer les marchés et de compenser temporairement certaines perturbations logistiques. Toutefois, cette explication ne suffit pas. Si les prix demeurent relativement contenus, c’est aussi parce que le marché mondial se trouve aujourd’hui dans une situation très différente de celle des chocs pétroliers des années 1970 ou même du début des années 2000. Les gains d’efficacité énergétique, la progression des véhicules électriques, le ralentissement économique de plusieurs grandes régions du monde et la diversification des approvisionnements limitent l’impact des perturbations géopolitiques.

Circuits parallèles

À bien des égards, le blocage d’Ormuz reproduit une dynamique déjà observée avec les sanctions économiques. Depuis plus d’une décennie, l’Iran, puis la Russie, ont démontré qu’un pays visé par des sanctions peut voir son économie durement affectée sans pour autant être totalement isolé. Des flottes fantômes se sont constitués, des circuits financiers parallèles et des intermédiaires ont émergé. Ces mécanismes de contournement ont un coût important, mais ils finissent par fonctionner et amortir l’effet négatif sur l’acteur sanctionné. Or, avec Ormuz, la situation est inversée. Pour la première fois, ce sont les Iraniens qui tentent d’imposer une forme de sanction au reste du monde en entravant une artère essentielle du commerce énergétique mondial. Mais ils découvrent le même phénomène d’adaptation que celui dont ils ont eux-mêmes bénéficié. Les armateurs modifient leurs itinéraires, les États producteurs mobilisent leurs propres flottes, les cargaisons sont transbordées en mer, les acheteurs puisent dans leurs stocks et de nouveaux circuits logistiques apparaissent. L’Iran se retrouve confronté à une réalité qu’il connaît bien ç savoir qu’il est relativement facile de perturber un marché mais beaucoup plus difficile de l’étouffer durablement. Comme pour les sanctions, le choc initial est réel, mais les acteurs économiques apprennent rapidement à contourner l’obstacle. En voulant fermer Ormuz, Téhéran découvre que l’économie mondiale possède la même capacité d’adaptation que celle dont il a lui-même profité pour survivre aux sanctions occidentales.

Quelles conclusions concrètes en tirer ? La situation demeure difficile. Les perturbations du trafic maritime, les dommages infligés à certaines infrastructures de raffinage ainsi qu’aux capacités de transport continuent de provoquer des tensions sur plusieurs marchés essentiels. Les engrais, l’aluminium et de nombreux produits issus de la pétrochimie sont déjà affectés. L’industrie du plastique subit une hausse de ses coûts tandis que l’agriculture voit augmenter le prix de plusieurs intrants. L’inflation commence à réapparaître avec les conséquences économiques et politiques que l’on connaît. La « fuite d’Ormuz » ne résoudra donc pas la crise. En revanche, elle pourrait modifier son calendrier. Si le monde continue à recevoir davantage de pétrole et de gaz qu’on ne le croyait il y a encore quelques semaines, alors la menace d’une véritable pénurie physique – et non d’une simple hausse des prix – apparaît moins imminente. Cela réduit l’effet de levier de Téhéran. En définitive, les deux compteurs à rebours qui structurent la crise continuent de tourner : celui de la déstabilisation intérieure du régime iranien et celui du ralentissement de l’économie mondiale. Mais ils ne progressent pas au rythme que beaucoup anticipaient. Pour Washington, ce décalage est essentiel. Car dans ce type de confrontation, gagner du temps peut parfois valoir autant qu’obtenir une victoire décisive.

La culture du combat en Israël

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Israël peut-il encore compter sur Trump?

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« On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n’arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous ! » a déclaré le président américain devant la presse hier, avant de nouvelles frappes contre Téhéran. En Israël, Netanyahu ​se présentera encore une fois aux élections cette année, vient d’annoncer son parti, après que Donald Trump a déclaré ne ​pas savoir si tel serait effectivement le cas. Entre les deux hommes, les désaccords sur la poursuite de la guerre semblent de plus en plus évidents. L’analyse géopolitique de Richard Prasquier.


« You are fucking crazy! » Je suppose que ces termes ne nécessitent pas de traduction. C’étaient apparemment ceux que M. Trump a lancés à M. Netanyahu le 1er juin après une attaque contre le Hezbollah au Liban, en même temps qu’il prétendait que sans son aide, le Premier ministre israélien serait en prison.

Mais le 7 juin, Israël lance une nouvelle attaque contre le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ; l’Iran réagit en envoyant pour la première fois depuis deux mois des missiles sur Israël, lesquels sont tous interceptés. Trump déclare que c’est lui et non Netanyahu qui mène le jeu, mais ce dernier envoie l’aviation israélienne bombarder des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique. Cependant, il ne va pas plus loin. Il y a eu la guerre des douze jours, la guerre des quarante jours ; cette fois, c’était la guerre d’un jour ! En fait, avec le régime iranien actuel, la guerre ne peut être que permanente, car pour Israël, c’est une question de survie.

États-Unis : un agenda très chargé

Par contraste, Donald Trump s’est félicité le 8 juin de l’avancement de ce qu’il appelait des « négociations de paix », et J.D. Vance a précisé que les Américains négociaient, que cela plaise ou non à Israël, seulement sur la dénucléarisation de l’Iran, et que les propositions américaines étaient irrésistibles.

Et puis, le 10 juin, Trump déclare que la réponse de ses interlocuteurs iraniens est décevante et que l’Iran va en payer le prix. Des menaces vides comme d’habitude, pense-t-on. Puis, un hélicoptère américain est abattu et les Américains frappent des sites iraniens de défense antiaérienne et de surveillance radar. Que nous réserve le 11 juin ?

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Des déclarations si contradictoires qu’on a suspecté des connexions boursières inavouables ne font que renforcer l’affligeante impression que Donald Trump, refusant d’envoyer des troupes au sol, sous-estimant la préparation du régime iranien et sa détermination féroce, négligeant de prévoir le blocage du détroit d’Ormuz, s’était lancé dans une guerre qu’il croyait courte et facile et se trouve dans un guêpier dont il veut sortir tout en gardant un récit glorieux. Il est pressé. Son calendrier, les Iraniens le connaissent mieux que quiconque : le 14 juin, son 80e anniversaire ; le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet ; la finale d’une énorme Coupe du monde de football le 19 ; le 25e anniversaire du 11 septembre et la campagne électorale d’automne qui s’achèvera le 3 novembre avec les midterms, où le prix du gallon d’essence jouera plus que les considérations géostratégiques.

Les propositions américaines réelles sont inconnues, mais l’impression est que Trump craint de reprendre vraiment les hostilités en raison des effets secondaires possibles. Cette position permet aux Iraniens de se positionner en résistants victorieux, de réclamer le versement de dédommagements, d’exiger la protection du Liban contre la furie israélienne — c’est-à-dire, en fait, de garder ce pays sous l’emprise d’un Hezbollah qui l’a complètement gangrené.

Les Iraniens refuseront de toucher à leur arsenal de missiles — leur seule protection, disent-ils, contre les attaques israéliennes — et, évidemment, il ne sera pas question de la population iranienne, dont le sort n’émeut guère un président américain au niveau zéro d’empathie.

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Il reste le nucléaire : les 440 kg d’uranium enrichi bien au-delà des nécessités civiles, cachés on ne sait où, et au sujet desquels les dirigeants iraniens se divisent entre ceux qui refusent d’en parler et ceux qui voudraient faire semblant de les livrer. On pourrait ne plus savoir où en est une partie, ou accepter des contrôles de l’AIEA pour l’expulser quand la flotte américaine sera repartie, ou bien laisser le stock chez Asim Munir, le tout-puissant maréchal pakistanais. Celui-ci, hôte des négociations, est devenu le maréchal favori de Donald Trump depuis qu’il a proposé ce dernier pour le prix Nobel de la paix pour avoir brièvement servi de médiateur dans le conflit entre le Pakistan et l’Inde. Asim Munir, un musulman très fervent par ailleurs, connaît le grand goût du président américain pour la flatterie…

J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

Si un accord est signé, on peut compter sur Trump pour expliquer qu’il n’a rien à voir avec les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, qui portent la marque abhorrée d’Obama.

Psychologie trumpienne

Même en cas de négociations à l’évidence bâclées, Trump, qui, par son indifférence à la vérité et son narcissisme exacerbé, s’est forgé une résilience exceptionnelle, croira et réussira à faire croire à ses partisans que cet échec est une victoire. Selon le psychologue américain Dan McAdams, qui a publié une étude sur lui, Trump est un homme « à épisodes », sans continuité narrative. Il vit chaque journée, détachée des autres, comme une occasion de mise en scène personnelle, mais pas comme une étape dans un processus coordonné à long terme.

Pour beaucoup de ceux qui le soutiennent, au contraire, et malgré ses indiscutables et massives failles caractérielles, Trump a des lignes de force déterminées et constantes. Le soutien à Israël en a indiscutablement fait partie. Il faut espérer qu’il en est toujours de même, même si les Israéliens doivent se mesurer à la réalité de la situation et à toutes les éventualités possibles. Car pour Israël, espérer la paix avec le régime iranien tel qu’il est serait une illusion impardonnable.

Spielberg ne se lasse pas de regarder les étoiles

Disclosure Day, le Spielberg « nouveau » est un grand cru, selon Laurent Silvestrini


Âgé de 79 ans, le golden boy hollywoodien prouve avec son 37e long-métrage qu’il est toujours le maître incontesté des thrillers de science-fiction, où la candeur enfantine sert de salvatrice médiation « trans-espèces » avec de bienveillants aliens, pourtant rudoyés et malmenés par les autorités officielles.

Et face au grand fracas du monde, le salut ne se situe pas forcément du côté que l’on croit. Quitte à redonner de la vigueur aux théories conspirationnistes les plus insensées dans un pays à la prétention messianique, qui semble avoir érigé la post-vérité en dogme indépassable…

« Ma curiosité et ma fascination pour les vies ailleurs s’expliquent par le fait que je suis une personne très curieuse. Cela remonte précisément au jour où mon père m’a fait découvrir l’astronomie quand j’avais cinq ans, pendant une pluie d’étoiles filantes. Je n’oublierai jamais ce moment et à quel point il m’a affecté. Je regarde toujours le ciel sans crainte, mais avec émerveillement » déclarait le cinéaste lors d’une récente interview face aux médias français.

