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Camp du Drap d’Or à Saint-Pierre-et-Miquelon

Le Canada, champion du libre-échange… sous conditions


Camp du Drap d’Or à Saint-Pierre-et-Miquelon
Le président Emmanuel Macron (à droite) et le Premier ministre canadien Mark Carney s'étreignent après avoir prononcé des allocutions à Saint-Pierre, à Saint-Pierre-et-Miquelon, le dimanche 20 septembre 2026 © Adrian Wyld/AP/SIPA

En visite à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron et Mark Carney ont affiché leur entente face aux ambitions de Donald Trump et leur volonté de resserrer les liens entre l’Europe et le Canada. Mais derrière les poignées de main et les grands discours, le rapprochement transatlantique se heurte à quelques solides contradictions… notamment canadiennes.


All the world’s a stage. (En v.o.).
Le monde entier est un théâtre. (En v.f.).
William Shakespeare. (As you like it/Comme il vous plaira).


Le 20 septembre, dans une mise en scène millimétrée, le président français et le Premier ministre canadien se sont rencontrés sur ce site emblématique. Les téléspectateurs ont eu droit à un aperçu historique du territoire, notamment du « putsch de Saint-Pierre-et-Miquelon », premier territoire où fut hissé le pavillon de la France libre, le 24 décembre 1941, à la fureur du président Roosevelt. Un élément manquait toutefois à cette rétrospective : ce territoire fut une importante plaque tournante pour le trafic d’alcool vers les États-Unis au cours de la prohibition, au grand dam d’Eliot Ness. Al Capone, entrepreneur confirmé en import-export, y aurait été invité d’honneur à quelques reprises. Un âge d’or qui prit fin en 1933, avec l’abrogation de la prohibition.

Mark Carney dispute au pape le titre du plus mauvais allocuteur

Le discours de Mark Carney fut affligeant : même avec un texte préparé à l’avance, son français écorchait les oreilles, surtout celles de son compagnon de podium, ex-assistant éditorial et disciple du philosophe spécialisé en herméneutique Paul Ricœur. En politique internationale, il faut stoïquement accepter ce genre d’épreuves : pour citer Jacques Brel, ce sont les risques du métier.

Par ailleurs, la population locale devait sans doute ronger son frein, vu que le Canada, en matière de quotas de pêche à la morue, a toujours la part du lion.

Cette rencontre (il est difficile de parler de « sommet », vu que Miquelon est menacé d’engloutissement par la montée des eaux) se voulait une vitrine de l’esprit de rapprochement entre l’Union européenne et le Canada, qui veulent afficher leur résistance commune aux velléités annexionnistes du président Trump. D’aucuns rêvent de voir accordé au voisin septentrional des États-Unis le statut de « membre associé », un concept absent du traité de Rome. La qualité d’État membre de plein exercice ne serait pas concevable puisque l’adhésion à l’Union est réservée aux États géographiquement situés sur le continent européen. Cette objection est mal fondée, car elle ignore le précédent de Chypre. Cela dit, l’ouverture des marchés est toujours souhaitable, mais la volonté canadienne d’échapper à la domination économique américaine, tout louable qu’elle soit, se situe dans une marge de manœuvre fort étroite : les deux économies sont largement imbriquées, car l’élément géographique est incontournable, surtout vu la frontière artificielle séparant les quatre provinces de l’Ouest des États-Unis. En outre, le droit interne canadien constituerait un obstacle beaucoup plus substantiel à une relation plus étroite avec l’Europe.

