Le journaliste et écrivain Pierre Vavasseur publie L’homme humilié, une lettre d’amour bouleversante à son père, en lice pour le Renaudot 2026

C’est l’histoire d’un homme qui se rêvait tailleur de pierre. Un homme nié par sa femme et par la société. Un homme brisé au propre comme au figuré. Il s’appelait Henri Lazare. C’était le père de Pierre Vavasseur, journaliste, écrivain, poète et chanteur à ses heures. Il s’est éteint en 1984, quatre jours après avoir perdu son bien le plus précieux : son vélo. C’est sur ce même vélo que, peu avant la guerre, Henri se fait renverser par un camion de militaires. Il en gardera à vie une silhouette cabossée et une gueule de travers. Une lenteur et un drôle d’air « avec sa tête inclinée comme les chiens quand ils écoutent ». Il faudra près de quarante ans au fils pour oser raconter ce père abîmé, moqué, humilié. L’homme humilié aurait pu s’appeler « Un homme sans importance » tant Henri Lazare n’en eut jamais, hormis aux yeux de celui qui, par ce livre, lui rend justice. Pierre Vavasseur ne cache pas combien celui-ci fut difficile à écrire : « Depuis que je l’ai entrepris, (il) s’obstine à ne pas vouloir naître (…) lorsque je travaille au stylo mon écriture tout à coup se disjoint dans son déroulé, les lettres ne se tiennent plus par la main, le o racornit comme une prune abîmée, le h trébuche, le p fait peine ». Car comment dire l’indicible ? Une mère qui ne s’adresse à son mari que pour lui signifier qu’il lui fait honte et ne prendra pas même la peine de venir à ses funérailles. Une enfance marquée par le manque de tendresse et la pauvreté. Chez « ces gens-là » comme le chantait Brel, on n’avait pas la télévision, on n’avait qu’un seul costume et un seul pantalon. On disait « guiboles pour dire jambes. Carreaux pour verres de lunettes. Où t’as entendu chanter ça ? Pour Comment tu le sais ? Comme tu veux, tu choises pour choisis. Démerdenzizich pour démerde-toi. Ça biche quand on est content ». On ne souhaitait pas les anniversaires. Encore moins les fêtes. Alors très tôt Pierre Vavasseur trouve refuge dans les mots, lit des poèmes, s’évade. Son livre est une déclaration d’amour à ce père qui en a tellement manqué qu’il lui arrive parfois d’embrasser son fils sur la bouche. « Un baiser de père comme une bouteille à la mer ». Pourtant au cœur même de cette noirceur brillent de courts instants de bonheur qui illuminent le récit et le rendent plus poignant encore. On y découvre le père et le fils à jamais soudés, à jamais complices. Des scènes inoubliables où le rire se mêle aux larmes.
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Le père et le fils chez le photographe qui tire le portrait à Henri, lequel figure en couverture de ce livre. Le père et le fils au Tour de France. Le père et le fils rivés aux nouvelles des premiers hommes à avoir marché sur la lune. Le père et le fils au restaurant pour ce qu’ils croient être leur dernière fois ensemble. Par petites touches et mots choisis, Pierre Vavasseur brosse le portrait d’un « homme bon, jusque dans ses silences, dans sa patience, dans ses chagrins », un homme qui lui ressemble et lui a transmis sa passion du vélo. Son livre est un miracle de douceur, de tendresse et de poésie. Il va au droit au cœur du lecteur redonnant à Henri ce dont il a été privé toute sa vie : la dignité.
L’homme humilié de Pierre Vavasseur. Buchet Chastel, 160 pages.
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