Accueil Site Page 5

Pourquoi l’Europe gagnerait à actualiser son regard sur les Émirats arabes unis

0

Longtemps perçus en Europe à travers le prisme de leur modèle politique, les Émirats arabes unis s’imposent aujourd’hui comme un acteur stratégique central dans un environnement régional instable. Leur capacité d’anticipation, leur engagement sécuritaire et leur diversification économique interrogent les grilles de lecture traditionnelles. À rebours de certaines idées reçues, leur trajectoire met en lumière une approche pragmatique du pouvoir et de la gestion des risques. L’Europe gagnerait à actualiser sa perception de ce pays ami.


Les crises qui traversent aujourd’hui le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique s’inscrivent dans une histoire longue, marquée par les recompositions issues du démantèlement des empires européens et ottoman au début du XXe siècle. Les États de la région se trouvent confrontés au retour de tensions anciennes, longtemps contenues sans jamais avoir été véritablement résolues.

Précieux détroits

Dans le même temps, l’implication des puissances occidentales s’est progressivement réduite, du Sahel au Levant. Ce retrait tient autant à l’évolution des opinions publiques — plus réticentes après plusieurs décennies d’interventions extérieures — qu’à l’affirmation d’acteurs régionaux. Il n’a toutefois pas été compensé par l’émergence d’un cadre stabilisateur capable d’accompagner l’affaiblissement ou l’effondrement d’États situés sur des axes stratégiques essentiels.

C’est dans cet espace incertain que s’inscrit l’action des Émirats arabes unis, souvent critiquée en Europe, notamment au Yémen ou au Soudan. Ces critiques sont légitimes, mais elles tendent parfois à occulter des déterminants plus profonds. Au Yémen, l’engagement émirati répond à des enjeux qui dépassent largement le cadre national : la sécurisation du détroit de Bab el-Mandeb — point de passage clé du commerce mondial — et la volonté de contenir l’influence iranienne. Les attaques menées par les rebelles houtis contre la navigation internationale entre 2023 et 2025 ont rappelé qu’une perturbation durable de ce corridor aurait des conséquences immédiates sur les flux commerciaux et énergétiques, y compris pour l’Europe.

A lire aussi, Yannick Campo: Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Zimbabwe: en Afrique, l’affaire Epstein alimente la désinformation à grande échelle

Le Soudan offre un autre exemple de cette complexité. Depuis 2019, le pays connaît une fragmentation politique, sociale et ethnique accélérée, dont les effets débordent largement ses frontières, de l’Égypte à la mer Rouge. Face à cette dynamique, la réponse internationale — notamment européenne et américaine — s’est souvent limitée à des initiatives diplomatiques ou à des tentatives de médiation. Dans ce contexte, les acteurs régionaux ont progressivement pris le relais, chacun selon ses intérêts, contribuant à une dynamique devenue difficile à contenir. Une trajectoire qui n’avait rien d’inéluctable et qui aurait sans doute pu être atténuée par une approche internationale plus cohérente.

Résilience

Cette capacité d’intervention s’appuie sur une logique plus large : celle d’une stratégie de long terme fondée sur l’anticipation. Il y a quelques semaines, des avions français ont ainsi été engagés pour intercepter des menaces aériennes visant les Émirats arabes unis, dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Iran. L’épisode a marqué, moins par sa dimension militaire que par ce qu’il révèle : les Émirats se sont progressivement imposés, sans ostentation, comme l’un des acteurs sécuritaires les plus structurés de leur environnement régional.

L’intensité des attaques dirigées contre leur territoire, parfois supérieure à celle subie par d’autres pays de la zone, a pu surprendre. Pourtant, elles ont été en grande partie contenues. Cette résilience tient à des dispositifs de défense robustes et à des partenariats solides — notamment avec la France — mais aussi à une approche cohérente, articulant capacités militaires, alliances, logistique et anticipation des risques.

A lire aussi, Gil Mihaely: Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

Sous l’impulsion de Mohammed bin Zayed Al Nahyane, président des Émirats, cette cohérence s’est étendue à l’ensemble du modèle de développement : diversification économique, investissement technologique et formation d’un capital humain capable d’évoluer dans les réseaux internationaux. L’objectif n’est pas tant de proposer un modèle que de consolider une position dans un environnement instable.

Ce point mérite d’être souligné tant il entre en tension avec certains réflexes européens. Dans les traditions politiques du continent, les monarchies restent souvent perçues à travers un prisme critique, comme des survivances d’un autre âge. Or, les dynamiques actuelles invitent à nuancer ce regard. Non parce que le modèle émirati constituerait une alternative aux idéaux démocratiques européens, mais parce qu’il met en lumière une limite récurrente : celle d’une évaluation de l’efficacité politique trop exclusivement liée à la nature des institutions, au détriment de leur capacité d’action réelle.

Changer de regard

Cette interrogation résonne d’autant plus fortement que l’Europe traverse ses propres doutes. Ses économies s’interrogent sur leur compétitivité, leur productivité et les effets parfois contraignants de leurs cadres réglementaires sur l’innovation. Plusieurs sociétés européennes font face à des tensions démographiques, à une mobilité accrue des talents et à des difficultés à maintenir l’adhésion des jeunes générations à un projet collectif lisible.

La célébration du vide

Les Noces rouges de Claude Chabrol est actuellement programmé par Arte dans le cadre du cycle « Au cœur de l’humain avec Claude Chabrol ». Nous l’avons revu.


Avec Les Noces rouges, Claude Chabrol signe l’un des sommets les plus noirs et les plus maîtrisés de son œuvre. Film d’une beauté austère, presque minérale, il déploie une mécanique implacable où la rigueur de la mise en scène confine à une forme de cruauté froide, dénuée de toute échappée morale.

La province : huis clos étouffant

Dans la France pompidolienne, au cœur d’une province engoncée dans ses rites et ses certitudes, Chabrol observe la bourgeoisie comme un entomologiste observe ses insectes : sans illusion, sans indulgence. La petite ville devient un espace clos, saturé de conventions sociales, où l’air même semble manquer. Loin d’un simple réalisme sociologique, le cinéaste compose une véritable tragédie moderne, dont l’ouverture, empruntée à Eschyle, place d’emblée le récit sous le signe d’un jugement impossible: ni innocence ni culpabilité ne peuvent ici être clairement assignées.

Héritages et singularité: Hitchcock, Lang, et Chabrol

L’influence conjuguée de Alfred Hitchcock et de Fritz Lang affleure dans cette construction d’une précision chirurgicale, où chaque geste semble déjà inscrit dans une fatalité antérieure. Mais là où Hitchcock organise le suspense et où Lang traque la culpabilité, Chabrol, lui, dissout le sens. Le crime ne relève plus d’une logique morale ou psychologique: il devient l’expression d’un vide. Le film, inspiré d’un fait divers réel – l’affaire dite des « amants diaboliques » de Bourganeuf (Creuse) – n’en retient que la surface signifiante. Chabrol transforme un récit médiatique en une expérience sensorielle et charnelle. Il ne s’agit pas d’expliquer, mais d’incarner.

Le couple formé par Stéphane Audran et Michel Piccoli est au cœur de cette opacité. Leur relation, saturée de désir, relève de la passion mais aussi d’un jeu morbide, d’une théâtralité consciente. Ils sont amants, comme pour conjurer l’ennui profond de leur existence. Leur amour, en se radicalisant, devient vertige.

Le flashback comme matière mentale

La mise en scène épouse ce glissement. Le recours au flashback, notamment, ne vise pas à éclairer le présent mais à l’épaissir, à le contaminer d’une mémoire trouble. Le célèbre passage où Lucienne ouvre la fenêtre sur un vacarme de klaxons avant que son visage ne bascule dans le souvenir constitue une entrée presque organique dans le passé: non pas un retour explicatif, mais une immersion dans une matière mentale indistincte.

La disparition du sens et la logique du crime

Plus profondément, Les Noces rouges est un film sur la disparition du sens. Chabrol évacue délibérément les motivations explicites – politiques, sociales ou psychologiques – pour ne laisser subsister qu’un noyau irréductible: une jouissance profonde et obscure, liée à la transgression. Lorsque le mari accepte l’adultère, il en annule la valeur subversive; il prive les amants de ce qui fondait leur désir. Le crime naît alors de ce paradoxe: tuer pour restaurer l’interdit.

La lettre brûlée : matérialité et impossibilité du sens

Cette logique trouve son point d’incandescence dans la scène de la lettre brûlée. Plus que son contenu, c’est sa matérialité qui importe. En la consumant, le film semble affirmer l’impossibilité d’accéder au sens. Comme dans une lecture lacanienne de la lettre, celle-ci n’est plus message mais pur signifiant, trace d’une jouissance qui ne se laisse pas réduire au langage. Le cinéma de Chabrol atteint ici une forme limite : montrer non pas ce qui signifie, mais ce qui résiste à toute signification.

Dans cette perspective, la construction dramatique, d’une rigueur presque mathématique, apparaît comme un piège. Tout est en place: l’adultère, la passion, la découverte, le meurtre, l’enquête. Mais cette progression classique ne mène à aucune révélation. Elle ne fait que resserrer l’étau d’un malaise diffus, persistant, qui ne se résout pas avec l’arrestation finale.

Un regard moraliste sans morale

Chabrol, moraliste sans morale, porte sur ses personnages un regard d’une férocité jubilatoire. Bourreaux et victimes se confondent dans une même médiocrité essentielle. Son ironie, parfois goguenarde, n’atténue jamais la noirceur du propos ; elle la rend au contraire plus tranchante encore.

Avec Les Noces rouges, il clôt en quelque sorte le cycle ouvert à la fin des années 1960 (La Femme infidèle, Le Boucher, La Rupture, Juste avant la nuit) en poussant à son point extrême son exploration de la bourgeoisie provinciale. Mais ici, plus encore qu’ailleurs, le vernis social se fissure pour révéler non pas une vérité cachée, mais une absence: celle du sens lui-même. Film du non-sens et de la jouissance, de la surface et de l’abîme, Les Noces rouges demeure une œuvre profondément dérangeante. Un film qui ne juge pas, dont le malaise, longtemps après la projection, continue de sourdre en nous.

Les Noces rouges

France – 1973 – 1h32 A revoir actuellement sur Arte

« Tu fais quoi pour les vacances ? »

Le décalage devenu fossé: la guerre est une expérience qui ne s’explique pas


« Tu fais quoi pour les vacances ? ». Je reste interdite en relisant ce message trois fois. S’adresse-t-il à moi ? La guerre entre l’Israel et l’Iran est-elle bien relayée chez nos amis européens ? Au début, je crois à une blague. Et puis, je comprends. Tous les messages qui viennent de l’extérieur d’Israel portent en eux ce que j’appellerai « un décalage ».

Déjà, l’après 7 octobre nous faisant le ressentir. Aujourd’hui, après deux guerres avec l’Iran, ce n’est plus un décalage, c’est un fossé.

Nous ne vivons plus simplement au bord de la mer Méditerranéenne. Ou dans une destination très prisée de vacances.

Nous vivons dans un nouveau continent, et ce continent a son propre espace-temps, son propre way of life.

Désormais, dans ce continent isolé du reste du monde, les journées ne se comptent plus en heures, mais en nombre d’alertes. Une, deux, dix par jour, suivant les régions.

C’est un continent où ce qui s’égrène au quotidien, ce ne sont pas les résultats aux municipales, mais le nombre de blessés, de morts, de dégâts commis par les missiles qui n’ont pas pu être interceptés. C’est le nombre de personnes déplacées ou celles qui seront relogées, faute d’abris.

C’est un continent où l’on apprend à vivre avec l’interruption. Où les nuits sont fragmentées. Où le sommeil profond ressemble à une carte postale. Où une phrase, un repas est tous les jours coupé en deux, en un avant et après l’alerte. Ici, on attrape un enfant par la main sans avoir le temps de lui expliquer. Ici, depuis un mois, nous ne savons plus quel mois nous sommes. Ni si nous sommes lundi ou mardi, tant le quotidien se répète.

Nous sommes trop occupés à économiser nos forces pour pouvoir prévoir les prochaines vacances. Nous sommes occupés à bien investir notre énergie, à poser notre attention sur ce qui est bon et beau, pour ne pas laisser entrer en nous ce qui risquerait de nous affaiblir.

Nous ne sommes pas occupés à suivre les résultats des municipales en France. Ni à nous émouvoir des chaines d’info en continue qui déforment nos réalités. Nous n’avons plus le temps. Plus la patience.

Débattre, mais à quoi bon ? Pour convaincre qui, et de quoi ? Pour être face à des personnes qui de la guerre tiennent une définition poussiéreuse, qui date de soixante ans et plus ? Nous n’avons plus le temps pour la théorie et les discours fumeux. Ni d’expliquer ce qui, de toute façon, échappe aux mots.

Nous apprenons beaucoup en ce moment.

Nous apprenons sur nous et sur les autres. Nous apprenons sur les limites du langage. Sur ce qui est transmissible et ce qui ne l’est pas. Raconter sera toujours en-dessous.

Dans plusieurs années, ce ne sera pas nos mémoires qui se souviendront, ce sera nos corps. Et nos systèmes d’hyper vigilance. Ce sera nos reflexes et toutes ces choses qui deviendront indélébiles et inexplicables.

Ici, mes amis, il n’y a pas d’écoles. Pas d’avions qui décollent, ou si peu. Seulement des avions qui arrivent en provenance de partout, car les Israéliens, en temps de guerre, veulent être là. C’est aussi incompréhensible que réel.

Je ne sais pas quoi répondre à mon amie qui veut savoir quels sont mes plans de vacances.

Je vais attendre un peu. Juste prendre le temps d’acter de ce fossé qui se creuse un peu plus.  

A lire aussi: La dissociation israélienne, arme suprême en temps de guerre

Un nouveau message me parvient. Un bruissement. Quelques questions timides. Maladroites. Tu as vu Dubaï ?

Dubaï, c’est plus exotique que les derniers missiles qui ont détruit les villes de Dimona et d’Arad. Les médias français en parlent-ils ? Je n’ai pas le temps de vérifier.

Un autre message. Hier soir, on a parlé du bombardement iranien longue portée qui, potentiellement, pourrait toucher l’Europe. Et si Londres était touché ? Et si Paris ? Et si, nous aussi, nous étions touchés ? Je vous le dis tout de suite, vous n’êtes pas prêts. Pas immunisés. 

