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Le père de la peinture hongroise conquiert enfin Paris

Exposition « Károly Ferenczy, modernité hongroise », au Petit Palais, jusqu’au 6 septembre


Le père de la peinture hongroise conquiert enfin Paris
Károly Ferenczy, Au sommet de la colline, 1901 © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026

Explorant avec vaillance des territoires artistiques méconnus, le Petit Palais poursuit sa remarquable quête de talents étrangers.


Gloire nationale en Hongrie où il est considéré comme le « père de la peinture moderne » de ce pays, mais quasi inconnu en France, le peintre Károly Ferenczy (Ferenczy Károly pour respecter l’ordre hongrois où le nom précède le prénom), est le sujet d’une très belle exposition au Petit Palais.

L’exposition universelle de 1900

Si la France, aveuglée par sa propre gloire, l’a jusqu’alors dédaigné, lui n’avait pas dédaigné la France. Ou plus exactement Paris qui était alors le centre du monde pour les artistes de tous bords.

Il était venu y étudier à l’Académie Julian de 1887 à 1889, avait été exposé au pavillon de la Hongrie lors de l’Exposition universelle de 1900, tout comme son prédécesseur au Petit Palais d’ailleurs, le peintre Pekka Halonen dont des œuvres durant la même exposition figuraient au pavillon finlandais.

Károly Ferenczy, Soirée d’été, 1904-1905. (C) Collection particulière / Courtesy Judit Virág Gallery, Budapest. Photo Tobor Master.

Ferenczy avait aussi envoyé des tableaux lors de salons de peinture parisiens. Mais on l’avait oublié depuis. Tout récemment cependant, il a figuré au Musée d’Orsay lors d’une manifestation consacrée à l’Europe des peintres, mais sans sortir vraiment de l’anonymat auprès du public.

Austro-hongrois

Contrairement à Halonen qui vivait dans une Finlande gémissant sous la botte russe, Ferenczy, né à Vienne en 1862, et d’ailleurs Autrichien de naissance sous le nom de Karl Freund, s’est épanoui dans une Hongrie qui avait de haute lutte secoué l’hégémonie de l’Autriche et s’était faite son égale dès 1867 au sein de la double monarchie austro-hongroise. Lui même, avec sa double appartenance représentait parfaitement la dualité de l’Autriche-Hongrie.

Il n’avait donc pas à affirmer une identité bafouée par l’occupant, mais à traduire le monde qui l’environnait, une société aisée amoureuse de la campagne, mais aussi une classe paysanne vivant ancrée à ses traditions.   

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Ses œuvres, d’une facture parfois un peu académique, moins audacieuses que celles de ses plus glorieux contemporains français, disent beaucoup de cette Europe centrale à cheval sur deux siècles, de cette société si ouverte sur le monde, mais aussi très attachée à son histoire, à ses cultures et à la nature qui l’environne. Beaucoup de lui surtout, homme cultivé, féru d’histoire antique, dépouillé du goût de paraître, maîtrisant plusieurs langues (hongrois, allemand, français, italien, anglais), aussi Européen qu’Autrichien et Magyar.

Un éternel été

Sa toile la plus marquante, celle qui fait office de vaisseau amiral au sein d’une armada de beaux tableaux de sa main, le présente de dos, encadré par une végétation opulente sur fond de ciel d’un bleu de théâtre et contemplant sans doute un paysage de plaines et de collines aujourd’hui roumaines dont nous ne voyons rien. Cette présence emblématique du peintre au milieu d’une nature ensoleillée où la lumière joue si joyeusement avec l’ombre, et qui est si prégnante sur nombre de ses toiles, donnerait à penser que toute sa vie d’artiste ne s’est déroulée qu’au cœur d’un éternel été.

De Nagybanya à Szentendre

Comme il s’en créait partout ailleurs à cette époque, Ferencsy a lui aussi fondé une colonie d’artistes qui furent jusqu’à une cinquantaine à s’établir autour de lui à Nagybanya, une localité aujourd’hui en territoire roumain, mais alors hongroise comme son nom le laisse deviner. C’est là qu’il s’est épanoui et qu’il est passé de couleurs effacées, de camaïeux de bruns, de blancs et de gris à des couleurs éclatantes. Tout comme dans la jolie cité de Szentendre, juchée en bordure du Danube, non loin de Budapest, où il s’installa également. Elle abrite aujourd’hui un musée Ferenczy où se retrouvent des œuvres de toute sa famille. Car si le père de Károl Ferenczy, fraîchement anobli en Hongrie (ce qui explique la magyarisation du patronyme et des prénoms), n’était que collectionneur, son frère fut dramaturge, ses trois enfants respectivement peintre, sculpteur et créatrice textile, alors que sa cousine et épouse s’était sacrifiée en renonçant à toute carrière artistique pour élever leur progéniture.

Tous, personnalités renommées dans leur pays, auront mené leur vie entre Vienne, Budapest, Paris, Munich ou Florence pour les ainés, mais aussi en pleine nature. 

Mitteleuropa

Leur existence était celle de cette société de la Mitteleuropa qui nous fascine encore et qui allait s’écrouler avec la Grande Guerre, puis, pire encore, sous l’emprise des régimes totalitaires qui ravagèrent l’Europe des années 1930/1940 et se perpétuèrent sur un autre mode avec le communisme, sans être en mesure de résister à des idéologies aussi dévastatrices.  

La mort de Ferenczy en 1917 coïncide ainsi avec l’écroulement d’une époque, si belle pour ceux qui avaient le privilège de pouvoir en jouir.

Et ses tableaux la reflètent. Au Musée des Beaux-Arts de Budapest, ils accrochent pourtant moins le regard que dans le catalogue que le Petit Palais consacre à leur auteur. Ou dans cette vaste exposition qui lui est presque exclusivement dédiée à Paris. Le peu que l’on y voit des ouvrages de quelques-uns de ses contemporains hongrois n’est guère renversant. Mais ces femmes vêtues de rouge qui ont été les modèles du peintre, ses enfants dont il a fait de remarquables portraits, ces adolescents nus au bain, cette Soirée d’été saturée de jaunes enivrants, sa Femme peintre sous l’ombre chantante d’arbres puissants, son Orphée si mélancolique, son Nu féminin sur fond rouge, son Sermon sur la montagne qui évoque la communauté de Nagybanya autour de la figure du Christ, sont pour nous de belles, de magnifiques découvertes.


Exposition Károl Ferenczy. Petit Palais. Paris.

Jusqu’au 6 septembre 2026. Du mardi au dimanche de 10h à 18h. Nocturne les vendredis et samedis jusqu’à 20h. Entrée 15 ou 17 euros. petitpalais.paris.fr

Károly Ferenczy, Le Sermon sur la montagne, 1896 © Galerie nationale hongroise – Musée des BeauxArts, Budapest


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