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François Hollande, Louis XVIII et la Chambre introuvable

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hollande frondeurs louis xviii

La semaine dernière, François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls n’ont manifestement pas pu compter sur la majorité parlementaire pour faire voter, en première lecture à l’Assemblée nationale, le « projet de loi pour l’activité et l’égalité des chances économiques », dit projet de loi Macron. D’inspiration libérale, ce texte, qui a pour ambition de « libérer le potentiel inexploité de croissance et d’activité » en « levant les freins » à celle-ci, n’a pas su convaincre l’ensemble des députés socialistes et a requis le passage en force du gouvernement.

Comme le prévoit la Constitution, le gouvernement a choisi, en utilisant l’article 49 alinéa 3, de ne pas soumettre le texte au vote et de présumer la confiance de sa majorité. La motion de censure, prévue à l’article 49 alinéa 2 et corollaire de l’engagement par le gouvernement de sa responsabilité politique sur ce texte, permet aux députés, et notamment aux réfractaires de la majorité – les « frondeurs » – d’exprimer leur désaccord si jamais la présomption optimiste du gouvernement sur leur soutien devait être infondée.

Or la motion de censure a été rejetée. Dès lors, un problème se pose : le gouvernement de Manuel Valls n’a donc ni une majorité avec lui pour le soutenir, ni une majorité contre lui pour le démettre. Où est la Chambre ? Elle est introuvable, au sens propre du terme. Ce cas s’est déjà présenté dans l’histoire de France.

Il y a deux cent ans, en août 1815, alors que Louis XVIII retrouvait le trône après l’épisode des Cent-Jours, des élections à la Chambre des députés marquèrent le triomphe des ultra-royalistes. L’assemblée ainsi élue passera à la postérité sous le nom de « Chambre introuvable », d’après l’expression de Louis XVIII lui-même qui exprimait sa surprise et son plaisir de pouvoir ainsi compter sur un aréopage d’élus a priori si favorables à son pouvoir. Mais les députés ultras exigèrent et obtinrent du duc de Richelieu, le remplaçant Talleyrand à la tête du gouvernement, la légalisation de la Terreur blanche et des mesures extrémistes que Louis XVIII, à l’aune des leçons du passé, savait vouées à l’échec. Inquiet de voir sa volonté de réconcilier les deux France s’abîmer dans une nouvelle guerre civile, il se résolut à dissoudre en septembre 1816 cette chambre qui lui était pourtant, sur le papier, si favorable. En 1815, la chambre était donc « plus royaliste que le Roi ». En 2015, elle est plus socialiste que le président.

L’épisode soulève la question de la responsabilité politique des représentants et de la cohérence des positions qu’ils prennent au nom de leurs mandants. Les frondeurs, qui sont restés dans l’esprit de la campagne de 2012, sont à l’image des ultras sous la Seconde Restauration : ils ne sont plus en phase avec leur chef. En toute logique, ils auraient donc dû manifester leur désaccord en votant la censure du gouvernement de Manuel Valls, dont la ligne politique est, comme l’a montré la primaire socialiste de 2011, très largement contraire à la leur. Or il n’en fut rien. Aucun des « frondeurs » n’a concrétisé sa défiance répétée envers la politique du gouvernement en votant la censure. Qui ne dit mot consent ; la démocratie parlementaire s’en remettra.

Beaucoup se défendront en imputant aisément ces dysfonctionnements du parlementarisme français d’aujourd’hui à la facture même de la Ve République : le parlementarisme rationalisé qu’elle met en œuvre contraindrait les députés à n’être que des godillots, sans aucune latitude décisionnelle, et l’Assemblée ne serait dès lors qu’une chambre d’enregistrement des volontés de l’exécutif.

Cette critique institutionnelle est récurrente à la gauche de la gauche française. De Jean-Luc Mélenchon à Arnaud Montebourg, les appels pour une VIe République, nécessairement parlementaire, y sont fréquents. Il s’agirait de débarrasser la République de la « monarchie présidentielle » et rendre l’entièreté du pouvoir exécutif au parlement – nécessaire monocaméral, ou au moins débarrassé d’un véritable Sénat, « anomalie démocratique » selon Lionel Jospin, encombrant car  conservateur. Le pouvoir devrait revenir à la Chambre et être exercé souverainement par les députés au travers d’un gouvernement responsable devant eux. Le sort des III et IVe Républiques n’a pas droit de cité dans ces réflexions.

Dans les rangs des « frondeurs », il est déroutant de voir se confondre les tenants de cet aggiornamento constitutionnel, pour libérer les députés du parlementarisme rationalisé, avec ceux qui se soumettent sans broncher à un gouvernement qu’ils honnissent par ailleurs, en ne votant pas la censure. Une confusion que seule la prétention à l’irresponsabilité politique explique. Le pouvoir induisant la responsabilité, la « fronde », pour être sincère, induit un rapport de force dont les conséquences doivent être assumées. Le pouvoir oblige. En l’occurrence, si le gouvernement avait dû être renversé, il revenait au président soit d’en prendre acte et de nommer un nouveau gouvernement, soit de maintenir le gouvernement et de dissoudre l’Assemblée, comme le fit le général de Gaulle à l’issue de la motion de censure votée contre le gouvernement Pompidou à l’automne 1962. L’ambivalence d’une partie des députés sur le projet de loi Macron démontre qu’ils rechignent à endosser la responsabilité qu’induit leur mandat ; ils ont préféré se soumettre plutôt que de risquer une hypothétique perte de leur siège. Il s’agirait de décider sans assumer : une place au Palais-Bourbon vaut bien quelques arrangements avec ses convictions.

Il ne manque pourtant aux députés frondeurs que la volonté de tenir leurs positions, dans la mesure où les moyens effectifs pour le faire existent. Nombreuses en effet sont les révisions constitutionnelles qui ont permis une certaine reparlementarisation la Ve République pour renforcer le rôle des députés. En vain. La majorité parlementaire reste inexorablement docile au gouvernement, en dépit de ses prérogatives et de ses désaccords parfois fondamentaux avec celui-ci. Les « frondeurs » rentrent dans le rang dès lors que leurs positions dépassent le cadre médiatique. La dernière révision constitutionnelle en date, celle du 23 juillet 2008, entendait même consacrer l’avènement d’un « hyper-parlement » (Jean-François Copé) face à un « hyper-président », en encadrant notamment les prérogatives de l’exécutif, en renforçant le contrôle du parlement sur celui-ci, et en développant le poids des assemblées dans la procédure législative. Mais dans les faits, la soumission inconditionnelle de toute la majorité au gouvernement demeure. Et certains entendent même la renforcer ! Razzy Hammadi, député de la Seine-Saint-Denis, a proposé mercredi d’interdire aux députés de la majorité de voter contre le gouvernement. Godillot, vous avez dit godillot ?

Au vu de ces événements, où majorité et opposition tiennent sur un texte des positions diamétralement contraires à leurs convictions, il semble à propos de se réjouir de l’équilibre institutionnel que consacre la Ve République, en isolant le pouvoir exécutif des arrangements et autres compromissions auxquels la chambre basse est historiquement encline.

Rappelons les fondements du mandat représentatif en citant Sieyès : « le seul devoir du représentant, c’est d’être libre ». Sieyès le régicide qui, lors de la Seconde Restauration, s’exila pour ne pas souffrir le pouvoir de Louis XVIII et des ultras. Autre temps, autre mœurs.

*Photo : wikicommons.

Antiterrorisme : va-t-on passer du déni à la réalité?

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beatrice brugere juge

Béatrice Brugère est magistrat, ancien juge antiterroriste et secrétaire générale du Syndicat national des magistrats Force ouvrière.

Causeur : La lutte contre le terrorisme incombe avant tout aux services de renseignement et aux forces de police. Quel est le rôle de la justice dans le dispositif ?

Béatrice Brugère : Par nature, la justice est en deuxième ligne : elle intervient quand une infraction a été commise ou est en train de se commettre. Son rôle, et c’est évidemment fondamental, est de poursuivre et sanctionner les coupables ou, s’ils sont morts, les complices, voire les instigateurs. Cependant, à la différence de ce qui se passe dans d’autres pays, il existe en droit français une infraction qui permet d’anticiper les attaques terroristes : le délit d’association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme. Si on dispose de suffisamment d’éléments matériels pour démontrer l’intention, on peut donc intervenir avant le passage à l’acte. En résumé, notre arsenal judiciaire et législatif est plutôt bien fait, non seulement contre le terrorisme, mais aussi contre la menace terroriste.

Pardon, mais cette excellence ne se voit pas à l’œil nu…

Ce dispositif dépend de l’usage qu’on en fait. Il faut savoir s’adapter. Le vieux terrorisme d’État, qui a sévi entre les années 1960 et les années 1980, et même le terrorisme sophistiqué et à grand spectacle d’Al-Qaïda, qui a culminé avec la destruction des tours jumelles, ne sont plus d’actualité. Nous sommes aujourd’hui mis au défi par un terrorisme intérieur, qui repose en grande part sur l’initiative personnelle et s’incarne dans des profils hybrides conjuguant délinquance et idéologie.[access capability= »lire_inedits »]
Et nous nous adaptons à cette nouvelle menace : la loi permettant de réprimer l’entreprise terroriste individuelle est entrée en vigueur en novembre 2014. Nous sommes donc pénalement armés pour traiter le loup solitaire autant que la meute. Cependant, n’oubliez pas que, même avec un dispositif adapté à « l’intention terroriste », la justice ne peut intervenir que lorsque des informations recueillies par les services de police révèlent des préparatifs avancés d’attentat ou d’attaque.
C’est bien le problème ! Merah, Coulibaly, les frères Kouachi étaient tous connus des services de renseignement. Il a pourtant été décidé de ne pas ou de ne plus les surveiller. Est-ce, comme le croient pas mal de Français, à cause de failles dans la loi et dans la procédure – qui seraient en quelque sorte trop douces aux durs ?

Si failles il y a, elles ne se situent pas dans la loi, mais dans son application par l’ensemble de la chaîne judiciaire et carcérale. Notre culture judiciaire a tendance à faire prévaloir la réinsertion sur la sanction. Et cette tendance est aggravée par la déperdition de l’information : plus on avance dans la chaîne pénale, moins l’information est transmise, ce qui signifie concrètement qu’on ignore de plus en plus l’infraction pour s’occuper de l’individu. En bout de chaîne, il y a des éducateurs qui n’ont pas la moindre idée des enjeux auxquels ils sont confrontés. Or, il faut savoir que la loi pénale présentée par Mme Taubira et votée le 15 août 2014 encourage cette dimension en quelque sorte rédemptrice de la justice, priorité véritablement fatale quand il s’agit de terrorisme.

On a pourtant le sentiment, au contraire, que la justice antiterroriste française est composée de magistrats qui connaissent leurs dossiers.

Au niveau du parquet, des juges d’instruction, nous avons effectivement de bons spécialistes. Mais les magistrats qui siègent – en général d’excellents pénalistes au demeurant – ne sont pas toujours formés pour appréhender le phénomène terroriste. Pour juger les actes terroristes, il faut avoir à l’esprit la gravité de la menace. De surcroît, j’y ai déjà fait allusion, la deuxième faille structurelle de notre système se situe au niveau de l’application des peines. Une fois les jugements prononcés, les dossiers passent entre les mains de gens qui ne connaissent rien à l’antiterrorisme. Concrètement, quand un condamné est clairement identifié comme dangereux, on alerte l’administration pénitentiaire qui, dans la plupart des cas, se contente de le placer en quartier d’isolement. On ne fait pas de prévention ! Plus grave, ces condamnés sont éligibles à la libération conditionnelle, au bracelet électronique et aux autres peines alternatives, exactement comme tous les autres ! Chérif Kouachi avait réussi à endormir la méfiance et avait obtenu des aménagements de peine comme les délinquants ordinaires : en termes de réinsertion, on pouvait quand même mieux faire !

Ce qui signifie qu’on n’est jamais certain de ne pas avoir relâché dans la nature un Merah ou un Kouachi ? Y a-t-il une expertise pour évaluer la sincérité d’un terroriste repenti et repérer le type qui cherche simplement à endormir la vigilance des services ?

Pour cela, il faudrait déjà que nous ayons une approche plus professionnelle de la menace. Pendant la guerre froide, nos services de renseignement possédaient ce genre de compétences, ils savaient débriefer les transfuges pour distinguer les vrais des faux. Il est urgent pour la justice de retrouver ces compétences. Aujourd’hui, nous sommes quasiment désarmés face à des gens très intelligents et manipulateurs qui ont en face d’eux des éducateurs ou des juges d’application des peines. Il est vrai que le risque de se faire manipuler existe toujours, que ce soit par un « simple » délinquant ou par un terroriste. Mais, encore une fois, ce risque est aggravé par le fait que notre système judiciaire traite de la même manière tous les délinquants, y compris les profils dangereux. Et, je le répète, les services de probation ne sont pas armés intellectuellement pour sonder les cœurs et les reins d’un terroriste chevronné.

La prison, jadis école du crime, est-elle devenue l’académie du terrorisme ?