L’expérience de la guerre est comme un vaccin. Ce n’est pas une expérience qui se vit par procuration ou en se documentant. L’expérience s’injecte dans toutes les cellules du corps. Pas de raccourci, pas de passe-droit possible.

Cette fois-ci, je ne peux pas faire dans la dentelle, la réalité est tristement binaire. Être là, ou pas. Être immunisé, ou pas.

Ce que le monde appelle « résilience », nous l’appelons « capacité à continuer de vivre, malgré tout ».  

Cela veut dire aussi vivre au jour le jour. Vivre l’instant présent. Ne plus se perdre dans des dissertations sur le pourquoi du comment. Vivre ici, c’est déjà avoir avalé les concepts affichés comme les principes fondamentaux du développement personnel.

J’ai un peu de force pour lui répondre. Je n’ai pas pensé aux prochaines vacances. De toutes les manières, elles ont toutes été annulées. L’aéroport de Tel Aviv sera fermé encore un mois et ce, dans le meilleur des cas. Et puis, le cœur n’y est pas. Les finances non plus. Le pays est en mode pause. Les grands évènements ont été annulés. Probablement les festivités du jour de l’indépendance aussi.

La sobriété n’est plus pour nous un mantra à la mode. Elle est vitale. Nos vacances seront frugales et locales. Et cela tombe bien, car c’est tout l’esprit de la fête de la Pâques Juive, dite Pessah.

Une fête qui parle d’une libération du superflu et de ce qui gonfle artificiellement nos vies. Le vrai hametz, que nous devons retirer de nos placards et nos maisons, cette année, est ailleurs. Il est dans la profusion qui éteint la source simple de ce qui met en joie. Il est dans le trop-plein auquel nous nous sommes trop habitués et qui anesthésie. Dans la surconsommation qui nous éloigne de l’essentiel. Pour le dire vite, dans tout ce qui gonfle nos vies sans jamais les nourrir.

Cette année, les vacances, seront celles d’une vraie liberté regagnée. Ce ne sera pas une sortie spectaculaire. Ni des vacances instagrammables. Pas non plus la mer qui s’ouvre devant nous, comme aux temps bibliques. Non, juste, la plus grande et belle des libertés. Celle de la découverte de nos forces intérieures qui nous font tenir debout. Celles des enfants qui sourient et jouent, même avec des cieux remplis de missiles.

Et surtout, celle de notre capacité à croire, même si les choses sont encore voilées, incertaines. Croire et avancer malgré la tempête, se projeter demain, et un peu plus loin, vers un avenir plus serein dans ce Moyen-Orient si complexe.

Mais à quoi joue David Lisnard?

0

Derrière le départ fracassant du président de l’AMF et maire de Cannes se cache un désaccord de fond avec les barons LR. Avec son parti Nouvelle-Energie, Lisnard défend une droite ordo-libérale qui veut rompre avec quarante ans de socialisme repeint en bleu.


La goutte qui fait déborder le vase

Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) a annoncé « ne plus rien avoir à faire au sein des Républicains », dénonçant le refus du parti présidé par Bruno Retailleau d’organiser une grande primaire ouverte à droite pour désigner le candidat à l’élection présidentielle. Pour M. Lisnard, ce qui s’est passé lors du bureau politique du 24 mars est un non-sens absolu, et le vote proposé aux adhérents en avril — entre primaire interne, semi-ouverte (sic), ou désignation directe de Retailleau — est un vote biaisé.

En réalité, le départ du président du parti libéral Nouvelle-Energie va bien au-delà d’une querelle sur les modalités d’une primaire. Il dénonce depuis des années l’absence de toute lisibilité, de cohérence et de constance au sein du parti, et n’a pas digéré (comme la majorité des jeunes LR) le vote de confiance à François Bayrou, la non-censure de M. Lecornu, l’abandon de la réformette des retraites, et les ambiguïtés sur la participation des LR aux gouvernements néo-socialistes d’Emmanuel Macron.

Pour lui, comme une majorité d’électeurs de droite partis voir ailleurs, LR n’est plus une force de redressement de la France mais un parti de gestion de la carrière de ses barons. Une droite molle, incapable d’assumer ses convictions, qui produit du vote RN (un autre parti socialiste sur le plan économique) en quantité industrielle.

Quarante ans de social-étatisme : un bilan accablant

Pour comprendre pourquoi Lisnard claque la porte, il faut saisir la profondeur de son diagnostic sur la France. Il entend donner le cap à une droite engluée dans la social-démocratie étatiste qui gouverne le pays depuis quarante ans, plaidant pour redonner sa grandeur à la liberté et à l’initiative individuelle. L’état réel du pays est factuellement désastreux. Regardons en face le bilan des différentes nuances de socialisme dépensier au pouvoir depuis Mitterrand :  La France détient aujourd’hui l’un des taux de dépenses publiques les plus élevés du monde (près de 57 % du PIB) sans que cela se traduise par une prospérité accrue. La dette publique dépasse les 3 200 milliards d’euros. Le chômage structurel reste l’un des plus persistants d’Europe occidentale. La désindustrialisation a vidé des territoires entiers. Les prélèvements obligatoires étouffent entreprises et ménages. La politique écocitoyenne anti-nucléaire et anti-science a fait exploser les factures énergétiques de Français et des entreprises. Pour Lisnard, trop d’impôts tuent l’impôt, découragent le travail, alimentent le travail clandestin, font fuir les talents et nourrissent la spirale du déclassement.

A lire aussi, Thomas Lepeltier: Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?

Ce mélange de socialisme et d’étatisme qui prévaut au sein de la caste au pouvoir depuis une quarantaine d’années repose sur une philosophie de l’assistance des individus par la puissance publique, là où Lisnard prône la maîtrise par chacun de son existence, sans que l’État n’ait à interférer par des aides sociales ou une infantilisation injustifiées.

Le résultat ? Un État obèse, dépensier, et pourtant faible sur ses missions régaliennes essentielles !

Le libéralisme, ça marche: la preuve par Cannes

Lisnard n’est pas qu’un théoricien. Il est avant tout un praticien qui a expérimenté ses idées à l’échelle d’une ville. Depuis 2014, il a fait baisser la dette de Cannes et ses frais de fonctionnement, réduit de 400 personnes les effectifs municipaux, diminué le taux des impôts locaux, tout en renforçant les services de sécurité de la police municipale, et en luttant avec succès contre l’incivisme. Un résultat assez unique en France (à comparer avec le bilan d’Edouard Philippe, au Havre comme au gouvernement…) qui lui a valu d’être réélu en mars 2026 avec plus de 81 % des voix au premier tour. Un score rarissime en démocratie, d’autant que, contrairement aux idées reçues, Cannes a un taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale.

À plus grande échelle, les exemples abondent pour valider l’approche libérale. Les pays qui ont fait le choix de la liberté économique (Irlande, Danemark, Suisse, Estonie…) affichent des résultats bien supérieurs à la France en matière de croissance, d’innovation, d’emploi et de qualité des services publics. Non parce qu’ils ont abandonné tout filet social, mais parce qu’ils ont su distinguer les missions fondamentales de l’État de l’interventionnisme bureaucratique et clientéliste.

Libérer la France des petits hommes gris

Le parti Nouvelle-Énergie réhabilite la défense du libéralisme économique, de la réforme de l’État et de la décentralisation, sujets délaissés à droite depuis Madelin, et propose une vraie doctrine sur le développement de l’intelligence artificielle, l’économie écologique de marché, le quantique et le spatial. Concrètement, le programme de David Lisnard repose sur plusieurs piliers. Sur le plan budgétaire, il se fixe l’objectif de 300 milliards d’euros de réduction de la dépense publique (suppression de nombreuses agences et Ministères inutiles) en fustigeant la bureaucratie parasite. Il veut remplacer l’État-providence par un État-performance: un État fort mais réduit à ses prérogatives premières : l’instruction, la sécurité, le contrôle de l’immigration, la justice, la diplomatie, la santé.

Sur les normes et les libertés, David Lisnard veut en finir avec l’Absurdistan réglementaire. Il dénonce le poids de la haute administration dans la décision publique et une caste politique, administrative et médiatique qui impose son social-étatisme, refuse la concurrence (pourtant une incitation à la performance) et s’acharne sur les élus locaux. Moins de normes, plus de subsidiarité, une vraie décentralisation donnant aux maires les moyens d’agir : telle est sa vision d’un État qui libère plutôt qu’il n’entrave.

Une rupture nécessaire

Le départ de Lisnard de LR n’est pas un caprice. C’est l’aboutissement logique d’un homme qui a compris que les batailles idéologiques ne peuvent pas se mener depuis l’intérieur d’un parti prisonnier de ses ambiguïtés. Il veut un État recentré sur ses missions, car il faut en finir avec le régime technocratique et le social-étatisme, que l’État retrouve sa vocation non pas d’empêcheur de tourner en rond, mais de garant de l’ordre public.

La France a essayé le socialisme, le social-libéralisme, le macronisme. Trois faces d’une même pièce. Elle n’a pas encore essayé le libéralisme, le courage politique, et ce qui fonctionne ailleurs, comme le prouve le sauvetage de l’Argentine par Milei dans un contexte certes différent. C’est le pari de David Lisnard pour 2027, qui doit désormais former des alliances à droite avec ceux qui partagent son principal constat : la paupérisation de la France n’est pas une fatalité, mais le fruit de mauvaises politiques.

Ainsi va la France

Price: ---

0 used & new available from

Mazarine et les ploucs

Les habitants de la Flèche dans la Sarthe se remettront-ils du boycott de Mazarine Pingeot ? se demande Elisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Mazarine Pingeot annule une rencontre prévue ce dimanche à la Flèche (72), commune qui a élu un maire RN. Les Fléchois doivent être désespérés.

La fille cachée de qui vous savez et écrivain devait les honorer de sa présence dimanche, pour une rencontre sur son dernier livre Inappropriable. Ce que l’IA fait à l’humain. Seulement, les électeurs de la sous-préfecture, qui abrite le cœur d’Henri IV et le meilleur prytanée militaire de France, qui était depuis 80 ans un bastion de gauche, ont eu l’outrecuidance d’élire un maire RN. Romain Lemoigne, 25 ans, a gagné avec 133 voix d’avance et une participation record de 73%.

 «Je ne pouvais pas venir parler d’IA alors qu’il y a des sujets bien plus graves» a déclaré Pingeot. En effet, les bouleversements introduits par l’IA ne sont rien à côté de la victoire du RN dans une ville de 15000 habitants. Le parti de Marine Le Pen est bien plus dangereux que le régime de Vichy pour lequel le père de Madame Pingeot a eu une indulgence coupable. Sans surprise, le journaliste de Ouest-France qui devait animer la rencontre a aussi déclaré forfait affirmant qu’il ne pouvait pas accepter l’argent de la municipalité. Cet héroïsme laisse sans voix. Qu’on se le dise, à Saint-Germain-des-Prés, la résistance s’organise !

A lire aussi: La revanche du réel: comment la gauche a fabriqué ce qu’elle ne comprend plus

Cet épisode est évidemment plutôt anecdotique. Anecdotique mais symbolique. Il résume la morgue et le mépris des gens à la mode pour le plouc qui vote RN. Depuis l’enfance, Mazarine Pingeot entend dire que c’est des fachos et que les fachos c’est mal. Pour elle, l’antilepénisme est une religion. Pas sûr qu’elle ferait autant de manières pour aller dans une ville conquise par LFI. Peut-être juge-t-elle la nouvelle France plus digne de son attention que l’ancienne.

L’un des ressorts du vote RN, c’est précisément l’abandon de cette France des sous-préfectures qui va bosser en bagnole. Quand elle entend les vainqueurs de Saint-Denis (93) scander « nous sommes les enfants de Gaza », elle ne reconnait pas son pays. On est chez nous, dit-elle à ceux qui se sentent partout chez eux. Madame Pingeot et ses semblables sont les meilleurs agents électoraux du RN. Peut-être finiront-ils par l’amener à l’Elysée. Comme ça, elle pourra jouer aux résistants et aux nazis pendant cinq ans. Ou demander l’asile politique au maire de New-York.

Inappropriable: Ce que l'IA fait à l'humain

Price: ---

0 used & new available from


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Loana: à jamais, la première!

0

Star de la télé-réalité au début des années 2000, égérie populaire, Loana vient de disparaître après une longue descente aux enfers


Une femme est morte. Sauf que cette femme s’appelait Loana. Elle avait moins de cinquante ans, elle était apparue en 2001 comme chacun le sait. Punition divine ou signe d’un destin chaotique, même sa propre mort lui échappe en prenant un mauvais tour médiatique. Une fois de plus, le glauque et la lumière ceignent son corps. Toute sa vie fut aimantée par ces pôles opposés, entre excès de notoriété et descente aux abîmes. Avec elle, le silence, le recueillement des proches, la décence, le départ au petit matin dans un cimetière de Provence entouré d’un cercle aimant, le relatif anonymat qui est le luxe des gens sans histoire, ce que l’on doit souhaiter en fait à tous les disparus et à leur famille, ne seront pas au programme des prochains jours. Il y aura du bruit et des commentaires, des lamentations et des interrogations, tout un cirque pour vendre du « papier » et décharger une émotion collective, à vrai dire, non feinte.

2001: Laroche-Joubert et Castaldi lancent la première télé-réalité d’enfermement

Parce que Loana fut le réceptacle de toutes nos mauvaises pensées, on savait que cette surexposition voulue et désirée était mortifère, malsaine, moralement contestable, et nous avons regardé son long échouage, nous avons continué d’être des téléspectateurs avides de peau et de larmes. La suppliciée s’offrait à nous. Elle semblait nous indiquer : « je suis votre martyre ».

Des manifestants contre la télé poubelle devant les locaux de la chaîne M6, à Neuilly-sur-Seine, en 2001. DR.

