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Lycéens et «antifascistes» de carnaval: le Bien entre en campagne

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L’extrême gauche récupère habilement la pagaille dans de nombreux lycées à son profit. Cette politisation honteuse des mobilisations de jeunes et les nouvelles accusations d’antisémitisme visent à cadrer une éventuelle victoire du RN non comme une alternance ordinaire, mais comme une crise légitimant la «résistance».


La campagne de 2027 a commencé. Elle se joue déjà devant les lycées. Le mouvement est parti de revendications scolaires réelles et on ne sait pas encore exactement comment il s’est répandu avec cette rapidité. En revanche, on sait ce que LFI en fait. Louis Boyard écrit que « le mouvement lycéen doit s’étendre ». M. Mélenchon affirme que « les lycéens en mouvement sont inoffensifs », accuse le gouvernement d’une répression dont la « férocité » aurait « un arrière-goût raciste évident », puis lance à ses élus et militants : « interposez-vous partout où vous le pouvez ». Le gouvernement parle, lui, de « surenchère irresponsable » et d’« instrumentalisation politique de la jeunesse », en rappelant les violences commises autour de certains établissements. Les revendications scolaires sont réelles, les violences le sont aussi, et l’investissement politique de LFI n’a rien d’imaginaire.

Tous les coups sont permis

Presque au même moment, Mediapart frappe Bardella à l’endroit le plus sensible de toute l’entreprise de normalisation du RN : l’antisémitisme. Le journal lui attribue des conversations écrites datant de sa jeunesse et affirme les avoir authentifiées ; Bardella nie absolument en être l’auteur, dénonce des « faux grossiers » et une « opération de barbouzerie », porte plainte en diffamation et affirme qu’on cherche à l’« abattre politiquement ». On ne sait pas encore qui dit vrai ; politiquement, le coup est parti.

À l’électeur moyen tenté par le RN, on ressort ainsi le cadavre de famille. Vous pensiez voter pour les frontières, l’immigration, la sécurité, le pouvoir d’achat ? Voici Jean-Marie Le Pen qui revient derrière l’épaule de Bardella. Le bulletin ne dira plus seulement ce que vous voulez pour la France, mais risque de dire quel homme vous êtes.

Et il y a là un retournement qui mérite qu’on s’y arrête. Depuis Gaza, une partie de la gauche radicale est accusée par ses adversaires d’avoir laissé revenir l’antisémitisme sous les habits neufs de l’antisionisme, de l’anticolonialisme et de l’antiracisme — accusation qu’elle récuse. Voici maintenant que l’antisémitisme redevient, contre Bardella, l’arme suprême de la disqualification morale. Ceux qu’on accusait hier d’en brouiller les frontières se retrouvent en position d’accusateurs, tandis que l’extrême droite retourne au banc des prévenus.

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Mais il existe un autre électorat, plus modéré, plus installé, longtemps rétif au RN, qui commence à se demander si ce parti ne remettrait pas un peu d’ordre dans un pays qu’il voit se défaire. À celui-là, le spectacle des lycées peut adresser un tout autre message. Des établissements bloqués, ici des incendies, ailleurs des mortiers, des affrontements avec la police. Que se passerait-il si une victoire de Marine Le Pen ou de Bardella provoquait simultanément la mobilisation des lycées, des universités, des syndicats, des organisations militantes, de l’extrême gauche et d’une partie des quartiers ? Celui qui songeait au RN parce qu’il avait peur du désordre peut commencer à craindre le désordre que provoquerait précisément sa victoire. Et nul besoin d’inventer le mot.

Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, l’avait prononcé lui-même au printemps. Interrogé sur une victoire du RN en 2027, il disait avoir « l’intime conviction que la population est capable de se lever » et parlait d’une « insurrection populaire ». Il devait ensuite préciser qu’il ne souhaitait pas une insurrection et parler plutôt de mobilisation populaire. Cette précision compte. Le premier mot aussi.

Deux jeunesses

Reste la jeunesse, et c’est peut-être là que se joue la partie la plus intéressante.

On parle volontiers de deux jeunesses comme de deux mondes qui se rencontreraient soudain dans la rue. C’est oublier qu’elles se connaissent déjà, au moins culturellement. Dans certains des territoires où les mobilisations lycéennes sont les plus visibles, les jeunes issus des immigrations récentes occupent une place importante. Mais leur influence dépasse depuis longtemps les quartiers où ils vivent. Leur musique, le rap évidemment, mais aussi leurs vêtements, leurs mots, leurs intonations, leurs gestes, leurs figures de prestige ont circulé dans toute la société. Le jeune des classes moyennes peut habiter loin d’une cité, fréquenter un bon lycée, avoir des parents diplômés et adopter pourtant ses codes, écouter ses artistes, parler en partie sa « langue ».

Il ne s’agit donc pas simplement d’une alliance politique entre deux populations étrangères l’une à l’autre. La proximité culturelle a précédé la politique.

Ces jeunesses restent pourtant profondément différentes. L’une est issue, pour une part importante dans certains territoires, des immigrations récentes, notamment musulmanes ; l’autre vient davantage des classes moyennes, des universités, des métropoles, des milieux diplômés, culturels et associatifs, et se reconnaît volontiers dans l’écologie, le féminisme, l’antiracisme ou les combats autour du genre. Elles peuvent avoir des conceptions presque opposées de la religion, de la famille, des femmes, de la sexualité ou de l’émancipation. Mais la seconde regarde aussi la première, lui emprunte ses codes, parfois sa manière de défier l’autorité, tandis que toutes deux peuvent se retrouver dans le sentiment d’être tenues à distance d’un ordre social qu’elles contestent pour des raisons différentes.

Gaza avait déjà révélé la puissance politique possible de ce rapprochement. Les uns pouvaient se mobiliser au nom d’une solidarité historique, familiale, identitaire ou religieuse ; les autres au nom de l’anticolonialisme, de l’antiracisme et de leur critique de l’Occident. Il n’était pas nécessaire de vouloir le même monde pour marcher sous les mêmes drapeaux.

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Le RN offre maintenant un adversaire intérieur. C’est là que M. Mélenchon me paraît avoir compris quelque chose que beaucoup de ses adversaires ne voient pas lorsqu’il parle de « nouvelle France » et de « quasi-classe générationnelle ». Il ne s’agit pas de découvrir une génération déjà unie, mais de donner une forme politique à des jeunesses différentes qui ne sont plus culturellement étrangères l’une à l’autre. Leurs contradictions pourront attendre. Pour fabriquer un camp, il n’est pas indispensable d’aimer les mêmes choses lorsqu’on sait contre qui se battre. Et cette entreprise possède une force supplémentaire : elle offre du sens.

Une société qui parle sans cesse à ses jeunes de droits, de réussite individuelle, de consommation, de choix et d’identité leur dit beaucoup moins clairement ce qui mérite d’être aimé, transmis, servi et quelquefois sacrifié. La politique peut alors redevenir une aventure morale. On ne bloque plus seulement son lycée parce qu’un professeur manque ; on entre en résistance. On ne s’oppose plus seulement à la police ; on défend les victimes de la répression. On ne combat plus seulement un parti dont on exècre le programme ; on barre la route au fascisme.

L’antifascisme ne passera pas

C’est là que le Bien entre en campagne. Le Bien possède en politique un privilège considérable : il peut absoudre celui qui agit en son nom. La transgression devient courage, la désobéissance résistance et, si les circonstances s’y prêtent, la violence elle-même peut recevoir sa justification. Celui qui se croit du bon côté de l’Histoire ne se voit pas comme un factieux. Il résiste.

C’est pourquoi il faut regarder ensemble ce qui se passe devant les lycées, l’investissement de LFI, les paroles de Bagayoko et l’affaire Bardella. Pris séparément, chacun de ces événements possède son histoire ; rapprochés, ils peuvent faire apparaître une stratégie dont il serait imprudent d’écarter par principe l’hypothèse : rendre le RN non seulement indésirable, mais moralement infréquentable, inquiéter ceux qui pourraient finir par le choisir pour retrouver l’ordre et préparer, dans une partie de la jeunesse, l’idée que son arrivée au pouvoir ne constituerait pas une alternance politique ordinaire mais un événement contre lequel il faudrait « résister ».

Le retournement autour de l’antisémitisme prend alors une place singulière : l’accusation historiquement la plus infamante portée contre la droite nationale revient au premier plan, tandis qu’une gauche radicale elle-même mise en cause par ses adversaires depuis Gaza sur son rapport à l’antisionisme et à l’antisémitisme se présente en accusatrice. Le Bien change de propriétaire, mais conserve ses tribunaux.

Et c’est peut-être là que se prépare le véritable affrontement de 2027. Non seulement battre le RN dans les urnes, ce qui est le jeu normal de la politique, mais installer l’idée que sa victoire éventuelle poserait une question différente : faudrait-il l’accepter comme on accepte la victoire d’un adversaire, ou lui opposer la résistance que l’on doit au fascisme ? Toute la question tient dans le passage d’un mot à l’autre. Car le vieux privilège du Bien est précisément celui-là : chez l’adversaire, on appelle cela l’insurrection ; chez soi, cela peut toujours s’appeler la résistance.

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Bally Bagayoko: prix Nobel d’économie 2027?

Rémunérer les grévistes? C’est en tout cas la décision fracassante prise par la mairie de Saint-Denis, dirigée par l’Insoumis Bally Bagayoko, pour les agents municipaux ayant participé à la mobilisation du 29 septembre. La ville a même affrété deux cars pour permettre à 300 salariés de rejoindre le cortège parisien ! L’opposition dénonce une mesure «tout simplement illégale», tandis que le préfet de Seine-Saint-Denis menace de saisir le tribunal administratif et que la présidente de Région Valérie Pécresse veut faire payer à l’édile les dégâts occasionnés par les graves débordements de lycéens dans la ville.


M. Bagayoko prix Nobel d’économie 2027 ? La question se pose, en effet. Le maire de Saint-Denis (93), figure montante et tonitruante de La France Insoumise, ne vient-il pas d’inventer une réforme salariale qui, non seulement, devrait changer du tout au tout la vie si pénible de nos travailleurs en général et de nos fonctionnaires en particulier, mais aussi contribuer dans une estimable mesure à l’amélioration du niveau de vie des classes (plus ou moins) laborieuses, problème sur lequel tous les économistes patentés se cassent le nez depuis des lustres.

Valeur travail

De quoi est-il question ? Tout simplement de rémunérer les grévistes, de payer leurs jours d’arrêt de travail. Je crois pouvoir dire que personne n’avait eu avant M. Bagayoko cette splendide idée. Rendez-vous compte : la valeur grève enfin mise sur le même plan que la valeur travail ! Voilà qui est proprement révolutionnaire. Et qui effectivement change tout. Le montant de la retraite, en particulier. Le gars partira désormais à la retraite avec tant de trimestres travaillés, très opportunément augmentés de tant de trimestres bullés. L’aubaine absolue. Quelle avancée ! Le fonctionnaire surmené pourra ainsi, tout au long de sa carrière, agrémenter ses éreintants semestres de grève en s’offrant de-ci de-là le vif plaisir de déposer sur le bureau de son chef un préavis de travail. Histoire de se changer les idées. La seule difficulté sera de parvenir à joindre ledit chef, lui-même étant enlisé dans la douce galère de la grève jusqu’aux sourcils.

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Du même coup – et c’est bien là que M. Bagayoko mérite amplement de se voir couronné du prix Nobel d’économie – le cancer qui gangrène nos sociétés depuis si longtemps se trouverait éradiqué à jamais. Je veux parler bien évidemment du chômage, qui n’aurait plus lieu d’être puisque la grève rémunérée viendrait avantageusement s’y substituer, avec primes de fin d’année et d’ancienneté, intéressement aux non-résultats, des semaines entières de grèves façon congés payés, et tout ce qu’on peut imaginer…

Une révolution dans les têtes

Les syndicats eux-mêmes devraient faire leur révolution, inscrire le droit au travail dans leurs revendications, juste pour avoir du slogan à se mettre sous la dent les jours de manifs et rompre avec l’inhumaine, la scandaleuse non-exploitation de l’homme par l’homme, de l’ouvrier par le patron, du fonctionnaire par le système. Sans parler de l’obligation qui leur serait faite de militer pour mettre en place partout dans le pays, dans ses entreprises, une médecine de la grève sur le mode de celle du travail, car il va sans dire que le burn-out consécutif aux cadences infernales constatées au long de trimestres entiers à ne rien foutre causerait des dégâts psychologiques considérables dans la population concernée. Il faudra donc aussi installer dans les gouvernements LFI à venir, ces gouvernements que la France entière attend dans l’enthousiasme, un ministère dédié. Un ministère de la grève rémunérée. Hélas, mauvaise nouvelle pour M. Bagayoko. Il devra renoncer à occuper ce poste des plus enviables, celui de l’emploi-fantôme lui étant d’ores et déjà acquis pour raison de compétence avérée de longue durée dans ce domaine.

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Blocus sauvage des lycées
83 policiers et gendarmes blessés
625 interpellations, hier mercredi.
 
Il serait grand temps que cette violence cesse. Grand temps aussi que les politicards Lfistes qui prennent un malin plaisir à attiser le feu se ressaisissent et, faisant pour une fois preuve de maturité et de responsabilité, appellent au calme.
Que cherchent-ils en vérité ? Le drame ? La bavure gravissime et l’explosion générale qui s’ensuivrait, une guerre civile qui ne dirait pas son nom, le chaos sur lequel ils auraient beau jeu de se jucher pour prendre le pouvoir ?
On n’est pas passé loin d’un tel drame : ce mercredi, un lycéen de Tours a été hospitalisé. L’IGPN est saisie du fait d’un possible tir de LBD.
Pendant ce temps, M. Macron exige que le RN clarifie sa position relativement aux accusations portées par le média militant Mediapart à l’encontre du président de ce parti… On aimerait qu’il exige avec autant de fermeté des clarifications de M. Mélenchon et de ses troupes sur cette stratégie du chaos qu’ils ne cessent de promouvoir • DL

France-Algérie: Sado et Maso continuent de faire le show

À peine Paris croit-il avoir renoué le dialogue avec Alger qu’un nouvel épisode vient rappeler l’étonnante stabilité de leur brouille. Derrière les crises successives se cache peut-être moins une incapacité à se réconcilier qu’un étrange équilibre: chacun trouve, pour des raisons différentes, quelque chose à gagner dans la perpétuation du contentieux.


Depuis la fin juillet, les importateurs algériens auraient reçu une consigne simple : ne plus faire figurer les produits français dans leurs plans prévisionnels d’importation, sauf les médicaments. Aucun décret, aucune proclamation martiale. Mais plusieurs sources économiques et diplomatiques interrogées par la presse décrivent la même instruction. Or ces programmes déterminent concrètement les marchandises que les opérateurs peuvent importer. Retirer les produits français revient donc, en pratique, à fermer le robinet sans avoir besoin d’annoncer officiellement un embargo. Marianne a parlé d’un « boycott inavoué ». Le JDD a fini par employer le mot « embargo »1. Il faut reconnaître à la relation franco-algérienne une remarquable constance : elle sait annoncer son amélioration quelques semaines avant de fournir la preuve du contraire.

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Le 28 avril encore, Jean-Noël Barrot expliquait devant l’Assemblée nationale que la reprise du dialogue avait permis de rétablir la coopération migratoire et sécuritaire après un an de blocage. Sa conclusion ne s’embarrassait guère de nuances : « Et cela fonctionne ! » Mi-juillet, l’ambassadeur Stéphane Romatet annonçait depuis Alger qu’« une nouvelle page doit être écrite ». La France travaillait à la normalisation de la relation, tandis que la question des visas revenait elle aussi dans le jeu2.

Et c’est précisément à la fin juillet que les importateurs algériens auraient reçu l’instruction d’éviter les produits français… La proximité chronologique ne prouve aucune causalité. Elle offre simplement un résumé assez réjouissant de la série : réchauffement, déclarations d’amitié, nouvelle page… puis nouvelle crise.

Précédemment dans France-Algérie…

Les scénaristes n’en sont pas à leur première saison. En 2022, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune relancent la relation bilatérale et annoncent la création d’une commission mixte d’historiens chargée de travailler sur la colonisation et la guerre d’Algérie. La Déclaration d’Alger doit servir de feuille de route au « partenariat renouvelé ».

Puis vient juillet 2024. Paris considère désormais que « le présent et l’avenir » du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. Alger rappelle son ambassadeur. Le Quai d’Orsay situe lui-même à cet épisode le début d’une période de tensions inédites : arrêt de nombreuses coopérations, entraves aux acteurs économiques français, incarcération de Boualem Sansal, expulsions réciproques de diplomates, condamnation de Christophe Gleizes3.

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Puis, en 2026, retour au dialogue : Laurent Nuñez à Alger, Alice Rufo à Sétif, Gérald Darmanin à Alger, le ministre algérien de l’Intérieur à Paris. Et de nouveau la coopération consulaire, les visas, la « nouvelle page ». En septembre, l’Institut Montaigne publie justement une étude intitulée France-Algérie : sortir de l’émotion. Le titre a quelque chose d’une prescription médicale : après soixante ans d’indépendance, il faut encore rappeler aux deux pays qu’une relation diplomatique pourrait éventuellement servir à autre chose qu’à rejouer l’histoire. Jusqu’à l’embargo de fait. À ce stade, une question finit par se poser : et si cette interminable réconciliation échouait aussi parce que son échec rend service à ceux qui la mettent en scène ?