Les prisons sont sans doute l’un des maillons faibles de la justice, mais les campagnes constantes de dénigrement, qui pointent certes de réels problèmes, se trompent de cible. On s’en prend à de l’immobilier ! La prison est ce qu’on en fait. Au lieu d’incriminer la prison, il faudrait incriminer les pouvoirs politiques, qui ne se sont jamais donné les moyens d’en faire un lieu de prévention. Cela fait des années que l’administration pénitentiaire nous alerte sur la montée inquiétante de la radicalisation dans nos prisons. Que fait-on ? Des mesurettes prises dans l’urgence, qui partent parfois d’idées intéressantes mais que l’on ne prolonge jamais dans le temps. C’est du coup par coup. Pour faire un travail de prévention, d’analyse et de renseignement, il faut des prisons permettant une approche beaucoup plus individualisée des détenus. Aujourd’hui, les terroristes, comme beaucoup de délinquants de droit commun, passent entre les mailles du filet car la politique pénale se contente de gérer des flux. On ne fait pas de travail de renseignement sur les personnes identifiées comme des menaces, ni sur les détenus en cours de radicalisation, donc potentiellement dangereux à leur sortie.

À vous entendre, on a l’impression que la puissance publique n’est absolument pas outillée pour assumer sa première mission, la protection des citoyens…

Encore une fois, c’est d’abord une question de volonté. Et de prise de conscience. Après ces attentats, une seule question se pose : va-t-on enfin passer du déni à la réalité ? Ou se bornera-ton à des effets d’annonce qui rassurent la population et satisfont les politiques, et sont aussi vite oubliés ?

Quelle est votre position sur le big data ou mégadonnées, c’est-à-dire le stockage de toutes les traces informatiques que nous laissons derrière nous ? Après tout, si ce traçage numérique à grande échelle permet de repérer des schémas et des profils potentiellement dangereux, faut-il s’y résigner ?
Ce n’est pas parce que vous enregistrez tout et que vous avez un énorme stock d’informations accumulées sans la moindre hiérarchisation que vous faites un bon travail de renseignement. Le renseignement est une information hiérarchisée, analysée, validée et vérifiée en permanence. La France a les moyens de recueillir ces mégadonnées. Mais, ce qui compte, c’est la façon dont on les transforme en renseignements. Quant à la dimension juridique, elle est cruciale. Il arrive que notre droit fasse obstacle aux besoins du renseignement. Aujourd’hui, la doctrine de la CNCIS (Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité) est tellement restrictive en matière d’écoutes administratives que la DGSI ne peut pratiquement plus en faire utilement. Ainsi, la plupart du temps, les écoutes ne sont autorisées que pour des personnes déjà identifiées comme terroristes. Mais quand on fait du renseignement, on ne cherche pas nécessairement des preuves, mais d’abord des filières et des projets. Cependant, une polémique publique pointe son nez sur cette question, et j’espère qu’il en sortira des améliorations pour le renseignement. Ce sera un bon test pour savoir si les actes vont suivre les paroles.

On parle d’un Patriot Act français, sans savoir très bien ce qu’il contiendrait. La lutte contre le terrorisme passe-t-elle par une restriction de nos libertés ; en particulier sur Internet ? Faudrait-il, par exemple, interdire les sites crypto-djihadistes ?

Manuel Valls a eu raison de le dire, nous n’avons nullement besoin de lois d’exception. Sur la question précise des sites qui nourrissent le terrorisme, il ne faut pas céder à l’indignation. N’oubliez pas que le renseignement est la clé de voûte de la lutte antiterroriste et que la surveillance de ces sites peut permettre de repérer des préparatifs, d’identifier des terroristes potentiels et de les empêcher de nuire. Si on les oblige à passer par des canaux plus discrets, on ne fait que compliquer encore le travail de renseignement.

Oui, mais vous oubliez que ces sites sont aussi des lieux d’endoctrinement et de propagation d’idéologies qui constituent en elles-mêmes des menaces. D’ailleurs, tandis que des millions de Français défilaient pour défendre la liberté d’expression et le droit au blasphème, quelques dizaines d’autres ont été condamnés pour « apologie du terrorisme ». Êtes-vous gênée par cette concomitance ?

La liberté d’expression a évidemment des limites, et les attentats nous obligeront peut-être à les redéfinir. Pour commencer, ne nous emballons pas ! Tout d’abord, ne confondons pas la véritable apologie du terrorisme et les réactions épidermiques, les âneries proférées sous l’emprise de la colère, de l’alcool, ou de la bêtise. Mais même dans les cas où l’apologie est dangereuse parce que la publicité lui donne de la légitimité, ce n’est pas de même nature que le terrorisme lui-même. Approuver, même bruyamment, un acte terroriste, c’est choquant, indigne, mais ce n’est pas la même chose que tuer des gens. L’apologie du terrorisme est donc une incrimination à manier avec prudence, si on ne veut pas créer en douce un délit d’imbécillité. Toute la grandeur de la justice réside dans le fait qu’elle ne juge pas sous le coup de l’émotion mais avec distance et raison, et en respectant nos grands principes de liberté. Et puis, n’oublions pas que l’attentat contre Charlie Hebdo était une attaque contre la liberté d’expression ![/access]

Ne pas jeter de l’huile sur le feu…

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Quelle ne fut pas ma stupéfaction quand j’entendis au premier étage du Flore un écrivain, par ailleurs aussi un ami pour autant que cela soit compatible, me dire qu’après tout les dessinateurs de Charlie l’avaient sinon mérité, du moins bien cherché.
Sachant qu’il n’apprécie guère plus l’Islam que moi, je cherchais à en savoir plus. Il se déroba. Il avoua finalement que son confort personnel (ce que les artistes nomment pompeusement : leur œuvre) lui importait plus que le destin du monde.
La discussion aurait pu s’arrêter là. Mais quand il ajouta : « Il ne faut surtout pas jeter de l’huile sur le feu » et qu’il me traita de type belliqueux qui jouit sexuellement des conflits qu’il provoque et qu’il mit en cause un mensuel dirigé par Elisabeth Lévy auquel mon nom est parfois associé, je me demandai si ce qu’il fallait déplorer le plus était son aveuglement ou sa lâcheté.

« Ne pas jeter de l’huile sur le feu » : aucune expression ne m’agace plus. Elle signe une forme d’asservissement volontaire qui va de pair avec un pacifisme mou et la fin de toute pensée. Mon ami m’expliqua ensuite, comme si je n’en avais jamais eu la moindre conscience, que tout est plus compliqué qu’on ne l’imagine, qu’il ne faut pas avoir une vision du monde en noir et blanc et que respecter les croyances et les valeurs de chacun est un impératif que je devrais respecter. Je sais par ailleurs qu’il enseigne aussi à Sciences Po. Le Barbare que je suis songe dorénavant à s’y inscrire une seconde fois pour mieux comprendre comment la morale s’est substituée à la politique, le droit-de-l’hommisme à la Realpolitik. Et surtout pourquoi, comme le suggère le rapport Conesa (Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense) « la France doit désormais assumer qu’elle est un pays musulman et revendiquer un siège à l’Organisation de la Conférence Islamique ».

Peut-être, mais j’en doute fort, en viendrais-je même à ne pas trouver abject le Manifeste des cinéastes et artistes anglais (dont Ken Loach et Mike Leigh) invitant à boycotter Israêl, ainsi que tous les festivals où des films Israéliens seraient présentés. Car il va de soi que s’il y a un pays qui jette de l’huile sur le feu dans le paisible monde arabe en refusant un État palestinien, c’est bien ce surgeon du nazisme implanté au Proche Orient…

Adultère : Gleeden assigné en justice

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gleeden adultere eglise

Islamophobie et antisémitisme sont des mots que l’on entend beaucoup en ces temps difficiles. Christianophobie c’est plus rare… Le Président de la République condamne la décapitation de 21 coptes en faisant seulement état de leur nationalité égyptienne. Le même Président suivi par le maire de Paris a pris l’habitude de saluer soigneusement les fêtes juives et musulmanes, se gardant bien de faire de même pour les fêtes chrétiennes. À la trappe Noël et Pâques. Voilà un tableau faisant le compte des profanations de cimetières chrétiens, juifs et musulmans. Horreur !

Quelques instants plus tard, les cimetières chrétiens sont devenus simplement municipaux ! À Nantes, un énergumène entre dans la basilique Saint-Nicolas, jette un crucifix à terre et urine dessus. Immédiatement, le parquet colmate. Simple « dégradation de monument historique ». Qui débouchera sur une relaxe comme dans l’affaire de des cloches de Notre-Dame. Allons, qu’est-ce que vous allez chercher, une fois nettoyé le crucifix sera comme neuf. Rappelons à ce procureur subtil que pour une tête de porc laissé devant une mosquée un soir de beuverie, en France, c’est neuf mois dont trois fermes.

Alors, le républicain équitable sent naître vis-à-vis de ses concitoyens chrétiens un sentiment de solidarité. Patatras ! C’est le moment choisi par certains de nos amis cathos pour lancer une campagne absurde et cédant à la mode qui consiste à saisir la justice. Démontrant que derrière les ouvertures papales, la tentation de l’ordre moral est toujours bien présente chez certains.

De quoi s’agit-il ? Une partie de la cathosphère s’est offusqué des publicités affichées à l’arrière des bus faisant la promotion d’une application numérique mettant en contact des gens tentés par des aventures extra-conjugales. L’existence d’une telle application démontre s’il en était besoin la capacité de la société marchande de s’insinuer partout, ce qui n’est quand même pas un scoop.

Ah mais non ! Attention, tout ceci est très mal ! Tollé, campagne, lobbying, « morale, bonnes moeurs, valeurs, scandale ! ». Les maires ne sont pas en reste qui pour certains demandent (et obtiennent) le retrait des affiches, et pour d’autres prennent des arrêtés d’interdiction (!). Jusqu’à Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’assemblée, qui prend leur parti. Ce qui aurait dû attirer l’attention, le soutien d’un personnage de ce calibre étant quand même très mauvais signe. Le pire est atteint par ces 170 élus qui se fendent d’une lettre ouverte au patron de la RATP dans Le Figaro. 

Montrant qu’ils ne sont pas remis de n’avoir su monter dans le train de la Manif pour tous. En se bousculant pour monter dans le tortillard de cette mauvaise cause. Pour breveter les pauvres arguments, on les prétend juridiques et on annonce à grand fracas « qu’on a saisi la justice ».

Une fédération d’associations catholiques aurait assigné la société propriétaire du site de rencontres adultérines Gleeden pour « contester la légalité du site et de ses communications publicitaires« . Gros doutes : quel est l’objet de la procédure, quelle juridiction saisie, quel intérêt pour agir ? En France, le contrôle de la conformité à l’ordre public appartient à l’État.

Et surtout quels sont les arguments juridiques ? Ne disposant pas de l’assignation, contentons-nous de ceux publiés dans la presse et sur les réseaux.

Pour les associations, Gleeden, en facilitant « l’adultère, fait la promotion publique de la duplicité, du mensonge et de la violation de la loi. Car si l’infidélité n’est plus une faute pénale depuis 1975, l’article 212 du Code civil dispose que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». La convention entre le site et ses membres serait donc irrégulière car basée sur la promotion de comportements illicites. »

Bien bien bien. Malheureusement, cette initiative est juridiquement fantaisiste, et surtout politiquement sévèrement à côté de la plaque. Et en ce moment c’est une mauvaise action.

Sur le plan juridique tout d’abord. Qu’est-ce que le mariage ?  Un objet juridique double. C’est tout d’abord un contrat spécifique auquel le couple adhère pour obtenir le statut « d’époux ». Ensuite une institution organisée et contrôlée par l’État en raison de ses conséquences familiales et patrimoniales.  Cette double nature explique qu’il soit prononcé par le maire agissant comme officier d’État civil au nom de l’État (l’institution), mais qui va vérifier et recueillir le consentement des époux à cet engagement (le contrat). Une fois prononcé il est publié et devient opposable aux tiers. Toutes les sociétés humaines connaissent ou ont connu le mariage. Celui-ci a pris des formes et connu des évolutions différentes. Chez nous, au mariage religieux a succédé le mariage républicain. En 1804 Portalis un des auteurs du Code civil le définissait comme « la société de l’homme et de la femme qui s’unissent pour perpétuer leur espèce, pour s’aider par des secours mutuels à porter le poids de la vie et pour partager leur commune destinée. » Cette simple lecture démontre à quel point nous en sommes loin aujourd’hui. Le divorce de masse, l’individualisme triomphant, et plus récemment le « mariage pour tous », dernier clou planté dans le cercueil, ont peu à peu vidé l’institution de sa substance. Le mariage est devenu un contrat presque comme les autres. Qui prévoit des obligations et une rupture fautive si elles ne sont pas respectées.

En quoi l’adultère, non-respect de l’obligation contractuelle de fidélité serait-elle un comportement illicite, pour d’autres que les deux époux concernés ? Alors, qui prête son appartement à une copine qui a une aventure, est le complice d’une opération contraire à l’ordre public ? L’époux, pris par le démon du jeu, qui dilapide l’argent du ménage, contrevenant ainsi à son devoir de secours verra le divorce prononcé à ses torts. Mais devrait-on aussi poursuivre les casinos et la Française des jeux ?

