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Les authentiques imposteurs possèdent l’art de parler pour ne rien dire

La multiplication des antennes et des émissions de débats a permis une prolifération d’imposteurs.


À la suite du désastre de Knysna qui, lors de la Coupe du monde de football de 2010, a couvert l’équipe de France et son encadrement de ridicule et d’opprobre, les médias ont qualifié les joueurs « d’imposteurs ». Le documentaire consacré à cet événement sur Netflix montre la médiocrité globale de tous ceux qui, de près ou de loin, ont trempé dans cette catastrophe. Aucun n’a racheté l’autre ! Le terme « d’imposteurs » était très fort mais, appliqué au sport, il paraît presque excessif au regard d’autres impostures intellectuelles, politiques et médiatiques qui ont suivi et ont eu une tout autre portée. Je ne parle pas ici de ces quotidiennes surestimations d’un esprit ou d’un talent dont on se demande souvent, une fois qu’ils se sont exprimés, ce qu’ils ont voulu signifier, ou même s’ils ont réellement dit quelque chose. Le grand art de certains consiste en effet à faire croire qu’ils pensent profondément, en donnant l’impression d’en savoir long, tout en vous laissant, au bout du compte, sur votre faim. J’ai connu, sur différents plateaux télévisés ou radiophoniques, des personnalités de ce type qui, l’air grave et sentencieux, profèrent banalités et poncifs, sans rien vous apprendre que l’on ne sache déjà, tout en se persuadant pourtant qu’elles apportent énormément au débat en cours.

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Les vrais imposteurs sont ceux que pourfend avec talent et vigueur Aurélie Jean dans Le Figaro. Elle dénonce « notre époque qui a démultiplié la visibilité des faux experts, sans compétences réelles ». Il existe évidemment de véritables experts et des consultants de qualité, mais il n’y a pas que dans le domaine sportif que je me méfie presque par principe de ceux qui accueillent sereinement la qualification d’« experts » ou de « consultants », sans être gênés par leurs limites, le caractère aléatoire de leurs prévisions et le risque d’apparaître inférieurs au statut dont on les crédite. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours refusé qu’on me qualifie d’expert : c’était, pour moi, la seule manière de sauvegarder ma liberté d’expression, en n’étant pas enfermé dans cette case. Tout dépend de ce que l’on estime prioritaire : parler, écouter, douter, questionner, réagir, changer, ou au contraire affirmer et décréter avec une assurance destinée à couper court à toute interrogation ou à toute critique. « Certaines émissions sacrifient la qualité éditoriale au profit d’un buzz rendu possible par ces imposteurs du débat qui crient au lieu de parler, qui affirment au lieu d’argumenter et effraient au lieu d’expliquer. » Aurélie Jean, qui est aussi entrepreneuse, décrit bien les mécanismes de l’imposture dont la finalité suprême est, en définitive, de dissimuler qu’on en sait beaucoup moins que les rares experts et consultants de valeur.

Malheureusement, de tels imposteurs sont nombreux dans tous les champs où la parole dévoyée et le narcissisme intime ont droit de cité. Je me suis toujours méfié des « grandes gueules ». Bien souvent, elles étaient le fait de petits personnages. Authentiques, ceux-là !

Imposture

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«Si on écoute Charles Alloncle, demain on fera TF1 en moins bien!»

Après six mois durant lesquels l’audiovisuel public est passé sur le grill de la commission parlementaire, Stéphane Sitbon-Gomez est en position de combat. Si le directeur des antennes et des programmes de France Télévisions reconnaît certains manquements à la neutralité et promet une gestion plus rigoureuse des deniers publics, il récuse certains reproches qu’il estime calomnieux ou orientés. Et se dit fier du travail accompli malgré la pression des « extrêmes » et la tempête Alloncle.


Causeur. Depuis quelques jours, le Festival de Cannes, dont France Télévisions est le principal partenaire audiovisuel, bat son plein. Et, comme chaque année, vous y êtes présent avec les autres chapeaux à plume du groupe. Pas trop dur ?

Stéphane Sitbon-Gomez. C’est le plus grand festival de cinéma au monde et tous ceux qui aiment la France devraient être fiers qu’elle en soit l’écrin. Quand on aime le cinéma, il n’est jamais dur d’être là.

Vous voyez des films ?

Un par jour, c’est ma règle. Plus 20 films soutenus par France Télévisions sont sélectionnés cette année. Le reste du temps, je tiens des réunions à la chaîne avec des producteurs, des dirigeants de studios et des financeurs du cinéma. Cannes est le rendez-vous annuel le plus important du métier.

Cannes, c’est aussi la vie de palace. Enfin peut-être moins maintenant, puisque vous venez de réduire sacrément la voilure en imposant à vos équipes sur place une limite de 500 euros par nuitée. Rassurez-nous, vous n’êtes pas au camping du coin ? Sérieusement, cette sobriété est-elle une conséquence de la commission Alloncle ?

Ces attaques avaient pour but essentiel de décrédibiliser notre partenariat. En se focalisant sur cinq chambres d’hôtel payées sans argent public, on voulait salir notre travail. On a donc parfaitement compris la demande d’exemplarité, mais on a en revanche moins bien compris la remise en cause de notre partenariat avec le Festival.

Charles Alloncle veut vous empêcher d’aller à Cannes ?

Depuis que nous en sommes le diffuseur officiel, nous rendons la quinzaine cannoise accessible à tout le monde, c’est un Français sur deux qui la regarde et pas juste celles et ceux qui ont les moyens de s’offrir le séjour ou de se payer un abonnement à Canal Plus. Cela ne plaît pas à Vincent Bolloré, qui a prétendu de façon assez insultante lors de son audition que nous sommes présents sur le Festival juste « parce que c’est sympa ». Alors que si nous nous rendons chaque année sur la Croisette avec d’importants moyens de retransmission, c’est pour démocratiser un événement phare de la vie culturelle française, qui fait rayonner notre pays dans le monde entier.

Autre mesure d’austérité : il paraît que vous ne payez plus le taxi aux invités qui viennent sur vos plateaux à Paris. Est-ce en économisant ces quelques bouts de chandelle que vous sauverez l’audiovisuel public ?

Il n’y a pas de petites économies. Pour être précis, on va garder les taxis, mais uniquement entre 22 et 6 heures du matin pour ceux qui travaillent sur ces horaires-là. Mais les économies réalisées le reste du temps ne sont pas de l’ordre du bout de chandelle. D’ailleurs aucune économie n’est à négliger quand on gère une boîte de 9 000 salariés, qui bénéficie de 2,45 milliards d’euros de dotations publiques. Depuis que Delphine Ernotte-Cunci préside France Télévisions, nous avons fait décroître les coûts annuels de fonctionnement de 400 millions d’euros.

« Charles Alloncle a passé six mois à diffamer, mais il n’a rien prouvé. Au contraire, France Télévisions a joué le jeu de la transparence. »

Après moult péripéties, le rapport a été adopté de justesse. Est-ce une défaite pour France Télévisions ? Comptez-vous vous inspirer de certaines recommandations ? 

Tout au long de la commission, nous n’avons cessé de respecter le Parlement et de répondre aux nombreuses sollicitations du rapporteur. Les Français pourront juger sur pièces. Ce rapport exprime visiblement sa volonté de destruction de l’audiovisuel public, assaisonnée avec les rumeurs les plus douteuses. Charles Alloncle a passé six mois à diffamer, mais il n’a rien prouvé. Au contraire, France Télévisions a joué le jeu de la transparence.

À notre connaissance, le rapport Alloncle suggère de fusionner certaines chaînes pour fermer certains canaux et réaliser un milliard d’économies. Est-ce une piste à explorer ? En dehors des taxis et des hôtels, que comptez-vous changer dans votre gestion ? 

Ce que propose Charles Alloncle, c’est une privatisation rampante. Ses mesures divulguées dans la presse sont originales, car c’est la première fois qu’un député propose de supprimer dans le service public ce que préfèrent les Français : France 5, la chaîne du savoir et de la connaissance ; le sport qui réunit tous les Français, la culture et la jeunesse. Pour économiser un milliard d’euros, Charles Alloncle propose simplement de réduire à néant le supplément d’âme du service public. Si on l’écoute, demain on fera TF1 en moins bien.

Vous pourriez déjà faire des économies sur la fabrication des reportages. Quand vos concurrents du privé sont seuls avec leur téléphone et leur couteau, vous mobilisez trois ou quatre personnes pour fabriquer un sujet.

Je ne vous dirai jamais qu’on est parfaits. Mais grâce aux réformes engagées par Delphine Ernotte-Cunci et au déploiement des nouveaux outils numériques, on a beaucoup réduit les effectifs depuis quelques années. Quelle autre entreprise publique, administration ou collectivité coûte aujourd’hui près de 20% de moins aux Français qu’il y a 10 ans ? C’est une transformation de longue haleine, toujours en cours.

Pourquoi est-ce si long ?

Parce qu’il faut composer avec le poids de l’histoire. Le secteur des médias va vite, et je trouve que France Télévisions va plus vite que les autres. En quelques années, nous sommes devenus le premier média numérique, regardé par 40 millions de Français tous les mois. Et nous sommes aussi un modèle de transformation numérique pour beaucoup de gens en Europe.

Le poids de l’histoire, c’est le nom poli que vous donnez aux syndicats ?

Non, c’est l’héritage d’une structure dont les origines remontent à l’après-guerre, alors que BFM TV s’est créée il y a seulement vingt ans, avec les moyens du bord et la technologie du moment.

Il y a ou il y avait un autre « poids de l’histoire » à France Télévisions : celui de « l’homme blanc de plus de 50 ans », dont parlait votre présidente lorsqu’elle a pris ses fonctions en 2015, en trouvant qu’il y en avait trop !

Cette phrase doit être replacée dans son contexte. Elle dit, en 2015, « on a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, il faut que ça change ». Elle est prononcée dix ans après les émeutes de 2005, à la suite desquelles tout le monde, Chirac en tête, a déploré le retard de l’audiovisuel public en matière de diversité. Delphine Ernotte-Cunci a en somme fait ce que sa tutelle lui demandait – et qui est écrit dans le cahier des charges du groupe.

On a le droit de penser que vous appliquez ce cahier des charges de façon très idéologique…

Vous en avez le droit bien sûr. La différence que j’ai avec nos détracteurs, c’est que je pense que vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Mais nous sommes une chaîne populaire, notre vocation, c’est de ressembler à toutes celles et ceux qui nous regardent.

Patrick Cohen, Bertrand Chameroy, Anne-Élisabeth Lemoine et Pierre Lescure, figures de « C à vous » lors du dîner d’ouverture du Festival de Cannes, 14 mai 2024. © ALFONSO CATALANO//SIPA

Merci pour votre leçon de tolérance. Mais qui est le mastodonte ici ? Qui donne la parole chaque jour au même duo d’éditorialistes maison ? Il est assez sidérant que Patrick Cohen et Nathalie Saint-Cricq, au demeurant très honorables mais tous deux sur une même ligne de centre gauche, soient les seuls à donner leur avis politique ès qualité de collaborateurs du service public. Pourquoi n’y a-t-il pas aussi des éditorialistes et intervenants réguliers d’extrême gauche, de droite et même de ce que vous appelez l’extrême droite ?

Qui a lancé la carrière d’Éric Zemmour ?

C’était il y a un siècle ! Aujourd’hui, on le cherche, votre Éric Zemmour…

J’entends ce que vous dites. Et je vais commencer par un petit rappel sur Patrick Cohen, qui pendant très longtemps a participé à l’émission « C à vous » sans faire d’éditorial. Son rôle a changé en 2020 à l’apparition du Covid. Face aux fake news qui proliféraient sur le Web, il nous a semblé utile qu’une voix bien identifiée et fiable telle que la sienne se fasse entendre sur nos antennes pour lutter contre la désinformation.

Ôtez-nous d’un doute, l’épidémie est finie ? Ou un changement intervenu en 2020 est déjà couvert par le poids de l’histoire ?

On se pose des questions, comme tous les médias audiovisuels d’ailleurs, au sujet de la présence d’éditorialistes sur nos chaînes. On a deux options sur la table. Soit on considère, comme vous, qu’il faut beaucoup d’éditorialistes, proposant une pluralité de points de vue. Soit on considère que, dans la société du commentaire où nous sommes, cela est superflu et on arrête. Ce serait notre manière d’être un média populaire, mais différent. Voilà le débat qu’on a entre nous, et qui n’est pas encore tranché.

Diriez-vous, comme Laurence Bloch, Adèle Van Reeth et Sibyle Veil au sujet de Radio France, que France Télévisions est un média progressiste ?

Non, et cela pour deux raisons. D’abord parce que notre mission est d’être impartiaux, quitte parfois à avoir l’air un peu tièdes. Ensuite parce que nous vivons, à la faveur du Web, une nouvelle ère qui ressemble un peu au XIXe siècle, c’est-à-dire à l’époque où il y avait surtout une presse d’opinion. Dans ce contexte, nous devons plus que jamais veiller, à rebours de l’agora numérique, à n’exclure personne, à n’écarter aucune parole ni aucun point de vue.

Si vous voulez n’exclure personne, pourquoi ne pas proposer une émission comme celle de Frédéric Taddeï, qui recevait des personnalités qu’on ne voit plus sur vos chaînes comme Houria Bouteldja, Gilles-William Goldnadel et Alain Soral ?

Nous estimons que les temps ont changé, que les réseaux sociaux à présent hystérisent en permanence le débat public et que ce n’est pas notre boulot d’enflammer la polémique. On doit aborder tous les débats, mais pas encourager à l’affrontement.

Vous l’enflammez avec des émissions honteusement partiales comme ce récent « C ce soir » sur l’affaire Grasset, où tout le monde était contre Vincent Bolloré, certains intervenants n’hésitant pas, comme Éric Fottorino, à le comparer à un nazi.

Je suis d’accord, cette programmation n’était pas assez équilibrée. Je l’ai indiqué dès le lendemain au producteur qui, pour sa défense, m’a indiqué avoir eu du mal à trouver un écrivain qui soutienne Vincent Bolloré.

A lire aussi: «Il y a d’excellentes émissions sur France TV. Mais il faut les regarder avec un décodeur idéologique»

C’est une blague ? La prochaine fois, dites-lui de nous appeler ! Du reste, ce n’était pas la première fois que ce plateau manquait de pluralisme. On ne compte plus les « C à vous » sur le féminisme où personne ne critique MeToo. Ni ceux sur l’Amérique où le débat est de savoir si Trump est fasciste ou fou. Remarquez, après avoir regardé de telles émissions, on comprend mieux pourquoi il a été élu.

Vous caricaturez. « C ce soir » est une émission qui fait très attention au pluralisme. On y invite régulièrement des gens comme Eugénie Bastié, Marie Dosé, qui critiquent largement le point de vue des féministes, ou Dominique Reynié et Nathan Devers, qui ne sont pas des gauchistes. Et Arthur Chevallier, du Point, y intervient toutes les semaines. « C ce soir » a remis le débat d’idées à la télé.

Les noms, principalement de droite libérale, que vous citez sont effectivement une preuve de votre ouverture d’esprit. Mais le courant de pensée national-populiste n’en demeure pas moins réduit à la portion congrue. Ce reproche apparaît en filigrane dans beaucoup de questions posées par Charles Alloncle durant les auditions de sa commission parlementaire. 

Ses reproches n’apparaissaient pas seulement en filigrane, ils étaient explicites et c’en était d’autant plus choquant. Pour la première fois dans l’histoire de notre République, des journalistes ont dû rendre des comptes à des politiques sur le contenu éditorial de leur travail. Jamais l’indépendance des journalistes n’avait connu une telle mise en cause dans notre pays. C’est peut-être un avant-goût.

Vous charriez ! Un avant-goût de quoi ? Répondre à des élus du peuple qui n’ont d’autre pouvoir que celui d’enquêter, ce n’est pas le Goulag. La commission Alloncle ne vous impose rien, si ce n’est de dire la vérité. Les journalistes ne sont pas un clergé protégé par on ne sait quelle infaillibilité de toute critique. 

Il y a une différence entre la critique et la tutelle politique. Ça s’appelle l’indépendance.

Mais n’y a-t-il pas une tutelle politique, qui ne dit pas son nom, à France Télévisions ? La Macronie ne passe-t-elle jamais l’ombre d’un coup de fil ?

Non, il n’y a pas de coup de fil, c’est un fantasme.

Retrouvez la suite dans l’exemplaire papier, et demain sur le site de Causeur.

Le soft-power japonais au cœur d’une solidarité identitaire internationale

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Contrairement à l’Occident, le Japon ne veut pas se faire hara-kiri. C’est ce qu’analyse ici Aurélien Marq à travers la géopolitique, la culture pop et la philosophie conservatrice qui préside actuellement aux destinées du pays du Soleil Levant.


Certes, tout n’est pas rose au pays du Soleil Levant. Démographie en berne, prise de distance croissante devant les relations amoureuses, difficile équilibre entre recherche d’excellence et excès de pression, et même des tensions causées par l’immigration. Pour autant, le Japon apparaît presque comme un pays de cocagne si on le compare à la France, et surtout comme un acteur majeur au sein de ce qui n’est désormais plus un paradoxe : une fraternité internationale spontanée entre les identitaires de tous les pays qui ont pour culture une société de la confiance et de la civilité. Voilà une main tendue que nous aurions tort de ne pas saisir, d’autant que le Japon excelle dans des domaines d’influence où la « droite réellement de droite » française est hélas très peu présente.

Respect complice

Le 23 avril, l’ambassadeur du Japon en Angleterre a présenté ses vœux de la Saint-Georges sur les réseaux sociaux d’une manière à la fois très anglaise, et typiquement japonaise dans sa délicatesse et sa courtoisie. Le succès a immédiatement été au rendez-vous, et nombre d’internautes ont fait remarquer – à juste titre – que l’ambassadeur était plus respectueux des traditions britanniques et de leur esprit que le gouvernement de M. Starmer (qui, incidemment, s’est pris depuis une retentissante claque électorale).

Voilà qui ne manque pas d’évoquer Son Excellence Hideo Suzuki, ambassadeur du Japon en France depuis fin 2025, et qui n’a pas tardé à gagner lui aussi une solide popularité sur les réseaux en montrant sa fine connaissance et son goût pour notre culture, de Tintin aux gaufres du Mont-Saint-Michel, et son profond respect pour notre histoire et notre identité. Au point d’être parfois qualifié « d’ambassadeur de France en France », nombre de commentaires sous ses publications notant qu’il connaît et aime la France bien plus que certains de nos dirigeants actuels, et les remplacerait donc avantageusement….