4e long métrage sur les petits hommes verts

Une obsession qui le conduit dès l’âge de dix-sept ans à réaliser son premier long-métrage amateur avec une caméra 8 mm, aujourd’hui partiellement perdu : Firelight. Puis à récidiver entre la fin des années 70 et le début des années 80 avec deux formidables bornes dans l’Histoire de la science-fiction mondiale, consacrant l’ère des blockbusters familiaux et des « popcorn movies » : Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982). À rebours d’un genre qui avait jusqu’ici coutume de présenter les aliens comme des menaces pour l’homo americanus — métaphore à peine déguisée des dangers « rouges » et atomiques représentés par l’U.R.S.S. ou la Chine populaire (La Chose d’un autre monde, Les Envahisseurs de la planète rouge, Les Soucoupes volantes attaquent, etc.) —, Spielberg fait preuve d’une profonde empathie à l’égard de ces entités venues d’ailleurs. Nuance importante : sa version nihiliste de La Guerre des mondes (2005), à la suite du trauma national représenté par les attentats du 11-Septembre, tend à réancrer un chaos sur Terre par le truchement d’impitoyables tripodes guerriers face à une famille nucléaire éclatée — époustouflante prestation de Tom Cruise en père divorcé.

Emily Blunt

Plus récemment, après une incursion ludique dans la comédie musicale avec le très stimulant West Side Story (2021), puis une plongée autobiographique dans son enfance et sa jeunesse avec le bouleversant The Fabelmans (2022), notre magicien surdoué nous propose une quatrième variation extra-terrestre avec ce fort intrigant Disclosure Day (que l’on pourrait traduire par « Jour de la révélation / de la transparence »), dans une optique de quête ultime de la Vérité. Mais davantage qu’un énième film sur les mystérieux aliens jouant à cache-cache avec nous, Spielberg prend plaisir à piloter un incroyable « actioner » paranoïaque et conspirationniste, convoquant simultanément le meilleur de la première période hitchcockienne (Chantage, Les 39 Marches, Agent secret), les œuvres maîtresses du Nouvel Hollywood politique (À cause d’un assassinat, Les Hommes du Président, Les 3 Jours du Condor, Marathon Man), tout en surpassant certains efforts d’un Nolan (Tenet) ou d’un Shyamalan — impossible de ne pas penser à Signes et à Knock at the Cabin. Sans compter les savoureux clins d’œil aux franchises d’action et d’espionnage « grand public » Mission : Impossible et James Bond.

Foi, croyance et transparence

Le script concocté par le fidèle David Koepp (Jurassic Park, La Guerre des mondes, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal) est d’une redoutable efficacité. Alors que le monde bascule inexorablement vers une Troisième Guerre Mondiale — menaces nucléaires russes, tensions en Corée de part et d’autre du 38e parallèle, fermeture des frontières en Europe en dépit du traité de Schengen —, deux quadragénaires américains que tout oppose prennent conscience de leur statut d’élus et d’intermédiaires entre l’Espace et la Terre. Lui, c’est le bien nommé Daniel Kellner (Josh O’Connor), passionné de mathématiques — « le grand livre de l’Univers », reléguant quelque peu la Bible au second plan — et expert en cybersécurité. Travaillant pour une société secrète, Wardex, liée au complexe militaro-industriel du gouvernement fédéral, il dérobe dans un accès de folie — ou de lucidité — plusieurs archives déclassifiées remontant symboliquement à l’incident de Roswell (Nouveau-Mexique) : cet écrasement d’un objet non identifié au sol, survenu le 4 juillet 1947 et révélé au grand jour seulement en 1980 (publication du livre The Roswell Incident de Charles Berlitz et William Moore), véritable accélérateur de particules pour toutes les thèses pro-ufologiques… et par voie de conséquence conspirationnistes. Elle, c’est Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne câblée de Kansas City — un patronyme éloquent, Fairchild signifiant littéralement « l’enfant juste et vertueuse ». Sa vie se voit radicalement bouleversée lorsqu’elle aperçoit un cardinal rouge s’introduire comme par effraction dans son luxueux appartement, scène cocasse qui la renvoie à un rêve récurrent d’enfance tout en lui conférant subrepticement de mystérieux super-pouvoirs : la faculté de parler plusieurs langues, et non des moindres — russe, coréen et « alien » —, révélée dans une scène à la fois stupéfiante et glaçante, qui pourrait bien faire date dans l’Histoire du cinéma science-fictionnel. Autres pouvoirs développés : la télépathie et l’usurpation d’identités de personnes décédées pour duper son entourage et devenir inarrêtable. Par un incroyable concours de circonstances et un subtil entrelacs de récits et de trajectoires individuelles, nos deux héros « malgré eux » vont finir par entrer en contact et faire cause commune afin d’échapper aux sbires de la milice paramilitaire — pour révéler enfin au monde entier « connecté » le contenu de ces fichiers déclassifiés… entrant évidemment en résonance avec les récentes vagues de déclassifications réelles du Pentagone sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Josh O’Connor

Nous ne dévoilerons évidemment pas l’étourdissante issue de cette cavale à travers une certaine Amérique profonde — celle du Midwest, ironiquement l’un des bastions du trumpisme (est-ce conscient de la part d’un auteur pro-démocrate ?) —, mais précisons que la clé du mystère réside dans le pacte empathique noué entre les enfants et les aliens dissimulés en animaux des forêts : cerfs, renards… et cardinaux rouges au chant mélodieux. Fidèle à sa passion pour la transparence dans « la plus grande démocratie du monde » (mais l’est-elle véritablement encore ?), Spielberg, ex-héraut (et héros) du Nouvel Hollywood, continue de régler ses comptes avec toute forme d’opacité et de malveillance, qu’il fait clairement remonter à la présidence Nixon (1969-1974), plusieurs fois mise en accusation dans son film. Déjà, Pentagon Papers (2017) communiquait furieusement avec le scandale du Watergate, jadis sublimé par Alan J. Pakula dans le film précédemment mentionné (Les Hommes du Président, 1976).

Mais le plus vertigineux se situe sans doute ailleurs. À l’instar du célèbre slogan de X-FilesLa vérité est ailleurs ») — série qui n’aurait sans doute jamais existé sans l’apport visionnaire et décisif du réalisateur de Rencontres du troisième type —, Spielberg se dit intimement persuadé que les aliens existent et vivent sur Terre, à nos côtés, ici et maintenant, tout en subissant le traitement de choc que leur infligent autorités gouvernementales et forces armées états-uniennes. Certains plans traumatiques du film convoquent par ailleurs une imagerie concentrationnaire pouvant rappeler La Liste de Schindler — référence jugée incongrue par les critiques les plus sévères, qui ont préféré dénoncer la paresse et la complaisance de Spielberg plutôt que saluer la maîtrise d’un film-somme dialoguant avec l’abondante filmographie de son auteur, tout en établissant des ponts particulièrement pertinents et stimulants avec notre époque de post-vérité et de post-modernité.

Ne cherchez donc plus le blockbuster d’auteur de votre été… et de votre année. On ne peut qu’être admiratifs devant ce génie à l’orée de ses 80 printemps, qui nous offre le plus beau des cadeaux : celui d’une jeunesse éternelle de cinéphile perpétuellement curieux et émerveillé face à un monde de plus en plus cryptique et insensé… où tout semble désormais possible, même l’impensable !

2h25

Restore Britain: le Reconquête! à l’anglaise

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Depuis son exclusion de Reform UK, le parti de Nigel Farage, en mars 2025, Rupert Lowe a lancé son propre parti sur une ligne politique nettement plus radicale et pleinement assumée.


L’actuel député (MP) de Great Yarmouth, ancien élu au Parlement européen sous l’étiquette Reform UK, s’est fait connaître du grand public via une vidéo publiée sur X, déjà créditée de plus de 40 millions de vues (voir plus bas). Il y enchaîne les déclarations coup de poing : « Des millions doivent partir », « Nous allons discriminer ». Le ton est posé. Restore Britain ne cherche pas à ménager les sensibilités.

A lire aussi, Mathieu Bock-Côté: «La France est un lieu d’expansion du Sud global»

Ce qui sépare Lowe de son ancien parti ne relève pas du détail. Sur l’immigration d’abord ; là où Reform UK brandit des promesses, Lowe exige des actes : expulsions massives, détention des clandestins, réimmigration assumée. Il accuse Farage d’être fondamentalement « mou » sur le sujet qui a pourtant fait sa fortune politique. Sur l’identité ensuite ; Lowe va plus loin en contestant la présence même de ressortissants étrangers fussent-ils naturalisés britanniques à des postes élus. Il vise nommément des figures comme Zia Yusuf, son ancien président de parti, dont les origines pakistanaises lui semblent incompatibles avec la représentation des intérêts britanniques. Il fustige enfin ce qu’il perçoit comme une dérive « woke » de Reform, citant en exemple un conseiller du parti ayant fondé un club de football BAME1 qu’il qualifie sans détour de « racisme anti-blanc ». Lowe reproche à Farage d’avoir construit un « parti de protestation » géré de façon messianique, incapable de porter la rupture radicale qu’attend selon lui la frange la plus dure de l’électorat patriote. Là où Reform veut réformer, Restore Britain entend restaurer et la nuance est un programme.

Le parti enregistre déjà près de 100 000 adhérents, 300 000 abonnés sur X, ainsi que le soutien affiché d’Elon Musk, le détenteur de ce dernier. Le parti oscille déjà entre 7 et 14 % d’intentions de vote selon les sondages, performances remarquables pour une formation toute récente.

Le parallèle avec Éric Zemmour chez nous s’impose naturellement. Même trajectoire de rupture avec la droite établie jugée trop timorée, même combat identitaire, frontal contre l’immigration légale comme illégale et même revendication d’une remigration assumée. La différence de profil: Zemmour journaliste, Lowe homme d’affaires et élu ne masque pas la convergence idéologique. Et si Zemmour n’a pas remporté la présidentielle, sa poussée dans les sondages avait révélé un électorat que les partis traditionnels ne captaient plus. Électorat qui s’est finalement rabattu sur Marine le Pen. Les Britanniques semblent traverser le même mouvement.

