La gauche française présentait hier les symptômes de l’émoi d’une rosière surprise à sa toilette par un employé du gaz aventureux. Elle n’avait à la bouche que les mots honneur, patrie, jour sacré, union nationale. Elle se drapait soudain dans le drapeau bleu-blanc-rouge, comme l’aurait fait la dame évoquée plus haut dans une serviette éponge. Ces gens, qu’on ne savait pas si sourcilleux sur ces affaires, se dressaient soudainement sur leurs ergots, et s’empourpraient : se serreront-ils prochainement autour du soldat inconnu, s’époumonant aux accents d’une martiale Marseillaise ?
Pourquoi ces plaisants personnages, qui se gaussaient naguère du patriotisme, singeaient-ils la mine altérée de Déroulède ?

La cause de tout cela, c’est l’extrême droite « qui n’aime pas la France », a précisé M. Valls. Dans la matinée, le président de la République s’est fait huer, alors qu’il revenait de la cérémonie de la flamme, sous l’Arc de triomphe. Nous étions le 11 novembre. il faisait beau et un peu frais, la nation rassemblée communiait dans le souvenir sanglant de toutes les guerres. Mais l’extrême droite en avait décidé autrement : c’est la thèse officielle, reprise à l’envi par France 2 et par Itélé, porte-paroles du gouvernement et de ses agences de communication.
Combien étaient-ils, sur l’avenue des Champs-Élysées, bonnets rouges mêlés aux militants enfantés par la « Bête immonde » ? Moins de cent ! Mais la thèse officielle consiste à nous présenter un complot contre la France par des « extrémistes fascisants, racistes… des gens qui n’aiment ni la République, ni la démocratie » (Kader Arif, ministre délégué aux Anciens combattants, Itélé, 11 novembre) !
Un complot vraiment ? Plus que de l’opposition, des ligues et des factieux, c’est d’abord et principalement de ses rangs que viennent les signaux brouillés, l’intolérance, tout et son contraire.

C’est de ses rangs qu’ont surgi ses plus véhéments contradicteurs, ses plus hypocrites contempteurs. La gauche française est une obèse du pouvoir. Majoritaire dans les deux assemblées, dans les villes, dans les régions, elle a les hanches trop larges, le fessier énorme, le cou pris dans une avalanche de graisse, et la tête étroite. Elle s’émeut de quelques sifflets incongrus, quand elle laisse des manifestants détruire plus de quarante portiques sur les autoroutes. Elle s’offusque des mensonges sarkozystes « qui nous ont fait tant de mal », mais autorise le premier ministre à promettre une manne de trois milliards d’euros aux marseillais, alors que le pays est en pré-liquidation, et que, deux jours auparavant, Mme Lebranchu, ministre de la fonction publique, déclarait : « Il y aura des choses à discuter avec la Bretagne qui demande cent millions d’euros pour sa grande voie centrale, la RN 164, pour la ligne à grande vitesses, etc. Comment allons-nous […] financer ce que demande la Bretagne et dont elle a besoin ? » (RTL, 5 novembre)

La gauche moque les errements de l’opposition et les querelles qui la divisent, mais quel exemple propose-t-elle, qui serait incarné par sa propre élite ? Mme Fourneyron-la-gaffe, improbable ministre des sports ? Ou bien Aurélie Filippetti, sinistre de la culture, qui s’épancha sur la disparition de Georges Moustaki, et assista à ses obsèques, mais ne rendit qu’un misérable hommage de cabinet (ministériel) au grand compositeur Henri Dutilleux, mort le même jour ? Aurélie Filipetti, incapable de seulement suggérer une orientation à son ministère, ne connaît plus que les phonèmes glacés des fameux éléments de langage (RTL, 10 novembre) : « secteur d’excellence … en capacité d’exportation… filière… pacte de confiance… stratégie » ! Mme Filipetti parle l’effrayante novlangue socialisante, mêlée d’une vague idéologie « égalitaire », où il est question d’« accès de tous à la culture » ; des mots creux persillés de coups de menton « J’ai fait », « J’ai dit »…

Qui dira l’effarante vacuité de cette femme élégante, encore jeune, apparatchik à talons hauts ? Et auprès de qui M. Hollande trouvera-t-il un réconfort ? Auprès de Mme Duflot, ministre du logement et de l’égalité des territoires, ou auprès de son acolyte, M. Jean-Vincent Placé ?
Face au pays qui gronde, M. Hollande est bien seul ! C’est d’abord la gauche qui l’a abandonné.

*Photo : CHRISTOPHE GUIBBAUD/POOL/SIPA. 00669166_000031.

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