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Issus des mêmes cercles du parti conservateur de feu Shinzo Abe et de l’actuelle (et remarquable) Première ministre (donc chef de l’exécutif) Sanae Takaichi, les deux hommes ont adopté des styles très proches, et rencontrent tous deux un succès comparable. En Angleterre comme en France, les gouvernements progressistes s’enorgueillissent de leur mépris envers les traditions et l’identité de leur pays. A rebours, et sans polémiquer, sans un mot plus haut que l’autre, simplement en manifestant un respect complice pour la culture des autochtones, ces deux diplomates nippons confortent magistralement la popularité et l’influence de leur pays, notamment auprès des électeurs des mouvements politiques aujourd’hui en pleine ascension, de droite et de ce que les progressistes appellent « extrême-droite ».

Faut-il y voir une simple stratégie, ou une attitude sincère ? Les deux, probablement. Leurs Excellences sont sans doute réellement anglophile et francophile, authentiquement respectueux des civilisations qui partagent avec la leur une certaine idée de la civilité et de la culture…. et le Trône du Chrysanthème sait choisir ses ambassadeurs !

Identitaires sans frontières !

Mais ce n’est pas tout, et ce n’est sans doute même pas l’essentiel. Ces derniers mois, Elon Musk a introduit sur X/Twitter une fonctionnalité nouvelle de traduction automatique, abolissant d’un coup la barrière de la langue, pour le monde entier. Les internautes de toute la planète se découvrent mutuellement, et beaucoup découvrent surtout ainsi qu’ils ont des préoccupations communes, en particulier la menace que l’immigration fait peser sur leurs cultures, et les revendications incessantes et impérialistes de l’islam – même au Japon, où il n’y a pourtant que 350 000 musulmans (venus notamment du Bangladesh) pour 123 millions d’habitants ! Et on voit se dessiner, sans ambiguïté, deux camps opposés : les cultures de la confiance et les cultures de la défiance.

Exemple frappant : une vidéo se moque du fait que dans certains pays les gens tiennent leur téléphone portable d’une manière rendant facile de s’en emparer pour un voleur à la tire. En réaction, les uns s’offusquent de la vidéo, considérant qu’il est normal de pouvoir marcher dans la rue sans devoir se méfier, alors que les autres approuvent le ton moqueur de la vidéo, affirmant qu’il est normal de se faire voler si on n’est pas sur ses gardes. Cette différence est absolument cruciale.

On ne porte pas le même maillot, mais on joue dans la même équipe

Et il me semble qu’elle recoupe largement celle, bien connue, entre « cultures de la culpabilité » et « cultures de la honte », c’est-à-dire entre les cultures dont les membres intériorisent les interdits majeurs et agissent sous le regard permanent de leur propre conscience morale, et les cultures dont les membres ne respectent les interdits que sous le regard d’autrui, et pensent que si l’on est assez habile pour ne pas se faire prendre il est logique d’en profiter (le docteur Maurice Berger a beaucoup écrit sur le sujet, y compris dans les colonnes de Causeur). Ou encore, un rapport radicalement différent à la civilité : pour les uns s’imposer à autrui (par le bruit, par exemple) est mal vu, pour les autres c’est une démonstration de force. Pour ma part, je le résumerais en disant qu’il y a d’un côté ceux qui respectent ce qui est respectable, et de l’autre côté ceux qui ne respectent que ce qui se fait respecter.

Si vous vous demandez quelles cultures sont de quel côté, la réponse est aussi simple qu’évidente : selon la formule consacrée, tout le monde sait ! Assurément, les conservateurs et identitaires Japonais, Sud-Coréens, Français, Israéliens et Américains ont vite compris qu’ils étaient tous dans le même camp…. et dans le même bateau.

Free speech à la japonaise

Pourquoi donner dans ce mouvement une place particulière au Japon ? Parce que la liberté d’expression y est bien plus grande que chez nous, ce qui permet de dire ce que l’on voit, et surtout de voir ce que l’on voit. Souvenez-vous aussi d’Éric Zemmour déclarant lors d’une mémorable interview, en septembre 2021 : « Il y a un Zemmourland, c’est le Japon, mon cher. Depuis 40 ans, le Japon refuse l’immigration. Trois pour cent de chômage. Un excédent commercial. Une sécurité absolue – il y a des places vides en prison ! Tout ce qui nous manque. »

Enfin, impossible de parler du Japon sans parler des mangas, des animés et des jeux vidéos. One Piece a une audience à faire pâlir d’envie n’importe quel influenceur politique (oubliez les vieux clichés : même Peter Thiel, le cofondateur de Palantir, a publié des articles extrêmement sérieux sur ce manga). Face au wokisme d’Hollywood et de Netflix, nombre d’animés japonais sont des dons du ciel pour les parents soucieux d’éviter l’endoctrinement de leurs enfants par les délires gauchistes. Quant aux jeux vidéos, il suffit de voir à quel point le très récent (et brillant) Pragmata, de Capcom, fait hurler les influenceurs progressistes pour comprendre qu’ils y voient une véritable menace – à juste titre, puisque ce jeu (plus de deux millions d’exemplaires vendus en deux semaines) présente une vision résolument positive et saine de la masculinité et de la paternité, à rebours de tous les délires sur la « déconstruction », le « patriarcat » et la « masculinité toxique » (pour ceux qui voudraient creuser le sujet de la guerre culturelle dans la Pop Culture, je recommande vivement les chaînes youtube anglophones « The Critical Drinker » – 2 millions et demi d’abonnés – et « The Critical Gamer »).

C’est un point crucial : on parle de médias capables de toucher et d’influencer des personnes de tous milieux et de tous âges, donc aussi des enfants, des adolescents et de jeunes adultes aux périodes de leurs vies où ils forgent leur vision du monde puis leurs premières convictions sociétales et politiques. Et dans ce domaine, trop longtemps délaissé par la droite française, le Japon dispose d’une force de frappe certes bien moindre que celle des Etats-Unis, mais néanmoins considérable.

Au fait : montrez à vos enfants, neveux, nièces ou petits-enfants ces bandes annonces de L’Étoile de Paris en fleur, de Goro Taniguchi. Une minute et demi pour que de jeunes Français voient ce qui leur a été volé, mais que les Japonais, eux, n’ont pas oublié.

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On l’a dit, tout n’est pas rose au pays du Soleil Levant, mais il faut raison garder – et vu l’état de la France, nous n’avons de leçon à donner à personne. Ainsi, le récent accord avec le Bangladesh prévoit en effet une immigration de travail, mais les chiffres démesurés évoqués par certains officiels bangladais ont été démentis par le gouvernement nippon : on parle en fait d’environ 100000 personnes, sous conditions de qualifications professionnelles et de maîtrise de la langue japonaise. Notre expérience nous permet évidemment d’affirmer qu’il s’agit d’une très mauvaise idée, reste qu’on est loin de la situation européenne.

Surtout, le peuple japonais est bien décidé à défendre son identité, et à résister au gauchisme. J’ai déjà évoqué le Twitter japonais, les élections vont dans le même sens. Le 8 février, le parti conservateur a remporté à lui seul plus des deux-tiers des sièges à la Diète, avec un positionnement que l’on pourrait qualifier chez nous de « gaullisme libéral identitaire » – et qui correspond grosso-modo à l’aile droite de LR, Nouvelle Énergie, Reconquête et l’UDR. Imaginez si en France ces quatre mouvements réunis tenaient les deux tiers de l’Assemblée nationale !

Guerre culturelle mondiale

La gauche, Macron en tête, s’alarme d’une « internationale réactionnaire ». La réalité est plus subtile : les conservateurs, réactionnaires, traditionalistes et identitaires (passons sur les divergences entre ces quatre sensibilités) des cultures de la confiance s’opposent radicalement aux progressistes issus de leurs propres cultures, mais ils s’opposent également aux conservateurs, réactionnaires, traditionalistes et identitaires des cultures de la défiance – alors que ces derniers ont souvent le soutien des progressistes issus des cultures de la confiance, qu’ils veulent abolir. En effet, les cultures de la confiance reposent sur la décence commune, processus lent et « bottom up », quand les progressistes ne rêvent que de « top down », « top down » qui semble naturel aux cultures de la défiance, lesquelles reposent sur le rapport de force et l’autoritarisme. L’alliance de la gauche occidentale et des islamistes contre l’Occident, en est une parfaite illustration.

De Gaulle disait : « Les régimes, nous savons ce que c’est : des choses qui passent. Mais les peuples ne passent pas. » Les oligarchies progressistes ne se privent pas de se soutenir mutuellement au détriment des nations, ni de noyauter et d’instrumentaliser les instances internationales. Ah, l’ONU, ce « machin » où les mollahs traitent des droits des femmes, où prospère Francesca Albanese, et dont le « Pacte mondial sur les migrations » planifie la destruction des cultures de la confiance et de la civilité. Face à cela, le rapprochement spontané, évident, entre les peuples qui ont, eux, choisi le respect de ce qui est respectable, et tous ceux au sein de ces peuples qui refusent que leurs civilisations disparaissent, est un espoir qui se lève. Un espoir qu’il faut cultiver, renforcer, concrétiser par des échanges intellectuels et des liens de solidarité mutuelle, et dès que possible, traduire par des alliances politiques.

L’hantavirus réactive la fabrique de la peur

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Notre chroniqueur observe avec agacement le come-back des docteurs Folamour sur les plateaux TV. Il n’est pas sûr qu’il se porte volontaire pour des tests expérimentaux d’un éventuel vaccin à venir contre l’hantavirus…


Les fabricants de peurs ont repris leur commerce. Six ans après l’épisode du Covid, avec son hystérie hygiéniste et ses docteurs Folamour, les mêmes médecins reviennent sur les plateaux des télévisions. Certains y annoncent déjà le pire avec l’hantavirus, apparu dernièrement sur un bateau de croisière.

Contagion !

L’épidémiologiste Antoine Flahault a ainsi déclaré (Le Parisien, 11 mai) que « l’hantavirus des Andes est aussi grave que le virus Ebola ». Le médecin infectiologue Gilles Pialoux a également évoqué cette comparaison avec le virus africain, responsable de 16000 morts au total. Hier, néanmoins, Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint-Antoine, a tenté surRTL de rassurer sur la dangerosité du mal, qui ne se transmet pas par aérosolisation contrairement au Covid. L’infectiologue a cru pourtant utile de critiquer la politique sanitaire « erratique » de l’administration Trump et de son ministre de la Santé Robert F. Kennedy. De fait, les Etats-Unis ne semblent pas prendre très au sérieux cette alerte amplifiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les Américains ont-ils tort ? Jusqu’à présent, l’hantavirus introduit sur le navire MV Hondius n’a fait que trois morts. Les précédentes contaminations mortelles par cette souche venue d’Argentine, en 1996 et 2018, n’avaient fait l’objet d’aucune communication. Le branle-bas-de-combat planétaire intervient alors que les Etats-Unis et l’Argentine viennent d’annoncer leur retrait de l’OMS, dont ils contestent les méthodes et l’efficacité. Le patron de l’OMS s’est personnellement déplacé le 9 mai aux Canaries pour superviser, dans une opération de communication mettant en scène des hommes scaphandres, le transfert des passagers du navire.

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Ce qui apparait donc, à ce stade initial de la contagion, sont des réponses sanitaires sans commune mesure avec les faits. Trois morts et quelques contaminés ne justifient pas une immédiate et angoissante alerte générale sur une pandémie mondiale, à moins de déceler dans ce catastrophisme une possible tentative de l’OMS de se rétablir dans son autorité contestée.

Terreur psychologique

La mise en cause pavlovienne de l’administration Trump par certains praticiens vient ajouter au soupçon d’instrumentalisation politique du virus par les avocats d’un scientisme qui a pu, avec le Covid, être perméable à des conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. L’apparition, six ans après, des mêmes réflexes visant à dramatiser une situation font craindre une nouvelle contamination par le virus de la trouille.

Surtout quand cette terreur psychologique est instrumentalisée par un pouvoir prêt aux diversions pour dissimuler ses faiblesses et se faire obéir. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron avait déclaré solennellement, en 2020, « la guerre » au Covid, en imposant un confinement absurde, des QRCodes liberticides, des vaccins expérimentaux aux effets secondaires inconnus, et un « quoi qu’il en coûte » irraisonné et ruineux. Reste que les Français ont, pour beaucoup, pris la mesure des désinformations et des propagandes d’hier. La parole officielle se doit désormais, si elle veut redevenir crédible, d’être au plus près des réalités. Cela vaut pour l’hantavirus, comme pour le reste.

La révolution des oubliés

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«Il y a d’excellentes émissions sur France TV. Mais il faut les regarder avec un décodeur idéologique»

Gilles-William Goldnadel est en croisade contre l’audiovisuel public depuis près de trente ans. Tout ce qu’il dénonce inlassablement a éclaté au grand jour grâce à la commission Alloncle : dérives financières, collusions politiques, traitement malhonnête du conflit au Proche-Orient… Il était temps.


Causeur. Voilà presque trente ans que vous faites profession de pourfendre l’audiovisuel public. Mais ce sujet passionne-t-il vraiment les foules ? La plupart des gens, de toute manière, n’écoutent pas Radio France et ne regardent pas France Télévisions…

Gilles-William Goldnadel. On peut toujours se foutre de tout, y compris de devoir payer chaque année près de 4 milliards d’euros pour permettre aux stations et chaînes d’État de vivre grassement. Reste qu’aux yeux de bon nombre de nos concitoyens, les abus répétés des groupes audiovisuels publics finissent par ressembler à un scandale national. La preuve, les auditions de la commission Alloncle enregistrent des records d’audience et les journaux en parlent presque chaque jour depuis six mois.

D’où vous vient cet intérêt, que vous qualifiez vous-même d’« obsession », pour l’audiovisuel public ?

Tout a commencé en 1998, quand un client est venu me voir : Fabrice Le Quintrec. Ce talentueux journaliste quadragénaire venait d’être suspendu de l’antenne de France Inter pour avoir osé mentionner le quotidien réactionnaire Présent dans la revue de presse matinale, dont il assurait l’intérim estival. Il faut préciser que l’article incriminé était absolument anodin. Il y était question du nonce apostolique à Paris. Ce n’est donc pas le contenu qui posait problème, mais sa provenance d’extrême droite. Pour les patrons de la radio publique, une telle marque de pluralisme était intolérable. Car une règle tacite interne veut que les seuls médias extrémistes ayant droit de cité sur France Inter soient les titres d’extrême gauche – à l’époque on recommandait ainsi la lecture de journaux comme Rouge ou Lutte ouvrière. Le tort de Le Quintrec était en somme d’avoir eu, contrairement à sa hiérarchie, un vrai souci d’équilibre éditorial.

Après des années de procédure, les prud’hommes et le tribunal de grande instance ont reconnu la totale injustice qu’avait été son éviction. Seulement, le mal était fait. Même après sa réhabilitation, le malheureux n’a pas pu mener la carrière brillante qu’il aurait méritée au sein de la Maison ronde. Il a connu des années de placard et fini par prendre sa retraite avec le grade de rédacteur en chef adjoint à France Bleu. Et je n’ai pas besoin de vous dire qu’aujourd’hui encore la revue de presse de France Inter, menée par Nora Hamadi, admiratrice de Rima Hassan après le 7-Octobre, cite allègrement Blast ou Politis, mais jamais Boulevard Voltaire, Valeurs actuelles ou Causeur. C’est en travaillant sur ce dossier si révoltant que j’ai peu à peu découvert que les stations et les chaînes publiques étaient placées, au mépris des principes démocratiques les plus élémentaires, sous la mainmise permanente de la gauche et de l’extrême gauche. Dénoncer ces agissements est devenu depuis lors l’une de mes causes prioritaires.

Haski, Cohen, Hamadi, Salamé, Devillers, Demorand : de la revue de presse à la matinale, une même mécanique d’« information à sens inique ». D.R.

Vous mettez toutes les chaînes publiques dans le même sac ?

La vérité m’oblige à dire que je suis moins révolté par France 2 que par France 5. Et moins par France Info que par France Inter. Il y a une hiérarchie dans l’horreur.

Ces antennes n’ont pas toujours été dirigées par des idéologues forcenés. On peut citer Philippe Val, à la tête de France Inter entre 2009 et 2014, ou Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions entre 2005 et 2010. N’exagérez-vous pas en parlant de « mainmise permanente de la gauche et de l’extrême gauche » ? Ne devrait-on pas plutôt parler de simple entrisme ?

Je ne nie pas les qualités des journalistes auxquels vous faites référence, j’ai une grande affection pour Philippe Val, mais je n’en déplore pas moins leur inaptitude à instaurer l’impartialité quand ils ont eu la charge de médias publics. Même le très estimable Jean-Luc Hees, qui était à la tête de Radio France sous la présidence Nicolas Sarkozy, et qui semblait armé des meilleures intentions à cet égard, a fini par semi-capituler.

Si les meilleurs n’arrivent pas à lutter contre le tropisme gauchiste des ondes publiques, faut-il avoir la dent si dure ? Charles Alloncle ne s’est-il pas montré trop agressif avec les responsables qu’il a auditionnés ?

Écoutez, j’ai au contraire été impressionné par son travail, par la précision de ses questions, et sa capacité à ne pas perdre son sang-froid. Alors que le président de la commission, le député macroniste Jérémie Patrier-Leitus, ne lui facilitait pas la tâche en l’interrompant dès qu’il pouvait.

Donc vous diriez qu’Alloncle a fait un sans-faute ?

La perfection n’est pas de ce monde. J’aurais souhaité pour ma part qu’il soit plus incisif s’agissant de la couverture journalistique du conflit au Proche-Orient sur les chaînes publiques. Un sujet qui m’est cher et que j’estime crucial.

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Il convient peut-être de rappeler ici que, contrairement à l’étiquette que certains vous accolent, vous n’êtes pas un chantre du Grand Israël…

Je vous le confirme. Je fais partie de ceux qui sont chagrinés de voir messieurs Smotrich et Ben Gvir siéger dans le gouvernement de l’État juif. Et qui, préférant un petit chez-soi à un grand chez les autres, regrettent vivement la politique d’implantation en Cisjordanie.

