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L’amour vache

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


L’amour vache
Image d'illustration Unsplash.

Sexualité des jeunes: cet autre ensauvagement qu’on nous cachait.


Les jeunes Français aiment le sexe trash. On l’apprend dans cette radioscopie de la sexualité française dévoilée hier par l’IFOP. Je vous passe les constats déprimants indiquant que les Français des deux sexes s’ennuient de plus en plus au lit (cela arrive à 42 % des hommes et 56 % des femmes). Ils n’ont pas lu tous les livres et la chair est triste. Le fait marquant, c’est l’attirance nouvelle des 18-34 ans pour cette sexualité que l’IFOP qualifie de trash ou violente.

Jeunesse délurée

61 % des femmes de 18-35 ans déclarent s’être déjà fait gifler, fesser, griffer, mordre ou tirer les cheveux, 44 % ont déjà fait l’amour attachées (menottes ou cordes) et 30 % ont pratiqué des jeux érotiques de domination ou de soumission[1].

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Nombre de commentateurs jugent cette évolution inquiétante. Beaucoup parlent d’une génération biberonnée au porno qui aurait besoin de sensations de plus en plus fortes. Pour l’IFOP, elle traduit l’assentiment des jeunes femmes à une norme érotique masculine. En somme, les hommes imposent et les femmes subissent. Le patriarcat est toujours là.

Est-ce à dire que le consentement n’a aucune importance ?

Ce qui est patriarcal, c’est de présumer le non-consentement des femmes giflées, fessées, griffées ou mordues. Or, cette étude de François Kraus n’en dit rien. Mais elle montre par ailleurs, dans d’autres questions, que, primo, les hommes se soucient de plus en plus du plaisir de leurs partenaires et que, deuxio, 44 % ont eux-mêmes déjà été griffés, giflés, fessés ou mordus, et 25 % menottés pendant l’amour. Et eux, personne ne semble penser qu’ils étaient contraints… Les coquins.

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Il est possible que l’attirance des jeunes femmes pour une certaine brutalité sexuelle ne soit pas un signe de soumission, mais de liberté. Certaines, interrogées par Libération — qui nous réjouit grandement en semblant avoir oublié son habituel surmoi puritain —, assument parfaitement être excitées par cette violence partagée et symbolique. Faut-il le rappeler : aucune femme n’a de plaisir à se faire tabasser pour de vrai. Mais la sexualité, c’est un jeu, une représentation.

Les fantasmes se fichent des convenances. Les fantasmes ne connaissent pas les dames-patronnesses de MeToo, leur haine du désir et leur volonté d’imposer une norme jusque dans les chambres à coucher. Pour la propagande néo-féministe, la sexualité doit être égalitaire, transparente, contractuelle, codifiée, bref ennuyeuse à périr. Sinon, elle est criminelle. La bonne nouvelle, c’est que beaucoup de jeunes semblent savoir que le sexe, c’est tout le contraire : trouble, honte, culpabilité, sauvagerie, domination, soumission, incompréhension, danger. Bref, ils n’ont pas oublié qu’Éros flirte avec Thanatos et le plaisir avec la douleur.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale.


[1] Étude Ifop pour JOYclub réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 6 au 9 mars 2026 auprès d’un échantillon de 2 210 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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