Sado et Maso font le show

Le casting paraît immuable. Alger accuse. Paris reconnaît. Alger durcit le ton. Paris cherche l’apaisement. Puis Paris se fâche à son tour, Alger surenchérit et, quelques mois plus tard, chacun entreprend consciencieusement de réparer ce qu’il vient de casser. Nul besoin, pour l’expliquer, de supposer qu’Abdelmadjid Tebboune nourrit une passion particulière pour le fouet, ni qu’Emmanuel Macron ambitionne réellement le rôle du paillasson diplomatique. La caricature devient inutile dès qu’on regarde les publics auxquels chacun s’adresse.

La guerre d’indépendance occupe depuis 1962 une place structurante dans le récit politique algérien. Des travaux universitaires ont notamment étudié la manière dont la mémoire de la guerre de libération a été mobilisée dans les constructions de légitimité successives du pouvoir. Une mémoire peut être historiquement fondée, sincèrement vécue et politiquement rentable4.

Benjamin Stora, historien français spécialiste de l’Afrique du Nord, cérémonie de commémoration du 60e anniversaire du 17 octobre 1961, Colombes, 16 octobre 2021 © Stephane Lemouton-POOL/SIPA

Paris retire autre chose de la scène. La reconnaissance des fautes françaises permet d’afficher lucidité historique, refus du déni et capacité à regarder le passé national sans complaisance. Alger regarde Alger lorsqu’il parle à Paris ; Paris regarde Paris lorsqu’il parle à Alger. Et nul besoin, là non plus, de supposer les acteurs cyniques. Alger peut réellement penser qu’une dette subsiste ; Paris, qu’une nation adulte doit reconnaître ses fautes. Le problème commence lorsque chacun trouve dans son rôle une gratification que la clôture du contentieux ferait disparaître.

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Le dialogue diplomatique devient alors deux monologues intérieurs joués sur une scène internationale. Paris n’a d’ailleurs pas toujours joué Maso. L’épisode Bruno Retailleau a montré l’existence d’une autre partition : rapport de force, pression migratoire, remise en cause possible de l’accord franco-algérien de 1968. Une mission sénatoriale avait elle-même proposé sa renégociation et, en cas d’échec, envisageait sa dénonciation5. Cette fermeté possède elle aussi son public intérieur.

C’est peut-être l’une des difficultés françaises du dossier : l’Algérie sert en France plusieurs politiques intérieures concurrentes. Aux uns, elle permet d’afficher la fermeté ; aux autres, la maturité réconciliatrice. Plusieurs partitions françaises se disputent ainsi une même scène algérienne.

Quand Macron s’adresse à l’homo moralis

Notre vie publique contemporaine est saturée de langage moral. Aux affrontements d’intérêts, de coûts et de résultats se superpose volontiers une course à la vertu. Cette posture a son public naturel : l’homo moralis. Il juge volontiers une politique moins à ce qu’elle produit qu’à la valeur morale qu’elle manifeste. Une décision peut donc échouer dans sa fonction pratique et continuer de lui paraître juste dès lors qu’elle signifie quelque chose de vertueux.

Emmanuel Macron fournit ici un cas particulièrement intéressant parce qu’il connaît parfaitement le problème. En 2021, c’est lui qui accusait le système politico-militaire algérien de s’être construit sur une « rente mémorielle » et évoquait une histoire officielle reposant sur une « haine de la France ». Le constat provoqua une nouvelle crise avec Alger6. Cinq ans plus tard, le 8 mai 2026, l’Élysée envoie Alice Rufo à Sétif et explique le geste en ces termes : « C’est la vérité de notre histoire et c’est l’honneur de la France de la regarder en face. »

Voilà le paradoxe. Le piège a été identifié. Mais le geste conserve sa valeur parce que sa rentabilité ne se mesure pas seulement à Alger. À Alger, une reconnaissance française supplémentaire peut ne solder aucune dette. À Paris, elle peut toujours signifier maturité, lucidité, hauteur morale. Imaginons alors la conversation :

— Cette politique apaise-t-elle durablement la relation avec Alger ?
— Pas vraiment.
— Empêche-t-elle les nouvelles demandes mémorielles ?
— Manifestement pas.
— Renforce-t-elle la position diplomatique française ?
— Ce n’est pas évident.
— Alors pourquoi recommencer ?
— Parce qu’une nation mature doit savoir reconnaître ses torts.

La dernière proposition peut être parfaitement défendable moralement. Elle ne répond simplement pas aux trois questions précédentes. Ce qui échoue comme politique peut parfaitement réussir comme manifestation de vertu.

Et cette vertu rencontre une comptabilité mémorielle singulière. Il serait faux de prétendre que la France aurait ignoré les autres mémoires de la guerre d’Algérie. Emmanuel Macron a demandé pardon aux harkis au nom de la République et une loi de reconnaissance et de réparation a été promulguée en 2022. Il a également reconnu le drame de la rue d’Isly ; l’Élysée a rendu hommage aux victimes civiles d’Oran7. Mais ces reconnaissances appartiennent d’abord au travail mémoriel français. Dans la dramaturgie bilatérale avec Alger, ce sont surtout les fautes françaises — Maurice Audin, Ali Boumendjel, Larbi Ben M’Hidi, Sétif — qui donnent lieu aux gestes diplomatiques les plus visibles. La réciprocité demeure beaucoup moins apparente lorsqu’il s’agit, côté algérien, d’intégrer au récit commun les violences du FLN, les Européens assassinés ou enlevés autour de l’indépendance ou le massacre des harkis.

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La nuance importe : la mémoire française n’est pas univoque ; l’échange mémoriel franco-algérien, lui, reste profondément asymétrique. Le problème n’est donc pas de reconnaître les fautes françaises. Une histoire adulte doit pouvoir toutes les regarder. Il apparaît lorsque la mémoire cesse de servir à comprendre un passé commun pour distribuer durablement dans le présent les rôles de débiteur et de créancier.

Une réconciliation exige de la mémoire. Une dette perpétuelle exige surtout que personne ne délivre jamais de quittance. Une ancienne colonie est-elle condamnée au ressentiment ?

Reste une objection : la singularité franco-algérienne ne serait-elle que la conséquence naturelle d’une colonisation longue et d’une guerre particulièrement meurtrière ?

Le Vietnam fournit un contrepoint utile. La France l’a colonisé. Elle y a mené une guerre sanglante, terminée par Diên Biên Phu. Hanoï n’a nullement effacé cette histoire de sa mémoire nationale. Pourtant, en octobre 2024, la France est devenue le premier pays européen à élever ses relations avec le Vietnam au niveau de partenariat stratégique global. La relation bilatérale continue depuis à s’approfondir.⁸ Vietnam et Algérie ne sont pas interchangeables. Mais le parallèle suffit à écarter une causalité mécanique : le passé colonial n’impose pas à lui seul le présent diplomatique. Depuis le Đổi Mới8, Hanoï a fait du développement économique, de l’insertion internationale et de la diversification de ses partenariats des axes majeurs de sa trajectoire. Sa politique étrangère revendique aujourd’hui indépendance, multilatéralisme et relations avec des partenaires multiples. En Algérie, la guerre d’indépendance conserve une fonction autrement structurante dans le récit national. L’histoire fournit le matériau. Les intérêts du présent déterminent l’usage qu’on en fait.

Une réconciliation qui doit demeurer sans issue ?

L’embargo de fait qui frappe aujourd’hui les produits français n’est peut-être que le dernier épisode d’une série dont chacun connaît déjà les personnages. Paris relance le dialogue. Alger se montre disponible. On annonce une nouvelle page. Une nouvelle crise surgit. Paris durcit le ton. Puis quelqu’un redécouvre les vertus de la discussion et entreprend de remettre la relation sur les rails. Les relations entre États obéissent aussi à des intérêts économiques, migratoires, sécuritaires et stratégiques. Le différend ouvert en 2024 sur le Sahara occidental suffit à rappeler que tout ne se réduit pas à la mémoire.

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Mais un ressort supplémentaire mérite d’être examiné : un conflit peut durer non seulement parce que personne ne sait le résoudre, mais parce que chacun retire quelque chose de la manière dont il le rejoue. Sado a besoin de Maso. Maso, de Sado. À la rente mémorielle d’Alger répond ainsi la rente morale de Paris : l’un peut gagner en légitimité à accuser, l’autre en vertu à s’accuser. Depuis soixante ans, Paris et Alger prétendent vouloir tourner la page. Le problème est peut-être que chacun a encore besoin que l’autre continue de l’écrire.


  1. Marianne, « En Algérie, le boycott inavoué du made in France », n° 1542, 2026 ; Louise Dugast, « L’Algérie frappe d’embargo la quasi-totalité des produits français », Le Journal du Dimanche, 30 septembre 2026. ↩︎
  2. Jean-Noël Barrot, réponse à une question au Gouvernement sur les relations avec l’Algérie, Assemblée nationale, 28 avril 2026 ; Makhlouf Mehenni, entretien avec Stéphane Romatet, « Une nouvelle page doit être écrite », TSA, 15 juillet 2026. France Diplomatie ↩︎
  3. France Diplomatie, « Algérie – Politique et économie », mise à jour du 17 août 2026 ; Michel Duclos et Augustin Motte, France-Algérie : sortir de l’émotion, Institut Montaigne, septembre 2026. France Diplomatie ↩︎
  4. Jonathan N. C. Hill, « Remembering the War of Liberation: Legitimacy and Conflict in Contemporary Algeria », Small Wars & Insurgencies, vol. 23, n° 1, 2012, p. 4-31. ↩︎
  5. Sénat, Commission des lois, Les instruments migratoires internationaux : mettre fin à la cacophonie – 18 recommandations pour une politique migratoire internationale plus cohérente, rapport n° 304, 2025. ↩︎
  6. Le Monde, « France-Algérie : les dessous de la crise diplomatique », 22 octobre 2021 ; Présidence de la République, communiqué relatif au déplacement d’Alice Rufo à Sétif, 8 mai 2026. Le Monde ↩︎
  7. Présidence de la République, « Réception consacrée à la mémoire des Harkis », 20 septembre 2021 ; « L’histoire des rapatriés d’Algérie est celle de la France », 26 janvier 2022 ; « Journée nationale d’hommage aux Morts pour la France pendant la guerre d’Algérie », 5 décembre 2022. elysee.fr ↩︎
  8. Đổi mới, « changer (đổi) nouveau (mới) » ou « renouveau » en vietnamien, ou aussi appelée politique du renouveau est une réforme économique majeure entamée par le Viêt Nam à partir de 1986. ↩︎

Des plaisirs honteux de la dictée à l’orthographe comme nouveau fascisme

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Jusque dans les années quatre-vingt-dix, l’entame des journées était régie par un rituel immuable pour les écoliers : aux salutations d’usage suivies des appels au calme succédait la dictée matutinale, torture pour les uns, plaisir inavouable pour les autres. Ainsi sont nées des générations aguerries aux difficultés du français et déflorées au contact des charmes de la langue de Molière.

C’était mieux avant

L’époque n’était déjà plus celle des hussards noirs, selon l’expression de Charles Péguy ; les professeurs ne portaient plus la blouse, mais étaient toujours vêtus avec élégance et sans impudeur. Ils dictaient le texte du jour avec une scansion qui facilitait la clarté et une prosodie qui trahissait la solennité du moment. Les temps n’étaient plus aux coups de règles sur les doigts coupables, mais il n’était pas question que les maîtres récitassent le texte à la façon de Fernandel dans Topaze : « Les moutons étaient en sûreté dans un parc. Des moutons. Mouton-sss (…) Les monton-s étaie-ent. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas qu’un mouton ». 

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Et les écoliers, dans leurs uniformes sans pli ni surplis, tentaient de retranscrire sans faute, retenant leur souffle à chaque difficulté. Les plus matois, à moins que ce ne furent les plus tricheurs, jetaient alors un coup d’œil furtif autant que discret sur la copie du voisin, sans savoir si celui-ci était certain de ce qu’il venait de coucher sur le papier. L’enfance avait alors la couleur bleue de l’encre qui s’écoulait telle la rosée sous la plume des stylos. Sur le banc était allongé un buvard de couleur verte dont aucun ne comprenait vraiment l’utilité.

La langue, notre patrie

A l’heure de la remise des copies, chacun portait chaque faute commise comme une honte marquée au fer rouge par le professeur, pire comme une offense faite à une religion séculière, un crime de lèse-majesté, une trahison à la mère-patrie, la langue française. O tempora, o mores. L’orthographe atteint aujourd’hui des niveaux d’indécence frisant avec l’épouvante ; les fautes se multiplient et leurs auteurs ne se pâment plus de gêne ; elles seraient presque « stylées » dans une époque sans stylo – et donc sans goût – ; d’ailleurs, à quoi bon s’en faire puisque nous utiliserons bientôt plus que des émoticônes.

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Pour ses contempteurs, l’obligation sociale d’écrire sans faute condenserait en elle toutes les discriminations dont les sectateurs de l’époque tentent de se défaire à coups de sécateur. Et tant pis si le triomphe de la dysorthographie est une énième manifestation du nivellement par le bas, en réalité le très bas, le fond, les bas-fonds, jusqu’aux tréfonds de l’intelligence. Et cela ne gêne pas grand monde : il suffit de voir la suffisance de ces gens qui insultent sur les réseaux sociaux sans être capables d’aligner trois mots sans faute. On s’amuse d’ailleurs de voir Éric Naulleau s’ériger en redresseur de torts orthographiques et les corriger.

À rebours de ce discours, l’orthographe est certainement la plus belle des discriminations, parce qu’elle porte la marque de l’effort, d’une plongée passionnée et attentive dans les livres, d’une acquisition progressive de règles. On se demande d’ailleurs pourquoi vouloir être multilingue quand on ne maîtrise pas pleinement sa langue maternelle, si ce n’est à vouloir privilégier la quantité sur la qualité.

Bonjour le niveau 

Le constat est d’autant plus dramatique que la langue française souffre d’autres maux tout aussi inquiétants. Le premier d’entre eux est la carence en vocabulaire, pourtant la sève qui vient alimenter le discours, écrit ou oral, et à introduire subtilité et nuance dans le langage. Le deuxième est l’incapacité à formuler une phrase en respectant la syntaxe la plus élémentaire : sujet, verbe et, pour les plus audacieux, un ou plusieurs compléments, avec, dans le cas d’une tournure interrogative une inversion du sujet avec le verbe. La troisième des lacunes, et on arrêtera là l’énumération, est l’incapacité à maîtriser les temps par l’utilisation de la concordance idoine.

Rassurons-nous, tant que nous le pouvons : aussi longtemps qu’il y aura des professeurs s’échinant à dicter que des moutons sont en sûreté dans les parcs et des élèves pour le gribouiller, le calligraphier ou simplement l’écrire sans faute, il restera un espoir, celui de ne pas voir la langue française passer à la trappe, victime d’une époque peu exigeante. Dans le cas contraire, il resterait, sur un bout de table, un buvard vert pour absorber nos larmes et nos souvenirs.

Flydubai: faits et hypothèses

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Poignardé par son copilote en plein ciel, le commandant d’un vol Dubaï-Tel-Aviv aurait été sauvé par une intervention héroïque après une chute vertigineuse de 4 300 mètres: récit de cette catastrophe évitée de justesse, présentée en Israël comme une attaque terroriste.


Les premières informations sur le vol Flydubai reliant Dubaï à Tel-Aviv, le 30 septembre, ont fait resurgir les souvenirs d’une autre époque, celle des pirates de l’air, que l’on croyait révolue. Des signaux de détresse, une descente brutale, puis un déroutement vers l’Arabie saoudite. L’hypothèse d’un détournement a circulé, tandis que des récits contradictoires alimentaient l’inquiétude.

Image d’archives.

Une chute de 14 000 pieds

Selon plusieurs médias, l’appareil transportait 174 passagers, dont 27 enfants. Ces chiffres restent à confirmer par la compagnie, les premières dépêches ayant donné des effectifs différents. Le nombre exact de stewards et d’hôtesses présents à bord n’a pas été établi dans les informations disponibles.

Le tableau s’est ensuite précisé. Selon des responsables israéliens, le copilote aurait poignardé le commandant de bord au cours d’une violente lutte dans le cockpit. Les données de suivi du vol indiquent une chute de près de 14 000 pieds, soit environ 4 300 mètres, en moins de trente secondes. Les deux pilotes ont été hospitalisés après l’atterrissage à Tabuk (nord-est de l’Arabie Saoudite NDLR).

Alors, que sait-on à ce stade ? Les premiers éléments permettent d’esquisser un scénario, mais plusieurs étapes décisives restent à confirmer, notamment les circonstances de l’accès au cockpit et de la reprise des commandes.

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Les identités des pilotes ne sont pas encore établies publiquement avec certitude. Le copilote soupçonné de l’agression est présenté comme omanais par les responsables israéliens et plusieurs médias. Concernant le commandant blessé, les versions divergent. i24NEWS le présente comme émirati, tandis qu’un passager ayant participé à l’intervention, interrogé par le journal israélien Calcalist, le dit indien, ce qui n’est pas nécessairement une contradiction. Car il pourrait s’agir d’ethnie et de nationalité. Ce même témoin décrit le pilote venu reprendre les commandes comme originaire des Fidji. Ces indications doivent donc rester attribuées à leurs sources.