Vous qui êtes avocat, qu’avez-vous pensé du récent vote à la Knesset d’une loi prévoyant la peine de mort automatique pour les terroristes palestiniens tueurs d’Israéliens ?

Ce texte me semble contraire à l’histoire du pays. Comme vous savez, la peine de mort figure déjà dans la loi israélienne, mais elle n’est jamais appliquée.

Sauf dans le cas d’Adolf Eichmann, qui a été pendu en 1962.

Oui, mais on oublie toujours un autre cas, qui a son importance. Il remonte à la guerre de 1948, durant laquelle un officier israélien, ancien commandant dans l’armée britannique, un certain Meir Tobianski, a été fusillé pour espionnage. Or on a hélas découvert par la suite que c’était une erreur judiciaire. Cette histoire terrible montre combien la peine de mort automatique est indéfendable.

Revenons à la couverture du Proche-Orient par l’audiovisuel public. En quoi vous choque-t-elle ?

Je considère que depuis le 7 octobre 2023, la plupart des chaînes du service public audiovisuel ont menti de la façon la plus éhontée sur ce qui se passait à Gaza. Chacun de mes mots est pesé. Je pense en particulier à France Inter qui, imitant d’ailleurs l’AFP et Le Monde, a pris délibérément pour argent comptant les bilans victimaires du Hamas sans jamais préciser leur source. Devant tant d’incurie, j’ai saisi l’Arcom, qui a fini par demander officiellement à la rédaction de la chaîne publique de sourcer les bilans victimaires à Gaza et qui l’a priée d’user du conditionnel quand elle relayait ses communiqués à l’antenne.

Depuis cette mise en garde, le traitement est-il plus honnête ?

Absolument pas ! Pendant deux ans, France Inter et France Info ont pris pour du bon pain les bilans rassis d’une « Défense civile » sans préciser qu’il s’agissait du faux nez du Hamas et ce malgré une centaine de remarques de ma part. France Inter a aussi d’autres moyens de pratiquer « l’information à sens inique », comme j’aime à dire. Tout d’abord, en faisant systématiquement grand cas des morts civils causés par les opérations de Tsahal, mais jamais s’agissant des massacres que l’on déplore dans les guerres au Yémen, au Soudan ou en République démocratique du Congo. Tenez, par exemple, le 17 mars, environ 400 personnes ont été tuées dans une frappe pakistanaise qui a touché un hôpital pour toxicomanes à Kaboul. Eh bien, cette information a juste été mentionnée en brève de fin de journal. Alors que, quinze jours plus tôt, le 28 février, quand 110 écoliers de la ville de Minab en Iran ont été les victimes d’un bombardement probablement américain, ce drame a fait la une des bulletins d’information.

On peut vous objecter que l’émotion est logiquement plus forte quand Israël ou les États-Unis sont en cause, car il s’agit d’États démocratiques.

Sauf qu’en retour ces démocraties ne bénéficient pourtant pas du soutien de France Inter quand elles sont attaquées, accomplissent des actions militaires légitimes et font tous les efforts pour éviter les morts civiles. Dès lors que la radio publique considère que les États-Unis et Israël sont des pays comme les autres quand ils sont dans leur bon droit, elle a l’obligation déontologique de les traiter au même titre que le Pakistan ou l’Iran quand des bavures sont commises.

Vous exagérez. On entend aussi des voix plus modérées sur les ondes publiques.

France Inter donne parfois la parole à Frédéric Encel, qui se distingue de l’antisionisme habituel, mais qui s’oblige quand même à modérer son propos pour être acceptable. Une alouette pour un cheval. Car le reste du temps, c’est une charge quasi constante contre l’État juif. Ainsi, croyant donner l’impression d’une approche équanime du Proche-Orient, la station se flatte de donner la parole aussi bien à des journalistes palestiniens qu’à des journalistes israéliens. Sauf que lesdits Palestiniens et Israéliens sont en réalité soigneusement choisis pour être tous des critiques patentés d’Israël.

Autre méthode pour s’assurer d’un parti pris anti-israélien : depuis la rentrée, je vous l’ai dit, la radio publique a confié la revue de presse quotidienne à Nora Hamadi, une journaliste qui a publié un tweet énamouré à l’adresse de Rima Hassan quinze jours après le 7-Octobre, excusez du peu. Et puis il y a ces émissions de divertissement qui, sous couvert de nous distraire, sont encore plus idéologisées que les plages d’information. On a ainsi entendu il y a quelques jours dans « Zoom Zoom Zen » l’animateur Matthieu Noël dire tout le bien qu’il pensait – et sans aucun second degré, croyez-moi – du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, louangé pour avoir refusé d’aider les États-Unis dans la guerre contre l’Iran. On se serait cru à une convention de LFI.

Que répondez-vous à ceux qui voient la ligne très orientée de France Inter comme le double inversé de celle de CNews, chaîne où vous officiez et où l’on entend très peu parler de la crise politique en Israël ou des souffrances des civils palestiniens ?

Je réponds deux choses. D’abord je n’exclus pas que nous ayons été en réaction contre les errements de l’audiovisuel public. Ensuite et surtout, je refuse de renvoyer dos à dos France Inter et CNews, car je rappelle que les antennes publiques ont bien davantage que les chaînes privées une obligation légale et réglementaire de neutralité. Quand Gallagher Fenwick dit du bien des mollahs sur LCI, cela ne me trouble pas, car il n’est pas payé par mes impôts et que d’autres lui portent la contradiction.

Certes, l’audiovisuel coûte très cher à la collectivité. Pourtant, de façon étonnante, personne chez LR ne propose de privatiser France Télévisions. Alors que le RN, qui est bien plus étatiste, a mis cette mesure dans son programme. Résultat, c’est Charles Alloncle, un ciottiste, donc un allié de Marine Le Pen, qui en a fait son cheval de bataille. Comment expliquez-vous le peu d’intérêt de la droite classique pour ce sujet ?

Contrairement à leurs homologues de gauche, les leaders de la droite classique ne savent pas mener le combat culturel. Ils font de la petite politique, et quand ils prennent le pouvoir, ils ne font plus rien. Au fond, j’ai plus de respect pour la gauche, que je combats mais qui est sincère, que pour cette droite qui, d’abord préoccupée par son confort personnel, est prête à tout pour être accueillie avec le sourire dans les émissions du service public. Tout le monde devrait s’inspirer de Mélenchon. Il est formidable quand il est sur France Inter. Il engueule les journalistes. Il les terrorise. Et il se fait respecter. À droite, très peu ont cette audace. Sauf peut-être Zemmour, quand ils ont été obligés de l’inviter pendant la présidentielle et Marion Maréchal qui, la dernière fois qu’elle était invitée dans la Maison ronde, a catégoriquement refusé de répondre à une question scandaleuse de Sonia Devillers, lui demandant quelle était la différence entre son idée de la famille et le pétainisme.

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Mais si Mélenchon est si abrupt quand il va sur France Inter, cela veut dire qu’il ne joue pas exactement à domicile, non ?

Au contraire. Son sport favori est de tyranniser ses propres troupes. S’il rudoie la rédaction de France Inter, composée en majorité de compagnons de route de LFI, et s’il n’hésite pas, comme en octobre dernier, à carrément leur faire un doigt d’honneur après une interview, c’est pour maintenir intacte leur crainte obséquieuse. Résultat, encore récemment, la station l’a soutenu dans son offensive insensée suite aux propos de Michel Onfray et Jean Doridot sur Bally Bagayoko à l’antenne de CNews. Les journalistes de France Inter ont repris sans précautions oratoires les éléments de langage de LFI en taxant de racistes des propos détournés de leur sens. Parmi ceux qui ont participé activement à ce remake de la grande période stalinienne, vous avez Patrick Cohen, qui occupe un rôle stratégique dans la station publique en tant que titulaire de l’éditorial politique. Ce même Patrick Cohen qui recevait sur France Inter en 2017 l’anthropologue Pascal Picq et le laissait sans réserve comparer Donald Trump à… un chimpanzé.

Oui, mais vous ne pouvez pas dire que Patrick Cohen est un compagnon de route des Insoumis. Ses éditos sont plutôt de centre gauche et assez compatibles avec le macronisme…

Quand il doit choisir entre Mélenchon et Le Pen, il n’hésite pas un instant, tout le monde l’entend bien à l’antenne, et cela constitue un manque patent de neutralité.

Un éditorialiste n’a pas à être neutre, le problème est qu’il n’y ait aucun éditorialiste de droite. L’affaire dans laquelle il a été impliqué avec Thomas Legrand, c’est-à-dire cette vidéo publiée par L’Incorrect où l’on voit les deux journalistes deviser dans un bistrot avec deux obscurs leaders socialistes, méritait-elle le grand flot d’indignation qu’elle a provoqué ?

Vous êtes tellement habitués à la petite musique de gauche sur les ondes publiques que vous acceptez l’indéfendable. Je vous rappelle que, suite à ce scoop accablant, Thomas Legrand n’a eu d’autre choix que de démissionner de son émission sur France Inter et de se replier sur sa maison d’origine, Libération, journal d’extrême gauche qui fournit des journalistes éminents à la station publique, à commencer par l’animateur de la matinale, Nicolas Demorand, ou le titulaire de la chronique internationale quotidienne Pierre Haski. Alors que, soit dit en passant, vous ne trouverez personne chez France Inter ayant fait ses classes au Figaro

Mais j’en reviens à l’essentiel. Le « grand flot d’indignation », comme vous dites, suscité par le scandale Legrand-Cohen est parfaitement justifié, et cela pour une raison simple : au lieu de reconnaître le problème, France Inter et France Télevisions ont répondu au scandale en prenant la décision indigne de carrément intenter à CNews un procès en dénigrement devant le tribunal de commerce ! Alors que la chaîne d’information de Vincent Bolloré, qui n’a jamais fait que son travail en couvrant l’affaire Legrand-Cohen, est traînée dans la boue depuis quatre ans sur France Inter ! Rendez-vous compte que Sonia Devillers est allée jusqu’à demander à deux journalistes du site inconnu Les Jours de livrer à la vindicte, à son micro, une liste de chroniqueurs mal-pensants, parmi lesquels votre serviteur, mais également Élisabeth. C’est l’une des rares fois où mon nom a été cité sur France Inter. Sachant que jamais on n’a pensé à me donner la parole. On s’est moqué de moi sans me donner le droit de répondre quand je défendais Patrick Buisson dans une affaire extrêmement médiatisée. Et pas un mot quand j’ai écrit Journal de guerre, le livre qui s’est le plus vendu en France sur 7-Octobre.

Revenons à la commission Alloncle. Que vous a-t-elle appris ?

Elle a fait beaucoup de révélations sur les dérives financières de l’audiovisuel public, les abus en tous genres, les conflits d’intérêts en masse et les privilèges indus. Je suis tombé des nues quand la commission s’est penchée sur le cas de la productrice Nathalie Darrigrand qui, après avoir touché chez France Télévisions une indemnité de départ d’environ 400 000 euros, a créé sa propre boîte, qui travaille à grands frais pour France Télévisions ! Pardon, mais dans le récent procès Balkany, il paraît que le procureur a déclaré que l’argent public était « sacré ». Il serait temps que Madame Ernotte-Cunci en ait conscience. Elle a certes une excuse : le rapport de la Cour des comptes qui alerte sur ses 81 millions d’euros de déficit cumulés entre 2017 et 2024 a été opportunément publié en pleine saison creuse de l’été et seulement après qu’elle a été renouvelée pour cinq ans à son poste. Voilà qui est bien pratique pour ne pas avoir à expliquer par exemple pourquoi le salaire moyen dans son groupe s’élève à 71 000 euros bruts, soit au moins 10 % de plus que la moyenne du secteur.

Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, Paris, 24 février 2026. © Stephane Lemouton/SIPA

Elle le justifie notamment par la qualité de ses programmes et ses succès d’audimat.

C’est plus facile d’avoir du succès quand on peut se dispenser, grâce à nos impôts, de passer des spots de publicité.

D’abord, c’est seulement le soir qu’il n’y a pas de pub, ensuite si les contenus étaient nuls, personne ne regarderait.

Je vous accorde qu’il y a d’excellentes émissions sur France Télévisions. Seulement, les gens doivent les regarder avec un décodeur idéologique. Un peu comme les Soviétiques lorsqu’ils lisaient la Pravda.

Vous oubliez que France Télevisions, c’est beaucoup de programmes, fictions, etc., qui n’ont rien d’idéologique. De plus, n’ont-ils pas fait un effort de pluralisme en allant chercher récemment chez CNews les chroniqueurs Paul Melun et Nathan Devers ?

Pour moi, cela confirme juste que ces deux intellectuels, que j’aime bien par ailleurs, sont parfaitement de gauche.

Cependant, la patronne de France Télévisions n’oserait plus déclarer aujourd’hui qu’il y a trop de « mâles blancs de plus de 50 ans » sur les écrans, comme elle le prétendait lors de sa prise de fonction.

Détrompez-vous. Elle dit autrement. Elle n’a rien perdu de sa morgue. En septembre dernier, elle déclarait dans Le Monde que CNews est une chaîne d’extrême droite. Si ça, ça ne pose pas un problème éthique, j’ai un problème de vocabulaire.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

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7-Octobre: le viol utilisé comme arme de guerre systématique par le Hamas

Le Monde dévoile en une ce que le 7-Octobre signifiait vraiment: le Hamas et ses complices ont recouru de façon répétée à des pratiques de violences sexuelles et de torture lors des attaques en Israël de 2023, puis lors de la détention d’otages ramenés à Gaza.


Il y a des articles qui dépassent le simple travail journalistique. Non parce qu’ils révéleraient soudain des faits totalement inconnus, mais parce qu’ils marquent le moment où une société ne peut plus continuer à détourner les yeux. L’article du Monde consacré aux viols commis le 7-Octobre et publié en une du quotidien ce 13 mai appartient à cette catégorie. Le fait même que Le Monde reprenne aujourd’hui les termes d’une enquête approfondie et sérieuse cela constitue un événement moral et politique. Car ce journal n’a jamais été identifié à une sensibilité particulièrement favorable à Israël. Depuis des années, il exprime souvent le regard dominant d’une partie des élites occidentales: méfiance envers la puissance israélienne, insistance sur les asymétries militaires, lecture du conflit à travers les catégories du colonialisme, de la domination et de l’oppression. Dans cet univers intellectuel, Israël apparaît fréquemment comme le fort, donc comme le suspect naturel.

Or voici que ce même journal finit par écrire noir sur blanc ce que beaucoup préféraient encore maintenir à distance : des femmes retrouvées dénudées, parfois attachées, des traces de violences sexuelles avant exécution, des viols collectifs, des mutilations. 

Et c’est précisément pour cela que cet article compte. Parce qu’il marque peut-être le moment où le réel devient trop lourd pour continuer à être absorbé par les cadres idéologiques habituels. Car enfin, ceux qui connaissent un peu l’histoire des guerres ethniques, religieuses ou révolutionnaires savaient immédiatement que cela pouvait arriver.

Dès les premières images du 7-Octobre — les corps traînés dans les rues, les cris de joie autour des cadavres, les jeunes femmes exhibées comme des trophées — quelque chose d’ancien réapparaissait. Quelque chose que l’Occident contemporain croyait avoir définitivement relégué dans les caves de l’histoire.

Le 7-Octobre n’a pas seulement révélé la barbarie du Hamas ; il a révélé ce qui pourrait réapparaître immédiatement si Israël cessait, même brièvement, de pouvoir protéger les siens. Voilà ce que beaucoup refusent encore de regarder.

Violence archaïque

Depuis des années, une partie de l’Occident regarde Israël comme une puissance excessivement militarisée, obsédée par sa sécurité, enfermée dans une logique de peur. On dénonce ses murs, ses contrôles, sa vigilance permanente, son armée omniprésente, comme s’il s’agissait d’une névrose nationale ou d’un archaïsme politique. Mais ceux qui parlent ainsi vivent généralement dans des sociétés où les formes les plus archaïques de violence collective sont aujourd’hui davantage contenues.

L’Occident contemporain, malgré toutes ses fractures, reste structuré par des États puissants, des institutions relativement stables, une culture juridique profondément intériorisée et une individualisation massive des comportements. Même les violences les plus graves y sont immédiatement criminalisées, médiatisées, poursuivies. Le rapport au corps, au sexe, à la femme, à l’individu, a été profondément transformé par des décennies de modernité démocratique. Cela ne signifie évidemment pas que l’Occident soit innocent. Son histoire est remplie de massacres, de colonisations, de viols de guerre et d’exterminations. Mais précisément : ces violences sont devenues pour lui des fautes historiques, non des horizons désirables.

Frontière civilisationnelle

Israël appartient largement à cet univers moderne-là. C’est une démocratie traversée par des débats internes incessants, avec des contre-pouvoirs, des médias libres, une justice indépendante, une armée institutionnelle et une société profondément individualiste. Même sa brutalité militaire reste encadrée par une logique étatique, juridique et politique.

Or Israël se trouve confronté à des forces qui ne relèvent pas toujours du même univers mental. Le Hamas n’est pas seulement une organisation armée ou un mouvement nationaliste radical. Le 7-Octobre a dévoilé autre chose : une logique de guerre sacrée où l’humiliation de l’ennemi devient une jouissance collective et où la destruction possède une dimension quasi rédemptrice. Les vidéos tournées par les tueurs eux-mêmes disent tout. La jubilation. Les cris. Les corps exhibés. Les cadavres profanés. Les jeunes femmes traînées dans les rues sous les acclamations.

Cette violence n’est pas seulement stratégique. Elle est symbolique. Elle veut montrer que plus rien ne protège l’autre. Et c’est précisément pour cela que le sexe apparaît. Le viol de guerre n’est jamais un simple débordement animal. Il est un langage anthropologique très ancien. Dans les conflits où l’ennemi cesse d’être perçu comme humain, tuer ne suffit plus. Il faut souiller. Profaner. Détruire symboliquement ce que représente l’autre. Le corps des femmes devient alors le lieu où l’on humilie tout un peuple.

Voilà pourquoi les violences sexuelles réapparaissent toujours dans les guerres identitaires ou sacrales : Bosnie, Rwanda, Congo, Algérie… et désormais le 7-Octobre.

