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La Haute-Savoie n’est pas Assad!

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Scandale dans le landerneau politique : quatre parlementaires français se sont rendus à Damas pour lécher les babouches de Bachar Al-Assad, alors que la ligne générale du Quai, de l’Elysée, de Solférino, et du siège hypothéqué de l’UMP, dans le XVème, est de taper à bras raccourci sur le dictateur syrien depuis ses exercices de tir répétés sur son peuple. Les quatre élus transgressifs, membres des groupe d’amitiés France-Syrie de l ‘Assemblée et du Sénat, sont les suivants : Gérard Bapt (PS) député de la Haute Garonne,  Jacques Myard (UMP) député des Yvelines, François Zocchetto (UDI) sénateur de la Mayenne, Jean Pierre Vial, (UMP) sénateur de la Savoie. On peut voir leur photo largement distribuée urbi et orbi par les services de Damas, le derrière bien enfoncé dans des fauteuils orientaux en train de boire les paroles du raïs moustachu.

Dans leur hâte de transmettre cette nouvelle bouleversifiante, nos grands médias (Le Monde, L’Obs, etc.) ont diffusé dans le large public qui les croit comme l’Evangile l’information que M. Jean Pierre Vial représentait la Haute-Savoie au Sénat. Au Monde, ils se sont même mis à trois pour signer cette ânerie. Comme il n’y a pas de raison de ne balancer que les élus , voici leurs noms : Yves-Michel Riols, Hèlène Bezmekian et Benjamin Barthe. A ma connaissance, ce ne sont pas des stagiaires genre faiseurs de bandeaux su BFM TV, mais des gradés du journal dit de référence. Alors sachez, mesdames est messieurs, que Jean-Pierre Vial est sénateur de Savoie, et non de Haute-Savoie, dont aucun des élus, tous de droite, ne se serait laissé aller à une balade de ce genre. En Savoie, c’est autre chose, le patron politique du département se nommant Hervé Gaymard, ancien ministre proche d’Alain Juppé, au mieux avec tout ce que l’Orient compte de potentats. Et puis, il y en à marre de ces Parisiens qui n’arrêtent pas de confondre les deux Savoie. Un champoing  à la fondue pour les journaleux négligents !

Le brut et les truands

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iran russie wall street petrole

Comme si la compréhension du monde économique n’était pas assez compliquée comme ça, voilà que le prix du baril de pétrole s’est cassé la figure, passant de plus de 100 dollars à la veille de l’été à moins de 50 dollars au début de l’hiver. Et, comme à chaque fois, avec un air docte et satisfait, les docteurs Diafoirus chargés du commentaire nous livrent un « exercice de clairvoyance rétroactive ». C’était prévisible, nous disent-ils, puisqu’il s’agit d’une pure manifestation de la loi de l’offre et de la demande. En l’espèce, les ressources courantes disponibles en pétrole dépassant les besoins effectifs, les prix s’ajustent, certes de manière précipitée, mais on ne peut plus logique.

Le peak oil a manqué son rendez-vous, la reprise n’est pas ce qu’elle devrait être

Toutes les grandes entreprises du monde dont l’avenir dépend de la disponibilité du pétrole se sont préoccupées du peak oil, qui devrait voir s’inverser la courbe du stock de pétrole exploitable dans les entrailles du globe. Volkswagen, Michelin, BASF, Boeing, les compagnies aériennes et bien d’autres seraient acculés à une révision drastique de leur modèle économique si le pétrole entrait pour de bon dans l’ère de la rareté..[access capability= »lire_inedits »]

Or on n’a cessé de découvrir de nouveaux gisements de pétrole ou de gaz : au Moyen-Orient ; en Afrique (Angola, Mozambique, Algérie) ; en Amérique du Sud, où le Brésil, totalement dépendant de ses importations il y a quinze ans, est aujourd’hui autosuffisant ; en Australie ; dans la mer Caspienne ; en Russie, qui table sur les réserves potentiellement immenses de la mer de Kara. Enfin, aux États-Unis, qui se sont appuyés sur les ressources providentielles du gaz et du pétrole de schiste pour devenir indépendants de leurs fournisseurs du Golfe persique et redévelopper leur production chimique aux abords des gisements.

Or, de surcroît, et en dépit des cris d’alarme des écologistes, le recours au charbon pour la production d’énergie n’a pas faibli. Au contraire. Chine, Inde, Vietnam, Afrique du Sud, Australie n’ont pas ralenti leur production ; les États-Unis, qui disposent des plus grandes réserves au monde, ont accru la leur en exploitant le bassin du Wisconsin. Même la vertueuse Allemagne n’hésite pas, pour réduire le prix de son électricité, à substituer du charbon au gaz dans ses grandes centrales, quitte à accroître, toute honte bue, ses émissions de CO2 avec la complicité remarquable de ses Verts.

Pour autant, la demande émanant des économies consommatrices n’a pas explosé, comme beaucoup s’y attendaient. L’Europe connaît un marasme que les concepteurs de la monnaie unique n’avaient pas prévu. Les grands pays émergents, tels que le Brésil, voire l’Inde, ont fortement ralenti. La Chine, qui n’est plus émergente mais industrielle, importe moins d’énergie et de matières premières que prévu, soit que les chiffres de la croissance économique, encore importants, soient surestimés, soit que les efforts d’économie commencent à donner des effets. Quant aux États-Unis, dont la reprise économique ne fait pas l’ombre d’un doute, ils ne pèsent plus sur la demande mondiale, grâce à la forte hausse de leur production nationale.

À la simple lecture des faits, la thèse appuyée sur le jeu de l’offre et de la demande paraît crédible. Le marché aurait fixé de nouveaux prix. Il suffirait désormais de rechercher les conséquences durables de la nouvelle donne pétrolière sur les consommateurs et sur les producteurs.

Tout ça, c’est politique

Cela dit, gardons à l’esprit que la chute des prix du pétrole s’inscrit dans un contexte de conflits géopolitiques ouverts.

D’un côté, une sorte de nouvelle guerre froide a éclaté entre la Russie et les « Occidentaux » à l’occasion de la crise ukrainienne ; d’un autre côté, l’Iran et les « Occidentaux » sont engagés dans des négociations difficiles sur la capacité nucléaire dont Téhéran veut pouvoir disposer.

C’est ainsi que s’est infiltrée dans le débat la thèse, largement alimentée depuis Moscou et Téhéran, d’une guerre économique menée par les États-Unis pour casser les reins des économies russe et iranienne, avec la complicité des Saoudiens, ennemis jurés de leur grand voisin perse.

D’un strict point de vue technique, cette thèse tient debout. En refusant de réduire sa production, Riyad a ouvert la voie aux anticipations baissières des traders new-yorkais.

Pour qui connaît les relations étroites qui unissent Wall Street et Washington – qualifiées de « corridor » par un ancien directeur du FMI –, il est tout à fait logique d’imaginer une offensive économique organisée contre Moscou et Téhéran.

Il est certain que l’Iran et a fortiori la Russie dépendent à l’extrême du bon prix de leurs exportations de pétrole et de matières premières. Malgré la mauvaise gestion des mollahs et les faiblesses persistantes de l’économie russe, ces deux pays ont pu maintenir une prospérité relative tout au long des dix dernières années. La Russie affiche même des données économiques que pourraient lui envier les États-Unis et les éclopés européens : dette publique de 43 % du PIB, réserves de changes supérieures à 400 milliards de dollars. Mais Poutine sait l’économie russe vouée à une récession violente du fait de l’effondrement des prix du pétrole et d’un handicap structurel : la dette de ses entreprises. Or la chute des prix du pétrole a entraîné une baisse mécanique du rouble qui a doublé la charge réelle du service de la dette en dollars. Là est le bât qui blesse le plus pour l’économie russe, car ses grandes firmes, notamment d’hydrocarbures, paient aujourd’hui entre 30 et 50 milliards de dollars chaque trimestre.

Loi du marché ou opération ciblée ? Loin de se contredire, ces deux scénarios ont pu se combiner. Car les traders new-yorkais savent piloter l’évolution du prix du baril, par des achats à terme constamment orientés à la baisse. Cette opération a non seulement entraîné des dégâts collatéraux chez tous les grands pays producteurs, à commencer par une Arabie saoudite au lourd déficit budgétaire, mais aussi sinistré le secteur pétrolier américain. Jusqu’ici florissant, ce dernier doit réviser dans l’urgence tous ses plans d’investissement et d’embauche et suspendre les projets d’exploration et d’exploitation de nouveaux gisements, dont le coût d’exploitation excède les 50 dollars le baril. Toute la question est de savoir quel est le coût du baril à l’extraction. Si les dernières techniques ont permis de ramener ce coût de 70 à 57 dollars, cela reste beaucoup trop onéreux pour des jeunes sociétés énergétiques s’étant endettées en émettant des junk bonds – emprunts sur le marché des obligations à haut rendement.

À moins d’une consolidation du prix du baril, le secteur des hydrocarbures issus du schiste est donc condamné à la faillite. Cela ne créerait pas une catastrophe à la Lehman Brothers mais provoquerait des dommages financiers (défaut de paiement sur la dette) et des blessures économiques en série : chute conjointe de la production, des investissements, de l’emploi et des revenus (l’industrie pétrolière paie bien, le salaire annuel moyen y est de cent mille dollars). Pas d’apocalypse économique à l’horizon, mais un dénouement qui ferait mauvais genre dans un monde où les incertitudes économiques se renforcent – la zone euro est en suspens, la croissance chinoise ralentit. À force de jouer avec l’or noir, nos amis américains pourraient finir par se brûler.[/access]

*Image : Soleil.

Le réel, c’est trop dur

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ukraine fn crif

La Grande-Bretagne a annoncé son intention d’envoyer des soldats en Ukraine pour y former un peu mieux l’armée régulière à distinguer les combattants pro-russes des soldats russes qui ne sont pas vraiment russes, d’après Vladimir Poutine, et qui se sont égarés là en confondant bêtement front et frontière. L’armée britannique va donc expédier 75 instructeurs qui resteront au moins six mois en Ukraine, où ils rejoindront leurs confrères des forces spéciales américaines qui se sont eux aussi égarés en faisant du tourisme en Europe, pour apprendre à leurs homologues ukrainiens à bien lire la nouvelle carte de leur pays. Toujours partisan de l’option diplomatique dans cette crise, David Cameron a cependant défendu l’envoi de matériel et de troupes en affirmant : « Nous voyons des chars russes, des missiles Grad russes […] ; ce ne sont pas des choses que l’on achète sur Ebay ».

On espère en tout cas que les instructeurs anglais ne se retrouveront pas sur Ebay, tout comme les vétustes blindés de type Saxon envoyés à l’Ukraine il y a une dizaine de jours et… déjà revendus selon une désobligeante rumeur, que Mark Almond commente avec délice sur le très libertarien et non-interventionniste Ron Paul Institute: « il y a des moments où même le sens de la satire de Jonathan Swift est dépassé par la réalité. » Il faut dire que les véhicules sont des vestiges de la guerre froide, produits dans les années 70 et ayant largement démontré leur incapacité à opérer correctement sur les champs de bataille des Balkans, comme le rappelle un site spécialisé britannique. Le gouvernement britannique n’a pas procédé lui-même à la vente, opérée par une société privée écran, car, officiellement, il n’y a pas d’engagement britannique en Ukraine. Cela tombe bien, il n’y a peut-être déjà plus de blindés britanniques non plus… Peut-être ont-ils déjà été revendus à des groupes pro-russes ?

L’ambassade de Grande-Bretagne à Kiev a publié mercredi un tweet ironique indiquant « Poutine nie encore que des troupes et matériels de Russie sont en Ukraine ». Le tweet comporte une photographie de char russe et la mention « Voici un guide pour aider le Kremlin à reconnaître ses chars ». Peut-être cela servira-t-il également à les distinguer des blindés Saxon britanniques qui pourraient se retrouver dans le mauvais camp, à force de passer de mains en mains…

Peut-être l’ambassade de Grande-Bretagne ou le ministère de la Défense britannique pourraient-ils prêter également main-forte à la France en faisant circuler des tweets d’identification ou en envoyant des instructeurs pour reconnaître chez nous les auteurs d’actes antisémites ? Le gouvernement et François Hollande ont en effet lancé une tonitruante croisade, promettant mises en examen et condamnations rapides à tous les propagateurs de haine raciste, antisémite et homophobe sur internet et ailleurs. Mais si l’identification des odieux racistes n’a jamais réellement posé problème, grâce au travail mené conjointement par SOS Racisme et Dieudonné, il s’avère plus difficile semble-t-il de bien cerner la personnalité des auteurs d’actes antisémites et homophobes, comme le démontre la récente brouille entre le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) et Roger Cukierman, président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), après que ce dernier a déclaré, au micro d’Europe 1 le 23 février : que “toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans”. Roger Cukierman aura beau préciser le lendemain : « j’ai également ajouté que c’était une infime minorité de la communauté musulmane qui en était responsable », rien n’y a fait, la bonne presse s’est émue et ce n’est qu’in extremis que François Hollande réussit finalement à obtenir que Roger Cukierman et Dalil Boubakeur se serrent la main pour montrer qu’ils étaient redevenus copains, en dépit du « dérapage ». Ce qui nous laisse face à un mystère : puisqu’il n’existe pas d’antisémitisme au sein de la communauté musulmane, ni dans les banlieues, où se cachent donc les auteurs des tweets, posts et hashtags sanguinaires qui circulent sur internet et de tous ces actes que le gouvernement veut s’empresser de réprimer au nom de la liberté d’expression en danger (si j’ai bien tout suivi) ? Chez les antifas qui profanent les cimetières ?

Chez des instructeurs anglais antisémites parachutés nuitamment par des drones pro-russes au-dessus de Paris ? Non, la réponse est pourtant simple et toujours aussi évidente : l’extrême droite est bien la seule et unique responsable de l’antisémitisme en France (et de l’homophobie, comme l’avait bien montré l’affaire de l’agression de Wilfrid à Belleville, en plein débat sur le mariage pour tous d’ailleurs). Roger Cukierman a donc été prié de rectifier le tir et l’on n’a pas manqué de rappeler, histoire de bien enfoncer le clou, les propos affligeants du président du CRIF qui considère le Front national comme un parti à éviter mais juge Marine Le Pen, « irréprochable personnellement » pour ce qui est de la condamnation de l’antisémitisme ou du négationnisme. Tout est donc rentré rapidement dans l’ordre, le politiquement correct a repris ses droits et la communication élyséenne suit à nouveau son cours normal. Dans sa croisade contre l’antisémitisme, le racisme et la haine sous toutes ses formes, le parti socialiste aurait sans doute lui aussi besoin d’instructeurs ou de photographies pour l’aider à bien identifier l’adversaire qui se trouve pourtant constamment sous ses yeux : la réalité.

*Photo : Pixabay.

Heurs et malheurs de l’assimilation

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napoleon juifs islam cfcm

Plus que jamais, le mot « assimilation » nourrit beaucoup de fantasmes, soit qu’on le couvre d’opprobre, soit qu’on en fasse une panacée. Ne nous voilons pas la face : le débat sur l’assimilation se rappelle à notre bon souvenir s’agissant de populations d’origine africaine et arabo-musulmane de plus en plus présentes sur le sol français. Un comparatif pourrait être opéré avec les immigrés d’origine italienne, polonaise ou portugaise établies au cours du XXe siècle, mais il y a plus intéressant encore. Plus exotique. Plus étranger à la culture chrétienne. Il y a l’exemple juif. L’assimilation des Juifs de France est riche d’enseignements ; elle donne à réfléchir aussi bien à ceux qui aujourd’hui ne s’enquièrent que du confort de l’immigré qu’à ceux qui s’illusionnent sur l’adhésion totale des intéressés à ce qui leur fut imposé.