Loana provoquait ça, une attirance, un dégoût et puis, une peine immense pour cette gamine au parcours chancelant. Une fois de plus, le tourbillon emportera tout, mélangera tout, sa traversée de Paris héroïque et son chemin de croix, ses petites renaissances et ses trous noirs. Ce matin, elle faisait l’ouverture des matinales, hier soir déjà, des émissions spéciales revenaient sur sa « carrière » ; son œuvre est aussi pauvre que son aura est grande, tout le paradoxe de Loana réside dans cette équation bancale, incompréhensible et poignante. Elle fut connue à cause d’une célébrité inflammable, bizarrement aussi éphémère que durable, un bug du système télévisuel, sans raison apparente, on crut d’abord que son physique était à l’origine de cette poussée de fièvre et finalement, on comprit que chez Loana se superposaient toutes les feuilles d’une existence confuse, pathétique et étincelante.

A lire ensuite: Jean Pormanove : nécrologie d’un homme et avènement de la France de demain

Patient zéro

Elle était l’élue malheureuse, la belle de mai qui se fane devant nos yeux, une Sainte cathodique à la dérive pour une jeunesse sans avenir. Voyez, avec Loana, on tombe dans le piège, on met toujours trop de mots sur sa trajectoire, on essaye d’expliquer, de raisonner, de contextualiser, on oublie qu’une femme est morte. Seule. Loana fut toute sa vie durant un sujet d’étude, un laboratoire social, une caricature, un objet d’observation, une source d’inspiration et de revenus pour certains. On s’autorisait à l’ausculter, à la décomposer en plateau, elle était le patient zéro d’une marchandisation de l’image et de notre voyeurisme glouton. Nous n’avons pas détourné le regard. Le spectacle était fascinant et triste. La tragédie en marche était addictive. Loana était l’abysse. Nous nous sommes jetés sur elle. Nous avons succombé à cette trajectoire en miettes.

Bien sûr, l’effet de surprise, il y a 25 ans, a joué en sa faveur, son impudeur naïve semblait sincère, cette plastique en mouvement, celle d’une Marylin cabossée et extraordinairement populaire, nous captiva. La télévision française avait trouvé sa bimbo d’or et de pleurs Comment était-ce possible qu’une inconnue réussisse à braquer le poste de télé ? Loana restait un mystère. Par la suite, tous les autres concurrents de la télé-réalité imitèrent et surtout détournèrent le système à leur profit, ils ne seraient pas des victimes mais les acteurs d’un business lucratif. Loana fut à jamais la première. La maison-témoin de nos instincts grégaires. La célébrité pour rien, pour un visage, pour un sourire, pour une scène dans une piscine, pour un « jeu » télé destructeur. Loana avait choisi cette voie-là, elle ne regrettait rien. Mais, aujourd’hui, n’oublions jamais qu’une femme est morte. Seule.

Les tendresses de Zanzibar

Price: ---

0 used & new available from

Iran, le fanatisme résilient

Trump peut-il vraiment faire la paix avec l’Iran? Si les décisions militaires des mollahs ont été complètement erratiques suite à l’attaque américano-israélienne, consistant notamment à canarder tous leurs voisins, ce sont désormais les propos du président américain qui interrogent.


Après les succès du 28 février, 1er jour de la guerre, on a parlé de la panique des mollahs et de la décapitation du régime iranien. Puis l’image a fait place à celle d’un Iran résilient, rendant coup pour coup, maitrisant sa population et tenant entre ses mains le destin économique de la planète par son contrôle du détroit d’Ormuz. 

Amazing

A en croire le président américain, la campagne militaire est une réussite extraordinaire, le régime iranien est aux abois et s’il a été difficile de négocier avec lui, c’est que les dirigeants ont tous été tués. Le 22 mars Trump menace d’oblitérer le système électrique iranien si le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert. Le 23 mars il suspend la menace, arguant de discussions productives avec des représentants iraniens de haut niveau. 

Le 25 mars, démenti iranien assorti d’insultes envers les Etats-Unis et d’exigences telles qu’elles laissent penser que c’est l’Iran qui a gagné la guerre. 

Le nom de Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ex-maire de Téhéran, est évoqué comme comme point de contact des Américains. Réaction outragée de l’intéressé qui prétend que ceux-ci lancent ces bruits pour sortir du bourbier où ils se sont enlisés et que la guerre ne s’achèvera qu’avec la punition des agresseurs. Sous l’égide de la Turquie, du Pakistan et de l’Egypte, on continue pourtant de parler de négociations, de la conduite desquelles Steve Witkoff et Jared Kushner, Juifs tous deux, seraient refusés par l’Iran. 

Les Iraniens pensent que Trump veut en finir car il s’inquiète des conséquences de la hausse du pétrole alors que s’approchent les midterms et qu’un vote chez lui en Floride vient d’amener pour la première fois depuis des lustres un démocrate à la Chambre de l’Etat.

Art du deal

Certains estiment que l’arrivée des troupes aéroportées près des côtes iraniennes n’est qu’une diversion qui permettrait à Trump, après une victoire symbolique, de prétendre que le job est fini. D’autres pensent que malgré son talent à tordre la vérité, le président américain doit renforcer les actions militaires s’il ne veut pas perdre la face en aboutissant à un accord de façade tellement minable que même lui aurait du mal à le vendre à un public dont l’Iran n’est pas la priorité mais qui ne veut pas voir les Etats-Unis humiliés.

On dit que c’est dans ce flou que Trump est à son meilleur. Moi, je pense que l’Iran n’est pas le Vénézuéla et que le président américain est plus à l’aise avec des dirigeants corrompus qu’avec des dirigeants fanatiques, ce que sont les dirigeants iraniens au pouvoir actuellement, tous issus de l’IRGC, le corps des Gardiens de la révolution, les Pasdaran.

Tous n’ont pas été tués et l’image de numéro deux de moindre prestige remplaçant des numéros un tués par les frappes israélo-américaines ne représente pas la réalité. Ces numéros deux étaient souvent d’anciens numéros un qui ont gardé leur réputation ou de vieux routiers du pouvoir… Voici quelques exemples.

Mohamed Jafari, devenu responsable de la guerre culturelle, était absent de la réunion du 28 février. Il avait été le chef des Pasdaran entre 2007 et 2019, époque où ceux-ci ont commencé avec l’appui de Ali Khamenei et de son fils Mojtaba, à sucer à leur profit l’essentiel des ressources de l’Iran. Son adjoint le célèbre Soleimani, était responsable des actions extérieures, Jafari lui, a transformé l’armée intérieure en en faisant, dans l’optique d’une possible invasion ennemie, une mosaïque d’unités autonomes.

Ahmed Vahidi, qui avait rejoint les Pasdaran en 1979 est devenu leur chef quand son prédécesseur fut tué le 28 février. Ministre de l’Intérieur depuis 2022, il a été responsable de la répression qui a suivi l’assassinat de Mahsa Amini. Mais il avait déjà exercé ses talents en 1994, avec l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires.

Mohsen Rezae tout récent conseiller militaire spécial de Mojtaba Khamenei, a été de 1980 à 1997 le premier Commandant des Gardiens de la Révolution, à cette époque de simples gardes du corps de Khomeini. 

Et Mohammad-Bagher Ghalibaf a lui aussi été général des Gardiens de la Révolution. 

Ceux-ci sont aujourd’hui le centre du pouvoir en Iran. Mojtaba, qu’ils ont fait élire Guide est leur homme et même s’il est mort ou très invalide il pourra servir de substitut d’imam caché.

Des fanatiques actuellement à la tête du pays

Ces hommes sont entrés à la politique dès 1979, comme jeunes et enthousiastes disciples de Khomeini. Ils sont des partisans déterminés de sa doctrine, la Velayat e-faqih, qui donne le pouvoir décisionnel absolu au Guide perçu comme le représentant de l’imam sur terre et qui réduit le risque de rivalité interne ; ils se sont formés à la guerre dans les combats contre l’Irak quand on envoyait des enfants munis d’un collier de clefs du Paradis sauter sur les mines pour ouvrir le chemin des combattants, et ils ont donc un mépris absolu de la vie humaine. Ils ont toujours suivi pendant ces quarante-sept ans de théocratie où deux générations d’Iraniens ont été endoctrinés, la ligne la plus dure, celle des théologiens de Qom les plus hostiles à la démocratie occidentale. Ils se sont opposés à Ahmadinejad, non pas parce qu’il était un fou furieux, mais parce qu’il était un populiste innovant susceptible de dévaloriser le rôle du Guide Suprême à la tête du système.

Ce sont ces hommes qui dirigent le pays. Certains considèrent que l’islam sunnite lui-même est une hérésie à extirper, et pensent que cette guerre pourra par son intensité même être le creuset d’où sortira de sa cachette le 12e imam pour amener l’humanité, ou ce qui en restera après les combats, vers la vraie foi. Une analyse récente du centre Memri rappelle ces caractéristiques. Plutôt que d’insister sur leur corruption (certains des membres de ce groupe ont été pointés à ce sujet), il faut s’attacher au fanatisme idéologique où le mensonge (la célèbre taqiya) est une valeur fondamentale devant l’ennemi. Et, si le Grand et le petit Satan, les Etats-Unis et encore plus Israël, sont les ennemis archétypaux, les démocraties et tous les ennemis de la théocratie iranienne sont des ennemis de Dieu avec lesquels aucune réelle entente n’est envisageable.

Ce n’est pas avec de tels hommes qu’un accord est possible.  Ce n’est pas avec de tels hommes que le peuple iranien pourra se libérer, or c’est là le seul chemin de paix au Moyen Orient. Les Israéliens le savent, dirigeants politiques comme peuple de la rue. Pour Donald Trump, nous ne pouvons qu’espérer.

Dilemme mémoriel

À Graaff-Reinet, le projet de rebaptiser la ville en hommage à Robert Sobukwe ravive une fracture mémorielle profonde: entre réparation historique et préservation du patrimoine, cette controverse locale révèle les tensions raciales persistantes de l’Afrique du Sud postapartheid.


Dans le Karoo, au cœur de la province Cap-Oriental, la petite ville de Graaff‑Reinet est devenue le symbole d’une nouvelle bataille mémorielle en Afrique du Sud.

À la suite d’une décision gouvernementale, cette cité vieille de plus de deux siècles va être prochainement rebaptisée « Robert Sobukwe Town », du nom d’un héros de la lutte contre le régime de ségrégation raciale1. Contre toute attente, une vive résistance locale s’est organisée afin de contrer cette décision unilatérale de Pretoria, mêlant recours juridiques et mobilisation citoyenne, avec en fond de toile, un débat national sur l’héritage colonial et l’identité postapartheid.

Une ville au cœur de l’identité afrikaner

Graaff-Reinet est la quatrième ville la plus ancienne d’Afrique du Sud. Pour la communauté blanche, elle tient une place spéciale au sein de l’afrikanerdom. Fondée en 1786 au sein d’une colonie alors sous la domination de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, elle doit son nom au gouverneur du Cap, Cornelis Jacob van de Graaff, et à son épouse Cornelia Reynet.

En 1795, ses habitants proclament une république en réaction à l’autorité néerlandaise et se dote d’un volkstem (parlement du peuple). Une indépendance éphémère brisée par les Britanniques, qui restitue la ville aux Pays-Bas, avant d’en reprendre possession en 1806 et l’incorporer à la couronne de Sa Gracieuse Majesté. C’est pourtant à un Français que Graaf-Reinet doit son architecture actuelle, inscrite au patrimoine national. L’une des mieux préservées d’Afrique du Sud. Au début du XIXe siècle, l’ingénieur Louis-Michel Thibault transforme le visage de la ville, rapidement surnommée « la perle du Karoo ».

Quelques décennies plus tard, elle devient l’un des points de départ du Grand Trek des colons boers vers l’intérieur du pays où ils vont fonder l’Etat d’Orange libre et la République du Transvaal. Pour beaucoup d’habitants, ce chapitre épique de leur histoire constitue une part essentielle de leur identité locale.

Redessiner le paysage pour effacer l’apartheid

Si une grande partie des villes d’Afrique du Sud portent encore des noms hérités de l’histoire coloniale et des figures emblématiques du panthéon de la minorité blanche, ils constituent, pour une majorité de Sud-africains noirs, les vestiges visibles d’un passé marqué par l’oppression raciale.

À la chute de l’apartheid en 1994, un vaste processus de transformation toponymique a été engagé sous l’impulsion du South African Geographical Names Council. L’objectif : rééquilibrer la mémoire nationale en redonnant une place aux cultures, aux langues et aux figures historiques africaines longtemps marginalisées. Ce mouvement s’est traduit par de nombreux changements emblématiques. La très conservatrice Potgietersrus est ainsi devenue Mokopane, Pietersburg a été rebaptisée Polokwane, tandis que Port Elizabeth a été contrainte de s’appeler Gqeberha. Même la capitale administrative, Pretoria, n’a pas échappé à cette dynamique : depuis 2005, elle est intégrée à la municipalité de Tshwane, un nom d’origine tswana renvoyant à une figure locale de l’histoire sud-africaine.

Au total, ce sont plus de 80 villes et près de 1 500 noms géographiques -villages, rivières, montagnes, routes ou encore aéroports- qui ont été modifiés par les gouvernements successifs de l’African National Congress (ANC), dans une volonté affirmée de rupture avec l’héritage colonial et ségrégationniste. Mais cette politique de renommage est loin de faire consensus. Excepté les accusations de réécriture de l’histoire à la sauce gouvernementale, les critiques pointent également le coût financier élevé (rien que sur Pretoria, cela a coûté plus de 40 000 euros pour changer le seuls 21 panneaux de signalisation routière) et les lourdeurs administratives que ces changements ont engendré – modification des cartes, des adresses et des documents officiels -ainsi que son impact potentiel sur l’attractivité économique et touristique du pays.

Une résistance inattendue qui illustre les fragilités raciales sud-africaines

Mais à Graaff-Reinet, la décision a déclenché une mobilisation inhabituelle. Un recours juridique a été déposé par l’avocat local Derek Light, représentant le Forum de développement économique de la ville.

Selon lui, la procédure administrative est entachée d’irrégularités. Le ministère « omet d’informer le public qu’il dispose de 30 jours pour formuler des objections et ne précise pas où celles-ci doivent être déposées », affirme-t-il. Pour ses opposants, la décision apparaît d’autant plus contestable qu’elle intervient l’année même du 240e anniversaire de la ville.