Sur X, des comptes spécialisés dans ce domaine proposent une reconstitution provisoire permettant de relier les différents éléments rapportés. Selon eux, une lutte aurait commencé à l’altitude de croisière. L’agression du commandant se serait accompagnée d’une tentative de sabotage des commandes. On ignore si le pilote automatique a été désengagé pendant l’affrontement, mais l’appareil aurait alors été engagé dans une descente très prononcée.

L’intervention des passagers commence à être documentée par des témoignages directs. Tzvika Mans, cadre chez Bank Leumi, a raconté à Calcalist être entré dans le cockpit avec deux autres voyageurs pour maîtriser l’agresseur. Selon son récit, sa femme, qui avait entendu des cris près du poste de pilotage, avait alerté un pilote présent à l’extérieur. Celui-ci aurait ouvert la porte, puis les trois passagers seraient intervenus. Un pilote supplémentaire aurait pris les commandes, tandis qu’un médecin présent à bord aurait soigné le commandant blessé.

Comment le cockpit a-t-il été rouvert ?

Un autre témoignage, repris par i24NEWS, décrit des passagers installés à l’avant se précipitant vers le cockpit, puis l’intervention de deux pilotes qui voyageaient à l’arrière. L’un d’eux aurait stabilisé l’appareil.

L’ouverture de la porte aurait ainsi constitué un moment décisif. Le commandant aurait pu l’ouvrir pendant la lutte, mais le témoignage de M. Mans attribue cette ouverture au pilote présent à l’extérieur. Tout en effet dépend de l’état du verrouillage et d’une éventuelle autorisation donnée depuis le cockpit et l’enquête devra préciser ce point essentiel. Une porte maintenue verrouillée de l’intérieur aurait, en tout cas, considérablement compliqué l’intervention.

Le précédent de Germanwings rappelle ce que cette situation peut avoir de tragique. Le 24 mars 2015, le copilote allemand Andreas Lubitz, resté seul dans le cockpit après la sortie du commandant, avait empêché celui-ci de revenir et volontairement engagé l’appareil dans une descente jusqu’à son écrasement dans les Alpes françaises, tuant les 150 personnes à bord. La porte sécurisée avait empêché toute intervention. Dans le cas de Flydubai, l’accès au poste de pilotage aurait au contraire permis d’interrompre l’agression.

Selon des témoignages l’appareil aurait également subi des dommages à l’empennage, notamment à la gouverne de direction. Les causes possibles pourraient être la descente brutale et des mouvements brusques sur les pédales pendant la lutte. Cette gouverne commande les mouvements du nez vers la gauche ou la droite, et non directement le piqué. L’origine et l’étendue des dégâts devront être précisées par l’examen technique.

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Un pilote supplémentaire, présent à bord pour assurer le vol retour, aurait finalement repris les commandes et posé l’avion à Tabuk. Le scénario repose donc sur deux étapes avec dans un premier temps la mise à fin à la violence dans le cockpit, puis la reprise du contrôle de l’appareil. Maîtriser l’agresseur ne suffisait pas car il fallait encore vérifier la réponse des commandes et bien entendu rejoindre un terrain et atterrir avec un avion abîmé…

Selon le Times of Israel, un appareil spécialement dépêché par Flydubai a atterri à Tabuk, moins d’une heure de l’aéroport Ben Gourion, pour récupérer les passagers, et l’embarquement a commencé. Israël avait également cherché à envoyer un avion, mais cette initiative ne semblait pas avoir reçu l’autorisation saoudienne. À ce stade, c’est donc un vol de remplacement de la compagnie émiratie qui devait ramener les passagers en Israël.

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À la Mairie de Paris, le début de mandat est déjà celui des renoncements

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Valérie Montandon passe ici au crible les premiers choix d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris. De Bercy-Charenton à la tour Eiffel, en passant par l’incinérateur Thermo-sur-Seine à Vitry, trois dossiers révèlent selon elle la méthode du nouveau maire: beaucoup de communication, des principes à géométrie variable et une concertation souvent réduite à une formalité.


Les premiers mois d’un mandat devraient donner un cap, lancer des projets, affirmer des principes. Ceux d’Emmanuel Grégoire dessinent au contraire une inquiétante succession de renoncements : renoncement à aménager, renoncement à défendre nos valeurs, renoncement, enfin, à une écologie exigeante et à une véritable concertation. Trois dossiers, trois symptômes d’une même méthode : beaucoup de communication et de gesticulation sur les réseaux sociaux, mais, quand vient le moment de décider et d’assumer, le réel rattrape les slogans.

Premier renoncement : Bercy-Charenton

Dix-sept ans d’études, de révisions, de dépenses et de négociations pour finir par abandonner l’aménagement de l’une des dernières grandes réserves foncières de Paris ! Quel gâchis, dans une capitale où le logement manque cruellement. La Chambre régionale des comptes alertait pourtant dès 2024 : « Un nouvel équilibre financier reste à trouver. » La Ville le savait. Elle a néanmoins poursuivi, tête baissée, sans jamais sécuriser l’équation économique et métropolitaine du projet. Des artisans des tunnels Baron-Le-Roy ont dû plier bagage dans la douleur pour laisser place à un aménagement qui n’aboutira pas comme prévu. Faut-il rappeler qu’Emmanuel Grégoire connaît ce dossier depuis des années et qu’il en a personnellement porté la refonte lorsqu’il était en charge de l’urbanisme ? Nous n’avons cessé, depuis 2011, d’alerter sur ce projet mal né. Devenu maire, il renonce. Voilà où mène la continuité politique : à l’abandon.

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Un hindou dans la ville

Deuxième renoncement : celui des valeurs. À la tour Eiffel, des salariées ont été écartées, remplacées ou invitées à s’invisibiliser lors de la visite d’une délégation religieuse qui souhaitait limiter les interactions avec les femmes. Dans le monument symbole de Paris et de la France, une demande discriminatoire a donc pu être traduite en consignes professionnelles. Puis sont venues l’indignation officielle, les enquêtes et les versions contradictoires sur qui savait quoi. On nous expliquait d’abord que la direction n’était pas informée ; des informations publiées depuis indiquent que le directeur général conduisait lui-même la visite. Le départ annoncé du directeur général ne saurait pourtant refermer à lui seul cette affaire. La question demeure de savoir comment la Ville et ses représentants au conseil d’administration ont exercé leur contrôle sur une société détenue à 99 % par Paris, alors que la Chambre régionale des comptes en avait déjà relevé les insuffisances. L’égalité femmes-hommes ne peut pas être un principe de communiqué que l’on redécouvre après coup, une fois piétiné sur le terrain. À la tour Eiffel, il ne s’agit pas d’une simple faute de management, mais bien d’un renoncement symbolique majeur.

Des renoncements qui ne doivent rien au hasard

Troisième renoncement : celui d’une écologie cohérente et de la concertation. Avec Thermo-sur-Seine, Paris a voté un projet industriel majeur à Vitry-sur-Seine (94) avant même que les habitants et les collectivités directement concernés n’aient pu en débattre. Le projet prévoit de brûler environ 450 000 tonnes de combustibles issus de déchets par an, notamment des CSR (combustibles solides de récupération) et du bois B. Emmanuel Grégoire a lui-même voté le contrat. Depuis, certains élus qui avaient soutenu la délibération ont pris leurs distances avec le projet ou exprimé des réserves, tandis que plusieurs élus et collectivités du Val-de-Marne dénoncent les conditions dans lesquelles il a été décidé.

Quant à la concertation officielle, elle ne s’est ouverte qu’après le vote et l’attribution du contrat. On vote d’abord, on concerte ensuite : curieuse conception de la démocratie locale ! Nous ne connaissons hélas que trop ces semblants de concertation où tout est décidé à l’avance.

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Sur ces trois dossiers, le même décalage apparaît. Sur les réseaux sociaux, le maire commente, condamne, promet la transparence et affiche ses principes. Mais gouverner, ce n’est pas réagir après la crise. C’est prévoir, arbitrer et assumer.

Sur l’incinérateur, la concertation avec les communes riveraines dès l’origine et des études objectives, plus approfondies sur ses effets, étaient à portée de main. Sur Bercy-Charenton, une autre voie existe depuis le début : un projet à taille humaine, équilibré entre logements, espaces verts et activités, respectueux du patrimoine et du site. Paris a d’ailleurs déjà prouvé qu’elle savait voir loin : lorsque Jacques Chirac lance Paris Rive Gauche en 1991 sur des emprises ferroviaires, construire au-dessus des voies était complexe et coûteux, mais la volonté politique, la continuité et la capacité de regarder au-delà d’une mandature ont fait aboutir le projet. Quand un maire a une vision, il avance ; quand il n’a que la com, il se donne l’illusion du mouvement, et Paris recule.

Sur les pas de Ian Fleming en Suisse

Parmi les dizaines de millions de lecteurs de Ian Fleming (1908-1964) et parmi les innombrables spectateurs des films tirés de ses romans, qui sait encore que l’auteur des aventures du flamboyant espion de Sa Gracieuse Majesté eut la Suisse francophone pour cadre de vie, à une époque cruciale de son existence ?


C’est tout l’arc lémanique qui fut le décor enchanteur d’une belle partie de la jeunesse du futur écrivain anglais : depuis Genève, à l’ouest, jusqu’à l’extrémité orientale du lac Léman, au village des Avents, dans les Alpes vaudoises. La carte des territoires jouxtant le lac et explorés par Fleming, joyeuse et colorée comme on les éditait à l’époque, ouvre le guide que Cornelius Schregle consacre aux années suisses de Ian Fleming, de 1908, année de sa naissance, jusqu’à 1963, un an avant sa mort.

Dans sa petite enfance en effet, et jusqu’en 1913, alors que son frère ainé était soigné par un médecin de Lausanne, Ian Fleming était transporté chaque année en famille à Ouchy. Comme on était fortuné, on descendait à l’Hôtel Beau Rivage, l’un de ces magnifiques palaces édifiés en Europe entre la fin du XIXe siècle et les débuts du XXe, ce Beau-Rivage où, bien plus tard, en 1961, seraient signés les contrats qui allaient permettre l’adaptation des aventures de James Bond au cinéma. C’est là, sur cette superbe riviera vaudoise, avec le lac de Genève à ses pieds et les Alpes françaises face à lui, que Fleming fera naître cet amour des paysages de montagnes qu’on retrouve dans nombre de ses romans. Tout comme à Saint-Moritz d’ailleurs où l’honorable famille de feu le banquier Valentine Fleming, son père, mort en 1917, séjournera tout un été, en 1924, au sein des paysages moins aimables sans doute, mais si imposants de l’Engadine, paysages qu’on retrouvera dans Au Service secret de Sa Majesté.

Goldfinger

Bien plus tard, après avoir dûment souffert au Collège d’Eton et à l’Académie militaire de Sandhurst d’une discipline qui l’étouffait, puis s’être épanoui au sein d’une institution remarquablement ouverte d’esprit en Autriche, Ian Fleming débarque à Genève à la fin de l’été de 1929. Il a 21 ans, il y arrive en conquérant dans une superbe voiture au luxe un peu tapageur et il est inscrit à l’Université, en faculté de psychologie et d’anthropologie, dans le but de passer bientôt le concours d’entrée au Foreign Office, à Londres. Car son impérieuse génitrice le veut diplomate. Cependant, il ne s’attardera guère dans les bâtiments de la rue de Candolle alors qu’il lui apparaît bien plus divertissant de traîner ses guêtres dans les bars et brasseries de Genève, comme la Bavaria, rue du Rhône, là où, dans son roman Goldfinger, il fera un jour dîner James Bond, lequel James Bond sera descendu à l’Hôtel des Bergues, l’un des plus élégants établissements de la cité lacustre.

Carl Jung

Pour se loger lui-même durant ce séjour qui se devrait studieux, le jeune Fleming loue plus prosaïquement une chambre rue Rodolphe Töpffer, dans l’un des plus beaux quartiers de la ville, chez une physiothérapeute, Tina Keller, amie de Carl Jung, grâce à laquelle il découvrira avec enthousiasme les travaux de ce dernier et dans la foulée traduira en anglais, avec l’accord amical du célèbre psychiatre, une conférence prononcée par lui sur Paracelse. Chez Tina Keller qui reçoit beaucoup et s’entoure d’une société aussi diverse que cultivée, Ian Fleming mène la vie qu’il aime, dissipée, mondaine, mais avec des gens intelligents.

En 1930, toujours dans la perspective d’une carrière dans la diplomatie, Ian Fleming obtient d’effectuer à la SDN un stage devant servir à son entrée au Foreign Office. Le voilà donc engagé brièvement à la Société des Nations et doté d’un bureau donnant sur le lac au sein de l’imposant bâtiment de l’Hôtel National alors affecté à la SDN et aujourd’hui nommé Palais Wilson.

Il y rencontre un autre sujet britannique, James Eric Drummond, comte de Perth, qui n’est autre que le secrétaire général de la SDN. L’un et l’autre ont étudié à Eton, l’un et l’autre sont passionnés de golf. Ils s’entendent à merveille et c’est à Divonne-les-Bains qu’ils se retrouveront pour assouvir leur passion commune au club de golf de la station. Des parties de golf qui se retrouveront dans Goldfinger.

Une jeune femme émancipée

C’est à cette époque encore, et toujours à Genève, au cours d’un bal comme il s’en donnait alors dans les bonnes maisons, que Ian Fleming fait la connaissance d’une femme à la personnalité sans doute remarquable. Monique Panchaud de Bottens est la fille d’un gentilhomme vigneron qui, dans le Pays de Vaud, à Vich dont il est le maire, gère son domaine viticole. La mère de Monique, une Française née d’une famille de soyeux lyonnais, est dotée d’un beau talent de sculptrice. Elle exécutera une belle tête en bronze de celui qui deviendra l’amant de sa fille. Car entre Ian et Monique, c’est le coup de foudre. Elle fait partie de ces nombreuses femmes à l’esprit libre et aventureux qui se sont étrangement épanouies au sein d’une société helvétique francophone terriblement provinciale et très à cheval sur les conventions. Lui apparaît à cette jeune fille intelligente et émancipée infiniment plus séduisant que ces godelureaux genevois ou vaudois bien sous tous les rapports, mais fades, contents d’eux-mêmes et assommants à périr.

Entre Ian Fleming et Monique de Bottens naît ainsi une passion foudroyante et lui est accueilli avec chaleur dans le domaine de Vich par une famille très ouverte d’esprit.  

Pour se rapprocher de sa belle, il s’installe à Coppet, tout petit village d’une exceptionnelle beauté en bordure du lac et que domine le château qui fut celui de Jacques Necker, ministre de Louis XVI, et de sa fille, Germaine de Staël-Holstein. Et séjourne à l’Hôtel du Lac où l’auteur de ce guide qui lui est consacré a récemment déterminé les autorités municipales à faire apposer une plaque commémorant le séjour de l’écrivain dans le village.

Les deux amants parcourent toute la région au volant la Buick noire roadster du jeune Anglais, automobile dont Monique prend souvent le volant en jeune fille moderne qu’elle est. Ils dînent et se baignent à Prangins où à Nyon, font du ski à Saint-Cergue et dévalent le col de la Faucille qui s’abîme dans un décor fascinant vers le lac de Genève. Tous lieux que recense le guide avec force photographies d’époque, lesquelles confèrent un charme indéniable à l’ouvrage.

Échec au Foreign Office

Mais cette folle passion éloigne quelque peu Ian Fleming du but que lui a fixé sa famille. Quand il regagne Londres, il échoue lamentablement au concours d’entrée du Foreign Office, dans le domaine de la dissertation anglaise en particulier, lui qui, sans jamais devenir un grand écrivain, sera un écrivain lu dans le monde entier. C’est un camouflet terrible pour Fleming, pour son entourage, et sa mère, dans sa fureur, va ruiner la relation de son fils avec la jeune Suissesse.

Quand la jeune femme se rend dans la famille des Fleming, bien accueillie par les grands parents de son fiancé, elle est violemment rejetée par la mère qui la renvoie même hors de chez elle. Monique et Ian se reverront néanmoins, à la faveur de voyages qu’effectue ce dernier pour l’agence Reuters où il s’est fait engager en tant que journaliste. Mais avec une méprisable lâcheté, devant la perspective d’une rupture avec sa famille et son milieu, et surtout la peur de se retrouver sans fortune, Fleming va trahir sa passion et précipiter sa rupture avec Monique Panchaud de Bottens. 

Monique étant l’original…

Sacrifier son amour pour obéir aux convenances et pour assurer son confort matériel quand on a 25 ans, c’est quelque chose de si misérable qu’il en nourrira sans doute des remords toute sa vie. Cependant la délaissée servira de modèle à nombre de figures féminines des futurs romans du parjure. « Ces femmes libres, intelligentes et indépendantes qui traversent les aventures de Bond… étaient autant de variations d’un même modèle, Monique étant l’original », commente l’auteur du guide.

Fleming reviendra maintes fois en Suisse, ne serait-ce que pour rendre visite à Charlie Chaplin dans son manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey. Ou à Noël Coward qui a acquis un chalet au village des Avants.   

Il y séjourne encore en 1963, un an avant sa mort, afin d’effectuer un entretien avec Georges Simenon dont il admirait tant les romans policiers, mais qui, avance Cornelius Schregle, n’ouvrit sans doute jamais un seul livre de Fleming. Cet entretien entre deux auteurs à succès sera publié par deux fois la même année, au Sunday Times, puis dans le Harper’s Bazaar.