Pour mémoire, du haut Moyen Âge à la Renaissance, des Juifs, en petits groupes, ont toujours vécu sur le sol français. Leur nombre prendra plus d’importance au moment de l’établissement de la communauté séfarade dans le Sud-Ouest, fuyant les excès de l’Inquisition espagnole au début du XVIe siècle. Au milieu du XVIIe siècle, les traités de Westphalie mettent fin à la guerre de Trente Ans. La majeure partie de l’Alsace échoit alors à la France. Outre-Rhin, les sujets de chaque état doivent adopter la religion de leur Prince, ayant toutefois la possibilité de quitter le pays en emportant leurs biens s’ils y sont opposés. C’est dans ces conditions et par l’attrait d’une législation plus clémente à son égard que va lentement s’établir dans l’est de la France la communauté ashkénaze. À ces deux flux migratoires viennent s’ajouter les Juifs de Paris et ceux des ghettos d’Avignon et du Comtat Venaissin sous domination papale jusqu’en 1791.

Ce sont quelques quarante mille Juifs qui peuplent le royaume à la veille de la Révolution, auxquels, sous l’égide de Malesherbes, seront accordés les mêmes droits patrimoniaux que tout autre Français et reconnus les prémices d’une existence civile. Mais alors que les Séfarades, bénéficiant de lettres patentes, s’assimilaient graduellement au contact des autochtones en adoptant leur langue, parfois même leurs croyances, les Ashkénazes, plus rigoristes, revendiquaient quelques particularismes, tels le yiddish. À l’époque, outre l’abbé Grégoire, le personnage à s’être le plus impliqué pour la cause des Juifs fut le député Clermont-Tonnerre. À l’intégration monolithique de la communauté juive dans la société française, ce dernier opposait explicitement le pragmatisme national : tout accorder aux Juifs en tant qu’individus, tout leur refuser en tant que « nation », entendons par là en tant que « communauté ». C’était là démolir pour mieux reconstruire. En 1791, les Juifs de France jouiront enfin de l’égalité de droits en prêtant le serment civique.

Cependant, les principes révolutionnaires, à eux seuls, n’ont pas eu raison de tous les obstacles à une assimilation pleine et entière. Le projet était voué à l’échec s’ils n’avaient pas pris conscience de la nécessité de sacrifier certaines de leurs pratiques (jugées occultes par l’ensemble des Français étrangers à leur religion) sur l’autel de la République naissante. Cette mise en condition, cet élan intellectuel qui a lentement fait son chemin dans les méandres de l’observance judaïque, est essentiellement due au philosophe allemand Moses Mendelssohn, principal tenant de la Haskala (« Éducation » en hébreu, pendant mosaïque des Lumières). En réhabilitant le profane et ses valeurs, en édulcorant la stricte soumission de ses coreligionnaires ashkénazes, Mendelssohn les préparait à pénétrer dans la sphère publique et à accepter les devoirs qui leur incomberaient en tant que futurs citoyens. La Révolution venait d’amorcer l’émancipation des Juifs, l’Etat centralisateur napoléonien allait ensuite œuvrer dans le sens d’une assimilation définitive.

Pour Bonaparte, les religions ne constituent qu’un outil d’ingénierie sociale. Ainsi se voyait-il aussi bien mahométan en débarquant à Aboukir que néo-zélote aux portes de Vilnius, « Jérusalem du Nord » selon ses propres mots. Témoin de l’esprit laïc qui se dégage d’un tel opportunisme : le tout nouveau « ministère des Cultes ». Dans l’esprit du Concordat, l’Empereur s’est voulu le restaurateur d’une certaine hiérarchie dans le culte judaïque. Il souhaitait un clergé qui, reconnaissant de la légitimité à lui offerte par l’État, se ferait le relais le plus fiable d’une différenciation catégorique entre le patriote et le fidèle. Après s’être assuré l’allégeance et la bonne volonté d’une assemblée de notables juifs représentative sur des sujets aussi divers que la polygamie, le mariage et le divorce, la défense ou la permission de certaines professions ou la nomination des rabbins, l’Empereur décida en 1806 la restauration sur le sol français du Grand Sanhédrin, en référence à l’ancien concile – autorité suprême en matière religieuse – qui siégeait dans le Temple de Jérusalem jusqu’à la destruction de celui-ci par les Romains en 70 après Jésus-Christ. Cet octroi assurait officiellement aux Juifs la reconnaissance de leurs racines, mais leur imposait en retour la même abnégation morale vis-à-vis du code civil que les catholiques et les protestants. Suite à cela, l’instauration des consistoires et la construction de synagogues se feront progressivement sur tout le territoire français.

Toutefois, de telles mesures demeuraient insupportables à ceux qui espéraient ouvertement le retour des Bourbon et celui du christianisme comme religion d’État. De Maistre, Bonald ou Chateaubriand parlaient d’Antéchrist et demandaient l’excommunication de Napoléon, le premier auprès du Tsar, les seconds dans le Mercure de France. Dans ces circonstances, soucieux de ménager à la fois le Tsar entre deux coalitions et les élus alsaciens se plaignant de l’usure des Juifs, au cœur d’une Europe qui demeurait profondément antisémite et réfractaire aux idées révolutionnaires, Napoléon allait établir un acte politique réputé « infâme » a posteriori, mais à l’efficacité sans pareille : un moratoire, la mise en sommeil du principe égalitaire pour les citoyens d’obédience israélite sur une période probatoire de dix ans en vue d’une assimilation intensive et donc… coercitive. Les dispositions prises en 1808 furent les suivantes : annulation pour moitié des créances des Juifs, interdiction faite aux nouveaux immigrants juifs de s’installer en Alsace et de pratiquer le commerce, obligation pour eux, jusque-là non respectée, d’adopter un nom de famille, impossibilité de se faire remplacer sous les drapeaux (si ce n’est par un autre Français juif). Discriminatoires et même discrétionnaires, ces mesures avaient pour but d’estomper par la force l’exclusivisme économique qui, professionnellement, était imposé aux Juifs depuis des siècles, et de les contraindre à verser leur sang pour leur pays comme tout autre Français (la voilà la discrimination positive). Régnaud de Saint-Jean-d’Angély et Bigot de Préameneu (rédacteur du code civil) se chargèrent ensuite de mesurer l’effet de ces restrictions et de demander au fur et à mesure l’annulation du fameux décret. Dix ans plus tard, les passions seront apaisées et Louis XVIII ne renouvellera pas ce décret.

De nos jours, des historiens débattent encore du bien-fondé de telles dispositions ; l’assimilation des Juifs ne se serait-elle pas faite tôt ou tard sans elles ? Dans un pays de trente millions d’âmes, à reconstruire socialement, en guerre permanente contre les monarchies voisines et où persistait – comme partout en Europe – un fort sentiment antisémite, il aurait été de fait plus aisé de ne rien faire. La tendance aurait enjoint le gouvernement de ne tenter aucune institution spécifique et d’abandonner à la vindicte quelques milliers de citoyens français, soit en proportion l’équivalent contemporain des habitants de Calais au regard de l’ensemble de la population française. Mais on aime à croire que la fraternité advient spontanément, qu’il n’y a pas à forcer les êtres, que l’appel aux contraintes est odieuse et que les droits seuls suffisent à l’harmonie. Malheureusement, c’est se payer de mots.

Certains voudraient voir en nos banlieues une résurgence des juiveries du Moyen Âge. Le seul véritable point commun est le problème de la religion identifiante, encore que le judaïsme ne se soit jamais voulu prosélyte. Initié en 1999 par Jean-Pierre Chevènement, le Conseil Français du Culte Musulman a pour vocation de représenter les musulmans de France et de hiérarchiser leurs instances, à la manière du Grand Sanhédrin pour les Juifs. Le principe de laïcité n’interdit nullement la reconnaissance claire et objective d’un clergé, sa permanence en est même tributaire d’un certain point de vue. L’initiative, des plus louables, se heurte malgré tout à divers écueils, et non des moindres. La vacance de l’autorité et de la rigueur politiques face à une religion de plus en plus ancrée sur le territoire ne peut astreindre ses fidèles à une introspection indispensable sur le plan théologique. D’autant plus que les ferments de l’islam mêlent étroitement le temporel et le spirituel. Le culte israélite a été quant à lui organisé sous une dictature, dans un cadre politique omnipotent qui a en outre pourvu financièrement à sa mise en branle, un siècle avant la fameuse loi de séparation des Églises et de l’État de 1905.

L’État français, après avoir été le principal vecteur des « Lumières juives », sera peut-être contraint, tôt ou tard, de se faire le promoteur, si ce n’est l’acteur d’une « Haskala musulmane ». Il devra néanmoins surmonter au moins trois obstacles supplémentaires :

Premièrement, le poids démographique : on n’assimile pas plusieurs millions de musulmans comme on assimile quelques milliers de Juifs.

Deuxièmement le conflit israélo-palestinien qui, entre-temps, s’est invité chez nous par procuration (minant les beaux principes républicains de Clermont-Tonnerre)

Troisièmement… François Hollande n’est pas Napoléon. Vraiment pas.

*Image : wikicommons.

Passion de la mort et exotisme révolutionnaire

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« Peu importe où nous surprendra la mort. Qu’elle soit la bienvenue, pourvu que notre appel soit entendu, qu’une autre main se tende pour empoigner nos armes et que d’autres hommes se lèvent. »

Qu’est-ce qui poussait Régis Debray et quelques autres à partir en réponse à cet appel de Che Guevara ?

Ce n’était pas non plus la misère, le chômage ou l’exclusion qui poussaient d’autres étudiants de la rue d’Ulm à se faire prochinois jusqu’en Chine. Ni les trotskistes à soutenir ou à rejoindre tous les mouvements anti-impérialistes, depuis la bande à Baader jusqu’aux terroristes palestiniens, sans oublier leurs enthousiasmes successifs pour Ho Chi Minh, Fidel Castro, le commandant Marcos, Lula, Chavez et ainsi de suite.

Quant à nos aspirants djihadistes, si c’était leur intolérable situation en Europe qui les poussait à partir pour s’exploser au loin, … ils n’auraient pas  plus de raisons de partir que n’en avaient leurs prédécesseurs. Ils pourraient affronter le système qui les révolte, sur place, en son centre, ici même…

Il leur faut partir ailleurs, parce qu’ici, ça manque de motifs suffisants pour s’offrir à la mort. Faute d’avoir de quoi s’exploser ici, nos passionnés de la mort sont voués à l’exotisme révolutionnaire. Comme leurs prédécesseurs.

Je sais bien que les situations ne sont pas identiques. Tout semble même opposer leurs degrés respectifs de culture.  Raison de plus pour admettre que ce qui joue dans ce phénomène générationnel, ce n’est pas la situation sociale : c’est la passion suprême d’exploser sa vie, et celles des autres.

Attentats de Paris, marche du 11 janvier : le journal d’Alain Finkielkraut

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charlie hebdo 11 janvier

Les attentats de Paris (11 janvier)

Élisabeth Lévy. Le 7 janvier, dix journalistes et collaborateurs de Charlie Hebdo ainsi que deux policiers qui tentaient de les protéger ont été froidement abattus à la kalachnikov. Le surlendemain, quatre juifs étaient tués dans une épicerie cachère de Vincennes. Au total, dix-sept victimes se sont fait assassiner par des fous d’Allah qui entendaient venger le Prophète. Que vous inspirent ces actes odieux ?

Alain Finkielkraut. Les Français ont été sidérés et, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, touchés au plus intime d’eux-mêmes par la tuerie de Charlie Hebdo. On ne lisait plus guère ce journal, mais nul n’ignorait les noms de Wolinski, de Cabu, de Bernard Maris ou de Charb. Ces figures familières peuplaient le monde commun de leurs voix, de leurs croquis, de leurs blagues et de leurs blasphèmes. Ce ne sont donc pas seulement des symboles de la liberté d’expression qui ont été fauchés au cri de « Allahou Akbar », ce sont de vieilles connaissances. Et nous en portons le deuil.

Comme beaucoup d’entre nous, les gens de Charlie étaient individualistes, hédonistes, cosmopolites, et ils ont longtemps batifolé dans la joyeuse apesanteur de la post-histoire. Depuis peu, cependant, l’ombre du tragique enveloppait leur vie et leur travail. Charb savait les risques que courait Charlie Hebdo en publiant l’image d’un Mahomet qui soupirait, la tête dans les mains : « C’est dur d’être aimé par des cons ! » En récidivant, il défiait des « cons » d’un tout autre calibre que ceux auxquels il avait précédemment eu affaire, et il acceptait d’en payer le prix : « Je n’ai pas de gosses, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » Qu’est-ce qui fait venir une phrase pompeuse aux lèvres d’un farceur ? La découverte de l’ennemi. En bon citoyen de l’Europe post-hitlérienne, Charb était antiraciste avant toute chose, et ses dessins servaient la lutte contre les préjugés qui de l’étranger font un ennemi. Et puis, il s’est, malgré lui, rendu compte qu’on pouvait avoir des ennemis même quand on en avait décidé autrement. Car, comme l’écrit Julien Freund, « c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin ».

La « rue arabe » avait promis de ne pas laisser sans réponse les offenses faites au Prophète : « Europe, ton 11 Septembre va venir ! » L’engagement a été tenu.[access capability= »lire_inedits »], à la différence que, cette fois, les cibles ont été soigneusement choisies : les fous d’Allah ont tué les journalistes de Charlie parce qu’ils avaient publié des caricatures de Mahomet, des policiers parce qu’ils étaient au service d’un État engagé sur plusieurs théâtres d’opérations dans une guerre contre l’islam, et des juifs pour les punir d’être juifs. Face à ce carnage, l’horreur a été unanime. Tout le monde a dit : « Je suis Charlie. » Mais ce « je » s’est aussitôt scindé en deux camps : le parti du sursaut et le parti de « l’Autre ». À la volonté islamiste de subvertir la société française par tous les moyens, le parti du sursaut a riposté par la défense intransigeante des principes dont cette société se réclame. Au nom de la lutte contre l’islamophobie, le parti de l’Autre s’est précipité, ventre à terre, sur les causes de l’événement dès que le « Allahou Akbar » des frères Kouachi a retenti à nos oreilles.  Edwy Plenel, l’un des grands orateurs de ce parti, a cité Zola : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Et il a conclu : « Ce monstre a tué douze personnes le 7 janvier 2015. » Traduction : Éric Zemmour, avec son Suicide français, Michel Houellebecq, avec son roman Soumission, et moi, avec mon Identité malheureuse, nous avons « poussé de jeunes Arabes à la faute », comme le dit un autre membre du parti, l’écrivain Laurent Chalumeau. Nous sommes les incendiaires. Nous sommes les docteurs Frankenstein de la terreur qui s’abat sur la France. Et avec nous, il y a l’ensemble des dominants. De tout crime commis par un « dominé », le parti de l’Autre remonte automatiquement au crime originel qu’a constitué la colonisation et que perpétue le traitement réservé aux immigrés par l’Europe postcoloniale. Le même raisonnement est appliqué à la nouvelle question juive. Comme l’écrivaient en 2003 Edgar Morin, Danièle Sallenave et Sami Naïr, les Israéliens « humilient », « méprisent », « persécutent », « ghettoïsent » les Palestiniens, et les institutions juives s’alignent sur les positions du gouvernement d’Israël. Résultat : l’antisémitisme se répand dans le monde arabo-musulman. Le terrorisme est certes abominable, mais c’est la faute à la France, c’est la faute aux juifs si la France et les juifs font l’objet d’une haine implacable.

Au moment même où Abdennour Bidar, intellectuel musulman, ose affirmer que les monstres islamiques naissent dans « la prison morale et sociale d’une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire », le parti de l’Autre verrouille la porte du pénitencier en dressant la liste nominative des offenseurs de l’islam.

 

L’esprit de la manifestation du 11 janvier (18 janvier)

La marche contre le terrorisme a rassemblé quatre millions de Français. On aura vu Clémentine Autain défiler derrière les Israéliens Netanyahou et Lieberman. Dans la foulée, l’Assemblée nationale s’est levée comme un seul homme pour acclamer le discours de guerre et de vérité de Manuel Valls, et François Hollande a parlé de la fierté d’être français. Avez-vous été frappé par l’esprit du 11 janvier ? 