On dénude. On exhibe. On filme. On attache parfois. Parce que l’objectif n’est plus seulement la victoire militaire. Il s’agit de montrer que l’ennemi n’a plus ni dignité, ni intimité, ni protection. Et il existe peut-être une dimension plus dérangeante encore, dont l’Occident parle à voix basse parce qu’elle touche au rapport entre désir, frustration et liberté. Dans certains univers marqués par le rigorisme religieux, l’enfermement patriarcal ou la séparation radicale des sexes, la liberté visible des femmes peut devenir une provocation symbolique permanente. Les jeunes femmes israéliennes représentaient aussi cela : une liberté insupportable. Liberté des corps, liberté des mœurs, visibilité sociale des femmes, autonomie sexuelle et affective. Tout ce que certains fanatiques peuvent vivre comme une humiliation permanente ou comme un désordre intolérable. Alors le désir frustré se transforme en haine sacrée. La femme libre cesse d’être un individu ; elle devient un symbole à soumettre ou à profaner.

L’Europe elle-même aperçoit parfois ce phénomène à travers certaines violences sexuelles collectives commises dans des contextes de déracinement, de marginalisation ou de choc culturel. Non parce qu’une origine produirait mécaniquement le crime — idée absurde et injuste — mais parce que certaines formes de ressentiment masculin, lorsqu’elles rencontrent le fanatisme religieux, l’humiliation identitaire ou la haine politique, peuvent transformer la sexualité en instrument de vengeance symbolique.

Pourquoi nous devons nous aussi être inquiets en Occident

Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas encore là. Le plus inquiétant est l’incapacité d’une partie de l’Occident à comprendre immédiatement ce qu’il regardait le 7-Octobre. Comme si certaines élites avaient été psychiquement incapables d’admettre que ceux qu’elles avaient installés dans le rôle exclusif des victimes puissent eux aussi devenir des bourreaux. Alors sont venues les hésitations. Les prudences. Les contextualisations infinies. Les demandes de preuves adressées à des mortes. Comme si reconnaître pleinement les viols menaçait tout un édifice moral.

Car depuis des années, une partie du monde occidental a transformé la cause palestinienne en religion politique. Le Palestinien n’est plus toujours perçu comme un peuple réel, traversé comme tous les peuples par des contradictions, des violences et des fanatismes. Il devient une figure sacrée de l’innocence absolue. Dès lors, toute réalité qui vient troubler cette innocence devient presque insupportable.

C’est pourquoi l’article du Monde est si important. Parce qu’il marque peut-être le moment où le réel devient impossible à nier complètement. Parce qu’il rappelle brutalement que derrière les débats abstraits sur la paix, la démilitarisation ou le supposé “militarisme” israélien existe une peur qui n’a rien de théorique. La peur de ce qui arrive lorsque les hommes qui veulent votre disparition parviennent enfin jusqu’à vous. Le 7-octobre a montré ce que signifie concrètement une faille de quelques heures dans la protection israélienne.

Quelques heures seulement. Et les portes des très anciennes barbaries se sont rouvertes immédiatement. Voilà ce que beaucoup d’Occidentaux ne veulent toujours pas comprendre : pour Israël, la puissance militaire n’est pas seulement une stratégie. Elle est la conscience permanente d’un risque existentiel. La mémoire vivante de ce qui peut revenir presque instantanément lorsque les digues cèdent. Cela ne signifie pas qu’Israël ait toujours raison. Cela ne signifie pas que toute critique de sa politique soit illégitime. Mais le 7-Octobre oblige au moins à reconnaître une vérité que beaucoup préféraient éviter : dans certaines régions du monde, et face à certaines formes de fanatisme, quelques heures de faiblesse suffisent encore pour faire resurgir les profondeurs les plus archaïques de l’histoire humaine.

Et c’est précisément cela que l’article du Monde, peut-être malgré lui, vient finalement dévoiler.

Les lords de la chambre

Le Parti travailliste, à court d’idées pour relancer l’économie ou assurer la sécurité, lance une campagne aussi surprenante qu’inattendue et entend faire de la belle saison de 2026 « l’été du sexe ». On vous présente Samantha Niblett, l’élue à la manœuvre.


À défaut de pouvoir s’occuper de la crise énergétique ou de la sécurité, le Parti travailliste compte relever le défi du… plaisir sexuel des Britanniques. Oui, la chambre à coucher est une affaire d’État. Samantha Niblett, élue du South Derbyshire, a annoncé le 13 avril le lancement d’une campagne d’éducation sexuelle axée sur les bienfaits de l’activité érotique. Elle affirme vouloir faire de la belle saison de 2026 « l’été du sexe », avec le slogan « Oui, du sexe s’il vous plaît, nous sommes Britanniques ! » (jeu de mots sur une pièce comique de 1971, No Sex Please, We’re British !, sur le thème de la pornographie importée de Scandinavie).

Pour la députée de 46 ans, c’est une affaire personnelle. Elle décrit l’éducation sexuelle qu’elle a reçue à l’école comme étant « très médicale. On se concentrait uniquement sur ce qu’il ne fallait pas faire, et non sur ce qu’il fallait faire […] le plaisir n’était absolument pas abordé. » S’associant avec la propriétaire d’un site pornographique et un fabricant de jouets sexuels, elle veut organiser des événements pour lancer « une discussion autour du plaisir à l’échelle nationale », portant entre autres sur « les bienfaits de la masturbation ». Elle compte notamment amener des sextoys à la Chambre des communes pour animer le débat parlementaire. Si la sécurité ne les confisque pas…

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Il semble aussi qu’elle cherche obscurément à voler la vedette au parti nationaliste de Nigel Farage, Reform UK, largement en tête dans les sondages, puisque son but ultime est de « Reprendre le contrôle de notre patriotisme, reprendre le contrôle de notre identité britannique et ne pas en avoir honte ».

Il est vrai que son approche nous change du puritanisme des néoféministes, ainsi que du refus de la procréation prôné par certains écolos.

Il est vrai que le taux de fécondité outre-Manche est tombé à 1,41 enfant par femme, encore plus bas que le 1,56 des Françaises.

Le plus grand fabricant mondial de préservatifs vient d’annoncer qu’en raison de la crise actuelle des matières premières (dont le caoutchouc), le prix des préservatifs va monter en flèche. Une mauvaise nouvelle pour le plaisir pur, mais une bonne pour la démographie.

Féminisme mal dégrossi

Lindy West, coqueluche mondiale du féminisme, nous rappelle que même les icônes woke ont des complexes. Surtout, elle nous déçoit terriblement en révélant avoir accepté le trouple imposé par son compagnon polyamoureux.


Le féminisme mâtiné de wokisme n’est pas un long fleuve tranquille, nous apprend en substance Libération1 en retraçant les mésaventures de « l’icône de la lutte contre le patriarcat et la grossophobie », une dénommée Lindy West. Celle-ci s’est fait connaître grâce à Shrill, un livre paru en 2006 dans lequel elle relate son expérience en tant que « femme grosse ». Ce « récit confessionnel » a été adapté en série télévisée. Mme West, qui écrit également pour le New York Times et le Guardian, était jusqu’alors considérée comme une féministe radicale, imperméable aux injonctions du patriarcat, insoumise aux diktats de la masculinité toxique. Et puis… son dernier livre est paru. Intitulé Adult Braces, ce récit autobiographique raconte comment l’indomptable Lindy a fini par accepter le « polyamour » imposé par Aham, son mari, et, conséquemment, la vie en « trouple » avec ce dernier et Roya, sa maîtresse.

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Bien que les sujets habituellement traités par West – la grossophobie, le racisme, les normes sexuelles et genrées, et toutes ces sortes de choses – se retrouvent dans son dernier livre, les féministes et la revue de gauche Atlantic s’interrogent : Lindy West a-t-elle trahi son public ? Est-ce la mort du « féminisme millennial, numérique, pop, intersectionnel et body positive ? » Questions abyssales auxquelles la journaliste de Libération tente de répondre. Elle a vu la série Shrill – mot qui signifie « aigu, strident » et que les hommes utilisent souvent pour dénigrer la voix des femmes, précise-t-elle en dénonçant le… « patriarcat acoustique » – et a lu le dernier ouvrage de Mme West. Elle y a décelé mille fragilités, une anxiété grandissante, la crainte de décevoir ses admiratrices, d’autant plus que la plantureuse dame avoue, en plus de sa dépendance à son mari – qu’elle ne quitte pas malgré la vie en « trouple » et le fait qu’il ait une deuxième maîtresse, « une jeune femme grande, mince et blonde » –, son désir de perdre du poids, ce qui « pourrait changer la taille du corps à partir duquel elle écrit » et, dès lors, accroître la méfiance de ses lectrices les plus replètes. Ô rage ! Ô désespoir ! Ô gras-double ennemi ! N’aura-t-elle donc maigri que pour cette infamie ?

Adult Braces: Driving Myself Sane

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  1. https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/la-queen-du-feminisme-pop-lindy-west-a-t-elle-vraiment-trahi-ses-soeurs-milleniales-par-martine-delvaux-20260411_LRUVIO4BTZCILOYYMKJGZXOVIU/ ↩︎

L’agonie en alexandrins

Houellebecq ne fait pas l’unanimité, cela est encore plus vrai de sa poésie. Son récent recueil parle, dans une langue mélancolique et très sombre, du vieillissement, de la solitude, du désir qui s’éteint et de la mort qui approche inexorablement.


Depuis Configuration du dernier rivage, paru en 2013, Michel Houellebecq n’avait pas publié de recueil poétique. Entre temps, paraît son magistral roman Anéantir, ainsi qu’une confidence un peu embarrassée (quoique vengeresse), suite à une triste affaire, intitulée Quelques années de ma vie. Dans ce dernier texte, se confirment les signes d’une sorte de décomposition littéraire, venue avec l’âge et la proximité de la mort, cette dernière étant vécue de plus en plus sincèrement. Le dandysme s’efface devant la Faucheuse, qui retire à l’écrivain ce qui lui restait de pose ou d’affectation, le dépouille de ses oripeaux, le livrant, tel qu’en lui-même il se décompose, à la mort qui se rapproche.

Houellebecq ne fait pas l’unanimité, cela est encore plus vrai de sa poésie. Post-baudelairienne, versifiée et rimée, elle ignore les inventions formelles du XXe siècle, mais le lien qui la rattache au XIXe est profond et intime (Aurélien Bellanger a écrit au moins un bon livre[1], celui dans lequel il présente Houellebecq comme le continuateur d’un romantisme que les réalistes avaient trop prématurément liquidé). Depuis ses premiers textes, Houellebecq, alors qu’il n’était pas un écrivain célèbre et traduit, affirme que la structure est le seul moyen de se protéger contre le suicide. La facilité de certaines rimes (par exemple « bulgares », « escarres », « barbares » dans le premier poème du recueil), la forme presque scolaire de certains vers, préserve l’authenticité et la permanence de la voix du poète, dont le ne varietur, creuse et affirme un génie qui n’est pas d’invention mais de fidélité à cette mélancolie qui fait que Houellebecq nous est si proche, à mesure qu’il se rapproche du trou. Pourquoi chercher du nouveau dans un combat qui était « perdu d’avance » ?

Si le poète évoque les barbares qui se présentent à nos portes, il faut y voir, non pas une allégeance à la théorie du Grand remplacement, comme certains lecteurs mal intentionnés l’ont dit, mais de la résignation devant des forces d’anéantissement, que des écrivains apocalyptiques comme Bloy ou Céline ont pressenties. Ces barbares sont les annonciateurs de la défaite de l’occident, ils sont aussi le produit endogène d’un monde qui a « légèrement basculé sur son axe ». Se souvient-on d’ailleurs du poème « Non-réconcilié » : « Mon père était un con solitaire et barbare » ? Le barbare est plus intime qu’il n’y paraît.

Car pour Michel Houellebecq, le vide est certain. L’espérance chrétienne, qu’il évoque dans son dernier poème, n’est qu’un éphémère sursaut d’espérance, que la pensée de la décomposition des corps dissout définitivement. C’est elle, la mort, la véritable demeure, et non pas celle, passagère, que vante un ironique poème consacré à l’immobilier (« Hardi, les acquéreurs ! »)

Dans ce recueil, nous trouverons des poèmes à la beauté bouleversante et atroce comme « 0.0.6 », où l’humanité est présentée comme :

« Larve tremblante et nue qui saigne
Dans la torture du présent
Avant que ta chair ne s’éteigne
Absolument »

Dans un même registre, le terrible « Au bout du bout » produira une impression inoubliable sur le lecteur :

« Les morts ne parlent plus beaucoup
Ils se répandent en flaques huileuses
Ils sont nulle part et partout
Ils grimpent sur nos dos, ils creusent »

Ces morts, « nulle part et partout » ne sont-ils pas (plutôt que les migrants ou autres prétendus envahisseurs) les vrais barbares, vers ou bacilles, qui dévorent un monde en décomposition ?

Le sexe se fait une place dans le recueil, mais moins grande que dans les précédents, ce sont des érections séniles, les dernières joies d’un corps défaillant et pourtant avide de tendresse. La solitude du « Grand célibataire », est sans remède :

« Dans les muqueuses solitaires
Circule un parfum énervant
Je suis le grand célibataire
Je suis le dernier des vivants »

Quant à « l’éjaculation faciale », elle est le dernier sursaut, l’explosion d’un bubon, l’ultime et stérile libation du mourant.

A certains moments s’exprime la tendresse du poète, à travers les derniers soins prodigués au corps vieillissant.

« Tu rêveras de mondes vastes
d’endroits très doux, très caressants. »

Ce Combat toujours perdant, sursaut d’agonie poétique, le poète le porte avec la vigueur déclinante de sa chair, et la profondeur d’une voix toujours très reconnaissable.

A la fin du dernier poème, dans un style macabre qui fait penser à Villon, l’alexandrin à sa césure pend le « je » poétique au-dessus de l’abîme : « Et c’est ainsi que je me sépare du monde »

Combat toujours perdant

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Houellebecq, écrivain romantique

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[1]  Aurélien Bellanger, Houellebecq écrivain romantique, Léo Scheer, 2010

« Un simple accident »: Road movie dans l’Iran des mollahs

Alors que le festival de Cannes ouvre ses portes ce mardi, Canal + diffuse ce soir la dernière Palme d’Or. Causeur vous propose de lire ou relire la critique du film de Jafar Panahi publiée lors de sa sortie en salles.


Au volant, un homme d’âge moyen, sobrement barbu. À la place du mort, l’épouse, voilée de noir, en hidjab. Elle est enceinte. À l’arrière, une petite fille – tout sourire, joueuse. C’est la nuit. Les routes de campagne, en Iran, sont cahoteuses et rarement éclairées. Soudain, un grand bruit : un animal s’est fracassé sur la calandre. Un chien ? On ne le verra pas à l’écran. « Donne-moi un mouchoir », ordonne le mari à sa femme, et il s’essuie sa main tachée de sang avant de redémarrer. Un peu plus loin, la voiture tombe en panne.  Ayant atteint la ville – Téhéran ou une autre – ils tombent sur un bon bougre grassouillet de garagiste. Sauvés.

Précision horlogère

Voilà pour l’amorce d’Un simple accident. À partir de là, l’histoire bifurque, sans musique ni temps mort, articulant ses incroyables péripéties avec une précision horlogère, sur le temps resserré d’une nuit et d’un jour, fortifié, cinématographiquement parlant, d’un sens de l’ellipse, du hors champ, du cadrage millimétré, du dialogue percussif qui sont la signature si particulière au Septième art iranien contemporain, d’Abbas Kiarostami à Mohammad Rasoulof (cf. Les Graines du figuier sauvage, 2024), désormais en exil, en passant par Asghar Farhadi  (cf. Un héros, 2021) ou Ali Ahmadzareh (cf. Critical Zone, 2023)… Un cinéma de résistance contre la théocratie islamiste qui tyrannise l’ancienne Perse depuis près d’un demi-siècle – mais le régime, inch Allah, sous les coups de boutoir d’une révolte surtout portée, à bon escient, par les femmes, semble bel et bien au bord du précipice, son rejet s’étant pratiquement généralisé dans la population.

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Arrêté une première fois en 2010, à nouveau emprisonné de juillet 2022 à février 2023, libéré après une grève de la faim, Jafar Panahi quant à lui fait de son combat (et des conditions d’existence terrifiantes qui lui sont liées) la matière même de ses films, depuis le génial Taxi Téhéran (2015) jusqu’à Trois visages (2017) ou encore Aucun ours (2022)… Dans cette veine, Un simple accident résulte de sa propre expérience d’embastillement. Scénarisé avec Nadir Saïvan et Shadamehr Rastin, tourné sans autorisation aux abords de la capitale iranienne, il a pu bénéficier d’une post-production en France.  

Vengeance à l’iranienne

Du pitch de cette Palme d’or 2025 si hautement méritée, on serait tenté de ne rien révéler. Mais, outre que le film est sorti en salles ce mercredi, la bande-annonce vous en dit déjà trop.  L’apparent bon bougre suant et grassouillet, moins vraiment barbu que mal rasé, malade d’un rein depuis son séjour dans les geôles du régime, croit avoir reconnu son ancien tortionnaire dans le chauffeur accidenté – sans certitude. Il l’assomme en pleine rue, parvient à le séquestrer dans une fourgonnette, bâillonné et entravé, puis obtient, non sans peine, le concours d’autres de ses victimes présumées (une photographe de mariage, un jeune type enragé à l’idée d’occire son tourmenteur…) pour exécuter la vengeance qu’il estime juste, tout en écartant le risque de se tromper de personne – car sous la torture on vous bandait les yeux : ne restent en mémoire, pour l’identifier, que la voix, l’odeur, le toucher du bourreau éclopé.  

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Les dissensions apparaissent entre les ravisseurs quant à la conduite à tenir, d’autant que s’accumulent les contrariétés les plus inattendues. Elles infléchissent le cours des événements, occasionnant au passage quelques séquences chargées d’humour, tandis que le dialogue entre les protagonistes nous révèle le détail des atrocités subies… Inavouables, inavouées par le probable sbire de la police… jusqu’à l’extrême tension du dénouement. Ultime subtilité scénaristique, il laisse la porte ouverte à l’éventuel.


Durée : 1h42. Sur Canal + à 21H

Les authentiques imposteurs possèdent l’art de parler pour ne rien dire

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

La multiplication des antennes et des émissions de débats a permis une prolifération d’imposteurs.