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La grille de lecture est désormais claire : si Reform UK est le Rassemblement national anglais, Restore Britain en est l’équivalent de Reconquête!. Un parti qui, à l’image de son homologue français, pourrait paradoxalement consolider Reform UK dans un rôle de droite « raisonnable » exactement comme Reconquête a parfois rendu service au RN en le faisant paraître modéré par comparaison. Presque un parti de gauche, pour certains. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance européenne plus large : des populations qui, confrontées à des mutations culturelles et démographiques profondes, cherchent à renouer avec ce qu’elles perçoivent comme leur identité. Le Royaume-Uni, malgré ou à cause de sa sortie de l’Union européenne, n’échappe pas à cette dynamique. Il l’incarne désormais à sa façon.


  1. Noirs, Asiatiques et membres de minorités ethniques ↩︎

La palme de l’éco-ciné

Au Festival de Cannes, le Prix Ecoprod met en lumière les artistes et productions qui s’engagent enfin dans la transition écologique. Aure Atika a adoré le lauréat japonais de cette année.


Dans Hôtel du Nord, Raymonde (Arletty) balance à Edmond (Louis Jouvet) une des plus célèbres répliques du cinéma : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Si le film de Marcel Carné avait été réalisé de nos jours et présenté au dernier Festival de Cannes, peut-être aurait-il été en compétition pour le prix Ecoprod, du nom de l’association qui l’a créé, afin de récompenser les films les plus « écoresponsables ».

Sans doute, un membre du jury écologiste aurait-il relevé «  la manière subtile avec laquelle le scénariste a abordé un des problèmes majeurs de notre époque, à savoir le rejet par l’homme du CO₂ dans l’atmosphère ». Cela aurait-il suffi pour remporter le prix en question ? Probablement pas : pointilleuse, l’association Ecoprod, qui a calculé qu’une heure de contenu cinématographique émettait en moyenne 16 tonnes de CO₂ , tient à récompenser les équipes cinématographiques réduisant le plus possible leur « impact environnemental » en termes de transports, de décors, d’hébergement et d’alimentation.

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Pour ce faire, elle met à la disposition des réalisateurs un « calculateur carbone » homologué par le CNC qui, de son côté, offre une prime de 28 000 euros aux productions qui, ayant quémandé une subvention, respectent certains engagements de sobriété et réduisent ainsi drastiquement leur « bilan carbone », nous apprend le média Reporterre. Cette année, c’est le film de Ryusuke Hamaguchi, Soudain, qui a remporté le prix Ecoprod. Vertueux comme pas deux, le réalisateur japonais a non seulement entraîné ses équipes techniques sur le chemin de l’écologie mais, « dans un souci de cohérence entre la démarche écoresponsable et le sujet humaniste du film », il a également demandé à ses interprètes de « suivre une formation de trois jours à l’humanitude, une méthode de soins visant à accompagner les personnes dépendantes dans le respect de leur dignité ».

Admirative, l’actrice Aure Atika, présidente du jury Ecoprod, a gratifié l’équipe du film d’une réflexion qui restera dans les mémoires : « Comme si la conscience écologique réveillait le sens du collectif. » Quel cinéma !

Le chant de Mars

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«Le Symbole de Paris» est une plongée en «réalité virtuelle» dans l’histoire méconnue du Champ-de-Mars et de la tour Eiffel. Une visite guidée qui sort de l’ordinaire, une ode à Paris. Suivez le guide!


Ah ! le Champ-de-Mars… Ses pelouses pelées, ses marchands à la sauvette, ses légions d’autocars, ses millions de touristes, ses joueurs de bonneteau clandestins, ses pickpockets, ses violeurs nocturnes… et sa tour Eiffel.

Fais comme l’oiseau

L’épicentre du Paris touristique offre depuis des années un visage peu avenant, alors que cet endroit a été l’un des lieux les plus beaux et les mieux pensés de la capitale. Ce gigantesque jardin de 25 hectares ouvert sur la ville[1]– le seul à ne pas posséder de grilles – s’étire aux pieds de la tour la plus célèbre du monde. Il est cependant aussi peu connu des touristes que des Parisiens eux-mêmes. Sa longue histoire méritait d’être racontée.

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C’est ce que propose la start-up française Timescope, dont Causeur avait déjà parlé à l’occasion de sa première excursion sur les bords de Seine, « Les Origines de Paris », munie d’un casque en « réalité virtuelle » afin de remonter le fleuve et ses deux mille ans d’histoire en sons et en images. Sur le même principe, la nouvelle expérience proposée, « Le Symbole de Paris », permet de suivre la construction de la Dame de fer comme si on y était, et plus encore, vue du ciel, comme un oiseau. Mais la quinzaine d’étapes ponctuant la déambulation in situ, qui dure environ une heure, commence par une violente bataille, une cinglante défaite : celle des Parisii, ancêtres gaulois des Parigots, face aux légions romaines. La longue histoire de ce site singulier est marquée par la guerre. L’établissement de l’École militaire au XVIIIe siècle, l’un des plus beaux monuments de Paris lui aussi méconnu, fait du bien nommé Champ-de-Mars le terrain d’exercice des troupes et des cavaliers français. Cela explique que cette vaste étendue soit restée longtemps inconstructible ou dévolue à accueillir quelques événements tout aussi grandioses qu’éphémères.

Vertige

Ainsi en est-il de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, où un cirque à l’Antique a accueilli plus de 500 000 Français réunis autour de la famille royale pour célébrer la Constitution… C’est durant cette cérémonie d’un kitch dont la Révolution avait le secret que Talleyrand, qui y a célébré la seule messe de sa vie, a lancé à La Fayette, au pied de l’autel de la Patrie : « Surtout ne me faites pas rire. »

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« Le Symbole de Paris » nous plonge dans l’effervescence de cette journée, on est assis dans les tribunes, on est le témoin contemporain du passé, de même que, moins de cent ans plus tard, on assiste, dans le bureau de Gustave Eiffel, aux réunions des ingénieurs qui élaborent sa curieuse tour. On la voit sortir progressivement de la terre parisienne jusqu’à son inauguration lors de l’Exposition universelle de 1889. Et oscillant toujours entre le plancher des visiteurs et le ciel de la capitale, on traverse la spectaculaire Salle des Machines de 1889 avant d’observer, avec un brin de vertige, les fastes des Expos suivantes. Paris s’étale sous nos pieds, on porte le regard à l’horizon, et l’on reste ébahi face au spectacle de la ville qui s’illumine dans la nuit tombante. L’épopée du télégraphe sauve la Tour de sa destruction, la Grande Guerre confirme son utilité pour les transmissions militaires et la Seconde Guerre en fait le symbole de l’Occupation puis de la Libération. C’est désormais le symbole de notre tourisme de masse, mais cette visite guidée d’un nouveau genre fait de chacun de ceux qui la suivent un touriste d’un genre nouveau : éclairé.

Informations et réservations : http://www.symboledeparis.com
Tarifs : de 19 à 28 euros.


[1] Lire l’excellent ouvrage collectif auquel a collaboré notre ami Pierre Lamalattie, Le Champ-de-Mars 1900-1930. Art Nouveau-Art Déco, AAM Éditions, 2023

Le Champ-de-Mars 1900-1930

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Affaire Lyhanna: le pouvoir s’affole

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Selon notre chroniqueur, les enfants oubliés pourraient accélérer la révolution populiste qui couve…


Le pouvoir s’affole. Gérald Darmanin en perd sa voix. La Révolution des oubliés[1] est en marche. Le gouvernement improvise des annonces visant à accélérer les actes d’enquêtes concernant les agressions sexuelles contre les enfants et à renforcer les peines pour les violeurs en série. Hier, le Sénat a entendu en urgence le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur, Laurent Nunez. Mais le réveil arrive trop tard. La parole officielle n’est plus crédible. Le meurtre de Lyhanna ne révèle pas seulement une justice naufragée, incapable de protéger les gens, à commencer par les plus fragiles. Plus généralement, l’Etat affaibli laisse voir son renoncement à défendre la nation, son peuple, sa souveraineté, sa cohésion, ses frontières. Lundi, des citoyens ulcérés ont protesté devant des tribunaux. Place Vendôme, face au ministère de la Justice, des indignés ont bravé l’interdiction de manifester, en réclamant la démission d’un Darmanin aphone, hier soir sur CNews.

Des Femen (gauche) côtoient des féministes de Némesis (droite). Des figures de la société civile émergent. Dimanche dernier, le maire divers droite de Fleurance (Gers), Grégory Bobbato, en tête de la marche blanche, s’est imposé par son discours mettant en cause des « défaillances sociétales ». Mardi, Me Pierre Debuisson, avocat de la mère d’une autre fillette, Rosa, violée impunément par Jérôme Barella a annoncé avoir déposé plainte contre l’Etat pour « faute lourde ». L’avocat veut également poursuivre les parquets (d’Auch et de Toulouse) et la gendarmerie pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Il veut traduire Darmanin devant la Cour de Justice de la République. Dans Le Figaro d’hier, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, écrit : « Le peuple se lève. Aujourd’hui, c’est une révolte. Demain, ce sera une révolution ». Elle est déjà là.

A lire aussi, du même auteur: Le peuple en état de légitime défense

Les esprits sont prêts. L’espoir d’une grande bascule est l’idée qui s’installe auprès de ceux qui constatent la faillite du système. Cinquante ans d’erreurs collectives, droite et gauche confondues, ne pourront être corrigées sans rompre avec une classe politique qui se claquemure et s’accroche à ses certitudes. « Il faut entendre le besoin de radicalité dans la société », explique, ce mercredi matin sur RTL, le banquier de gauche Matthieu Pigasse. Cependant le progressisme n’écrit plus l’histoire. Elle lui tourne le dos. La gauche n’est plus hégémonique, même si elle conserve encore ses bastions dans le monde culturel et médiatique. Certes, face au meurtre de Lyhanna, le camp du Bien a oublié ses critiques qui dénonçaient des récupérations politiques à propos des crimes commis contre des jeunes filles par des OQTF. Cette fois, la qualité de Français blanc et européen de Barella ne pose plus ce genre de réticences. Reste que cet assassinat n’efface pas ceux de Lola, de Philippine et de bien d’autres victimes d’immigrés indésirables. Les magistrats, qui protestent ces jours-ci de leur mise en cause, ne comprennent rien à la colère française. Ce sont toutes les institutions, confisquées par des castes populophobes, qui vont avoir à rendre des comptes. La réalité de la révolution du bon sens se lira dans son aboutissement, en mai 2027. Jamais présidentielle n’aura été aussi déterminante pour le destin du pays.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur, Fayard

(Re)découvrir Wallace Stegner, le géant du Montana

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L'écrivain américain Wallace Stegner (1909-1993). Open AI.