Le 11 janvier 2015, la France est sortie de l’après-guerre et de ce temps d’irresponsabilité dont témoignait avec éclat l’esprit soixante-huitard. Faute d’ennemi réel, on contestait le système, on dénonçait la répression, on célébrait la transgression, la subversion, la folie même, et on se servait dans le « magasin de défroques » qu’était devenue l’histoire pour éprouver, sans frais, le frisson de la Révolution ou de la Résistance. La parenthèse enchantée se referme. On ne crie plus « CRS, SS », on applaudit les forces de l’ordre et on chante La Marseillaise. La France redécouvre qu’elle est une nation menacée, c’est-à-dire mortelle. En disant « Je suis Charlie », les marcheurs du 11 janvier défendaient le droit voltairien à la satire mais aussi cette forme particulière et si précieuse d’humour qui réside, comme dit Kundera, dans « le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude ». Gravement blessé par la kalachnikov des frères Kouachi, Philippe Lançon a trouvé la force d’écrire, dans sa chambre d’hôpital, un article sur les derniers moments de Charlie, et de rappeler « l’extraordinaire tradition de l’engueulade, qui gonfle, qui gonfle, et que dégonfle soudain une blague de Charb, de Luz, ou de Wolinski ». Consciemment ou non, ce dégonflement est inspiré par Montaigne : « C’est mettre ces conjectures à bien haut prix que d’en faire cuire un homme tout vif. »

Le 11 janvier, le peuple est descendu dans la rue pour montrer son attachement à l’ironie et au scepticisme. Le peuple, mais pas les habitants des quartiers « populaires ». Ceux-là, pour la plupart, n’ont pas fait le déplacement. Les grandes marches de Paris et des autres villes de France ont été beaucoup moins bigarrées que les fêtes qui avaient suivi la victoire de l’équipe black-blanc-beur en 1998 ou l’élection de François Hollande à la présidence de la République en 2012. Et les jours d’après, les « jeunes des cités » ont justifié leur absence en affirmant, devant leurs professeurs médusés, que « les vengeurs du Prophète » étaient des héros, morts les armes à la main, ou bien, thèse de plus en plus répandue sur la Toile, que toute cette affaire était un complot de l’Amérique et d’Israël pour salir l’islam…

La modernité est cette époque de l’histoire où l’être devient transformable et malléable. Seuls les faits, jusqu’à une date récente, restaient obstinément eux-mêmes. La volonté s’emparait toujours plus avidement du monde mais elle ne pouvait pas effacer ou modifier l’advenu. Internet, notre dernière révolution technologique, a levé l’obstacle. L’actualité y est remodelée au gré des idéologies. La croyance y prend la forme du doute méthodique. La rumeur y revêt les atours royaux de la démystification. Et les maîtres sont démunis face à ce qui n’est plus l’ignorance mais un pseudo-savoir, imbu de ses trouvailles et fier de ne pas s’en laisser conter.

 

L’après-Charlie (25 janvier)

Lors de ses vœux à la presse, Manuel Valls a dénoncé la situation d’« apartheid social, territorial et ethnique » qui serait celui des quartiers dits « difficiles ». Tandis que Najat Vallaud-Belkacem annonce l’instauration d’une Journée de la laïcité à l’école, le Premier ministre entend jouer sur le levier du peuplement pour forcer la mixité sociale. Bref, à en juger par la tournure du débat public, on est en droit de se demander si l’après-Charlie ne ressemblera furieusement pas à l’avant… 

Comme le dit Pierre Manent, « le politiquement correct est la langue de gens qui tremblent à l’idée de ce qui pourrait arriver s’ils arrêtaient de se mentir ».

Sous le choc des tueries de Charlie Hebdo et du magasin Hyper Cacher de Vincennes, la France a semblé sortir du pieux mensonge où l’avait maintenue la peur de faire le jeu du Front national et de stigmatiser ceux qui, du fait de leur origine ethnique, sont les plus durement frappés par le chômage, la pauvreté, les conditions d’habitat dégradées, et qui doivent subir, par surcroît, des attaques xénophobes. La télévision a découvert le rapport Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, qui avait été enfoui lors de sa parution, en 2004, parce qu’on ne voulait surtout pas savoir que « dans certains quartiers, les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs proposent, qui doit être d’abord objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette » ; et qu’ils sont engagés à « trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses de halal (autorisé) et haram (interdit) ».

Alors que les professeurs intraitables étaient constamment désavoués par une institution soucieuse avant tout de ne pas faire de vagues, le gouvernement a décidé de prendre désormais le rhinocéros de l’incivilité par les cornes. La sévérité est donc de mise, les professeurs sont invités à ne rien laisser passer. La laïcité, qu’il convenait jusqu’à hier d’assouplir, retrouve aujourd’hui son tranchant.

On pourrait se féliciter de ce tardif réveil, si le Premier ministre n’avait pas choisi le mot d’apartheid pour qualifier la situation de certains territoires. Sans vouloir, bien sûr, comparer terme à terme la France de maintenant à l’Afrique du Sud de l’avant-Mandela, Manuel Valls a entonné, à son tour, la comptine rousseauiste du « coupable mais pas responsable ». Après avoir incarné le parti du sursaut, il validait, dans la foulée du mot apartheid, l’argumentaire du parti de l’Autre : la criminalité, les trafics, la radicalisation islamiste, tout cela s’explique par la ségrégation et l’absence d’une vraie politique de la ville. Or, non seulement les habitants des « quartiers sensibles » bénéficient de tous les attributs de la citoyenneté républicaine et de la citoyenneté sociale, mais ils ont été l’objet d’une sollicitude ininterrompue depuis le début des années 1980. Avec la création des ZEP (zones d’éducation prioritaire) et des ZUS (zones urbaines sensibles), on peut même parler à leur propos de discrimination positive. S’il y a des lieux à l’abandon aujourd’hui, ils se trouvent dans la France rurale ou dans la province profonde. Quarante milliards d’euros ont été dépensés pour la rénovation des banlieues, et le gouvernement promet de continuer dans le même sens avec la ténacité et les moyens que les événements imposent. Il a choisi, en effet, d’écouter les sociologues.

L’anthropologie nous a appris que toute expérience humaine est structurée par une culture, c’est-à-dire par une expérience humaine du monde. De cette réalité et des conflits qui peuvent en découler, la sociologie contemporaine ne veut rien entendre. Cette discipline postule que la question sociale est, en dernière analyse, une question économique, et ses enquêtes ne servent jamais qu’à ratifier cet a priori. La dimension culturelle des phénomènes est pour la majorité des sociologues un effet secondaire de l’inégalité.

Avec le politiquement correct, Bourdieu bâillonne Lévi-Strauss, la sociologie censure le savoir de l’anthropologie et les nouveaux historiens parachèvent son œuvre. Interrogé et intronisé par Le Monde, Gérard Noiriel, l’auteur du Creuset français, homologue le concept d’apartheid, et il assimile la question de savoir si la religion musulmane peut être un obstacle à l’intégration aux « discours antisémites qui affirmaient sans cesse que les juifs ne s’étaient jamais intégrés à la nation française et qui ont abouti aux lois raciales de Vichy ». Ainsi, l’antisémitisme français est-il mobilisé pour frapper d’inexistence l’antisémitisme et la francophobie islamistes d’aujourd’hui.

J’ai cru, au soir, du 11 janvier 2015, que c’en était fini de la tartufferie humanitaire et de son « cachez ce présent que je ne saurais voir ». Faux espoir : les tartuffes sont invincibles. Et les premières victimes de ces dissimulateurs sont ceux-là même qu’ils victimisent en répétant ad nauseam que leur destin est scellé par une société injuste et hostile. Ce dont les enfants d’immigrés ont impérativement besoin, c’est de se prendre en main au lieu de s’installer dans le ressentiment dès leur plus jeune âge. Il faut cesser de leur fournir complaisamment des boucs émissaires. Et il faut aussi suivre la recommandation d’Abdennour Bidar en aidant l’islam à saisir ce moment historique pour se remettre lui-même en question. La culture d’origine peut être une ressource. Mais pourquoi devrait-elle rester une prison ?[/access]

*Photo : Michal Dolezal/AP/SIPA. AP21679273_000005.

Terrorisme islamiste : relativisons le relativisme

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En ces temps troublés, où chaque journée apporte son lot d’exactions de l’Etat islamique et de menaces terroristes, il est salutaire de ne pas céder à la psychose. Pour ne pas sombrer dans la sinistrose, la lecture de L’Obs offre une heureuse échappatoire, dont l’optimisme est la religion et le « padamalgamisme » le vénéré prophète. Sur son site, l’hebdomadaire officiel de la social-démocratie nous délivre ainsi une info inédite : « Seul 1% des terroristes en France sont islamistes » ! De quoi rassurer les corniauds islamophobes tentés par l’amalgame terroriste = islamiste = musulman, sinon par le vote FN.

Le côté réjouissant de ce scoop vient précisément de son implacabilité mathématique, propre à effacer tous les stigmates, fussent-ils aussi profonds que ceux de Padre Pio. À l’examen de ce chiffre, on peut néanmoins se poser plusieurs questions. Si vous pensez dans les clous, vous vous demanderez d’où provient le décalage entre cette statistique rassurante et le « ressenti » des Français – à la manière d’un Aymeric Caron sermonnant François Rollin pour sa fâcheuse tendance à reconnaître les effets négatifs de l’immigration. Mais si, comme moi, vous êtes un affreux sceptique, l’explication de texte façon cours de stats de L’Obs lèvera vos derniers doutes.

Comment diable ce chiffre a-t-il été fabriqué ? Le journaliste, qui a sobrement intitulé son article « Les terroristes sont tous islamistes ? Des chiffres pour relativiser », a dans un premier temps recensé l’ensemble des attaques terroristes survenues sur le sol français depuis… 1792 ! « 2.564 attaques terroristes ont été perpétrées entre 1792 et 2013, selon la base de données Global Database of Terrorism. La plupart n’a pas fait de victime. 241 personnes ont ainsi péri dans 174 attentats. L’attaque contre « Charlie Hebdo » se positionne comme la plus meurtrière depuis 1961, lorsque l’Organisation armée secrète (OAS) avait fait dérailler un train avec des explosifs (tuant 28 personnes). »

Voici la recette apparente de cette délicieuse tambouille : récoltez deux cent ans de voies de fait, le plus souvent privées de victimes, mélangez le tout, extrayez quelques brins d’islamisme et votre ragoût relativiste est prêt !

Mais, à y regarder de plus près, le fameux « 1% » ne s’obtient pas en remontant à Mathusalem. Il suffit de se cantonner aux années 2000-2015 pour accoucher de cette donnée magique : sur près de 300 attaques terroristes, on en impute 72% aux nationalistes corses, 4% aux basques et… seulement 1% aux islamistes (je l’ai déjà écrit, mais cela va mieux en le répétant !). Le secret de cette martingale ? Il suffit de considérer sur un pied d’égalité le moindre pétard mouillé déposé devant la gendarmerie de Corte et la boucherie de Charlie Hebdo. Moralité : il y a « de quoi relativiser les propos du président du Crif, Roger Cukierman, qui a estimé que « tous les terroristes qui ont commis des meurtres dans la période récente se réclamaient de l’islam », des propos appuyés par la députée FN Marion Maréchal-Le Pen. »

Admirez le procédé. Puisque les maths ne mentent pas, Cukierman a forcément tort. D’autant qu’une députée frontiste vole à sa rescousse. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Des esprits taquins m’objecteront qu’une calculatrice ne pensant pas, il est absurde de jeter des chiffres sur la table, sans séparer  le bon grain de l’ivraie. Ces infatigables pessimistes nargueront le bisounoursisme de L’Obs en ajoutant qu’on peut être tout à la fois un as en calcul mental et une bille en politique, a fortiori lorsque le culte des chiffres ne sert qu’à occulter le réel.

Certes, « les attaques d’islamistes demeurent les plus marquantes puisque les plus meurtrières. Depuis 2000, 249 personnes ont été tuées en Europe par des islamistes, soit bien plus que par des séparatistes basques (56 morts) ou irlandais (27 morts). » mais à quoi bon se lancer dans des décomptes macabres ? Et puisque vous avez de toute façon « 250.000 fois plus de chances de mourir d’un cancer », pas de quoi vous faire de mouron si vous croisez un barbu à l’œil torve.

Bref, on se fout de notre gueule. À quand des statistiques éthiques?

*Photo : REX/REX/SIPA.REX40310841_000005.

Cukierman/Boubakeur: Le grand pardon

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cukierman boubakeur crif

Tout est pardonné ! Il y a des happy ends plus glamour, mais la guerre des civilisations n’aura pas lieu. Pas ce soir. Roger Cukierman et Dalil Boubakeur, respectivement chef des juifs et des musulmans de France, se sont embrassés sous l’œil attendri du Président – enfin serré la main mais c’est pareil. C’est marrant, j’ai l’impression que depuis quelques années, c’est une scène récurrente : des représentants des grandes religions, comme on dit sur les chaînes-info, qui se font des serments d’amour mutuel et promettent d’œuvrer à la réussite du vivre-ensemble. Heureusement qu’on vit dans un pays laïque.

Sous Sarkozy, c’était pareil. Dès que ça chauffait un peu, on voyait de respectables curés, imams et rabbins se faire des politesses dans la cour de l’Elysée. C’est que, quand ça chauffe en France, c’est souvent pour des histoires de bon dieu. Ce qui explique que des querelles de chapelles deviennent des affaires d’Etat et que la dispute entre Cukierman et Boubakeur ait été traitée au plus haut du nôtre.

Bon, c’est indéniable, Cukierman a gâché l’ambiance. Mais après tout, c’est l’ambiance de son grand raout qu’il a gâchée, il suffisait de voir la tête des invités. Le dîner du Crif devait offrir le spectacle d’une France unie contre les intégrismes, solidaire contre le racisme-et-l’antisémitisme, debout contre la barbarie. Et les conversations n’ont porté que sur les tensions entre juifs et musulmans. Que Boubakeur et Cukierman s’entendent ou pas n’a évidemment pas la moindre influence sur la vie des juifs et des musulmans concrets. Peu importe, ce qu’on attend d’eux, surtout quand il y a des invités de marque, ce sont des proclamations rassurantes et qui ne mangent pas de pain.

Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement, le matin même du grand jour, de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela.

La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique.

L’ennui, c’est que ces vérités ou ces choses raisonnables, Cukierman est le dernier à pouvoir les dire. Son job de chef des juifs, s’il y tient tant, c’est de faire des gracieusetés à Boubakeur et d’encourager le Président à lutter contre l’antisémitisme. En s’exprimant comme un responsable politique, Cukierman accrédite l’idée que le Crif, c’est le Parti des juifs. Désolée, mais il ne saurait y avoir une organisation politique des juifs de France. Ou alors, qu’on arrête de parler de République au dîner du Crif.

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21697918_000005.

Médine, Mosquée de Paris, Lio, etc.

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medine mosquee islam

Do you Laïk Médine ?

Juste après les tueries islamistes de Paris, le rappeur Médine publiait sur sa page Facebook un très long texte qui commençait ainsi : « Suite à l’extrême violence qui s’est abattue aujourd’hui à Paris, je tiens à témoigner tout mon soutien aux familles des victimes. Je condamne évidemment profondément ce type d’actes et ce depuis 10 ans à travers ma démarche artistique. Je me bats précisément contre cette dérive extrême qui montre son visage aujourd’hui et que je dénonce dans mes morceaux depuis 2004. Je vous encourage à faire de même quelques (sic) soient vos appartenances au nom du caractère sacré de la vie humaine.