La présidente de l’Association des contribuables, Liz Buisman, confirme l’ampleur de la mobilisation: « Nous sommes déterminés et nous nous mobilisons. De nombreuses objections sont en cours de compilation. » Même la prochaine conférence de la Société du patrimoine, prévue en décembre, a déjà pris position: elle continuera de porter le nom de Graaff-Reinet. Une manifestation contre le projet a fédéré 30 000 personnes dans les rues de la ville.

Samantha Graham-Mare, membre de l’Alliance démocratique (opposition et membre de la coalition gouvernementale) et vice-ministre de l’Électricité et de l’Énergie, a fait valoir qu »il ne reflète pas la volonté de la communauté locale. « Si Robert Sobukwe était une figure marquante qui a joué un rôle important dans l’histoire sud-africaine, il ne représente qu’une partie des habitants de Graaff-Reinet », a-t-elle déclaré.

Également au gouvernement, le parti afrikaner Freedom Front Plus (FF+ extrême-droite) a appelé les habitants à continuer d’utiliser l’ancien nom afin de faire preuve de résistance. « Le parti appelle les habitants de Graaff-Reinet, de la province du Cap-Oriental et du reste de l’Afrique du Sud à ignorer ce changement de nom », a déclaré le Dr Corné Mulder, chef du parti. « Il est devenu courant d’attendre des Afrikaners, et seulement des Afrikaners, qu’ils sacrifient leur héritage sur l’autel de l’apologie (…), nous refusons de continuer ainsi » a ajouté ce fils d’un ancien ministre de la Justice.

La famille du militant honoré se trouve elle aussi dans une position délicate. Le petit-fils de Robert Sobukwe, feu leader fondateur du Pan-African Congress (PAC), un parti d’extrême-gauche qui a été longtemps hostile à intégrer tout blanc dans son appareil politique durant la lutte contre le régime de ségrégation raciale, y compris issus du Parti communiste, Tsepo Sobukwe, a reconnu que la décision est à la fois « douloureuse et symbolique ». « Je suis heureux que la mémoire de mon grand-père soit honorée, mais je comprends aussi que cette décision suscite des réactions fortes », confie-t-il.

Emprisonné par le régime d’apartheid et détenu à l’isolement sur l’île de Robben Island, Robert Sobukwe (1924-1978) demeure une figure majeure du combat anti-apartheid. Ses partisans estiment à contrario que donner son nom à la ville où il est né constitue une réparation historique. Le PAC accuse d’ailleurs les opposants au projet de « résister à la décolonisation et à la vérité historique ». « Sobukwe représentait des idées si puissantes que même le régime de l’apartheid l’a traité comme un prisonnier hors du commun (entre 1960 et 1969, il est placé à l’isolement à Robben Island, séparé même des autres prisonniers). Ce rejet ne relève ni d’une procédure ni d’une consultation ; il s’agit d’une résistance à la décolonisation, à la vérité historique et au démantèlement inévitable des symboles de l’apartheid », se justifie Jaki Seroke, vice-président du Congrès panafricain.

Il a été d’ailleurs rejoint par l’Economic Freedom Fighters (EFF) dans ses propos. Le parti de Julius Malema, connu pour ses violentes diatribes anti-afrikaners a salué cette décision. Dans un communiqué, le mouvement a souligné que ce changement de nom constituait une intervention idéologique nécessaire dans un pays dont la géographie porte encore les stigmates de la conquête coloniale.

La controverse illustre en réalité un dilemme profond de l’Afrique du Sud contemporaine : comment transformer l’espace public sans effacer une partie de l’histoire du pays ? Depuis la fin de l’apartheid, la question des noms de villes, de rues et de monuments constitue un champ de bataille symbolique. Pour les uns, ces changements permettent de restaurer une mémoire longtemps mise de côté. Pour les autres, ils risquent de supprimer des éléments du patrimoine national.

Au-delà du cas de Graaff-Reinet, l’affaire pourrait faire jurisprudence dans un pays où la toponymie reste un terrain sensible. Car derrière les plaques de rues et les panneaux d’entrée de ville se joue une question fondamentale : comment une nation encore marquée par son passé colonial et par l’apartheid peut-elle réécrire son paysage symbolique sans raviver les fractures de son histoire ? 

Le dernier mot pourrait désormais revenir aux tribunaux. Pour Derek Light et les associations locales, l’objectif est clair : obtenir l’annulation de la décision du gouvernement et préserver l’identité historique de cette ville aux accents d’antan.

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Sobukwe ↩︎

Fin de Carême: Pâques en musique classique, d’Aix-en-Provence à Deauville

0


Forte de son incontournable rendez-vous estival (du 3 au 15 juillet prochain), la bonne ville d’Aix-en-Provence n’est pas seulement le haut lieu traditionnel de l’art lyrique. Soutenu par le CIC (banque partenaire fondatrice de la manifestation, également mécène du musée de la Marine et du musée de l’Armée) et, soulignons-le, sans aucune subvention de l’Etat, le Festival de Pâques s’impose quant à lui, et ce depuis une bonne dizaine d’années, comme l’autre événement musical prestigieux de la splendide cité provençale.

Bach, Brahms, Verdi…

Créé à l’initiative de l’acteur, producteur et metteur en scène Dominique Bluzet et du violoniste et chef d’orchestre Renaud Capuçon, le projet assume pleinement sa dimension confessionnelle. Chaque année, l’une des deux Passions de Bach est interprétée, au soir du très chrétien Vendredi Saint. Ainsi la sublime Passion selon Saint-Jean, donnée le 1er avril prochain au Théâtre des Champs-Elysées, sera-t-elle reprise à Aix le 3 avril –  soit, en l’an 2026, au jour même de la célébration de la fête pascale catholique : concert sur instrument d’époque, sous la direction de Camille Delaforge à la tête de l’Ensemble Il Caravaggio et du chœur Accentus et, pour ce qui est des solistes, le ténor Cyrille Dubois, la soprano Marie Lys, la contralto Marie-Nicole Lemieux, le baryton-basse Guilhem Worms (Jésus) – et Pilate, enfin, sous les traits du baryton Mathieu Gourlet.

Point d’orgue du programme ? Celui-ci s’ouvre en majesté dès ce samedi 28 mars, sous le signe de l’exigence : Joshua Weilerstein au pupitre, Renaud Capuçon au violon, et l’Orchestre National de Lille, lequel, pour fêter son demi-siècle d’existence, se garde en effet de toute facilité : le concert associant, à la très classique Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour violon op.14 de Samuel Barber, mais aussi, autrement plus méconnue et difficile d’accès pour l’oreille non avertie, la Symphonie n°2 d’Elsa Barraine (1910-1999).Composée avant la Seconde guerre mondiale, l’œuvre s’intitule « Voïna » (traduction : « la guerre », en russe)…

Renaud Capuçon (C) Caroline Doutre

Dans une certaine forme de logique funèbre, le programme dominical du lendemain se clôt avec l’immense Requiem de Verdi, chef d’œuvre opératique propre, selon toute vraisemblance, à se voir magnifié par l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich :  à la baguette, le maestro transalpin Gianandrea Noseda, actuel directeur de la prestigieuse maison helvétique. Et sur le plateau, rien moins que le ténor maltais Joseph Calleja ou la soprano lettone Marina Rebeka, pour ne citer qu’eux…

A lire aussi: Une trame nommée désir

Table ronde au Camp des Milles

Mais c’est sous un climat plus chargé d’ombres que s’ouvrira ce dernier dimanche de carême, le festival ayant choisi de s’installer au Camp des Milles, à quelques kilomètres d’Aix, pour une journée conjuguant concerts et tables rondes. Pour mémoire, le Camp des Milles est ce campement français où, durant l’été 1942, furent internés opposants, étrangers et juifs, prélude à leur déportation. En partenariat avec la Fondation du Camp des Milles, histoire et musique seront appelées à dialoguer, à travers des morceaux des grands compositeurs juifs que  furent Gideon Klein, Hans Krasa, Erwin Schulhoff ou Victor Ullmann et, interprétées par le quatuor Fidelio et Renaud Capuçon au violon, des musiques nées à Terezin, dans l’actuelle République tchèque, ce camp de transit de sinistre mémoire sis dans la ville anciennement baptisée Theresienstadt. Débattront, au cours de deux tables rondes, Jacques Attali avec le compositeur Bernard Foccroulle d’une part, le rabbin Delphine Horvilleur et Laurent Berger (du CIC) d’autre part, l’après-midi s’achevant sur les Variations Goldberg dans une transcription à cordes signée Dimitry Sirkovetsty… et une transcription de l’Hymne des Milles.

Quatuor Fidelio (C) Yseult Photography

Passé ce coup d’envoi du week-end, le Festival de Pâques égrène jusqu’au 12 avril un programme éclectique d’une grande richesse, allant de Bach à Lucie Boulanger, de Chopin ou Liszt à Mahler, de Beethoven ou Schumann à Khatchatourian. Avec quelques stars au podium : les deux frères Capuçon (le violoniste et le violoncelliste), le grand Jordi Savall, Bertrand Chamayou, avec l’ensemble Les Siècles, familiers de la manifestation, et même l’immense Martha Argerich au piano… Evénement majeur de cette édition, l’Orchestre philharmonique de Munich, sous la direction du jeune chef d’orchestre et pianiste israélien Lahav Shani, 37 ans, formé comme l’on sait par son mentor Daniel Barenboïm, est accueilli en résidence à Aix. Jusqu’au bout, l’alchimie fonctionne.

Renaud Capuçon, Martha Argerich et Lahav Shani (C) Caroline Doutre

& musiques de chambre à Deauville

L’écrin aixois n’est pas seul à se placer sous le dais de la Résurrection du Christ. Les planches de Deauville y trouvent leur sacrement depuis trois décennies déjà. Sous l’impulsion de son directeur artistique Yves Petit de Voize, cette trentième édition du Festival de Pâques deauvillais, en partenariat de longue date avec la Fondation Singer-Polignac abritée dans l’opulent hôtel particulier de l’avenue Georges Mandel si connu des mélomanes parisiens, ménage du 18 avril au 2 mai, dans sa traditionnelle Salle Elie de Brignac-Arqana, un programme de chambre particulièrement riche et éclectique – Bach, Pergolèse, Telemann, Mozart, Schubert, Mendelssohn, Brahms, Dvorak, Tchaïkovski, Mahler, Ravel, Fauré, Rachmaninov, Janacek, Berg, Martinu, Chostakovitch, Schnittke – tout le répertoire y passe, ou presque !

A vos marques, donc, dès le samedi 18 avril, pour un concert associant Bach (concerto brandebourgeois n°5), Telemann (concerto pour flûte à bec, traverso et continuo) et… le célébrissime Stabat Mater de Pergolèse, must absolu de la musique sacrée, lequel sera donné ici sur instruments anciens par le Concert de la Loge, dirigé par Julien Chauvin, fondateur de cette phalange de haute tenue à qui l’on doit, en outre, quelques mémorables enregistrements. Le premier après-midi dominical sera quant à lui consacré à Rachmaninov, Alfred Schnittke et Tchaïkovski. La manifestation reprend ensuite le 24 avril, et se poursuit pour deux autres fins de semaine encore, pour se clôturer le 2 mai au soir. A vos agendas.


Festival de Pâques. Aix-en-Provence. Du 28 mars au 12 avril 2026. www.festivalpaques.com

Festival de Pâques. Deauville. Du 18 avril au 2 mai 2026. https://musiqueadeauville.com

Les nouveaux crémiers de la République

Aux élections, la petite recette communautariste de Jean-Luc Mélenchon s’avère payante


Diffusé en 1981 sur TF1, un téléfilm d’Edouard Molinaro avait marqué les esprits: Au bon beurre, tiré d’un livre de Jean Dutourd, avec Roger Hanin et Andréa Ferréol.

Voici le résumé qu’en donne Wikipedia : « À Paris pendant l’occupation allemande, les Poissonnard, un couple de commerçants propriétaires de la crèmerie « Au Bon Beurre » dans le 20e arrondissement, sont des profiteurs de guerre opportunistes. Ils tirent en effet avantage — et sans scrupule — des pénuries alimentaires et du marché noir ayant cours à cette période pour s’enrichir indûment. Par ailleurs, le couple est aussi capable de compromissions avec l’occupant […] Les Poissonnard collaborent habilement avec les autorités allemandes quand cela sert leurs intérêts ».

Y a-t-il aujourd’hui en France une boutique dont les tenanciers sont des profiteurs de guerre opportunistes, qui tirent avantage de la crise, se compromettent, collaborent avec des autorités étrangères ou religieuses, quand cela sert leurs intérêts ?

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Cette boutique est une officine politique, qui spécule sur le vote musulman. Selon une étude Ifop, aux élections européennes de juin 2024, les musulmans ont voté à 62 % pour la liste de La France insoumise, dans la continuité de l’élection présidentielle de 2022, au cours de laquelle 69 % des musulmans avaient choisi Jean-Luc Mélenchon.

Dans son dernier livre Vote religieux. Un tabou français (éditions de l’Observatoire), Lucas Jakubowicz analyse : « En 2017, il a manqué 600 000 voix à Jean-Luc Mélenchon pour accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le chef de La France insoumise a constaté que la colère des Gilets jaunes profitait à Marine Le Pen. Il a donc misé sur une carte du communautarisme et l’investissement a été payant : entre la présidentielle de 2017 et celle de 2022, il est passé de 37 % à 69 % chez les électeurs de confession musulmane ».

Aux municipales, Roubaix et Saint-Denis ont validé ce bond croissant. Ne reste plus à LFI qu’à dévoiler sa véritable enseigne : « Au bon Beur ».

Au Bon Beurre

Price: ---

0 used & new available from

Vote religieux, un tabou français

Price: ---

0 used & new available from

Pourquoi l’Europe gagnerait à actualiser son regard sur les Émirats arabes unis

0
Le président Macron est accueilli par le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, lors d’une visite au musée national Zayed à Abou Dhabi, dans le cadre de son déplacement officiel aux Émirats arabes unis, le 21 décembre 2025 © Jeanne Accorsini/SIPA

Longtemps perçus en Europe à travers le prisme de leur modèle politique, les Émirats arabes unis s’imposent aujourd’hui comme un acteur stratégique central dans un environnement régional instable. Leur capacité d’anticipation, leur engagement sécuritaire et leur diversification économique interrogent les grilles de lecture traditionnelles. À rebours de certaines idées reçues, leur trajectoire met en lumière une approche pragmatique du pouvoir et de la gestion des risques. L’Europe gagnerait à actualiser sa perception de ce pays ami.