Et qu’est-ce que l’adultère aujourd’hui ? Une question relevant de la vie privée. Dans les sociétés antiques, elle était souvent considérée comme portant atteint à l’ordre social. La parabole de la première pierre nous rappelle que les musulmans n’étaient pas les seuls à lapider. Les Romains n’étaient pas tendres non plus. Aujourd’hui c’est fini. L’infraction pénale tombée en désuétude a été abrogée en 1975. Ce n’est plus une cause péremptoire (automatique) de divorce. Et si elle est encore utilisée dans les procédures pour faute (20 % des divorces), c’est une forme très subjective et relative qui est utilisée par le juge. Ainsi, la simple inscription sur un site de rencontre peut être considérée comme une infidélité. Au contraire des Romains pour lesquels il n’y avait d’adultère que « gladius in vaginam » (traduction inutile), la consommation n’est plus nécessaire pour constituer une faute contractuelle susceptible de faire prononcer le divorce.

Deux autres arguments de nos nouveaux pères–la-pudeur lèvent le voile sur l’opération. Gleeden ferait « la promotion publique de la duplicité et du mensonge » au-delà du ridicule de l’affirmation, on répondra : et alors? Le mensonge et la dissimulation font partie des universaux anthropologiques dont l’utilité sociale est évidente. Et puis s’il vous plaît, adultère et mensonge, laissez-nous tranquilles avec vos dix commandements.

Et on nous assène que « derrière l’infidélité, il y a des enfants, des familles brisées, des drames familiaux ». Inversion des causes et des conséquences. Il vaudrait peut-être mieux incriminer d’abord sur les causes sociales de ces problèmes. Le sort d’un enfant français d’une famille recomposée sera de toute façon toujours plus enviable que celui d’un gamin des trottoirs de Manille. Ajoutons méchamment qu’il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Et puisque l’adultère est responsable de tant de malheurs, suivre l’ayatollah Kazem Sidighi qui lui impute les tremblements de terre…

On voit bien dans ces discours se profiler l’envie irrépressible de réinjecter dans la sphère publique une morale religieuse qui n’a rien à y faire. Ces tentatives récurrentes sont vouées à l’échec. Et disqualifient leurs auteurs

Et ce n’était franchement pas le moment d’agiter ce grelot. Le difficile débat sur la laïcité, qui concerne d’abord l’islam de France n’a pas besoin de ce genre de diversion qui permet tous les amalgames. Bien qu’athée, je sais faire la différence  entre les religions.

Islam de France Inter

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salafisme france inter

J’avoue, j’ai toujours été un peu réfractaire à l’intégrisme. Contrairement à certains de mes congénères, le fondamentalisme religieux ne suscite chez moi nul enthousiasme jovial, nulle montée d’adrénaline et de testostérone à l’idée de me flageller matin et soir, ou d’instaurer par la lance ou la kalachnikov une théocratie de quartier afin de convaincre tous mes voisins d’aimer leur prochain. Les pères élevés chez les Jésuites ne sauront jamais de quelles jouissances bien légitimes ils privent inconsciemment leurs fils en leur transmettant la passion surannée pour les humanités en général, et l’humanité en particulier. Bref, je renâcle encore aujourd’hui à la perspective de fréquenter assidûment la paroisse schismatique de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, que je préfèrerais voir évacuer une fois pour toutes par des CRS casqués.

Aussi, quelle ne fut pas ma stupeur vendredi matin, en écoutant la revue de presse de France Inter, d’apprendre que 89 mosquées françaises avaient été identifiées par le ministère de l’Intérieur comme des lieux de propagande salafiste ! Citant Le Figaro, l’animatrice m’annonçait par ailleurs posément que 41 autres subissaient déjà l’entrisme de ce courant fondamentaliste. Après avoir demandé à ma moitié si la radio était bien réglée sur France Inter, je me suis interrogé : avais-je raté un épisode ? En général, à cette heure matinale, on évoquait plutôt la montée effrayante de « l’islamophobie », fameuse maladie mentale qui consiste à prendre peur en visionnant les vidéos de Daech ou à affirmer qu’une femme aurait le droit d’aller à la piscine.

Des journaux épris de liberté nous rappelaient eux aussi depuis un mois combien la plupart des musulmans français souffraient d’un mystérieux « amalgame » avec les terroristes, ainsi que d’une « stigmatisation » éhontée, fondée sur un ignoble « apartheid » territorial et une tragique « ségrégation » sociale. Mais ce jour-là, l’antenne publique sur laquelle officie toujours Pascale Clark semblait soudain avoir décidé d’en finir avec le silence radio qui s’imposait, jusqu’ici, dès lors qu’une info liée à l’islam de France se révélait vaguement anxiogène. Les données des services de renseignements que s’était procurées Le Figaro amenaient le journaliste à ce verdict formel : « Le spectre d’une véritable contagion radicale plane sur les mosquées de France. »

D’après l’article, le rapport rendu par un expert du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur précisait à propos de ces militants radicaux, bien qu’ils condamnent officiellement le djihad : « Ils prônent un retrait du monde et une rupture quasi-totale avec les non-musulmans afin de se consacrer à la religion. Cette vision exclusive considère toute soumission aux lois de la République, dans le cadre d’une convocation au commissariat ou au tribunal, comme illicite car revenant à cautionner un ordre impie. » Pour séduire, ils emploient un discours « victimaire et complotiste », mais font aussi rêver leurs ouailles en leur promettant la « lumière », des amis et des « maris ou épouses pures ». Ensuite seulement viennent « les cours coraniques et la prise en main radicale ». Leur objectif, de plus en plus souvent atteint : se faire élire à la tête des associations qui gèrent les salles de prières et autres mosquées à proximité desquelles ils ouvrent boutique.

Voilà qui justifiait peut-être le réveil inattendu de radio bobo. Alors que les Croisés ont remis leurs épées au fourreau depuis quelques siècles, des hordes de fanatiques musulmans déferlaient quant à eux ces jours-ci sur tous les continents pour égorger nos fils, nos compagnes, et bien d’autres. Chez nous, certains flinguaient à bout portant des petites filles ou des agents de la paix, tandis que d’autres s’envolaient pour la Syrie. Mais sans doute n’avait-on pas, jusqu’à présent, tous les éléments pour mesurer à quel point le cancer de l’islam radical s’était métastasé. Pourtant, dès le 10 février, une autre publication aurait pu alarmer la revuiste de France Inter. Ce jour-là, Le Monde des religions mettait en ligne, avec les précautions introductives nécessaires, l’invraisemblable lettre ouverte du docteur Abdelrahmène Azzouzzi, urologue, chef de service au CHU d’Angers et conseiller municipal de la ville, à « ses collègues et amis élus ».

Ce médecin, dont l’histoire ne dit pas s’il refusait d’examiner des patients de sexe féminin, feint d’abord de s’interroger : « Il faudrait peut-être que je continue à faire semblant de partager un chemin commun avec vous ». Mais il tranche aussitôt : « Je ne le ferai pas car beaucoup trop nous sépare. » À savoir ? « Que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent. » Malheureusement, le signataire du serment d’Hippocrate omet de préciser lesquelles. En revanche, il énumère exhaustivement les cibles qu’il vise quant à lui : « l’école de la République » qui « s’attaque avec violence à des enfants de 8 ou 10 ans parce que musulmans », mais aussi la police et l’armée françaises où « le racisme est endémique ». À travers ses fonctions régaliennes, c’est contre « la politique islamophobe de l’Etat français » et sa « laïcité à géométrie variable » que notre damné de la terre Bac + 10 s’insurge.

D’ailleurs, du haut de son statut de chef de service hospitalier, il évoque une « discrimination à l’emploi », entre « l’apartheid médiatique » et la « nausée » que lui donne – accrochez-vous à votre parasol – « la nuée de candidats et candidates locaux tous plus blancs les uns que les autres ». Du point de vue de ce pauvre nanti ségrégé, la France est aussi « la nation la plus islamophobe du monde » parce qu’après l’assassinat de quatre juifs par des islamistes, « elle termine ce merveilleux élan républicain du 11 janvier dans la synagogue de la Victoire ». Sans compter l’absence persistante d’une interdiction définitive de recevoir Zemmour ou Finkielkraut sur un plateau télé, au profit de leurs « concitoyens d’obédience musulmane majoritairement issus des colonies de feu l’Empire français ». De toute façon, « notre présente société asservie par l’argent » comme le prolo par son tiers-payant n’est plus digne, dit-il, de son attachement aux véritables valeurs de la République.

« Le camp des éradicateurs est activement à l’œuvre et couvre les voix du camp des conciliateurs », clame-t-il encore avant de conclure – en bon conciliateur – par une menace : « Ce qui en ressortira sera le fruit de vos actions ou inactions (…) Ceux qui ne s’obstinent pas à construire la paix obtiennent la guerre ». Au terme de cette déclaration de sécession, unilatérale et sans appel, notre concitoyen évoque enfin son « retrait » et précise : « Je m’en lave les mains et (…) je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes. » Mon père m’a souvent répété ce proverbe latin : « Asinus asinum fricat »[1. L’âne frotte l’âne.].

*Photo : YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA. 00624790_000009.

Même les barbares sont décevants

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islam charlie hebdo nihilisme

Symptômes.

Il est vraisemblable qu’un jour plus ou moins lointain Causeur n’existera plus et ne sera même plus pensable. Chacun d’entre nous sait qu’il est mortel. Et nous avons tous appris à l’école que les civilisations aussi sont mortelles. Nous avons un peu de peine à le reconnaître, mais nous assistons à l’agonie de nos sociétés. Les symptômes sont si nombreux que nous nous abstiendrons de les énumérer.

Le premier est que nous avons désappris à lire et à écrire. Et que nous avons oublié que le silence et la solitude sont les conditions de la culture. Bref, qu’il vaut mieux avoir pour compagnons Montaigne, Baudelaire, Amiel ou Proust que Laurent Ruquier, des jeux vidéo ou des professionnels de la compassion.

L’agonie d’une civilisation tient aussi au fait qu’elle a perdu ses défenses immunitaires. Elle ne sait plus comment se défendre, ni même pourquoi elle devrait le faire. Elle est devenue totalement nihiliste, mais d’un nihilisme qui est de l’ordre du renoncement parfois, de la bêtise souvent, de la lâcheté toujours. Au fond, personne ne veut croire que nous sommes en guerre. On privilégie le vivre-ensemble, la tolérance, voire une neutralité bienveillante. Certes, les enfants perdus de la République nous bousculent un peu, mais c’est sans doute que nous n’en avons pas fait assez pour eux. Certes, des musulmans légèrement plus agressifs que d’autres violentent ou massacrent. Mais c’est que nous n’avons pas bien formé leurs imams et pas construit suffisamment de mosquées.[access capability= »lire_inedits »]

Là où débute le débat

Se poser la question de savoir pourquoi nous n’avons pas de problème avec les bouddhistes, les shintoïstes ou les hindouistes, alors que nous en avons tant avec les musulmans, serait indélicat. Dire que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie serait d’une grossièreté insupportable. Se demander pourquoi les trois millions de jeunes Égyptiens qui affirment leur athéisme se retrouvent dans des prisons ou des camps de rééducation, quand ils ne sont pas obligés de s’exiler, est une question qu’il vaut mieux esquiver. De même que l’éradication des juifs ou des chrétiens dans le Proche-Orient. À la limite, comparer les fous d’Allah aux évangélistes protestants (qui n’ont fait de mal à personne) est acceptable. Le débat s’arrête là. Or, à mon avis, c’est là qu’il débute. L’islam, qui a sans doute aussi de bons côtés – même si je peine à les percevoir et si je préfère les laisser aux Arabes ou aux Indonésiens – exerce aujourd’hui un pouvoir de fascination à peu près équivalent à celui que le nazisme, le stalinisme ou le maoïsme ont exercé en leur temps. Le désir de soumission, la peur de la liberté, le retour à un modèle patriarcal, sans omettre un zeste de culpabilité lié à un passé colonial, lui ont donné des ailes. La manne pétrolière, de sérieuses assises. Et, par un effet de mode, rien n’étant plus contagieux que la mode, un élan inattendu. L’idée, par ailleurs assez géniale, d’un califat lui a permis de disposer d’une stratégie offensive dont je vois mal ce qui pourrait l’arrêter. En outre, la nature ayant horreur du vide – et la France étant entrée dans l’ère du vide – je parierais volontiers sur la victoire de ceux qui croient encore en quelque chose sur ceux qui ne croient plus en rien.

Le lieu le plus rapproché de l’enfer

Il y a plus de cinquante ans, à l’université de Lausanne, presque tous mes amis étaient algériens. Ils avaient fui la France. Aucun d’eux ne lisait le Coran. Ils se battaient pour une Algérie indépendante et socialiste. Aujourd’hui, ils me mettent tous en garde contre l’islam. Et quand je regarde les vidéos d’Aldo Sterone (un immigré algérien qui commente mieux que quiconque l’actualité politique sur YouTube) je me demande : comment en sommes-nous arrivés là ? Éric Zemmour formule quelques hypothèses avec lesquelles je suis souvent en accord. Mais la réponse qui me semble la plus judicieuse est la lassitude. Chacun sent bien que tant sur le plan culturel qu’économique la France est à bout de souffle. Et que les Français, sans oser se l’avouer, attendent les Barbares. Mais même les Barbares seront décevants.

Je suis arrivé à Paris dans les années 1960. C’était sans doute, comme le répétait volontiers Cioran, le lieu le plus rapproché du paradis. Comme personne ne me croit quand je raconte l’ébullition intellectuelle et artistique qui régnait alors, je préfère m’abstenir. Mais c’est sans regret que je quitterai le lieu le plus rapproché de l’enfer, même si, pour un nihiliste frivole, l’enfer présente, lui aussi, un certain attrait. À la condition de disposer d’un climatiseur assez puissant pour ne pas être totalement asphyxié par la débilité ambiante dont je sais gré à François Hollande de l’incarner de façon irréprochable.