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En effet, dans l’UE, est sans entraves la libre circulation des biens et des personnes entre États souverains. Le frontalier français peut librement acheter son tabac et son alcool au Luxembourg sans payer de taxes en France. En revanche, le rond-de-cuir québécois habitant la ville de Gatineau, sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais, fonctionnaire de l’État canadien qui exerce ses fonctions dans la langue officielle de traduction dans la capitale canadienne, Ottawa (Ontario), et qui y achète après ses heures de service ses petits bâtons de cancer et son tord-boyau chez LCBO est censé déclarer ses achats au gouvernement québécois et en payer les taxes ! (Spoille leurre aleurte : en pratique, aucun fumeur alcoolo n’est assez débile pour le faire…). Et le plombier polonais qui naguère fit frémir la France fait sourire quand on pense aux barrières économiques considérables instaurées par les gouvernements provinciaux dont sont notamment victimes les entreprises du bâtiment. Un exemple plus tragique encore : la Société des alcools du Québec (SAQ) interdit presque complètement l’« importation » des vins britanno-colombiens !

Protectionnisme : M. Carney invité à balayer devant sa porte

Ces absurdités juridiques sont dues à une jurisprudence constitutionnelle purement politique : l’arrêt Parsons. Cette affaire portait sur la nature du fédéralisme canadien, plus précisément sur l’étendue des compétences respectives des provinces, d’une part, et de l’État fédéral, d’autre part, en matière de commerce. La lettre de la Constitution est limpide : il relève pleinement de l’État central. La Cour suprême a considérablement émasculé cette compétence en concluant que le commerce intraprovincial échappait au pouvoir fédéral. En dernier ressort, en 1881, le Comité judiciaire du Conseil privé de Londres (qui était alors la juridiction suprême pour le Canada) confirma que le texte ne voulait finalement pas dire… ce qu’il disait. D’où la balkanisation de l’économie interne canadienne.

L’on serait tenté d’inviter M. Carney, qui vitupère le protectionnisme trumpesque, à balayer d’abord devant sa porte. Mais le pauvre Premier ministre — catholique pratiquant — mérite l’indulgence : dans un État de droit, il doit se soumettre au jésuitisme de la Cour suprême du Canada, laquelle, sauf miracle, n’acceptera jamais d’opérer un revirement de jurisprudence, car cela donnerait lieu à un séisme politique pancanadien.

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Par ailleurs, il y a son ministre du Commerce, Dominic LeBlanc, qui, comme Justin, est tombé dans la marmite où mijote la tambouille libérale quand il était petit (il est le digne fils de son père, Roméo, jadis gouverneur général du Canada). Il déclare, en lisant un texte préparé à l’avance, avec son truculent accent acadien fleurant bon le homard et les embruns iodés (décidément, on n’échappe pas aux remous du golfe du Saint-Laurent), vouloir encourager les investisseurs, notamment en supprimant la « redondance » des procédures (sic), tout en invoquant « nos normes environnementaux » (resic). Avec de tels intellectuels au cabinet (il faut y inclure François-Philippe Champagne, qui avait jadis une hypothèque pour des appartements, à Londres, auprès de la Banque de Chine (communiste), alors qu’il avait le… portefeuille des Affaires étrangères), on se demande comment le gouvernement canadien fédéral (ou plutôt « confédéral », selon la terminologie officielle) fait chou blanc à tous les coups avec Sa Majesté orange…

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Intermède cocasse, Mark Carney, par ailleurs ex-gouverneur… de la Banque d’Angleterre, a récemment révélé, en entrevue au New York Times et sans rire, avoir pris des mesures en cas d’invasion militaire américaine. Celle-ci aurait normalement pris une demi-heure, mais l’état-major américain doit désormais revoir ses propres plans et prévoir une bonne heure.

À ce stade, les gesticulations médiatiques de l’ex-gouverneur de la Banque du Canada ne sont que vain cinéma de série B. Le Québec, encore trop craintif et crédule, s’est blotti dans ses jupons et veut encore croire qu’il défend ses intérêts. Et ce, en dépit de l’alerte lancée à la dernière minute par sa protégée, Christine Fréchette, actuelle Première ministre québécoise en fin de règne, au sujet d’une prétendue ingérence américaine dans les élections québécoises du 5 octobre prochain qui profiterait au Parti québécois, pour l’instant favori. En l’état, voilà qui sent la grossière intox à plein nez.

Ingérence ? Possible, mais la trace olfactive semble conduire à Ottawa plutôt qu’à Mar-a-Lago.




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