Trente ans après

C’est à l’occasion de ce dernier voyage, trente ans après sa trahison, qu’il tentera de revoir celle à laquelle il avait si piteusement renoncé. Devenue Monique de Mestral (elle est l’épouse de l’inventeur du velcro), encore blessée et toujours amoureuse probablement, redoutant l’épreuve de revoir quelqu’un qu’elle avait si profondément aimé, celle-ci refusera dignement de le recevoir. Elle s’éteindra trente ans après lui, en 1994, inhumée au cimetière de Vich. Dans son ultime roman paru en 1964, On ne vit que deux fois, Fleming attribuera le prénom de Monique à la mère de James Bond dans l’avis de décès fictif publié dans The Times.

Tout cela se raconte avec force citations et commentaires. Tous ces lieux sont dûment répertoriés dans un livre débordant d’illustrations du temps, édité soit en anglais, soit en français, et dans ce cas rédigé parfois dans un style pour nous un peu exotique, tel qu’il se pratique chez nombre de Suisses romands.

Auteur d’un ouvrage considérable, Backdrop Switzerland (Editions de L’Age d’Homme), qui répertorie tous les films que des cinéastes du monde entier vinrent tourner en Suisse, Cornelius Schregle, a travaillé comme chargé de repérages pour HBO à Los Angeles où il devient Talent Manager. Il enseignera également l’écriture de scénario dans une école de cinéma à Genève.

C’est en particulier ce travail de repérage pour Hollywood qui lui a donné le goût de redécouvrir les sites où avait vécu Ian Fleming autour du lac Léman, lieux largement oubliés (Fleming n’est ni Voltaire, ni Lamartine, ni Byron, ni Shelley, ni Hugo, ni Rilke, il s’en faut de beaucoup), mais qui ont, et c’est là le plus important pour les lecteurs des romans comme pour les spectateurs des films, servi de cadre aux aventures rocambolesques de James Bond. Rocambolesques, et cela jusque dans la très sage Suisse, ce qui tient assurément du prodige 


Sur les pas de Ian Fleming en Suisse
180°Editions
Edition en français ou en anglais
Version papier en librairie : 20 francs
Publication en ligne sur www.180editions.ch

Ménard à la barre (des accusés)

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OQTF non exécutées. Le maire de Béziers est jugé aujourd’hui à Montpellier. Il encourt jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros ainsi qu’une peine d’inéligibilité, pour avoir refusé de marier un Algérien en situation illégale. Elisabeth Lévy revient sur cette affaire dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.



Robert Ménard, jugé aujourd’hui à Montpellier pour avoir refusé de marier un Algérien sous OQTF risque l’inéligibilité. Il y aura de l’écharpe tricolore devant le tribunal de Montpellier car Robert Ménard a reçu le soutien de David Lisnard, président de l’AMF, de Bruno Retailleau et de nombreux élus.

Le 7 juillet 2023, le maire de Béziers refuse de célébrer le mariage d’Eva Marty, Française, et de Mustapha Belkacemi, Algérien sous OQTF pour défaut de titre de séjour. « Je ne peux pas marier quelqu’un qui ne devrait pas se trouver là », dit-il. Le couple et les inévitables associations portent plainte. Le procureur pourrait classer sans suite mais décide de poursuivre.

Deux semaines après, le gars est expulsé, comme quoi quand on veut, on peut. Trois ans plus tard, les tourtereaux se disent oui en Algérie et le 24 septembre les services de l’état-civil de Nantes valident l’union, ce qui signifie qu’ils sont mariés aussi légalement que si Robert Ménard l’avait fait. L’heureux époux obtiendra certainement le visa qu’il a demandé pour revenir dans notre beau pays.

Je sens votre irritation mais les époux semblent avoir la loi pour eux  

En tout cas, son interprétation par des juges qui donnent toujours raison à l’individu contre la collectivité. Sauf que, comme dit le Pape, tout ce qui est légal n’est pas moral. Le cas Ménard pourrait devenir un casse-tête insoluble. On verra comment la Justice tranchera ce nœud gordien.

A lire aussi, Driss Ghali: France-Algérie, dialogue de mabouls

Il y a quelque chose de suicidaire dans cette façon de dérouler le tapis rouge des droits individuels devant des gens qui se foutent de nos lois avec bonne conscience. Emmanuel Macron lui-même a qualifié la situation de Ménard d’ubuesque. Sauf que s’il avait tenu sa promesse d’exécuter 100% des OQTF, on n’en serait pas là.

Une proposition de loi interdisant le mariage aux étrangers en situation irrégulière, votée par le Sénat, est sur le bureau de la Commission des lois de l’Assemblée. En supposant qu’elle soit adoptée, elle sera probablement invalidée par le Conseil constitutionnel, ou contrée par la Cour européenne des droits de l’Homme puisque le droit européen garantit à chacun le droit à une vie familiale normale. On ne va pas opposer la rigueur de la loi à l’amour ! En attendant, puisque j’ai le droit à une vie familiale normale, j’exige que l’État ou l’UE ou la CEDH me fournissent sans délai un mari, des enfants et un chien.

Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Jacques Cordoze, du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio.

Lettre à Clara

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LFI joue-t-elle seulement à faire peur?

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Tirs de mortiers, incendies de poubelles, dégradations, affrontements et 164 interpellations: les blocages de lycées ont pris une tournure inquiétante. Mais Jean-Luc Mélenchon dénonce une «répression» qu’il juge raciste et appelle les Insoumis à s’interposer entre les élèves et les forces de l’ordre.


On a pu penser, il y a quelque temps, que Jean-Luc Mélenchon avait troqué, à sa manière et pour d’exclusives raisons tactiques, l’habit du loup pour celui de l’agneau. Il avait changé de ton et s’était métamorphosé en débatteur brillant, mais à peu près courtois. Qu’on se souvienne du premier débat médiatique réunissant tous les candidats sur LCI ! Était-ce seulement une illusion ? Tout démontre, ces derniers jours, que Jean-Luc Mélenchon, sur la forme comme sur le fond, est reparti sur le même mode provocateur qu’auparavant, avec une telle intensité et dans tant de domaines qu’il est permis de s’interroger : n’a-t-il pas d’autre visée que de nous faire peur, en intégrant à ses propos les risques de violence et de désordre que beaucoup de citoyens décèlent ?

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Mots scandaleux

La contestation qu’il inspire et favorise dans les lycées — Bally Bagayoko n’est pas en reste — n’a rien d’habituel : elle ose des formules scandaleuses (répression, sauvagerie et racisme), elle incite aux violences urbaines, comme l’a dénoncé le ministre de l’Intérieur. Son souci n’est pas de répondre aux mille maux des collèges et des lycées, mais de faire d’eux des poudrières.

La politique de la surenchère

Sur tous les thèmes qui agitent le débat public, son obsession, devenue un réflexe, est de pousser les feux au maximum afin qu’on ne puisse plus examiner lucidement les difficultés et le réel, à réformer éventuellement, mais que l’on soit seulement plongé dans l’effervescence, la brutalité de la pensée, la menace par le verbe, une incandescence de tous les instants. Il faut tristement accepter ce constat pour la France : au bord du gouffre, des irresponsables désirent l’y jeter.

On ne fera pas croire que l’intelligence cynique et dominatrice de Jean-Luc Mélenchon le détourne de la catastrophe qu’il met en œuvre, ni que sa vision des choses n’intègre pas le fait que tout ce qu’il dit et accomplit constitue un moyen implacable d’être battu, même si, apparemment, Édouard Philippe est sur une pente descendante au regard d’une possible présence au second tour1.

Mélenchon écrasé par Le Pen dans les sondages

Aussi arrogant que puisse apparaître le comportement de Jean-Luc Mélenchon — son talent ne justifie pas tout —, il n’ignore pas qu’une partie de certaines banlieues et une part de la jeunesse ne suffiront pas à le placer sur le pavois suprême. D’autant qu’il nourrit sans cesse des forces centrifuges qui semblent l’éloigner de la conquête du pouvoir, comme si son objectif n’était plus de l’exercer, mais de le rendre inutilisable pour le successeur d’Emmanuel Macron.

A lire aussi: Mélenchon prêche le bordel – le ciel lui tombe sur la tête (ou presque)

Sinon, comment comprendre ces évolutions suicidaires qui le conduisent, assisté par Clémence Guetté, sur un mode de plus en plus choquant, à fustiger l’Ukraine, à souhaiter qu’on la prive des moyens de se défendre et, en définitive, à retrouver sa nature profonde : cette inclination à apprécier et à cultiver les dictateurs, en l’occurrence Poutine, par une sorte de similitude perverse avec son propre tempérament ?

Quelle que soit la haute opinion qu’il a de lui-même et l’idolâtrie de la Cour qui le flatte, il ne peut être aveugle à cette donnée : un second tour, aujourd’hui, le verrait écrasé par Marine Le Pen, créditée de 69 %, même s’il pourrait toujours compter sur Mediapart pour lancer des boules puantes d’ancienne date , vraies ou fausses, contre ses adversaires…

Jean-Luc Mélenchon, s’il n’a d’autre dessein que de « bordéliser » notre pays pour, après 2027, se poser en restaurateur d’un climat dégradé par la violence, le désordre et un incivisme sauvage qu’il aurait lui-même contribué à créer, poursuit une étrange stratégie : dilapider ses infimes chances d’être élu.

Le titre de mon billet n’est ni un paradoxe ni une interrogation dénuée de sens. Dans l’excellent Crépuscule des princes, de Jérémy Marot et Pauline Théveniaud, Xavier Bertrand, comme souvent plus lucide sur les dérives d’autrui que sur son propre avenir, considère lui aussi que Mélenchon ne veut pas être élu mais, une fois le successeur connu, obtenir un « brevet républicain » par ses entreprises de prétendu pacificateur… Il joue à nous faire peur. Encore faudrait-il ne pas lui donner le plaisir de gagner à ce jeu.

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  1. https://www.valeursactuelles.com/politique/presidentielle-2027-jean-luc-melenchon-passe-devant-edouard-philippe-et-sinstalle-comme-le-principal-rival-de-marine-le-pen ↩︎

Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm, deux vies pour Mozart

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Elle est née en Roumanie, lui en Israël. Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm ont fini par se rencontrer à Paris, où leurs chemins musicaux se croisent depuis plus de vingt ans. Le 4 octobre, à la Salle Cortot, la pianiste et le chef d’orchestre poursuivront avec l’Open Chamber Orchestra leur aventure commune autour des concertos de Mozart…


Pour qui ne fréquente pas assidûment les salles de musique classique, leurs noms ne disent peut-être rien. Pourtant, derrière eux se cachent deux vies qui pourraient presque fournir la matière d’un roman européen. La première commence dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu.

Dana Ciocarlie naît à Bucarest en 1968, dans une famille qui n’appartient pas au monde de la musique. Enfant, elle pratique aussi la natation, mais c’est le piano qui finit par s’imposer. Elle doit alors rattraper des élèves qui ont commencé leur formation musicale avant elle. Ce qu’elle fera.

Après sa formation roumaine, elle arrive en France et découvre un autre monde musical. À Paris, elle travaille avec Victoria Melki, héritière de l’enseignement d’Alfred Cortot, puis avec Dominique Merlet et Georges Pludermacher. Sa rencontre avec Christian Zacharias sera également déterminante. Les distinctions suivent. Fondation Yamaha, Fondation Cziffra, Pro Musicis, concours Robert-Schumann de Zwickau, prix spécial Sándor Végh au concours Géza Anda de Zurich. Mais sa carrière ne se résume pas à un palmarès.

Le Quatuor Benaïm et l’Open Chamber Orchestra

Entre 2012 et 2016, elle enregistre en public l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Schumann. Paru en 2017, le coffret de treize disques est largement salué et lui vaut notamment de figurer parmi les trois finalistes des Victoires de la musique classique 2018 dans la catégorie « Enregistrement de l’année ». Diapason n’y trouve « pas une seconde d’ennui ». Une fois cette intégrale achevée, Yaïr Benaïm lui propose un cycle consacré aux concertos pour piano de Mozart.

Naît à Haïfa, Benaïm découvre le violon à trois ans. Son parcours le conduit auprès de quelques-uns des grands pédagogues israéliens, notamment Ilona Feher, qui a formé toute une génération de violonistes, puis Hagaï Shaham et Yigal Tuneh. Sa vie bascule à son tour vers la France.

En 1997, Benaïm rencontre à Paris le violoniste français Gérard Poulet, qui devient son maître. Il décide de s’y installer. Lauréat de la Fondation internationale Nadia et Lili Boulanger, il fonde en 2000 son propre quatuor.

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Le Quatuor Benaïm se fait rapidement remarquer et remporte notamment des prix aux concours de l’ARD, à Munich, et international de quatuors à cordes de Bordeaux. Pendant plusieurs années, Yaïr Benaïm se consacre ainsi au violon et à la musique de chambre. C’est dans le prolongement de cette expérience, et inspiré pat Sándor Végh, qu’il se tourne vers la direction d’orchestre. Ses études en direction sont couronnées par un diplôme en 2013 à la Schola Cantorum.

Par la suite il se perfectionne notamment à Sienne et dirige différents ensembles en France et en Israël. Puis, en 2017, il crée l’Open Chamber Orchestra, un nom qui dit quelque chose de sa conception de l’orchestre. Il veut y faire vivre les réflexes acquis dans le quatuor et insuffler à une formation symphonique l’écoute propre à la musique de chambre. Ce qui pourrait expliquer la place prise par Mozart dans cette aventure.

Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm ont une histoire musicale commune : ils ne sont pas simplement deux solistes réunis par un programmateur. Ils ont joué ensemble en musique de chambre et participé notamment à Haïm – à la lumière d’un violon, le spectacle de Gérald Garutti consacré au destin d’un violoniste juif bousculé par les catastrophes du XXe siècle. Le spectacle a voyagé pendant plusieurs années. À force de jouer ensemble se construit parfois cette complicité particulière entre musiciens.

La part du risque

C’est forts de cette familiarité que la pianiste et le chef abordent Mozart. Avec l’Open Chamber Orchestra, ils ont entrepris d’enregistrer ses concertos pour piano en public, un choix qui compte. Une phrase musicale n’y existe qu’une fois, avec son élan ou ses imperfections et, pour ces musiciens rompus à la musique de chambre, cette part de risque fait partie de l’interprétation. Un premier volume, réunissant les concertos nos 8, 9, 12 et 13, est paru en 2024 chez Hänssler Classic. Pour des artistes installés en France, cette collaboration avec un label allemand de cette envergure mérite d’être relevée. Mais enregistrer tout un cycle de concertos est une entreprise de longue haleine. La prochaine étape de ce voyage aura lieu le 4 octobre à la Salle Cortot, lors de deux concerts-enregistrements, à 15 h 30 et à 18 heures.

Le programme réunit les concertos pour piano nos 11 et 14. Ils ne sont pas les plus célèbres et on n’y trouvera pas immédiatement ces mélodies que même ceux qui ne connaissent pas Mozart ont entendues cent fois au cinéma, dans la publicité ou en attendant le service client. C’est justement ce qui rend leur rapprochement intéressant.

Le Concerto n° 11 en fa majeur, K. 413, date de la fin de 1782 ou du début de 1783. Mozart a 26 ans. Il a quitté en 1781 Salzbourg et son poste à la cour du prince-archevêque pour s’installer à Vienne, où il entreprend une carrière indépendante. Il compose alors des concertos qu’il doit pouvoir jouer devant des publics variés. Dans une lettre à son père, il explique rechercher des compositions suffisamment difficiles pour intéresser les connaisseurs et suffisamment agréables pour que les autres puissent les apprécier sans savoir pourquoi.

En 1784 vient le Concerto n° 14 en mi bémol majeur, 449e œuvre du catalogue établi par Ludwig von Köchel. Mozart a changé, sa musique aussi. Il qualifie cette œuvre de « concerto d’un genre tout à fait particulier ». Derrière son élégance se dessine déjà le style des grands concertos viennois.

Les deux œuvres seront enregistrées dans un esprit de musique de chambre. Pour le Concerto n° 14, l’expérience prend même des allures de création. Mozart écrivait à son père qu’il imaginait ce concerto joué par un très petit orchestre et c’est dans cet esprit intimiste que Ciocarlie et les musiciens l’enregistreront, sans chef, avec un quintette à cordes et quatre instruments à vent. Une proposition inédite, qui donne à entendre autrement le dialogue entre le piano et l’ensemble.

Mais, le 4 octobre, l’intérêt ne consistera pas seulement à mesurer le chemin parcouru par Mozart entre ces deux œuvres. Il sera de voir ce que ces deux-là en font. Ce seront deux nouvelles conversations entre Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm. Et Mozart fournira le sujet.


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Lycéens et «antifascistes» de carnaval: le Bien entre en campagne

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Des lycéens brûlent des poubelles lors d'une manifestation à Lille, le mercredi 30 septembre 2026. Ils disent réclamer plus de moyens pour les établissements scolaires © Jean-Francois Badias/AP/SIPA

L’extrême gauche récupère habilement la pagaille dans de nombreux lycées à son profit. Cette politisation honteuse des mobilisations de jeunes et les nouvelles accusations d’antisémitisme visent à cadrer une éventuelle victoire du RN non comme une alternance ordinaire, mais comme une crise légitimant la «résistance».