Je conclurai en lui disant, moi aussi : « Merci pour ce moment ! »[/access]

Pierre Autin-Grenier, Brautigan français

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pierre autin grenier

Avez-vous lu Pierre Autin-Grenier ? Si ce n’est pas le cas, ce ne serait pas très étonnant.

Pierre Autin-Grenier était un auteur confidentiel, comme on dit. Il était d’ailleurs très lucide sur sa visibilité médiatique dont il se moquait comme de l’an quarante : « Recenser en fin d’une vie rêveuse et distraite une somme d’écrits aussi minces qu’une membrane de chauve-souris et n’envisager au mieux de ne rédiger maintenant que de laconiques cartes postales à quelques rares et lointains fidèles, méritent bien, ma foi, d’être regardé comme le poète le plus prometteur du patelin par mes six cents trente neufs lecteurs et cela, mieux que de me combler d’honneur, suffit tout à fait à mon bonheur. »

D’emblée, en quelques lignes, vous avez ce qui fait la « touche » Pierre Autin Grenier. Un mélange calme d’autodérision et de mélancolie discrète, sans compter un style reconnaissable entre tous, à la simplicité travaillée, à l’évidence trompeuse car vous pouvez être emportés très loin du sujet initial qui vous fait partir d’une grille mal fermée alors que quelques paragraphes plus loin,  vous vous retrouvez, avec sur le pare-choc de votre voiture, du sang et des petites ailes blanches car vous venez d’écraser un ange sur une départementale.

Pierre Autin-Grenier, qui décidément ne fait aucun effort pour s’imposer dans le paysage des lettres, est mort le 12 avril 2014. Le lecteur comprend assez vite de quoi puisque Analyser la situation, ouvrage posthume, est dédié à son cancer du poumon. Rassurez-vous, aucune considération grave sur la maladie, la souffrance, la mort ou alors dans la suggestion, le non-dit, l’implicite qui se devine dans le blanc séparant deux textes.

Mais pour l’essentiel Pierre Autin-Grenier, dans Analyser la situation, ne change en rien la manière qui a fait sa réputation auprès d’un cercle d’admirateurs que sa mort a laissé désorientés parce qu’il faisait partie, selon le mot de Chardonne, de ces écrivains qui n’avaient pour lecteurs que des gens qu’il aurait voulu pour amis. La manière Autin-Grenier, c’est le récit court, la nouvelle, le fragment d’une autobiographie plus ou moins fantasmée, voire le poème en prose. On pense en lisant Autin-Grenier, à Richard Brautigan ou à Frédéric Berthet. Avant Analyser la situation, Autin-Grenier avait écrit des recueils qui disaient assez son humour noir, sa douceur, sa résignation polie et drôle devant l’absurdité du monde. On recommandera par exemple la trilogie parue chez Gallimard/l’Arpenteur : Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée, L’éternité est inutile. Si les choses se passent bien entre Autin-Grenier et vous, vous me remercierez et vous reviendrez régulièrement vers ces trois livres, même pour quelques minutes, en les ouvrant au hasard car une des manières de savoir que l’on a à faire à un grand écrivain, c’est qu’on ne saute jamais les mêmes passages à la relecture.

Dans Analyser la situation, nous verrons un homme rouler très vite dans la nuit en faisant le point sur sa vie puis un autre homme s’interroger avec inquiétude sur les rapports entre le sauté de riz de veau aux morilles, qui est le plat préféré de l’écrivain Jim Harrison, et la création littéraire. Sans compter celui qui emporte une « victoire au finish contre les cannibales » grâce à Samuel Beckett et un autre qui prouve sa bonne santé mentale en avalant des anxiolytiques pendant une performance d’avant-garde au Palais de Tokyo. Il s’agit sans doute d’un seul et même homme et il s’agit certainement de Pierre Autin-Grenier lui-même, c’est à dire de nous tous, en fait, qui avons, pour peu que l’on soit lucides et que l’on sache prendre un peu de temps pour se regarder dans le miroir des jours, l’impression de vivre dans un monde légèrement absurde où l’on se promène comme des étrangers en pays lointain. C’est que Pierre Autin-Grenier raconte ses histoires comme nous déroulons nos existences : on croit avoir tracé la direction une fois pour toutes et l’on s’aperçoit qu’on est soudain très loin de ce qu’on avait voulu. C’est angoissant, mais quand on lit Autin Grenier, on se dit que ce n’est pas forcément plus mal et puis, de toute façon, on finira bien par  trouver « un coin tranquille pour lancer le bouchon dans l’eau claire de ruisseaux sans prétention et taquiner le goujon en attendant que se pointe le soleil de midi, l’endroit magique où construire des cabanes en rondins pour protéger des rigueurs de l’hiver les ragondins ou batifoler l’été sur les berges sauvages en compagnie de nymphettes d’à peine seize ans aux blondeurs frisottantes. »

Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude)

On signalera chez le même éditeur, Une manière d’histoire saugrenue, un recueil d’hommages à Pierre Autin-Grenier.

Analyser la situation

Prix: 13,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,22 €

La BD fait sa révolution

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pilote mai 68 goscinny

À l’origine, il y avait Dieu. Le Pacha du paquebot Pilote. René Goscinny (1926-1977), le maître de la bande dessinée moderne, le créateur virtuose à qui l’on doit Astérix, Lucky Luke, Iznogoud ou encore le Petit Nicolas. A ses côtés, d’indisciplinés disciples, des chevelus, des anars, des jeunes loups à l’imaginaire halluciné qui vont faire exploser les cases. Après eux, la BD ne sera plus jamais un art inoffensif réservé aux innocentes têtes blondes. Cette nouvelle garde montante, crayons en bandoulière, terriblement douée n’a pas d’autres choix pour exister que de tuer symboliquement le « père ». La Statue du Commandeur doit tomber. Mai 1968 facilitera ce « crime » de papier.

Le journaliste Eric Aeschimann et le dessinateur Nicoby racontent la révolution au sein du magazine Pilote entre 1968 et 1972 d’après les témoignages de Gotlib, Fred, Druillet, Bretécher, Mandryka et Giraud. C’est passionnant, malin, nostalgique, triste et effervescent comme une tragédie antique. Ceux qui ne connaissent pas les protagonistes de cette affaire ou les arcanes de la BD découvriront avec avidité que le 9ème art est un univers impitoyable. Et comment de gentils hippies au style relâché peuvent devenir de féroces combattants. Pour les amateurs du genre, la réunion de l’été 1968 qui vit Goscinny convoqué devant une sorte de comité de salut public composé de dessinateurs énervés fait partie de la légende. Elle est l’élément fondateur qui donna naissance à une nouvelle forme d’expression graphique avec le lancement de L’Echo des Savanes ou Métal Hurlant. L’atmosphère enfiévrée des AG et le goût pour le lancer de pavés ont incité quelques-uns à prendre d’assaut le navire Pilote et saborder son commandant de bord. Cette manœuvre laissa des traces indélébiles car Goscinny fut le seul « patron » à se déplacer. Il dut subir des attaques injustes adressées principalement aux éditeurs. Il se trouva pris au piège. Lui, le scénariste de génie formé à l’école de Mad devenait le suppôt du Grand Capital.

Il faut avouer que sans sécurité sociale et sans retraite, les dessinateurs étaient des prolétaires corvéables à merci. Un épisode de la lutte des classes se rejouait au pays de Tintin et Spirou. Jean Giraud dit Moebius, présent à cette fameuse réunion, se souvenait de ce chahut : « On y était allés, on y allait à fond car Goscinny avait l’air tellement fort. Cette réunion concrétisait la pression de l’époque. D’une certaine façon, c’est lui qui a enregistré cette pression. Ce n’était pas méchant, on était brouillons et véhéments, dans un premier temps, j’ai cru qu’il avait digéré ».

La BD de grand-papa entrait dans l’âge adulte. Le travail d’Aeschimann et Nicoby revient sur cette folle période où une BD plus débridée, plus politisée et moins asexuée allait définitivement quitter le rayon jeunesse pour d’autres territoires de création. Tous ces fous furieux ont inventé un art nouveau qui irriguera dans les années 80, le cinéma, la publicité, la musique ou la télévision. Cette forme d’irrévérence semble quelque peu désuète à notre époque actuelle vu la manière dont toutes les dissidences sont assimilées par le système médiatique.

Près d’un demi-siècle après ce big-bang, il n’y a pas de rancœur, plutôt une immense admiration pour Goscinny. Chaque témoignage révèle le profond respect pour ce seigneur. Avec ses costumes trois pièces, sa Mercedes et sa discrétion de mise, ce Monsieur intimidait autant par son élégance que par son esprit visionnaire. Pour Claire Bretécher (Cellulite, Les Frustrés, Agrippine, etc…) : « son côté très réservé, bien élevé, courtois. Très charmant bien que sur la défensive… » avait beaucoup de classe et de charme. Pour ces révolutionnaires de pacotille qui voulaient « être calife à la place du calife », elle n’a qu’un mot : « c’étaient des connards !! ». « C’est Pilote qui m’a fabriqué et qui m’a ouvert les portes de la liberté. La créativité est restée. Après les étoiles ont voyagé » conclut Druillet (Lone Sloane, La Nuit, Salammbô, etc.). Aujourd’hui, les œuvres de tous ces énergumènes de la BD et celles de Goscinny cohabitent. Ce sont même des classiques !

La révolution Pilote 1968-1972 – Les années Goscinny, quand la bande-dessinée est devenue adulte ! – Ecrits et dessinés par Aeschimann et Nicoby – Dargaud.

Philharmonie pour tous

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philharmonique mozart ouvreuse

Ça y est, messieurs dames de Paris, de Pantin et de la planète, la Philharmonie est à vous ! Elle est grande. Elle serait même grosse pour son âge. Une énorme barre en travers de La Villette qui, comme dit le patron, « dialogue avec la banlieue », preuve de son adhésion au monde moderne.

Le soir de l’inauguration, on était mal nous autres auxiliaires de placement. Rien n’était sec, il a fallu scotcher les numéros sur les accoudoirs, les gens rataient la marche dans l’ombre et se vautraient sur leurs voisins, des rangées de fauteuils sur vérin tanguaient comme une péniche, d’autres n’avaient pas de fauteuil du tout, on a dû arrimer les baronnes à des chaises, les escalators ont tenu trois quarts d’heure, les coulisses font assez Beyrouth 1989, les panneaux acoustiques ne fonctionnent pas, alors je vous jure que dans les balcons suspendus on entend beaucoup moins qu’en bas, bref, c’est ouvert, c’est beau, c’est varié, c’est pas cher, c’est plein, c’est neuf, mais on n’est pas rendu.[access capability= »lire_inedits »]

Le 14 janvier, avant l’ouverture des portes, je n’arrivais même pas à savoir le nom. « Philharmonie 1 » qu’on m’a dit au bureau du personnel pour ne pas confondre avec la salle autrefois « modulable » qui devient « Philharmonie 2 » – comment on s’est fait incendier par les clients à la bourre qui comprenaient plus rien. D’autres préfèrent : Cité de la musique, grande salle/petite salle. Vous avez remarqué comme les lieux de fête ont le cœur administratif. À mon avis, tôt ou tard ça s’appellera SPB (Salle Pierre Boulez), et basta.

Inauguration émotionnelle. Pas de Pierre Boulez, le commanditaire, malade. Pas de Jean Nouvel, l’architecte, trahi. Mais le président Hollande venu prononcer un discours sur l’art (si, si, l’art. Il aura fallu deux carnages collatéraux pour que le mot art rentre du bagne et que le mot culture prenne une semaine de vacances). Plus applaudi, le président, qu’Hélène Grimaud, Renaud Capuçon, le Chœur et l’Orchestre de Paris ensemble. Resté jusqu’à minuit. Du coup, la maire Hidalgo a dû rester aussi, elle qui déteste les classiques, nous l’a-t-elle seriné ! Vous voulez la gloire tranquille ? L’harmonie ? Inaugurez une philharmonie.

Maintenant, le programme. Il y en a tous les jours pour tous les goûts, des stars, des bleus, du piano, du baroque, du jazz, du raga, des institutions locales, des orchestres américains, une expo David Bowie le mois prochain. Et surtout, surtout, des trucs pour les jeunes.
En France, l’âge moyen du mélomane qui fréquente les concerts classiques était de 36 ans à l’arrivée de Mitterrand (François) en 1981, il est de 61 ans aujourd’hui. Pas un auditeur nouveau. C’est le sociologue Stéphane Dorin qui nous l’apprend en marge du Salon Musicora. Si on veut qu’elle serve, la Philharmonie, va falloir en mettre un coup. Parce que les quidams qui ovationnaient le président, l’autre soir, ils habitent pas Aulnay et ils ont pas 16 ans. Oublions les quadras, génération Haribo-Tagada-Bio-Pop perdue pour la cause. Restent les petits. Mais l’école de l’art, jetez un œil aux cours de vos lardons. La pente à remonter ! Il est loin, le Mozart pour tous. Loin l’ado dénabillatisé. Loin, l’avenir de la Philharmonie. Loin, loin.>[/access]

*Image : Soleil.