Par ailleurs, si la satire est omniprésente dans mes albums et notamment dans mes derniers morceaux, à l’encontre des différentes formes d’extrémisme (religieux, politique et philosophique), ça n’est que pour rendre le débat serein et équilibré. »

Ça continue tout pareil sur des lignes et des lignes et des lignes, mais comme vous avez l’habitude de lire dans Causeur une prose un rien mieux tenue, j’arrête ici la citation. D’autant plus que ce court quoique trop long extrait aura probablement suffi à vous restituer le léger malaise qui étreint l’auteur de cette tentative filandreuse d’autojustification.

Pourtant, Médine, dont tous les amateurs de rap connaissent la hargne et la pugnacité, n’est pas du genre repentant. Qu’a-t-il alors à se reprocher, ou plutôt, comme il l’affirme, à ne pas se reprocher, lui qui ne pense qu’à « rendre le débat serein et équilibré » ? Eh bien voilà. Figurez-vous qu’après la tuerie de Charlie, quelques malveillants ont fait tourner sur les réseaux sociaux les paroles de son dernier tube, intitulé « Don’t Laïk », lequel, vous l’aurez deviné, était une contribution du rappeur au grand débat national sur la laïcité.

On peut y lire ce genre de joliesses :

« J’suis une djellaba à la journée de la jupe

Islamo-caillera, c’est ma prière de rue » 

Ou bien :

« Marianne est une femen tatouée “Fuck God” sur les mamelles

Où était-elle dans l’affaire d’la crèche ?

Séquestrée chez Madame Fourest » 

Ou encore :

« Les élites sont les prosélytes des propagandistes ultra laïcs

Je me suffis d’Allah, pas besoin qu’on me laïcise ».[access capability= »lire_inedits »]

On peut aimer, ou pas, mais ce n’est pas pour ces vers fort verts qu’on a cherché des crosses au pauvre Médine sur les réseaux. Ce n’est pas non plus pour le refrain de son rap, aux lyrics furieusement explicites :

« Ta barbe, rebeu, dans ce pays c’est Don’t Laïk

Ton voile, ma sœur, dans ce pays c’est Don’t Laïk »

Non, non, si après l’attentat contre Charlie Hebdo certains mélomanes s’en sont pris à Médine, c’est à cause d’un vers, et d’un seul. Faut dire qu’il était clair de chez clair : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha ! »

Vous comprenez mieux maintenant le laïus emberlificoté cité au début de l’article ?

Si vous croyez que je caricature et voulez en savoir plus sur la pensée exacte de Médine, rien ne vous empêche de vous documenter à la source. Il a publié en 2012 chez Desclée de Brouwer un copieux ouvrage, Don’t panik, coécrit avec son ami Pascal Boniface. La préface est bien sûr d’Esther Benbassa.

 

Mosquée de Paris : un islam modérément modéré

Samedi 17 janvier, deux journalistes du Monde, Anna Villechenon et Ariane Chemin se sont rendues à la Grande Mosquée de Paris. Non pas pour interviewer le recteur Dalil Boubakeur mais plutôt, passez-moi l’expression, pour faire un tour dans les cuisines. Nos consœurs ont en effet assisté à un cours dispensé par l’institut de théologie de la Grande Mosquée qui forme les futurs imams et aumôniers, des hommes et des femmes qui auront donc pour tâche de guider leurs ouailles en ces temps troublés. S’y joue l’avenir de l’islam français, ou du moins de sa branche qu’on considère habituellement comme la plus modérée.

Au lendemain et au surlendemain des attentats, ces cours étaient suspendus. À la reprise des enseignements, l’aumônier pénitentiaire Missoum Chaoui, qui officie en tant que formateur, a modifié le programme prévu pour inviter ses dix-sept élèves à engager une discussion libre, pour qu’ils puissent, dit-il, « vider leur sac ».

Dès le début de ce grand déballage, les propos de ces apprentis-imams ont de quoi inquiéter : « les terroristes [n’étant] pas des leurs », les musulmans n’ont pas « à s’excuser de ces crimes ». Et les futurs clercs ne s’arrêtent pas en si bon chemin : « La communauté musulmane, elle pleure les hommes mais pas la liberté d’expression », estiment-ils tous en chœur. On n’aperçoit pas l’ombre d’un doute, pas le moindre questionnement sur les racines islamiques du terrorisme.

La suite est encore plus grave. Petit à petit, la petite classe déploie l’argumentaire de la contre-attaque, en commençant par le fameux « deux poids, deux mesures » que subiraient les musulmans de France. Ainsi, dans notre pays, « l’antisémitisme est interdit mais pas l’islamophobie », fait valoir un élève.

Les deux journalistes n’entendent aucune objection à cette remarque ahurissante qui prépare le bouquet final. « Au premier rang de la petite salle de l’institut de théologie, racontent Anna Villechenon et Ariane Chemin, un vieil homme à bonnet blanc ronge son frein. Il ne croit pas à la version des médias. “Le scénario, il est préparé d’avance par d’autres”, lâche­t­il, péremptoire, en français et en arabe. “C’est pas ce qu’on a dit, on n’a pas vu leurs visages, c’est la preuve à cent pour cent”. “Ils sont à l’Institut médico­légal”, répond le formateur essayant d’instiller un peu de raison dans la discussion. Peine perdue. Un disciple prend le relais : “Ce journal était au bord de la faillite, maintenant ils ont beaucoup d’argent”… »

Est-ce là la pensée du « vrai islam » sur lequel mise la République pour combattre « l’islam dévoyé » des Kouachi et Coulibaly ? Si oui, alors l’islam modéré est à consommer avec modération…

Gil Mihaely

 

Kippa de panique !

Un jour, une amie qui me voyait manger en permanence de petits concombres aigre-doux casher m’a demandé si j’étais juif, je lui répondis : « Non, merci, j’ai déjà suffisamment de problèmes comme ça ! » Il faut dire que ce n’est pas si simple d’être juif, il faut encaisser l’affection déchaînée d’une partie de la population victime d’apartheid, il faut pratiquer une religion exigeante, il faut savoir se distinguer par un immense humour, à la hauteur d’une redoutable mélancolie – et en plus, comme disait Gainsbourg, « Juif, c’est pas une religion ! Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça ! » À ces contraintes peut s’ajouter le port de la kippa, sorte de calotte portée par les pratiquants.

On apprend qu’un coiffeur israélien, Shalom Koresh, vient de mettre sur le marché un produit révolutionnaire, une kippa invisible, pouvant être portée en toute discrétion, une « kippa magique » (c’est le nom du produit…) composée de cheveux et se portant – ni vue ni connue – comme une perruque sur le sommet du crâne… Comme le dit la publicité (repérée par nos confrères de i24news) : « La kippa magique ne se remarque pas ! », elle est « simple et facile à porter ! » ; elle est destinée à « ceux qui veulent rester discrets en public », tels que « les hommes d’affaires, les fonctionnaires, les enfants ».

On pourrait être tenté de se moquer de cette kippa imperceptible – visant un public large – « Grand choix de couleurs de cheveux 100 % naturels ! » On pourrait être tenté de hurler, parce qu’on n’aime pas voir certains juifs de France être obligés de planquer ce signe discret de leur foi. Finalement, on choisira de rire, en posant la question qui tue : c’est bien beau tout ça, mais qu’a-t-on prévu pour les juifs chauves ?

François-Xavier Ajavon

 

Rions sous les bombes…

Pour se défendre et pour défendre les valeurs de l’Occident, les Israéliens ont une armée imbattable, des services de renseignement rusés et méchants, et même, dit-on, quelques têtes nucléaires aptes à faire réfléchir les plus belliqueux de leurs voisins. Comme si ça ne suffisait pas, ils ont en plus l’humour juif. Voilà ce qu’écrivait après les attentats de Paris un internaute de Tel-Aviv sur le site du Times of Israel :

« Cet attentat est dû à l’oppression et à l’occupation française en territoire musulman. Cet acte terroriste est une réaction compréhensible face à l’apartheid, le génocide et le nettoyage ethnique que l’État français pratiqué quotidiennement envers les musulmans de son pays. J’invite les Français à ne pas réagir de façon “disproportionnée”. La seule solution est la création de deux États, avec Paris comme capitale partagée entre les musulmans et les Français. Les troupes de l’ONU pourront créer une zone tampon entre eux et maintenir la paix. »

Si on racontait ce gag en prime time sur une de nos chaînes de télé, je ne suis pas certain que tout le monde comprendrait. Mais de Haïfa à Eilat, on a dû bien rigoler… 

Roland Jaccard

 

 

Lio est-elle devenue Barjot ?

Mère de six enfants conçus avec quatre pères différents, la chanteuse Lio a longtemps personnifié la femme libérée et la chanteuse engagée – c’est-à-dire de gauche. Jusqu’au drame, survenu le 3 décembre sur le plateau d’« Un soir à la tour Eiffel ». Interrogée sur le thème de la soirée « Famille française : les nouveaux modèles », l’artiste a signé son arrêt de mort médiatique en une minute chrono : « Je suis en psychanalyse lourde trois fois par semaine pour essayer d’accompagner mes enfants (…) car ils ont vécu quelque chose d’absolument pas rassurant, quelque chose qui est très difficile et qu’ils paient. (…) Je survis, je vis, je me bats, mais c’est franchement pas l’idée que j’ai d’enfants bien dans leur peau. (…) Je peux vous dire qu’être une famille recomposée, pour les enfants, c’est déchirant. »

Alessandra Sublet a failli en avaler son micro. L’animatrice a beau vouloir jouer la carte du talk-show divertissant, de là à pousser la déconne jusqu’à organiser un débat de société avec de vrais arguments contradictoires dedans… Le lendemain de ce dérapage, les juges de la bonne presse ont donc remis leurs notes, Les Inrocks condamnant une sortie « très caricaturale », cependant que la modératrice du site de L’Obs dénonçait un symptôme de la barjotisation des esprits. Horreur, malheur : Lio serait devenue Frigide ! Pour légitimer sa fatwa, l’hebdo progressiste a sélectionné quelques tweets pas piqués des vers, puisque leurs auteurs hésitent entre l’internement d’office et la rééducation au centre LGBT le plus proche. Eh oui, oser remettre en question le droit inaliénable à l’enfant, au nom des droits suprêmes de la marmaille, c’est franchement pas cool, sympa, moderne, bref de gauche.

Hélas, loin d’accomplir son autocritique façon procès de Moscou, Lio a récidivé quelques semaines plus tard dans Gala : « On a des droits et des droits et encore des droits, et nos devoirs ? Et les enfants dans tout ça ? (…) Moi, je suis une enfant de Mai 68, d’une généra­tion pour laquelle les règles justement étaient mal vues. Celle du “Il faut interdire d’inter­dire”. Or il faut des interdictions, des limites, des frustrations pour se construire. »

C’en est décidément trop. Qu’attendent L’Obs et Les Inrocks pour exiger qu’on déchoie de sa nationalité française cette réac belgo-portugaise ?

Daoud Boughezala[/access]

*Photo : wikicommons.

Terrorisme : Quelque chose de pourri au royaume de Danemark?

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danemark copenhague attentat

Foreign Policy, prestigieuse revue américaine créée en 1970 par Samuel Huntington, a publié le 21 janvier dernier un article intitulé The French Colonialist’s Comeuppance, ce que l’on pourrait traduire par La punition méritée des colonisateurs français. On peut y lire que les attentats islamistes qui ont ensanglanté Paris en janvier sont la conséquence directe de l’histoire coloniale de la France. En effet, les Français, incapables de s’adapter aux flux migratoires venant de leurs anciennes colonies, auraient continué à se comporter en colonisateurs: du coup, les enfants d’immigrés, humiliés d’être discriminés, toujours ramenés au rang de colonisés, trouveraient dans le djihad une façon d’exprimer leur rage. L’auteur de cette tartine n’est pas un obscur scribouillard de Mediapart: il est professeur d’université -avec de tels experts en relations internationales, on comprend maintenant que les États-Unis n’aient pas vu venir les attentats du World Trade Center puis qu’ils aient attaqué l’Irak de Saddam Hussein sans en mesurer les conséquences.

C’est donc la faute au général Bugeaud si des attentats meurtriers ont été commis à Paris contre Charlie Hebdo et le supermarché casher de la Porte de Vincennes. En France, ceux que l’historien Daniel Lefeuvre appelait les Repentants rabâchent le même discours: l’islamophobie, qui empêcherait l’islam de s’insérer dans la société française, est un héritage du colonialisme. À les entendre, l’ethnicisation des banlieues, qu’ils comparent à une ghettoïsation, s’inscrirait également dans le prolongement du sectarisme colonial. Ils ont donc bu du petit lait lorsque Manuel Valls a dénoncé, le 20 janvier dernier, l’existence d’un «apartheid territorial, social, ethnique», laissant penser que ces territoires sont délibérément marginalisés par la République -alors qu’ils bénéficient, comme le géographe Christophe Guilluy l’a expliqué, d’une densité d’équipements publics supérieure à la moyenne des zones périurbaines et rurales. Le Premier ministre n’est pas crédible: comment peut-il parler d’apartheid et, ensuite, nous servir l’habituel boniment sur les valeurs républicaines? N’y a-t-il pas une contradiction? De la même façon, l’histoire coloniale est liée à celle de la République: lorsqu’ils accusent le colonialisme de tous les maux, les bobos anticolonialistes du vingt-et-unième siècle remettent finalement en question les fondements d’une République porteuse de Lumières, d’universalisme et d’égalité- et c’est Jules Ferry qui doit se retourner dans sa tombe.

Mais voilà. Il y a dix jours, les attentats de Copenhague, qui ont fait deux morts et cinq blessés, ont apporté un démenti cinglant à l’idéologie gauchiste de la repentance coloniale. Car le Danemark n’a pas de passé colonial. Le seul territoire qu’il n’ait jamais colonisé est le Groenland. Or, ce n’est pas un Inuit qui ouvert le feu, à deux reprises, sur les participants d’un débat consacré à la liberté d’expression puis sur une synagogue. Ce ne sont pas, non plus, des Inuits qui sont venus déposer des fleurs en hommage au terroriste, sur le trottoir où il a été abattu par la police. Enfin, ce ne sont pas 500 Inuits qui ont participé aux funérailles du tueur. L’explication coloniale ne tient donc pas. Reste à savoir pourquoi le Danemark, pays prospère qu’on nous présentait comme un modèle, à la fois en matière d’intégration et d’État-providence, a échoué. Je me souviens de cette jeune Danoise, rencontrée au début des années 1990 lorsque je vivais à Séville. Elle s’appelait Issa, blonde, mignonne comme tout, avec de longues jambes. Le Danemark venait de voter non au traité de Maastricht. Faisant fi du politiquement correct, elle m’avait raconté -déjà- les difficultés liées à l’immigration musulmane. Aujourd’hui, ce qu’elle pressentait se vérifie: la distribution des aides sociales, loin de favoriser l’intégration, a encouragé le parasitisme et le communautarisme.

Edwy Plenel aura beau sangloter sur «l’enfance malheureuse des frères Kouachi», force est de constater que les attentats islamistes de Paris et de Copenhague sont moins une conséquence du passé colonial que le résultat de l’immigrationnisme, du laxisme et du padamalgamisme. Les gauchistes nous ont mis en garde pendant des décennies contre les dangers de la xénophobie et du fascisme; nous nous retrouvons aujourd’hui avec une menace djihadiste sur le sol européen. Et, comme par hasard, au moment des attentats de Copenhague, l’État islamique nous envoyait sa nouvelle vidéo: sur une plage libyenne, sous un ciel tempétueux, l’égorgement et la décapitation de vingt-et-un coptes égyptiens. Le chef des djihadistes, qui s’adresse à la caméra, semble défier les «nations chrétiennes», fanfaronnant qu’ils vont «conquérir Rome», là, juste derrière lui, de l’autre côté de la Méditerranée. Nous y sommes. Ça se précise; l’ennemi est là. Et le vivre-ensemble, ce n’est pas son truc. Si nous ne voulons pas le voir, nous sommes fichus.

*Photo :  AP21693719_000031. Politifoto/AP/SIPA .

La Haute-Savoie n’est pas Assad!

