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Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm, deux vies pour Mozart

Deux enregistrements en public, à 15 h 30 et à 18 h, le 4 octobre, salle Cortot à Paris


Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm, deux vies pour Mozart
Les musiciens Yaïr Benaïm et Dana Ciocarlie. DR.

Elle est née en Roumanie, lui en Israël. Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm ont fini par se rencontrer à Paris, où leurs chemins musicaux se croisent depuis plus de vingt ans. Le 4 octobre, à la Salle Cortot, la pianiste et le chef d’orchestre poursuivront avec l’Open Chamber Orchestra leur aventure commune autour des concertos de Mozart…


Pour qui ne fréquente pas assidûment les salles de musique classique, leurs noms ne disent peut-être rien. Pourtant, derrière eux se cachent deux vies qui pourraient presque fournir la matière d’un roman européen. La première commence dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu.

Dana Ciocarlie naît à Bucarest en 1968, dans une famille qui n’appartient pas au monde de la musique. Enfant, elle pratique aussi la natation, mais c’est le piano qui finit par s’imposer. Elle doit alors rattraper des élèves qui ont commencé leur formation musicale avant elle. Ce qu’elle fera.

Après sa formation roumaine, elle arrive en France et découvre un autre monde musical. À Paris, elle travaille avec Victoria Melki, héritière de l’enseignement d’Alfred Cortot, puis avec Dominique Merlet et Georges Pludermacher. Sa rencontre avec Christian Zacharias sera également déterminante. Les distinctions suivent. Fondation Yamaha, Fondation Cziffra, Pro Musicis, concours Robert-Schumann de Zwickau, prix spécial Sándor Végh au concours Géza Anda de Zurich. Mais sa carrière ne se résume pas à un palmarès.

Le Quatuor Benaïm et l’Open Chamber Orchestra

Entre 2012 et 2016, elle enregistre en public l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Schumann. Paru en 2017, le coffret de treize disques est largement salué et lui vaut notamment de figurer parmi les trois finalistes des Victoires de la musique classique 2018 dans la catégorie « Enregistrement de l’année ». Diapason n’y trouve « pas une seconde d’ennui ». Une fois cette intégrale achevée, Yaïr Benaïm lui propose un cycle consacré aux concertos pour piano de Mozart.

Naît à Haïfa, Benaïm découvre le violon à trois ans. Son parcours le conduit auprès de quelques-uns des grands pédagogues israéliens, notamment Ilona Feher, qui a formé toute une génération de violonistes, puis Hagaï Shaham et Yigal Tuneh. Sa vie bascule à son tour vers la France.

En 1997, Benaïm rencontre à Paris le violoniste français Gérard Poulet, qui devient son maître. Il décide de s’y installer. Lauréat de la Fondation internationale Nadia et Lili Boulanger, il fonde en 2000 son propre quatuor.

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Le Quatuor Benaïm se fait rapidement remarquer et remporte notamment des prix aux concours de l’ARD, à Munich, et international de quatuors à cordes de Bordeaux. Pendant plusieurs années, Yaïr Benaïm se consacre ainsi au violon et à la musique de chambre. C’est dans le prolongement de cette expérience, et inspiré pat Sándor Végh, qu’il se tourne vers la direction d’orchestre. Ses études en direction sont couronnées par un diplôme en 2013 à la Schola Cantorum.

Par la suite il se perfectionne notamment à Sienne et dirige différents ensembles en France et en Israël. Puis, en 2017, il crée l’Open Chamber Orchestra, un nom qui dit quelque chose de sa conception de l’orchestre. Il veut y faire vivre les réflexes acquis dans le quatuor et insuffler à une formation symphonique l’écoute propre à la musique de chambre. Ce qui pourrait expliquer la place prise par Mozart dans cette aventure.

Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm ont une histoire musicale commune : ils ne sont pas simplement deux solistes réunis par un programmateur. Ils ont joué ensemble en musique de chambre et participé notamment à Haïm – à la lumière d’un violon, le spectacle de Gérald Garutti consacré au destin d’un violoniste juif bousculé par les catastrophes du XXe siècle. Le spectacle a voyagé pendant plusieurs années. À force de jouer ensemble se construit parfois cette complicité particulière entre musiciens.

La part du risque

C’est forts de cette familiarité que la pianiste et le chef abordent Mozart. Avec l’Open Chamber Orchestra, ils ont entrepris d’enregistrer ses concertos pour piano en public, un choix qui compte. Une phrase musicale n’y existe qu’une fois, avec son élan ou ses imperfections et, pour ces musiciens rompus à la musique de chambre, cette part de risque fait partie de l’interprétation. Un premier volume, réunissant les concertos nos 8, 9, 12 et 13, est paru en 2024 chez Hänssler Classic. Pour des artistes installés en France, cette collaboration avec un label allemand de cette envergure mérite d’être relevée. Mais enregistrer tout un cycle de concertos est une entreprise de longue haleine. La prochaine étape de ce voyage aura lieu le 4 octobre à la Salle Cortot, lors de deux concerts-enregistrements, à 15 h 30 et à 18 heures.

Le programme réunit les concertos pour piano nos 11 et 14. Ils ne sont pas les plus célèbres et on n’y trouvera pas immédiatement ces mélodies que même ceux qui ne connaissent pas Mozart ont entendues cent fois au cinéma, dans la publicité ou en attendant le service client. C’est justement ce qui rend leur rapprochement intéressant.

Le Concerto n° 11 en fa majeur, K. 413, date de la fin de 1782 ou du début de 1783. Mozart a 26 ans. Il a quitté en 1781 Salzbourg et son poste à la cour du prince-archevêque pour s’installer à Vienne, où il entreprend une carrière indépendante. Il compose alors des concertos qu’il doit pouvoir jouer devant des publics variés. Dans une lettre à son père, il explique rechercher des compositions suffisamment difficiles pour intéresser les connaisseurs et suffisamment agréables pour que les autres puissent les apprécier sans savoir pourquoi.

En 1784 vient le Concerto n° 14 en mi bémol majeur, 449e œuvre du catalogue établi par Ludwig von Köchel. Mozart a changé, sa musique aussi. Il qualifie cette œuvre de « concerto d’un genre tout à fait particulier ». Derrière son élégance se dessine déjà le style des grands concertos viennois.

Les deux œuvres seront enregistrées dans un esprit de musique de chambre. Pour le Concerto n° 14, l’expérience prend même des allures de création. Mozart écrivait à son père qu’il imaginait ce concerto joué par un très petit orchestre et c’est dans cet esprit intimiste que Ciocarlie et les musiciens l’enregistreront, sans chef, avec un quintette à cordes et quatre instruments à vent. Une proposition inédite, qui donne à entendre autrement le dialogue entre le piano et l’ensemble.

Mais, le 4 octobre, l’intérêt ne consistera pas seulement à mesurer le chemin parcouru par Mozart entre ces deux œuvres. Il sera de voir ce que ces deux-là en font. Ce seront deux nouvelles conversations entre Dana Ciocarlie et Yaïr Benaïm. Et Mozart fournira le sujet.


78 rue Cardinet, Paris 17e.
Informations billetterie et réservations
06 79 81 20 30 sallecortot.com



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est historien et directeur de la publication de Causeur. Dernière publication, "La culture du combat en Israël" (Valeurs Ajoutées Éditions, 2026).

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