La campagne de 2027 a commencé. Elle se joue déjà devant les lycées. Le mouvement est parti de revendications scolaires réelles et on ne sait pas encore exactement comment il s’est répandu avec cette rapidité. En revanche, on sait ce que LFI en fait. Louis Boyard écrit que « le mouvement lycéen doit s’étendre ». M. Mélenchon affirme que « les lycéens en mouvement sont inoffensifs », accuse le gouvernement d’une répression dont la « férocité » aurait « un arrière-goût raciste évident », puis lance à ses élus et militants : « interposez-vous partout où vous le pouvez ». Le gouvernement parle, lui, de « surenchère irresponsable » et d’« instrumentalisation politique de la jeunesse », en rappelant les violences commises autour de certains établissements. Les revendications scolaires sont réelles, les violences le sont aussi, et l’investissement politique de LFI n’a rien d’imaginaire.

Tous les coups sont permis

Presque au même moment, Mediapart frappe Bardella à l’endroit le plus sensible de toute l’entreprise de normalisation du RN : l’antisémitisme. Le journal lui attribue des conversations écrites datant de sa jeunesse et affirme les avoir authentifiées ; Bardella nie absolument en être l’auteur, dénonce des « faux grossiers » et une « opération de barbouzerie », porte plainte en diffamation et affirme qu’on cherche à l’« abattre politiquement ». On ne sait pas encore qui dit vrai ; politiquement, le coup est parti.

À l’électeur moyen tenté par le RN, on ressort ainsi le cadavre de famille. Vous pensiez voter pour les frontières, l’immigration, la sécurité, le pouvoir d’achat ? Voici Jean-Marie Le Pen qui revient derrière l’épaule de Bardella. Le bulletin ne dira plus seulement ce que vous voulez pour la France, mais risque de dire quel homme vous êtes.

Et il y a là un retournement qui mérite qu’on s’y arrête. Depuis Gaza, une partie de la gauche radicale est accusée par ses adversaires d’avoir laissé revenir l’antisémitisme sous les habits neufs de l’antisionisme, de l’anticolonialisme et de l’antiracisme — accusation qu’elle récuse. Voici maintenant que l’antisémitisme redevient, contre Bardella, l’arme suprême de la disqualification morale. Ceux qu’on accusait hier d’en brouiller les frontières se retrouvent en position d’accusateurs, tandis que l’extrême droite retourne au banc des prévenus.

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Mais il existe un autre électorat, plus modéré, plus installé, longtemps rétif au RN, qui commence à se demander si ce parti ne remettrait pas un peu d’ordre dans un pays qu’il voit se défaire. À celui-là, le spectacle des lycées peut adresser un tout autre message. Des établissements bloqués, ici des incendies, ailleurs des mortiers, des affrontements avec la police. Que se passerait-il si une victoire de Marine Le Pen ou de Bardella provoquait simultanément la mobilisation des lycées, des universités, des syndicats, des organisations militantes, de l’extrême gauche et d’une partie des quartiers ? Celui qui songeait au RN parce qu’il avait peur du désordre peut commencer à craindre le désordre que provoquerait précisément sa victoire. Et nul besoin d’inventer le mot.

Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, l’avait prononcé lui-même au printemps. Interrogé sur une victoire du RN en 2027, il disait avoir « l’intime conviction que la population est capable de se lever » et parlait d’une « insurrection populaire ». Il devait ensuite préciser qu’il ne souhaitait pas une insurrection et parler plutôt de mobilisation populaire. Cette précision compte. Le premier mot aussi.

Deux jeunesses

Reste la jeunesse, et c’est peut-être là que se joue la partie la plus intéressante.

On parle volontiers de deux jeunesses comme de deux mondes qui se rencontreraient soudain dans la rue. C’est oublier qu’elles se connaissent déjà, au moins culturellement. Dans certains des territoires où les mobilisations lycéennes sont les plus visibles, les jeunes issus des immigrations récentes occupent une place importante. Mais leur influence dépasse depuis longtemps les quartiers où ils vivent. Leur musique, le rap évidemment, mais aussi leurs vêtements, leurs mots, leurs intonations, leurs gestes, leurs figures de prestige ont circulé dans toute la société. Le jeune des classes moyennes peut habiter loin d’une cité, fréquenter un bon lycée, avoir des parents diplômés et adopter pourtant ses codes, écouter ses artistes, parler en partie sa « langue ».

Il ne s’agit donc pas simplement d’une alliance politique entre deux populations étrangères l’une à l’autre. La proximité culturelle a précédé la politique.

Ces jeunesses restent pourtant profondément différentes. L’une est issue, pour une part importante dans certains territoires, des immigrations récentes, notamment musulmanes ; l’autre vient davantage des classes moyennes, des universités, des métropoles, des milieux diplômés, culturels et associatifs, et se reconnaît volontiers dans l’écologie, le féminisme, l’antiracisme ou les combats autour du genre. Elles peuvent avoir des conceptions presque opposées de la religion, de la famille, des femmes, de la sexualité ou de l’émancipation. Mais la seconde regarde aussi la première, lui emprunte ses codes, parfois sa manière de défier l’autorité, tandis que toutes deux peuvent se retrouver dans le sentiment d’être tenues à distance d’un ordre social qu’elles contestent pour des raisons différentes.

Gaza avait déjà révélé la puissance politique possible de ce rapprochement. Les uns pouvaient se mobiliser au nom d’une solidarité historique, familiale, identitaire ou religieuse ; les autres au nom de l’anticolonialisme, de l’antiracisme et de leur critique de l’Occident. Il n’était pas nécessaire de vouloir le même monde pour marcher sous les mêmes drapeaux.

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Le RN offre maintenant un adversaire intérieur. C’est là que M. Mélenchon me paraît avoir compris quelque chose que beaucoup de ses adversaires ne voient pas lorsqu’il parle de « nouvelle France » et de « quasi-classe générationnelle ». Il ne s’agit pas de découvrir une génération déjà unie, mais de donner une forme politique à des jeunesses différentes qui ne sont plus culturellement étrangères l’une à l’autre. Leurs contradictions pourront attendre. Pour fabriquer un camp, il n’est pas indispensable d’aimer les mêmes choses lorsqu’on sait contre qui se battre. Et cette entreprise possède une force supplémentaire : elle offre du sens.

Une société qui parle sans cesse à ses jeunes de droits, de réussite individuelle, de consommation, de choix et d’identité leur dit beaucoup moins clairement ce qui mérite d’être aimé, transmis, servi et quelquefois sacrifié. La politique peut alors redevenir une aventure morale. On ne bloque plus seulement son lycée parce qu’un professeur manque ; on entre en résistance. On ne s’oppose plus seulement à la police ; on défend les victimes de la répression. On ne combat plus seulement un parti dont on exècre le programme ; on barre la route au fascisme.

L’antifascisme ne passera pas

C’est là que le Bien entre en campagne. Le Bien possède en politique un privilège considérable : il peut absoudre celui qui agit en son nom. La transgression devient courage, la désobéissance résistance et, si les circonstances s’y prêtent, la violence elle-même peut recevoir sa justification. Celui qui se croit du bon côté de l’Histoire ne se voit pas comme un factieux. Il résiste.

C’est pourquoi il faut regarder ensemble ce qui se passe devant les lycées, l’investissement de LFI, les paroles de Bagayoko et l’affaire Bardella. Pris séparément, chacun de ces événements possède son histoire ; rapprochés, ils peuvent faire apparaître une stratégie dont il serait imprudent d’écarter par principe l’hypothèse : rendre le RN non seulement indésirable, mais moralement infréquentable, inquiéter ceux qui pourraient finir par le choisir pour retrouver l’ordre et préparer, dans une partie de la jeunesse, l’idée que son arrivée au pouvoir ne constituerait pas une alternance politique ordinaire mais un événement contre lequel il faudrait « résister ».

Le retournement autour de l’antisémitisme prend alors une place singulière : l’accusation historiquement la plus infamante portée contre la droite nationale revient au premier plan, tandis qu’une gauche radicale elle-même mise en cause par ses adversaires depuis Gaza sur son rapport à l’antisionisme et à l’antisémitisme se présente en accusatrice. Le Bien change de propriétaire, mais conserve ses tribunaux.

Et c’est peut-être là que se prépare le véritable affrontement de 2027. Non seulement battre le RN dans les urnes, ce qui est le jeu normal de la politique, mais installer l’idée que sa victoire éventuelle poserait une question différente : faudrait-il l’accepter comme on accepte la victoire d’un adversaire, ou lui opposer la résistance que l’on doit au fascisme ? Toute la question tient dans le passage d’un mot à l’autre. Car le vieux privilège du Bien est précisément celui-là : chez l’adversaire, on appelle cela l’insurrection ; chez soi, cela peut toujours s’appeler la résistance.

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Bally Bagayoko: prix Nobel d’économie 2027?

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De gauche à droite, les lfistes Manuel Bompard, Bally Bagayoko et Sophia Chikirou manifestent leur colère à Paris avec quelques fonctionnaires, le 28 septembre 2026 © Stéphane Lemouton/SIPA

Rémunérer les grévistes? C’est en tout cas la décision fracassante prise par la mairie de Saint-Denis, dirigée par l’Insoumis Bally Bagayoko, pour les agents municipaux ayant participé à la mobilisation du 29 septembre. La ville a même affrété deux cars pour permettre à 300 salariés de rejoindre le cortège parisien ! L’opposition dénonce une mesure «tout simplement illégale», tandis que le préfet de Seine-Saint-Denis menace de saisir le tribunal administratif et que la présidente de Région Valérie Pécresse veut faire payer à l’édile les dégâts occasionnés par les graves débordements de lycéens dans la ville.


M. Bagayoko prix Nobel d’économie 2027 ? La question se pose, en effet. Le maire de Saint-Denis (93), figure montante et tonitruante de La France Insoumise, ne vient-il pas d’inventer une réforme salariale qui, non seulement, devrait changer du tout au tout la vie si pénible de nos travailleurs en général et de nos fonctionnaires en particulier, mais aussi contribuer dans une estimable mesure à l’amélioration du niveau de vie des classes (plus ou moins) laborieuses, problème sur lequel tous les économistes patentés se cassent le nez depuis des lustres.

Valeur travail

De quoi est-il question ? Tout simplement de rémunérer les grévistes, de payer leurs jours d’arrêt de travail. Je crois pouvoir dire que personne n’avait eu avant M. Bagayoko cette splendide idée. Rendez-vous compte : la valeur grève enfin mise sur le même plan que la valeur travail ! Voilà qui est proprement révolutionnaire. Et qui effectivement change tout. Le montant de la retraite, en particulier. Le gars partira désormais à la retraite avec tant de trimestres travaillés, très opportunément augmentés de tant de trimestres bullés. L’aubaine absolue. Quelle avancée ! Le fonctionnaire surmené pourra ainsi, tout au long de sa carrière, agrémenter ses éreintants semestres de grève en s’offrant de-ci de-là le vif plaisir de déposer sur le bureau de son chef un préavis de travail. Histoire de se changer les idées. La seule difficulté sera de parvenir à joindre ledit chef, lui-même étant enlisé dans la douce galère de la grève jusqu’aux sourcils.

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Du même coup – et c’est bien là que M. Bagayoko mérite amplement de se voir couronné du prix Nobel d’économie – le cancer qui gangrène nos sociétés depuis si longtemps se trouverait éradiqué à jamais. Je veux parler bien évidemment du chômage, qui n’aurait plus lieu d’être puisque la grève rémunérée viendrait avantageusement s’y substituer, avec primes de fin d’année et d’ancienneté, intéressement aux non-résultats, des semaines entières de grèves façon congés payés, et tout ce qu’on peut imaginer…

Une révolution dans les têtes

Les syndicats eux-mêmes devraient faire leur révolution, inscrire le droit au travail dans leurs revendications, juste pour avoir du slogan à se mettre sous la dent les jours de manifs et rompre avec l’inhumaine, la scandaleuse non-exploitation de l’homme par l’homme, de l’ouvrier par le patron, du fonctionnaire par le système. Sans parler de l’obligation qui leur serait faite de militer pour mettre en place partout dans le pays, dans ses entreprises, une médecine de la grève sur le mode de celle du travail, car il va sans dire que le burn-out consécutif aux cadences infernales constatées au long de trimestres entiers à ne rien foutre causerait des dégâts psychologiques considérables dans la population concernée. Il faudra donc aussi installer dans les gouvernements LFI à venir, ces gouvernements que la France entière attend dans l’enthousiasme, un ministère dédié. Un ministère de la grève rémunérée. Hélas, mauvaise nouvelle pour M. Bagayoko. Il devra renoncer à occuper ce poste des plus enviables, celui de l’emploi-fantôme lui étant d’ores et déjà acquis pour raison de compétence avérée de longue durée dans ce domaine.

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Blocus sauvage des lycées
83 policiers et gendarmes blessés
625 interpellations, hier mercredi.
 
Il serait grand temps que cette violence cesse. Grand temps aussi que les politicards Lfistes qui prennent un malin plaisir à attiser le feu se ressaisissent et, faisant pour une fois preuve de maturité et de responsabilité, appellent au calme.
Que cherchent-ils en vérité ? Le drame ? La bavure gravissime et l’explosion générale qui s’ensuivrait, une guerre civile qui ne dirait pas son nom, le chaos sur lequel ils auraient beau jeu de se jucher pour prendre le pouvoir ?
On n’est pas passé loin d’un tel drame : ce mercredi, un lycéen de Tours a été hospitalisé. L’IGPN est saisie du fait d’un possible tir de LBD.
Pendant ce temps, M. Macron exige que le RN clarifie sa position relativement aux accusations portées par le média militant Mediapart à l’encontre du président de ce parti… On aimerait qu’il exige avec autant de fermeté des clarifications de M. Mélenchon et de ses troupes sur cette stratégie du chaos qu’ils ne cessent de promouvoir • DL

France-Algérie: Sado et Maso continuent de faire le show

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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune lors de la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en Algérie, consolidant le nouveau partenariat stratégique entre les deux pays. Alger, Algérie, le 20 juillet 2026. © PPAgency/SIPA

À peine Paris croit-il avoir renoué le dialogue avec Alger qu’un nouvel épisode vient rappeler l’étonnante stabilité de leur brouille. Derrière les crises successives se cache peut-être moins une incapacité à se réconcilier qu’un étrange équilibre: chacun trouve, pour des raisons différentes, quelque chose à gagner dans la perpétuation du contentieux.


Depuis la fin juillet, les importateurs algériens auraient reçu une consigne simple : ne plus faire figurer les produits français dans leurs plans prévisionnels d’importation, sauf les médicaments. Aucun décret, aucune proclamation martiale. Mais plusieurs sources économiques et diplomatiques interrogées par la presse décrivent la même instruction. Or ces programmes déterminent concrètement les marchandises que les opérateurs peuvent importer. Retirer les produits français revient donc, en pratique, à fermer le robinet sans avoir besoin d’annoncer officiellement un embargo. Marianne a parlé d’un « boycott inavoué ». Le JDD a fini par employer le mot « embargo »1. Il faut reconnaître à la relation franco-algérienne une remarquable constance : elle sait annoncer son amélioration quelques semaines avant de fournir la preuve du contraire.

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Le 28 avril encore, Jean-Noël Barrot expliquait devant l’Assemblée nationale que la reprise du dialogue avait permis de rétablir la coopération migratoire et sécuritaire après un an de blocage. Sa conclusion ne s’embarrassait guère de nuances : « Et cela fonctionne ! » Mi-juillet, l’ambassadeur Stéphane Romatet annonçait depuis Alger qu’« une nouvelle page doit être écrite ». La France travaillait à la normalisation de la relation, tandis que la question des visas revenait elle aussi dans le jeu2.

Et c’est précisément à la fin juillet que les importateurs algériens auraient reçu l’instruction d’éviter les produits français… La proximité chronologique ne prouve aucune causalité. Elle offre simplement un résumé assez réjouissant de la série : réchauffement, déclarations d’amitié, nouvelle page… puis nouvelle crise.

Précédemment dans France-Algérie…

Les scénaristes n’en sont pas à leur première saison. En 2022, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune relancent la relation bilatérale et annoncent la création d’une commission mixte d’historiens chargée de travailler sur la colonisation et la guerre d’Algérie. La Déclaration d’Alger doit servir de feuille de route au « partenariat renouvelé ».

Puis vient juillet 2024. Paris considère désormais que « le présent et l’avenir » du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. Alger rappelle son ambassadeur. Le Quai d’Orsay situe lui-même à cet épisode le début d’une période de tensions inédites : arrêt de nombreuses coopérations, entraves aux acteurs économiques français, incarcération de Boualem Sansal, expulsions réciproques de diplomates, condamnation de Christophe Gleizes3.

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Puis, en 2026, retour au dialogue : Laurent Nuñez à Alger, Alice Rufo à Sétif, Gérald Darmanin à Alger, le ministre algérien de l’Intérieur à Paris. Et de nouveau la coopération consulaire, les visas, la « nouvelle page ». En septembre, l’Institut Montaigne publie justement une étude intitulée France-Algérie : sortir de l’émotion. Le titre a quelque chose d’une prescription médicale : après soixante ans d’indépendance, il faut encore rappeler aux deux pays qu’une relation diplomatique pourrait éventuellement servir à autre chose qu’à rejouer l’histoire. Jusqu’à l’embargo de fait. À ce stade, une question finit par se poser : et si cette interminable réconciliation échouait aussi parce que son échec rend service à ceux qui la mettent en scène ?

