La Ligue 1 s’africanise, tandis que nos binationaux s’envolent pour jouer… en Afrique. Adieu le football du terroir, bonjour le mondialisme des crampons. C’est l’implacable verdict des statistiques.
Si le football est bien le miroir de la société française – miroir, mon beau miroir –, pourrait-on y lire ce que nos yeux voient mais que la morale réprouve ? Se plonger dans les chiffres de la Ligue 1 ou les statistiques des joueurs sélectionnables en équipe de France semble à la portée du premier venu. Il est toutefois probable que ce quidam jettera un voile pudique sur le résultat de ses recherches, afin de ne pas faire le jeu de qui vous savez. C’est une raison suffisante pour vous les livrer. Remontons jusqu’à la saison 1985-1986, période héroïque où le PSG allait fêter son premier titre de champion de France. À cette époque, 75 % des joueurs de Ligue 1 étaient français. Mondialisation et arrêt Bosman obligent – cette décision de justice qui mit fin aux quotas de joueurs locaux –, ils ne sont plus que 40 % aujourd’hui. Le football de clocher est mort et enterré. 60 % des athlètes qui gambadent sur les pelouses en 2026 sont nés ailleurs. Sur les 298 étrangers évoluant dans le championnat tricolore, 140 proviennent d’Afrique, presque la moitié. Il y a donc quasiment autant de joueurs africains (30 %) que de joueurs français en Ligue 1 (40 %) – et on ne parle ici que de nationalité et pas d’origine. Une recherche à partir des prénoms des joueurs de Ligue 1 indique néanmoins que 45 à 50 % d’entre eux sont porteurs d’un prénom d’origine africaine ou maghrébine.
Lorsqu’on se penche sur la sélection nationale, on observe un phénomène symétrique encore plus stupéfiant. En 1986, le lieu de naissance déterminait presque systématiquement la sélection nationale – du premier gardien au dernier attaquant, chaque licencié français se rêvait en Bleu. En 2026, tout a changé. Une large proportion – 60 % – de joueurs nés et formés en France choisissent désormais de représenter le pays de leurs parents.
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La CAN (Coupe d’Afrique des nations) est ainsi devenue, par l’effet de la double nationalité, une compétition largement française. En décembre 2025, lors de la dernière édition, on y comptait par exemple que 17 footballeurs anglais, alors que 140 des joueurs qui y ont participé étaient nés dans notre pays, donc français. La France se trouvait ainsi être curieusement la nation la plus massivement représentée au sein de cette compétition africaine. Représentée, si l’on peut dire, puisque ces athlètes avaient justement choisi de ne jamais porter les couleurs tricolores – soit par opportunisme sportif (le niveau des Bleus, trop élevé, ne leur permettant pas d’espérer une sélection), soit par fierté de leurs racines – un sentiment louable tant qu’il ne concerne pas l’Hexagone. Ce fut ainsi le choix de deux des fils de Zinédine Zidane, qui ont décidé d’intégrer les Fennecs, l’équipe nationale algérienne. Ils ont voté avec leurs crampons.
Le football offre donc une belle illustration d’une récente déclaration de Macron, satisfait de constater qu’il y avait chez nous « des jeunes qui étaient totalement Français et totalement Africains » – fascinante aporie qui conduit à penser qu’être 100 % Français, c’est désormais être 100 % Africain. L’attachement de cette jeunesse à la France ainsi qu’à ses « valeurs » ne sera pas questionnée, afin de ne pas faire le jeu de qui vous savez.