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Scandale dans le landerneau politique : quatre parlementaires français se sont rendus à Damas pour lécher les babouches de Bachar Al-Assad, alors que la ligne générale du Quai, de l’Elysée, de Solférino, et du siège hypothéqué de l’UMP, dans le XVème, est de taper à bras raccourci sur le dictateur syrien depuis ses exercices de tir répétés sur son peuple. Les quatre élus transgressifs, membres des groupe d’amitiés France-Syrie de l ‘Assemblée et du Sénat, sont les suivants : Gérard Bapt (PS) député de la Haute Garonne,  Jacques Myard (UMP) député des Yvelines, François Zocchetto (UDI) sénateur de la Mayenne, Jean Pierre Vial, (UMP) sénateur de la Savoie. On peut voir leur photo largement distribuée urbi et orbi par les services de Damas, le derrière bien enfoncé dans des fauteuils orientaux en train de boire les paroles du raïs moustachu.

Dans leur hâte de transmettre cette nouvelle bouleversifiante, nos grands médias (Le Monde, L’Obs, etc.) ont diffusé dans le large public qui les croit comme l’Evangile l’information que M. Jean Pierre Vial représentait la Haute-Savoie au Sénat. Au Monde, ils se sont même mis à trois pour signer cette ânerie. Comme il n’y a pas de raison de ne balancer que les élus , voici leurs noms : Yves-Michel Riols, Hèlène Bezmekian et Benjamin Barthe. A ma connaissance, ce ne sont pas des stagiaires genre faiseurs de bandeaux su BFM TV, mais des gradés du journal dit de référence. Alors sachez, mesdames est messieurs, que Jean-Pierre Vial est sénateur de Savoie, et non de Haute-Savoie, dont aucun des élus, tous de droite, ne se serait laissé aller à une balade de ce genre. En Savoie, c’est autre chose, le patron politique du département se nommant Hervé Gaymard, ancien ministre proche d’Alain Juppé, au mieux avec tout ce que l’Orient compte de potentats. Et puis, il y en à marre de ces Parisiens qui n’arrêtent pas de confondre les deux Savoie. Un champoing  à la fondue pour les journaleux négligents !

Le brut et les truands

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iran russie wall street petrole

iran russie wall street petrole

Comme si la compréhension du monde économique n’était pas assez compliquée comme ça, voilà que le prix du baril de pétrole s’est cassé la figure, passant de plus de 100 dollars à la veille de l’été à moins de 50 dollars au début de l’hiver. Et, comme à chaque fois, avec un air docte et satisfait, les docteurs Diafoirus chargés du commentaire nous livrent un « exercice de clairvoyance rétroactive ». C’était prévisible, nous disent-ils, puisqu’il s’agit d’une pure manifestation de la loi de l’offre et de la demande. En l’espèce, les ressources courantes disponibles en pétrole dépassant les besoins effectifs, les prix s’ajustent, certes de manière précipitée, mais on ne peut plus logique.

Le peak oil a manqué son rendez-vous, la reprise n’est pas ce qu’elle devrait être

Toutes les grandes entreprises du monde dont l’avenir dépend de la disponibilité du pétrole se sont préoccupées du peak oil, qui devrait voir s’inverser la courbe du stock de pétrole exploitable dans les entrailles du globe. Volkswagen, Michelin, BASF, Boeing, les compagnies aériennes et bien d’autres seraient acculés à une révision drastique de leur modèle économique si le pétrole entrait pour de bon dans l’ère de la rareté..[access capability= »lire_inedits »]

Or on n’a cessé de découvrir de nouveaux gisements de pétrole ou de gaz : au Moyen-Orient ; en Afrique (Angola, Mozambique, Algérie) ; en Amérique du Sud, où le Brésil, totalement dépendant de ses importations il y a quinze ans, est aujourd’hui autosuffisant ; en Australie ; dans la mer Caspienne ; en Russie, qui table sur les réserves potentiellement immenses de la mer de Kara. Enfin, aux États-Unis, qui se sont appuyés sur les ressources providentielles du gaz et du pétrole de schiste pour devenir indépendants de leurs fournisseurs du Golfe persique et redévelopper leur production chimique aux abords des gisements.

Or, de surcroît, et en dépit des cris d’alarme des écologistes, le recours au charbon pour la production d’énergie n’a pas faibli. Au contraire. Chine, Inde, Vietnam, Afrique du Sud, Australie n’ont pas ralenti leur production ; les États-Unis, qui disposent des plus grandes réserves au monde, ont accru la leur en exploitant le bassin du Wisconsin. Même la vertueuse Allemagne n’hésite pas, pour réduire le prix de son électricité, à substituer du charbon au gaz dans ses grandes centrales, quitte à accroître, toute honte bue, ses émissions de CO2 avec la complicité remarquable de ses Verts.

Pour autant, la demande émanant des économies consommatrices n’a pas explosé, comme beaucoup s’y attendaient. L’Europe connaît un marasme que les concepteurs de la monnaie unique n’avaient pas prévu. Les grands pays émergents, tels que le Brésil, voire l’Inde, ont fortement ralenti. La Chine, qui n’est plus émergente mais industrielle, importe moins d’énergie et de matières premières que prévu, soit que les chiffres de la croissance économique, encore importants, soient surestimés, soit que les efforts d’économie commencent à donner des effets. Quant aux États-Unis, dont la reprise économique ne fait pas l’ombre d’un doute, ils ne pèsent plus sur la demande mondiale, grâce à la forte hausse de leur production nationale.

À la simple lecture des faits, la thèse appuyée sur le jeu de l’offre et de la demande paraît crédible. Le marché aurait fixé de nouveaux prix. Il suffirait désormais de rechercher les conséquences durables de la nouvelle donne pétrolière sur les consommateurs et sur les producteurs.

Tout ça, c’est politique

Cela dit, gardons à l’esprit que la chute des prix du pétrole s’inscrit dans un contexte de conflits géopolitiques ouverts.

D’un côté, une sorte de nouvelle guerre froide a éclaté entre la Russie et les « Occidentaux » à l’occasion de la crise ukrainienne ; d’un autre côté, l’Iran et les « Occidentaux » sont engagés dans des négociations difficiles sur la capacité nucléaire dont Téhéran veut pouvoir disposer.

C’est ainsi que s’est infiltrée dans le débat la thèse, largement alimentée depuis Moscou et Téhéran, d’une guerre économique menée par les États-Unis pour casser les reins des économies russe et iranienne, avec la complicité des Saoudiens, ennemis jurés de leur grand voisin perse.

D’un strict point de vue technique, cette thèse tient debout. En refusant de réduire sa production, Riyad a ouvert la voie aux anticipations baissières des traders new-yorkais.

Pour qui connaît les relations étroites qui unissent Wall Street et Washington – qualifiées de « corridor » par un ancien directeur du FMI –, il est tout à fait logique d’imaginer une offensive économique organisée contre Moscou et Téhéran.

Il est certain que l’Iran et a fortiori la Russie dépendent à l’extrême du bon prix de leurs exportations de pétrole et de matières premières. Malgré la mauvaise gestion des mollahs et les faiblesses persistantes de l’économie russe, ces deux pays ont pu maintenir une prospérité relative tout au long des dix dernières années. La Russie affiche même des données économiques que pourraient lui envier les États-Unis et les éclopés européens : dette publique de 43 % du PIB, réserves de changes supérieures à 400 milliards de dollars. Mais Poutine sait l’économie russe vouée à une récession violente du fait de l’effondrement des prix du pétrole et d’un handicap structurel : la dette de ses entreprises. Or la chute des prix du pétrole a entraîné une baisse mécanique du rouble qui a doublé la charge réelle du service de la dette en dollars. Là est le bât qui blesse le plus pour l’économie russe, car ses grandes firmes, notamment d’hydrocarbures, paient aujourd’hui entre 30 et 50 milliards de dollars chaque trimestre.

Loi du marché ou opération ciblée ? Loin de se contredire, ces deux scénarios ont pu se combiner. Car les traders new-yorkais savent piloter l’évolution du prix du baril, par des achats à terme constamment orientés à la baisse. Cette opération a non seulement entraîné des dégâts collatéraux chez tous les grands pays producteurs, à commencer par une Arabie saoudite au lourd déficit budgétaire, mais aussi sinistré le secteur pétrolier américain. Jusqu’ici florissant, ce dernier doit réviser dans l’urgence tous ses plans d’investissement et d’embauche et suspendre les projets d’exploration et d’exploitation de nouveaux gisements, dont le coût d’exploitation excède les 50 dollars le baril. Toute la question est de savoir quel est le coût du baril à l’extraction. Si les dernières techniques ont permis de ramener ce coût de 70 à 57 dollars, cela reste beaucoup trop onéreux pour des jeunes sociétés énergétiques s’étant endettées en émettant des junk bonds – emprunts sur le marché des obligations à haut rendement.

À moins d’une consolidation du prix du baril, le secteur des hydrocarbures issus du schiste est donc condamné à la faillite. Cela ne créerait pas une catastrophe à la Lehman Brothers mais provoquerait des dommages financiers (défaut de paiement sur la dette) et des blessures économiques en série : chute conjointe de la production, des investissements, de l’emploi et des revenus (l’industrie pétrolière paie bien, le salaire annuel moyen y est de cent mille dollars). Pas d’apocalypse économique à l’horizon, mais un dénouement qui ferait mauvais genre dans un monde où les incertitudes économiques se renforcent – la zone euro est en suspens, la croissance chinoise ralentit. À force de jouer avec l’or noir, nos amis américains pourraient finir par se brûler.[/access]

*Image : Soleil.

Le réel, c’est trop dur

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ukraine fn crif

ukraine fn crif

La Grande-Bretagne a annoncé son intention d’envoyer des soldats en Ukraine pour y former un peu mieux l’armée régulière à distinguer les combattants pro-russes des soldats russes qui ne sont pas vraiment russes, d’après Vladimir Poutine, et qui se sont égarés là en confondant bêtement front et frontière. L’armée britannique va donc expédier 75 instructeurs qui resteront au moins six mois en Ukraine, où ils rejoindront leurs confrères des forces spéciales américaines qui se sont eux aussi égarés en faisant du tourisme en Europe, pour apprendre à leurs homologues ukrainiens à bien lire la nouvelle carte de leur pays. Toujours partisan de l’option diplomatique dans cette crise, David Cameron a cependant défendu l’envoi de matériel et de troupes en affirmant : « Nous voyons des chars russes, des missiles Grad russes […] ; ce ne sont pas des choses que l’on achète sur Ebay ».

On espère en tout cas que les instructeurs anglais ne se retrouveront pas sur Ebay, tout comme les vétustes blindés de type Saxon envoyés à l’Ukraine il y a une dizaine de jours et… déjà revendus selon une désobligeante rumeur, que Mark Almond commente avec délice sur le très libertarien et non-interventionniste Ron Paul Institute: « il y a des moments où même le sens de la satire de Jonathan Swift est dépassé par la réalité. » Il faut dire que les véhicules sont des vestiges de la guerre froide, produits dans les années 70 et ayant largement démontré leur incapacité à opérer correctement sur les champs de bataille des Balkans, comme le rappelle un site spécialisé britannique. Le gouvernement britannique n’a pas procédé lui-même à la vente, opérée par une société privée écran, car, officiellement, il n’y a pas d’engagement britannique en Ukraine. Cela tombe bien, il n’y a peut-être déjà plus de blindés britanniques non plus… Peut-être ont-ils déjà été revendus à des groupes pro-russes ?

L’ambassade de Grande-Bretagne à Kiev a publié mercredi un tweet ironique indiquant « Poutine nie encore que des troupes et matériels de Russie sont en Ukraine ». Le tweet comporte une photographie de char russe et la mention « Voici un guide pour aider le Kremlin à reconnaître ses chars ». Peut-être cela servira-t-il également à les distinguer des blindés Saxon britanniques qui pourraient se retrouver dans le mauvais camp, à force de passer de mains en mains…

Peut-être l’ambassade de Grande-Bretagne ou le ministère de la Défense britannique pourraient-ils prêter également main-forte à la France en faisant circuler des tweets d’identification ou en envoyant des instructeurs pour reconnaître chez nous les auteurs d’actes antisémites ? Le gouvernement et François Hollande ont en effet lancé une tonitruante croisade, promettant mises en examen et condamnations rapides à tous les propagateurs de haine raciste, antisémite et homophobe sur internet et ailleurs. Mais si l’identification des odieux racistes n’a jamais réellement posé problème, grâce au travail mené conjointement par SOS Racisme et Dieudonné, il s’avère plus difficile semble-t-il de bien cerner la personnalité des auteurs d’actes antisémites et homophobes, comme le démontre la récente brouille entre le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) et Roger Cukierman, président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), après que ce dernier a déclaré, au micro d’Europe 1 le 23 février : que “toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans”. Roger Cukierman aura beau préciser le lendemain : « j’ai également ajouté que c’était une infime minorité de la communauté musulmane qui en était responsable », rien n’y a fait, la bonne presse s’est émue et ce n’est qu’in extremis que François Hollande réussit finalement à obtenir que Roger Cukierman et Dalil Boubakeur se serrent la main pour montrer qu’ils étaient redevenus copains, en dépit du « dérapage ». Ce qui nous laisse face à un mystère : puisqu’il n’existe pas d’antisémitisme au sein de la communauté musulmane, ni dans les banlieues, où se cachent donc les auteurs des tweets, posts et hashtags sanguinaires qui circulent sur internet et de tous ces actes que le gouvernement veut s’empresser de réprimer au nom de la liberté d’expression en danger (si j’ai bien tout suivi) ? Chez les antifas qui profanent les cimetières ?

Chez des instructeurs anglais antisémites parachutés nuitamment par des drones pro-russes au-dessus de Paris ? Non, la réponse est pourtant simple et toujours aussi évidente : l’extrême droite est bien la seule et unique responsable de l’antisémitisme en France (et de l’homophobie, comme l’avait bien montré l’affaire de l’agression de Wilfrid à Belleville, en plein débat sur le mariage pour tous d’ailleurs). Roger Cukierman a donc été prié de rectifier le tir et l’on n’a pas manqué de rappeler, histoire de bien enfoncer le clou, les propos affligeants du président du CRIF qui considère le Front national comme un parti à éviter mais juge Marine Le Pen, « irréprochable personnellement » pour ce qui est de la condamnation de l’antisémitisme ou du négationnisme. Tout est donc rentré rapidement dans l’ordre, le politiquement correct a repris ses droits et la communication élyséenne suit à nouveau son cours normal. Dans sa croisade contre l’antisémitisme, le racisme et la haine sous toutes ses formes, le parti socialiste aurait sans doute lui aussi besoin d’instructeurs ou de photographies pour l’aider à bien identifier l’adversaire qui se trouve pourtant constamment sous ses yeux : la réalité.

*Photo : Pixabay.

Heurs et malheurs de l’assimilation

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napoleon juifs islam cfcm

napoleon juifs islam cfcm

Plus que jamais, le mot « assimilation » nourrit beaucoup de fantasmes, soit qu’on le couvre d’opprobre, soit qu’on en fasse une panacée. Ne nous voilons pas la face : le débat sur l’assimilation se rappelle à notre bon souvenir s’agissant de populations d’origine africaine et arabo-musulmane de plus en plus présentes sur le sol français. Un comparatif pourrait être opéré avec les immigrés d’origine italienne, polonaise ou portugaise établies au cours du XXe siècle, mais il y a plus intéressant encore. Plus exotique. Plus étranger à la culture chrétienne. Il y a l’exemple juif. L’assimilation des Juifs de France est riche d’enseignements ; elle donne à réfléchir aussi bien à ceux qui aujourd’hui ne s’enquièrent que du confort de l’immigré qu’à ceux qui s’illusionnent sur l’adhésion totale des intéressés à ce qui leur fut imposé.