François Hollande, Louis XVIII et la Chambre introuvable

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hollande frondeurs louis xviii

hollande frondeurs louis xviii

La semaine dernière, François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls n’ont manifestement pas pu compter sur la majorité parlementaire pour faire voter, en première lecture à l’Assemblée nationale, le « projet de loi pour l’activité et l’égalité des chances économiques », dit projet de loi Macron. D’inspiration libérale, ce texte, qui a pour ambition de « libérer le potentiel inexploité de croissance et d’activité » en « levant les freins » à celle-ci, n’a pas su convaincre l’ensemble des députés socialistes et a requis le passage en force du gouvernement.

Comme le prévoit la Constitution, le gouvernement a choisi, en utilisant l’article 49 alinéa 3, de ne pas soumettre le texte au vote et de présumer la confiance de sa majorité. La motion de censure, prévue à l’article 49 alinéa 2 et corollaire de l’engagement par le gouvernement de sa responsabilité politique sur ce texte, permet aux députés, et notamment aux réfractaires de la majorité – les « frondeurs » – d’exprimer leur désaccord si jamais la présomption optimiste du gouvernement sur leur soutien devait être infondée.

Or la motion de censure a été rejetée. Dès lors, un problème se pose : le gouvernement de Manuel Valls n’a donc ni une majorité avec lui pour le soutenir, ni une majorité contre lui pour le démettre. Où est la Chambre ? Elle est introuvable, au sens propre du terme. Ce cas s’est déjà présenté dans l’histoire de France.

Il y a deux cent ans, en août 1815, alors que Louis XVIII retrouvait le trône après l’épisode des Cent-Jours, des élections à la Chambre des députés marquèrent le triomphe des ultra-royalistes. L’assemblée ainsi élue passera à la postérité sous le nom de « Chambre introuvable », d’après l’expression de Louis XVIII lui-même qui exprimait sa surprise et son plaisir de pouvoir ainsi compter sur un aréopage d’élus a priori si favorables à son pouvoir. Mais les députés ultras exigèrent et obtinrent du duc de Richelieu, le remplaçant Talleyrand à la tête du gouvernement, la légalisation de la Terreur blanche et des mesures extrémistes que Louis XVIII, à l’aune des leçons du passé, savait vouées à l’échec. Inquiet de voir sa volonté de réconcilier les deux France s’abîmer dans une nouvelle guerre civile, il se résolut à dissoudre en septembre 1816 cette chambre qui lui était pourtant, sur le papier, si favorable. En 1815, la chambre était donc « plus royaliste que le Roi ». En 2015, elle est plus socialiste que le président.

L’épisode soulève la question de la responsabilité politique des représentants et de la cohérence des positions qu’ils prennent au nom de leurs mandants. Les frondeurs, qui sont restés dans l’esprit de la campagne de 2012, sont à l’image des ultras sous la Seconde Restauration : ils ne sont plus en phase avec leur chef. En toute logique, ils auraient donc dû manifester leur désaccord en votant la censure du gouvernement de Manuel Valls, dont la ligne politique est, comme l’a montré la primaire socialiste de 2011, très largement contraire à la leur. Or il n’en fut rien. Aucun des « frondeurs » n’a concrétisé sa défiance répétée envers la politique du gouvernement en votant la censure. Qui ne dit mot consent ; la démocratie parlementaire s’en remettra.

Beaucoup se défendront en imputant aisément ces dysfonctionnements du parlementarisme français d’aujourd’hui à la facture même de la Ve République : le parlementarisme rationalisé qu’elle met en œuvre contraindrait les députés à n’être que des godillots, sans aucune latitude décisionnelle, et l’Assemblée ne serait dès lors qu’une chambre d’enregistrement des volontés de l’exécutif.

Cette critique institutionnelle est récurrente à la gauche de la gauche française. De Jean-Luc Mélenchon à Arnaud Montebourg, les appels pour une VIe République, nécessairement parlementaire, y sont fréquents. Il s’agirait de débarrasser la République de la « monarchie présidentielle » et rendre l’entièreté du pouvoir exécutif au parlement – nécessaire monocaméral, ou au moins débarrassé d’un véritable Sénat, « anomalie démocratique » selon Lionel Jospin, encombrant car  conservateur. Le pouvoir devrait revenir à la Chambre et être exercé souverainement par les députés au travers d’un gouvernement responsable devant eux. Le sort des III et IVe Républiques n’a pas droit de cité dans ces réflexions.

Dans les rangs des « frondeurs », il est déroutant de voir se confondre les tenants de cet aggiornamento constitutionnel, pour libérer les députés du parlementarisme rationalisé, avec ceux qui se soumettent sans broncher à un gouvernement qu’ils honnissent par ailleurs, en ne votant pas la censure. Une confusion que seule la prétention à l’irresponsabilité politique explique. Le pouvoir induisant la responsabilité, la « fronde », pour être sincère, induit un rapport de force dont les conséquences doivent être assumées. Le pouvoir oblige. En l’occurrence, si le gouvernement avait dû être renversé, il revenait au président soit d’en prendre acte et de nommer un nouveau gouvernement, soit de maintenir le gouvernement et de dissoudre l’Assemblée, comme le fit le général de Gaulle à l’issue de la motion de censure votée contre le gouvernement Pompidou à l’automne 1962. L’ambivalence d’une partie des députés sur le projet de loi Macron démontre qu’ils rechignent à endosser la responsabilité qu’induit leur mandat ; ils ont préféré se soumettre plutôt que de risquer une hypothétique perte de leur siège. Il s’agirait de décider sans assumer : une place au Palais-Bourbon vaut bien quelques arrangements avec ses convictions.

Il ne manque pourtant aux députés frondeurs que la volonté de tenir leurs positions, dans la mesure où les moyens effectifs pour le faire existent. Nombreuses en effet sont les révisions constitutionnelles qui ont permis une certaine reparlementarisation la Ve République pour renforcer le rôle des députés. En vain. La majorité parlementaire reste inexorablement docile au gouvernement, en dépit de ses prérogatives et de ses désaccords parfois fondamentaux avec celui-ci. Les « frondeurs » rentrent dans le rang dès lors que leurs positions dépassent le cadre médiatique. La dernière révision constitutionnelle en date, celle du 23 juillet 2008, entendait même consacrer l’avènement d’un « hyper-parlement » (Jean-François Copé) face à un « hyper-président », en encadrant notamment les prérogatives de l’exécutif, en renforçant le contrôle du parlement sur celui-ci, et en développant le poids des assemblées dans la procédure législative. Mais dans les faits, la soumission inconditionnelle de toute la majorité au gouvernement demeure. Et certains entendent même la renforcer ! Razzy Hammadi, député de la Seine-Saint-Denis, a proposé mercredi d’interdire aux députés de la majorité de voter contre le gouvernement. Godillot, vous avez dit godillot ?

Au vu de ces événements, où majorité et opposition tiennent sur un texte des positions diamétralement contraires à leurs convictions, il semble à propos de se réjouir de l’équilibre institutionnel que consacre la Ve République, en isolant le pouvoir exécutif des arrangements et autres compromissions auxquels la chambre basse est historiquement encline.

Rappelons les fondements du mandat représentatif en citant Sieyès : « le seul devoir du représentant, c’est d’être libre ». Sieyès le régicide qui, lors de la Seconde Restauration, s’exila pour ne pas souffrir le pouvoir de Louis XVIII et des ultras. Autre temps, autre mœurs.

*Photo : wikicommons.

Antiterrorisme : va-t-on passer du déni à la réalité?

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beatrice brugere juge

beatrice brugere juge

Béatrice Brugère est magistrat, ancien juge antiterroriste et secrétaire générale du Syndicat national des magistrats Force ouvrière.

Causeur : La lutte contre le terrorisme incombe avant tout aux services de renseignement et aux forces de police. Quel est le rôle de la justice dans le dispositif ?

Béatrice Brugère : Par nature, la justice est en deuxième ligne : elle intervient quand une infraction a été commise ou est en train de se commettre. Son rôle, et c’est évidemment fondamental, est de poursuivre et sanctionner les coupables ou, s’ils sont morts, les complices, voire les instigateurs. Cependant, à la différence de ce qui se passe dans d’autres pays, il existe en droit français une infraction qui permet d’anticiper les attaques terroristes : le délit d’association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme. Si on dispose de suffisamment d’éléments matériels pour démontrer l’intention, on peut donc intervenir avant le passage à l’acte. En résumé, notre arsenal judiciaire et législatif est plutôt bien fait, non seulement contre le terrorisme, mais aussi contre la menace terroriste.

Pardon, mais cette excellence ne se voit pas à l’œil nu…

Ce dispositif dépend de l’usage qu’on en fait. Il faut savoir s’adapter. Le vieux terrorisme d’État, qui a sévi entre les années 1960 et les années 1980, et même le terrorisme sophistiqué et à grand spectacle d’Al-Qaïda, qui a culminé avec la destruction des tours jumelles, ne sont plus d’actualité. Nous sommes aujourd’hui mis au défi par un terrorisme intérieur, qui repose en grande part sur l’initiative personnelle et s’incarne dans des profils hybrides conjuguant délinquance et idéologie.[access capability= »lire_inedits »]
Et nous nous adaptons à cette nouvelle menace : la loi permettant de réprimer l’entreprise terroriste individuelle est entrée en vigueur en novembre 2014. Nous sommes donc pénalement armés pour traiter le loup solitaire autant que la meute. Cependant, n’oubliez pas que, même avec un dispositif adapté à « l’intention terroriste », la justice ne peut intervenir que lorsque des informations recueillies par les services de police révèlent des préparatifs avancés d’attentat ou d’attaque.
C’est bien le problème ! Merah, Coulibaly, les frères Kouachi étaient tous connus des services de renseignement. Il a pourtant été décidé de ne pas ou de ne plus les surveiller. Est-ce, comme le croient pas mal de Français, à cause de failles dans la loi et dans la procédure – qui seraient en quelque sorte trop douces aux durs ?

Si failles il y a, elles ne se situent pas dans la loi, mais dans son application par l’ensemble de la chaîne judiciaire et carcérale. Notre culture judiciaire a tendance à faire prévaloir la réinsertion sur la sanction. Et cette tendance est aggravée par la déperdition de l’information : plus on avance dans la chaîne pénale, moins l’information est transmise, ce qui signifie concrètement qu’on ignore de plus en plus l’infraction pour s’occuper de l’individu. En bout de chaîne, il y a des éducateurs qui n’ont pas la moindre idée des enjeux auxquels ils sont confrontés. Or, il faut savoir que la loi pénale présentée par Mme Taubira et votée le 15 août 2014 encourage cette dimension en quelque sorte rédemptrice de la justice, priorité véritablement fatale quand il s’agit de terrorisme.

On a pourtant le sentiment, au contraire, que la justice antiterroriste française est composée de magistrats qui connaissent leurs dossiers.

Au niveau du parquet, des juges d’instruction, nous avons effectivement de bons spécialistes. Mais les magistrats qui siègent – en général d’excellents pénalistes au demeurant – ne sont pas toujours formés pour appréhender le phénomène terroriste. Pour juger les actes terroristes, il faut avoir à l’esprit la gravité de la menace. De surcroît, j’y ai déjà fait allusion, la deuxième faille structurelle de notre système se situe au niveau de l’application des peines. Une fois les jugements prononcés, les dossiers passent entre les mains de gens qui ne connaissent rien à l’antiterrorisme. Concrètement, quand un condamné est clairement identifié comme dangereux, on alerte l’administration pénitentiaire qui, dans la plupart des cas, se contente de le placer en quartier d’isolement. On ne fait pas de prévention ! Plus grave, ces condamnés sont éligibles à la libération conditionnelle, au bracelet électronique et aux autres peines alternatives, exactement comme tous les autres ! Chérif Kouachi avait réussi à endormir la méfiance et avait obtenu des aménagements de peine comme les délinquants ordinaires : en termes de réinsertion, on pouvait quand même mieux faire !

Ce qui signifie qu’on n’est jamais certain de ne pas avoir relâché dans la nature un Merah ou un Kouachi ? Y a-t-il une expertise pour évaluer la sincérité d’un terroriste repenti et repérer le type qui cherche simplement à endormir la vigilance des services ?

Pour cela, il faudrait déjà que nous ayons une approche plus professionnelle de la menace. Pendant la guerre froide, nos services de renseignement possédaient ce genre de compétences, ils savaient débriefer les transfuges pour distinguer les vrais des faux. Il est urgent pour la justice de retrouver ces compétences. Aujourd’hui, nous sommes quasiment désarmés face à des gens très intelligents et manipulateurs qui ont en face d’eux des éducateurs ou des juges d’application des peines. Il est vrai que le risque de se faire manipuler existe toujours, que ce soit par un « simple » délinquant ou par un terroriste. Mais, encore une fois, ce risque est aggravé par le fait que notre système judiciaire traite de la même manière tous les délinquants, y compris les profils dangereux. Et, je le répète, les services de probation ne sont pas armés intellectuellement pour sonder les cœurs et les reins d’un terroriste chevronné.

La prison, jadis école du crime, est-elle devenue l’académie du terrorisme ?