Sado et Maso font le show

Le casting paraît immuable. Alger accuse. Paris reconnaît. Alger durcit le ton. Paris cherche l’apaisement. Puis Paris se fâche à son tour, Alger surenchérit et, quelques mois plus tard, chacun entreprend consciencieusement de réparer ce qu’il vient de casser. Nul besoin, pour l’expliquer, de supposer qu’Abdelmadjid Tebboune nourrit une passion particulière pour le fouet, ni qu’Emmanuel Macron ambitionne réellement le rôle du paillasson diplomatique. La caricature devient inutile dès qu’on regarde les publics auxquels chacun s’adresse.

La guerre d’indépendance occupe depuis 1962 une place structurante dans le récit politique algérien. Des travaux universitaires ont notamment étudié la manière dont la mémoire de la guerre de libération a été mobilisée dans les constructions de légitimité successives du pouvoir. Une mémoire peut être historiquement fondée, sincèrement vécue et politiquement rentable4.

Benjamin Stora, historien français spécialiste de l’Afrique du Nord, cérémonie de commémoration du 60e anniversaire du 17 octobre 1961, Colombes, 16 octobre 2021 © Stephane Lemouton-POOL/SIPA

Paris retire autre chose de la scène. La reconnaissance des fautes françaises permet d’afficher lucidité historique, refus du déni et capacité à regarder le passé national sans complaisance. Alger regarde Alger lorsqu’il parle à Paris ; Paris regarde Paris lorsqu’il parle à Alger. Et nul besoin, là non plus, de supposer les acteurs cyniques. Alger peut réellement penser qu’une dette subsiste ; Paris, qu’une nation adulte doit reconnaître ses fautes. Le problème commence lorsque chacun trouve dans son rôle une gratification que la clôture du contentieux ferait disparaître.

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Le dialogue diplomatique devient alors deux monologues intérieurs joués sur une scène internationale. Paris n’a d’ailleurs pas toujours joué Maso. L’épisode Bruno Retailleau a montré l’existence d’une autre partition : rapport de force, pression migratoire, remise en cause possible de l’accord franco-algérien de 1968. Une mission sénatoriale avait elle-même proposé sa renégociation et, en cas d’échec, envisageait sa dénonciation5. Cette fermeté possède elle aussi son public intérieur.

C’est peut-être l’une des difficultés françaises du dossier : l’Algérie sert en France plusieurs politiques intérieures concurrentes. Aux uns, elle permet d’afficher la fermeté ; aux autres, la maturité réconciliatrice. Plusieurs partitions françaises se disputent ainsi une même scène algérienne.

Quand Macron s’adresse à l’homo moralis

Notre vie publique contemporaine est saturée de langage moral. Aux affrontements d’intérêts, de coûts et de résultats se superpose volontiers une course à la vertu. Cette posture a son public naturel : l’homo moralis. Il juge volontiers une politique moins à ce qu’elle produit qu’à la valeur morale qu’elle manifeste. Une décision peut donc échouer dans sa fonction pratique et continuer de lui paraître juste dès lors qu’elle signifie quelque chose de vertueux.

Emmanuel Macron fournit ici un cas particulièrement intéressant parce qu’il connaît parfaitement le problème. En 2021, c’est lui qui accusait le système politico-militaire algérien de s’être construit sur une « rente mémorielle » et évoquait une histoire officielle reposant sur une « haine de la France ». Le constat provoqua une nouvelle crise avec Alger6. Cinq ans plus tard, le 8 mai 2026, l’Élysée envoie Alice Rufo à Sétif et explique le geste en ces termes : « C’est la vérité de notre histoire et c’est l’honneur de la France de la regarder en face. »

Voilà le paradoxe. Le piège a été identifié. Mais le geste conserve sa valeur parce que sa rentabilité ne se mesure pas seulement à Alger. À Alger, une reconnaissance française supplémentaire peut ne solder aucune dette. À Paris, elle peut toujours signifier maturité, lucidité, hauteur morale. Imaginons alors la conversation :

— Cette politique apaise-t-elle durablement la relation avec Alger ?
— Pas vraiment.
— Empêche-t-elle les nouvelles demandes mémorielles ?
— Manifestement pas.
— Renforce-t-elle la position diplomatique française ?
— Ce n’est pas évident.
— Alors pourquoi recommencer ?
— Parce qu’une nation mature doit savoir reconnaître ses torts.

La dernière proposition peut être parfaitement défendable moralement. Elle ne répond simplement pas aux trois questions précédentes. Ce qui échoue comme politique peut parfaitement réussir comme manifestation de vertu.

Et cette vertu rencontre une comptabilité mémorielle singulière. Il serait faux de prétendre que la France aurait ignoré les autres mémoires de la guerre d’Algérie. Emmanuel Macron a demandé pardon aux harkis au nom de la République et une loi de reconnaissance et de réparation a été promulguée en 2022. Il a également reconnu le drame de la rue d’Isly ; l’Élysée a rendu hommage aux victimes civiles d’Oran7. Mais ces reconnaissances appartiennent d’abord au travail mémoriel français. Dans la dramaturgie bilatérale avec Alger, ce sont surtout les fautes françaises — Maurice Audin, Ali Boumendjel, Larbi Ben M’Hidi, Sétif — qui donnent lieu aux gestes diplomatiques les plus visibles. La réciprocité demeure beaucoup moins apparente lorsqu’il s’agit, côté algérien, d’intégrer au récit commun les violences du FLN, les Européens assassinés ou enlevés autour de l’indépendance ou le massacre des harkis.

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La nuance importe : la mémoire française n’est pas univoque ; l’échange mémoriel franco-algérien, lui, reste profondément asymétrique. Le problème n’est donc pas de reconnaître les fautes françaises. Une histoire adulte doit pouvoir toutes les regarder. Il apparaît lorsque la mémoire cesse de servir à comprendre un passé commun pour distribuer durablement dans le présent les rôles de débiteur et de créancier.

Une réconciliation exige de la mémoire. Une dette perpétuelle exige surtout que personne ne délivre jamais de quittance. Une ancienne colonie est-elle condamnée au ressentiment ?

Reste une objection : la singularité franco-algérienne ne serait-elle que la conséquence naturelle d’une colonisation longue et d’une guerre particulièrement meurtrière ?

Le Vietnam fournit un contrepoint utile. La France l’a colonisé. Elle y a mené une guerre sanglante, terminée par Diên Biên Phu. Hanoï n’a nullement effacé cette histoire de sa mémoire nationale. Pourtant, en octobre 2024, la France est devenue le premier pays européen à élever ses relations avec le Vietnam au niveau de partenariat stratégique global. La relation bilatérale continue depuis à s’approfondir.⁸ Vietnam et Algérie ne sont pas interchangeables. Mais le parallèle suffit à écarter une causalité mécanique : le passé colonial n’impose pas à lui seul le présent diplomatique. Depuis le Đổi Mới8, Hanoï a fait du développement économique, de l’insertion internationale et de la diversification de ses partenariats des axes majeurs de sa trajectoire. Sa politique étrangère revendique aujourd’hui indépendance, multilatéralisme et relations avec des partenaires multiples. En Algérie, la guerre d’indépendance conserve une fonction autrement structurante dans le récit national. L’histoire fournit le matériau. Les intérêts du présent déterminent l’usage qu’on en fait.

Une réconciliation qui doit demeurer sans issue ?

L’embargo de fait qui frappe aujourd’hui les produits français n’est peut-être que le dernier épisode d’une série dont chacun connaît déjà les personnages. Paris relance le dialogue. Alger se montre disponible. On annonce une nouvelle page. Une nouvelle crise surgit. Paris durcit le ton. Puis quelqu’un redécouvre les vertus de la discussion et entreprend de remettre la relation sur les rails. Les relations entre États obéissent aussi à des intérêts économiques, migratoires, sécuritaires et stratégiques. Le différend ouvert en 2024 sur le Sahara occidental suffit à rappeler que tout ne se réduit pas à la mémoire.

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Mais un ressort supplémentaire mérite d’être examiné : un conflit peut durer non seulement parce que personne ne sait le résoudre, mais parce que chacun retire quelque chose de la manière dont il le rejoue. Sado a besoin de Maso. Maso, de Sado. À la rente mémorielle d’Alger répond ainsi la rente morale de Paris : l’un peut gagner en légitimité à accuser, l’autre en vertu à s’accuser. Depuis soixante ans, Paris et Alger prétendent vouloir tourner la page. Le problème est peut-être que chacun a encore besoin que l’autre continue de l’écrire.


  1. Marianne, « En Algérie, le boycott inavoué du made in France », n° 1542, 2026 ; Louise Dugast, « L’Algérie frappe d’embargo la quasi-totalité des produits français », Le Journal du Dimanche, 30 septembre 2026. ↩︎
  2. Jean-Noël Barrot, réponse à une question au Gouvernement sur les relations avec l’Algérie, Assemblée nationale, 28 avril 2026 ; Makhlouf Mehenni, entretien avec Stéphane Romatet, « Une nouvelle page doit être écrite », TSA, 15 juillet 2026. France Diplomatie ↩︎
  3. France Diplomatie, « Algérie – Politique et économie », mise à jour du 17 août 2026 ; Michel Duclos et Augustin Motte, France-Algérie : sortir de l’émotion, Institut Montaigne, septembre 2026. France Diplomatie ↩︎
  4. Jonathan N. C. Hill, « Remembering the War of Liberation: Legitimacy and Conflict in Contemporary Algeria », Small Wars & Insurgencies, vol. 23, n° 1, 2012, p. 4-31. ↩︎
  5. Sénat, Commission des lois, Les instruments migratoires internationaux : mettre fin à la cacophonie – 18 recommandations pour une politique migratoire internationale plus cohérente, rapport n° 304, 2025. ↩︎
  6. Le Monde, « France-Algérie : les dessous de la crise diplomatique », 22 octobre 2021 ; Présidence de la République, communiqué relatif au déplacement d’Alice Rufo à Sétif, 8 mai 2026. Le Monde ↩︎
  7. Présidence de la République, « Réception consacrée à la mémoire des Harkis », 20 septembre 2021 ; « L’histoire des rapatriés d’Algérie est celle de la France », 26 janvier 2022 ; « Journée nationale d’hommage aux Morts pour la France pendant la guerre d’Algérie », 5 décembre 2022. elysee.fr ↩︎
  8. Đổi mới, « changer (đổi) nouveau (mới) » ou « renouveau » en vietnamien, ou aussi appelée politique du renouveau est une réforme économique majeure entamée par le Viêt Nam à partir de 1986. ↩︎

Des plaisirs honteux de la dictée à l’orthographe comme nouveau fascisme

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Fernandel, "Topaze", film de Marcel Pagnol, 1951. DR.

Jusque dans les années quatre-vingt-dix, l’entame des journées était régie par un rituel immuable pour les écoliers : aux salutations d’usage suivies des appels au calme succédait la dictée matutinale, torture pour les uns, plaisir inavouable pour les autres. Ainsi sont nées des générations aguerries aux difficultés du français et déflorées au contact des charmes de la langue de Molière.

C’était mieux avant

L’époque n’était déjà plus celle des hussards noirs, selon l’expression de Charles Péguy ; les professeurs ne portaient plus la blouse, mais étaient toujours vêtus avec élégance et sans impudeur. Ils dictaient le texte du jour avec une scansion qui facilitait la clarté et une prosodie qui trahissait la solennité du moment. Les temps n’étaient plus aux coups de règles sur les doigts coupables, mais il n’était pas question que les maîtres récitassent le texte à la façon de Fernandel dans Topaze : « Les moutons étaient en sûreté dans un parc. Des moutons. Mouton-sss (…) Les monton-s étaie-ent. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas qu’un mouton ». 

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Et les écoliers, dans leurs uniformes sans pli ni surplis, tentaient de retranscrire sans faute, retenant leur souffle à chaque difficulté. Les plus matois, à moins que ce ne furent les plus tricheurs, jetaient alors un coup d’œil furtif autant que discret sur la copie du voisin, sans savoir si celui-ci était certain de ce qu’il venait de coucher sur le papier. L’enfance avait alors la couleur bleue de l’encre qui s’écoulait telle la rosée sous la plume des stylos. Sur le banc était allongé un buvard de couleur verte dont aucun ne comprenait vraiment l’utilité.

La langue, notre patrie

A l’heure de la remise des copies, chacun portait chaque faute commise comme une honte marquée au fer rouge par le professeur, pire comme une offense faite à une religion séculière, un crime de lèse-majesté, une trahison à la mère-patrie, la langue française. O tempora, o mores. L’orthographe atteint aujourd’hui des niveaux d’indécence frisant avec l’épouvante ; les fautes se multiplient et leurs auteurs ne se pâment plus de gêne ; elles seraient presque « stylées » dans une époque sans stylo – et donc sans goût – ; d’ailleurs, à quoi bon s’en faire puisque nous utiliserons bientôt plus que des émoticônes.

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Pour ses contempteurs, l’obligation sociale d’écrire sans faute condenserait en elle toutes les discriminations dont les sectateurs de l’époque tentent de se défaire à coups de sécateur. Et tant pis si le triomphe de la dysorthographie est une énième manifestation du nivellement par le bas, en réalité le très bas, le fond, les bas-fonds, jusqu’aux tréfonds de l’intelligence. Et cela ne gêne pas grand monde : il suffit de voir la suffisance de ces gens qui insultent sur les réseaux sociaux sans être capables d’aligner trois mots sans faute. On s’amuse d’ailleurs de voir Éric Naulleau s’ériger en redresseur de torts orthographiques et les corriger.

À rebours de ce discours, l’orthographe est certainement la plus belle des discriminations, parce qu’elle porte la marque de l’effort, d’une plongée passionnée et attentive dans les livres, d’une acquisition progressive de règles. On se demande d’ailleurs pourquoi vouloir être multilingue quand on ne maîtrise pas pleinement sa langue maternelle, si ce n’est à vouloir privilégier la quantité sur la qualité.

Bonjour le niveau 

Le constat est d’autant plus dramatique que la langue française souffre d’autres maux tout aussi inquiétants. Le premier d’entre eux est la carence en vocabulaire, pourtant la sève qui vient alimenter le discours, écrit ou oral, et à introduire subtilité et nuance dans le langage. Le deuxième est l’incapacité à formuler une phrase en respectant la syntaxe la plus élémentaire : sujet, verbe et, pour les plus audacieux, un ou plusieurs compléments, avec, dans le cas d’une tournure interrogative une inversion du sujet avec le verbe. La troisième des lacunes, et on arrêtera là l’énumération, est l’incapacité à maîtriser les temps par l’utilisation de la concordance idoine.

Rassurons-nous, tant que nous le pouvons : aussi longtemps qu’il y aura des professeurs s’échinant à dicter que des moutons sont en sûreté dans les parcs et des élèves pour le gribouiller, le calligraphier ou simplement l’écrire sans faute, il restera un espoir, celui de ne pas voir la langue française passer à la trappe, victime d’une époque peu exigeante. Dans le cas contraire, il resterait, sur un bout de table, un buvard vert pour absorber nos larmes et nos souvenirs.

Flydubai: faits et hypothèses

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Aéroport de Tel Aviv, 30 septembre 2026 © Ariel Schalit/AP/SIPA

Poignardé par son copilote en plein ciel, le commandant d’un vol Dubaï-Tel-Aviv aurait été sauvé par une intervention héroïque après une chute vertigineuse de 4 300 mètres: récit de cette catastrophe évitée de justesse, présentée en Israël comme une attaque terroriste.


Les premières informations sur le vol Flydubai reliant Dubaï à Tel-Aviv, le 30 septembre, ont fait resurgir les souvenirs d’une autre époque, celle des pirates de l’air, que l’on croyait révolue. Des signaux de détresse, une descente brutale, puis un déroutement vers l’Arabie saoudite. L’hypothèse d’un détournement a circulé, tandis que des récits contradictoires alimentaient l’inquiétude.

Image d’archives.

Une chute de 14 000 pieds

Selon plusieurs médias, l’appareil transportait 174 passagers, dont 27 enfants. Ces chiffres restent à confirmer par la compagnie, les premières dépêches ayant donné des effectifs différents. Le nombre exact de stewards et d’hôtesses présents à bord n’a pas été établi dans les informations disponibles.

Le tableau s’est ensuite précisé. Selon des responsables israéliens, le copilote aurait poignardé le commandant de bord au cours d’une violente lutte dans le cockpit. Les données de suivi du vol indiquent une chute de près de 14 000 pieds, soit environ 4 300 mètres, en moins de trente secondes. Les deux pilotes ont été hospitalisés après l’atterrissage à Tabuk (nord-est de l’Arabie Saoudite NDLR).

Alors, que sait-on à ce stade ? Les premiers éléments permettent d’esquisser un scénario, mais plusieurs étapes décisives restent à confirmer, notamment les circonstances de l’accès au cockpit et de la reprise des commandes.

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Les identités des pilotes ne sont pas encore établies publiquement avec certitude. Le copilote soupçonné de l’agression est présenté comme omanais par les responsables israéliens et plusieurs médias. Concernant le commandant blessé, les versions divergent. i24NEWS le présente comme émirati, tandis qu’un passager ayant participé à l’intervention, interrogé par le journal israélien Calcalist, le dit indien, ce qui n’est pas nécessairement une contradiction. Car il pourrait s’agir d’ethnie et de nationalité. Ce même témoin décrit le pilote venu reprendre les commandes comme originaire des Fidji. Ces indications doivent donc rester attribuées à leurs sources.