Les crises qui traversent aujourd’hui le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique s’inscrivent dans une histoire longue, marquée par les recompositions issues du démantèlement des empires européens et ottoman au début du XXe siècle. Les États de la région se trouvent confrontés au retour de tensions anciennes, longtemps contenues sans jamais avoir été véritablement résolues.

Précieux détroits

Dans le même temps, l’implication des puissances occidentales s’est progressivement réduite, du Sahel au Levant. Ce retrait tient autant à l’évolution des opinions publiques — plus réticentes après plusieurs décennies d’interventions extérieures — qu’à l’affirmation d’acteurs régionaux. Il n’a toutefois pas été compensé par l’émergence d’un cadre stabilisateur capable d’accompagner l’affaiblissement ou l’effondrement d’États situés sur des axes stratégiques essentiels.

C’est dans cet espace incertain que s’inscrit l’action des Émirats arabes unis, souvent critiquée en Europe, notamment au Yémen ou au Soudan. Ces critiques sont légitimes, mais elles tendent parfois à occulter des déterminants plus profonds. Au Yémen, l’engagement émirati répond à des enjeux qui dépassent largement le cadre national : la sécurisation du détroit de Bab el-Mandeb — point de passage clé du commerce mondial — et la volonté de contenir l’influence iranienne. Les attaques menées par les rebelles houtis contre la navigation internationale entre 2023 et 2025 ont rappelé qu’une perturbation durable de ce corridor aurait des conséquences immédiates sur les flux commerciaux et énergétiques, y compris pour l’Europe.

A lire aussi, Yannick Campo: Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Zimbabwe: en Afrique, l’affaire Epstein alimente la désinformation à grande échelle

Le Soudan offre un autre exemple de cette complexité. Depuis 2019, le pays connaît une fragmentation politique, sociale et ethnique accélérée, dont les effets débordent largement ses frontières, de l’Égypte à la mer Rouge. Face à cette dynamique, la réponse internationale — notamment européenne et américaine — s’est souvent limitée à des initiatives diplomatiques ou à des tentatives de médiation. Dans ce contexte, les acteurs régionaux ont progressivement pris le relais, chacun selon ses intérêts, contribuant à une dynamique devenue difficile à contenir. Une trajectoire qui n’avait rien d’inéluctable et qui aurait sans doute pu être atténuée par une approche internationale plus cohérente.

Résilience

Cette capacité d’intervention s’appuie sur une logique plus large : celle d’une stratégie de long terme fondée sur l’anticipation. Il y a quelques semaines, des avions français ont ainsi été engagés pour intercepter des menaces aériennes visant les Émirats arabes unis, dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Iran. L’épisode a marqué, moins par sa dimension militaire que par ce qu’il révèle : les Émirats se sont progressivement imposés, sans ostentation, comme l’un des acteurs sécuritaires les plus structurés de leur environnement régional.

L’intensité des attaques dirigées contre leur territoire, parfois supérieure à celle subie par d’autres pays de la zone, a pu surprendre. Pourtant, elles ont été en grande partie contenues. Cette résilience tient à des dispositifs de défense robustes et à des partenariats solides — notamment avec la France — mais aussi à une approche cohérente, articulant capacités militaires, alliances, logistique et anticipation des risques.

A lire aussi, Gil Mihaely: Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

Sous l’impulsion de Mohammed bin Zayed Al Nahyane, président des Émirats, cette cohérence s’est étendue à l’ensemble du modèle de développement : diversification économique, investissement technologique et formation d’un capital humain capable d’évoluer dans les réseaux internationaux. L’objectif n’est pas tant de proposer un modèle que de consolider une position dans un environnement instable.

Ce point mérite d’être souligné tant il entre en tension avec certains réflexes européens. Dans les traditions politiques du continent, les monarchies restent souvent perçues à travers un prisme critique, comme des survivances d’un autre âge. Or, les dynamiques actuelles invitent à nuancer ce regard. Non parce que le modèle émirati constituerait une alternative aux idéaux démocratiques européens, mais parce qu’il met en lumière une limite récurrente : celle d’une évaluation de l’efficacité politique trop exclusivement liée à la nature des institutions, au détriment de leur capacité d’action réelle.

Changer de regard

Cette interrogation résonne d’autant plus fortement que l’Europe traverse ses propres doutes. Ses économies s’interrogent sur leur compétitivité, leur productivité et les effets parfois contraignants de leurs cadres réglementaires sur l’innovation. Plusieurs sociétés européennes font face à des tensions démographiques, à une mobilité accrue des talents et à des difficultés à maintenir l’adhésion des jeunes générations à un projet collectif lisible.

La célébration du vide

0
« Les Noces rouges », Claude Chabrol, 1673. DR

Les Noces rouges de Claude Chabrol est actuellement programmé par Arte dans le cadre du cycle « Au cœur de l’humain avec Claude Chabrol ». Nous l’avons revu.


Avec Les Noces rouges, Claude Chabrol signe l’un des sommets les plus noirs et les plus maîtrisés de son œuvre. Film d’une beauté austère, presque minérale, il déploie une mécanique implacable où la rigueur de la mise en scène confine à une forme de cruauté froide, dénuée de toute échappée morale.

La province : huis clos étouffant

Dans la France pompidolienne, au cœur d’une province engoncée dans ses rites et ses certitudes, Chabrol observe la bourgeoisie comme un entomologiste observe ses insectes : sans illusion, sans indulgence. La petite ville devient un espace clos, saturé de conventions sociales, où l’air même semble manquer. Loin d’un simple réalisme sociologique, le cinéaste compose une véritable tragédie moderne, dont l’ouverture, empruntée à Eschyle, place d’emblée le récit sous le signe d’un jugement impossible: ni innocence ni culpabilité ne peuvent ici être clairement assignées.

Héritages et singularité: Hitchcock, Lang, et Chabrol

L’influence conjuguée de Alfred Hitchcock et de Fritz Lang affleure dans cette construction d’une précision chirurgicale, où chaque geste semble déjà inscrit dans une fatalité antérieure. Mais là où Hitchcock organise le suspense et où Lang traque la culpabilité, Chabrol, lui, dissout le sens. Le crime ne relève plus d’une logique morale ou psychologique: il devient l’expression d’un vide. Le film, inspiré d’un fait divers réel – l’affaire dite des « amants diaboliques » de Bourganeuf (Creuse) – n’en retient que la surface signifiante. Chabrol transforme un récit médiatique en une expérience sensorielle et charnelle. Il ne s’agit pas d’expliquer, mais d’incarner.

Le couple formé par Stéphane Audran et Michel Piccoli est au cœur de cette opacité. Leur relation, saturée de désir, relève de la passion mais aussi d’un jeu morbide, d’une théâtralité consciente. Ils sont amants, comme pour conjurer l’ennui profond de leur existence. Leur amour, en se radicalisant, devient vertige.

Le flashback comme matière mentale

La mise en scène épouse ce glissement. Le recours au flashback, notamment, ne vise pas à éclairer le présent mais à l’épaissir, à le contaminer d’une mémoire trouble. Le célèbre passage où Lucienne ouvre la fenêtre sur un vacarme de klaxons avant que son visage ne bascule dans le souvenir constitue une entrée presque organique dans le passé: non pas un retour explicatif, mais une immersion dans une matière mentale indistincte.

La disparition du sens et la logique du crime

Plus profondément, Les Noces rouges est un film sur la disparition du sens. Chabrol évacue délibérément les motivations explicites – politiques, sociales ou psychologiques – pour ne laisser subsister qu’un noyau irréductible: une jouissance profonde et obscure, liée à la transgression. Lorsque le mari accepte l’adultère, il en annule la valeur subversive; il prive les amants de ce qui fondait leur désir. Le crime naît alors de ce paradoxe: tuer pour restaurer l’interdit.

La lettre brûlée : matérialité et impossibilité du sens

Cette logique trouve son point d’incandescence dans la scène de la lettre brûlée. Plus que son contenu, c’est sa matérialité qui importe. En la consumant, le film semble affirmer l’impossibilité d’accéder au sens. Comme dans une lecture lacanienne de la lettre, celle-ci n’est plus message mais pur signifiant, trace d’une jouissance qui ne se laisse pas réduire au langage. Le cinéma de Chabrol atteint ici une forme limite : montrer non pas ce qui signifie, mais ce qui résiste à toute signification.

Dans cette perspective, la construction dramatique, d’une rigueur presque mathématique, apparaît comme un piège. Tout est en place: l’adultère, la passion, la découverte, le meurtre, l’enquête. Mais cette progression classique ne mène à aucune révélation. Elle ne fait que resserrer l’étau d’un malaise diffus, persistant, qui ne se résout pas avec l’arrestation finale.

Un regard moraliste sans morale

Chabrol, moraliste sans morale, porte sur ses personnages un regard d’une férocité jubilatoire. Bourreaux et victimes se confondent dans une même médiocrité essentielle. Son ironie, parfois goguenarde, n’atténue jamais la noirceur du propos ; elle la rend au contraire plus tranchante encore.

Avec Les Noces rouges, il clôt en quelque sorte le cycle ouvert à la fin des années 1960 (La Femme infidèle, Le Boucher, La Rupture, Juste avant la nuit) en poussant à son point extrême son exploration de la bourgeoisie provinciale. Mais ici, plus encore qu’ailleurs, le vernis social se fissure pour révéler non pas une vérité cachée, mais une absence: celle du sens lui-même. Film du non-sens et de la jouissance, de la surface et de l’abîme, Les Noces rouges demeure une œuvre profondément dérangeante. Un film qui ne juge pas, dont le malaise, longtemps après la projection, continue de sourdre en nous.

Les Noces rouges

France – 1973 – 1h32 A revoir actuellement sur Arte

« Tu fais quoi pour les vacances ? »

0
Des Israéliens fêtent Pourim dans un abri, Tel-Aviv, 2 mars 2026 © Paulina Patimer/ZUMA/SIPA

Le décalage devenu fossé: la guerre est une expérience qui ne s’explique pas


« Tu fais quoi pour les vacances ? ». Je reste interdite en relisant ce message trois fois. S’adresse-t-il à moi ? La guerre entre l’Israel et l’Iran est-elle bien relayée chez nos amis européens ? Au début, je crois à une blague. Et puis, je comprends. Tous les messages qui viennent de l’extérieur d’Israel portent en eux ce que j’appellerai « un décalage ».

Déjà, l’après 7 octobre nous faisant le ressentir. Aujourd’hui, après deux guerres avec l’Iran, ce n’est plus un décalage, c’est un fossé.

Nous ne vivons plus simplement au bord de la mer Méditerranéenne. Ou dans une destination très prisée de vacances.

Nous vivons dans un nouveau continent, et ce continent a son propre espace-temps, son propre way of life.

Désormais, dans ce continent isolé du reste du monde, les journées ne se comptent plus en heures, mais en nombre d’alertes. Une, deux, dix par jour, suivant les régions.

C’est un continent où ce qui s’égrène au quotidien, ce ne sont pas les résultats aux municipales, mais le nombre de blessés, de morts, de dégâts commis par les missiles qui n’ont pas pu être interceptés. C’est le nombre de personnes déplacées ou celles qui seront relogées, faute d’abris.

C’est un continent où l’on apprend à vivre avec l’interruption. Où les nuits sont fragmentées. Où le sommeil profond ressemble à une carte postale. Où une phrase, un repas est tous les jours coupé en deux, en un avant et après l’alerte. Ici, on attrape un enfant par la main sans avoir le temps de lui expliquer. Ici, depuis un mois, nous ne savons plus quel mois nous sommes. Ni si nous sommes lundi ou mardi, tant le quotidien se répète.

Nous sommes trop occupés à économiser nos forces pour pouvoir prévoir les prochaines vacances. Nous sommes occupés à bien investir notre énergie, à poser notre attention sur ce qui est bon et beau, pour ne pas laisser entrer en nous ce qui risquerait de nous affaiblir.

Nous ne sommes pas occupés à suivre les résultats des municipales en France. Ni à nous émouvoir des chaines d’info en continue qui déforment nos réalités. Nous n’avons plus le temps. Plus la patience.

Débattre, mais à quoi bon ? Pour convaincre qui, et de quoi ? Pour être face à des personnes qui de la guerre tiennent une définition poussiéreuse, qui date de soixante ans et plus ? Nous n’avons plus le temps pour la théorie et les discours fumeux. Ni d’expliquer ce qui, de toute façon, échappe aux mots.

Nous apprenons beaucoup en ce moment.

Nous apprenons sur nous et sur les autres. Nous apprenons sur les limites du langage. Sur ce qui est transmissible et ce qui ne l’est pas. Raconter sera toujours en-dessous.

Dans plusieurs années, ce ne sera pas nos mémoires qui se souviendront, ce sera nos corps. Et nos systèmes d’hyper vigilance. Ce sera nos reflexes et toutes ces choses qui deviendront indélébiles et inexplicables.

Ici, mes amis, il n’y a pas d’écoles. Pas d’avions qui décollent, ou si peu. Seulement des avions qui arrivent en provenance de partout, car les Israéliens, en temps de guerre, veulent être là. C’est aussi incompréhensible que réel.

Je ne sais pas quoi répondre à mon amie qui veut savoir quels sont mes plans de vacances.

Je vais attendre un peu. Juste prendre le temps d’acter de ce fossé qui se creuse un peu plus.  

A lire aussi: La dissociation israélienne, arme suprême en temps de guerre

Un nouveau message me parvient. Un bruissement. Quelques questions timides. Maladroites. Tu as vu Dubaï ?

Dubaï, c’est plus exotique que les derniers missiles qui ont détruit les villes de Dimona et d’Arad. Les médias français en parlent-ils ? Je n’ai pas le temps de vérifier.

Un autre message. Hier soir, on a parlé du bombardement iranien longue portée qui, potentiellement, pourrait toucher l’Europe. Et si Londres était touché ? Et si Paris ? Et si, nous aussi, nous étions touchés ? Je vous le dis tout de suite, vous n’êtes pas prêts. Pas immunisés. 