Pour mémoire, du haut Moyen Âge à la Renaissance, des Juifs, en petits groupes, ont toujours vécu sur le sol français. Leur nombre prendra plus d’importance au moment de l’établissement de la communauté séfarade dans le Sud-Ouest, fuyant les excès de l’Inquisition espagnole au début du XVIe siècle. Au milieu du XVIIe siècle, les traités de Westphalie mettent fin à la guerre de Trente Ans. La majeure partie de l’Alsace échoit alors à la France. Outre-Rhin, les sujets de chaque état doivent adopter la religion de leur Prince, ayant toutefois la possibilité de quitter le pays en emportant leurs biens s’ils y sont opposés. C’est dans ces conditions et par l’attrait d’une législation plus clémente à son égard que va lentement s’établir dans l’est de la France la communauté ashkénaze. À ces deux flux migratoires viennent s’ajouter les Juifs de Paris et ceux des ghettos d’Avignon et du Comtat Venaissin sous domination papale jusqu’en 1791.

Ce sont quelques quarante mille Juifs qui peuplent le royaume à la veille de la Révolution, auxquels, sous l’égide de Malesherbes, seront accordés les mêmes droits patrimoniaux que tout autre Français et reconnus les prémices d’une existence civile. Mais alors que les Séfarades, bénéficiant de lettres patentes, s’assimilaient graduellement au contact des autochtones en adoptant leur langue, parfois même leurs croyances, les Ashkénazes, plus rigoristes, revendiquaient quelques particularismes, tels le yiddish. À l’époque, outre l’abbé Grégoire, le personnage à s’être le plus impliqué pour la cause des Juifs fut le député Clermont-Tonnerre. À l’intégration monolithique de la communauté juive dans la société française, ce dernier opposait explicitement le pragmatisme national : tout accorder aux Juifs en tant qu’individus, tout leur refuser en tant que « nation », entendons par là en tant que « communauté ». C’était là démolir pour mieux reconstruire. En 1791, les Juifs de France jouiront enfin de l’égalité de droits en prêtant le serment civique.

Cependant, les principes révolutionnaires, à eux seuls, n’ont pas eu raison de tous les obstacles à une assimilation pleine et entière. Le projet était voué à l’échec s’ils n’avaient pas pris conscience de la nécessité de sacrifier certaines de leurs pratiques (jugées occultes par l’ensemble des Français étrangers à leur religion) sur l’autel de la République naissante. Cette mise en condition, cet élan intellectuel qui a lentement fait son chemin dans les méandres de l’observance judaïque, est essentiellement due au philosophe allemand Moses Mendelssohn, principal tenant de la Haskala (« Éducation » en hébreu, pendant mosaïque des Lumières). En réhabilitant le profane et ses valeurs, en édulcorant la stricte soumission de ses coreligionnaires ashkénazes, Mendelssohn les préparait à pénétrer dans la sphère publique et à accepter les devoirs qui leur incomberaient en tant que futurs citoyens. La Révolution venait d’amorcer l’émancipation des Juifs, l’Etat centralisateur napoléonien allait ensuite œuvrer dans le sens d’une assimilation définitive.

Pour Bonaparte, les religions ne constituent qu’un outil d’ingénierie sociale. Ainsi se voyait-il aussi bien mahométan en débarquant à Aboukir que néo-zélote aux portes de Vilnius, « Jérusalem du Nord » selon ses propres mots. Témoin de l’esprit laïc qui se dégage d’un tel opportunisme : le tout nouveau « ministère des Cultes ». Dans l’esprit du Concordat, l’Empereur s’est voulu le restaurateur d’une certaine hiérarchie dans le culte judaïque. Il souhaitait un clergé qui, reconnaissant de la légitimité à lui offerte par l’État, se ferait le relais le plus fiable d’une différenciation catégorique entre le patriote et le fidèle. Après s’être assuré l’allégeance et la bonne volonté d’une assemblée de notables juifs représentative sur des sujets aussi divers que la polygamie, le mariage et le divorce, la défense ou la permission de certaines professions ou la nomination des rabbins, l’Empereur décida en 1806 la restauration sur le sol français du Grand Sanhédrin, en référence à l’ancien concile – autorité suprême en matière religieuse – qui siégeait dans le Temple de Jérusalem jusqu’à la destruction de celui-ci par les Romains en 70 après Jésus-Christ. Cet octroi assurait officiellement aux Juifs la reconnaissance de leurs racines, mais leur imposait en retour la même abnégation morale vis-à-vis du code civil que les catholiques et les protestants. Suite à cela, l’instauration des consistoires et la construction de synagogues se feront progressivement sur tout le territoire français.

Toutefois, de telles mesures demeuraient insupportables à ceux qui espéraient ouvertement le retour des Bourbon et celui du christianisme comme religion d’État. De Maistre, Bonald ou Chateaubriand parlaient d’Antéchrist et demandaient l’excommunication de Napoléon, le premier auprès du Tsar, les seconds dans le Mercure de France. Dans ces circonstances, soucieux de ménager à la fois le Tsar entre deux coalitions et les élus alsaciens se plaignant de l’usure des Juifs, au cœur d’une Europe qui demeurait profondément antisémite et réfractaire aux idées révolutionnaires, Napoléon allait établir un acte politique réputé « infâme » a posteriori, mais à l’efficacité sans pareille : un moratoire, la mise en sommeil du principe égalitaire pour les citoyens d’obédience israélite sur une période probatoire de dix ans en vue d’une assimilation intensive et donc… coercitive. Les dispositions prises en 1808 furent les suivantes : annulation pour moitié des créances des Juifs, interdiction faite aux nouveaux immigrants juifs de s’installer en Alsace et de pratiquer le commerce, obligation pour eux, jusque-là non respectée, d’adopter un nom de famille, impossibilité de se faire remplacer sous les drapeaux (si ce n’est par un autre Français juif). Discriminatoires et même discrétionnaires, ces mesures avaient pour but d’estomper par la force l’exclusivisme économique qui, professionnellement, était imposé aux Juifs depuis des siècles, et de les contraindre à verser leur sang pour leur pays comme tout autre Français (la voilà la discrimination positive). Régnaud de Saint-Jean-d’Angély et Bigot de Préameneu (rédacteur du code civil) se chargèrent ensuite de mesurer l’effet de ces restrictions et de demander au fur et à mesure l’annulation du fameux décret. Dix ans plus tard, les passions seront apaisées et Louis XVIII ne renouvellera pas ce décret.

De nos jours, des historiens débattent encore du bien-fondé de telles dispositions ; l’assimilation des Juifs ne se serait-elle pas faite tôt ou tard sans elles ? Dans un pays de trente millions d’âmes, à reconstruire socialement, en guerre permanente contre les monarchies voisines et où persistait – comme partout en Europe – un fort sentiment antisémite, il aurait été de fait plus aisé de ne rien faire. La tendance aurait enjoint le gouvernement de ne tenter aucune institution spécifique et d’abandonner à la vindicte quelques milliers de citoyens français, soit en proportion l’équivalent contemporain des habitants de Calais au regard de l’ensemble de la population française. Mais on aime à croire que la fraternité advient spontanément, qu’il n’y a pas à forcer les êtres, que l’appel aux contraintes est odieuse et que les droits seuls suffisent à l’harmonie. Malheureusement, c’est se payer de mots.

Certains voudraient voir en nos banlieues une résurgence des juiveries du Moyen Âge. Le seul véritable point commun est le problème de la religion identifiante, encore que le judaïsme ne se soit jamais voulu prosélyte. Initié en 1999 par Jean-Pierre Chevènement, le Conseil Français du Culte Musulman a pour vocation de représenter les musulmans de France et de hiérarchiser leurs instances, à la manière du Grand Sanhédrin pour les Juifs. Le principe de laïcité n’interdit nullement la reconnaissance claire et objective d’un clergé, sa permanence en est même tributaire d’un certain point de vue. L’initiative, des plus louables, se heurte malgré tout à divers écueils, et non des moindres. La vacance de l’autorité et de la rigueur politiques face à une religion de plus en plus ancrée sur le territoire ne peut astreindre ses fidèles à une introspection indispensable sur le plan théologique. D’autant plus que les ferments de l’islam mêlent étroitement le temporel et le spirituel. Le culte israélite a été quant à lui organisé sous une dictature, dans un cadre politique omnipotent qui a en outre pourvu financièrement à sa mise en branle, un siècle avant la fameuse loi de séparation des Églises et de l’État de 1905.

L’État français, après avoir été le principal vecteur des « Lumières juives », sera peut-être contraint, tôt ou tard, de se faire le promoteur, si ce n’est l’acteur d’une « Haskala musulmane ». Il devra néanmoins surmonter au moins trois obstacles supplémentaires :

Premièrement, le poids démographique : on n’assimile pas plusieurs millions de musulmans comme on assimile quelques milliers de Juifs.

Deuxièmement le conflit israélo-palestinien qui, entre-temps, s’est invité chez nous par procuration (minant les beaux principes républicains de Clermont-Tonnerre)

Troisièmement… François Hollande n’est pas Napoléon. Vraiment pas.

*Image : wikicommons.

Passion de la mort et exotisme révolutionnaire

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« Peu importe où nous surprendra la mort. Qu’elle soit la bienvenue, pourvu que notre appel soit entendu, qu’une autre main se tende pour empoigner nos armes et que d’autres hommes se lèvent. »

Qu’est-ce qui poussait Régis Debray et quelques autres à partir en réponse à cet appel de Che Guevara ?

Ce n’était pas non plus la misère, le chômage ou l’exclusion qui poussaient d’autres étudiants de la rue d’Ulm à se faire prochinois jusqu’en Chine. Ni les trotskistes à soutenir ou à rejoindre tous les mouvements anti-impérialistes, depuis la bande à Baader jusqu’aux terroristes palestiniens, sans oublier leurs enthousiasmes successifs pour Ho Chi Minh, Fidel Castro, le commandant Marcos, Lula, Chavez et ainsi de suite.

Quant à nos aspirants djihadistes, si c’était leur intolérable situation en Europe qui les poussait à partir pour s’exploser au loin, … ils n’auraient pas  plus de raisons de partir que n’en avaient leurs prédécesseurs. Ils pourraient affronter le système qui les révolte, sur place, en son centre, ici même…

Il leur faut partir ailleurs, parce qu’ici, ça manque de motifs suffisants pour s’offrir à la mort. Faute d’avoir de quoi s’exploser ici, nos passionnés de la mort sont voués à l’exotisme révolutionnaire. Comme leurs prédécesseurs.

Je sais bien que les situations ne sont pas identiques. Tout semble même opposer leurs degrés respectifs de culture.  Raison de plus pour admettre que ce qui joue dans ce phénomène générationnel, ce n’est pas la situation sociale : c’est la passion suprême d’exploser sa vie, et celles des autres.

Attentats de Paris, marche du 11 janvier : le journal d’Alain Finkielkraut

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charlie hebdo 11 janvier

charlie hebdo 11 janvier

Les attentats de Paris (11 janvier)

Élisabeth Lévy. Le 7 janvier, dix journalistes et collaborateurs de Charlie Hebdo ainsi que deux policiers qui tentaient de les protéger ont été froidement abattus à la kalachnikov. Le surlendemain, quatre juifs étaient tués dans une épicerie cachère de Vincennes. Au total, dix-sept victimes se sont fait assassiner par des fous d’Allah qui entendaient venger le Prophète. Que vous inspirent ces actes odieux ?

Alain Finkielkraut. Les Français ont été sidérés et, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, touchés au plus intime d’eux-mêmes par la tuerie de Charlie Hebdo. On ne lisait plus guère ce journal, mais nul n’ignorait les noms de Wolinski, de Cabu, de Bernard Maris ou de Charb. Ces figures familières peuplaient le monde commun de leurs voix, de leurs croquis, de leurs blagues et de leurs blasphèmes. Ce ne sont donc pas seulement des symboles de la liberté d’expression qui ont été fauchés au cri de « Allahou Akbar », ce sont de vieilles connaissances. Et nous en portons le deuil.

Comme beaucoup d’entre nous, les gens de Charlie étaient individualistes, hédonistes, cosmopolites, et ils ont longtemps batifolé dans la joyeuse apesanteur de la post-histoire. Depuis peu, cependant, l’ombre du tragique enveloppait leur vie et leur travail. Charb savait les risques que courait Charlie Hebdo en publiant l’image d’un Mahomet qui soupirait, la tête dans les mains : « C’est dur d’être aimé par des cons ! » En récidivant, il défiait des « cons » d’un tout autre calibre que ceux auxquels il avait précédemment eu affaire, et il acceptait d’en payer le prix : « Je n’ai pas de gosses, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » Qu’est-ce qui fait venir une phrase pompeuse aux lèvres d’un farceur ? La découverte de l’ennemi. En bon citoyen de l’Europe post-hitlérienne, Charb était antiraciste avant toute chose, et ses dessins servaient la lutte contre les préjugés qui de l’étranger font un ennemi. Et puis, il s’est, malgré lui, rendu compte qu’on pouvait avoir des ennemis même quand on en avait décidé autrement. Car, comme l’écrit Julien Freund, « c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin ».

La « rue arabe » avait promis de ne pas laisser sans réponse les offenses faites au Prophète : « Europe, ton 11 Septembre va venir ! » L’engagement a été tenu.[access capability= »lire_inedits »], à la différence que, cette fois, les cibles ont été soigneusement choisies : les fous d’Allah ont tué les journalistes de Charlie parce qu’ils avaient publié des caricatures de Mahomet, des policiers parce qu’ils étaient au service d’un État engagé sur plusieurs théâtres d’opérations dans une guerre contre l’islam, et des juifs pour les punir d’être juifs. Face à ce carnage, l’horreur a été unanime. Tout le monde a dit : « Je suis Charlie. » Mais ce « je » s’est aussitôt scindé en deux camps : le parti du sursaut et le parti de « l’Autre ». À la volonté islamiste de subvertir la société française par tous les moyens, le parti du sursaut a riposté par la défense intransigeante des principes dont cette société se réclame. Au nom de la lutte contre l’islamophobie, le parti de l’Autre s’est précipité, ventre à terre, sur les causes de l’événement dès que le « Allahou Akbar » des frères Kouachi a retenti à nos oreilles.  Edwy Plenel, l’un des grands orateurs de ce parti, a cité Zola : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Et il a conclu : « Ce monstre a tué douze personnes le 7 janvier 2015. » Traduction : Éric Zemmour, avec son Suicide français, Michel Houellebecq, avec son roman Soumission, et moi, avec mon Identité malheureuse, nous avons « poussé de jeunes Arabes à la faute », comme le dit un autre membre du parti, l’écrivain Laurent Chalumeau. Nous sommes les incendiaires. Nous sommes les docteurs Frankenstein de la terreur qui s’abat sur la France. Et avec nous, il y a l’ensemble des dominants. De tout crime commis par un « dominé », le parti de l’Autre remonte automatiquement au crime originel qu’a constitué la colonisation et que perpétue le traitement réservé aux immigrés par l’Europe postcoloniale. Le même raisonnement est appliqué à la nouvelle question juive. Comme l’écrivaient en 2003 Edgar Morin, Danièle Sallenave et Sami Naïr, les Israéliens « humilient », « méprisent », « persécutent », « ghettoïsent » les Palestiniens, et les institutions juives s’alignent sur les positions du gouvernement d’Israël. Résultat : l’antisémitisme se répand dans le monde arabo-musulman. Le terrorisme est certes abominable, mais c’est la faute à la France, c’est la faute aux juifs si la France et les juifs font l’objet d’une haine implacable.

Au moment même où Abdennour Bidar, intellectuel musulman, ose affirmer que les monstres islamiques naissent dans « la prison morale et sociale d’une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire », le parti de l’Autre verrouille la porte du pénitencier en dressant la liste nominative des offenseurs de l’islam.

 

L’esprit de la manifestation du 11 janvier (18 janvier)

La marche contre le terrorisme a rassemblé quatre millions de Français. On aura vu Clémentine Autain défiler derrière les Israéliens Netanyahou et Lieberman. Dans la foulée, l’Assemblée nationale s’est levée comme un seul homme pour acclamer le discours de guerre et de vérité de Manuel Valls, et François Hollande a parlé de la fierté d’être français. Avez-vous été frappé par l’esprit du 11 janvier ? 