Angle d’équilibre (prix Pulitzer 1972), roman le plus ambitieux de Wallace Stegner, a été classé parmi les cent plus grands romans du XXème siècle par The New York Times. La Vie Obstinée (1967) est de la même eau – inoubliable. Stegner, patron des « écrivains du Montana » (Jim Harrison en particulier), National Book Award 1976, est trop oublié. Relisons-le.


Outre la qualité assez remarquable de la langue de Wallace Stegner (restituée, quand même, signalons-le, par la traduction d’un grand monsieur, Éric Chedaille), il y a, dans La Vie Obstinée (1967), trente pages exceptionnelles (p.169-199) qui à elles seules justifient sa lecture – méritent le détour, en somme.

Ces trente pages cardinales disent les difficultés alors (années 60), d’une certaine jeunesse américaine, lectrice de Thoreau, à « s’intégrer », sa confrontation avec un vieux birbe courtois mais assez sombre (et réac) dès qu’il s’agit du monde alentour – et, pour illustrer cette dissonance, la discussion qui s’ensuit avec une jolie jeune femme, Marian, trente ans, une « grâce », « du genre à sauver le monde et à racheter l’humanité »

C’est à elle que Joe, le narrateur, adresse une longue missive, explication-explicitation de certains évènements que l’on taira (vous les découvrirez), qui est aussi le bréviaire d’une vie (celle de Joe) dorénavant occupée seulement du dur désir de durer, obstinément.

Sa conclusion ?  « Sauf pour moi, rien de ce que je vous ai écrit ne revêt aucune espèce d’importance. Mais c’est personnel et c’est grave, deux choses que j’ai toujours trouvées embarrassantes »

A lire aussi: La Fabrique de fantômes: comment Fernando Pessoa a démultiplié la littérature

Au centre (ou au… cœur) de cette longue confession, la mort, à 37 ans, dans un accident (?) de surf, de Curtis, fils du narrateur, « adorateur du soleil » et « adepte de la nausée » : il est trop tard pour l’explication, la réconciliation.

Le divorce entre le fils, rebelle par conformisme (si), et les parents était consommé, depuis longtemps :

« Je ne puis me persuader que Ruth (la mère, l’épouse) ou moi-même ayons grand-chose à voir dans sa corruption. Le vingtième siècle l’a pourri, l’Amérique qu’il méprisait tant l’a pourri, la civilisation industrielle l’a pourri en introduisant chez lui les vices qu’il croyait honnir.
Elle l’a incité à rechercher l’à-peu-près, le matériel, le facile, le criard et le vulgaire, à nommer ces choses liberté, et à les placer au-dessus de la vertu romaine qui, Dieu m’est témoin, est la seule posture morale que je puisse admirer sans réserve. Il a toujours eu recours à des écrans de fumée, politiques ou esthétiques, pour dissimuler son hypocrisie au regard des autres, et peut-être au sien.
Ruth et moi avions toujours cru contre toute évidence qu’il s’en tirerait. Le garçon qui avait tant de mal à devenir un homme allait bien finir par franchir l’obstacle. Une fois qu’il aurait jeté sa gourme, notre fils allait cesser de se sentir obligé de renifler chaque réverbère où un existentialiste camé, un traîne-savates de beatnik, un clochard céleste, avait levé la patte. Le temps viendrait où il n’aurait plus besoin de montrer les dents face aux tendres remontrances de sa mère, où lui et moi pourrions parler, aller voir un match ensemble, boire un verre, discuter d’un livre, sans cette pénible tension, cette méfiance père-fils, cette conscience toujours en éveil de nos différences. Sans jamais nous l’avouer l’un à l’autre, nous avions misé sur le temps, et voilà que le sablier était vide. »

On pardonnera la citation – exceptionnellement longue : on peut ne pas aimer – ce n’est pas « que » gai… – mais elle est exemplaire de la manière Stegner, longue coulée implacable qui ne ménage aucune marge à l’exposé de rêves de liberté – brisés.  Et on y perçoit bien, aussi, le ton Stegner, désenchanté, amer, souvent drôle : « Recalé en sympathie, j’ai eu à peine mention passable en stoïcisme. En revanche, j’ai décroché le premier prix d’ironie – cette calamité, cette escampette, cette cuirasse, ce moyen de rester planqué tout en jouant les esprits forts ». 

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Au départ, il y avait un couple d’éditeurs de Manhattan, Joe et Ruth Allston, qui s’en étaient allés en Californie et avaient tourné le dos à la ville, la civilisation, leurs perversions. Qui avaient tenté en tout cas. En vain : ce n’était pas la ville.

Dans cette Californie profonde, ils avaient eu des voisins insupportables, un hippie lui aussi lecteur de Thoreau (Jim Peck) qui ranimerait, chez Joe, le douloureux souvenir de houleuses conversations avec son fils – et le sentiment de l’injustice, à considérer le destin de Marian, leur adorable voisine, enceinte et atteinte d’un cancer.

Jim Harrison disait souvent qu’il écrivait « pour créer de nouvelles femmes à aimer ». Marian fut peut-être un de ses modèles, une inspiration. Elle est aimable. Si aimable. La lente chronique de sa mort annoncée est la trame de ce roman où la révolte est partout.

Wallace Stegner a été lauréat du prix Pulitzer en 1972 pour Angle of Repose (Angle d’équilibre, Phébus, 2000) et couronné par le National Book Award en 1976 pour Vue cavalière (Phébus, 1998, rééd. Gallmeister, 2023). Il est mort en 1993 à 89 ans. Jim Harrison le considérait comme son maître. Il est temps de prendre la mesure de ce grand écrivain à la fois résigné et circonspect (voire sceptique), attachant et vivant – à proportion de sa révolte ignée.


La Vie obstinée – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chedaille, Phébus, 344p. (1ère traduction : 1999).

LA VIE OBSTINEE

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Angle d’équilibre – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chedaille – Phébus, 716p. (1ère traduction : 2000).

Angle d'équilibre

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A lire également : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, de France et d’ailleurs, femmes et hommes, entre autres (sourire).

L’appel à la prière islamique, un sujet… mondial

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Kenji Sayed illustre à merveille, par ses provocations dans les sanctuaires japonais suivies de sa victimisation de rigueur, que l’islamisme querelleur est désormais un produit d’exportation mondialisé qui unit la France et le Japon dans un même élan d’aveuglement volontaire. Le coup de gueule d’Aurélien Marq


L’affaire Lyhanna (pardon : la soudaine découverte de l’état de l’institution judiciaire par ceux qui nous gouvernent depuis dix ans) a fait oublier les émeutes (pardon : la « situation globalement sous contrôle » selon le ministre de l’Intérieur) de l’après-match du PSG, qui elle-même avait fait oublier la diffusion de l’appel à la prière islamique, l’adhan, dans plusieurs villes de France (de Marseille au Val-de-Marne). Sans oublier la brillante synthèse par laquelle Thomas Portes résumait ensuite le programme de LFI, fer de lance de la gauche (et conséquence logique de la politique du centre et de la « droite du fric ») : commentant l’analyse de Gabrielle Cluzel sur CNews au sujet de ces adhan, il écrivait « le jour où on fermera cette chaîne de racistes on diffusera des appels partout dans le pays ». Voilà qui a le mérite de la clarté et de la franchise.

Ça alors !

Et voilà qui nous ramène au Japon, et à une affaire totalement délirante, mais terriblement révélatrice, qui fait écho à ce que j’évoquais dans mon précédent article.

A ne pas manquer: Causeur #146 : Peut-on encore vivre ensemble?

Au pays du Soleil Levant, un homme a pris l’habitude de se rendre dans les temples bouddhistes et les sanctuaires shintô pour y réciter l’adhan, « Allah akbar ». Il en diffuse même des vidéos sur TikTok. Les identitaires japonais ayant rapidement creusé le sujet, il s’avère que l’individu, du nom de Kenji Sayed, né Sayed Al-Sherif en Egypte, aurait étudié à Birmingham, serait naturalisé japonais (!), et enseignerait à l’université internationale de Miyazaki où on le voit notamment « expliquer » à de jeunes Japonaises la situation à Gaza. Face à la polémique engendrée par son comportement, il se victimise (ça alors !), prétend respecter la culture et les traditions japonaises (quand tout son comportement démontre le contraire, et qu’on sait ce que le Coran et les hadiths prescrivent au sujet des religions polythéistes comme le shintô), et accuse l’extrême-droite (re- ça alors !).

A lire aussi: Yasukuni: sanctuaire de mémoire ou symbole du nationalisme?

Fait divers isolé, ou fait de société ? Fait universel. Que ce soit dans les rues du Val-de-Marne ou dans la grotte sacrée du Udo-jingu, « Allah akbar » ne veut pas forcément dire « Dieu est grand » mais « le dieu de l’islam est plus grand » (sous-entendu : plus grand que vos dieux, votre art de vivre, votre décence commune, votre culture, votre civilisation). Cela peut ainsi aussi être l’affirmation d’un suprémacisme.

Magalie Thibault pensait bien faire, mais…

Pendant ce temps, la maire (socialiste) de Rosny-sous-Bois a cru bon de se voiler pour se rendre à la mosquée, au titre de ses fonctions de maire, à l’occasion de l’Aïd el-Kébir. Après tout pourquoi pas ? Depuis la vibrante défense de l’islam et du voilement des fillettes par Laurent Nunez, on n’en est plus à ça près. Français ou Japonais, dans dix ans, vingt ans, trente ans, nous ne pourrons pas dire à nos enfants – ou à nos petits-enfants – que nous n’avons rien vu venir de l’islamisation.

Mauvais théâtre à la Scala Paris

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Affaire Frédéric Biessy: quand l’anti-israélisme de salon arme la haine antijuive ordinaire


Le directeur du théâtre parisien La Scala est accusé d’antisémitisme. Pas par moi. Ne banalisons pas cette accusation.

Le 8 juin, plusieurs classes de première d’Île-de-France, dont une du lycée de l’Alliance israélite (aux Pavillons-sous-Bois), participent à un travail théâtral sur le thème « iranien » Femme-Scène-Liberté. Accueillant les élèves pour la représentation finale, le directeur du théâtre, Frédéric Biessy, enfant chéri de la gauche culturelle parisienne, explique que le théâtre est le dernier rempart de la liberté d’expression face à l’extrême droite. Quelle audace. Il fustige au passage cet « abruti de Trump et ce non moins taré de Netanyahou ». Les lieux communs du gauchisme de Park Avenue (comme l’écrit Tom Wolfe). Des propos qui provoquent le malaise d’une partie de la salle et l’enthousiasme bruyant de l’autre.