L’expérience de la guerre est comme un vaccin. Ce n’est pas une expérience qui se vit par procuration ou en se documentant. L’expérience s’injecte dans toutes les cellules du corps. Pas de raccourci, pas de passe-droit possible.

Cette fois-ci, je ne peux pas faire dans la dentelle, la réalité est tristement binaire. Être là, ou pas. Être immunisé, ou pas.

Ce que le monde appelle « résilience », nous l’appelons « capacité à continuer de vivre, malgré tout ».  

Cela veut dire aussi vivre au jour le jour. Vivre l’instant présent. Ne plus se perdre dans des dissertations sur le pourquoi du comment. Vivre ici, c’est déjà avoir avalé les concepts affichés comme les principes fondamentaux du développement personnel.

J’ai un peu de force pour lui répondre. Je n’ai pas pensé aux prochaines vacances. De toutes les manières, elles ont toutes été annulées. L’aéroport de Tel Aviv sera fermé encore un mois et ce, dans le meilleur des cas. Et puis, le cœur n’y est pas. Les finances non plus. Le pays est en mode pause. Les grands évènements ont été annulés. Probablement les festivités du jour de l’indépendance aussi.

La sobriété n’est plus pour nous un mantra à la mode. Elle est vitale. Nos vacances seront frugales et locales. Et cela tombe bien, car c’est tout l’esprit de la fête de la Pâques Juive, dite Pessah.

Une fête qui parle d’une libération du superflu et de ce qui gonfle artificiellement nos vies. Le vrai hametz, que nous devons retirer de nos placards et nos maisons, cette année, est ailleurs. Il est dans la profusion qui éteint la source simple de ce qui met en joie. Il est dans le trop-plein auquel nous nous sommes trop habitués et qui anesthésie. Dans la surconsommation qui nous éloigne de l’essentiel. Pour le dire vite, dans tout ce qui gonfle nos vies sans jamais les nourrir.

Cette année, les vacances, seront celles d’une vraie liberté regagnée. Ce ne sera pas une sortie spectaculaire. Ni des vacances instagrammables. Pas non plus la mer qui s’ouvre devant nous, comme aux temps bibliques. Non, juste, la plus grande et belle des libertés. Celle de la découverte de nos forces intérieures qui nous font tenir debout. Celles des enfants qui sourient et jouent, même avec des cieux remplis de missiles.

Et surtout, celle de notre capacité à croire, même si les choses sont encore voilées, incertaines. Croire et avancer malgré la tempête, se projeter demain, et un peu plus loin, vers un avenir plus serein dans ce Moyen-Orient si complexe.

Mais à quoi joue David Lisnard?

0
David Lisnard, Paris, 20 novembre 2025 © ISA HARSIN/SIPA

Derrière le départ fracassant du président de l’AMF et maire de Cannes se cache un désaccord de fond avec les barons LR. Avec son parti Nouvelle-Energie, Lisnard défend une droite ordo-libérale qui veut rompre avec quarante ans de socialisme repeint en bleu.


La goutte qui fait déborder le vase

Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) a annoncé « ne plus rien avoir à faire au sein des Républicains », dénonçant le refus du parti présidé par Bruno Retailleau d’organiser une grande primaire ouverte à droite pour désigner le candidat à l’élection présidentielle. Pour M. Lisnard, ce qui s’est passé lors du bureau politique du 24 mars est un non-sens absolu, et le vote proposé aux adhérents en avril — entre primaire interne, semi-ouverte (sic), ou désignation directe de Retailleau — est un vote biaisé.

En réalité, le départ du président du parti libéral Nouvelle-Energie va bien au-delà d’une querelle sur les modalités d’une primaire. Il dénonce depuis des années l’absence de toute lisibilité, de cohérence et de constance au sein du parti, et n’a pas digéré (comme la majorité des jeunes LR) le vote de confiance à François Bayrou, la non-censure de M. Lecornu, l’abandon de la réformette des retraites, et les ambiguïtés sur la participation des LR aux gouvernements néo-socialistes d’Emmanuel Macron.

Pour lui, comme une majorité d’électeurs de droite partis voir ailleurs, LR n’est plus une force de redressement de la France mais un parti de gestion de la carrière de ses barons. Une droite molle, incapable d’assumer ses convictions, qui produit du vote RN (un autre parti socialiste sur le plan économique) en quantité industrielle.

Quarante ans de social-étatisme : un bilan accablant

Pour comprendre pourquoi Lisnard claque la porte, il faut saisir la profondeur de son diagnostic sur la France. Il entend donner le cap à une droite engluée dans la social-démocratie étatiste qui gouverne le pays depuis quarante ans, plaidant pour redonner sa grandeur à la liberté et à l’initiative individuelle. L’état réel du pays est factuellement désastreux. Regardons en face le bilan des différentes nuances de socialisme dépensier au pouvoir depuis Mitterrand :  La France détient aujourd’hui l’un des taux de dépenses publiques les plus élevés du monde (près de 57 % du PIB) sans que cela se traduise par une prospérité accrue. La dette publique dépasse les 3 200 milliards d’euros. Le chômage structurel reste l’un des plus persistants d’Europe occidentale. La désindustrialisation a vidé des territoires entiers. Les prélèvements obligatoires étouffent entreprises et ménages. La politique écocitoyenne anti-nucléaire et anti-science a fait exploser les factures énergétiques de Français et des entreprises. Pour Lisnard, trop d’impôts tuent l’impôt, découragent le travail, alimentent le travail clandestin, font fuir les talents et nourrissent la spirale du déclassement.

A lire aussi, Thomas Lepeltier: Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?

Ce mélange de socialisme et d’étatisme qui prévaut au sein de la caste au pouvoir depuis une quarantaine d’années repose sur une philosophie de l’assistance des individus par la puissance publique, là où Lisnard prône la maîtrise par chacun de son existence, sans que l’État n’ait à interférer par des aides sociales ou une infantilisation injustifiées.

Le résultat ? Un État obèse, dépensier, et pourtant faible sur ses missions régaliennes essentielles !

Le libéralisme, ça marche: la preuve par Cannes

Lisnard n’est pas qu’un théoricien. Il est avant tout un praticien qui a expérimenté ses idées à l’échelle d’une ville. Depuis 2014, il a fait baisser la dette de Cannes et ses frais de fonctionnement, réduit de 400 personnes les effectifs municipaux, diminué le taux des impôts locaux, tout en renforçant les services de sécurité de la police municipale, et en luttant avec succès contre l’incivisme. Un résultat assez unique en France (à comparer avec le bilan d’Edouard Philippe, au Havre comme au gouvernement…) qui lui a valu d’être réélu en mars 2026 avec plus de 81 % des voix au premier tour. Un score rarissime en démocratie, d’autant que, contrairement aux idées reçues, Cannes a un taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale.

À plus grande échelle, les exemples abondent pour valider l’approche libérale. Les pays qui ont fait le choix de la liberté économique (Irlande, Danemark, Suisse, Estonie…) affichent des résultats bien supérieurs à la France en matière de croissance, d’innovation, d’emploi et de qualité des services publics. Non parce qu’ils ont abandonné tout filet social, mais parce qu’ils ont su distinguer les missions fondamentales de l’État de l’interventionnisme bureaucratique et clientéliste.

Libérer la France des petits hommes gris

Le parti Nouvelle-Énergie réhabilite la défense du libéralisme économique, de la réforme de l’État et de la décentralisation, sujets délaissés à droite depuis Madelin, et propose une vraie doctrine sur le développement de l’intelligence artificielle, l’économie écologique de marché, le quantique et le spatial. Concrètement, le programme de David Lisnard repose sur plusieurs piliers. Sur le plan budgétaire, il se fixe l’objectif de 300 milliards d’euros de réduction de la dépense publique (suppression de nombreuses agences et Ministères inutiles) en fustigeant la bureaucratie parasite. Il veut remplacer l’État-providence par un État-performance: un État fort mais réduit à ses prérogatives premières : l’instruction, la sécurité, le contrôle de l’immigration, la justice, la diplomatie, la santé.

Sur les normes et les libertés, David Lisnard veut en finir avec l’Absurdistan réglementaire. Il dénonce le poids de la haute administration dans la décision publique et une caste politique, administrative et médiatique qui impose son social-étatisme, refuse la concurrence (pourtant une incitation à la performance) et s’acharne sur les élus locaux. Moins de normes, plus de subsidiarité, une vraie décentralisation donnant aux maires les moyens d’agir : telle est sa vision d’un État qui libère plutôt qu’il n’entrave.

Une rupture nécessaire

Le départ de Lisnard de LR n’est pas un caprice. C’est l’aboutissement logique d’un homme qui a compris que les batailles idéologiques ne peuvent pas se mener depuis l’intérieur d’un parti prisonnier de ses ambiguïtés. Il veut un État recentré sur ses missions, car il faut en finir avec le régime technocratique et le social-étatisme, que l’État retrouve sa vocation non pas d’empêcheur de tourner en rond, mais de garant de l’ordre public.

La France a essayé le socialisme, le social-libéralisme, le macronisme. Trois faces d’une même pièce. Elle n’a pas encore essayé le libéralisme, le courage politique, et ce qui fonctionne ailleurs, comme le prouve le sauvetage de l’Argentine par Milei dans un contexte certes différent. C’est le pari de David Lisnard pour 2027, qui doit désormais former des alliances à droite avec ceux qui partagent son principal constat : la paupérisation de la France n’est pas une fatalité, mais le fruit de mauvaises politiques.

Ainsi va la France

Price: ---

0 used & new available from

Mazarine et les ploucs

0
Mazarine Pingeot © BALTEL/SIPA

Les habitants de la Flèche dans la Sarthe se remettront-ils du boycott de Mazarine Pingeot ? se demande Elisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Mazarine Pingeot annule une rencontre prévue ce dimanche à la Flèche (72), commune qui a élu un maire RN. Les Fléchois doivent être désespérés.

La fille cachée de qui vous savez et écrivain devait les honorer de sa présence dimanche, pour une rencontre sur son dernier livre Inappropriable. Ce que l’IA fait à l’humain. Seulement, les électeurs de la sous-préfecture, qui abrite le cœur d’Henri IV et le meilleur prytanée militaire de France, qui était depuis 80 ans un bastion de gauche, ont eu l’outrecuidance d’élire un maire RN. Romain Lemoigne, 25 ans, a gagné avec 133 voix d’avance et une participation record de 73%.

 «Je ne pouvais pas venir parler d’IA alors qu’il y a des sujets bien plus graves» a déclaré Pingeot. En effet, les bouleversements introduits par l’IA ne sont rien à côté de la victoire du RN dans une ville de 15000 habitants. Le parti de Marine Le Pen est bien plus dangereux que le régime de Vichy pour lequel le père de Madame Pingeot a eu une indulgence coupable. Sans surprise, le journaliste de Ouest-France qui devait animer la rencontre a aussi déclaré forfait affirmant qu’il ne pouvait pas accepter l’argent de la municipalité. Cet héroïsme laisse sans voix. Qu’on se le dise, à Saint-Germain-des-Prés, la résistance s’organise !

A lire aussi: La revanche du réel: comment la gauche a fabriqué ce qu’elle ne comprend plus

Cet épisode est évidemment plutôt anecdotique. Anecdotique mais symbolique. Il résume la morgue et le mépris des gens à la mode pour le plouc qui vote RN. Depuis l’enfance, Mazarine Pingeot entend dire que c’est des fachos et que les fachos c’est mal. Pour elle, l’antilepénisme est une religion. Pas sûr qu’elle ferait autant de manières pour aller dans une ville conquise par LFI. Peut-être juge-t-elle la nouvelle France plus digne de son attention que l’ancienne.

L’un des ressorts du vote RN, c’est précisément l’abandon de cette France des sous-préfectures qui va bosser en bagnole. Quand elle entend les vainqueurs de Saint-Denis (93) scander « nous sommes les enfants de Gaza », elle ne reconnait pas son pays. On est chez nous, dit-elle à ceux qui se sentent partout chez eux. Madame Pingeot et ses semblables sont les meilleurs agents électoraux du RN. Peut-être finiront-ils par l’amener à l’Elysée. Comme ça, elle pourra jouer aux résistants et aux nazis pendant cinq ans. Ou demander l’asile politique au maire de New-York.

Inappropriable: Ce que l'IA fait à l'humain

Price: ---

0 used & new available from


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Loana: à jamais, la première!

0
© LEROUX PHILIPPE/SIPA

Star de la télé-réalité au début des années 2000, égérie populaire, Loana vient de disparaître après une longue descente aux enfers


Une femme est morte. Sauf que cette femme s’appelait Loana. Elle avait moins de cinquante ans, elle était apparue en 2001 comme chacun le sait. Punition divine ou signe d’un destin chaotique, même sa propre mort lui échappe en prenant un mauvais tour médiatique. Une fois de plus, le glauque et la lumière ceignent son corps. Toute sa vie fut aimantée par ces pôles opposés, entre excès de notoriété et descente aux abîmes. Avec elle, le silence, le recueillement des proches, la décence, le départ au petit matin dans un cimetière de Provence entouré d’un cercle aimant, le relatif anonymat qui est le luxe des gens sans histoire, ce que l’on doit souhaiter en fait à tous les disparus et à leur famille, ne seront pas au programme des prochains jours. Il y aura du bruit et des commentaires, des lamentations et des interrogations, tout un cirque pour vendre du « papier » et décharger une émotion collective, à vrai dire, non feinte.

2001: Laroche-Joubert et Castaldi lancent la première télé-réalité d’enfermement

Parce que Loana fut le réceptacle de toutes nos mauvaises pensées, on savait que cette surexposition voulue et désirée était mortifère, malsaine, moralement contestable, et nous avons regardé son long échouage, nous avons continué d’être des téléspectateurs avides de peau et de larmes. La suppliciée s’offrait à nous. Elle semblait nous indiquer : « je suis votre martyre ».

Des manifestants contre la télé poubelle devant les locaux de la chaîne M6, à Neuilly-sur-Seine, en 2001. DR.