Sur X, des comptes spécialisés dans ce domaine proposent une reconstitution provisoire permettant de relier les différents éléments rapportés. Selon eux, une lutte aurait commencé à l’altitude de croisière. L’agression du commandant se serait accompagnée d’une tentative de sabotage des commandes. On ignore si le pilote automatique a été désengagé pendant l’affrontement, mais l’appareil aurait alors été engagé dans une descente très prononcée.

L’intervention des passagers commence à être documentée par des témoignages directs. Tzvika Mans, cadre chez Bank Leumi, a raconté à Calcalist être entré dans le cockpit avec deux autres voyageurs pour maîtriser l’agresseur. Selon son récit, sa femme, qui avait entendu des cris près du poste de pilotage, avait alerté un pilote présent à l’extérieur. Celui-ci aurait ouvert la porte, puis les trois passagers seraient intervenus. Un pilote supplémentaire aurait pris les commandes, tandis qu’un médecin présent à bord aurait soigné le commandant blessé.

Comment le cockpit a-t-il été rouvert ?

Un autre témoignage, repris par i24NEWS, décrit des passagers installés à l’avant se précipitant vers le cockpit, puis l’intervention de deux pilotes qui voyageaient à l’arrière. L’un d’eux aurait stabilisé l’appareil.

L’ouverture de la porte aurait ainsi constitué un moment décisif. Le commandant aurait pu l’ouvrir pendant la lutte, mais le témoignage de M. Mans attribue cette ouverture au pilote présent à l’extérieur. Tout en effet dépend de l’état du verrouillage et d’une éventuelle autorisation donnée depuis le cockpit et l’enquête devra préciser ce point essentiel. Une porte maintenue verrouillée de l’intérieur aurait, en tout cas, considérablement compliqué l’intervention.

Le précédent de Germanwings rappelle ce que cette situation peut avoir de tragique. Le 24 mars 2015, le copilote allemand Andreas Lubitz, resté seul dans le cockpit après la sortie du commandant, avait empêché celui-ci de revenir et volontairement engagé l’appareil dans une descente jusqu’à son écrasement dans les Alpes françaises, tuant les 150 personnes à bord. La porte sécurisée avait empêché toute intervention. Dans le cas de Flydubai, l’accès au poste de pilotage aurait au contraire permis d’interrompre l’agression.

Selon des témoignages l’appareil aurait également subi des dommages à l’empennage, notamment à la gouverne de direction. Les causes possibles pourraient être la descente brutale et des mouvements brusques sur les pédales pendant la lutte. Cette gouverne commande les mouvements du nez vers la gauche ou la droite, et non directement le piqué. L’origine et l’étendue des dégâts devront être précisées par l’examen technique.

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Un pilote supplémentaire, présent à bord pour assurer le vol retour, aurait finalement repris les commandes et posé l’avion à Tabuk. Le scénario repose donc sur deux étapes avec dans un premier temps la mise à fin à la violence dans le cockpit, puis la reprise du contrôle de l’appareil. Maîtriser l’agresseur ne suffisait pas car il fallait encore vérifier la réponse des commandes et bien entendu rejoindre un terrain et atterrir avec un avion abîmé…

Selon le Times of Israel, un appareil spécialement dépêché par Flydubai a atterri à Tabuk, moins d’une heure de l’aéroport Ben Gourion, pour récupérer les passagers, et l’embarquement a commencé. Israël avait également cherché à envoyer un avion, mais cette initiative ne semblait pas avoir reçu l’autorisation saoudienne. À ce stade, c’est donc un vol de remplacement de la compagnie émiratie qui devait ramener les passagers en Israël.

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À la Mairie de Paris, le début de mandat est déjà celui des renoncements

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Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, prenant part à la 49ème édition du Marathon de Paris, avenue des Champs-Élysées, à Paris, le 12 avril 2026. © Stephane ALLAMAN/SIPA

Valérie Montandon passe ici au crible les premiers choix d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris. De Bercy-Charenton à la tour Eiffel, en passant par l’incinérateur Thermo-sur-Seine à Vitry, trois dossiers révèlent selon elle la méthode du nouveau maire: beaucoup de communication, des principes à géométrie variable et une concertation souvent réduite à une formalité.


Les premiers mois d’un mandat devraient donner un cap, lancer des projets, affirmer des principes. Ceux d’Emmanuel Grégoire dessinent au contraire une inquiétante succession de renoncements : renoncement à aménager, renoncement à défendre nos valeurs, renoncement, enfin, à une écologie exigeante et à une véritable concertation. Trois dossiers, trois symptômes d’une même méthode : beaucoup de communication et de gesticulation sur les réseaux sociaux, mais, quand vient le moment de décider et d’assumer, le réel rattrape les slogans.

Premier renoncement : Bercy-Charenton

Dix-sept ans d’études, de révisions, de dépenses et de négociations pour finir par abandonner l’aménagement de l’une des dernières grandes réserves foncières de Paris ! Quel gâchis, dans une capitale où le logement manque cruellement. La Chambre régionale des comptes alertait pourtant dès 2024 : « Un nouvel équilibre financier reste à trouver. » La Ville le savait. Elle a néanmoins poursuivi, tête baissée, sans jamais sécuriser l’équation économique et métropolitaine du projet. Des artisans des tunnels Baron-Le-Roy ont dû plier bagage dans la douleur pour laisser place à un aménagement qui n’aboutira pas comme prévu. Faut-il rappeler qu’Emmanuel Grégoire connaît ce dossier depuis des années et qu’il en a personnellement porté la refonte lorsqu’il était en charge de l’urbanisme ? Nous n’avons cessé, depuis 2011, d’alerter sur ce projet mal né. Devenu maire, il renonce. Voilà où mène la continuité politique : à l’abandon.

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Un hindou dans la ville

Deuxième renoncement : celui des valeurs. À la tour Eiffel, des salariées ont été écartées, remplacées ou invitées à s’invisibiliser lors de la visite d’une délégation religieuse qui souhaitait limiter les interactions avec les femmes. Dans le monument symbole de Paris et de la France, une demande discriminatoire a donc pu être traduite en consignes professionnelles. Puis sont venues l’indignation officielle, les enquêtes et les versions contradictoires sur qui savait quoi. On nous expliquait d’abord que la direction n’était pas informée ; des informations publiées depuis indiquent que le directeur général conduisait lui-même la visite. Le départ annoncé du directeur général ne saurait pourtant refermer à lui seul cette affaire. La question demeure de savoir comment la Ville et ses représentants au conseil d’administration ont exercé leur contrôle sur une société détenue à 99 % par Paris, alors que la Chambre régionale des comptes en avait déjà relevé les insuffisances. L’égalité femmes-hommes ne peut pas être un principe de communiqué que l’on redécouvre après coup, une fois piétiné sur le terrain. À la tour Eiffel, il ne s’agit pas d’une simple faute de management, mais bien d’un renoncement symbolique majeur.

Des renoncements qui ne doivent rien au hasard

Troisième renoncement : celui d’une écologie cohérente et de la concertation. Avec Thermo-sur-Seine, Paris a voté un projet industriel majeur à Vitry-sur-Seine (94) avant même que les habitants et les collectivités directement concernés n’aient pu en débattre. Le projet prévoit de brûler environ 450 000 tonnes de combustibles issus de déchets par an, notamment des CSR (combustibles solides de récupération) et du bois B. Emmanuel Grégoire a lui-même voté le contrat. Depuis, certains élus qui avaient soutenu la délibération ont pris leurs distances avec le projet ou exprimé des réserves, tandis que plusieurs élus et collectivités du Val-de-Marne dénoncent les conditions dans lesquelles il a été décidé.

Quant à la concertation officielle, elle ne s’est ouverte qu’après le vote et l’attribution du contrat. On vote d’abord, on concerte ensuite : curieuse conception de la démocratie locale ! Nous ne connaissons hélas que trop ces semblants de concertation où tout est décidé à l’avance.

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Sur ces trois dossiers, le même décalage apparaît. Sur les réseaux sociaux, le maire commente, condamne, promet la transparence et affiche ses principes. Mais gouverner, ce n’est pas réagir après la crise. C’est prévoir, arbitrer et assumer.

Sur l’incinérateur, la concertation avec les communes riveraines dès l’origine et des études objectives, plus approfondies sur ses effets, étaient à portée de main. Sur Bercy-Charenton, une autre voie existe depuis le début : un projet à taille humaine, équilibré entre logements, espaces verts et activités, respectueux du patrimoine et du site. Paris a d’ailleurs déjà prouvé qu’elle savait voir loin : lorsque Jacques Chirac lance Paris Rive Gauche en 1991 sur des emprises ferroviaires, construire au-dessus des voies était complexe et coûteux, mais la volonté politique, la continuité et la capacité de regarder au-delà d’une mandature ont fait aboutir le projet. Quand un maire a une vision, il avance ; quand il n’a que la com, il se donne l’illusion du mouvement, et Paris recule.

Sur les pas de Ian Fleming en Suisse

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Monique Panchaud de Bottens et Ian Fleming au bord du lac Léman. Photo retouchée DR.

Parmi les dizaines de millions de lecteurs de Ian Fleming (1908-1964) et parmi les innombrables spectateurs des films tirés de ses romans, qui sait encore que l’auteur des aventures du flamboyant espion de Sa Gracieuse Majesté eut la Suisse francophone pour cadre de vie, à une époque cruciale de son existence ?


C’est tout l’arc lémanique qui fut le décor enchanteur d’une belle partie de la jeunesse du futur écrivain anglais : depuis Genève, à l’ouest, jusqu’à l’extrémité orientale du lac Léman, au village des Avents, dans les Alpes vaudoises. La carte des territoires jouxtant le lac et explorés par Fleming, joyeuse et colorée comme on les éditait à l’époque, ouvre le guide que Cornelius Schregle consacre aux années suisses de Ian Fleming, de 1908, année de sa naissance, jusqu’à 1963, un an avant sa mort.

Dans sa petite enfance en effet, et jusqu’en 1913, alors que son frère ainé était soigné par un médecin de Lausanne, Ian Fleming était transporté chaque année en famille à Ouchy. Comme on était fortuné, on descendait à l’Hôtel Beau Rivage, l’un de ces magnifiques palaces édifiés en Europe entre la fin du XIXe siècle et les débuts du XXe, ce Beau-Rivage où, bien plus tard, en 1961, seraient signés les contrats qui allaient permettre l’adaptation des aventures de James Bond au cinéma. C’est là, sur cette superbe riviera vaudoise, avec le lac de Genève à ses pieds et les Alpes françaises face à lui, que Fleming fera naître cet amour des paysages de montagnes qu’on retrouve dans nombre de ses romans. Tout comme à Saint-Moritz d’ailleurs où l’honorable famille de feu le banquier Valentine Fleming, son père, mort en 1917, séjournera tout un été, en 1924, au sein des paysages moins aimables sans doute, mais si imposants de l’Engadine, paysages qu’on retrouvera dans Au Service secret de Sa Majesté.

Goldfinger

Bien plus tard, après avoir dûment souffert au Collège d’Eton et à l’Académie militaire de Sandhurst d’une discipline qui l’étouffait, puis s’être épanoui au sein d’une institution remarquablement ouverte d’esprit en Autriche, Ian Fleming débarque à Genève à la fin de l’été de 1929. Il a 21 ans, il y arrive en conquérant dans une superbe voiture au luxe un peu tapageur et il est inscrit à l’Université, en faculté de psychologie et d’anthropologie, dans le but de passer bientôt le concours d’entrée au Foreign Office, à Londres. Car son impérieuse génitrice le veut diplomate. Cependant, il ne s’attardera guère dans les bâtiments de la rue de Candolle alors qu’il lui apparaît bien plus divertissant de traîner ses guêtres dans les bars et brasseries de Genève, comme la Bavaria, rue du Rhône, là où, dans son roman Goldfinger, il fera un jour dîner James Bond, lequel James Bond sera descendu à l’Hôtel des Bergues, l’un des plus élégants établissements de la cité lacustre.

Carl Jung

Pour se loger lui-même durant ce séjour qui se devrait studieux, le jeune Fleming loue plus prosaïquement une chambre rue Rodolphe Töpffer, dans l’un des plus beaux quartiers de la ville, chez une physiothérapeute, Tina Keller, amie de Carl Jung, grâce à laquelle il découvrira avec enthousiasme les travaux de ce dernier et dans la foulée traduira en anglais, avec l’accord amical du célèbre psychiatre, une conférence prononcée par lui sur Paracelse. Chez Tina Keller qui reçoit beaucoup et s’entoure d’une société aussi diverse que cultivée, Ian Fleming mène la vie qu’il aime, dissipée, mondaine, mais avec des gens intelligents.

En 1930, toujours dans la perspective d’une carrière dans la diplomatie, Ian Fleming obtient d’effectuer à la SDN un stage devant servir à son entrée au Foreign Office. Le voilà donc engagé brièvement à la Société des Nations et doté d’un bureau donnant sur le lac au sein de l’imposant bâtiment de l’Hôtel National alors affecté à la SDN et aujourd’hui nommé Palais Wilson.

Il y rencontre un autre sujet britannique, James Eric Drummond, comte de Perth, qui n’est autre que le secrétaire général de la SDN. L’un et l’autre ont étudié à Eton, l’un et l’autre sont passionnés de golf. Ils s’entendent à merveille et c’est à Divonne-les-Bains qu’ils se retrouveront pour assouvir leur passion commune au club de golf de la station. Des parties de golf qui se retrouveront dans Goldfinger.

Une jeune femme émancipée

C’est à cette époque encore, et toujours à Genève, au cours d’un bal comme il s’en donnait alors dans les bonnes maisons, que Ian Fleming fait la connaissance d’une femme à la personnalité sans doute remarquable. Monique Panchaud de Bottens est la fille d’un gentilhomme vigneron qui, dans le Pays de Vaud, à Vich dont il est le maire, gère son domaine viticole. La mère de Monique, une Française née d’une famille de soyeux lyonnais, est dotée d’un beau talent de sculptrice. Elle exécutera une belle tête en bronze de celui qui deviendra l’amant de sa fille. Car entre Ian et Monique, c’est le coup de foudre. Elle fait partie de ces nombreuses femmes à l’esprit libre et aventureux qui se sont étrangement épanouies au sein d’une société helvétique francophone terriblement provinciale et très à cheval sur les conventions. Lui apparaît à cette jeune fille intelligente et émancipée infiniment plus séduisant que ces godelureaux genevois ou vaudois bien sous tous les rapports, mais fades, contents d’eux-mêmes et assommants à périr.

Entre Ian Fleming et Monique de Bottens naît ainsi une passion foudroyante et lui est accueilli avec chaleur dans le domaine de Vich par une famille très ouverte d’esprit.  

Pour se rapprocher de sa belle, il s’installe à Coppet, tout petit village d’une exceptionnelle beauté en bordure du lac et que domine le château qui fut celui de Jacques Necker, ministre de Louis XVI, et de sa fille, Germaine de Staël-Holstein. Et séjourne à l’Hôtel du Lac où l’auteur de ce guide qui lui est consacré a récemment déterminé les autorités municipales à faire apposer une plaque commémorant le séjour de l’écrivain dans le village.

Les deux amants parcourent toute la région au volant la Buick noire roadster du jeune Anglais, automobile dont Monique prend souvent le volant en jeune fille moderne qu’elle est. Ils dînent et se baignent à Prangins où à Nyon, font du ski à Saint-Cergue et dévalent le col de la Faucille qui s’abîme dans un décor fascinant vers le lac de Genève. Tous lieux que recense le guide avec force photographies d’époque, lesquelles confèrent un charme indéniable à l’ouvrage.

Échec au Foreign Office

Mais cette folle passion éloigne quelque peu Ian Fleming du but que lui a fixé sa famille. Quand il regagne Londres, il échoue lamentablement au concours d’entrée du Foreign Office, dans le domaine de la dissertation anglaise en particulier, lui qui, sans jamais devenir un grand écrivain, sera un écrivain lu dans le monde entier. C’est un camouflet terrible pour Fleming, pour son entourage, et sa mère, dans sa fureur, va ruiner la relation de son fils avec la jeune Suissesse.

Quand la jeune femme se rend dans la famille des Fleming, bien accueillie par les grands parents de son fiancé, elle est violemment rejetée par la mère qui la renvoie même hors de chez elle. Monique et Ian se reverront néanmoins, à la faveur de voyages qu’effectue ce dernier pour l’agence Reuters où il s’est fait engager en tant que journaliste. Mais avec une méprisable lâcheté, devant la perspective d’une rupture avec sa famille et son milieu, et surtout la peur de se retrouver sans fortune, Fleming va trahir sa passion et précipiter sa rupture avec Monique Panchaud de Bottens. 

Monique étant l’original…

Sacrifier son amour pour obéir aux convenances et pour assurer son confort matériel quand on a 25 ans, c’est quelque chose de si misérable qu’il en nourrira sans doute des remords toute sa vie. Cependant la délaissée servira de modèle à nombre de figures féminines des futurs romans du parjure. « Ces femmes libres, intelligentes et indépendantes qui traversent les aventures de Bond… étaient autant de variations d’un même modèle, Monique étant l’original », commente l’auteur du guide.

Fleming reviendra maintes fois en Suisse, ne serait-ce que pour rendre visite à Charlie Chaplin dans son manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey. Ou à Noël Coward qui a acquis un chalet au village des Avants.   