À la suite du désastre de Knysna qui, lors de la Coupe du monde de football de 2010, a couvert l’équipe de France et son encadrement de ridicule et d’opprobre, les médias ont qualifié les joueurs « d’imposteurs ». Le documentaire consacré à cet événement sur Netflix montre la médiocrité globale de tous ceux qui, de près ou de loin, ont trempé dans cette catastrophe. Aucun n’a racheté l’autre ! Le terme « d’imposteurs » était très fort mais, appliqué au sport, il paraît presque excessif au regard d’autres impostures intellectuelles, politiques et médiatiques qui ont suivi et ont eu une tout autre portée. Je ne parle pas ici de ces quotidiennes surestimations d’un esprit ou d’un talent dont on se demande souvent, une fois qu’ils se sont exprimés, ce qu’ils ont voulu signifier, ou même s’ils ont réellement dit quelque chose. Le grand art de certains consiste en effet à faire croire qu’ils pensent profondément, en donnant l’impression d’en savoir long, tout en vous laissant, au bout du compte, sur votre faim. J’ai connu, sur différents plateaux télévisés ou radiophoniques, des personnalités de ce type qui, l’air grave et sentencieux, profèrent banalités et poncifs, sans rien vous apprendre que l’on ne sache déjà, tout en se persuadant pourtant qu’elles apportent énormément au débat en cours.

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Les vrais imposteurs sont ceux que pourfend avec talent et vigueur Aurélie Jean dans Le Figaro. Elle dénonce « notre époque qui a démultiplié la visibilité des faux experts, sans compétences réelles ». Il existe évidemment de véritables experts et des consultants de qualité, mais il n’y a pas que dans le domaine sportif que je me méfie presque par principe de ceux qui accueillent sereinement la qualification d’« experts » ou de « consultants », sans être gênés par leurs limites, le caractère aléatoire de leurs prévisions et le risque d’apparaître inférieurs au statut dont on les crédite. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours refusé qu’on me qualifie d’expert : c’était, pour moi, la seule manière de sauvegarder ma liberté d’expression, en n’étant pas enfermé dans cette case. Tout dépend de ce que l’on estime prioritaire : parler, écouter, douter, questionner, réagir, changer, ou au contraire affirmer et décréter avec une assurance destinée à couper court à toute interrogation ou à toute critique. « Certaines émissions sacrifient la qualité éditoriale au profit d’un buzz rendu possible par ces imposteurs du débat qui crient au lieu de parler, qui affirment au lieu d’argumenter et effraient au lieu d’expliquer. » Aurélie Jean, qui est aussi entrepreneuse, décrit bien les mécanismes de l’imposture dont la finalité suprême est, en définitive, de dissimuler qu’on en sait beaucoup moins que les rares experts et consultants de valeur.

Malheureusement, de tels imposteurs sont nombreux dans tous les champs où la parole dévoyée et le narcissisme intime ont droit de cité. Je me suis toujours méfié des « grandes gueules ». Bien souvent, elles étaient le fait de petits personnages. Authentiques, ceux-là !

Imposture

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L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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«Si on écoute Charles Alloncle, demain on fera TF1 en moins bien!»

Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions. © Hannah Assouline

Après six mois durant lesquels l’audiovisuel public est passé sur le grill de la commission parlementaire, Stéphane Sitbon-Gomez est en position de combat. Si le directeur des antennes et des programmes de France Télévisions reconnaît certains manquements à la neutralité et promet une gestion plus rigoureuse des deniers publics, il récuse certains reproches qu’il estime calomnieux ou orientés. Et se dit fier du travail accompli malgré la pression des « extrêmes » et la tempête Alloncle.


Causeur. Depuis quelques jours, le Festival de Cannes, dont France Télévisions est le principal partenaire audiovisuel, bat son plein. Et, comme chaque année, vous y êtes présent avec les autres chapeaux à plume du groupe. Pas trop dur ?

Stéphane Sitbon-Gomez. C’est le plus grand festival de cinéma au monde et tous ceux qui aiment la France devraient être fiers qu’elle en soit l’écrin. Quand on aime le cinéma, il n’est jamais dur d’être là.

Vous voyez des films ?

Un par jour, c’est ma règle. Plus 20 films soutenus par France Télévisions sont sélectionnés cette année. Le reste du temps, je tiens des réunions à la chaîne avec des producteurs, des dirigeants de studios et des financeurs du cinéma. Cannes est le rendez-vous annuel le plus important du métier.

Cannes, c’est aussi la vie de palace. Enfin peut-être moins maintenant, puisque vous venez de réduire sacrément la voilure en imposant à vos équipes sur place une limite de 500 euros par nuitée. Rassurez-nous, vous n’êtes pas au camping du coin ? Sérieusement, cette sobriété est-elle une conséquence de la commission Alloncle ?

Ces attaques avaient pour but essentiel de décrédibiliser notre partenariat. En se focalisant sur cinq chambres d’hôtel payées sans argent public, on voulait salir notre travail. On a donc parfaitement compris la demande d’exemplarité, mais on a en revanche moins bien compris la remise en cause de notre partenariat avec le Festival.

Charles Alloncle veut vous empêcher d’aller à Cannes ?

Depuis que nous en sommes le diffuseur officiel, nous rendons la quinzaine cannoise accessible à tout le monde, c’est un Français sur deux qui la regarde et pas juste celles et ceux qui ont les moyens de s’offrir le séjour ou de se payer un abonnement à Canal Plus. Cela ne plaît pas à Vincent Bolloré, qui a prétendu de façon assez insultante lors de son audition que nous sommes présents sur le Festival juste « parce que c’est sympa ». Alors que si nous nous rendons chaque année sur la Croisette avec d’importants moyens de retransmission, c’est pour démocratiser un événement phare de la vie culturelle française, qui fait rayonner notre pays dans le monde entier.

Autre mesure d’austérité : il paraît que vous ne payez plus le taxi aux invités qui viennent sur vos plateaux à Paris. Est-ce en économisant ces quelques bouts de chandelle que vous sauverez l’audiovisuel public ?

Il n’y a pas de petites économies. Pour être précis, on va garder les taxis, mais uniquement entre 22 et 6 heures du matin pour ceux qui travaillent sur ces horaires-là. Mais les économies réalisées le reste du temps ne sont pas de l’ordre du bout de chandelle. D’ailleurs aucune économie n’est à négliger quand on gère une boîte de 9 000 salariés, qui bénéficie de 2,45 milliards d’euros de dotations publiques. Depuis que Delphine Ernotte-Cunci préside France Télévisions, nous avons fait décroître les coûts annuels de fonctionnement de 400 millions d’euros.

« Charles Alloncle a passé six mois à diffamer, mais il n’a rien prouvé. Au contraire, France Télévisions a joué le jeu de la transparence. »

Après moult péripéties, le rapport a été adopté de justesse. Est-ce une défaite pour France Télévisions ? Comptez-vous vous inspirer de certaines recommandations ? 

Tout au long de la commission, nous n’avons cessé de respecter le Parlement et de répondre aux nombreuses sollicitations du rapporteur. Les Français pourront juger sur pièces. Ce rapport exprime visiblement sa volonté de destruction de l’audiovisuel public, assaisonnée avec les rumeurs les plus douteuses. Charles Alloncle a passé six mois à diffamer, mais il n’a rien prouvé. Au contraire, France Télévisions a joué le jeu de la transparence.

À notre connaissance, le rapport Alloncle suggère de fusionner certaines chaînes pour fermer certains canaux et réaliser un milliard d’économies. Est-ce une piste à explorer ? En dehors des taxis et des hôtels, que comptez-vous changer dans votre gestion ? 

Ce que propose Charles Alloncle, c’est une privatisation rampante. Ses mesures divulguées dans la presse sont originales, car c’est la première fois qu’un député propose de supprimer dans le service public ce que préfèrent les Français : France 5, la chaîne du savoir et de la connaissance ; le sport qui réunit tous les Français, la culture et la jeunesse. Pour économiser un milliard d’euros, Charles Alloncle propose simplement de réduire à néant le supplément d’âme du service public. Si on l’écoute, demain on fera TF1 en moins bien.

Vous pourriez déjà faire des économies sur la fabrication des reportages. Quand vos concurrents du privé sont seuls avec leur téléphone et leur couteau, vous mobilisez trois ou quatre personnes pour fabriquer un sujet.

Je ne vous dirai jamais qu’on est parfaits. Mais grâce aux réformes engagées par Delphine Ernotte-Cunci et au déploiement des nouveaux outils numériques, on a beaucoup réduit les effectifs depuis quelques années. Quelle autre entreprise publique, administration ou collectivité coûte aujourd’hui près de 20% de moins aux Français qu’il y a 10 ans ? C’est une transformation de longue haleine, toujours en cours.

Pourquoi est-ce si long ?

Parce qu’il faut composer avec le poids de l’histoire. Le secteur des médias va vite, et je trouve que France Télévisions va plus vite que les autres. En quelques années, nous sommes devenus le premier média numérique, regardé par 40 millions de Français tous les mois. Et nous sommes aussi un modèle de transformation numérique pour beaucoup de gens en Europe.

Le poids de l’histoire, c’est le nom poli que vous donnez aux syndicats ?

Non, c’est l’héritage d’une structure dont les origines remontent à l’après-guerre, alors que BFM TV s’est créée il y a seulement vingt ans, avec les moyens du bord et la technologie du moment.

Il y a ou il y avait un autre « poids de l’histoire » à France Télévisions : celui de « l’homme blanc de plus de 50 ans », dont parlait votre présidente lorsqu’elle a pris ses fonctions en 2015, en trouvant qu’il y en avait trop !

Cette phrase doit être replacée dans son contexte. Elle dit, en 2015, « on a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, il faut que ça change ». Elle est prononcée dix ans après les émeutes de 2005, à la suite desquelles tout le monde, Chirac en tête, a déploré le retard de l’audiovisuel public en matière de diversité. Delphine Ernotte-Cunci a en somme fait ce que sa tutelle lui demandait – et qui est écrit dans le cahier des charges du groupe.

On a le droit de penser que vous appliquez ce cahier des charges de façon très idéologique…

Vous en avez le droit bien sûr. La différence que j’ai avec nos détracteurs, c’est que je pense que vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Mais nous sommes une chaîne populaire, notre vocation, c’est de ressembler à toutes celles et ceux qui nous regardent.

Patrick Cohen, Bertrand Chameroy, Anne-Élisabeth Lemoine et Pierre Lescure, figures de « C à vous » lors du dîner d’ouverture du Festival de Cannes, 14 mai 2024. © ALFONSO CATALANO//SIPA

Merci pour votre leçon de tolérance. Mais qui est le mastodonte ici ? Qui donne la parole chaque jour au même duo d’éditorialistes maison ? Il est assez sidérant que Patrick Cohen et Nathalie Saint-Cricq, au demeurant très honorables mais tous deux sur une même ligne de centre gauche, soient les seuls à donner leur avis politique ès qualité de collaborateurs du service public. Pourquoi n’y a-t-il pas aussi des éditorialistes et intervenants réguliers d’extrême gauche, de droite et même de ce que vous appelez l’extrême droite ?

Qui a lancé la carrière d’Éric Zemmour ?

C’était il y a un siècle ! Aujourd’hui, on le cherche, votre Éric Zemmour…

J’entends ce que vous dites. Et je vais commencer par un petit rappel sur Patrick Cohen, qui pendant très longtemps a participé à l’émission « C à vous » sans faire d’éditorial. Son rôle a changé en 2020 à l’apparition du Covid. Face aux fake news qui proliféraient sur le Web, il nous a semblé utile qu’une voix bien identifiée et fiable telle que la sienne se fasse entendre sur nos antennes pour lutter contre la désinformation.

Ôtez-nous d’un doute, l’épidémie est finie ? Ou un changement intervenu en 2020 est déjà couvert par le poids de l’histoire ?

On se pose des questions, comme tous les médias audiovisuels d’ailleurs, au sujet de la présence d’éditorialistes sur nos chaînes. On a deux options sur la table. Soit on considère, comme vous, qu’il faut beaucoup d’éditorialistes, proposant une pluralité de points de vue. Soit on considère que, dans la société du commentaire où nous sommes, cela est superflu et on arrête. Ce serait notre manière d’être un média populaire, mais différent. Voilà le débat qu’on a entre nous, et qui n’est pas encore tranché.

Diriez-vous, comme Laurence Bloch, Adèle Van Reeth et Sibyle Veil au sujet de Radio France, que France Télévisions est un média progressiste ?

Non, et cela pour deux raisons. D’abord parce que notre mission est d’être impartiaux, quitte parfois à avoir l’air un peu tièdes. Ensuite parce que nous vivons, à la faveur du Web, une nouvelle ère qui ressemble un peu au XIXe siècle, c’est-à-dire à l’époque où il y avait surtout une presse d’opinion. Dans ce contexte, nous devons plus que jamais veiller, à rebours de l’agora numérique, à n’exclure personne, à n’écarter aucune parole ni aucun point de vue.

Si vous voulez n’exclure personne, pourquoi ne pas proposer une émission comme celle de Frédéric Taddeï, qui recevait des personnalités qu’on ne voit plus sur vos chaînes comme Houria Bouteldja, Gilles-William Goldnadel et Alain Soral ?

Nous estimons que les temps ont changé, que les réseaux sociaux à présent hystérisent en permanence le débat public et que ce n’est pas notre boulot d’enflammer la polémique. On doit aborder tous les débats, mais pas encourager à l’affrontement.

Vous l’enflammez avec des émissions honteusement partiales comme ce récent « C ce soir » sur l’affaire Grasset, où tout le monde était contre Vincent Bolloré, certains intervenants n’hésitant pas, comme Éric Fottorino, à le comparer à un nazi.

Je suis d’accord, cette programmation n’était pas assez équilibrée. Je l’ai indiqué dès le lendemain au producteur qui, pour sa défense, m’a indiqué avoir eu du mal à trouver un écrivain qui soutienne Vincent Bolloré.

A lire aussi: «Il y a d’excellentes émissions sur France TV. Mais il faut les regarder avec un décodeur idéologique»

C’est une blague ? La prochaine fois, dites-lui de nous appeler ! Du reste, ce n’était pas la première fois que ce plateau manquait de pluralisme. On ne compte plus les « C à vous » sur le féminisme où personne ne critique MeToo. Ni ceux sur l’Amérique où le débat est de savoir si Trump est fasciste ou fou. Remarquez, après avoir regardé de telles émissions, on comprend mieux pourquoi il a été élu.

Vous caricaturez. « C ce soir » est une émission qui fait très attention au pluralisme. On y invite régulièrement des gens comme Eugénie Bastié, Marie Dosé, qui critiquent largement le point de vue des féministes, ou Dominique Reynié et Nathan Devers, qui ne sont pas des gauchistes. Et Arthur Chevallier, du Point, y intervient toutes les semaines. « C ce soir » a remis le débat d’idées à la télé.

Les noms, principalement de droite libérale, que vous citez sont effectivement une preuve de votre ouverture d’esprit. Mais le courant de pensée national-populiste n’en demeure pas moins réduit à la portion congrue. Ce reproche apparaît en filigrane dans beaucoup de questions posées par Charles Alloncle durant les auditions de sa commission parlementaire. 

Ses reproches n’apparaissaient pas seulement en filigrane, ils étaient explicites et c’en était d’autant plus choquant. Pour la première fois dans l’histoire de notre République, des journalistes ont dû rendre des comptes à des politiques sur le contenu éditorial de leur travail. Jamais l’indépendance des journalistes n’avait connu une telle mise en cause dans notre pays. C’est peut-être un avant-goût.

Vous charriez ! Un avant-goût de quoi ? Répondre à des élus du peuple qui n’ont d’autre pouvoir que celui d’enquêter, ce n’est pas le Goulag. La commission Alloncle ne vous impose rien, si ce n’est de dire la vérité. Les journalistes ne sont pas un clergé protégé par on ne sait quelle infaillibilité de toute critique. 

Il y a une différence entre la critique et la tutelle politique. Ça s’appelle l’indépendance.

Mais n’y a-t-il pas une tutelle politique, qui ne dit pas son nom, à France Télévisions ? La Macronie ne passe-t-elle jamais l’ombre d’un coup de fil ?

Non, il n’y a pas de coup de fil, c’est un fantasme.

Retrouvez la suite dans l’exemplaire papier, et demain sur le site de Causeur.

Le soft-power japonais au cœur d’une solidarité identitaire internationale

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L'Italienne Giorgia Meloni et la Japonaise Sanae Takaichi, Tokyo, 16 janvier 2026 © Takashi Aoyama/AP/SIPA

Contrairement à l’Occident, le Japon ne veut pas se faire hara-kiri. C’est ce qu’analyse ici Aurélien Marq à travers la géopolitique, la culture pop et la philosophie conservatrice qui préside actuellement aux destinées du pays du Soleil Levant.


Certes, tout n’est pas rose au pays du Soleil Levant. Démographie en berne, prise de distance croissante devant les relations amoureuses, difficile équilibre entre recherche d’excellence et excès de pression, et même des tensions causées par l’immigration. Pour autant, le Japon apparaît presque comme un pays de cocagne si on le compare à la France, et surtout comme un acteur majeur au sein de ce qui n’est désormais plus un paradoxe : une fraternité internationale spontanée entre les identitaires de tous les pays qui ont pour culture une société de la confiance et de la civilité. Voilà une main tendue que nous aurions tort de ne pas saisir, d’autant que le Japon excelle dans des domaines d’influence où la « droite réellement de droite » française est hélas très peu présente.

Respect complice

Le 23 avril, l’ambassadeur du Japon en Angleterre a présenté ses vœux de la Saint-Georges sur les réseaux sociaux d’une manière à la fois très anglaise, et typiquement japonaise dans sa délicatesse et sa courtoisie. Le succès a immédiatement été au rendez-vous, et nombre d’internautes ont fait remarquer – à juste titre – que l’ambassadeur était plus respectueux des traditions britanniques et de leur esprit que le gouvernement de M. Starmer (qui, incidemment, s’est pris depuis une retentissante claque électorale).

Voilà qui ne manque pas d’évoquer Son Excellence Hideo Suzuki, ambassadeur du Japon en France depuis fin 2025, et qui n’a pas tardé à gagner lui aussi une solide popularité sur les réseaux en montrant sa fine connaissance et son goût pour notre culture, de Tintin aux gaufres du Mont-Saint-Michel, et son profond respect pour notre histoire et notre identité. Au point d’être parfois qualifié « d’ambassadeur de France en France », nombre de commentaires sous ses publications notant qu’il connaît et aime la France bien plus que certains de nos dirigeants actuels, et les remplacerait donc avantageusement….

