L’inconvénient, quand on appelle les écrivains du passé à la rescousse du présent, c’est que l’on peut prouver assez vite son ignorance. L’instrumentalisation de 20 000 Roms à la veille des élections municipales, par des maires de droite comme de gauche, peut être légitimement jugée scandaleuse.

Il n’empêche qu’une certaine sous-culture journalistique progressiste, qui aurait tendance à se contenter d’un discours victimaire sur les Roms, est très agaçante et même complètement à côté de la plaque. En particulier quand elle convoque un écrivain comme Flaubert pour les défendre. Ainsi, Twitter relayé par Mediapart a déniché dans la merveilleuse correspondance du grand Gustave une lettre du 12 juin 1867 où il écrit : « Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. »

Bohémiens, oui, mais entre nous…

*Image : Eugène Giraud, Portrait de Gustave Flaubert, 1867.

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