Il y séjourne encore en 1963, un an avant sa mort, afin d’effectuer un entretien avec Georges Simenon dont il admirait tant les romans policiers, mais qui, avance Cornelius Schregle, n’ouvrit sans doute jamais un seul livre de Fleming. Cet entretien entre deux auteurs à succès sera publié par deux fois la même année, au Sunday Times, puis dans le Harper’s Bazaar.

Trente ans après

C’est à l’occasion de ce dernier voyage, trente ans après sa trahison, qu’il tentera de revoir celle à laquelle il avait si piteusement renoncé. Devenue Monique de Mestral (elle est l’épouse de l’inventeur du velcro), encore blessée et toujours amoureuse probablement, redoutant l’épreuve de revoir quelqu’un qu’elle avait si profondément aimé, celle-ci refusera dignement de le recevoir. Elle s’éteindra trente ans après lui, en 1994, inhumée au cimetière de Vich. Dans son ultime roman paru en 1964, On ne vit que deux fois, Fleming attribuera le prénom de Monique à la mère de James Bond dans l’avis de décès fictif publié dans The Times.

Tout cela se raconte avec force citations et commentaires. Tous ces lieux sont dûment répertoriés dans un livre débordant d’illustrations du temps, édité soit en anglais, soit en français, et dans ce cas rédigé parfois dans un style pour nous un peu exotique, tel qu’il se pratique chez nombre de Suisses romands.

Auteur d’un ouvrage considérable, Backdrop Switzerland (Editions de L’Age d’Homme), qui répertorie tous les films que des cinéastes du monde entier vinrent tourner en Suisse, Cornelius Schregle, a travaillé comme chargé de repérages pour HBO à Los Angeles où il devient Talent Manager. Il enseignera également l’écriture de scénario dans une école de cinéma à Genève.

C’est en particulier ce travail de repérage pour Hollywood qui lui a donné le goût de redécouvrir les sites où avait vécu Ian Fleming autour du lac Léman, lieux largement oubliés (Fleming n’est ni Voltaire, ni Lamartine, ni Byron, ni Shelley, ni Hugo, ni Rilke, il s’en faut de beaucoup), mais qui ont, et c’est là le plus important pour les lecteurs des romans comme pour les spectateurs des films, servi de cadre aux aventures rocambolesques de James Bond. Rocambolesques, et cela jusque dans la très sage Suisse, ce qui tient assurément du prodige 


Sur les pas de Ian Fleming en Suisse
180°Editions
Edition en français ou en anglais
Version papier en librairie : 20 francs
Publication en ligne sur www.180editions.ch

Ménard à la barre (des accusés)

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Robert Ménard © Hannah Assouline

OQTF non exécutées. Le maire de Béziers est jugé aujourd’hui à Montpellier. Il encourt jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros ainsi qu’une peine d’inéligibilité, pour avoir refusé de marier un Algérien en situation illégale. Elisabeth Lévy revient sur cette affaire dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.



Robert Ménard, jugé aujourd’hui à Montpellier pour avoir refusé de marier un Algérien sous OQTF risque l’inéligibilité. Il y aura de l’écharpe tricolore devant le tribunal de Montpellier car Robert Ménard a reçu le soutien de David Lisnard, président de l’AMF, de Bruno Retailleau et de nombreux élus.

Le 7 juillet 2023, le maire de Béziers refuse de célébrer le mariage d’Eva Marty, Française, et de Mustapha Belkacemi, Algérien sous OQTF pour défaut de titre de séjour. « Je ne peux pas marier quelqu’un qui ne devrait pas se trouver là », dit-il. Le couple et les inévitables associations portent plainte. Le procureur pourrait classer sans suite mais décide de poursuivre.

Deux semaines après, le gars est expulsé, comme quoi quand on veut, on peut. Trois ans plus tard, les tourtereaux se disent oui en Algérie et le 24 septembre les services de l’état-civil de Nantes valident l’union, ce qui signifie qu’ils sont mariés aussi légalement que si Robert Ménard l’avait fait. L’heureux époux obtiendra certainement le visa qu’il a demandé pour revenir dans notre beau pays.

Je sens votre irritation mais les époux semblent avoir la loi pour eux  

En tout cas, son interprétation par des juges qui donnent toujours raison à l’individu contre la collectivité. Sauf que, comme dit le Pape, tout ce qui est légal n’est pas moral. Le cas Ménard pourrait devenir un casse-tête insoluble. On verra comment la Justice tranchera ce nœud gordien.

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Il y a quelque chose de suicidaire dans cette façon de dérouler le tapis rouge des droits individuels devant des gens qui se foutent de nos lois avec bonne conscience. Emmanuel Macron lui-même a qualifié la situation de Ménard d’ubuesque. Sauf que s’il avait tenu sa promesse d’exécuter 100% des OQTF, on n’en serait pas là.

Une proposition de loi interdisant le mariage aux étrangers en situation irrégulière, votée par le Sénat, est sur le bureau de la Commission des lois de l’Assemblée. En supposant qu’elle soit adoptée, elle sera probablement invalidée par le Conseil constitutionnel, ou contrée par la Cour européenne des droits de l’Homme puisque le droit européen garantit à chacun le droit à une vie familiale normale. On ne va pas opposer la rigueur de la loi à l’amour ! En attendant, puisque j’ai le droit à une vie familiale normale, j’exige que l’État ou l’UE ou la CEDH me fournissent sans délai un mari, des enfants et un chien.

Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Jacques Cordoze, du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio.

Lettre à Clara

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LFI joue-t-elle seulement à faire peur?

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Des élèves bloquent l'accès au lycée technique Frédéric Bartholdi en Seine-Saint-Denis, le 28 septembre 2026. Le maire Bally Bagayoko a été aperçu tout sourire face aux fauteurs de trouble dans des vidéos très commentées © Frederic MUNSCH/SIPA

Tirs de mortiers, incendies de poubelles, dégradations, affrontements et 164 interpellations: les blocages de lycées ont pris une tournure inquiétante. Mais Jean-Luc Mélenchon dénonce une «répression» qu’il juge raciste et appelle les Insoumis à s’interposer entre les élèves et les forces de l’ordre.


On a pu penser, il y a quelque temps, que Jean-Luc Mélenchon avait troqué, à sa manière et pour d’exclusives raisons tactiques, l’habit du loup pour celui de l’agneau. Il avait changé de ton et s’était métamorphosé en débatteur brillant, mais à peu près courtois. Qu’on se souvienne du premier débat médiatique réunissant tous les candidats sur LCI ! Était-ce seulement une illusion ? Tout démontre, ces derniers jours, que Jean-Luc Mélenchon, sur la forme comme sur le fond, est reparti sur le même mode provocateur qu’auparavant, avec une telle intensité et dans tant de domaines qu’il est permis de s’interroger : n’a-t-il pas d’autre visée que de nous faire peur, en intégrant à ses propos les risques de violence et de désordre que beaucoup de citoyens décèlent ?

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Mots scandaleux

La contestation qu’il inspire et favorise dans les lycées — Bally Bagayoko n’est pas en reste — n’a rien d’habituel : elle ose des formules scandaleuses (répression, sauvagerie et racisme), elle incite aux violences urbaines, comme l’a dénoncé le ministre de l’Intérieur. Son souci n’est pas de répondre aux mille maux des collèges et des lycées, mais de faire d’eux des poudrières.

La politique de la surenchère

Sur tous les thèmes qui agitent le débat public, son obsession, devenue un réflexe, est de pousser les feux au maximum afin qu’on ne puisse plus examiner lucidement les difficultés et le réel, à réformer éventuellement, mais que l’on soit seulement plongé dans l’effervescence, la brutalité de la pensée, la menace par le verbe, une incandescence de tous les instants. Il faut tristement accepter ce constat pour la France : au bord du gouffre, des irresponsables désirent l’y jeter.

On ne fera pas croire que l’intelligence cynique et dominatrice de Jean-Luc Mélenchon le détourne de la catastrophe qu’il met en œuvre, ni que sa vision des choses n’intègre pas le fait que tout ce qu’il dit et accomplit constitue un moyen implacable d’être battu, même si, apparemment, Édouard Philippe est sur une pente descendante au regard d’une possible présence au second tour1.

Mélenchon écrasé par Le Pen dans les sondages

Aussi arrogant que puisse apparaître le comportement de Jean-Luc Mélenchon — son talent ne justifie pas tout —, il n’ignore pas qu’une partie de certaines banlieues et une part de la jeunesse ne suffiront pas à le placer sur le pavois suprême. D’autant qu’il nourrit sans cesse des forces centrifuges qui semblent l’éloigner de la conquête du pouvoir, comme si son objectif n’était plus de l’exercer, mais de le rendre inutilisable pour le successeur d’Emmanuel Macron.

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Sinon, comment comprendre ces évolutions suicidaires qui le conduisent, assisté par Clémence Guetté, sur un mode de plus en plus choquant, à fustiger l’Ukraine, à souhaiter qu’on la prive des moyens de se défendre et, en définitive, à retrouver sa nature profonde : cette inclination à apprécier et à cultiver les dictateurs, en l’occurrence Poutine, par une sorte de similitude perverse avec son propre tempérament ?

Quelle que soit la haute opinion qu’il a de lui-même et l’idolâtrie de la Cour qui le flatte, il ne peut être aveugle à cette donnée : un second tour, aujourd’hui, le verrait écrasé par Marine Le Pen, créditée de 69 %, même s’il pourrait toujours compter sur Mediapart pour lancer des boules puantes d’ancienne date , vraies ou fausses, contre ses adversaires…

Jean-Luc Mélenchon, s’il n’a d’autre dessein que de « bordéliser » notre pays pour, après 2027, se poser en restaurateur d’un climat dégradé par la violence, le désordre et un incivisme sauvage qu’il aurait lui-même contribué à créer, poursuit une étrange stratégie : dilapider ses infimes chances d’être élu.

Le titre de mon billet n’est ni un paradoxe ni une interrogation dénuée de sens. Dans l’excellent Crépuscule des princes, de Jérémy Marot et Pauline Théveniaud, Xavier Bertrand, comme souvent plus lucide sur les dérives d’autrui que sur son propre avenir, considère lui aussi que Mélenchon ne veut pas être élu mais, une fois le successeur connu, obtenir un « brevet républicain » par ses entreprises de prétendu pacificateur… Il joue à nous faire peur. Encore faudrait-il ne pas lui donner le plaisir de gagner à ce jeu.

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  1. https://www.valeursactuelles.com/politique/presidentielle-2027-jean-luc-melenchon-passe-devant-edouard-philippe-et-sinstalle-comme-le-principal-rival-de-marine-le-pen ↩︎

Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm, deux vies pour Mozart

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Les musiciens Yaïr Benaïm et Dana Ciocarlie. DR.

Elle est née en Roumanie, lui en Israël. Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm ont fini par se rencontrer à Paris, où leurs chemins musicaux se croisent depuis plus de vingt ans. Le 4 octobre, à la Salle Cortot, la pianiste et le chef d’orchestre poursuivront avec l’Open Chamber Orchestra leur aventure commune autour des concertos de Mozart…


Pour qui ne fréquente pas assidûment les salles de musique classique, leurs noms ne disent peut-être rien. Pourtant, derrière eux se cachent deux vies qui pourraient presque fournir la matière d’un roman européen. La première commence dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu.

Dana Ciocarlie naît à Bucarest en 1968, dans une famille qui n’appartient pas au monde de la musique. Enfant, elle pratique aussi la natation, mais c’est le piano qui finit par s’imposer. Elle doit alors rattraper des élèves qui ont commencé leur formation musicale avant elle. Ce qu’elle fera.

Après sa formation roumaine, elle arrive en France et découvre un autre monde musical. À Paris, elle travaille avec Victoria Melki, héritière de l’enseignement d’Alfred Cortot, puis avec Dominique Merlet et Georges Pludermacher. Sa rencontre avec Christian Zacharias sera également déterminante. Les distinctions suivent. Fondation Yamaha, Fondation Cziffra, Pro Musicis, concours Robert-Schumann de Zwickau, prix spécial Sándor Végh au concours Géza Anda de Zurich. Mais sa carrière ne se résume pas à un palmarès.

Le Quatuor Benaïm et l’Open Chamber Orchestra

Entre 2012 et 2016, elle enregistre en public l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Schumann. Paru en 2017, le coffret de treize disques est largement salué et lui vaut notamment de figurer parmi les trois finalistes des Victoires de la musique classique 2018 dans la catégorie « Enregistrement de l’année ». Diapason n’y trouve « pas une seconde d’ennui ». Une fois cette intégrale achevée, Yaïr Benaïm lui propose un cycle consacré aux concertos pour piano de Mozart.

Naît à Haïfa, Benaïm découvre le violon à trois ans. Son parcours le conduit auprès de quelques-uns des grands pédagogues israéliens, notamment Ilona Feher, qui a formé toute une génération de violonistes, puis Hagaï Shaham et Yigal Tuneh. Sa vie bascule à son tour vers la France.

En 1997, Benaïm rencontre à Paris le violoniste français Gérard Poulet, qui devient son maître. Il décide de s’y installer. Lauréat de la Fondation internationale Nadia et Lili Boulanger, il fonde en 2000 son propre quatuor.

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Le Quatuor Benaïm se fait rapidement remarquer et remporte notamment des prix aux concours de l’ARD, à Munich, et international de quatuors à cordes de Bordeaux. Pendant plusieurs années, Yaïr Benaïm se consacre ainsi au violon et à la musique de chambre. C’est dans le prolongement de cette expérience, et inspiré pat Sándor Végh, qu’il se tourne vers la direction d’orchestre. Ses études en direction sont couronnées par un diplôme en 2013 à la Schola Cantorum.

Par la suite il se perfectionne notamment à Sienne et dirige différents ensembles en France et en Israël. Puis, en 2017, il crée l’Open Chamber Orchestra, un nom qui dit quelque chose de sa conception de l’orchestre. Il veut y faire vivre les réflexes acquis dans le quatuor et insuffler à une formation symphonique l’écoute propre à la musique de chambre. Ce qui pourrait expliquer la place prise par Mozart dans cette aventure.

Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm ont une histoire musicale commune : ils ne sont pas simplement deux solistes réunis par un programmateur. Ils ont joué ensemble en musique de chambre et participé notamment à Haïm – à la lumière d’un violon, le spectacle de Gérald Garutti consacré au destin d’un violoniste juif bousculé par les catastrophes du XXe siècle. Le spectacle a voyagé pendant plusieurs années. À force de jouer ensemble se construit parfois cette complicité particulière entre musiciens.

La part du risque

C’est forts de cette familiarité que la pianiste et le chef abordent Mozart. Avec l’Open Chamber Orchestra, ils ont entrepris d’enregistrer ses concertos pour piano en public, un choix qui compte. Une phrase musicale n’y existe qu’une fois, avec son élan ou ses imperfections et, pour ces musiciens rompus à la musique de chambre, cette part de risque fait partie de l’interprétation. Un premier volume, réunissant les concertos nos 8, 9, 12 et 13, est paru en 2024 chez Hänssler Classic. Pour des artistes installés en France, cette collaboration avec un label allemand de cette envergure mérite d’être relevée. Mais enregistrer tout un cycle de concertos est une entreprise de longue haleine. La prochaine étape de ce voyage aura lieu le 4 octobre à la Salle Cortot, lors de deux concerts-enregistrements, à 15 h 30 et à 18 heures.

Le programme réunit les concertos pour piano nos 11 et 14. Ils ne sont pas les plus célèbres et on n’y trouvera pas immédiatement ces mélodies que même ceux qui ne connaissent pas Mozart ont entendues cent fois au cinéma, dans la publicité ou en attendant le service client. C’est justement ce qui rend leur rapprochement intéressant.

Le Concerto n° 11 en fa majeur, K. 413, date de la fin de 1782 ou du début de 1783. Mozart a 26 ans. Il a quitté en 1781 Salzbourg et son poste à la cour du prince-archevêque pour s’installer à Vienne, où il entreprend une carrière indépendante. Il compose alors des concertos qu’il doit pouvoir jouer devant des publics variés. Dans une lettre à son père, il explique rechercher des compositions suffisamment difficiles pour intéresser les connaisseurs et suffisamment agréables pour que les autres puissent les apprécier sans savoir pourquoi.

En 1784 vient le Concerto n° 14 en mi bémol majeur, 449e œuvre du catalogue établi par Ludwig von Köchel. Mozart a changé, sa musique aussi. Il qualifie cette œuvre de « concerto d’un genre tout à fait particulier ». Derrière son élégance se dessine déjà le style des grands concertos viennois.

Les deux œuvres seront enregistrées dans un esprit de musique de chambre. Pour le Concerto n° 14, l’expérience prend même des allures de création. Mozart écrivait à son père qu’il imaginait ce concerto joué par un très petit orchestre et c’est dans cet esprit intimiste que Ciocarlie et les musiciens l’enregistreront, sans chef, avec un quintette à cordes et quatre instruments à vent. Une proposition inédite, qui donne à entendre autrement le dialogue entre le piano et l’ensemble.

Mais, le 4 octobre, l’intérêt ne consistera pas seulement à mesurer le chemin parcouru par Mozart entre ces deux œuvres. Il sera de voir ce que ces deux-là en font. Ce seront deux nouvelles conversations entre Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm. Et Mozart fournira le sujet.


78 rue Cardinet, Paris 17e.
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