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Issus des mêmes cercles du parti conservateur de feu Shinzo Abe et de l’actuelle (et remarquable) Première ministre (donc chef de l’exécutif) Sanae Takaichi, les deux hommes ont adopté des styles très proches, et rencontrent tous deux un succès comparable. En Angleterre comme en France, les gouvernements progressistes s’enorgueillissent de leur mépris envers les traditions et l’identité de leur pays. A rebours, et sans polémiquer, sans un mot plus haut que l’autre, simplement en manifestant un respect complice pour la culture des autochtones, ces deux diplomates nippons confortent magistralement la popularité et l’influence de leur pays, notamment auprès des électeurs des mouvements politiques aujourd’hui en pleine ascension, de droite et de ce que les progressistes appellent « extrême-droite ».

Faut-il y voir une simple stratégie, ou une attitude sincère ? Les deux, probablement. Leurs Excellences sont sans doute réellement anglophile et francophile, authentiquement respectueux des civilisations qui partagent avec la leur une certaine idée de la civilité et de la culture…. et le Trône du Chrysanthème sait choisir ses ambassadeurs !

Identitaires sans frontières !

Mais ce n’est pas tout, et ce n’est sans doute même pas l’essentiel. Ces derniers mois, Elon Musk a introduit sur X/Twitter une fonctionnalité nouvelle de traduction automatique, abolissant d’un coup la barrière de la langue, pour le monde entier. Les internautes de toute la planète se découvrent mutuellement, et beaucoup découvrent surtout ainsi qu’ils ont des préoccupations communes, en particulier la menace que l’immigration fait peser sur leurs cultures, et les revendications incessantes et impérialistes de l’islam – même au Japon, où il n’y a pourtant que 350 000 musulmans (venus notamment du Bangladesh) pour 123 millions d’habitants ! Et on voit se dessiner, sans ambiguïté, deux camps opposés : les cultures de la confiance et les cultures de la défiance.

Exemple frappant : une vidéo se moque du fait que dans certains pays les gens tiennent leur téléphone portable d’une manière rendant facile de s’en emparer pour un voleur à la tire. En réaction, les uns s’offusquent de la vidéo, considérant qu’il est normal de pouvoir marcher dans la rue sans devoir se méfier, alors que les autres approuvent le ton moqueur de la vidéo, affirmant qu’il est normal de se faire voler si on n’est pas sur ses gardes. Cette différence est absolument cruciale.

On ne porte pas le même maillot, mais on joue dans la même équipe

Et il me semble qu’elle recoupe largement celle, bien connue, entre « cultures de la culpabilité » et « cultures de la honte », c’est-à-dire entre les cultures dont les membres intériorisent les interdits majeurs et agissent sous le regard permanent de leur propre conscience morale, et les cultures dont les membres ne respectent les interdits que sous le regard d’autrui, et pensent que si l’on est assez habile pour ne pas se faire prendre il est logique d’en profiter (le docteur Maurice Berger a beaucoup écrit sur le sujet, y compris dans les colonnes de Causeur). Ou encore, un rapport radicalement différent à la civilité : pour les uns s’imposer à autrui (par le bruit, par exemple) est mal vu, pour les autres c’est une démonstration de force. Pour ma part, je le résumerais en disant qu’il y a d’un côté ceux qui respectent ce qui est respectable, et de l’autre côté ceux qui ne respectent que ce qui se fait respecter.

Si vous vous demandez quelles cultures sont de quel côté, la réponse est aussi simple qu’évidente : selon la formule consacrée, tout le monde sait ! Assurément, les conservateurs et identitaires Japonais, Sud-Coréens, Français, Israéliens et Américains ont vite compris qu’ils étaient tous dans le même camp…. et dans le même bateau.

Free speech à la japonaise

Pourquoi donner dans ce mouvement une place particulière au Japon ? Parce que la liberté d’expression y est bien plus grande que chez nous, ce qui permet de dire ce que l’on voit, et surtout de voir ce que l’on voit. Souvenez-vous aussi d’Éric Zemmour déclarant lors d’une mémorable interview, en septembre 2021 : « Il y a un Zemmourland, c’est le Japon, mon cher. Depuis 40 ans, le Japon refuse l’immigration. Trois pour cent de chômage. Un excédent commercial. Une sécurité absolue – il y a des places vides en prison ! Tout ce qui nous manque. »

Enfin, impossible de parler du Japon sans parler des mangas, des animés et des jeux vidéos. One Piece a une audience à faire pâlir d’envie n’importe quel influenceur politique (oubliez les vieux clichés : même Peter Thiel, le cofondateur de Palantir, a publié des articles extrêmement sérieux sur ce manga). Face au wokisme d’Hollywood et de Netflix, nombre d’animés japonais sont des dons du ciel pour les parents soucieux d’éviter l’endoctrinement de leurs enfants par les délires gauchistes. Quant aux jeux vidéos, il suffit de voir à quel point le très récent (et brillant) Pragmata, de Capcom, fait hurler les influenceurs progressistes pour comprendre qu’ils y voient une véritable menace – à juste titre, puisque ce jeu (plus de deux millions d’exemplaires vendus en deux semaines) présente une vision résolument positive et saine de la masculinité et de la paternité, à rebours de tous les délires sur la « déconstruction », le « patriarcat » et la « masculinité toxique » (pour ceux qui voudraient creuser le sujet de la guerre culturelle dans la Pop Culture, je recommande vivement les chaînes youtube anglophones « The Critical Drinker » – 2 millions et demi d’abonnés – et « The Critical Gamer »).

C’est un point crucial : on parle de médias capables de toucher et d’influencer des personnes de tous milieux et de tous âges, donc aussi des enfants, des adolescents et de jeunes adultes aux périodes de leurs vies où ils forgent leur vision du monde puis leurs premières convictions sociétales et politiques. Et dans ce domaine, trop longtemps délaissé par la droite française, le Japon dispose d’une force de frappe certes bien moindre que celle des Etats-Unis, mais néanmoins considérable.

Au fait : montrez à vos enfants, neveux, nièces ou petits-enfants ces bandes annonces de L’Étoile de Paris en fleur, de Goro Taniguchi. Une minute et demi pour que de jeunes Français voient ce qui leur a été volé, mais que les Japonais, eux, n’ont pas oublié.

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On l’a dit, tout n’est pas rose au pays du Soleil Levant, mais il faut raison garder – et vu l’état de la France, nous n’avons de leçon à donner à personne. Ainsi, le récent accord avec le Bangladesh prévoit en effet une immigration de travail, mais les chiffres démesurés évoqués par certains officiels bangladais ont été démentis par le gouvernement nippon : on parle en fait d’environ 100000 personnes, sous conditions de qualifications professionnelles et de maîtrise de la langue japonaise. Notre expérience nous permet évidemment d’affirmer qu’il s’agit d’une très mauvaise idée, reste qu’on est loin de la situation européenne.

Surtout, le peuple japonais est bien décidé à défendre son identité, et à résister au gauchisme. J’ai déjà évoqué le Twitter japonais, les élections vont dans le même sens. Le 8 février, le parti conservateur a remporté à lui seul plus des deux-tiers des sièges à la Diète, avec un positionnement que l’on pourrait qualifier chez nous de « gaullisme libéral identitaire » – et qui correspond grosso-modo à l’aile droite de LR, Nouvelle Énergie, Reconquête et l’UDR. Imaginez si en France ces quatre mouvements réunis tenaient les deux tiers de l’Assemblée nationale !

Guerre culturelle mondiale

La gauche, Macron en tête, s’alarme d’une « internationale réactionnaire ». La réalité est plus subtile : les conservateurs, réactionnaires, traditionalistes et identitaires (passons sur les divergences entre ces quatre sensibilités) des cultures de la confiance s’opposent radicalement aux progressistes issus de leurs propres cultures, mais ils s’opposent également aux conservateurs, réactionnaires, traditionalistes et identitaires des cultures de la défiance – alors que ces derniers ont souvent le soutien des progressistes issus des cultures de la confiance, qu’ils veulent abolir. En effet, les cultures de la confiance reposent sur la décence commune, processus lent et « bottom up », quand les progressistes ne rêvent que de « top down », « top down » qui semble naturel aux cultures de la défiance, lesquelles reposent sur le rapport de force et l’autoritarisme. L’alliance de la gauche occidentale et des islamistes contre l’Occident, en est une parfaite illustration.

De Gaulle disait : « Les régimes, nous savons ce que c’est : des choses qui passent. Mais les peuples ne passent pas. » Les oligarchies progressistes ne se privent pas de se soutenir mutuellement au détriment des nations, ni de noyauter et d’instrumentaliser les instances internationales. Ah, l’ONU, ce « machin » où les mollahs traitent des droits des femmes, où prospère Francesca Albanese, et dont le « Pacte mondial sur les migrations » planifie la destruction des cultures de la confiance et de la civilité. Face à cela, le rapprochement spontané, évident, entre les peuples qui ont, eux, choisi le respect de ce qui est respectable, et tous ceux au sein de ces peuples qui refusent que leurs civilisations disparaissent, est un espoir qui se lève. Un espoir qu’il faut cultiver, renforcer, concrétiser par des échanges intellectuels et des liens de solidarité mutuelle, et dès que possible, traduire par des alliances politiques.

L’hantavirus réactive la fabrique de la peur

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Conférence de presse de la ministre de la Santé Stéphanie Rist consacrée à l'hantavirus, Paris, 12 mai 2026 © Michel Euler/AP/SIPA

Notre chroniqueur observe avec agacement le come-back des docteurs Folamour sur les plateaux TV. Il n’est pas sûr qu’il se porte volontaire pour des tests expérimentaux d’un éventuel vaccin à venir contre l’hantavirus…


Les fabricants de peurs ont repris leur commerce. Six ans après l’épisode du Covid, avec son hystérie hygiéniste et ses docteurs Folamour, les mêmes médecins reviennent sur les plateaux des télévisions. Certains y annoncent déjà le pire avec l’hantavirus, apparu dernièrement sur un bateau de croisière.

Contagion !

L’épidémiologiste Antoine Flahault a ainsi déclaré (Le Parisien, 11 mai) que « l’hantavirus des Andes est aussi grave que le virus Ebola ». Le médecin infectiologue Gilles Pialoux a également évoqué cette comparaison avec le virus africain, responsable de 16000 morts au total. Hier, néanmoins, Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint-Antoine, a tenté surRTL de rassurer sur la dangerosité du mal, qui ne se transmet pas par aérosolisation contrairement au Covid. L’infectiologue a cru pourtant utile de critiquer la politique sanitaire « erratique » de l’administration Trump et de son ministre de la Santé Robert F. Kennedy. De fait, les Etats-Unis ne semblent pas prendre très au sérieux cette alerte amplifiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les Américains ont-ils tort ? Jusqu’à présent, l’hantavirus introduit sur le navire MV Hondius n’a fait que trois morts. Les précédentes contaminations mortelles par cette souche venue d’Argentine, en 1996 et 2018, n’avaient fait l’objet d’aucune communication. Le branle-bas-de-combat planétaire intervient alors que les Etats-Unis et l’Argentine viennent d’annoncer leur retrait de l’OMS, dont ils contestent les méthodes et l’efficacité. Le patron de l’OMS s’est personnellement déplacé le 9 mai aux Canaries pour superviser, dans une opération de communication mettant en scène des hommes scaphandres, le transfert des passagers du navire.

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Ce qui apparait donc, à ce stade initial de la contagion, sont des réponses sanitaires sans commune mesure avec les faits. Trois morts et quelques contaminés ne justifient pas une immédiate et angoissante alerte générale sur une pandémie mondiale, à moins de déceler dans ce catastrophisme une possible tentative de l’OMS de se rétablir dans son autorité contestée.

Terreur psychologique

La mise en cause pavlovienne de l’administration Trump par certains praticiens vient ajouter au soupçon d’instrumentalisation politique du virus par les avocats d’un scientisme qui a pu, avec le Covid, être perméable à des conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. L’apparition, six ans après, des mêmes réflexes visant à dramatiser une situation font craindre une nouvelle contamination par le virus de la trouille.

Surtout quand cette terreur psychologique est instrumentalisée par un pouvoir prêt aux diversions pour dissimuler ses faiblesses et se faire obéir. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron avait déclaré solennellement, en 2020, « la guerre » au Covid, en imposant un confinement absurde, des QRCodes liberticides, des vaccins expérimentaux aux effets secondaires inconnus, et un « quoi qu’il en coûte » irraisonné et ruineux. Reste que les Français ont, pour beaucoup, pris la mesure des désinformations et des propagandes d’hier. La parole officielle se doit désormais, si elle veut redevenir crédible, d’être au plus près des réalités. Cela vaut pour l’hantavirus, comme pour le reste.

La révolution des oubliés

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«Il y a d’excellentes émissions sur France TV. Mais il faut les regarder avec un décodeur idéologique»

Gilles-William Goldnadel. © Hannah Assouline

Gilles-William Goldnadel est en croisade contre l’audiovisuel public depuis près de trente ans. Tout ce qu’il dénonce inlassablement a éclaté au grand jour grâce à la commission Alloncle : dérives financières, collusions politiques, traitement malhonnête du conflit au Proche-Orient… Il était temps.


Causeur. Voilà presque trente ans que vous faites profession de pourfendre l’audiovisuel public. Mais ce sujet passionne-t-il vraiment les foules ? La plupart des gens, de toute manière, n’écoutent pas Radio France et ne regardent pas France Télévisions…

Gilles-William Goldnadel. On peut toujours se foutre de tout, y compris de devoir payer chaque année près de 4 milliards d’euros pour permettre aux stations et chaînes d’État de vivre grassement. Reste qu’aux yeux de bon nombre de nos concitoyens, les abus répétés des groupes audiovisuels publics finissent par ressembler à un scandale national. La preuve, les auditions de la commission Alloncle enregistrent des records d’audience et les journaux en parlent presque chaque jour depuis six mois.

D’où vous vient cet intérêt, que vous qualifiez vous-même d’« obsession », pour l’audiovisuel public ?

Tout a commencé en 1998, quand un client est venu me voir : Fabrice Le Quintrec. Ce talentueux journaliste quadragénaire venait d’être suspendu de l’antenne de France Inter pour avoir osé mentionner le quotidien réactionnaire Présent dans la revue de presse matinale, dont il assurait l’intérim estival. Il faut préciser que l’article incriminé était absolument anodin. Il y était question du nonce apostolique à Paris. Ce n’est donc pas le contenu qui posait problème, mais sa provenance d’extrême droite. Pour les patrons de la radio publique, une telle marque de pluralisme était intolérable. Car une règle tacite interne veut que les seuls médias extrémistes ayant droit de cité sur France Inter soient les titres d’extrême gauche – à l’époque on recommandait ainsi la lecture de journaux comme Rouge ou Lutte ouvrière. Le tort de Le Quintrec était en somme d’avoir eu, contrairement à sa hiérarchie, un vrai souci d’équilibre éditorial.

Après des années de procédure, les prud’hommes et le tribunal de grande instance ont reconnu la totale injustice qu’avait été son éviction. Seulement, le mal était fait. Même après sa réhabilitation, le malheureux n’a pas pu mener la carrière brillante qu’il aurait méritée au sein de la Maison ronde. Il a connu des années de placard et fini par prendre sa retraite avec le grade de rédacteur en chef adjoint à France Bleu. Et je n’ai pas besoin de vous dire qu’aujourd’hui encore la revue de presse de France Inter, menée par Nora Hamadi, admiratrice de Rima Hassan après le 7-Octobre, cite allègrement Blast ou Politis, mais jamais Boulevard Voltaire, Valeurs actuelles ou Causeur. C’est en travaillant sur ce dossier si révoltant que j’ai peu à peu découvert que les stations et les chaînes publiques étaient placées, au mépris des principes démocratiques les plus élémentaires, sous la mainmise permanente de la gauche et de l’extrême gauche. Dénoncer ces agissements est devenu depuis lors l’une de mes causes prioritaires.

Haski, Cohen, Hamadi, Salamé, Devillers, Demorand : de la revue de presse à la matinale, une même mécanique d’« information à sens inique ». D.R.

Vous mettez toutes les chaînes publiques dans le même sac ?

La vérité m’oblige à dire que je suis moins révolté par France 2 que par France 5. Et moins par France Info que par France Inter. Il y a une hiérarchie dans l’horreur.

Ces antennes n’ont pas toujours été dirigées par des idéologues forcenés. On peut citer Philippe Val, à la tête de France Inter entre 2009 et 2014, ou Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions entre 2005 et 2010. N’exagérez-vous pas en parlant de « mainmise permanente de la gauche et de l’extrême gauche » ? Ne devrait-on pas plutôt parler de simple entrisme ?

Je ne nie pas les qualités des journalistes auxquels vous faites référence, j’ai une grande affection pour Philippe Val, mais je n’en déplore pas moins leur inaptitude à instaurer l’impartialité quand ils ont eu la charge de médias publics. Même le très estimable Jean-Luc Hees, qui était à la tête de Radio France sous la présidence Nicolas Sarkozy, et qui semblait armé des meilleures intentions à cet égard, a fini par semi-capituler.

Si les meilleurs n’arrivent pas à lutter contre le tropisme gauchiste des ondes publiques, faut-il avoir la dent si dure ? Charles Alloncle ne s’est-il pas montré trop agressif avec les responsables qu’il a auditionnés ?

Écoutez, j’ai au contraire été impressionné par son travail, par la précision de ses questions, et sa capacité à ne pas perdre son sang-froid. Alors que le président de la commission, le député macroniste Jérémie Patrier-Leitus, ne lui facilitait pas la tâche en l’interrompant dès qu’il pouvait.

Donc vous diriez qu’Alloncle a fait un sans-faute ?

La perfection n’est pas de ce monde. J’aurais souhaité pour ma part qu’il soit plus incisif s’agissant de la couverture journalistique du conflit au Proche-Orient sur les chaînes publiques. Un sujet qui m’est cher et que j’estime crucial.

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Il convient peut-être de rappeler ici que, contrairement à l’étiquette que certains vous accolent, vous n’êtes pas un chantre du Grand Israël…

Je vous le confirme. Je fais partie de ceux qui sont chagrinés de voir messieurs Smotrich et Ben Gvir siéger dans le gouvernement de l’État juif. Et qui, préférant un petit chez-soi à un grand chez les autres, regrettent vivement la politique d’implantation en Cisjordanie.