Finalement, tous les élèves jouent quand même leur pièce. Mais dans les coulisses, des élèves juifs sont pris à partie : « On va vous génocider, barrez-vous », etc. Ce qui aurait dû être un joyeux après-midi de rencontre dans l’amour du théâtre laisse un goût amer. Fureur du Crif et d’associations juives. Finalement, M. Biessy présente ses excuses : « Les propos politiques n’ont pas leur place devant des classes de première et je regrette de les avoir tenus. Mon intention n’a jamais été de viser une religion ou une communauté. » Pour Céline Pina et pas mal de commentateurs, ce sont des excuses hypocrites et honteuses.

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Pour ma part, je crois qu’il est sincère mais qu’il ne comprend pas bien ce qui s’est passé ; que ses propos ont ouvert la voie aux insultes et qu’ils ont offert une sorte de permis d’agir aux élèves ayant tenu des propos insultants. Au préalable, je rappelle que je suis libérale, et qu’on a évidemment le droit de critiquer ou de détester Israël, et même de lui préférer ceux qui souhaitent ouvertement sa destruction (le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran). En revanche, le terme « génocide » utilisé me semble ne pas correspondre à la situation.

Dans le milieu de M. Biessy, traiter MM. Trump et Poutine de tarés ou M. Netanyahou de génocidaire n’est pas une opinion à défendre, mais une vérité. L’ennui, c’est que quand une autorité morale ou culturelle dit ça, ça fait « tilt » chez des gamins qui entendent toute la journée « Israël = Génocide ». Comme juif égale Israël, tout juif est génocidaire, et donc nazi. Et contre eux, tout est permis : la haine devient un devoir moral.

Involontairement, Frédéric Biessy tisse un fil qui va de l’anti-israélisme chic des milieux progressistes à l’antisémitisme de cour d’école. Quand j’étais lycéenne, s’il y avait des antisémites à l’école, ils se cachaient. Personne n’assumait l’antisémitisme. La nouveauté dans cette affaire, c’est que la haine des juifs ne se cache plus : elle est tendance, du collège à l’université. Et des abrutis disent fièrement à une ado venue jouer Antigone qu’on va la génocider. Éduquer, ce n’est pas endoctriner, mais apprendre aux élèves à penser par eux-mêmes. Encore faut-il en être soi-même capable. La faute de Frédéric Biessy, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est le conformisme d’atmosphère.


La fuite d’Ormuz

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© Jonathan Raa/Sipa USA/SIPA

Des pétroliers disparaissent des radars, des cargaisons sont transbordées en mer et des millions de barils continuent de quitter le Golfe malgré les menaces iraniennes. Comme les sanctions qu’elle a elle-même apprises à contourner, l’économie mondiale s’adapte au blocus d’Ormuz. Une adaptation coûteuse, mais qui pourrait affaiblir le principal levier stratégique de Téhéran.


Hier, Donald Trump a affirmé que plus de 100 millions de barils de pétrole avaient déjà traversé le détroit d’Ormuz depuis le début de la crise. Le chiffre mérite d’être discuté dans le détail car le président américain est loin d’être une source sûre. Et même s’il dit vrai, ce qu’on ne peut pas exclure, 100 millions de barils en 100 jours c’est à peu près la quantité qui transitait par le détroit en cinq jours avant la guerre. Cependant, le fait que Trump ait choisi d’en parler, traduit une réalité : contrairement aux scénarios les plus alarmistes évoqués au début de la confrontation avec l’Iran, le détroit n’a jamais été totalement fermé. Les flux énergétiques ont été perturbés, ralentis, rendus plus coûteux et plus complexes, mais ils n’ont pas été interrompus.

Cette réalité explique largement l’évolution des marchés pétroliers. Certes, les prix du brut ont augmenté sous l’effet de la guerre, de l’incertitude géopolitique et de la hausse des primes d’assurance. Mais ils n’ont jamais atteint les niveaux catastrophiques annoncés par certains analystes ni ceux qu’espéraient parfois certains producteurs. La raison en est simple : malgré la crise, l’écart entre l’offre et la demande est moins important qu’on ne le croit. 

Les indices se sont multipliés ces derniers jours. Selon Bloomberg, seize pétroliers se sont regroupés au large d’Oman afin de procéder à des transferts de cargaisons représentant plusieurs millions de barils de pétrole auparavant bloqués dans le Golfe. Cette zone était totalement vide un mois plus tôt. Plus significatif encore, un nombre croissant de navires coupent volontairement leurs transpondeurs afin de traverser discrètement le détroit d’Ormuz. Les données de sites suivi maritime (Trackers) donnent ainsi l’impression d’un trafic réduit alors que les témoignages d’armateurs, les achats asiatiques et les images satellites décrivent une situation très différente où des passages deviennent progressivement plus réguliers et les volumes plus importants.

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L’analyste de marché de l’énergie Anas Alhajji évoque désormais ce phénomène sous le nom de « Hormuz Leak », la fuite d’Ormuz. Selon lui, les Trackers commencent à confirmer ce que plusieurs réseaux privés de renseignement observaient déjà depuis des semaines. Des pétroliers disparus des écrans radars après avoir éteint leurs transpondeurs réapparaissent soudainement très loin de la région, preuve qu’ils ont réussi à franchir le détroit malgré les apparences. Le cas du méthanier Rasheeda de QatarEnergy est particulièrement révélateur. Après plusieurs semaines de silence, le navire a réapparu après avoir franchi le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman. L’absence d’information ne signifie pas l’absence de phénomène.

Cette « fuite d’Ormuz » finit désormais par influencer directement l’équilibre du marché pétrolier mondial. Plus les opérateurs prennent conscience de l’existence de ces flux invisibles, moins les anticipations de pénurie paraissent crédibles. Le pétrole continue d’arriver en Asie. Les cargaisons continuent d’être livrées. Les États producteurs continuent d’exporter.

Le mécanisme est relativement simple. Les gouvernements des pays producteurs utilisent leurs propres flottes de pétroliers pour traverser la zone à risque. Une fois les cargaisons sorties du détroit, elles sont transférées à des navires commerciaux conventionnels qui assurent ensuite le transport vers les clients finaux. Cette organisation réduit fortement l’impact des primes d’assurance (ce sont toujours les mêmes qui traversent le détroit, les autres attendent dehors et donc moins exposés) et contourne une partie des réticences des armateurs privés. Les pétroliers d’État effectuent alors plusieurs rotations successives entre les terminaux du Golfe et les zones de transbordement situées plus à l’est.

Téhéran en réalité incapable de bloquer le trafic durablement

Cette situation révèle également les limites des capacités iraniennes à contrôler cette voie maritime. Depuis le début de la crise, de nombreux observateurs avaient annoncé des essaims de drones, des attaques massives de vedettes rapides ou des salves de missiles balistiques capables de saturer les capacités de la marine américaine et rendre toute navigation impossible. La réalité est beaucoup plus modeste. Les forces iraniennes ont bien tenté plusieurs attaques limitées contre des destroyers américains et quelques navires commerciaux. Quelques drones, quelques vedettes rapides et quelques missiles ont été engagés. L’écrasante majorité a été rapidement neutralisée. Les radars iraniens activés pour guider ces attaques ont souvent été immédiatement repérés puis détruits. Les lanceurs de missiles identifiés ont subi le même sort tout comme les sites de lancement de drones. Les quelques « escarmouches » entre les Etats-Unis et l’Iran depuis le cesser le feu d’avril, ont servi de prétexte aux Américains pour cibler et dégrader le dispositif mis en place par les Gardiens de la Révolution pour renforcer le blocage. L’Iran semble avoir considérablement réduit ses tentatives d’interdiction maritime. Certes, l’Iran possède des capacités importantes de nuisance régionale, mais il peine à projeter durablement sa puissance au-delà de ses côtes face à des marines modernes disposant d’une supériorité aérienne et satellitaire écrasante, sans oublier la qualité de renseignement. Téhéran peut perturber le trafic. Il ne semble pas en mesure de le bloquer complètement.

Le comportement des compagnies maritimes fournit d’ailleurs un autre indice révélateur. Bien avant l’annonce officielle de la fermeture du détroit, de nombreux navires avaient déjà quitté la région ou modifié leurs itinéraires. Les armateurs agissent en fonction des probabilités de risque, non des déclarations diplomatiques. Leur repositionnement constituait en lui-même un signal. L’annonce officielle de fermeture n’a finalement fait que confirmer ce que les professionnels du secteur avaient déjà intégré dans leurs calculs.

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Un autre facteur, souvent négligé, explique la résistance relative des marchés pétroliers. Il s’agit du ralentissement de la demande mondiale. Le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine. Alors que le pays importait habituellement autour de 11 millions de barils par jour, ses achats sont tombés à 7,8 millions de barils quotidiens en mai 2026, soit une baisse de plus de 3 millions de barils par jour, l’équivalent de la consommation cumulée de la France et de l’Italie. Certes, cette chute des importations ne correspond pas intégralement à une baisse de la consommation, Pékin puisant également dans ses réserves stratégiques. Néanmoins, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande réelle chinoise recule d’environ 290 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026. Aux États-Unis, la consommation reste proche de 20 à 21 millions de barils quotidiens et ne diminue que modestement, de l’ordre de 100 000 à 300 000 barils par jour. L’Europe suit une trajectoire comparable, marquée par l’électrification des transports, les gains d’efficacité énergétique et une certaine désindustrialisation, ce qui entraîne une baisse limitée de la demande, généralement comprise entre 0 et 200 000 barils par jour. Dans ces conditions, une partie importante du choc provoqué par les tensions autour d’Ormuz est absorbée non seulement par les stocks et les adaptations logistiques, mais aussi par une demande mondiale moins vigoureuse qu’attendu.

Les réserves stratégiques jouent également un rôle d’amortisseur. Plusieurs pays ont puisé dans leurs stocks d’urgence afin de rassurer les marchés et de compenser temporairement certaines perturbations logistiques. Toutefois, cette explication ne suffit pas. Si les prix demeurent relativement contenus, c’est aussi parce que le marché mondial se trouve aujourd’hui dans une situation très différente de celle des chocs pétroliers des années 1970 ou même du début des années 2000. Les gains d’efficacité énergétique, la progression des véhicules électriques, le ralentissement économique de plusieurs grandes régions du monde et la diversification des approvisionnements limitent l’impact des perturbations géopolitiques.