Loana provoquait ça, une attirance, un dégoût et puis, une peine immense pour cette gamine au parcours chancelant. Une fois de plus, le tourbillon emportera tout, mélangera tout, sa traversée de Paris héroïque et son chemin de croix, ses petites renaissances et ses trous noirs. Ce matin, elle faisait l’ouverture des matinales, hier soir déjà, des émissions spéciales revenaient sur sa « carrière » ; son œuvre est aussi pauvre que son aura est grande, tout le paradoxe de Loana réside dans cette équation bancale, incompréhensible et poignante. Elle fut connue à cause d’une célébrité inflammable, bizarrement aussi éphémère que durable, un bug du système télévisuel, sans raison apparente, on crut d’abord que son physique était à l’origine de cette poussée de fièvre et finalement, on comprit que chez Loana se superposaient toutes les feuilles d’une existence confuse, pathétique et étincelante.

A lire ensuite: Jean Pormanove : nécrologie d’un homme et avènement de la France de demain

Patient zéro

Elle était l’élue malheureuse, la belle de mai qui se fane devant nos yeux, une Sainte cathodique à la dérive pour une jeunesse sans avenir. Voyez, avec Loana, on tombe dans le piège, on met toujours trop de mots sur sa trajectoire, on essaye d’expliquer, de raisonner, de contextualiser, on oublie qu’une femme est morte. Seule. Loana fut toute sa vie durant un sujet d’étude, un laboratoire social, une caricature, un objet d’observation, une source d’inspiration et de revenus pour certains. On s’autorisait à l’ausculter, à la décomposer en plateau, elle était le patient zéro d’une marchandisation de l’image et de notre voyeurisme glouton. Nous n’avons pas détourné le regard. Le spectacle était fascinant et triste. La tragédie en marche était addictive. Loana était l’abysse. Nous nous sommes jetés sur elle. Nous avons succombé à cette trajectoire en miettes.

Bien sûr, l’effet de surprise, il y a 25 ans, a joué en sa faveur, son impudeur naïve semblait sincère, cette plastique en mouvement, celle d’une Marylin cabossée et extraordinairement populaire, nous captiva. La télévision française avait trouvé sa bimbo d’or et de pleurs Comment était-ce possible qu’une inconnue réussisse à braquer le poste de télé ? Loana restait un mystère. Par la suite, tous les autres concurrents de la télé-réalité imitèrent et surtout détournèrent le système à leur profit, ils ne seraient pas des victimes mais les acteurs d’un business lucratif. Loana fut à jamais la première. La maison-témoin de nos instincts grégaires. La célébrité pour rien, pour un visage, pour un sourire, pour une scène dans une piscine, pour un « jeu » télé destructeur. Loana avait choisi cette voie-là, elle ne regrettait rien. Mais, aujourd’hui, n’oublions jamais qu’une femme est morte. Seule.

Les tendresses de Zanzibar

Price: ---

0 used & new available from

Iran, le fanatisme résilient

0
Une femme agite un drapeau iranien en soutien au gouvernement sur la place Enqelab-e-Eslami, ou place de la Révolution islamique, dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le dimanche 22 mars 2026 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Trump peut-il vraiment faire la paix avec l’Iran? Si les décisions militaires des mollahs ont été complètement erratiques suite à l’attaque américano-israélienne, consistant notamment à canarder tous leurs voisins, ce sont désormais les propos du président américain qui interrogent.


Après les succès du 28 février, 1er jour de la guerre, on a parlé de la panique des mollahs et de la décapitation du régime iranien. Puis l’image a fait place à celle d’un Iran résilient, rendant coup pour coup, maitrisant sa population et tenant entre ses mains le destin économique de la planète par son contrôle du détroit d’Ormuz. 

Amazing

A en croire le président américain, la campagne militaire est une réussite extraordinaire, le régime iranien est aux abois et s’il a été difficile de négocier avec lui, c’est que les dirigeants ont tous été tués. Le 22 mars Trump menace d’oblitérer le système électrique iranien si le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert. Le 23 mars il suspend la menace, arguant de discussions productives avec des représentants iraniens de haut niveau. 

Le 25 mars, démenti iranien assorti d’insultes envers les Etats-Unis et d’exigences telles qu’elles laissent penser que c’est l’Iran qui a gagné la guerre. 

Le nom de Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ex-maire de Téhéran, est évoqué comme comme point de contact des Américains. Réaction outragée de l’intéressé qui prétend que ceux-ci lancent ces bruits pour sortir du bourbier où ils se sont enlisés et que la guerre ne s’achèvera qu’avec la punition des agresseurs. Sous l’égide de la Turquie, du Pakistan et de l’Egypte, on continue pourtant de parler de négociations, de la conduite desquelles Steve Witkoff et Jared Kushner, Juifs tous deux, seraient refusés par l’Iran. 

Les Iraniens pensent que Trump veut en finir car il s’inquiète des conséquences de la hausse du pétrole alors que s’approchent les midterms et qu’un vote chez lui en Floride vient d’amener pour la première fois depuis des lustres un démocrate à la Chambre de l’Etat.

Art du deal

Certains estiment que l’arrivée des troupes aéroportées près des côtes iraniennes n’est qu’une diversion qui permettrait à Trump, après une victoire symbolique, de prétendre que le job est fini. D’autres pensent que malgré son talent à tordre la vérité, le président américain doit renforcer les actions militaires s’il ne veut pas perdre la face en aboutissant à un accord de façade tellement minable que même lui aurait du mal à le vendre à un public dont l’Iran n’est pas la priorité mais qui ne veut pas voir les Etats-Unis humiliés.

On dit que c’est dans ce flou que Trump est à son meilleur. Moi, je pense que l’Iran n’est pas le Vénézuéla et que le président américain est plus à l’aise avec des dirigeants corrompus qu’avec des dirigeants fanatiques, ce que sont les dirigeants iraniens au pouvoir actuellement, tous issus de l’IRGC, le corps des Gardiens de la révolution, les Pasdaran.

Tous n’ont pas été tués et l’image de numéro deux de moindre prestige remplaçant des numéros un tués par les frappes israélo-américaines ne représente pas la réalité. Ces numéros deux étaient souvent d’anciens numéros un qui ont gardé leur réputation ou de vieux routiers du pouvoir… Voici quelques exemples.

Mohamed Jafari, devenu responsable de la guerre culturelle, était absent de la réunion du 28 février. Il avait été le chef des Pasdaran entre 2007 et 2019, époque où ceux-ci ont commencé avec l’appui de Ali Khamenei et de son fils Mojtaba, à sucer à leur profit l’essentiel des ressources de l’Iran. Son adjoint le célèbre Soleimani, était responsable des actions extérieures, Jafari lui, a transformé l’armée intérieure en en faisant, dans l’optique d’une possible invasion ennemie, une mosaïque d’unités autonomes.

Ahmed Vahidi, qui avait rejoint les Pasdaran en 1979 est devenu leur chef quand son prédécesseur fut tué le 28 février. Ministre de l’Intérieur depuis 2022, il a été responsable de la répression qui a suivi l’assassinat de Mahsa Amini. Mais il avait déjà exercé ses talents en 1994, avec l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires.

Mohsen Rezae tout récent conseiller militaire spécial de Mojtaba Khamenei, a été de 1980 à 1997 le premier Commandant des Gardiens de la Révolution, à cette époque de simples gardes du corps de Khomeini. 

Et Mohammad-Bagher Ghalibaf a lui aussi été général des Gardiens de la Révolution. 

Ceux-ci sont aujourd’hui le centre du pouvoir en Iran. Mojtaba, qu’ils ont fait élire Guide est leur homme et même s’il est mort ou très invalide il pourra servir de substitut d’imam caché.

Des fanatiques actuellement à la tête du pays

Ces hommes sont entrés à la politique dès 1979, comme jeunes et enthousiastes disciples de Khomeini. Ils sont des partisans déterminés de sa doctrine, la Velayat e-faqih, qui donne le pouvoir décisionnel absolu au Guide perçu comme le représentant de l’imam sur terre et qui réduit le risque de rivalité interne ; ils se sont formés à la guerre dans les combats contre l’Irak quand on envoyait des enfants munis d’un collier de clefs du Paradis sauter sur les mines pour ouvrir le chemin des combattants, et ils ont donc un mépris absolu de la vie humaine. Ils ont toujours suivi pendant ces quarante-sept ans de théocratie où deux générations d’Iraniens ont été endoctrinés, la ligne la plus dure, celle des théologiens de Qom les plus hostiles à la démocratie occidentale. Ils se sont opposés à Ahmadinejad, non pas parce qu’il était un fou furieux, mais parce qu’il était un populiste innovant susceptible de dévaloriser le rôle du Guide Suprême à la tête du système.

Ce sont ces hommes qui dirigent le pays. Certains considèrent que l’islam sunnite lui-même est une hérésie à extirper, et pensent que cette guerre pourra par son intensité même être le creuset d’où sortira de sa cachette le 12e imam pour amener l’humanité, ou ce qui en restera après les combats, vers la vraie foi. Une analyse récente du centre Memri rappelle ces caractéristiques. Plutôt que d’insister sur leur corruption (certains des membres de ce groupe ont été pointés à ce sujet), il faut s’attacher au fanatisme idéologique où le mensonge (la célèbre taqiya) est une valeur fondamentale devant l’ennemi. Et, si le Grand et le petit Satan, les Etats-Unis et encore plus Israël, sont les ennemis archétypaux, les démocraties et tous les ennemis de la théocratie iranienne sont des ennemis de Dieu avec lesquels aucune réelle entente n’est envisageable.

Ce n’est pas avec de tels hommes qu’un accord est possible.  Ce n’est pas avec de tels hommes que le peuple iranien pourra se libérer, or c’est là le seul chemin de paix au Moyen Orient. Les Israéliens le savent, dirigeants politiques comme peuple de la rue. Pour Donald Trump, nous ne pouvons qu’espérer.

Dilemme mémoriel

0
Vue de la ville de Graaff-Reinet, le joyau du désert du Karoo, depuis la vallée de la désolation. DR.

À Graaff-Reinet, le projet de rebaptiser la ville en hommage à Robert Sobukwe ravive une fracture mémorielle profonde: entre réparation historique et préservation du patrimoine, cette controverse locale révèle les tensions raciales persistantes de l’Afrique du Sud postapartheid.


Dans le Karoo, au cœur de la province Cap-Oriental, la petite ville de Graaff‑Reinet est devenue le symbole d’une nouvelle bataille mémorielle en Afrique du Sud.

À la suite d’une décision gouvernementale, cette cité vieille de plus de deux siècles va être prochainement rebaptisée « Robert Sobukwe Town », du nom d’un héros de la lutte contre le régime de ségrégation raciale1. Contre toute attente, une vive résistance locale s’est organisée afin de contrer cette décision unilatérale de Pretoria, mêlant recours juridiques et mobilisation citoyenne, avec en fond de toile, un débat national sur l’héritage colonial et l’identité postapartheid.

Une ville au cœur de l’identité afrikaner

Graaff-Reinet est la quatrième ville la plus ancienne d’Afrique du Sud. Pour la communauté blanche, elle tient une place spéciale au sein de l’afrikanerdom. Fondée en 1786 au sein d’une colonie alors sous la domination de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, elle doit son nom au gouverneur du Cap, Cornelis Jacob van de Graaff, et à son épouse Cornelia Reynet.

En 1795, ses habitants proclament une république en réaction à l’autorité néerlandaise et se dote d’un volkstem (parlement du peuple). Une indépendance éphémère brisée par les Britanniques, qui restitue la ville aux Pays-Bas, avant d’en reprendre possession en 1806 et l’incorporer à la couronne de Sa Gracieuse Majesté. C’est pourtant à un Français que Graaf-Reinet doit son architecture actuelle, inscrite au patrimoine national. L’une des mieux préservées d’Afrique du Sud. Au début du XIXe siècle, l’ingénieur Louis-Michel Thibault transforme le visage de la ville, rapidement surnommée « la perle du Karoo ».

Quelques décennies plus tard, elle devient l’un des points de départ du Grand Trek des colons boers vers l’intérieur du pays où ils vont fonder l’Etat d’Orange libre et la République du Transvaal. Pour beaucoup d’habitants, ce chapitre épique de leur histoire constitue une part essentielle de leur identité locale.

Redessiner le paysage pour effacer l’apartheid

Si une grande partie des villes d’Afrique du Sud portent encore des noms hérités de l’histoire coloniale et des figures emblématiques du panthéon de la minorité blanche, ils constituent, pour une majorité de Sud-africains noirs, les vestiges visibles d’un passé marqué par l’oppression raciale.

À la chute de l’apartheid en 1994, un vaste processus de transformation toponymique a été engagé sous l’impulsion du South African Geographical Names Council. L’objectif : rééquilibrer la mémoire nationale en redonnant une place aux cultures, aux langues et aux figures historiques africaines longtemps marginalisées. Ce mouvement s’est traduit par de nombreux changements emblématiques. La très conservatrice Potgietersrus est ainsi devenue Mokopane, Pietersburg a été rebaptisée Polokwane, tandis que Port Elizabeth a été contrainte de s’appeler Gqeberha. Même la capitale administrative, Pretoria, n’a pas échappé à cette dynamique : depuis 2005, elle est intégrée à la municipalité de Tshwane, un nom d’origine tswana renvoyant à une figure locale de l’histoire sud-africaine.

Au total, ce sont plus de 80 villes et près de 1 500 noms géographiques -villages, rivières, montagnes, routes ou encore aéroports- qui ont été modifiés par les gouvernements successifs de l’African National Congress (ANC), dans une volonté affirmée de rupture avec l’héritage colonial et ségrégationniste. Mais cette politique de renommage est loin de faire consensus. Excepté les accusations de réécriture de l’histoire à la sauce gouvernementale, les critiques pointent également le coût financier élevé (rien que sur Pretoria, cela a coûté plus de 40 000 euros pour changer le seuls 21 panneaux de signalisation routière) et les lourdeurs administratives que ces changements ont engendré – modification des cartes, des adresses et des documents officiels -ainsi que son impact potentiel sur l’attractivité économique et touristique du pays.

Une résistance inattendue qui illustre les fragilités raciales sud-africaines

Mais à Graaff-Reinet, la décision a déclenché une mobilisation inhabituelle. Un recours juridique a été déposé par l’avocat local Derek Light, représentant le Forum de développement économique de la ville.