Le 11 janvier 2015, la France est sortie de l’après-guerre et de ce temps d’irresponsabilité dont témoignait avec éclat l’esprit soixante-huitard. Faute d’ennemi réel, on contestait le système, on dénonçait la répression, on célébrait la transgression, la subversion, la folie même, et on se servait dans le « magasin de défroques » qu’était devenue l’histoire pour éprouver, sans frais, le frisson de la Révolution ou de la Résistance. La parenthèse enchantée se referme. On ne crie plus « CRS, SS », on applaudit les forces de l’ordre et on chante La Marseillaise. La France redécouvre qu’elle est une nation menacée, c’est-à-dire mortelle. En disant « Je suis Charlie », les marcheurs du 11 janvier défendaient le droit voltairien à la satire mais aussi cette forme particulière et si précieuse d’humour qui réside, comme dit Kundera, dans « le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude ». Gravement blessé par la kalachnikov des frères Kouachi, Philippe Lançon a trouvé la force d’écrire, dans sa chambre d’hôpital, un article sur les derniers moments de Charlie, et de rappeler « l’extraordinaire tradition de l’engueulade, qui gonfle, qui gonfle, et que dégonfle soudain une blague de Charb, de Luz, ou de Wolinski ». Consciemment ou non, ce dégonflement est inspiré par Montaigne : « C’est mettre ces conjectures à bien haut prix que d’en faire cuire un homme tout vif. »

Le 11 janvier, le peuple est descendu dans la rue pour montrer son attachement à l’ironie et au scepticisme. Le peuple, mais pas les habitants des quartiers « populaires ». Ceux-là, pour la plupart, n’ont pas fait le déplacement. Les grandes marches de Paris et des autres villes de France ont été beaucoup moins bigarrées que les fêtes qui avaient suivi la victoire de l’équipe black-blanc-beur en 1998 ou l’élection de François Hollande à la présidence de la République en 2012. Et les jours d’après, les « jeunes des cités » ont justifié leur absence en affirmant, devant leurs professeurs médusés, que « les vengeurs du Prophète » étaient des héros, morts les armes à la main, ou bien, thèse de plus en plus répandue sur la Toile, que toute cette affaire était un complot de l’Amérique et d’Israël pour salir l’islam…

La modernité est cette époque de l’histoire où l’être devient transformable et malléable. Seuls les faits, jusqu’à une date récente, restaient obstinément eux-mêmes. La volonté s’emparait toujours plus avidement du monde mais elle ne pouvait pas effacer ou modifier l’advenu. Internet, notre dernière révolution technologique, a levé l’obstacle. L’actualité y est remodelée au gré des idéologies. La croyance y prend la forme du doute méthodique. La rumeur y revêt les atours royaux de la démystification. Et les maîtres sont démunis face à ce qui n’est plus l’ignorance mais un pseudo-savoir, imbu de ses trouvailles et fier de ne pas s’en laisser conter.

 

L’après-Charlie (25 janvier)

Lors de ses vœux à la presse, Manuel Valls a dénoncé la situation d’« apartheid social, territorial et ethnique » qui serait celui des quartiers dits « difficiles ». Tandis que Najat Vallaud-Belkacem annonce l’instauration d’une Journée de la laïcité à l’école, le Premier ministre entend jouer sur le levier du peuplement pour forcer la mixité sociale. Bref, à en juger par la tournure du débat public, on est en droit de se demander si l’après-Charlie ne ressemblera furieusement pas à l’avant… 

Comme le dit Pierre Manent, « le politiquement correct est la langue de gens qui tremblent à l’idée de ce qui pourrait arriver s’ils arrêtaient de se mentir ».

Sous le choc des tueries de Charlie Hebdo et du magasin Hyper Cacher de Vincennes, la France a semblé sortir du pieux mensonge où l’avait maintenue la peur de faire le jeu du Front national et de stigmatiser ceux qui, du fait de leur origine ethnique, sont les plus durement frappés par le chômage, la pauvreté, les conditions d’habitat dégradées, et qui doivent subir, par surcroît, des attaques xénophobes. La télévision a découvert le rapport Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, qui avait été enfoui lors de sa parution, en 2004, parce qu’on ne voulait surtout pas savoir que « dans certains quartiers, les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs proposent, qui doit être d’abord objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette » ; et qu’ils sont engagés à « trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses de halal (autorisé) et haram (interdit) ».

Alors que les professeurs intraitables étaient constamment désavoués par une institution soucieuse avant tout de ne pas faire de vagues, le gouvernement a décidé de prendre désormais le rhinocéros de l’incivilité par les cornes. La sévérité est donc de mise, les professeurs sont invités à ne rien laisser passer. La laïcité, qu’il convenait jusqu’à hier d’assouplir, retrouve aujourd’hui son tranchant.

On pourrait se féliciter de ce tardif réveil, si le Premier ministre n’avait pas choisi le mot d’apartheid pour qualifier la situation de certains territoires. Sans vouloir, bien sûr, comparer terme à terme la France de maintenant à l’Afrique du Sud de l’avant-Mandela, Manuel Valls a entonné, à son tour, la comptine rousseauiste du « coupable mais pas responsable ». Après avoir incarné le parti du sursaut, il validait, dans la foulée du mot apartheid, l’argumentaire du parti de l’Autre : la criminalité, les trafics, la radicalisation islamiste, tout cela s’explique par la ségrégation et l’absence d’une vraie politique de la ville. Or, non seulement les habitants des « quartiers sensibles » bénéficient de tous les attributs de la citoyenneté républicaine et de la citoyenneté sociale, mais ils ont été l’objet d’une sollicitude ininterrompue depuis le début des années 1980. Avec la création des ZEP (zones d’éducation prioritaire) et des ZUS (zones urbaines sensibles), on peut même parler à leur propos de discrimination positive. S’il y a des lieux à l’abandon aujourd’hui, ils se trouvent dans la France rurale ou dans la province profonde. Quarante milliards d’euros ont été dépensés pour la rénovation des banlieues, et le gouvernement promet de continuer dans le même sens avec la ténacité et les moyens que les événements imposent. Il a choisi, en effet, d’écouter les sociologues.

L’anthropologie nous a appris que toute expérience humaine est structurée par une culture, c’est-à-dire par une expérience humaine du monde. De cette réalité et des conflits qui peuvent en découler, la sociologie contemporaine ne veut rien entendre. Cette discipline postule que la question sociale est, en dernière analyse, une question économique, et ses enquêtes ne servent jamais qu’à ratifier cet a priori. La dimension culturelle des phénomènes est pour la majorité des sociologues un effet secondaire de l’inégalité.

Avec le politiquement correct, Bourdieu bâillonne Lévi-Strauss, la sociologie censure le savoir de l’anthropologie et les nouveaux historiens parachèvent son œuvre. Interrogé et intronisé par Le Monde, Gérard Noiriel, l’auteur du Creuset français, homologue le concept d’apartheid, et il assimile la question de savoir si la religion musulmane peut être un obstacle à l’intégration aux « discours antisémites qui affirmaient sans cesse que les juifs ne s’étaient jamais intégrés à la nation française et qui ont abouti aux lois raciales de Vichy ». Ainsi, l’antisémitisme français est-il mobilisé pour frapper d’inexistence l’antisémitisme et la francophobie islamistes d’aujourd’hui.

J’ai cru, au soir, du 11 janvier 2015, que c’en était fini de la tartufferie humanitaire et de son « cachez ce présent que je ne saurais voir ». Faux espoir : les tartuffes sont invincibles. Et les premières victimes de ces dissimulateurs sont ceux-là même qu’ils victimisent en répétant ad nauseam que leur destin est scellé par une société injuste et hostile. Ce dont les enfants d’immigrés ont impérativement besoin, c’est de se prendre en main au lieu de s’installer dans le ressentiment dès leur plus jeune âge. Il faut cesser de leur fournir complaisamment des boucs émissaires. Et il faut aussi suivre la recommandation d’Abdennour Bidar en aidant l’islam à saisir ce moment historique pour se remettre lui-même en question. La culture d’origine peut être une ressource. Mais pourquoi devrait-elle rester une prison ?[/access]

*Photo : Michal Dolezal/AP/SIPA. AP21679273_000005.

Terrorisme islamiste : relativisons le relativisme

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obs islam terrorisme

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En ces temps troublés, où chaque journée apporte son lot d’exactions de l’Etat islamique et de menaces terroristes, il est salutaire de ne pas céder à la psychose. Pour ne pas sombrer dans la sinistrose, la lecture de L’Obs offre une heureuse échappatoire, dont l’optimisme est la religion et le « padamalgamisme » le vénéré prophète. Sur son site, l’hebdomadaire officiel de la social-démocratie nous délivre ainsi une info inédite : « Seul 1% des terroristes en France sont islamistes » ! De quoi rassurer les corniauds islamophobes tentés par l’amalgame terroriste = islamiste = musulman, sinon par le vote FN.

Le côté réjouissant de ce scoop vient précisément de son implacabilité mathématique, propre à effacer tous les stigmates, fussent-ils aussi profonds que ceux de Padre Pio. À l’examen de ce chiffre, on peut néanmoins se poser plusieurs questions. Si vous pensez dans les clous, vous vous demanderez d’où provient le décalage entre cette statistique rassurante et le « ressenti » des Français – à la manière d’un Aymeric Caron sermonnant François Rollin pour sa fâcheuse tendance à reconnaître les effets négatifs de l’immigration. Mais si, comme moi, vous êtes un affreux sceptique, l’explication de texte façon cours de stats de L’Obs lèvera vos derniers doutes.

Comment diable ce chiffre a-t-il été fabriqué ? Le journaliste, qui a sobrement intitulé son article « Les terroristes sont tous islamistes ? Des chiffres pour relativiser », a dans un premier temps recensé l’ensemble des attaques terroristes survenues sur le sol français depuis… 1792 ! « 2.564 attaques terroristes ont été perpétrées entre 1792 et 2013, selon la base de données Global Database of Terrorism. La plupart n’a pas fait de victime. 241 personnes ont ainsi péri dans 174 attentats. L’attaque contre « Charlie Hebdo » se positionne comme la plus meurtrière depuis 1961, lorsque l’Organisation armée secrète (OAS) avait fait dérailler un train avec des explosifs (tuant 28 personnes). »

Voici la recette apparente de cette délicieuse tambouille : récoltez deux cent ans de voies de fait, le plus souvent privées de victimes, mélangez le tout, extrayez quelques brins d’islamisme et votre ragoût relativiste est prêt !

Mais, à y regarder de plus près, le fameux « 1% » ne s’obtient pas en remontant à Mathusalem. Il suffit de se cantonner aux années 2000-2015 pour accoucher de cette donnée magique : sur près de 300 attaques terroristes, on en impute 72% aux nationalistes corses, 4% aux basques et… seulement 1% aux islamistes (je l’ai déjà écrit, mais cela va mieux en le répétant !). Le secret de cette martingale ? Il suffit de considérer sur un pied d’égalité le moindre pétard mouillé déposé devant la gendarmerie de Corte et la boucherie de Charlie Hebdo. Moralité : il y a « de quoi relativiser les propos du président du Crif, Roger Cukierman, qui a estimé que « tous les terroristes qui ont commis des meurtres dans la période récente se réclamaient de l’islam », des propos appuyés par la députée FN Marion Maréchal-Le Pen. »

Admirez le procédé. Puisque les maths ne mentent pas, Cukierman a forcément tort. D’autant qu’une députée frontiste vole à sa rescousse. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Des esprits taquins m’objecteront qu’une calculatrice ne pensant pas, il est absurde de jeter des chiffres sur la table, sans séparer  le bon grain de l’ivraie. Ces infatigables pessimistes nargueront le bisounoursisme de L’Obs en ajoutant qu’on peut être tout à la fois un as en calcul mental et une bille en politique, a fortiori lorsque le culte des chiffres ne sert qu’à occulter le réel.

Certes, « les attaques d’islamistes demeurent les plus marquantes puisque les plus meurtrières. Depuis 2000, 249 personnes ont été tuées en Europe par des islamistes, soit bien plus que par des séparatistes basques (56 morts) ou irlandais (27 morts). » mais à quoi bon se lancer dans des décomptes macabres ? Et puisque vous avez de toute façon « 250.000 fois plus de chances de mourir d’un cancer », pas de quoi vous faire de mouron si vous croisez un barbu à l’œil torve.

Bref, on se fout de notre gueule. À quand des statistiques éthiques?

*Photo : REX/REX/SIPA.REX40310841_000005.

Cukierman/Boubakeur: Le grand pardon

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cukierman boubakeur crif

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Tout est pardonné ! Il y a des happy ends plus glamour, mais la guerre des civilisations n’aura pas lieu. Pas ce soir. Roger Cukierman et Dalil Boubakeur, respectivement chef des juifs et des musulmans de France, se sont embrassés sous l’œil attendri du Président – enfin serré la main mais c’est pareil. C’est marrant, j’ai l’impression que depuis quelques années, c’est une scène récurrente : des représentants des grandes religions, comme on dit sur les chaînes-info, qui se font des serments d’amour mutuel et promettent d’œuvrer à la réussite du vivre-ensemble. Heureusement qu’on vit dans un pays laïque.

Sous Sarkozy, c’était pareil. Dès que ça chauffait un peu, on voyait de respectables curés, imams et rabbins se faire des politesses dans la cour de l’Elysée. C’est que, quand ça chauffe en France, c’est souvent pour des histoires de bon dieu. Ce qui explique que des querelles de chapelles deviennent des affaires d’Etat et que la dispute entre Cukierman et Boubakeur ait été traitée au plus haut du nôtre.

Bon, c’est indéniable, Cukierman a gâché l’ambiance. Mais après tout, c’est l’ambiance de son grand raout qu’il a gâchée, il suffisait de voir la tête des invités. Le dîner du Crif devait offrir le spectacle d’une France unie contre les intégrismes, solidaire contre le racisme-et-l’antisémitisme, debout contre la barbarie. Et les conversations n’ont porté que sur les tensions entre juifs et musulmans. Que Boubakeur et Cukierman s’entendent ou pas n’a évidemment pas la moindre influence sur la vie des juifs et des musulmans concrets. Peu importe, ce qu’on attend d’eux, surtout quand il y a des invités de marque, ce sont des proclamations rassurantes et qui ne mangent pas de pain.

Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement, le matin même du grand jour, de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela.

La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique.

L’ennui, c’est que ces vérités ou ces choses raisonnables, Cukierman est le dernier à pouvoir les dire. Son job de chef des juifs, s’il y tient tant, c’est de faire des gracieusetés à Boubakeur et d’encourager le Président à lutter contre l’antisémitisme. En s’exprimant comme un responsable politique, Cukierman accrédite l’idée que le Crif, c’est le Parti des juifs. Désolée, mais il ne saurait y avoir une organisation politique des juifs de France. Ou alors, qu’on arrête de parler de République au dîner du Crif.

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21697918_000005.

Médine, Mosquée de Paris, Lio, etc.

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medine mosquee islam

medine mosquee islam

Do you Laïk Médine ?

Juste après les tueries islamistes de Paris, le rappeur Médine publiait sur sa page Facebook un très long texte qui commençait ainsi : « Suite à l’extrême violence qui s’est abattue aujourd’hui à Paris, je tiens à témoigner tout mon soutien aux familles des victimes. Je condamne évidemment profondément ce type d’actes et ce depuis 10 ans à travers ma démarche artistique. Je me bats précisément contre cette dérive extrême qui montre son visage aujourd’hui et que je dénonce dans mes morceaux depuis 2004. Je vous encourage à faire de même quelques (sic) soient vos appartenances au nom du caractère sacré de la vie humaine.

