Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue.
Une majorité de Parisiennes et de Parisiens, bien-pensantes et bien-pensants, ont élu Emmanuel Grégoire à la Mairie de Paris. Cette émanation de la créature née de la cuisse de Bertrand Delanoë a désormais un boulevard (végétalisé) pour définitivement bousiller notre capitale. Élu après un quart de siècle de règne socialiste, soit une génération, il s’apprête à régénérer la sociologie parisienne pour les quarts de siècle suivants. C’était même une promesse de campagne : créer 60 000 logements HLM supplémentaires afin de constituer un parc social représentant 40 % des habitations de la ville. Quand on sait quelles sont les populations qui bénéficient en priorité de cette générosité municipale, outre les profs et autres dévoués fonctionnaires, le spectre d’une alternance politique s’éloigne à jamais. Et faire entrer la banlieue dans Paris, c’est aussi mettre fin à la « mixité sociale » brandie comme un totem par l’Hôtel de Ville depuis vingt-cinq ans – sauf si on estime que pauvres et immigrés représentent le mixte social idéal pour peupler une capitale. Les immigrés qui viennent en France ont d’ailleurs le même profil que ceux qui vont en Belgique, les Subsahariens en plus. Pour Monsieur Grégoire, la transformation-disparition de Bruxelles serait donc un exemple à suivre. Les craintes sont légitimes car la gauche parisienne a la grandeur d’âme de faire ce qu’elle dit.
Rio sans la mer et sans le soleil
On sourit lorsqu’il promet aux Parisiens d’augmenter leur pouvoir d’achat et de les défendre contre les punaises de lit. Mais on se raidit quand il promet la création de 4 000 places d’hébergement d’urgence réparties dans tous les arrondissements et la réquisition immédiate des logements vides dans le cadre de son « grand plan de mise à l’abri ». Plan qui inclut l’« objectif zéro enfant à la rue en mobilisant les moyens nécessaires et en défendant une présomption de minorité, et donc une obligation de mise à l’abri pour les mineurs étrangers non accompagnés ». Évidemment, personne ne veut voir dormir des enfants sur les trottoirs, mais ces promesses ne font que prendre acte du fait que Paris est devenu et restera le réceptacle de toute la misère du monde (près de 60 % des SDF sont étrangers), et que la « nouvelle » municipalité continuera d’encourager la venue de ces « mineurs non accompagnés » qui, bien souvent, ne sont ni l’un ni l’autre – et à l’origine de l’insécurité dans de nombreux quartiers. Les « moyens nécessaires » pour les mettre à l’abri annoncent en sous-texte que les gymnases continueront d’être réquisitionnés pour les loger en urgence, privant les petits Parisiens de plusieurs semestres d’activités sportives chaque année. Les associations d’« aide » aux migrants ont de beaux jours devant elles.
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La tiers-mondisation heureuse est à l’ordre du jour, les Parisiens feront « des économies en réduisant leurs déchets grâce à la seconde main et la réparation, avec l’objectif d’une ressourcerie solidaire et d’ateliers de réparation dans chaque quartier ». C’est Rio sans la mer et sans le soleil. Mais au royaume du système D, le roi Grégoire assure qu’aux heures de pointe, les bus passeront toutes les cinq minutes (encore faut-il qu’il y ait assez de véhicules et qu’ils puissent rouler), et que certaines lignes de métro circuleront 24 h/24. Pas un mot, en revanche, pour les femmes qui ne peuvent plus le prendre dès 18 heures. Elles feront du vélo grâce à un « service Vélib’ performant » ! Comme tout le monde. L’avenue Foch, le boulevard Saint-Germain, le périph’ dérouleront des langues de verdure avec kiosques, toboggans et pistes cyclables géantes. Ces espaces « apaisés » seront idéals pour planter des villages de tentes et manifester pour la Palestine de la mer au Jourdain.
On reste quelque peu dubitatifs lorsqu’on apprend que cette municipalité Hidalgo sans Hidalgo va « recruter 1 000 auxiliaires de puériculture et agents de la petite enfance supplémentaires grâce à des carrières revalorisées et à l’offre de formation développée par la Ville ». Son expérience en la matière est en effet exemplaire puisque, de la petite enfance au périscolaire, 52 animateurs ont été suspendus ces trois dernières années (dont 20 en 2025) pour divers comportements violents et agressions sexuelles. Et ce ne serait là que l’écume du scandale.
Végétalisation forcée
Mais Emmanuel Grégoire dit qu’il nous aime, toutes et tous et au-delà. C’est pourquoi il compte organiser chaque année une « Journée du Lien » pour « faire grandir » autour de chacun « une communauté protectrice ». Ça sonne un peu secte, mais sur les 365 jours de l’année, il en reste sûrement encore un ou deux qui n’ont pas leur « fête » ou leur « journée » à neuneu. L’objectif pour les siècles à venir est aussi de « lutter contre ce fléau silencieux qu’est la solitude ». Grégoire ne propose pas d’éteindre son téléphone ni d’en finir avec Uber Eats, mais d’« emprunter un livre, trouver un banc » et de « débattre avec passion à une terrasse de café ». Fallait y penser.
Poursuivant l’adaptation de Paris aux bipèdes valides, il piétonnisera encore mille rues ! Pardon, des « cœurs végétalisés et vivants ». Et dans la foulée, un « permis de piétonnisation temporaire » sera créé afin de permettre à chacun d’organiser « un événement associatif, sportif, festif ou familial en bas de chez soi ». Ceux qui dénonçaient la privatisation grandissante de l’espace public n’ont encore rien vu. Cependant, nul doute que la Mairie accordera l’autorisation à Causeur de bloquer la rue du Faubourg-Poissonnière pour fêter la sortie de son numéro 200.
Mais Grégoire le gentil a aussi la haine. Comme Hidalgo, qui n’a que tracé la voie, il veut en finir avec l’âme de la capitale. Aussi remet-il sur la table le « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » qui avait fait bondir Parisiens et touristes attachés aux bancs Davioud, aux kiosques à journaux historiques, aux lampadaires… et annonce la nomination d’« un ou une directrice artistique de Paris » qui sera chargée de la « beauté et de la cohérence des aménagements ». Barbara Butch, choisie par la Ville pour être la directrice artistique de la Nuit Blanche 2026, laisse percevoir l’orientation esthétique de la capitale pour les décennies à venir.
C’est bien connu : quand on est allé jusqu’au bout, il faut continuer.