Vous qui êtes avocat, qu’avez-vous pensé du récent vote à la Knesset d’une loi prévoyant la peine de mort automatique pour les terroristes palestiniens tueurs d’Israéliens ?

Ce texte me semble contraire à l’histoire du pays. Comme vous savez, la peine de mort figure déjà dans la loi israélienne, mais elle n’est jamais appliquée.

Sauf dans le cas d’Adolf Eichmann, qui a été pendu en 1962.

Oui, mais on oublie toujours un autre cas, qui a son importance. Il remonte à la guerre de 1948, durant laquelle un officier israélien, ancien commandant dans l’armée britannique, un certain Meir Tobianski, a été fusillé pour espionnage. Or on a hélas découvert par la suite que c’était une erreur judiciaire. Cette histoire terrible montre combien la peine de mort automatique est indéfendable.

Revenons à la couverture du Proche-Orient par l’audiovisuel public. En quoi vous choque-t-elle ?

Je considère que depuis le 7 octobre 2023, la plupart des chaînes du service public audiovisuel ont menti de la façon la plus éhontée sur ce qui se passait à Gaza. Chacun de mes mots est pesé. Je pense en particulier à France Inter qui, imitant d’ailleurs l’AFP et Le Monde, a pris délibérément pour argent comptant les bilans victimaires du Hamas sans jamais préciser leur source. Devant tant d’incurie, j’ai saisi l’Arcom, qui a fini par demander officiellement à la rédaction de la chaîne publique de sourcer les bilans victimaires à Gaza et qui l’a priée d’user du conditionnel quand elle relayait ses communiqués à l’antenne.

Depuis cette mise en garde, le traitement est-il plus honnête ?

Absolument pas ! Pendant deux ans, France Inter et France Info ont pris pour du bon pain les bilans rassis d’une « Défense civile » sans préciser qu’il s’agissait du faux nez du Hamas et ce malgré une centaine de remarques de ma part. France Inter a aussi d’autres moyens de pratiquer « l’information à sens inique », comme j’aime à dire. Tout d’abord, en faisant systématiquement grand cas des morts civils causés par les opérations de Tsahal, mais jamais s’agissant des massacres que l’on déplore dans les guerres au Yémen, au Soudan ou en République démocratique du Congo. Tenez, par exemple, le 17 mars, environ 400 personnes ont été tuées dans une frappe pakistanaise qui a touché un hôpital pour toxicomanes à Kaboul. Eh bien, cette information a juste été mentionnée en brève de fin de journal. Alors que, quinze jours plus tôt, le 28 février, quand 110 écoliers de la ville de Minab en Iran ont été les victimes d’un bombardement probablement américain, ce drame a fait la une des bulletins d’information.

On peut vous objecter que l’émotion est logiquement plus forte quand Israël ou les États-Unis sont en cause, car il s’agit d’États démocratiques.

Sauf qu’en retour ces démocraties ne bénéficient pourtant pas du soutien de France Inter quand elles sont attaquées, accomplissent des actions militaires légitimes et font tous les efforts pour éviter les morts civiles. Dès lors que la radio publique considère que les États-Unis et Israël sont des pays comme les autres quand ils sont dans leur bon droit, elle a l’obligation déontologique de les traiter au même titre que le Pakistan ou l’Iran quand des bavures sont commises.

Vous exagérez. On entend aussi des voix plus modérées sur les ondes publiques.

France Inter donne parfois la parole à Frédéric Encel, qui se distingue de l’antisionisme habituel, mais qui s’oblige quand même à modérer son propos pour être acceptable. Une alouette pour un cheval. Car le reste du temps, c’est une charge quasi constante contre l’État juif. Ainsi, croyant donner l’impression d’une approche équanime du Proche-Orient, la station se flatte de donner la parole aussi bien à des journalistes palestiniens qu’à des journalistes israéliens. Sauf que lesdits Palestiniens et Israéliens sont en réalité soigneusement choisis pour être tous des critiques patentés d’Israël.

Autre méthode pour s’assurer d’un parti pris anti-israélien : depuis la rentrée, je vous l’ai dit, la radio publique a confié la revue de presse quotidienne à Nora Hamadi, une journaliste qui a publié un tweet énamouré à l’adresse de Rima Hassan quinze jours après le 7-Octobre, excusez du peu. Et puis il y a ces émissions de divertissement qui, sous couvert de nous distraire, sont encore plus idéologisées que les plages d’information. On a ainsi entendu il y a quelques jours dans « Zoom Zoom Zen » l’animateur Matthieu Noël dire tout le bien qu’il pensait – et sans aucun second degré, croyez-moi – du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, louangé pour avoir refusé d’aider les États-Unis dans la guerre contre l’Iran. On se serait cru à une convention de LFI.

Que répondez-vous à ceux qui voient la ligne très orientée de France Inter comme le double inversé de celle de CNews, chaîne où vous officiez et où l’on entend très peu parler de la crise politique en Israël ou des souffrances des civils palestiniens ?

Je réponds deux choses. D’abord je n’exclus pas que nous ayons été en réaction contre les errements de l’audiovisuel public. Ensuite et surtout, je refuse de renvoyer dos à dos France Inter et CNews, car je rappelle que les antennes publiques ont bien davantage que les chaînes privées une obligation légale et réglementaire de neutralité. Quand Gallagher Fenwick dit du bien des mollahs sur LCI, cela ne me trouble pas, car il n’est pas payé par mes impôts et que d’autres lui portent la contradiction.

Certes, l’audiovisuel coûte très cher à la collectivité. Pourtant, de façon étonnante, personne chez LR ne propose de privatiser France Télévisions. Alors que le RN, qui est bien plus étatiste, a mis cette mesure dans son programme. Résultat, c’est Charles Alloncle, un ciottiste, donc un allié de Marine Le Pen, qui en a fait son cheval de bataille. Comment expliquez-vous le peu d’intérêt de la droite classique pour ce sujet ?

Contrairement à leurs homologues de gauche, les leaders de la droite classique ne savent pas mener le combat culturel. Ils font de la petite politique, et quand ils prennent le pouvoir, ils ne font plus rien. Au fond, j’ai plus de respect pour la gauche, que je combats mais qui est sincère, que pour cette droite qui, d’abord préoccupée par son confort personnel, est prête à tout pour être accueillie avec le sourire dans les émissions du service public. Tout le monde devrait s’inspirer de Mélenchon. Il est formidable quand il est sur France Inter. Il engueule les journalistes. Il les terrorise. Et il se fait respecter. À droite, très peu ont cette audace. Sauf peut-être Zemmour, quand ils ont été obligés de l’inviter pendant la présidentielle et Marion Maréchal qui, la dernière fois qu’elle était invitée dans la Maison ronde, a catégoriquement refusé de répondre à une question scandaleuse de Sonia Devillers, lui demandant quelle était la différence entre son idée de la famille et le pétainisme.

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Mais si Mélenchon est si abrupt quand il va sur France Inter, cela veut dire qu’il ne joue pas exactement à domicile, non ?

Au contraire. Son sport favori est de tyranniser ses propres troupes. S’il rudoie la rédaction de France Inter, composée en majorité de compagnons de route de LFI, et s’il n’hésite pas, comme en octobre dernier, à carrément leur faire un doigt d’honneur après une interview, c’est pour maintenir intacte leur crainte obséquieuse. Résultat, encore récemment, la station l’a soutenu dans son offensive insensée suite aux propos de Michel Onfray et Jean Doridot sur Bally Bagayoko à l’antenne de CNews. Les journalistes de France Inter ont repris sans précautions oratoires les éléments de langage de LFI en taxant de racistes des propos détournés de leur sens. Parmi ceux qui ont participé activement à ce remake de la grande période stalinienne, vous avez Patrick Cohen, qui occupe un rôle stratégique dans la station publique en tant que titulaire de l’éditorial politique. Ce même Patrick Cohen qui recevait sur France Inter en 2017 l’anthropologue Pascal Picq et le laissait sans réserve comparer Donald Trump à… un chimpanzé.

Oui, mais vous ne pouvez pas dire que Patrick Cohen est un compagnon de route des Insoumis. Ses éditos sont plutôt de centre gauche et assez compatibles avec le macronisme…

Quand il doit choisir entre Mélenchon et Le Pen, il n’hésite pas un instant, tout le monde l’entend bien à l’antenne, et cela constitue un manque patent de neutralité.

Un éditorialiste n’a pas à être neutre, le problème est qu’il n’y ait aucun éditorialiste de droite. L’affaire dans laquelle il a été impliqué avec Thomas Legrand, c’est-à-dire cette vidéo publiée par L’Incorrect où l’on voit les deux journalistes deviser dans un bistrot avec deux obscurs leaders socialistes, méritait-elle le grand flot d’indignation qu’elle a provoqué ?

Vous êtes tellement habitués à la petite musique de gauche sur les ondes publiques que vous acceptez l’indéfendable. Je vous rappelle que, suite à ce scoop accablant, Thomas Legrand n’a eu d’autre choix que de démissionner de son émission sur France Inter et de se replier sur sa maison d’origine, Libération, journal d’extrême gauche qui fournit des journalistes éminents à la station publique, à commencer par l’animateur de la matinale, Nicolas Demorand, ou le titulaire de la chronique internationale quotidienne Pierre Haski. Alors que, soit dit en passant, vous ne trouverez personne chez France Inter ayant fait ses classes au Figaro

Mais j’en reviens à l’essentiel. Le « grand flot d’indignation », comme vous dites, suscité par le scandale Legrand-Cohen est parfaitement justifié, et cela pour une raison simple : au lieu de reconnaître le problème, France Inter et France Télevisions ont répondu au scandale en prenant la décision indigne de carrément intenter à CNews un procès en dénigrement devant le tribunal de commerce ! Alors que la chaîne d’information de Vincent Bolloré, qui n’a jamais fait que son travail en couvrant l’affaire Legrand-Cohen, est traînée dans la boue depuis quatre ans sur France Inter ! Rendez-vous compte que Sonia Devillers est allée jusqu’à demander à deux journalistes du site inconnu Les Jours de livrer à la vindicte, à son micro, une liste de chroniqueurs mal-pensants, parmi lesquels votre serviteur, mais également Élisabeth. C’est l’une des rares fois où mon nom a été cité sur France Inter. Sachant que jamais on n’a pensé à me donner la parole. On s’est moqué de moi sans me donner le droit de répondre quand je défendais Patrick Buisson dans une affaire extrêmement médiatisée. Et pas un mot quand j’ai écrit Journal de guerre, le livre qui s’est le plus vendu en France sur 7-Octobre.

Revenons à la commission Alloncle. Que vous a-t-elle appris ?

Elle a fait beaucoup de révélations sur les dérives financières de l’audiovisuel public, les abus en tous genres, les conflits d’intérêts en masse et les privilèges indus. Je suis tombé des nues quand la commission s’est penchée sur le cas de la productrice Nathalie Darrigrand qui, après avoir touché chez France Télévisions une indemnité de départ d’environ 400 000 euros, a créé sa propre boîte, qui travaille à grands frais pour France Télévisions ! Pardon, mais dans le récent procès Balkany, il paraît que le procureur a déclaré que l’argent public était « sacré ». Il serait temps que Madame Ernotte-Cunci en ait conscience. Elle a certes une excuse : le rapport de la Cour des comptes qui alerte sur ses 81 millions d’euros de déficit cumulés entre 2017 et 2024 a été opportunément publié en pleine saison creuse de l’été et seulement après qu’elle a été renouvelée pour cinq ans à son poste. Voilà qui est bien pratique pour ne pas avoir à expliquer par exemple pourquoi le salaire moyen dans son groupe s’élève à 71 000 euros bruts, soit au moins 10 % de plus que la moyenne du secteur.

Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, Paris, 24 février 2026. © Stephane Lemouton/SIPA

Elle le justifie notamment par la qualité de ses programmes et ses succès d’audimat.

C’est plus facile d’avoir du succès quand on peut se dispenser, grâce à nos impôts, de passer des spots de publicité.

D’abord, c’est seulement le soir qu’il n’y a pas de pub, ensuite si les contenus étaient nuls, personne ne regarderait.

Je vous accorde qu’il y a d’excellentes émissions sur France Télévisions. Seulement, les gens doivent les regarder avec un décodeur idéologique. Un peu comme les Soviétiques lorsqu’ils lisaient la Pravda.

Vous oubliez que France Télevisions, c’est beaucoup de programmes, fictions, etc., qui n’ont rien d’idéologique. De plus, n’ont-ils pas fait un effort de pluralisme en allant chercher récemment chez CNews les chroniqueurs Paul Melun et Nathan Devers ?

Pour moi, cela confirme juste que ces deux intellectuels, que j’aime bien par ailleurs, sont parfaitement de gauche.

Cependant, la patronne de France Télévisions n’oserait plus déclarer aujourd’hui qu’il y a trop de « mâles blancs de plus de 50 ans » sur les écrans, comme elle le prétendait lors de sa prise de fonction.

Détrompez-vous. Elle dit autrement. Elle n’a rien perdu de sa morgue. En septembre dernier, elle déclarait dans Le Monde que CNews est une chaîne d’extrême droite. Si ça, ça ne pose pas un problème éthique, j’ai un problème de vocabulaire.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

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7-Octobre: le viol utilisé comme arme de guerre systématique par le Hamas

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Kibboutz Beeri, février 2025, Israël © Philippe Magoni/SIPA

Le Monde dévoile en une ce que le 7-Octobre signifiait vraiment: le Hamas et ses complices ont recouru de façon répétée à des pratiques de violences sexuelles et de torture lors des attaques en Israël de 2023, puis lors de la détention d’otages ramenés à Gaza.


Il y a des articles qui dépassent le simple travail journalistique. Non parce qu’ils révéleraient soudain des faits totalement inconnus, mais parce qu’ils marquent le moment où une société ne peut plus continuer à détourner les yeux. L’article du Monde consacré aux viols commis le 7-Octobre et publié en une du quotidien ce 13 mai appartient à cette catégorie. Le fait même que Le Monde reprenne aujourd’hui les termes d’une enquête approfondie et sérieuse cela constitue un événement moral et politique. Car ce journal n’a jamais été identifié à une sensibilité particulièrement favorable à Israël. Depuis des années, il exprime souvent le regard dominant d’une partie des élites occidentales: méfiance envers la puissance israélienne, insistance sur les asymétries militaires, lecture du conflit à travers les catégories du colonialisme, de la domination et de l’oppression. Dans cet univers intellectuel, Israël apparaît fréquemment comme le fort, donc comme le suspect naturel.

Or voici que ce même journal finit par écrire noir sur blanc ce que beaucoup préféraient encore maintenir à distance : des femmes retrouvées dénudées, parfois attachées, des traces de violences sexuelles avant exécution, des viols collectifs, des mutilations. 

Et c’est précisément pour cela que cet article compte. Parce qu’il marque peut-être le moment où le réel devient trop lourd pour continuer à être absorbé par les cadres idéologiques habituels. Car enfin, ceux qui connaissent un peu l’histoire des guerres ethniques, religieuses ou révolutionnaires savaient immédiatement que cela pouvait arriver.

Dès les premières images du 7-Octobre — les corps traînés dans les rues, les cris de joie autour des cadavres, les jeunes femmes exhibées comme des trophées — quelque chose d’ancien réapparaissait. Quelque chose que l’Occident contemporain croyait avoir définitivement relégué dans les caves de l’histoire.

Le 7-Octobre n’a pas seulement révélé la barbarie du Hamas ; il a révélé ce qui pourrait réapparaître immédiatement si Israël cessait, même brièvement, de pouvoir protéger les siens. Voilà ce que beaucoup refusent encore de regarder.

Violence archaïque

Depuis des années, une partie de l’Occident regarde Israël comme une puissance excessivement militarisée, obsédée par sa sécurité, enfermée dans une logique de peur. On dénonce ses murs, ses contrôles, sa vigilance permanente, son armée omniprésente, comme s’il s’agissait d’une névrose nationale ou d’un archaïsme politique. Mais ceux qui parlent ainsi vivent généralement dans des sociétés où les formes les plus archaïques de violence collective sont aujourd’hui davantage contenues.

L’Occident contemporain, malgré toutes ses fractures, reste structuré par des États puissants, des institutions relativement stables, une culture juridique profondément intériorisée et une individualisation massive des comportements. Même les violences les plus graves y sont immédiatement criminalisées, médiatisées, poursuivies. Le rapport au corps, au sexe, à la femme, à l’individu, a été profondément transformé par des décennies de modernité démocratique. Cela ne signifie évidemment pas que l’Occident soit innocent. Son histoire est remplie de massacres, de colonisations, de viols de guerre et d’exterminations. Mais précisément : ces violences sont devenues pour lui des fautes historiques, non des horizons désirables.

Frontière civilisationnelle

Israël appartient largement à cet univers moderne-là. C’est une démocratie traversée par des débats internes incessants, avec des contre-pouvoirs, des médias libres, une justice indépendante, une armée institutionnelle et une société profondément individualiste. Même sa brutalité militaire reste encadrée par une logique étatique, juridique et politique.

Or Israël se trouve confronté à des forces qui ne relèvent pas toujours du même univers mental. Le Hamas n’est pas seulement une organisation armée ou un mouvement nationaliste radical. Le 7-Octobre a dévoilé autre chose : une logique de guerre sacrée où l’humiliation de l’ennemi devient une jouissance collective et où la destruction possède une dimension quasi rédemptrice. Les vidéos tournées par les tueurs eux-mêmes disent tout. La jubilation. Les cris. Les corps exhibés. Les cadavres profanés. Les jeunes femmes traînées dans les rues sous les acclamations.

Cette violence n’est pas seulement stratégique. Elle est symbolique. Elle veut montrer que plus rien ne protège l’autre. Et c’est précisément pour cela que le sexe apparaît. Le viol de guerre n’est jamais un simple débordement animal. Il est un langage anthropologique très ancien. Dans les conflits où l’ennemi cesse d’être perçu comme humain, tuer ne suffit plus. Il faut souiller. Profaner. Détruire symboliquement ce que représente l’autre. Le corps des femmes devient alors le lieu où l’on humilie tout un peuple.

Voilà pourquoi les violences sexuelles réapparaissent toujours dans les guerres identitaires ou sacrales : Bosnie, Rwanda, Congo, Algérie… et désormais le 7-Octobre.

