Si Flavio Bolsonaro brille moins que son père, il dispose néanmoins de plus de pragmatisme et de finesse. Il n’est pas un idéologue. Cependant, il s’est compromis auprès d’un banquier douteux, ce qui réjouit le vieux président sortant Lula…
La famille Bolsonaro semble être abonnée aux retournements de fortune. Le patriarche, Jair Bolsonaro, a mené une carrière politique médiocre (une vingtaine d’années en tant que député) avant de remporter haut la main les élections présidentielles de 2018. Son fils aîné, Flavio, 46 ans, semble suivre le même chemin. Après une carrière morne comme sénateur de Rio de Janeiro, il a aujourd’hui de grandes chances de l’emporter face à Lula.
Elégance brésilienne
Il y a cela dit une différence majeure entre le père et le fils. L’un a été et demeure encore un phénomène politique et culturel au Brésil. L’autre est un homme politique « normal » qui se retrouve dans un contexte politique et institutionnel complètement hors-norme pour ne pas dire irrationnel.
Flavio Bolsonaro est un bel homme. Il porte des costumes élégants et s’exprime avec aisance. Il prononce des mots compliqués, comme tous les habitués de Brasilia. Il aime les belles choses, il a une jolie femme et une superbe villa, estimée à plus d’un million et demi d’euros. Il fait partie de l’establishment. Il n’a rien du renégat ou du révolté, archétypes incarnés intensément par son père avant et après son élection à la présidence. Il aime la vie alors que Jair Bolsonaro donne l’impression d’être prêt à la sacrifier au nom d’une cause supérieure. La cause du Brésil ou tout simplement celle de son fanatisme car Jair est un fanatique, au sens propre du terme. Ses yeux brillent lorsqu’ils évoquent la patrie, le Christ ou les crimes de la gauche brésilienne. Il est en colère, constamment en colère contre les corrompus et les traitres. Son fils, lui, est calme. A la place de la colère, il a de l’ambition. Il fait un métier alors que son père est en croisade. Jair divise, Flavio rassemble. Jair vomit Brasilia, son fils l’apprécie.
On retrouve chez Flavio les qualités qui manquent si cruellement à son père, à commencer par la capacité à négocier et à arrondir les angles. Il a compris les règles du jeu à Brasilia à savoir que personne, pas même le président, n’a l’intégralité du pouvoir ; que tout se vend et s’achète dans le système politique brésilien ; que les médias sont résolument à gauche et qu’il ne sert à rien de les insulter.
Flavio président, il ne risque pas de répéter les erreurs de son père. Il « articulera » comme on dit au Brésil c’est-à-dire qu’il paiera le prix qu’il faut pour être obéi par le système politique. Ce dernier exige des budgets et des nominations aux postes clefs, là où les sangsues peuvent détourner l’argent public au profit d’un parti ou d’un groupe.
Erreurs de débutant
Si Flavio brille moins que son père, il dispose néanmoins de plus de pragmatisme et de finesse.
Cependant, il commet des erreurs de débutant. La plus grave est d’avoir demandé de l’argent à Daniel Vorcaro, un banquier véreux, à l’origine d’un scandale retentissant mêlant pyramide de Ponzi et corruption politique. Flavio savait les ennuis judiciaires du banquier et a quand même insisté pour obtenir 24 millions de dollars. Il en aurait reçu 12. Cruel manque de discernement pour un candidat à la présidentielle qui accuse la gauche d’être l’alliée du crime et de l’illégalité. Le comble de cette affaire est que Daniel Vorcaro est très proche de la gauche brésilienne. Il aurait fréquenté le palais présidentiel et aurait été protégé par l’entourage du président.
Lula, qui n’est pas né de la dernière pluie, s’efforce de coller l’étiquette Vorcaro à son concurrent qui ne parvient pas à se sortir du piège. Il a beau clamer que l’argent a servi à produire un film et non à un enrichissement personnel, le mal est fait.
Pas un idéologue
Sur le plan des idées, Flavio Bolsonaro n’a rien d’un idéologue. Il n’est pas du tout sur la ligne d’un Bukele concernant la lutte contre la criminalité même s’il promet d’en finir avec le crime organisé. Il n’est pas non plus sur la ligne d’un Milei concernant la réforme de l’économie même s’il s’engage à favoriser la libre entreprise. Il fait attention à ne choquer personne au risque donner l’impression qu’il ne travaille pas assez. Il se repose assurément sur son nom de famille qui mobilise facilement un gros tiers de l’électorat.
Il a surtout compris que l’élection ne se joue pas sur les grandes idées. Le combat n’est pas vraiment entre gauche et droite ou entre le Bien et le Mal. Les Brésiliens font face à un Etat qui a complètement perdu la tête. Premièrement, il dépense trop et stimule l’inflation d’où la perte de pouvoir d’achat. Le taux de base de la Banque Centrale est de 13,75%, soit un taux digne d’un pays en guerre. Deuxièmement, il ne respecte plus la séparation des pouvoirs et refuse de lutter contre la mafia. Les juges de la cour suprême malmènent depuis six ans les institutions en faisant les lois à la place du parlement et en changeant de jurisprudence comme on change de chaussettes. Ils laissent faire la montée du crime organisé qui transforme le pays en un narco-état émergent.
Flavio se pose comme le candidat qui mettra un frein à la folie de l’Etat brésilien. Folie fiscale et folie légale ou judiciaire.
Certains observateurs affirment que Trump veut peser de tout son poids sur cette élection. Rien n’est moins sûr car Trump s’accommode relativement bien de Lula comme il tolère Delcy Rodrigues au Vénézuéla. Les deux présidents donnent l’impression d’avoir sympathisé en dépit de leurs divergences idéologiques. Au fond, les Américains se moquent que le Brésil soit à gauche ou à droite, ils veulent garantir certaines choses comme l’accès aux terres rares, la protection de leurs entreprises et la limitation de la présence chinoise dans les secteurs stratégiques. Que de sujets où Lula sait se montrer flexible.
En tout cas, le résultat de l’élection dépendra de facteurs internes au Brésil. Lula est vieux mais n’a rien perdu en roublardise. Il peut l’emporter car il commet très peu d’erreurs et il promet de raser gratis en ce moment (il veut faire rembourser par la Sécu les injections amincissantes…). Flavio a le capital politique de son père, largement préservé malgré la prison et la maladie. Il a peut-être pour lui la fatigue silencieuse du peuple brésilien qui rêve d’un retour à la normalité après des années de crispation et de radicalité. Flavio a peut-être raison d’être un beau gosse, trop mou aux yeux des radicaux (comme moi). Réponse le 25 octobre au soir du second tour.