Par ailleurs, si la satire est omniprésente dans mes albums et notamment dans mes derniers morceaux, à l’encontre des différentes formes d’extrémisme (religieux, politique et philosophique), ça n’est que pour rendre le débat serein et équilibré. »

Ça continue tout pareil sur des lignes et des lignes et des lignes, mais comme vous avez l’habitude de lire dans Causeur une prose un rien mieux tenue, j’arrête ici la citation. D’autant plus que ce court quoique trop long extrait aura probablement suffi à vous restituer le léger malaise qui étreint l’auteur de cette tentative filandreuse d’autojustification.

Pourtant, Médine, dont tous les amateurs de rap connaissent la hargne et la pugnacité, n’est pas du genre repentant. Qu’a-t-il alors à se reprocher, ou plutôt, comme il l’affirme, à ne pas se reprocher, lui qui ne pense qu’à « rendre le débat serein et équilibré » ? Eh bien voilà. Figurez-vous qu’après la tuerie de Charlie, quelques malveillants ont fait tourner sur les réseaux sociaux les paroles de son dernier tube, intitulé « Don’t Laïk », lequel, vous l’aurez deviné, était une contribution du rappeur au grand débat national sur la laïcité.

On peut y lire ce genre de joliesses :

« J’suis une djellaba à la journée de la jupe

Islamo-caillera, c’est ma prière de rue » 

Ou bien :

« Marianne est une femen tatouée “Fuck God” sur les mamelles

Où était-elle dans l’affaire d’la crèche ?

Séquestrée chez Madame Fourest » 

Ou encore :

« Les élites sont les prosélytes des propagandistes ultra laïcs

Je me suffis d’Allah, pas besoin qu’on me laïcise ».[access capability= »lire_inedits »]

On peut aimer, ou pas, mais ce n’est pas pour ces vers fort verts qu’on a cherché des crosses au pauvre Médine sur les réseaux. Ce n’est pas non plus pour le refrain de son rap, aux lyrics furieusement explicites :

« Ta barbe, rebeu, dans ce pays c’est Don’t Laïk

Ton voile, ma sœur, dans ce pays c’est Don’t Laïk »

Non, non, si après l’attentat contre Charlie Hebdo certains mélomanes s’en sont pris à Médine, c’est à cause d’un vers, et d’un seul. Faut dire qu’il était clair de chez clair : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha ! »

Vous comprenez mieux maintenant le laïus emberlificoté cité au début de l’article ?

Si vous croyez que je caricature et voulez en savoir plus sur la pensée exacte de Médine, rien ne vous empêche de vous documenter à la source. Il a publié en 2012 chez Desclée de Brouwer un copieux ouvrage, Don’t panik, coécrit avec son ami Pascal Boniface. La préface est bien sûr d’Esther Benbassa.

 

Mosquée de Paris : un islam modérément modéré

Samedi 17 janvier, deux journalistes du Monde, Anna Villechenon et Ariane Chemin se sont rendues à la Grande Mosquée de Paris. Non pas pour interviewer le recteur Dalil Boubakeur mais plutôt, passez-moi l’expression, pour faire un tour dans les cuisines. Nos consœurs ont en effet assisté à un cours dispensé par l’institut de théologie de la Grande Mosquée qui forme les futurs imams et aumôniers, des hommes et des femmes qui auront donc pour tâche de guider leurs ouailles en ces temps troublés. S’y joue l’avenir de l’islam français, ou du moins de sa branche qu’on considère habituellement comme la plus modérée.

Au lendemain et au surlendemain des attentats, ces cours étaient suspendus. À la reprise des enseignements, l’aumônier pénitentiaire Missoum Chaoui, qui officie en tant que formateur, a modifié le programme prévu pour inviter ses dix-sept élèves à engager une discussion libre, pour qu’ils puissent, dit-il, « vider leur sac ».

Dès le début de ce grand déballage, les propos de ces apprentis-imams ont de quoi inquiéter : « les terroristes [n’étant] pas des leurs », les musulmans n’ont pas « à s’excuser de ces crimes ». Et les futurs clercs ne s’arrêtent pas en si bon chemin : « La communauté musulmane, elle pleure les hommes mais pas la liberté d’expression », estiment-ils tous en chœur. On n’aperçoit pas l’ombre d’un doute, pas le moindre questionnement sur les racines islamiques du terrorisme.

La suite est encore plus grave. Petit à petit, la petite classe déploie l’argumentaire de la contre-attaque, en commençant par le fameux « deux poids, deux mesures » que subiraient les musulmans de France. Ainsi, dans notre pays, « l’antisémitisme est interdit mais pas l’islamophobie », fait valoir un élève.

Les deux journalistes n’entendent aucune objection à cette remarque ahurissante qui prépare le bouquet final. « Au premier rang de la petite salle de l’institut de théologie, racontent Anna Villechenon et Ariane Chemin, un vieil homme à bonnet blanc ronge son frein. Il ne croit pas à la version des médias. “Le scénario, il est préparé d’avance par d’autres”, lâche­t­il, péremptoire, en français et en arabe. “C’est pas ce qu’on a dit, on n’a pas vu leurs visages, c’est la preuve à cent pour cent”. “Ils sont à l’Institut médico­légal”, répond le formateur essayant d’instiller un peu de raison dans la discussion. Peine perdue. Un disciple prend le relais : “Ce journal était au bord de la faillite, maintenant ils ont beaucoup d’argent”… »

Est-ce là la pensée du « vrai islam » sur lequel mise la République pour combattre « l’islam dévoyé » des Kouachi et Coulibaly ? Si oui, alors l’islam modéré est à consommer avec modération…

Gil Mihaely

 

Kippa de panique !

Un jour, une amie qui me voyait manger en permanence de petits concombres aigre-doux casher m’a demandé si j’étais juif, je lui répondis : « Non, merci, j’ai déjà suffisamment de problèmes comme ça ! » Il faut dire que ce n’est pas si simple d’être juif, il faut encaisser l’affection déchaînée d’une partie de la population victime d’apartheid, il faut pratiquer une religion exigeante, il faut savoir se distinguer par un immense humour, à la hauteur d’une redoutable mélancolie – et en plus, comme disait Gainsbourg, « Juif, c’est pas une religion ! Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça ! » À ces contraintes peut s’ajouter le port de la kippa, sorte de calotte portée par les pratiquants.

On apprend qu’un coiffeur israélien, Shalom Koresh, vient de mettre sur le marché un produit révolutionnaire, une kippa invisible, pouvant être portée en toute discrétion, une « kippa magique » (c’est le nom du produit…) composée de cheveux et se portant – ni vue ni connue – comme une perruque sur le sommet du crâne… Comme le dit la publicité (repérée par nos confrères de i24news) : « La kippa magique ne se remarque pas ! », elle est « simple et facile à porter ! » ; elle est destinée à « ceux qui veulent rester discrets en public », tels que « les hommes d’affaires, les fonctionnaires, les enfants ».

On pourrait être tenté de se moquer de cette kippa imperceptible – visant un public large – « Grand choix de couleurs de cheveux 100 % naturels ! » On pourrait être tenté de hurler, parce qu’on n’aime pas voir certains juifs de France être obligés de planquer ce signe discret de leur foi. Finalement, on choisira de rire, en posant la question qui tue : c’est bien beau tout ça, mais qu’a-t-on prévu pour les juifs chauves ?

François-Xavier Ajavon

 

Rions sous les bombes…

Pour se défendre et pour défendre les valeurs de l’Occident, les Israéliens ont une armée imbattable, des services de renseignement rusés et méchants, et même, dit-on, quelques têtes nucléaires aptes à faire réfléchir les plus belliqueux de leurs voisins. Comme si ça ne suffisait pas, ils ont en plus l’humour juif. Voilà ce qu’écrivait après les attentats de Paris un internaute de Tel-Aviv sur le site du Times of Israel :

« Cet attentat est dû à l’oppression et à l’occupation française en territoire musulman. Cet acte terroriste est une réaction compréhensible face à l’apartheid, le génocide et le nettoyage ethnique que l’État français pratiqué quotidiennement envers les musulmans de son pays. J’invite les Français à ne pas réagir de façon “disproportionnée”. La seule solution est la création de deux États, avec Paris comme capitale partagée entre les musulmans et les Français. Les troupes de l’ONU pourront créer une zone tampon entre eux et maintenir la paix. »

Si on racontait ce gag en prime time sur une de nos chaînes de télé, je ne suis pas certain que tout le monde comprendrait. Mais de Haïfa à Eilat, on a dû bien rigoler… 

Roland Jaccard

 

 

Lio est-elle devenue Barjot ?

Mère de six enfants conçus avec quatre pères différents, la chanteuse Lio a longtemps personnifié la femme libérée et la chanteuse engagée – c’est-à-dire de gauche. Jusqu’au drame, survenu le 3 décembre sur le plateau d’« Un soir à la tour Eiffel ». Interrogée sur le thème de la soirée « Famille française : les nouveaux modèles », l’artiste a signé son arrêt de mort médiatique en une minute chrono : « Je suis en psychanalyse lourde trois fois par semaine pour essayer d’accompagner mes enfants (…) car ils ont vécu quelque chose d’absolument pas rassurant, quelque chose qui est très difficile et qu’ils paient. (…) Je survis, je vis, je me bats, mais c’est franchement pas l’idée que j’ai d’enfants bien dans leur peau. (…) Je peux vous dire qu’être une famille recomposée, pour les enfants, c’est déchirant. »

Alessandra Sublet a failli en avaler son micro. L’animatrice a beau vouloir jouer la carte du talk-show divertissant, de là à pousser la déconne jusqu’à organiser un débat de société avec de vrais arguments contradictoires dedans… Le lendemain de ce dérapage, les juges de la bonne presse ont donc remis leurs notes, Les Inrocks condamnant une sortie « très caricaturale », cependant que la modératrice du site de L’Obs dénonçait un symptôme de la barjotisation des esprits. Horreur, malheur : Lio serait devenue Frigide ! Pour légitimer sa fatwa, l’hebdo progressiste a sélectionné quelques tweets pas piqués des vers, puisque leurs auteurs hésitent entre l’internement d’office et la rééducation au centre LGBT le plus proche. Eh oui, oser remettre en question le droit inaliénable à l’enfant, au nom des droits suprêmes de la marmaille, c’est franchement pas cool, sympa, moderne, bref de gauche.

Hélas, loin d’accomplir son autocritique façon procès de Moscou, Lio a récidivé quelques semaines plus tard dans Gala : « On a des droits et des droits et encore des droits, et nos devoirs ? Et les enfants dans tout ça ? (…) Moi, je suis une enfant de Mai 68, d’une généra­tion pour laquelle les règles justement étaient mal vues. Celle du “Il faut interdire d’inter­dire”. Or il faut des interdictions, des limites, des frustrations pour se construire. »

C’en est décidément trop. Qu’attendent L’Obs et Les Inrocks pour exiger qu’on déchoie de sa nationalité française cette réac belgo-portugaise ?

Daoud Boughezala[/access]

*Photo : wikicommons.

Terrorisme : Quelque chose de pourri au royaume de Danemark?

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danemark copenhague attentat

danemark copenhague attentat

Foreign Policy, prestigieuse revue américaine créée en 1970 par Samuel Huntington, a publié le 21 janvier dernier un article intitulé The French Colonialist’s Comeuppance, ce que l’on pourrait traduire par La punition méritée des colonisateurs français. On peut y lire que les attentats islamistes qui ont ensanglanté Paris en janvier sont la conséquence directe de l’histoire coloniale de la France. En effet, les Français, incapables de s’adapter aux flux migratoires venant de leurs anciennes colonies, auraient continué à se comporter en colonisateurs: du coup, les enfants d’immigrés, humiliés d’être discriminés, toujours ramenés au rang de colonisés, trouveraient dans le djihad une façon d’exprimer leur rage. L’auteur de cette tartine n’est pas un obscur scribouillard de Mediapart: il est professeur d’université -avec de tels experts en relations internationales, on comprend maintenant que les États-Unis n’aient pas vu venir les attentats du World Trade Center puis qu’ils aient attaqué l’Irak de Saddam Hussein sans en mesurer les conséquences.

C’est donc la faute au général Bugeaud si des attentats meurtriers ont été commis à Paris contre Charlie Hebdo et le supermarché casher de la Porte de Vincennes. En France, ceux que l’historien Daniel Lefeuvre appelait les Repentants rabâchent le même discours: l’islamophobie, qui empêcherait l’islam de s’insérer dans la société française, est un héritage du colonialisme. À les entendre, l’ethnicisation des banlieues, qu’ils comparent à une ghettoïsation, s’inscrirait également dans le prolongement du sectarisme colonial. Ils ont donc bu du petit lait lorsque Manuel Valls a dénoncé, le 20 janvier dernier, l’existence d’un «apartheid territorial, social, ethnique», laissant penser que ces territoires sont délibérément marginalisés par la République -alors qu’ils bénéficient, comme le géographe Christophe Guilluy l’a expliqué, d’une densité d’équipements publics supérieure à la moyenne des zones périurbaines et rurales. Le Premier ministre n’est pas crédible: comment peut-il parler d’apartheid et, ensuite, nous servir l’habituel boniment sur les valeurs républicaines? N’y a-t-il pas une contradiction? De la même façon, l’histoire coloniale est liée à celle de la République: lorsqu’ils accusent le colonialisme de tous les maux, les bobos anticolonialistes du vingt-et-unième siècle remettent finalement en question les fondements d’une République porteuse de Lumières, d’universalisme et d’égalité- et c’est Jules Ferry qui doit se retourner dans sa tombe.

Mais voilà. Il y a dix jours, les attentats de Copenhague, qui ont fait deux morts et cinq blessés, ont apporté un démenti cinglant à l’idéologie gauchiste de la repentance coloniale. Car le Danemark n’a pas de passé colonial. Le seul territoire qu’il n’ait jamais colonisé est le Groenland. Or, ce n’est pas un Inuit qui ouvert le feu, à deux reprises, sur les participants d’un débat consacré à la liberté d’expression puis sur une synagogue. Ce ne sont pas, non plus, des Inuits qui sont venus déposer des fleurs en hommage au terroriste, sur le trottoir où il a été abattu par la police. Enfin, ce ne sont pas 500 Inuits qui ont participé aux funérailles du tueur. L’explication coloniale ne tient donc pas. Reste à savoir pourquoi le Danemark, pays prospère qu’on nous présentait comme un modèle, à la fois en matière d’intégration et d’État-providence, a échoué. Je me souviens de cette jeune Danoise, rencontrée au début des années 1990 lorsque je vivais à Séville. Elle s’appelait Issa, blonde, mignonne comme tout, avec de longues jambes. Le Danemark venait de voter non au traité de Maastricht. Faisant fi du politiquement correct, elle m’avait raconté -déjà- les difficultés liées à l’immigration musulmane. Aujourd’hui, ce qu’elle pressentait se vérifie: la distribution des aides sociales, loin de favoriser l’intégration, a encouragé le parasitisme et le communautarisme.

Edwy Plenel aura beau sangloter sur «l’enfance malheureuse des frères Kouachi», force est de constater que les attentats islamistes de Paris et de Copenhague sont moins une conséquence du passé colonial que le résultat de l’immigrationnisme, du laxisme et du padamalgamisme. Les gauchistes nous ont mis en garde pendant des décennies contre les dangers de la xénophobie et du fascisme; nous nous retrouvons aujourd’hui avec une menace djihadiste sur le sol européen. Et, comme par hasard, au moment des attentats de Copenhague, l’État islamique nous envoyait sa nouvelle vidéo: sur une plage libyenne, sous un ciel tempétueux, l’égorgement et la décapitation de vingt-et-un coptes égyptiens. Le chef des djihadistes, qui s’adresse à la caméra, semble défier les «nations chrétiennes», fanfaronnant qu’ils vont «conquérir Rome», là, juste derrière lui, de l’autre côté de la Méditerranée. Nous y sommes. Ça se précise; l’ennemi est là. Et le vivre-ensemble, ce n’est pas son truc. Si nous ne voulons pas le voir, nous sommes fichus.

*Photo :  AP21693719_000031. Politifoto/AP/SIPA .