Valérie Montandon passe ici au crible les premiers choix d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris. De Bercy-Charenton à la tour Eiffel, en passant par l’incinérateur Thermo-sur-Seine à Vitry, trois dossiers révèlent selon elle la méthode du nouveau maire: beaucoup de communication, des principes à géométrie variable et une concertation souvent réduite à une formalité.
Les premiers mois d’un mandat devraient donner un cap, lancer des projets, affirmer des principes. Ceux d’Emmanuel Grégoire dessinent au contraire une inquiétante succession de renoncements : renoncement à aménager, renoncement à défendre nos valeurs, renoncement, enfin, à une écologie exigeante et à une véritable concertation. Trois dossiers, trois symptômes d’une même méthode : beaucoup de communication et de gesticulation sur les réseaux sociaux, mais, quand vient le moment de décider et d’assumer, le réel rattrape les slogans.
Premier renoncement : Bercy-Charenton
Dix-sept ans d’études, de révisions, de dépenses et de négociations pour finir par abandonner l’aménagement de l’une des dernières grandes réserves foncières de Paris ! Quel gâchis, dans une capitale où le logement manque cruellement. La Chambre régionale des comptes alertait pourtant dès 2024 : « Un nouvel équilibre financier reste à trouver. » La Ville le savait. Elle a néanmoins poursuivi, tête baissée, sans jamais sécuriser l’équation économique et métropolitaine du projet. Des artisans des tunnels Baron-Le-Roy ont dû plier bagage dans la douleur pour laisser place à un aménagement qui n’aboutira pas comme prévu. Faut-il rappeler qu’Emmanuel Grégoire connaît ce dossier depuis des années et qu’il en a personnellement porté la refonte lorsqu’il était en charge de l’urbanisme ? Nous n’avons cessé, depuis 2011, d’alerter sur ce projet mal né. Devenu maire, il renonce. Voilà où mène la continuité politique : à l’abandon.
A lire aussi: Paris, c’est fini
Un hindou dans la ville
Deuxième renoncement : celui des valeurs. À la tour Eiffel, des salariées ont été écartées, remplacées ou invitées à s’invisibiliser lors de la visite d’une délégation religieuse qui souhaitait limiter les interactions avec les femmes. Dans le monument symbole de Paris et de la France, une demande discriminatoire a donc pu être traduite en consignes professionnelles. Puis sont venues l’indignation officielle, les enquêtes et les versions contradictoires sur qui savait quoi. On nous expliquait d’abord que la direction n’était pas informée ; des informations publiées depuis indiquent que le directeur général conduisait lui-même la visite. Le départ annoncé du directeur général ne saurait pourtant refermer à lui seul cette affaire. La question demeure de savoir comment la Ville et ses représentants au conseil d’administration ont exercé leur contrôle sur une société détenue à 99 % par Paris, alors que la Chambre régionale des comptes en avait déjà relevé les insuffisances. L’égalité femmes-hommes ne peut pas être un principe de communiqué que l’on redécouvre après coup, une fois piétiné sur le terrain. À la tour Eiffel, il ne s’agit pas d’une simple faute de management, mais bien d’un renoncement symbolique majeur.
Des renoncements qui ne doivent rien au hasard
Troisième renoncement : celui d’une écologie cohérente et de la concertation. Avec Thermo-sur-Seine, Paris a voté un projet industriel majeur à Vitry-sur-Seine (94) avant même que les habitants et les collectivités directement concernés n’aient pu en débattre. Le projet prévoit de brûler environ 450 000 tonnes de combustibles issus de déchets par an, notamment des CSR (combustibles solides de récupération) et du bois B. Emmanuel Grégoire a lui-même voté le contrat. Depuis, certains élus qui avaient soutenu la délibération ont pris leurs distances avec le projet ou exprimé des réserves, tandis que plusieurs élus et collectivités du Val-de-Marne dénoncent les conditions dans lesquelles il a été décidé.
Quant à la concertation officielle, elle ne s’est ouverte qu’après le vote et l’attribution du contrat. On vote d’abord, on concerte ensuite : curieuse conception de la démocratie locale ! Nous ne connaissons hélas que trop ces semblants de concertation où tout est décidé à l’avance.
A lire aussi: Mélenchon prêche le bordel – le ciel lui tombe sur la tête (ou presque)
Sur ces trois dossiers, le même décalage apparaît. Sur les réseaux sociaux, le maire commente, condamne, promet la transparence et affiche ses principes. Mais gouverner, ce n’est pas réagir après la crise. C’est prévoir, arbitrer et assumer.
Sur l’incinérateur, la concertation avec les communes riveraines dès l’origine et des études objectives, plus approfondies sur ses effets, étaient à portée de main. Sur Bercy-Charenton, une autre voie existe depuis le début : un projet à taille humaine, équilibré entre logements, espaces verts et activités, respectueux du patrimoine et du site. Paris a d’ailleurs déjà prouvé qu’elle savait voir loin : lorsque Jacques Chirac lance Paris Rive Gauche en 1991 sur des emprises ferroviaires, construire au-dessus des voies était complexe et coûteux, mais la volonté politique, la continuité et la capacité de regarder au-delà d’une mandature ont fait aboutir le projet. Quand un maire a une vision, il avance ; quand il n’a que la com, il se donne l’illusion du mouvement, et Paris recule.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