Circuits parallèles

À bien des égards, le blocage d’Ormuz reproduit une dynamique déjà observée avec les sanctions économiques. Depuis plus d’une décennie, l’Iran, puis la Russie, ont démontré qu’un pays visé par des sanctions peut voir son économie durement affectée sans pour autant être totalement isolé. Des flottes fantômes se sont constitués, des circuits financiers parallèles et des intermédiaires ont émergé. Ces mécanismes de contournement ont un coût important, mais ils finissent par fonctionner et amortir l’effet négatif sur l’acteur sanctionné. Or, avec Ormuz, la situation est inversée. Pour la première fois, ce sont les Iraniens qui tentent d’imposer une forme de sanction au reste du monde en entravant une artère essentielle du commerce énergétique mondial. Mais ils découvrent le même phénomène d’adaptation que celui dont ils ont eux-mêmes bénéficié. Les armateurs modifient leurs itinéraires, les États producteurs mobilisent leurs propres flottes, les cargaisons sont transbordées en mer, les acheteurs puisent dans leurs stocks et de nouveaux circuits logistiques apparaissent. L’Iran se retrouve confronté à une réalité qu’il connaît bien ç savoir qu’il est relativement facile de perturber un marché mais beaucoup plus difficile de l’étouffer durablement. Comme pour les sanctions, le choc initial est réel, mais les acteurs économiques apprennent rapidement à contourner l’obstacle. En voulant fermer Ormuz, Téhéran découvre que l’économie mondiale possède la même capacité d’adaptation que celle dont il a lui-même profité pour survivre aux sanctions occidentales.

Quelles conclusions concrètes en tirer ? La situation demeure difficile. Les perturbations du trafic maritime, les dommages infligés à certaines infrastructures de raffinage ainsi qu’aux capacités de transport continuent de provoquer des tensions sur plusieurs marchés essentiels. Les engrais, l’aluminium et de nombreux produits issus de la pétrochimie sont déjà affectés. L’industrie du plastique subit une hausse de ses coûts tandis que l’agriculture voit augmenter le prix de plusieurs intrants. L’inflation commence à réapparaître avec les conséquences économiques et politiques que l’on connaît. La « fuite d’Ormuz » ne résoudra donc pas la crise. En revanche, elle pourrait modifier son calendrier. Si le monde continue à recevoir davantage de pétrole et de gaz qu’on ne le croyait il y a encore quelques semaines, alors la menace d’une véritable pénurie physique – et non d’une simple hausse des prix – apparaît moins imminente. Cela réduit l’effet de levier de Téhéran. En définitive, les deux compteurs à rebours qui structurent la crise continuent de tourner : celui de la déstabilisation intérieure du régime iranien et celui du ralentissement de l’économie mondiale. Mais ils ne progressent pas au rythme que beaucoup anticipaient. Pour Washington, ce décalage est essentiel. Car dans ce type de confrontation, gagner du temps peut parfois valoir autant qu’obtenir une victoire décisive.

La culture du combat en Israël

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Israël peut-il encore compter sur Trump?

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© CNP/NEWSCOM/SIPA / Maayan Toaf/Israel Gpo/ZUMA/SIPA

« On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n’arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous ! » a déclaré le président américain devant la presse hier, avant de nouvelles frappes contre Téhéran. En Israël, Netanyahu ​se présentera encore une fois aux élections cette année, vient d’annoncer son parti, après que Donald Trump a déclaré ne ​pas savoir si tel serait effectivement le cas. Entre les deux hommes, les désaccords sur la poursuite de la guerre semblent de plus en plus évidents. L’analyse géopolitique de Richard Prasquier.


« You are fucking crazy! » Je suppose que ces termes ne nécessitent pas de traduction. C’étaient apparemment ceux que M. Trump a lancés à M. Netanyahu le 1er juin après une attaque contre le Hezbollah au Liban, en même temps qu’il prétendait que sans son aide, le Premier ministre israélien serait en prison.

Mais le 7 juin, Israël lance une nouvelle attaque contre le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ; l’Iran réagit en envoyant pour la première fois depuis deux mois des missiles sur Israël, lesquels sont tous interceptés. Trump déclare que c’est lui et non Netanyahu qui mène le jeu, mais ce dernier envoie l’aviation israélienne bombarder des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique. Cependant, il ne va pas plus loin. Il y a eu la guerre des douze jours, la guerre des quarante jours ; cette fois, c’était la guerre d’un jour ! En fait, avec le régime iranien actuel, la guerre ne peut être que permanente, car pour Israël, c’est une question de survie.

États-Unis : un agenda très chargé

Par contraste, Donald Trump s’est félicité le 8 juin de l’avancement de ce qu’il appelait des « négociations de paix », et J.D. Vance a précisé que les Américains négociaient, que cela plaise ou non à Israël, seulement sur la dénucléarisation de l’Iran, et que les propositions américaines étaient irrésistibles.

Et puis, le 10 juin, Trump déclare que la réponse de ses interlocuteurs iraniens est décevante et que l’Iran va en payer le prix. Des menaces vides comme d’habitude, pense-t-on. Puis, un hélicoptère américain est abattu et les Américains frappent des sites iraniens de défense antiaérienne et de surveillance radar. Que nous réserve le 11 juin ?

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Des déclarations si contradictoires qu’on a suspecté des connexions boursières inavouables ne font que renforcer l’affligeante impression que Donald Trump, refusant d’envoyer des troupes au sol, sous-estimant la préparation du régime iranien et sa détermination féroce, négligeant de prévoir le blocage du détroit d’Ormuz, s’était lancé dans une guerre qu’il croyait courte et facile et se trouve dans un guêpier dont il veut sortir tout en gardant un récit glorieux. Il est pressé. Son calendrier, les Iraniens le connaissent mieux que quiconque : le 14 juin, son 80e anniversaire ; le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet ; la finale d’une énorme Coupe du monde de football le 19 ; le 25e anniversaire du 11 septembre et la campagne électorale d’automne qui s’achèvera le 3 novembre avec les midterms, où le prix du gallon d’essence jouera plus que les considérations géostratégiques.

Les propositions américaines réelles sont inconnues, mais l’impression est que Trump craint de reprendre vraiment les hostilités en raison des effets secondaires possibles. Cette position permet aux Iraniens de se positionner en résistants victorieux, de réclamer le versement de dédommagements, d’exiger la protection du Liban contre la furie israélienne — c’est-à-dire, en fait, de garder ce pays sous l’emprise d’un Hezbollah qui l’a complètement gangrené.

Les Iraniens refuseront de toucher à leur arsenal de missiles — leur seule protection, disent-ils, contre les attaques israéliennes — et, évidemment, il ne sera pas question de la population iranienne, dont le sort n’émeut guère un président américain au niveau zéro d’empathie.

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Il reste le nucléaire : les 440 kg d’uranium enrichi bien au-delà des nécessités civiles, cachés on ne sait où, et au sujet desquels les dirigeants iraniens se divisent entre ceux qui refusent d’en parler et ceux qui voudraient faire semblant de les livrer. On pourrait ne plus savoir où en est une partie, ou accepter des contrôles de l’AIEA pour l’expulser quand la flotte américaine sera repartie, ou bien laisser le stock chez Asim Munir, le tout-puissant maréchal pakistanais. Celui-ci, hôte des négociations, est devenu le maréchal favori de Donald Trump depuis qu’il a proposé ce dernier pour le prix Nobel de la paix pour avoir brièvement servi de médiateur dans le conflit entre le Pakistan et l’Inde. Asim Munir, un musulman très fervent par ailleurs, connaît le grand goût du président américain pour la flatterie…

J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

Si un accord est signé, on peut compter sur Trump pour expliquer qu’il n’a rien à voir avec les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, qui portent la marque abhorrée d’Obama.

Psychologie trumpienne

Même en cas de négociations à l’évidence bâclées, Trump, qui, par son indifférence à la vérité et son narcissisme exacerbé, s’est forgé une résilience exceptionnelle, croira et réussira à faire croire à ses partisans que cet échec est une victoire. Selon le psychologue américain Dan McAdams, qui a publié une étude sur lui, Trump est un homme « à épisodes », sans continuité narrative. Il vit chaque journée, détachée des autres, comme une occasion de mise en scène personnelle, mais pas comme une étape dans un processus coordonné à long terme.

Pour beaucoup de ceux qui le soutiennent, au contraire, et malgré ses indiscutables et massives failles caractérielles, Trump a des lignes de force déterminées et constantes. Le soutien à Israël en a indiscutablement fait partie. Il faut espérer qu’il en est toujours de même, même si les Israéliens doivent se mesurer à la réalité de la situation et à toutes les éventualités possibles. Car pour Israël, espérer la paix avec le régime iranien tel qu’il est serait une illusion impardonnable.

Spielberg ne se lasse pas de regarder les étoiles

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Téléphone maison ? © Universal Pictures France

Disclosure Day, le Spielberg « nouveau » est un grand cru, selon Laurent Silvestrini


Âgé de 79 ans, le golden boy hollywoodien prouve avec son 37e long-métrage qu’il est toujours le maître incontesté des thrillers de science-fiction, où la candeur enfantine sert de salvatrice médiation « trans-espèces » avec de bienveillants aliens, pourtant rudoyés et malmenés par les autorités officielles.

Et face au grand fracas du monde, le salut ne se situe pas forcément du côté que l’on croit. Quitte à redonner de la vigueur aux théories conspirationnistes les plus insensées dans un pays à la prétention messianique, qui semble avoir érigé la post-vérité en dogme indépassable…

« Ma curiosité et ma fascination pour les vies ailleurs s’expliquent par le fait que je suis une personne très curieuse. Cela remonte précisément au jour où mon père m’a fait découvrir l’astronomie quand j’avais cinq ans, pendant une pluie d’étoiles filantes. Je n’oublierai jamais ce moment et à quel point il m’a affecté. Je regarde toujours le ciel sans crainte, mais avec émerveillement » déclarait le cinéaste lors d’une récente interview face aux médias français.

