Ce mardi 16 juin, l’équipe de France débute sa Coupe du monde en jouant contre le Sénégal. Il y a 14 ans jour pour jour, la voix du football rendait l’antenne. Un bleu à l’âme pour les âmes en bleu. Hommage à Thierry Roland
Décédé le 16 juin 2012 à l’âge de 74 ans, Thierry Roland était un commentateur, doublé d’un supporteur des Bleus, qui n’avait pas la langue dans sa poche… n’en déplaise aux pisse-froid.
9 octobre 1976. A Sofia, dans un match qualificatif pour la Coupe du monde, la France, emmenée par Platini, est sur le point d’obtenir un précieux match nul (2 à 2) quand à deux minutes de la fin l’arbitre écossais Ian Foote siffle un penalty imaginaire en faveur de la Bulgarie. Devant son poste, la France crie au scandale. A l’antenne, en direct, Roland explose et insulte l’arbitre : « Monsieur Foote, vous êtes un salaud ! ». Pour la petite histoire les Bulgares manquent le penalty mais la direction d’Antenne 2 envisage de sanctionner le commentateur, avant de renoncer, impressionnée par les centaines de lettres de soutien que reçoit alors Thierry Roland.
22 juin 1986. Coupe du monde au Mexique. En quart, l’Angleterre joue l’Argentine, match arbitré par le Tunisien Ali Bennaceur. A la 51e, l’Argentin Maradona ouvre le score, en marquant un but de la main, ce que le monde entier a vu, sauf l’arbitre, qui valide le but. Thierry Roland, qui commente le match avec son acolyte Jean-Michel Larqué, s’interroge alors sur le niveau de l’arbitre : « Honnêtement, Jean-Michel, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance? ». C’est le scandale, il est accusé de racisme, on frôle l’incident diplomatique. Pour calmer le jeu, il présente ses excuses aux autorités tunisiennes.
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Il était comme ça, l’émotion à fleur de peau, des frissons dans la voix. Quand en 1998, la France gagne sa première Coupe du monde, la larme à l’œil il confesse : « Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ». Durant 30 ans, en duo avec l’ancien joueur Jean-Michel Larqué, il nous a régalés de ses petites phrases : « Ils ne partiront pas en vacances ensemble », pour parler de deux joueurs se rendant coup pour coup, « il a avalé sa trompette », pour un joueur à bout de souffle, « il n’a pas fait le voyage pour rien », pour un joueur ayant commis une grosse faute… le tout ponctué d’un rire de moteur qui a du mal à démarrer, avec à ses côtés son ami Jean-Mimi pour acquiescer, avec son légendaire « Tout à fait Thierry. »
Mais ce n’était pas que ça. En 1995, il publie un livre d’entretiens, justement intitulé Tout à fait Thierry, où il affiche des idées que certains jugent hors-jeu. Il explique que partisan de l’Algérie française il avait eu un certain penchant pour l’OAS, il affirme être partisan du rétablissement de la peine de mort pour les tueurs d’enfants, de policiers, et de personnes âgées. Aussitôt les bobos le traitent de facho…
Un jeudi de septembre 95, Roland déjeune au San Francisco, sa »cantine » près de TF1, avec un ami journaliste. Mais au moment du rituel digestif, il s’abstient. « Tu es malade ? » s’inquiète son ami. « Non, mais ce soir je suis invité à Canal Plus pour présenter mon bouquin, faut que je sois au top, parce qu’ils ne vont pas me faire de cadeaux les petits salauds ! »
A l’époque, Canal, c’est »Nulle part ailleurs », l’émission phare de Philippe Gildas, avec comme attraction principale, »Les Guignols de l’info », théâtre de marionnettes où certaines personnalités sont passées à la moulinette. Il y a un Chirac puéril qui appelle sa femme Maman, un Johnny pas très futé qui joue avec sa boîte à coucous… et le duo, Roland et Larqué, présentés comme des beaufs dont les commentaires caricaturés sortent du café du Commerce.
Mais, contrairement à ce qu’imaginaient les auteurs des »Guignol », Thierry Roland estimait que les bobos de Canal, à l’insu de leur plein gré, le rendaient encore plus sympathique. Tout à fait Thierry. Il n’a jamais été aussi populaire qu’à cette époque.
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