Les prisons sont sans doute l’un des maillons faibles de la justice, mais les campagnes constantes de dénigrement, qui pointent certes de réels problèmes, se trompent de cible. On s’en prend à de l’immobilier ! La prison est ce qu’on en fait. Au lieu d’incriminer la prison, il faudrait incriminer les pouvoirs politiques, qui ne se sont jamais donné les moyens d’en faire un lieu de prévention. Cela fait des années que l’administration pénitentiaire nous alerte sur la montée inquiétante de la radicalisation dans nos prisons. Que fait-on ? Des mesurettes prises dans l’urgence, qui partent parfois d’idées intéressantes mais que l’on ne prolonge jamais dans le temps. C’est du coup par coup. Pour faire un travail de prévention, d’analyse et de renseignement, il faut des prisons permettant une approche beaucoup plus individualisée des détenus. Aujourd’hui, les terroristes, comme beaucoup de délinquants de droit commun, passent entre les mailles du filet car la politique pénale se contente de gérer des flux. On ne fait pas de travail de renseignement sur les personnes identifiées comme des menaces, ni sur les détenus en cours de radicalisation, donc potentiellement dangereux à leur sortie.

À vous entendre, on a l’impression que la puissance publique n’est absolument pas outillée pour assumer sa première mission, la protection des citoyens…

Encore une fois, c’est d’abord une question de volonté. Et de prise de conscience. Après ces attentats, une seule question se pose : va-t-on enfin passer du déni à la réalité ? Ou se bornera-ton à des effets d’annonce qui rassurent la population et satisfont les politiques, et sont aussi vite oubliés ?

Quelle est votre position sur le big data ou mégadonnées, c’est-à-dire le stockage de toutes les traces informatiques que nous laissons derrière nous ? Après tout, si ce traçage numérique à grande échelle permet de repérer des schémas et des profils potentiellement dangereux, faut-il s’y résigner ?
Ce n’est pas parce que vous enregistrez tout et que vous avez un énorme stock d’informations accumulées sans la moindre hiérarchisation que vous faites un bon travail de renseignement. Le renseignement est une information hiérarchisée, analysée, validée et vérifiée en permanence. La France a les moyens de recueillir ces mégadonnées. Mais, ce qui compte, c’est la façon dont on les transforme en renseignements. Quant à la dimension juridique, elle est cruciale. Il arrive que notre droit fasse obstacle aux besoins du renseignement. Aujourd’hui, la doctrine de la CNCIS (Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité) est tellement restrictive en matière d’écoutes administratives que la DGSI ne peut pratiquement plus en faire utilement. Ainsi, la plupart du temps, les écoutes ne sont autorisées que pour des personnes déjà identifiées comme terroristes. Mais quand on fait du renseignement, on ne cherche pas nécessairement des preuves, mais d’abord des filières et des projets. Cependant, une polémique publique pointe son nez sur cette question, et j’espère qu’il en sortira des améliorations pour le renseignement. Ce sera un bon test pour savoir si les actes vont suivre les paroles.

On parle d’un Patriot Act français, sans savoir très bien ce qu’il contiendrait. La lutte contre le terrorisme passe-t-elle par une restriction de nos libertés ; en particulier sur Internet ? Faudrait-il, par exemple, interdire les sites crypto-djihadistes ?

Manuel Valls a eu raison de le dire, nous n’avons nullement besoin de lois d’exception. Sur la question précise des sites qui nourrissent le terrorisme, il ne faut pas céder à l’indignation. N’oubliez pas que le renseignement est la clé de voûte de la lutte antiterroriste et que la surveillance de ces sites peut permettre de repérer des préparatifs, d’identifier des terroristes potentiels et de les empêcher de nuire. Si on les oblige à passer par des canaux plus discrets, on ne fait que compliquer encore le travail de renseignement.

Oui, mais vous oubliez que ces sites sont aussi des lieux d’endoctrinement et de propagation d’idéologies qui constituent en elles-mêmes des menaces. D’ailleurs, tandis que des millions de Français défilaient pour défendre la liberté d’expression et le droit au blasphème, quelques dizaines d’autres ont été condamnés pour « apologie du terrorisme ». Êtes-vous gênée par cette concomitance ?

La liberté d’expression a évidemment des limites, et les attentats nous obligeront peut-être à les redéfinir. Pour commencer, ne nous emballons pas ! Tout d’abord, ne confondons pas la véritable apologie du terrorisme et les réactions épidermiques, les âneries proférées sous l’emprise de la colère, de l’alcool, ou de la bêtise. Mais même dans les cas où l’apologie est dangereuse parce que la publicité lui donne de la légitimité, ce n’est pas de même nature que le terrorisme lui-même. Approuver, même bruyamment, un acte terroriste, c’est choquant, indigne, mais ce n’est pas la même chose que tuer des gens. L’apologie du terrorisme est donc une incrimination à manier avec prudence, si on ne veut pas créer en douce un délit d’imbécillité. Toute la grandeur de la justice réside dans le fait qu’elle ne juge pas sous le coup de l’émotion mais avec distance et raison, et en respectant nos grands principes de liberté. Et puis, n’oublions pas que l’attentat contre Charlie Hebdo était une attaque contre la liberté d’expression ![/access]

Ne pas jeter de l’huile sur le feu…

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Quelle ne fut pas ma stupéfaction quand j’entendis au premier étage du Flore un écrivain, par ailleurs aussi un ami pour autant que cela soit compatible, me dire qu’après tout les dessinateurs de Charlie l’avaient sinon mérité, du moins bien cherché.
Sachant qu’il n’apprécie guère plus l’Islam que moi, je cherchais à en savoir plus. Il se déroba. Il avoua finalement que son confort personnel (ce que les artistes nomment pompeusement : leur œuvre) lui importait plus que le destin du monde.
La discussion aurait pu s’arrêter là. Mais quand il ajouta : « Il ne faut surtout pas jeter de l’huile sur le feu » et qu’il me traita de type belliqueux qui jouit sexuellement des conflits qu’il provoque et qu’il mit en cause un mensuel dirigé par Elisabeth Lévy auquel mon nom est parfois associé, je me demandai si ce qu’il fallait déplorer le plus était son aveuglement ou sa lâcheté.

« Ne pas jeter de l’huile sur le feu » : aucune expression ne m’agace plus. Elle signe une forme d’asservissement volontaire qui va de pair avec un pacifisme mou et la fin de toute pensée. Mon ami m’expliqua ensuite, comme si je n’en avais jamais eu la moindre conscience, que tout est plus compliqué qu’on ne l’imagine, qu’il ne faut pas avoir une vision du monde en noir et blanc et que respecter les croyances et les valeurs de chacun est un impératif que je devrais respecter. Je sais par ailleurs qu’il enseigne aussi à Sciences Po. Le Barbare que je suis songe dorénavant à s’y inscrire une seconde fois pour mieux comprendre comment la morale s’est substituée à la politique, le droit-de-l’hommisme à la Realpolitik. Et surtout pourquoi, comme le suggère le rapport Conesa (Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense) « la France doit désormais assumer qu’elle est un pays musulman et revendiquer un siège à l’Organisation de la Conférence Islamique ».

Peut-être, mais j’en doute fort, en viendrais-je même à ne pas trouver abject le Manifeste des cinéastes et artistes anglais (dont Ken Loach et Mike Leigh) invitant à boycotter Israêl, ainsi que tous les festivals où des films Israéliens seraient présentés. Car il va de soi que s’il y a un pays qui jette de l’huile sur le feu dans le paisible monde arabe en refusant un État palestinien, c’est bien ce surgeon du nazisme implanté au Proche Orient…

Adultère : Gleeden assigné en justice

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gleeden adultere eglise

gleeden adultere eglise

Islamophobie et antisémitisme sont des mots que l’on entend beaucoup en ces temps difficiles. Christianophobie c’est plus rare… Le Président de la République condamne la décapitation de 21 coptes en faisant seulement état de leur nationalité égyptienne. Le même Président suivi par le maire de Paris a pris l’habitude de saluer soigneusement les fêtes juives et musulmanes, se gardant bien de faire de même pour les fêtes chrétiennes. À la trappe Noël et Pâques. Voilà un tableau faisant le compte des profanations de cimetières chrétiens, juifs et musulmans. Horreur !

Quelques instants plus tard, les cimetières chrétiens sont devenus simplement municipaux ! À Nantes, un énergumène entre dans la basilique Saint-Nicolas, jette un crucifix à terre et urine dessus. Immédiatement, le parquet colmate. Simple « dégradation de monument historique ». Qui débouchera sur une relaxe comme dans l’affaire de des cloches de Notre-Dame. Allons, qu’est-ce que vous allez chercher, une fois nettoyé le crucifix sera comme neuf. Rappelons à ce procureur subtil que pour une tête de porc laissé devant une mosquée un soir de beuverie, en France, c’est neuf mois dont trois fermes.

Alors, le républicain équitable sent naître vis-à-vis de ses concitoyens chrétiens un sentiment de solidarité. Patatras ! C’est le moment choisi par certains de nos amis cathos pour lancer une campagne absurde et cédant à la mode qui consiste à saisir la justice. Démontrant que derrière les ouvertures papales, la tentation de l’ordre moral est toujours bien présente chez certains.

De quoi s’agit-il ? Une partie de la cathosphère s’est offusqué des publicités affichées à l’arrière des bus faisant la promotion d’une application numérique mettant en contact des gens tentés par des aventures extra-conjugales. L’existence d’une telle application démontre s’il en était besoin la capacité de la société marchande de s’insinuer partout, ce qui n’est quand même pas un scoop.

Ah mais non ! Attention, tout ceci est très mal ! Tollé, campagne, lobbying, « morale, bonnes moeurs, valeurs, scandale ! ». Les maires ne sont pas en reste qui pour certains demandent (et obtiennent) le retrait des affiches, et pour d’autres prennent des arrêtés d’interdiction (!). Jusqu’à Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’assemblée, qui prend leur parti. Ce qui aurait dû attirer l’attention, le soutien d’un personnage de ce calibre étant quand même très mauvais signe. Le pire est atteint par ces 170 élus qui se fendent d’une lettre ouverte au patron de la RATP dans Le Figaro. 

Montrant qu’ils ne sont pas remis de n’avoir su monter dans le train de la Manif pour tous. En se bousculant pour monter dans le tortillard de cette mauvaise cause. Pour breveter les pauvres arguments, on les prétend juridiques et on annonce à grand fracas « qu’on a saisi la justice ».

Une fédération d’associations catholiques aurait assigné la société propriétaire du site de rencontres adultérines Gleeden pour « contester la légalité du site et de ses communications publicitaires« . Gros doutes : quel est l’objet de la procédure, quelle juridiction saisie, quel intérêt pour agir ? En France, le contrôle de la conformité à l’ordre public appartient à l’État.

Et surtout quels sont les arguments juridiques ? Ne disposant pas de l’assignation, contentons-nous de ceux publiés dans la presse et sur les réseaux.

Pour les associations, Gleeden, en facilitant « l’adultère, fait la promotion publique de la duplicité, du mensonge et de la violation de la loi. Car si l’infidélité n’est plus une faute pénale depuis 1975, l’article 212 du Code civil dispose que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». La convention entre le site et ses membres serait donc irrégulière car basée sur la promotion de comportements illicites. »

Bien bien bien. Malheureusement, cette initiative est juridiquement fantaisiste, et surtout politiquement sévèrement à côté de la plaque. Et en ce moment c’est une mauvaise action.

Sur le plan juridique tout d’abord. Qu’est-ce que le mariage ?  Un objet juridique double. C’est tout d’abord un contrat spécifique auquel le couple adhère pour obtenir le statut « d’époux ». Ensuite une institution organisée et contrôlée par l’État en raison de ses conséquences familiales et patrimoniales.  Cette double nature explique qu’il soit prononcé par le maire agissant comme officier d’État civil au nom de l’État (l’institution), mais qui va vérifier et recueillir le consentement des époux à cet engagement (le contrat). Une fois prononcé il est publié et devient opposable aux tiers. Toutes les sociétés humaines connaissent ou ont connu le mariage. Celui-ci a pris des formes et connu des évolutions différentes. Chez nous, au mariage religieux a succédé le mariage républicain. En 1804 Portalis un des auteurs du Code civil le définissait comme « la société de l’homme et de la femme qui s’unissent pour perpétuer leur espèce, pour s’aider par des secours mutuels à porter le poids de la vie et pour partager leur commune destinée. » Cette simple lecture démontre à quel point nous en sommes loin aujourd’hui. Le divorce de masse, l’individualisme triomphant, et plus récemment le « mariage pour tous », dernier clou planté dans le cercueil, ont peu à peu vidé l’institution de sa substance. Le mariage est devenu un contrat presque comme les autres. Qui prévoit des obligations et une rupture fautive si elles ne sont pas respectées.

En quoi l’adultère, non-respect de l’obligation contractuelle de fidélité serait-elle un comportement illicite, pour d’autres que les deux époux concernés ? Alors, qui prête son appartement à une copine qui a une aventure, est le complice d’une opération contraire à l’ordre public ? L’époux, pris par le démon du jeu, qui dilapide l’argent du ménage, contrevenant ainsi à son devoir de secours verra le divorce prononcé à ses torts. Mais devrait-on aussi poursuivre les casinos et la Française des jeux ?