4e long métrage sur les petits hommes verts

Une obsession qui le conduit dès l’âge de dix-sept ans à réaliser son premier long-métrage amateur avec une caméra 8 mm, aujourd’hui partiellement perdu : Firelight. Puis à récidiver entre la fin des années 70 et le début des années 80 avec deux formidables bornes dans l’Histoire de la science-fiction mondiale, consacrant l’ère des blockbusters familiaux et des « popcorn movies » : Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982). À rebours d’un genre qui avait jusqu’ici coutume de présenter les aliens comme des menaces pour l’homo americanus — métaphore à peine déguisée des dangers « rouges » et atomiques représentés par l’U.R.S.S. ou la Chine populaire (La Chose d’un autre monde, Les Envahisseurs de la planète rouge, Les Soucoupes volantes attaquent, etc.) —, Spielberg fait preuve d’une profonde empathie à l’égard de ces entités venues d’ailleurs. Nuance importante : sa version nihiliste de La Guerre des mondes (2005), à la suite du trauma national représenté par les attentats du 11-Septembre, tend à réancrer un chaos sur Terre par le truchement d’impitoyables tripodes guerriers face à une famille nucléaire éclatée — époustouflante prestation de Tom Cruise en père divorcé.

Emily Blunt

Plus récemment, après une incursion ludique dans la comédie musicale avec le très stimulant West Side Story (2021), puis une plongée autobiographique dans son enfance et sa jeunesse avec le bouleversant The Fabelmans (2022), notre magicien surdoué nous propose une quatrième variation extra-terrestre avec ce fort intrigant Disclosure Day (que l’on pourrait traduire par « Jour de la révélation / de la transparence »), dans une optique de quête ultime de la Vérité. Mais davantage qu’un énième film sur les mystérieux aliens jouant à cache-cache avec nous, Spielberg prend plaisir à piloter un incroyable « actioner » paranoïaque et conspirationniste, convoquant simultanément le meilleur de la première période hitchcockienne (Chantage, Les 39 Marches, Agent secret), les œuvres maîtresses du Nouvel Hollywood politique (À cause d’un assassinat, Les Hommes du Président, Les 3 Jours du Condor, Marathon Man), tout en surpassant certains efforts d’un Nolan (Tenet) ou d’un Shyamalan — impossible de ne pas penser à Signes et à Knock at the Cabin. Sans compter les savoureux clins d’œil aux franchises d’action et d’espionnage « grand public » Mission : Impossible et James Bond.

Foi, croyance et transparence

Le script concocté par le fidèle David Koepp (Jurassic Park, La Guerre des mondes, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal) est d’une redoutable efficacité. Alors que le monde bascule inexorablement vers une Troisième Guerre Mondiale — menaces nucléaires russes, tensions en Corée de part et d’autre du 38e parallèle, fermeture des frontières en Europe en dépit du traité de Schengen —, deux quadragénaires américains que tout oppose prennent conscience de leur statut d’élus et d’intermédiaires entre l’Espace et la Terre. Lui, c’est le bien nommé Daniel Kellner (Josh O’Connor), passionné de mathématiques — « le grand livre de l’Univers », reléguant quelque peu la Bible au second plan — et expert en cybersécurité. Travaillant pour une société secrète, Wardex, liée au complexe militaro-industriel du gouvernement fédéral, il dérobe dans un accès de folie — ou de lucidité — plusieurs archives déclassifiées remontant symboliquement à l’incident de Roswell (Nouveau-Mexique) : cet écrasement d’un objet non identifié au sol, survenu le 4 juillet 1947 et révélé au grand jour seulement en 1980 (publication du livre The Roswell Incident de Charles Berlitz et William Moore), véritable accélérateur de particules pour toutes les thèses pro-ufologiques… et par voie de conséquence conspirationnistes. Elle, c’est Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne câblée de Kansas City — un patronyme éloquent, Fairchild signifiant littéralement « l’enfant juste et vertueuse ». Sa vie se voit radicalement bouleversée lorsqu’elle aperçoit un cardinal rouge s’introduire comme par effraction dans son luxueux appartement, scène cocasse qui la renvoie à un rêve récurrent d’enfance tout en lui conférant subrepticement de mystérieux super-pouvoirs : la faculté de parler plusieurs langues, et non des moindres — russe, coréen et « alien » —, révélée dans une scène à la fois stupéfiante et glaçante, qui pourrait bien faire date dans l’Histoire du cinéma science-fictionnel. Autres pouvoirs développés : la télépathie et l’usurpation d’identités de personnes décédées pour duper son entourage et devenir inarrêtable. Par un incroyable concours de circonstances et un subtil entrelacs de récits et de trajectoires individuelles, nos deux héros « malgré eux » vont finir par entrer en contact et faire cause commune afin d’échapper aux sbires de la milice paramilitaire — pour révéler enfin au monde entier « connecté » le contenu de ces fichiers déclassifiés… entrant évidemment en résonance avec les récentes vagues de déclassifications réelles du Pentagone sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Josh O’Connor

Nous ne dévoilerons évidemment pas l’étourdissante issue de cette cavale à travers une certaine Amérique profonde — celle du Midwest, ironiquement l’un des bastions du trumpisme (est-ce conscient de la part d’un auteur pro-démocrate ?) —, mais précisons que la clé du mystère réside dans le pacte empathique noué entre les enfants et les aliens dissimulés en animaux des forêts : cerfs, renards… et cardinaux rouges au chant mélodieux. Fidèle à sa passion pour la transparence dans « la plus grande démocratie du monde » (mais l’est-elle véritablement encore ?), Spielberg, ex-héraut (et héros) du Nouvel Hollywood, continue de régler ses comptes avec toute forme d’opacité et de malveillance, qu’il fait clairement remonter à la présidence Nixon (1969-1974), plusieurs fois mise en accusation dans son film. Déjà, Pentagon Papers (2017) communiquait furieusement avec le scandale du Watergate, jadis sublimé par Alan J. Pakula dans le film précédemment mentionné (Les Hommes du Président, 1976).

Mais le plus vertigineux se situe sans doute ailleurs. À l’instar du célèbre slogan de X-FilesLa vérité est ailleurs ») — série qui n’aurait sans doute jamais existé sans l’apport visionnaire et décisif du réalisateur de Rencontres du troisième type —, Spielberg se dit intimement persuadé que les aliens existent et vivent sur Terre, à nos côtés, ici et maintenant, tout en subissant le traitement de choc que leur infligent autorités gouvernementales et forces armées états-uniennes. Certains plans traumatiques du film convoquent par ailleurs une imagerie concentrationnaire pouvant rappeler La Liste de Schindler — référence jugée incongrue par les critiques les plus sévères, qui ont préféré dénoncer la paresse et la complaisance de Spielberg plutôt que saluer la maîtrise d’un film-somme dialoguant avec l’abondante filmographie de son auteur, tout en établissant des ponts particulièrement pertinents et stimulants avec notre époque de post-vérité et de post-modernité.

Ne cherchez donc plus le blockbuster d’auteur de votre été… et de votre année. On ne peut qu’être admiratifs devant ce génie à l’orée de ses 80 printemps, qui nous offre le plus beau des cadeaux : celui d’une jeunesse éternelle de cinéphile perpétuellement curieux et émerveillé face à un monde de plus en plus cryptique et insensé… où tout semble désormais possible, même l’impensable !

2h25

Restore Britain: le Reconquête! à l’anglaise

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Rupert Lowe, ancien membre de Reform UK et actuel dirigeant de Restore Britain, arrive à la Cour royale de justice pour son audience contre le Système indépendant de traitement des plaintes et des griefs, le 17 mars 2026. © Vuk Valcic / SOPA/SIPA

Depuis son exclusion de Reform UK, le parti de Nigel Farage, en mars 2025, Rupert Lowe a lancé son propre parti sur une ligne politique nettement plus radicale et pleinement assumée.


L’actuel député (MP) de Great Yarmouth, ancien élu au Parlement européen sous l’étiquette Reform UK, s’est fait connaître du grand public via une vidéo publiée sur X, déjà créditée de plus de 40 millions de vues (voir plus bas). Il y enchaîne les déclarations coup de poing : « Des millions doivent partir », « Nous allons discriminer ». Le ton est posé. Restore Britain ne cherche pas à ménager les sensibilités.

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Ce qui sépare Lowe de son ancien parti ne relève pas du détail. Sur l’immigration d’abord ; là où Reform UK brandit des promesses, Lowe exige des actes : expulsions massives, détention des clandestins, réimmigration assumée. Il accuse Farage d’être fondamentalement « mou » sur le sujet qui a pourtant fait sa fortune politique. Sur l’identité ensuite ; Lowe va plus loin en contestant la présence même de ressortissants étrangers fussent-ils naturalisés britanniques à des postes élus. Il vise nommément des figures comme Zia Yusuf, son ancien président de parti, dont les origines pakistanaises lui semblent incompatibles avec la représentation des intérêts britanniques. Il fustige enfin ce qu’il perçoit comme une dérive « woke » de Reform, citant en exemple un conseiller du parti ayant fondé un club de football BAME1 qu’il qualifie sans détour de « racisme anti-blanc ». Lowe reproche à Farage d’avoir construit un « parti de protestation » géré de façon messianique, incapable de porter la rupture radicale qu’attend selon lui la frange la plus dure de l’électorat patriote. Là où Reform veut réformer, Restore Britain entend restaurer et la nuance est un programme.

Le parti enregistre déjà près de 100 000 adhérents, 300 000 abonnés sur X, ainsi que le soutien affiché d’Elon Musk, le détenteur de ce dernier. Le parti oscille déjà entre 7 et 14 % d’intentions de vote selon les sondages, performances remarquables pour une formation toute récente.

Le parallèle avec Éric Zemmour chez nous s’impose naturellement. Même trajectoire de rupture avec la droite établie jugée trop timorée, même combat identitaire, frontal contre l’immigration légale comme illégale et même revendication d’une remigration assumée. La différence de profil: Zemmour journaliste, Lowe homme d’affaires et élu ne masque pas la convergence idéologique. Et si Zemmour n’a pas remporté la présidentielle, sa poussée dans les sondages avait révélé un électorat que les partis traditionnels ne captaient plus. Électorat qui s’est finalement rabattu sur Marine le Pen. Les Britanniques semblent traverser le même mouvement.