On dénude. On exhibe. On filme. On attache parfois. Parce que l’objectif n’est plus seulement la victoire militaire. Il s’agit de montrer que l’ennemi n’a plus ni dignité, ni intimité, ni protection. Et il existe peut-être une dimension plus dérangeante encore, dont l’Occident parle à voix basse parce qu’elle touche au rapport entre désir, frustration et liberté. Dans certains univers marqués par le rigorisme religieux, l’enfermement patriarcal ou la séparation radicale des sexes, la liberté visible des femmes peut devenir une provocation symbolique permanente. Les jeunes femmes israéliennes représentaient aussi cela : une liberté insupportable. Liberté des corps, liberté des mœurs, visibilité sociale des femmes, autonomie sexuelle et affective. Tout ce que certains fanatiques peuvent vivre comme une humiliation permanente ou comme un désordre intolérable. Alors le désir frustré se transforme en haine sacrée. La femme libre cesse d’être un individu ; elle devient un symbole à soumettre ou à profaner.

L’Europe elle-même aperçoit parfois ce phénomène à travers certaines violences sexuelles collectives commises dans des contextes de déracinement, de marginalisation ou de choc culturel. Non parce qu’une origine produirait mécaniquement le crime — idée absurde et injuste — mais parce que certaines formes de ressentiment masculin, lorsqu’elles rencontrent le fanatisme religieux, l’humiliation identitaire ou la haine politique, peuvent transformer la sexualité en instrument de vengeance symbolique.

Pourquoi nous devons nous aussi être inquiets en Occident

Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas encore là. Le plus inquiétant est l’incapacité d’une partie de l’Occident à comprendre immédiatement ce qu’il regardait le 7-Octobre. Comme si certaines élites avaient été psychiquement incapables d’admettre que ceux qu’elles avaient installés dans le rôle exclusif des victimes puissent eux aussi devenir des bourreaux. Alors sont venues les hésitations. Les prudences. Les contextualisations infinies. Les demandes de preuves adressées à des mortes. Comme si reconnaître pleinement les viols menaçait tout un édifice moral.

Car depuis des années, une partie du monde occidental a transformé la cause palestinienne en religion politique. Le Palestinien n’est plus toujours perçu comme un peuple réel, traversé comme tous les peuples par des contradictions, des violences et des fanatismes. Il devient une figure sacrée de l’innocence absolue. Dès lors, toute réalité qui vient troubler cette innocence devient presque insupportable.

C’est pourquoi l’article du Monde est si important. Parce qu’il marque peut-être le moment où le réel devient impossible à nier complètement. Parce qu’il rappelle brutalement que derrière les débats abstraits sur la paix, la démilitarisation ou le supposé “militarisme” israélien existe une peur qui n’a rien de théorique. La peur de ce qui arrive lorsque les hommes qui veulent votre disparition parviennent enfin jusqu’à vous. Le 7-octobre a montré ce que signifie concrètement une faille de quelques heures dans la protection israélienne.

Quelques heures seulement. Et les portes des très anciennes barbaries se sont rouvertes immédiatement. Voilà ce que beaucoup d’Occidentaux ne veulent toujours pas comprendre : pour Israël, la puissance militaire n’est pas seulement une stratégie. Elle est la conscience permanente d’un risque existentiel. La mémoire vivante de ce qui peut revenir presque instantanément lorsque les digues cèdent. Cela ne signifie pas qu’Israël ait toujours raison. Cela ne signifie pas que toute critique de sa politique soit illégitime. Mais le 7-Octobre oblige au moins à reconnaître une vérité que beaucoup préféraient éviter : dans certaines régions du monde, et face à certaines formes de fanatisme, quelques heures de faiblesse suffisent encore pour faire resurgir les profondeurs les plus archaïques de l’histoire humaine.

Et c’est précisément cela que l’article du Monde, peut-être malgré lui, vient finalement dévoiler.

Les lords de la chambre

D.R.

Le Parti travailliste, à court d’idées pour relancer l’économie ou assurer la sécurité, lance une campagne aussi surprenante qu’inattendue et entend faire de la belle saison de 2026 « l’été du sexe ». On vous présente Samantha Niblett, l’élue à la manœuvre.


À défaut de pouvoir s’occuper de la crise énergétique ou de la sécurité, le Parti travailliste compte relever le défi du… plaisir sexuel des Britanniques. Oui, la chambre à coucher est une affaire d’État. Samantha Niblett, élue du South Derbyshire, a annoncé le 13 avril le lancement d’une campagne d’éducation sexuelle axée sur les bienfaits de l’activité érotique. Elle affirme vouloir faire de la belle saison de 2026 « l’été du sexe », avec le slogan « Oui, du sexe s’il vous plaît, nous sommes Britanniques ! » (jeu de mots sur une pièce comique de 1971, No Sex Please, We’re British !, sur le thème de la pornographie importée de Scandinavie).

Pour la députée de 46 ans, c’est une affaire personnelle. Elle décrit l’éducation sexuelle qu’elle a reçue à l’école comme étant « très médicale. On se concentrait uniquement sur ce qu’il ne fallait pas faire, et non sur ce qu’il fallait faire […] le plaisir n’était absolument pas abordé. » S’associant avec la propriétaire d’un site pornographique et un fabricant de jouets sexuels, elle veut organiser des événements pour lancer « une discussion autour du plaisir à l’échelle nationale », portant entre autres sur « les bienfaits de la masturbation ». Elle compte notamment amener des sextoys à la Chambre des communes pour animer le débat parlementaire. Si la sécurité ne les confisque pas…

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Il semble aussi qu’elle cherche obscurément à voler la vedette au parti nationaliste de Nigel Farage, Reform UK, largement en tête dans les sondages, puisque son but ultime est de « Reprendre le contrôle de notre patriotisme, reprendre le contrôle de notre identité britannique et ne pas en avoir honte ».

Il est vrai que son approche nous change du puritanisme des néoféministes, ainsi que du refus de la procréation prôné par certains écolos.

Il est vrai que le taux de fécondité outre-Manche est tombé à 1,41 enfant par femme, encore plus bas que le 1,56 des Françaises.

Le plus grand fabricant mondial de préservatifs vient d’annoncer qu’en raison de la crise actuelle des matières premières (dont le caoutchouc), le prix des préservatifs va monter en flèche. Une mauvaise nouvelle pour le plaisir pur, mais une bonne pour la démographie.

Féminisme mal dégrossi

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Lindy West. D.R.

Lindy West, coqueluche mondiale du féminisme, nous rappelle que même les icônes woke ont des complexes. Surtout, elle nous déçoit terriblement en révélant avoir accepté le trouple imposé par son compagnon polyamoureux.


Le féminisme mâtiné de wokisme n’est pas un long fleuve tranquille, nous apprend en substance Libération1 en retraçant les mésaventures de « l’icône de la lutte contre le patriarcat et la grossophobie », une dénommée Lindy West. Celle-ci s’est fait connaître grâce à Shrill, un livre paru en 2006 dans lequel elle relate son expérience en tant que « femme grosse ». Ce « récit confessionnel » a été adapté en série télévisée. Mme West, qui écrit également pour le New York Times et le Guardian, était jusqu’alors considérée comme une féministe radicale, imperméable aux injonctions du patriarcat, insoumise aux diktats de la masculinité toxique. Et puis… son dernier livre est paru. Intitulé Adult Braces, ce récit autobiographique raconte comment l’indomptable Lindy a fini par accepter le « polyamour » imposé par Aham, son mari, et, conséquemment, la vie en « trouple » avec ce dernier et Roya, sa maîtresse.

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Bien que les sujets habituellement traités par West – la grossophobie, le racisme, les normes sexuelles et genrées, et toutes ces sortes de choses – se retrouvent dans son dernier livre, les féministes et la revue de gauche Atlantic s’interrogent : Lindy West a-t-elle trahi son public ? Est-ce la mort du « féminisme millennial, numérique, pop, intersectionnel et body positive ? » Questions abyssales auxquelles la journaliste de Libération tente de répondre. Elle a vu la série Shrill – mot qui signifie « aigu, strident » et que les hommes utilisent souvent pour dénigrer la voix des femmes, précise-t-elle en dénonçant le… « patriarcat acoustique » – et a lu le dernier ouvrage de Mme West. Elle y a décelé mille fragilités, une anxiété grandissante, la crainte de décevoir ses admiratrices, d’autant plus que la plantureuse dame avoue, en plus de sa dépendance à son mari – qu’elle ne quitte pas malgré la vie en « trouple » et le fait qu’il ait une deuxième maîtresse, « une jeune femme grande, mince et blonde » –, son désir de perdre du poids, ce qui « pourrait changer la taille du corps à partir duquel elle écrit » et, dès lors, accroître la méfiance de ses lectrices les plus replètes. Ô rage ! Ô désespoir ! Ô gras-double ennemi ! N’aura-t-elle donc maigri que pour cette infamie ?

Adult Braces: Driving Myself Sane

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  1. https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/la-queen-du-feminisme-pop-lindy-west-a-t-elle-vraiment-trahi-ses-soeurs-milleniales-par-martine-delvaux-20260411_LRUVIO4BTZCILOYYMKJGZXOVIU/ ↩︎

L’agonie en alexandrins

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Michel Houellebecq en Espagne, septembre 2019 © REX/SIPA

Houellebecq ne fait pas l’unanimité, cela est encore plus vrai de sa poésie. Son récent recueil parle, dans une langue mélancolique et très sombre, du vieillissement, de la solitude, du désir qui s’éteint et de la mort qui approche inexorablement.


Depuis Configuration du dernier rivage, paru en 2013, Michel Houellebecq n’avait pas publié de recueil poétique. Entre temps, paraît son magistral roman Anéantir, ainsi qu’une confidence un peu embarrassée (quoique vengeresse), suite à une triste affaire, intitulée Quelques années de ma vie. Dans ce dernier texte, se confirment les signes d’une sorte de décomposition littéraire, venue avec l’âge et la proximité de la mort, cette dernière étant vécue de plus en plus sincèrement. Le dandysme s’efface devant la Faucheuse, qui retire à l’écrivain ce qui lui restait de pose ou d’affectation, le dépouille de ses oripeaux, le livrant, tel qu’en lui-même il se décompose, à la mort qui se rapproche.

Houellebecq ne fait pas l’unanimité, cela est encore plus vrai de sa poésie. Post-baudelairienne, versifiée et rimée, elle ignore les inventions formelles du XXe siècle, mais le lien qui la rattache au XIXe est profond et intime (Aurélien Bellanger a écrit au moins un bon livre[1], celui dans lequel il présente Houellebecq comme le continuateur d’un romantisme que les réalistes avaient trop prématurément liquidé). Depuis ses premiers textes, Houellebecq, alors qu’il n’était pas un écrivain célèbre et traduit, affirme que la structure est le seul moyen de se protéger contre le suicide. La facilité de certaines rimes (par exemple « bulgares », « escarres », « barbares » dans le premier poème du recueil), la forme presque scolaire de certains vers, préserve l’authenticité et la permanence de la voix du poète, dont le ne varietur, creuse et affirme un génie qui n’est pas d’invention mais de fidélité à cette mélancolie qui fait que Houellebecq nous est si proche, à mesure qu’il se rapproche du trou. Pourquoi chercher du nouveau dans un combat qui était « perdu d’avance » ?

Si le poète évoque les barbares qui se présentent à nos portes, il faut y voir, non pas une allégeance à la théorie du Grand remplacement, comme certains lecteurs mal intentionnés l’ont dit, mais de la résignation devant des forces d’anéantissement, que des écrivains apocalyptiques comme Bloy ou Céline ont pressenties. Ces barbares sont les annonciateurs de la défaite de l’occident, ils sont aussi le produit endogène d’un monde qui a « légèrement basculé sur son axe ». Se souvient-on d’ailleurs du poème « Non-réconcilié » : « Mon père était un con solitaire et barbare » ? Le barbare est plus intime qu’il n’y paraît.

Car pour Michel Houellebecq, le vide est certain. L’espérance chrétienne, qu’il évoque dans son dernier poème, n’est qu’un éphémère sursaut d’espérance, que la pensée de la décomposition des corps dissout définitivement. C’est elle, la mort, la véritable demeure, et non pas celle, passagère, que vante un ironique poème consacré à l’immobilier (« Hardi, les acquéreurs ! »)

Dans ce recueil, nous trouverons des poèmes à la beauté bouleversante et atroce comme « 0.0.6 », où l’humanité est présentée comme :

« Larve tremblante et nue qui saigne
Dans la torture du présent
Avant que ta chair ne s’éteigne
Absolument »

Dans un même registre, le terrible « Au bout du bout » produira une impression inoubliable sur le lecteur :

« Les morts ne parlent plus beaucoup
Ils se répandent en flaques huileuses
Ils sont nulle part et partout
Ils grimpent sur nos dos, ils creusent »

Ces morts, « nulle part et partout » ne sont-ils pas (plutôt que les migrants ou autres prétendus envahisseurs) les vrais barbares, vers ou bacilles, qui dévorent un monde en décomposition ?

Le sexe se fait une place dans le recueil, mais moins grande que dans les précédents, ce sont des érections séniles, les dernières joies d’un corps défaillant et pourtant avide de tendresse. La solitude du « Grand célibataire », est sans remède :

« Dans les muqueuses solitaires
Circule un parfum énervant
Je suis le grand célibataire
Je suis le dernier des vivants »

Quant à « l’éjaculation faciale », elle est le dernier sursaut, l’explosion d’un bubon, l’ultime et stérile libation du mourant.

A certains moments s’exprime la tendresse du poète, à travers les derniers soins prodigués au corps vieillissant.

« Tu rêveras de mondes vastes
d’endroits très doux, très caressants. »

Ce Combat toujours perdant, sursaut d’agonie poétique, le poète le porte avec la vigueur déclinante de sa chair, et la profondeur d’une voix toujours très reconnaissable.

A la fin du dernier poème, dans un style macabre qui fait penser à Villon, l’alexandrin à sa césure pend le « je » poétique au-dessus de l’abîme : « Et c’est ainsi que je me sépare du monde »

Combat toujours perdant

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Houellebecq, écrivain romantique

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[1]  Aurélien Bellanger, Houellebecq écrivain romantique, Léo Scheer, 2010

« Un simple accident »: Road movie dans l’Iran des mollahs

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© Les Films Pelleas

Alors que le festival de Cannes ouvre ses portes ce mardi, Canal + diffuse ce soir la dernière Palme d’Or. Causeur vous propose de lire ou relire la critique du film de Jafar Panahi publiée lors de sa sortie en salles.


Au volant, un homme d’âge moyen, sobrement barbu. À la place du mort, l’épouse, voilée de noir, en hidjab. Elle est enceinte. À l’arrière, une petite fille – tout sourire, joueuse. C’est la nuit. Les routes de campagne, en Iran, sont cahoteuses et rarement éclairées. Soudain, un grand bruit : un animal s’est fracassé sur la calandre. Un chien ? On ne le verra pas à l’écran. « Donne-moi un mouchoir », ordonne le mari à sa femme, et il s’essuie sa main tachée de sang avant de redémarrer. Un peu plus loin, la voiture tombe en panne.  Ayant atteint la ville – Téhéran ou une autre – ils tombent sur un bon bougre grassouillet de garagiste. Sauvés.

Précision horlogère

Voilà pour l’amorce d’Un simple accident. À partir de là, l’histoire bifurque, sans musique ni temps mort, articulant ses incroyables péripéties avec une précision horlogère, sur le temps resserré d’une nuit et d’un jour, fortifié, cinématographiquement parlant, d’un sens de l’ellipse, du hors champ, du cadrage millimétré, du dialogue percussif qui sont la signature si particulière au Septième art iranien contemporain, d’Abbas Kiarostami à Mohammad Rasoulof (cf. Les Graines du figuier sauvage, 2024), désormais en exil, en passant par Asghar Farhadi  (cf. Un héros, 2021) ou Ali Ahmadzareh (cf. Critical Zone, 2023)… Un cinéma de résistance contre la théocratie islamiste qui tyrannise l’ancienne Perse depuis près d’un demi-siècle – mais le régime, inch Allah, sous les coups de boutoir d’une révolte surtout portée, à bon escient, par les femmes, semble bel et bien au bord du précipice, son rejet s’étant pratiquement généralisé dans la population.

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Arrêté une première fois en 2010, à nouveau emprisonné de juillet 2022 à février 2023, libéré après une grève de la faim, Jafar Panahi quant à lui fait de son combat (et des conditions d’existence terrifiantes qui lui sont liées) la matière même de ses films, depuis le génial Taxi Téhéran (2015) jusqu’à Trois visages (2017) ou encore Aucun ours (2022)… Dans cette veine, Un simple accident résulte de sa propre expérience d’embastillement. Scénarisé avec Nadir Saïvan et Shadamehr Rastin, tourné sans autorisation aux abords de la capitale iranienne, il a pu bénéficier d’une post-production en France.  

Vengeance à l’iranienne

Du pitch de cette Palme d’or 2025 si hautement méritée, on serait tenté de ne rien révéler. Mais, outre que le film est sorti en salles ce mercredi, la bande-annonce vous en dit déjà trop.  L’apparent bon bougre suant et grassouillet, moins vraiment barbu que mal rasé, malade d’un rein depuis son séjour dans les geôles du régime, croit avoir reconnu son ancien tortionnaire dans le chauffeur accidenté – sans certitude. Il l’assomme en pleine rue, parvient à le séquestrer dans une fourgonnette, bâillonné et entravé, puis obtient, non sans peine, le concours d’autres de ses victimes présumées (une photographe de mariage, un jeune type enragé à l’idée d’occire son tourmenteur…) pour exécuter la vengeance qu’il estime juste, tout en écartant le risque de se tromper de personne – car sous la torture on vous bandait les yeux : ne restent en mémoire, pour l’identifier, que la voix, l’odeur, le toucher du bourreau éclopé.  

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Les dissensions apparaissent entre les ravisseurs quant à la conduite à tenir, d’autant que s’accumulent les contrariétés les plus inattendues. Elles infléchissent le cours des événements, occasionnant au passage quelques séquences chargées d’humour, tandis que le dialogue entre les protagonistes nous révèle le détail des atrocités subies… Inavouables, inavouées par le probable sbire de la police… jusqu’à l’extrême tension du dénouement. Ultime subtilité scénaristique, il laisse la porte ouverte à l’éventuel.


Durée : 1h42. Sur Canal + à 21H