Et qu’est-ce que l’adultère aujourd’hui ? Une question relevant de la vie privée. Dans les sociétés antiques, elle était souvent considérée comme portant atteint à l’ordre social. La parabole de la première pierre nous rappelle que les musulmans n’étaient pas les seuls à lapider. Les Romains n’étaient pas tendres non plus. Aujourd’hui c’est fini. L’infraction pénale tombée en désuétude a été abrogée en 1975. Ce n’est plus une cause péremptoire (automatique) de divorce. Et si elle est encore utilisée dans les procédures pour faute (20 % des divorces), c’est une forme très subjective et relative qui est utilisée par le juge. Ainsi, la simple inscription sur un site de rencontre peut être considérée comme une infidélité. Au contraire des Romains pour lesquels il n’y avait d’adultère que « gladius in vaginam » (traduction inutile), la consommation n’est plus nécessaire pour constituer une faute contractuelle susceptible de faire prononcer le divorce.

Deux autres arguments de nos nouveaux pères–la-pudeur lèvent le voile sur l’opération. Gleeden ferait « la promotion publique de la duplicité et du mensonge » au-delà du ridicule de l’affirmation, on répondra : et alors? Le mensonge et la dissimulation font partie des universaux anthropologiques dont l’utilité sociale est évidente. Et puis s’il vous plaît, adultère et mensonge, laissez-nous tranquilles avec vos dix commandements.

Et on nous assène que « derrière l’infidélité, il y a des enfants, des familles brisées, des drames familiaux ». Inversion des causes et des conséquences. Il vaudrait peut-être mieux incriminer d’abord sur les causes sociales de ces problèmes. Le sort d’un enfant français d’une famille recomposée sera de toute façon toujours plus enviable que celui d’un gamin des trottoirs de Manille. Ajoutons méchamment qu’il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Et puisque l’adultère est responsable de tant de malheurs, suivre l’ayatollah Kazem Sidighi qui lui impute les tremblements de terre…

On voit bien dans ces discours se profiler l’envie irrépressible de réinjecter dans la sphère publique une morale religieuse qui n’a rien à y faire. Ces tentatives récurrentes sont vouées à l’échec. Et disqualifient leurs auteurs

Et ce n’était franchement pas le moment d’agiter ce grelot. Le difficile débat sur la laïcité, qui concerne d’abord l’islam de France n’a pas besoin de ce genre de diversion qui permet tous les amalgames. Bien qu’athée, je sais faire la différence  entre les religions.

Islam de France Inter

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salafisme france inter

salafisme france inter

J’avoue, j’ai toujours été un peu réfractaire à l’intégrisme. Contrairement à certains de mes congénères, le fondamentalisme religieux ne suscite chez moi nul enthousiasme jovial, nulle montée d’adrénaline et de testostérone à l’idée de me flageller matin et soir, ou d’instaurer par la lance ou la kalachnikov une théocratie de quartier afin de convaincre tous mes voisins d’aimer leur prochain. Les pères élevés chez les Jésuites ne sauront jamais de quelles jouissances bien légitimes ils privent inconsciemment leurs fils en leur transmettant la passion surannée pour les humanités en général, et l’humanité en particulier. Bref, je renâcle encore aujourd’hui à la perspective de fréquenter assidûment la paroisse schismatique de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, que je préfèrerais voir évacuer une fois pour toutes par des CRS casqués.

Aussi, quelle ne fut pas ma stupeur vendredi matin, en écoutant la revue de presse de France Inter, d’apprendre que 89 mosquées françaises avaient été identifiées par le ministère de l’Intérieur comme des lieux de propagande salafiste ! Citant Le Figaro, l’animatrice m’annonçait par ailleurs posément que 41 autres subissaient déjà l’entrisme de ce courant fondamentaliste. Après avoir demandé à ma moitié si la radio était bien réglée sur France Inter, je me suis interrogé : avais-je raté un épisode ? En général, à cette heure matinale, on évoquait plutôt la montée effrayante de « l’islamophobie », fameuse maladie mentale qui consiste à prendre peur en visionnant les vidéos de Daech ou à affirmer qu’une femme aurait le droit d’aller à la piscine.

Des journaux épris de liberté nous rappelaient eux aussi depuis un mois combien la plupart des musulmans français souffraient d’un mystérieux « amalgame » avec les terroristes, ainsi que d’une « stigmatisation » éhontée, fondée sur un ignoble « apartheid » territorial et une tragique « ségrégation » sociale. Mais ce jour-là, l’antenne publique sur laquelle officie toujours Pascale Clark semblait soudain avoir décidé d’en finir avec le silence radio qui s’imposait, jusqu’ici, dès lors qu’une info liée à l’islam de France se révélait vaguement anxiogène. Les données des services de renseignements que s’était procurées Le Figaro amenaient le journaliste à ce verdict formel : « Le spectre d’une véritable contagion radicale plane sur les mosquées de France. »

D’après l’article, le rapport rendu par un expert du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur précisait à propos de ces militants radicaux, bien qu’ils condamnent officiellement le djihad : « Ils prônent un retrait du monde et une rupture quasi-totale avec les non-musulmans afin de se consacrer à la religion. Cette vision exclusive considère toute soumission aux lois de la République, dans le cadre d’une convocation au commissariat ou au tribunal, comme illicite car revenant à cautionner un ordre impie. » Pour séduire, ils emploient un discours « victimaire et complotiste », mais font aussi rêver leurs ouailles en leur promettant la « lumière », des amis et des « maris ou épouses pures ». Ensuite seulement viennent « les cours coraniques et la prise en main radicale ». Leur objectif, de plus en plus souvent atteint : se faire élire à la tête des associations qui gèrent les salles de prières et autres mosquées à proximité desquelles ils ouvrent boutique.

Voilà qui justifiait peut-être le réveil inattendu de radio bobo. Alors que les Croisés ont remis leurs épées au fourreau depuis quelques siècles, des hordes de fanatiques musulmans déferlaient quant à eux ces jours-ci sur tous les continents pour égorger nos fils, nos compagnes, et bien d’autres. Chez nous, certains flinguaient à bout portant des petites filles ou des agents de la paix, tandis que d’autres s’envolaient pour la Syrie. Mais sans doute n’avait-on pas, jusqu’à présent, tous les éléments pour mesurer à quel point le cancer de l’islam radical s’était métastasé. Pourtant, dès le 10 février, une autre publication aurait pu alarmer la revuiste de France Inter. Ce jour-là, Le Monde des religions mettait en ligne, avec les précautions introductives nécessaires, l’invraisemblable lettre ouverte du docteur Abdelrahmène Azzouzzi, urologue, chef de service au CHU d’Angers et conseiller municipal de la ville, à « ses collègues et amis élus ».

Ce médecin, dont l’histoire ne dit pas s’il refusait d’examiner des patients de sexe féminin, feint d’abord de s’interroger : « Il faudrait peut-être que je continue à faire semblant de partager un chemin commun avec vous ». Mais il tranche aussitôt : « Je ne le ferai pas car beaucoup trop nous sépare. » À savoir ? « Que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent. » Malheureusement, le signataire du serment d’Hippocrate omet de préciser lesquelles. En revanche, il énumère exhaustivement les cibles qu’il vise quant à lui : « l’école de la République » qui « s’attaque avec violence à des enfants de 8 ou 10 ans parce que musulmans », mais aussi la police et l’armée françaises où « le racisme est endémique ». À travers ses fonctions régaliennes, c’est contre « la politique islamophobe de l’Etat français » et sa « laïcité à géométrie variable » que notre damné de la terre Bac + 10 s’insurge.

D’ailleurs, du haut de son statut de chef de service hospitalier, il évoque une « discrimination à l’emploi », entre « l’apartheid médiatique » et la « nausée » que lui donne – accrochez-vous à votre parasol – « la nuée de candidats et candidates locaux tous plus blancs les uns que les autres ». Du point de vue de ce pauvre nanti ségrégé, la France est aussi « la nation la plus islamophobe du monde » parce qu’après l’assassinat de quatre juifs par des islamistes, « elle termine ce merveilleux élan républicain du 11 janvier dans la synagogue de la Victoire ». Sans compter l’absence persistante d’une interdiction définitive de recevoir Zemmour ou Finkielkraut sur un plateau télé, au profit de leurs « concitoyens d’obédience musulmane majoritairement issus des colonies de feu l’Empire français ». De toute façon, « notre présente société asservie par l’argent » comme le prolo par son tiers-payant n’est plus digne, dit-il, de son attachement aux véritables valeurs de la République.

« Le camp des éradicateurs est activement à l’œuvre et couvre les voix du camp des conciliateurs », clame-t-il encore avant de conclure – en bon conciliateur – par une menace : « Ce qui en ressortira sera le fruit de vos actions ou inactions (…) Ceux qui ne s’obstinent pas à construire la paix obtiennent la guerre ». Au terme de cette déclaration de sécession, unilatérale et sans appel, notre concitoyen évoque enfin son « retrait » et précise : « Je m’en lave les mains et (…) je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes. » Mon père m’a souvent répété ce proverbe latin : « Asinus asinum fricat »[1. L’âne frotte l’âne.].

*Photo : YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA. 00624790_000009.

Même les barbares sont décevants

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islam charlie hebdo nihilisme

islam charlie hebdo nihilisme

Symptômes.

Il est vraisemblable qu’un jour plus ou moins lointain Causeur n’existera plus et ne sera même plus pensable. Chacun d’entre nous sait qu’il est mortel. Et nous avons tous appris à l’école que les civilisations aussi sont mortelles. Nous avons un peu de peine à le reconnaître, mais nous assistons à l’agonie de nos sociétés. Les symptômes sont si nombreux que nous nous abstiendrons de les énumérer.

Le premier est que nous avons désappris à lire et à écrire. Et que nous avons oublié que le silence et la solitude sont les conditions de la culture. Bref, qu’il vaut mieux avoir pour compagnons Montaigne, Baudelaire, Amiel ou Proust que Laurent Ruquier, des jeux vidéo ou des professionnels de la compassion.

L’agonie d’une civilisation tient aussi au fait qu’elle a perdu ses défenses immunitaires. Elle ne sait plus comment se défendre, ni même pourquoi elle devrait le faire. Elle est devenue totalement nihiliste, mais d’un nihilisme qui est de l’ordre du renoncement parfois, de la bêtise souvent, de la lâcheté toujours. Au fond, personne ne veut croire que nous sommes en guerre. On privilégie le vivre-ensemble, la tolérance, voire une neutralité bienveillante. Certes, les enfants perdus de la République nous bousculent un peu, mais c’est sans doute que nous n’en avons pas fait assez pour eux. Certes, des musulmans légèrement plus agressifs que d’autres violentent ou massacrent. Mais c’est que nous n’avons pas bien formé leurs imams et pas construit suffisamment de mosquées.[access capability= »lire_inedits »]

Là où débute le débat

Se poser la question de savoir pourquoi nous n’avons pas de problème avec les bouddhistes, les shintoïstes ou les hindouistes, alors que nous en avons tant avec les musulmans, serait indélicat. Dire que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie serait d’une grossièreté insupportable. Se demander pourquoi les trois millions de jeunes Égyptiens qui affirment leur athéisme se retrouvent dans des prisons ou des camps de rééducation, quand ils ne sont pas obligés de s’exiler, est une question qu’il vaut mieux esquiver. De même que l’éradication des juifs ou des chrétiens dans le Proche-Orient. À la limite, comparer les fous d’Allah aux évangélistes protestants (qui n’ont fait de mal à personne) est acceptable. Le débat s’arrête là. Or, à mon avis, c’est là qu’il débute. L’islam, qui a sans doute aussi de bons côtés – même si je peine à les percevoir et si je préfère les laisser aux Arabes ou aux Indonésiens – exerce aujourd’hui un pouvoir de fascination à peu près équivalent à celui que le nazisme, le stalinisme ou le maoïsme ont exercé en leur temps. Le désir de soumission, la peur de la liberté, le retour à un modèle patriarcal, sans omettre un zeste de culpabilité lié à un passé colonial, lui ont donné des ailes. La manne pétrolière, de sérieuses assises. Et, par un effet de mode, rien n’étant plus contagieux que la mode, un élan inattendu. L’idée, par ailleurs assez géniale, d’un califat lui a permis de disposer d’une stratégie offensive dont je vois mal ce qui pourrait l’arrêter. En outre, la nature ayant horreur du vide – et la France étant entrée dans l’ère du vide – je parierais volontiers sur la victoire de ceux qui croient encore en quelque chose sur ceux qui ne croient plus en rien.

Le lieu le plus rapproché de l’enfer

Il y a plus de cinquante ans, à l’université de Lausanne, presque tous mes amis étaient algériens. Ils avaient fui la France. Aucun d’eux ne lisait le Coran. Ils se battaient pour une Algérie indépendante et socialiste. Aujourd’hui, ils me mettent tous en garde contre l’islam. Et quand je regarde les vidéos d’Aldo Sterone (un immigré algérien qui commente mieux que quiconque l’actualité politique sur YouTube) je me demande : comment en sommes-nous arrivés là ? Éric Zemmour formule quelques hypothèses avec lesquelles je suis souvent en accord. Mais la réponse qui me semble la plus judicieuse est la lassitude. Chacun sent bien que tant sur le plan culturel qu’économique la France est à bout de souffle. Et que les Français, sans oser se l’avouer, attendent les Barbares. Mais même les Barbares seront décevants.

Je suis arrivé à Paris dans les années 1960. C’était sans doute, comme le répétait volontiers Cioran, le lieu le plus rapproché du paradis. Comme personne ne me croit quand je raconte l’ébullition intellectuelle et artistique qui régnait alors, je préfère m’abstenir. Mais c’est sans regret que je quitterai le lieu le plus rapproché de l’enfer, même si, pour un nihiliste frivole, l’enfer présente, lui aussi, un certain attrait. À la condition de disposer d’un climatiseur assez puissant pour ne pas être totalement asphyxié par la débilité ambiante dont je sais gré à François Hollande de l’incarner de façon irréprochable.