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La grille de lecture est désormais claire : si Reform UK est le Rassemblement national anglais, Restore Britain en est l’équivalent de Reconquête!. Un parti qui, à l’image de son homologue français, pourrait paradoxalement consolider Reform UK dans un rôle de droite « raisonnable » exactement comme Reconquête a parfois rendu service au RN en le faisant paraître modéré par comparaison. Presque un parti de gauche, pour certains. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance européenne plus large : des populations qui, confrontées à des mutations culturelles et démographiques profondes, cherchent à renouer avec ce qu’elles perçoivent comme leur identité. Le Royaume-Uni, malgré ou à cause de sa sortie de l’Union européenne, n’échappe pas à cette dynamique. Il l’incarne désormais à sa façon.


  1. Noirs, Asiatiques et membres de minorités ethniques ↩︎

La palme de l’éco-ciné

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D.R.

Au Festival de Cannes, le Prix Ecoprod met en lumière les artistes et productions qui s’engagent enfin dans la transition écologique. Aure Atika a adoré le lauréat japonais de cette année.


Dans Hôtel du Nord, Raymonde (Arletty) balance à Edmond (Louis Jouvet) une des plus célèbres répliques du cinéma : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Si le film de Marcel Carné avait été réalisé de nos jours et présenté au dernier Festival de Cannes, peut-être aurait-il été en compétition pour le prix Ecoprod, du nom de l’association qui l’a créé, afin de récompenser les films les plus « écoresponsables ».

Sans doute, un membre du jury écologiste aurait-il relevé «  la manière subtile avec laquelle le scénariste a abordé un des problèmes majeurs de notre époque, à savoir le rejet par l’homme du CO₂ dans l’atmosphère ». Cela aurait-il suffi pour remporter le prix en question ? Probablement pas : pointilleuse, l’association Ecoprod, qui a calculé qu’une heure de contenu cinématographique émettait en moyenne 16 tonnes de CO₂ , tient à récompenser les équipes cinématographiques réduisant le plus possible leur « impact environnemental » en termes de transports, de décors, d’hébergement et d’alimentation.

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Pour ce faire, elle met à la disposition des réalisateurs un « calculateur carbone » homologué par le CNC qui, de son côté, offre une prime de 28 000 euros aux productions qui, ayant quémandé une subvention, respectent certains engagements de sobriété et réduisent ainsi drastiquement leur « bilan carbone », nous apprend le média Reporterre. Cette année, c’est le film de Ryusuke Hamaguchi, Soudain, qui a remporté le prix Ecoprod. Vertueux comme pas deux, le réalisateur japonais a non seulement entraîné ses équipes techniques sur le chemin de l’écologie mais, « dans un souci de cohérence entre la démarche écoresponsable et le sujet humaniste du film », il a également demandé à ses interprètes de « suivre une formation de trois jours à l’humanitude, une méthode de soins visant à accompagner les personnes dépendantes dans le respect de leur dignité ».

Admirative, l’actrice Aure Atika, présidente du jury Ecoprod, a gratifié l’équipe du film d’une réflexion qui restera dans les mémoires : « Comme si la conscience écologique réveillait le sens du collectif. » Quel cinéma !

Le chant de Mars

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DR.

«Le Symbole de Paris» est une plongée en «réalité virtuelle» dans l’histoire méconnue du Champ-de-Mars et de la tour Eiffel. Une visite guidée qui sort de l’ordinaire, une ode à Paris. Suivez le guide!


Ah ! le Champ-de-Mars… Ses pelouses pelées, ses marchands à la sauvette, ses légions d’autocars, ses millions de touristes, ses joueurs de bonneteau clandestins, ses pickpockets, ses violeurs nocturnes… et sa tour Eiffel.

Fais comme l’oiseau

L’épicentre du Paris touristique offre depuis des années un visage peu avenant, alors que cet endroit a été l’un des lieux les plus beaux et les mieux pensés de la capitale. Ce gigantesque jardin de 25 hectares ouvert sur la ville[1]– le seul à ne pas posséder de grilles – s’étire aux pieds de la tour la plus célèbre du monde. Il est cependant aussi peu connu des touristes que des Parisiens eux-mêmes. Sa longue histoire méritait d’être racontée.

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C’est ce que propose la start-up française Timescope, dont Causeur avait déjà parlé à l’occasion de sa première excursion sur les bords de Seine, « Les Origines de Paris », munie d’un casque en « réalité virtuelle » afin de remonter le fleuve et ses deux mille ans d’histoire en sons et en images. Sur le même principe, la nouvelle expérience proposée, « Le Symbole de Paris », permet de suivre la construction de la Dame de fer comme si on y était, et plus encore, vue du ciel, comme un oiseau. Mais la quinzaine d’étapes ponctuant la déambulation in situ, qui dure environ une heure, commence par une violente bataille, une cinglante défaite : celle des Parisii, ancêtres gaulois des Parigots, face aux légions romaines. La longue histoire de ce site singulier est marquée par la guerre. L’établissement de l’École militaire au XVIIIe siècle, l’un des plus beaux monuments de Paris lui aussi méconnu, fait du bien nommé Champ-de-Mars le terrain d’exercice des troupes et des cavaliers français. Cela explique que cette vaste étendue soit restée longtemps inconstructible ou dévolue à accueillir quelques événements tout aussi grandioses qu’éphémères.

Vertige

Ainsi en est-il de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, où un cirque à l’Antique a accueilli plus de 500 000 Français réunis autour de la famille royale pour célébrer la Constitution… C’est durant cette cérémonie d’un kitch dont la Révolution avait le secret que Talleyrand, qui y a célébré la seule messe de sa vie, a lancé à La Fayette, au pied de l’autel de la Patrie : « Surtout ne me faites pas rire. »

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« Le Symbole de Paris » nous plonge dans l’effervescence de cette journée, on est assis dans les tribunes, on est le témoin contemporain du passé, de même que, moins de cent ans plus tard, on assiste, dans le bureau de Gustave Eiffel, aux réunions des ingénieurs qui élaborent sa curieuse tour. On la voit sortir progressivement de la terre parisienne jusqu’à son inauguration lors de l’Exposition universelle de 1889. Et oscillant toujours entre le plancher des visiteurs et le ciel de la capitale, on traverse la spectaculaire Salle des Machines de 1889 avant d’observer, avec un brin de vertige, les fastes des Expos suivantes. Paris s’étale sous nos pieds, on porte le regard à l’horizon, et l’on reste ébahi face au spectacle de la ville qui s’illumine dans la nuit tombante. L’épopée du télégraphe sauve la Tour de sa destruction, la Grande Guerre confirme son utilité pour les transmissions militaires et la Seconde Guerre en fait le symbole de l’Occupation puis de la Libération. C’est désormais le symbole de notre tourisme de masse, mais cette visite guidée d’un nouveau genre fait de chacun de ceux qui la suivent un touriste d’un genre nouveau : éclairé.

Informations et réservations : http://www.symboledeparis.com
Tarifs : de 19 à 28 euros.


[1] Lire l’excellent ouvrage collectif auquel a collaboré notre ami Pierre Lamalattie, Le Champ-de-Mars 1900-1930. Art Nouveau-Art Déco, AAM Éditions, 2023

Le Champ-de-Mars 1900-1930

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Affaire Lyhanna: le pouvoir s’affole

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Place Vendôme, Paris, 9 juin 2026 © HOUPLINE-RENARD/SIPA

Selon notre chroniqueur, les enfants oubliés pourraient accélérer la révolution populiste qui couve…


Le pouvoir s’affole. Gérald Darmanin en perd sa voix. La Révolution des oubliés[1] est en marche. Le gouvernement improvise des annonces visant à accélérer les actes d’enquêtes concernant les agressions sexuelles contre les enfants et à renforcer les peines pour les violeurs en série. Hier, le Sénat a entendu en urgence le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur, Laurent Nunez. Mais le réveil arrive trop tard. La parole officielle n’est plus crédible. Le meurtre de Lyhanna ne révèle pas seulement une justice naufragée, incapable de protéger les gens, à commencer par les plus fragiles. Plus généralement, l’Etat affaibli laisse voir son renoncement à défendre la nation, son peuple, sa souveraineté, sa cohésion, ses frontières. Lundi, des citoyens ulcérés ont protesté devant des tribunaux. Place Vendôme, face au ministère de la Justice, des indignés ont bravé l’interdiction de manifester, en réclamant la démission d’un Darmanin aphone, hier soir sur CNews.

Des Femen (gauche) côtoient des féministes de Némesis (droite). Des figures de la société civile émergent. Dimanche dernier, le maire divers droite de Fleurance (Gers), Grégory Bobbato, en tête de la marche blanche, s’est imposé par son discours mettant en cause des « défaillances sociétales ». Mardi, Me Pierre Debuisson, avocat de la mère d’une autre fillette, Rosa, violée impunément par Jérôme Barella a annoncé avoir déposé plainte contre l’Etat pour « faute lourde ». L’avocat veut également poursuivre les parquets (d’Auch et de Toulouse) et la gendarmerie pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Il veut traduire Darmanin devant la Cour de Justice de la République. Dans Le Figaro d’hier, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, écrit : « Le peuple se lève. Aujourd’hui, c’est une révolte. Demain, ce sera une révolution ». Elle est déjà là.

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Les esprits sont prêts. L’espoir d’une grande bascule est l’idée qui s’installe auprès de ceux qui constatent la faillite du système. Cinquante ans d’erreurs collectives, droite et gauche confondues, ne pourront être corrigées sans rompre avec une classe politique qui se claquemure et s’accroche à ses certitudes. « Il faut entendre le besoin de radicalité dans la société », explique, ce mercredi matin sur RTL, le banquier de gauche Matthieu Pigasse. Cependant le progressisme n’écrit plus l’histoire. Elle lui tourne le dos. La gauche n’est plus hégémonique, même si elle conserve encore ses bastions dans le monde culturel et médiatique. Certes, face au meurtre de Lyhanna, le camp du Bien a oublié ses critiques qui dénonçaient des récupérations politiques à propos des crimes commis contre des jeunes filles par des OQTF. Cette fois, la qualité de Français blanc et européen de Barella ne pose plus ce genre de réticences. Reste que cet assassinat n’efface pas ceux de Lola, de Philippine et de bien d’autres victimes d’immigrés indésirables. Les magistrats, qui protestent ces jours-ci de leur mise en cause, ne comprennent rien à la colère française. Ce sont toutes les institutions, confisquées par des castes populophobes, qui vont avoir à rendre des comptes. La réalité de la révolution du bon sens se lira dans son aboutissement, en mai 2027. Jamais présidentielle n’aura été aussi déterminante pour le destin du pays.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur, Fayard