Selon lui, la procédure administrative est entachée d’irrégularités. Le ministère « omet d’informer le public qu’il dispose de 30 jours pour formuler des objections et ne précise pas où celles-ci doivent être déposées », affirme-t-il. Pour ses opposants, la décision apparaît d’autant plus contestable qu’elle intervient l’année même du 240e anniversaire de la ville.

La présidente de l’Association des contribuables, Liz Buisman, confirme l’ampleur de la mobilisation: « Nous sommes déterminés et nous nous mobilisons. De nombreuses objections sont en cours de compilation. » Même la prochaine conférence de la Société du patrimoine, prévue en décembre, a déjà pris position: elle continuera de porter le nom de Graaff-Reinet. Une manifestation contre le projet a fédéré 30 000 personnes dans les rues de la ville.

Samantha Graham-Mare, membre de l’Alliance démocratique (opposition et membre de la coalition gouvernementale) et vice-ministre de l’Électricité et de l’Énergie, a fait valoir qu »il ne reflète pas la volonté de la communauté locale. « Si Robert Sobukwe était une figure marquante qui a joué un rôle important dans l’histoire sud-africaine, il ne représente qu’une partie des habitants de Graaff-Reinet », a-t-elle déclaré.

Également au gouvernement, le parti afrikaner Freedom Front Plus (FF+ extrême-droite) a appelé les habitants à continuer d’utiliser l’ancien nom afin de faire preuve de résistance. « Le parti appelle les habitants de Graaff-Reinet, de la province du Cap-Oriental et du reste de l’Afrique du Sud à ignorer ce changement de nom », a déclaré le Dr Corné Mulder, chef du parti. « Il est devenu courant d’attendre des Afrikaners, et seulement des Afrikaners, qu’ils sacrifient leur héritage sur l’autel de l’apologie (…), nous refusons de continuer ainsi » a ajouté ce fils d’un ancien ministre de la Justice.

La famille du militant honoré se trouve elle aussi dans une position délicate. Le petit-fils de Robert Sobukwe, feu leader fondateur du Pan-African Congress (PAC), un parti d’extrême-gauche qui a été longtemps hostile à intégrer tout blanc dans son appareil politique durant la lutte contre le régime de ségrégation raciale, y compris issus du Parti communiste, Tsepo Sobukwe, a reconnu que la décision est à la fois « douloureuse et symbolique ». « Je suis heureux que la mémoire de mon grand-père soit honorée, mais je comprends aussi que cette décision suscite des réactions fortes », confie-t-il.

Emprisonné par le régime d’apartheid et détenu à l’isolement sur l’île de Robben Island, Robert Sobukwe (1924-1978) demeure une figure majeure du combat anti-apartheid. Ses partisans estiment à contrario que donner son nom à la ville où il est né constitue une réparation historique. Le PAC accuse d’ailleurs les opposants au projet de « résister à la décolonisation et à la vérité historique ». « Sobukwe représentait des idées si puissantes que même le régime de l’apartheid l’a traité comme un prisonnier hors du commun (entre 1960 et 1969, il est placé à l’isolement à Robben Island, séparé même des autres prisonniers). Ce rejet ne relève ni d’une procédure ni d’une consultation ; il s’agit d’une résistance à la décolonisation, à la vérité historique et au démantèlement inévitable des symboles de l’apartheid », se justifie Jaki Seroke, vice-président du Congrès panafricain.

Il a été d’ailleurs rejoint par l’Economic Freedom Fighters (EFF) dans ses propos. Le parti de Julius Malema, connu pour ses violentes diatribes anti-afrikaners a salué cette décision. Dans un communiqué, le mouvement a souligné que ce changement de nom constituait une intervention idéologique nécessaire dans un pays dont la géographie porte encore les stigmates de la conquête coloniale.

La controverse illustre en réalité un dilemme profond de l’Afrique du Sud contemporaine : comment transformer l’espace public sans effacer une partie de l’histoire du pays ? Depuis la fin de l’apartheid, la question des noms de villes, de rues et de monuments constitue un champ de bataille symbolique. Pour les uns, ces changements permettent de restaurer une mémoire longtemps mise de côté. Pour les autres, ils risquent de supprimer des éléments du patrimoine national.

Au-delà du cas de Graaff-Reinet, l’affaire pourrait faire jurisprudence dans un pays où la toponymie reste un terrain sensible. Car derrière les plaques de rues et les panneaux d’entrée de ville se joue une question fondamentale : comment une nation encore marquée par son passé colonial et par l’apartheid peut-elle réécrire son paysage symbolique sans raviver les fractures de son histoire ? 

Le dernier mot pourrait désormais revenir aux tribunaux. Pour Derek Light et les associations locales, l’objectif est clair : obtenir l’annulation de la décision du gouvernement et préserver l’identité historique de cette ville aux accents d’antan.

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Sobukwe ↩︎

Fin de Carême: Pâques en musique classique, d’Aix-en-Provence à Deauville

0
Joshua Weilerstein, Orchestre National de Lille, Brahms, Elsa Barraine et Samuel Barber, samedi prochain © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille


Forte de son incontournable rendez-vous estival (du 3 au 15 juillet prochain), la bonne ville d’Aix-en-Provence n’est pas seulement le haut lieu traditionnel de l’art lyrique. Soutenu par le CIC (banque partenaire fondatrice de la manifestation, également mécène du musée de la Marine et du musée de l’Armée) et, soulignons-le, sans aucune subvention de l’Etat, le Festival de Pâques s’impose quant à lui, et ce depuis une bonne dizaine d’années, comme l’autre événement musical prestigieux de la splendide cité provençale.

Bach, Brahms, Verdi…

Créé à l’initiative de l’acteur, producteur et metteur en scène Dominique Bluzet et du violoniste et chef d’orchestre Renaud Capuçon, le projet assume pleinement sa dimension confessionnelle. Chaque année, l’une des deux Passions de Bach est interprétée, au soir du très chrétien Vendredi Saint. Ainsi la sublime Passion selon Saint-Jean, donnée le 1er avril prochain au Théâtre des Champs-Elysées, sera-t-elle reprise à Aix le 3 avril –  soit, en l’an 2026, au jour même de la célébration de la fête pascale catholique : concert sur instrument d’époque, sous la direction de Camille Delaforge à la tête de l’Ensemble Il Caravaggio et du chœur Accentus et, pour ce qui est des solistes, le ténor Cyrille Dubois, la soprano Marie Lys, la contralto Marie-Nicole Lemieux, le baryton-basse Guilhem Worms (Jésus) – et Pilate, enfin, sous les traits du baryton Mathieu Gourlet.

Point d’orgue du programme ? Celui-ci s’ouvre en majesté dès ce samedi 28 mars, sous le signe de l’exigence : Joshua Weilerstein au pupitre, Renaud Capuçon au violon, et l’Orchestre National de Lille, lequel, pour fêter son demi-siècle d’existence, se garde en effet de toute facilité : le concert associant, à la très classique Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour violon op.14 de Samuel Barber, mais aussi, autrement plus méconnue et difficile d’accès pour l’oreille non avertie, la Symphonie n°2 d’Elsa Barraine (1910-1999).Composée avant la Seconde guerre mondiale, l’œuvre s’intitule « Voïna » (traduction : « la guerre », en russe)…

Renaud Capuçon (C) Caroline Doutre

Dans une certaine forme de logique funèbre, le programme dominical du lendemain se clôt avec l’immense Requiem de Verdi, chef d’œuvre opératique propre, selon toute vraisemblance, à se voir magnifié par l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich :  à la baguette, le maestro transalpin Gianandrea Noseda, actuel directeur de la prestigieuse maison helvétique. Et sur le plateau, rien moins que le ténor maltais Joseph Calleja ou la soprano lettone Marina Rebeka, pour ne citer qu’eux…

A lire aussi: Une trame nommée désir

Table ronde au Camp des Milles

Mais c’est sous un climat plus chargé d’ombres que s’ouvrira ce dernier dimanche de carême, le festival ayant choisi de s’installer au Camp des Milles, à quelques kilomètres d’Aix, pour une journée conjuguant concerts et tables rondes. Pour mémoire, le Camp des Milles est ce campement français où, durant l’été 1942, furent internés opposants, étrangers et juifs, prélude à leur déportation. En partenariat avec la Fondation du Camp des Milles, histoire et musique seront appelées à dialoguer, à travers des morceaux des grands compositeurs juifs que  furent Gideon Klein, Hans Krasa, Erwin Schulhoff ou Victor Ullmann et, interprétées par le quatuor Fidelio et Renaud Capuçon au violon, des musiques nées à Terezin, dans l’actuelle République tchèque, ce camp de transit de sinistre mémoire sis dans la ville anciennement baptisée Theresienstadt. Débattront, au cours de deux tables rondes, Jacques Attali avec le compositeur Bernard Foccroulle d’une part, le rabbin Delphine Horvilleur et Laurent Berger (du CIC) d’autre part, l’après-midi s’achevant sur les Variations Goldberg dans une transcription à cordes signée Dimitry Sirkovetsty… et une transcription de l’Hymne des Milles.

Quatuor Fidelio (C) Yseult Photography

Passé ce coup d’envoi du week-end, le Festival de Pâques égrène jusqu’au 12 avril un programme éclectique d’une grande richesse, allant de Bach à Lucie Boulanger, de Chopin ou Liszt à Mahler, de Beethoven ou Schumann à Khatchatourian. Avec quelques stars au podium : les deux frères Capuçon (le violoniste et le violoncelliste), le grand Jordi Savall, Bertrand Chamayou, avec l’ensemble Les Siècles, familiers de la manifestation, et même l’immense Martha Argerich au piano… Evénement majeur de cette édition, l’Orchestre philharmonique de Munich, sous la direction du jeune chef d’orchestre et pianiste israélien Lahav Shani, 37 ans, formé comme l’on sait par son mentor Daniel Barenboïm, est accueilli en résidence à Aix. Jusqu’au bout, l’alchimie fonctionne.

Renaud Capuçon, Martha Argerich et Lahav Shani (C) Caroline Doutre

& musiques de chambre à Deauville

L’écrin aixois n’est pas seul à se placer sous le dais de la Résurrection du Christ. Les planches de Deauville y trouvent leur sacrement depuis trois décennies déjà. Sous l’impulsion de son directeur artistique Yves Petit de Voize, cette trentième édition du Festival de Pâques deauvillais, en partenariat de longue date avec la Fondation Singer-Polignac abritée dans l’opulent hôtel particulier de l’avenue Georges Mandel si connu des mélomanes parisiens, ménage du 18 avril au 2 mai, dans sa traditionnelle Salle Elie de Brignac-Arqana, un programme de chambre particulièrement riche et éclectique – Bach, Pergolèse, Telemann, Mozart, Schubert, Mendelssohn, Brahms, Dvorak, Tchaïkovski, Mahler, Ravel, Fauré, Rachmaninov, Janacek, Berg, Martinu, Chostakovitch, Schnittke – tout le répertoire y passe, ou presque !

A vos marques, donc, dès le samedi 18 avril, pour un concert associant Bach (concerto brandebourgeois n°5), Telemann (concerto pour flûte à bec, traverso et continuo) et… le célébrissime Stabat Mater de Pergolèse, must absolu de la musique sacrée, lequel sera donné ici sur instruments anciens par le Concert de la Loge, dirigé par Julien Chauvin, fondateur de cette phalange de haute tenue à qui l’on doit, en outre, quelques mémorables enregistrements. Le premier après-midi dominical sera quant à lui consacré à Rachmaninov, Alfred Schnittke et Tchaïkovski. La manifestation reprend ensuite le 24 avril, et se poursuit pour deux autres fins de semaine encore, pour se clôturer le 2 mai au soir. A vos agendas.


Festival de Pâques. Aix-en-Provence. Du 28 mars au 12 avril 2026. www.festivalpaques.com

Festival de Pâques. Deauville. Du 18 avril au 2 mai 2026. https://musiqueadeauville.com

Les nouveaux crémiers de la République

0
"Au bon beurre", téléfilm en deux parties avec Roger Hanin en profiteur de guerre, Édouard Molinaro, 1981. DR

Aux élections, la petite recette communautariste de Jean-Luc Mélenchon s’avère payante


Diffusé en 1981 sur TF1, un téléfilm d’Edouard Molinaro avait marqué les esprits: Au bon beurre, tiré d’un livre de Jean Dutourd, avec Roger Hanin et Andréa Ferréol.

Voici le résumé qu’en donne Wikipedia : « À Paris pendant l’occupation allemande, les Poissonnard, un couple de commerçants propriétaires de la crèmerie « Au Bon Beurre » dans le 20e arrondissement, sont des profiteurs de guerre opportunistes. Ils tirent en effet avantage — et sans scrupule — des pénuries alimentaires et du marché noir ayant cours à cette période pour s’enrichir indûment. Par ailleurs, le couple est aussi capable de compromissions avec l’occupant […] Les Poissonnard collaborent habilement avec les autorités allemandes quand cela sert leurs intérêts ».

Y a-t-il aujourd’hui en France une boutique dont les tenanciers sont des profiteurs de guerre opportunistes, qui tirent avantage de la crise, se compromettent, collaborent avec des autorités étrangères ou religieuses, quand cela sert leurs intérêts ?

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Cette boutique est une officine politique, qui spécule sur le vote musulman. Selon une étude Ifop, aux élections européennes de juin 2024, les musulmans ont voté à 62 % pour la liste de La France insoumise, dans la continuité de l’élection présidentielle de 2022, au cours de laquelle 69 % des musulmans avaient choisi Jean-Luc Mélenchon.

Dans son dernier livre Vote religieux. Un tabou français (éditions de l’Observatoire), Lucas Jakubowicz analyse : « En 2017, il a manqué 600 000 voix à Jean-Luc Mélenchon pour accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le chef de La France insoumise a constaté que la colère des Gilets jaunes profitait à Marine Le Pen. Il a donc misé sur une carte du communautarisme et l’investissement a été payant : entre la présidentielle de 2017 et celle de 2022, il est passé de 37 % à 69 % chez les électeurs de confession musulmane ».

Aux municipales, Roubaix et Saint-Denis ont validé ce bond croissant. Ne reste plus à LFI qu’à dévoiler sa véritable enseigne : « Au bon Beur ».

Au Bon Beurre

Price: ---

0 used & new available from

Vote religieux, un tabou français

Price: ---

0 used & new available from