Je conclurai en lui disant, moi aussi : « Merci pour ce moment ! »[/access]

Pierre Autin-Grenier, Brautigan français

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pierre autin grenier

pierre autin grenier

Avez-vous lu Pierre Autin-Grenier ? Si ce n’est pas le cas, ce ne serait pas très étonnant.

Pierre Autin-Grenier était un auteur confidentiel, comme on dit. Il était d’ailleurs très lucide sur sa visibilité médiatique dont il se moquait comme de l’an quarante : « Recenser en fin d’une vie rêveuse et distraite une somme d’écrits aussi minces qu’une membrane de chauve-souris et n’envisager au mieux de ne rédiger maintenant que de laconiques cartes postales à quelques rares et lointains fidèles, méritent bien, ma foi, d’être regardé comme le poète le plus prometteur du patelin par mes six cents trente neufs lecteurs et cela, mieux que de me combler d’honneur, suffit tout à fait à mon bonheur. »

D’emblée, en quelques lignes, vous avez ce qui fait la « touche » Pierre Autin Grenier. Un mélange calme d’autodérision et de mélancolie discrète, sans compter un style reconnaissable entre tous, à la simplicité travaillée, à l’évidence trompeuse car vous pouvez être emportés très loin du sujet initial qui vous fait partir d’une grille mal fermée alors que quelques paragraphes plus loin,  vous vous retrouvez, avec sur le pare-choc de votre voiture, du sang et des petites ailes blanches car vous venez d’écraser un ange sur une départementale.

Pierre Autin-Grenier, qui décidément ne fait aucun effort pour s’imposer dans le paysage des lettres, est mort le 12 avril 2014. Le lecteur comprend assez vite de quoi puisque Analyser la situation, ouvrage posthume, est dédié à son cancer du poumon. Rassurez-vous, aucune considération grave sur la maladie, la souffrance, la mort ou alors dans la suggestion, le non-dit, l’implicite qui se devine dans le blanc séparant deux textes.

Mais pour l’essentiel Pierre Autin-Grenier, dans Analyser la situation, ne change en rien la manière qui a fait sa réputation auprès d’un cercle d’admirateurs que sa mort a laissé désorientés parce qu’il faisait partie, selon le mot de Chardonne, de ces écrivains qui n’avaient pour lecteurs que des gens qu’il aurait voulu pour amis. La manière Autin-Grenier, c’est le récit court, la nouvelle, le fragment d’une autobiographie plus ou moins fantasmée, voire le poème en prose. On pense en lisant Autin-Grenier, à Richard Brautigan ou à Frédéric Berthet. Avant Analyser la situation, Autin-Grenier avait écrit des recueils qui disaient assez son humour noir, sa douceur, sa résignation polie et drôle devant l’absurdité du monde. On recommandera par exemple la trilogie parue chez Gallimard/l’Arpenteur : Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée, L’éternité est inutile. Si les choses se passent bien entre Autin-Grenier et vous, vous me remercierez et vous reviendrez régulièrement vers ces trois livres, même pour quelques minutes, en les ouvrant au hasard car une des manières de savoir que l’on a à faire à un grand écrivain, c’est qu’on ne saute jamais les mêmes passages à la relecture.

Dans Analyser la situation, nous verrons un homme rouler très vite dans la nuit en faisant le point sur sa vie puis un autre homme s’interroger avec inquiétude sur les rapports entre le sauté de riz de veau aux morilles, qui est le plat préféré de l’écrivain Jim Harrison, et la création littéraire. Sans compter celui qui emporte une « victoire au finish contre les cannibales » grâce à Samuel Beckett et un autre qui prouve sa bonne santé mentale en avalant des anxiolytiques pendant une performance d’avant-garde au Palais de Tokyo. Il s’agit sans doute d’un seul et même homme et il s’agit certainement de Pierre Autin-Grenier lui-même, c’est à dire de nous tous, en fait, qui avons, pour peu que l’on soit lucides et que l’on sache prendre un peu de temps pour se regarder dans le miroir des jours, l’impression de vivre dans un monde légèrement absurde où l’on se promène comme des étrangers en pays lointain. C’est que Pierre Autin-Grenier raconte ses histoires comme nous déroulons nos existences : on croit avoir tracé la direction une fois pour toutes et l’on s’aperçoit qu’on est soudain très loin de ce qu’on avait voulu. C’est angoissant, mais quand on lit Autin Grenier, on se dit que ce n’est pas forcément plus mal et puis, de toute façon, on finira bien par  trouver « un coin tranquille pour lancer le bouchon dans l’eau claire de ruisseaux sans prétention et taquiner le goujon en attendant que se pointe le soleil de midi, l’endroit magique où construire des cabanes en rondins pour protéger des rigueurs de l’hiver les ragondins ou batifoler l’été sur les berges sauvages en compagnie de nymphettes d’à peine seize ans aux blondeurs frisottantes. »

Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude)

On signalera chez le même éditeur, Une manière d’histoire saugrenue, un recueil d’hommages à Pierre Autin-Grenier.

Analyser la situation

Prix: 13,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,22 €

La BD fait sa révolution

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pilote mai 68 goscinny

pilote mai 68 goscinny

À l’origine, il y avait Dieu. Le Pacha du paquebot Pilote. René Goscinny (1926-1977), le maître de la bande dessinée moderne, le créateur virtuose à qui l’on doit Astérix, Lucky Luke, Iznogoud ou encore le Petit Nicolas. A ses côtés, d’indisciplinés disciples, des chevelus, des anars, des jeunes loups à l’imaginaire halluciné qui vont faire exploser les cases. Après eux, la BD ne sera plus jamais un art inoffensif réservé aux innocentes têtes blondes. Cette nouvelle garde montante, crayons en bandoulière, terriblement douée n’a pas d’autres choix pour exister que de tuer symboliquement le « père ». La Statue du Commandeur doit tomber. Mai 1968 facilitera ce « crime » de papier.

Le journaliste Eric Aeschimann et le dessinateur Nicoby racontent la révolution au sein du magazine Pilote entre 1968 et 1972 d’après les témoignages de Gotlib, Fred, Druillet, Bretécher, Mandryka et Giraud. C’est passionnant, malin, nostalgique, triste et effervescent comme une tragédie antique. Ceux qui ne connaissent pas les protagonistes de cette affaire ou les arcanes de la BD découvriront avec avidité que le 9ème art est un univers impitoyable. Et comment de gentils hippies au style relâché peuvent devenir de féroces combattants. Pour les amateurs du genre, la réunion de l’été 1968 qui vit Goscinny convoqué devant une sorte de comité de salut public composé de dessinateurs énervés fait partie de la légende. Elle est l’élément fondateur qui donna naissance à une nouvelle forme d’expression graphique avec le lancement de L’Echo des Savanes ou Métal Hurlant. L’atmosphère enfiévrée des AG et le goût pour le lancer de pavés ont incité quelques-uns à prendre d’assaut le navire Pilote et saborder son commandant de bord. Cette manœuvre laissa des traces indélébiles car Goscinny fut le seul « patron » à se déplacer. Il dut subir des attaques injustes adressées principalement aux éditeurs. Il se trouva pris au piège. Lui, le scénariste de génie formé à l’école de Mad devenait le suppôt du Grand Capital.

Il faut avouer que sans sécurité sociale et sans retraite, les dessinateurs étaient des prolétaires corvéables à merci. Un épisode de la lutte des classes se rejouait au pays de Tintin et Spirou. Jean Giraud dit Moebius, présent à cette fameuse réunion, se souvenait de ce chahut : « On y était allés, on y allait à fond car Goscinny avait l’air tellement fort. Cette réunion concrétisait la pression de l’époque. D’une certaine façon, c’est lui qui a enregistré cette pression. Ce n’était pas méchant, on était brouillons et véhéments, dans un premier temps, j’ai cru qu’il avait digéré ».

La BD de grand-papa entrait dans l’âge adulte. Le travail d’Aeschimann et Nicoby revient sur cette folle période où une BD plus débridée, plus politisée et moins asexuée allait définitivement quitter le rayon jeunesse pour d’autres territoires de création. Tous ces fous furieux ont inventé un art nouveau qui irriguera dans les années 80, le cinéma, la publicité, la musique ou la télévision. Cette forme d’irrévérence semble quelque peu désuète à notre époque actuelle vu la manière dont toutes les dissidences sont assimilées par le système médiatique.

Près d’un demi-siècle après ce big-bang, il n’y a pas de rancœur, plutôt une immense admiration pour Goscinny. Chaque témoignage révèle le profond respect pour ce seigneur. Avec ses costumes trois pièces, sa Mercedes et sa discrétion de mise, ce Monsieur intimidait autant par son élégance que par son esprit visionnaire. Pour Claire Bretécher (Cellulite, Les Frustrés, Agrippine, etc…) : « son côté très réservé, bien élevé, courtois. Très charmant bien que sur la défensive… » avait beaucoup de classe et de charme. Pour ces révolutionnaires de pacotille qui voulaient « être calife à la place du calife », elle n’a qu’un mot : « c’étaient des connards !! ». « C’est Pilote qui m’a fabriqué et qui m’a ouvert les portes de la liberté. La créativité est restée. Après les étoiles ont voyagé » conclut Druillet (Lone Sloane, La Nuit, Salammbô, etc.). Aujourd’hui, les œuvres de tous ces énergumènes de la BD et celles de Goscinny cohabitent. Ce sont même des classiques !

La révolution Pilote 1968-1972 – Les années Goscinny, quand la bande-dessinée est devenue adulte ! – Ecrits et dessinés par Aeschimann et Nicoby – Dargaud.

Philharmonie pour tous

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philharmonique mozart ouvreuse

philharmonique mozart ouvreuse

Ça y est, messieurs dames de Paris, de Pantin et de la planète, la Philharmonie est à vous ! Elle est grande. Elle serait même grosse pour son âge. Une énorme barre en travers de La Villette qui, comme dit le patron, « dialogue avec la banlieue », preuve de son adhésion au monde moderne.

Le soir de l’inauguration, on était mal nous autres auxiliaires de placement. Rien n’était sec, il a fallu scotcher les numéros sur les accoudoirs, les gens rataient la marche dans l’ombre et se vautraient sur leurs voisins, des rangées de fauteuils sur vérin tanguaient comme une péniche, d’autres n’avaient pas de fauteuil du tout, on a dû arrimer les baronnes à des chaises, les escalators ont tenu trois quarts d’heure, les coulisses font assez Beyrouth 1989, les panneaux acoustiques ne fonctionnent pas, alors je vous jure que dans les balcons suspendus on entend beaucoup moins qu’en bas, bref, c’est ouvert, c’est beau, c’est varié, c’est pas cher, c’est plein, c’est neuf, mais on n’est pas rendu.[access capability= »lire_inedits »]

Le 14 janvier, avant l’ouverture des portes, je n’arrivais même pas à savoir le nom. « Philharmonie 1 » qu’on m’a dit au bureau du personnel pour ne pas confondre avec la salle autrefois « modulable » qui devient « Philharmonie 2 » – comment on s’est fait incendier par les clients à la bourre qui comprenaient plus rien. D’autres préfèrent : Cité de la musique, grande salle/petite salle. Vous avez remarqué comme les lieux de fête ont le cœur administratif. À mon avis, tôt ou tard ça s’appellera SPB (Salle Pierre Boulez), et basta.

Inauguration émotionnelle. Pas de Pierre Boulez, le commanditaire, malade. Pas de Jean Nouvel, l’architecte, trahi. Mais le président Hollande venu prononcer un discours sur l’art (si, si, l’art. Il aura fallu deux carnages collatéraux pour que le mot art rentre du bagne et que le mot culture prenne une semaine de vacances). Plus applaudi, le président, qu’Hélène Grimaud, Renaud Capuçon, le Chœur et l’Orchestre de Paris ensemble. Resté jusqu’à minuit. Du coup, la maire Hidalgo a dû rester aussi, elle qui déteste les classiques, nous l’a-t-elle seriné ! Vous voulez la gloire tranquille ? L’harmonie ? Inaugurez une philharmonie.

Maintenant, le programme. Il y en a tous les jours pour tous les goûts, des stars, des bleus, du piano, du baroque, du jazz, du raga, des institutions locales, des orchestres américains, une expo David Bowie le mois prochain. Et surtout, surtout, des trucs pour les jeunes.
En France, l’âge moyen du mélomane qui fréquente les concerts classiques était de 36 ans à l’arrivée de Mitterrand (François) en 1981, il est de 61 ans aujourd’hui. Pas un auditeur nouveau. C’est le sociologue Stéphane Dorin qui nous l’apprend en marge du Salon Musicora. Si on veut qu’elle serve, la Philharmonie, va falloir en mettre un coup. Parce que les quidams qui ovationnaient le président, l’autre soir, ils habitent pas Aulnay et ils ont pas 16 ans. Oublions les quadras, génération Haribo-Tagada-Bio-Pop perdue pour la cause. Restent les petits. Mais l’école de l’art, jetez un œil aux cours de vos lardons. La pente à remonter ! Il est loin, le Mozart pour tous. Loin l’ado dénabillatisé. Loin, l’avenir de la Philharmonie. Loin, loin.>[/access]

*Image : Soleil.