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Primaires : Juppé revient dans le jeu

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juppe ump sarkozy

L’UMP vient de rendre publique la charte d’organisation des futures élections primaires qui auront lieu en novembre 2016, en vue des élections présidentielles de 2017. On dissertait depuis le retour de Sarkozy sur le format de la fameuse primaire : fermée (aux seuls adhérents), semi-ouverte (aux adhérents et aux électeurs de l’UMP), ouverte à tous à droite et au centre (mais pas uniquement, chacun pouvant s’inscrire).

La première version envisageable ne laissait aucune chance à Juppé, les adhérents de l’UMP étant extrêmement remontés, ils trouvent majoritairement Juppé trop « centriste ». Il faut se souvenir du guet-apens dans lequel Juppé s’est retrouvé dans sa propre ville, quand une salle pleine de militants UMP chauffés à bloc l’avait copieusement sifflé.

La dernière version, une primaire très large qui accueillerait plusieurs millions de participants, comme la primaire socialiste, redonne des chances à Juppé. Car les électeurs, pris dans une acception plus large, c’est-à-dire plus centriste, plus conservatrice, aiment bien Juppé.

Bref, la « turbo-droite » plébiscite Sarkozy, la droite conservatrice préfère Juppé. Dans ce contexte, les commentateurs politiques prévoyaient une bataille âpre pour formater les primaires UMP. Sarkozy devant militer pour une primaire fermée, et Juppé pour la primaire la plus ouverte possible. C’est pourquoi on est étonné d’apprendre que Sarkozy a rendu les armes si facilement en acceptant le modèle Juppé. Rien n’est pourtant gagné pour ce dernier. Mais Sarkozy aurait pu tuer sa candidature dès aujourd’hui en l’enfermant dans une primaire étroite. On peut s’étonner qu’il ait laissé passer une si belle occasion. Aurait-il perdu la main ? Qu’est devenu l’habile manœuvrier qu’il est censé avoir été ?

Nicolas Sarkozy a peut-être cependant un atout maître dans sa manche : dans le cadre d’une primaire très ouverte, il est possible que l’UDI envoie un candidat à la primaire de « la droite et du centre », ce candidat n’ayant aucune chance d’être élu mais cannibalisant beaucoup de voix destinées à Juppé. On voit souvent Jean-Christophe Lagarde avec Sarkozy en ce moment et c’est peut-être le plan qu’ils ont concocté ensemble : noyer les primaires dans des candidatures parasites pour affaiblir Juppé. Car toutes les candidatures crédibles, celle d’un candidat soutenu par l’UDI, celle de Le Maire ou de NKM à l’UMP, viennent cannibaliser le potentiel de voix de Juppé et beaucoup moins celui de Sarkozy. C’est sans doute le pari du président de l’UMP.

Mais Nicolas Sarkozy fait un pari risqué en n’exécutant pas tout de suite Juppé en organisant une primaire fermée. Lui redonner de l’air et des perspectives électorales au lieu de l’asphyxier dès aujourd’hui, c’est lui donner une autorité sur la droite et le centre que les militants ne lui reconnaissent pas. C’est prendre le risque de faire converger le choix des médias et le choix des électeurs.

Brutus a laissé un répit à Antoine après s’être débarrassé de César. Nicolas Sarkozy devrait se souvenir avec quelle maestria Antoine en a tiré profit pour retourner la plèbe en sa faveur contre Brutus. Mais Nicolas Sarkozy a-t-il lu Shakespeare ?

*Photo : wikicommons.

Parité aux départementales: tout ça pour ça?

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(Avec AFP) La parité présentée comme un évident progrès, c’est mignon, mais ça ne suffit pas à imposer des femmes à la tête des conseils départementaux. Seulement 8 ont été élues jeudi présidentes sur une centaine de départements français, soit moins de 10% au total.

« Parité dans les conseils départementaux, quasi-parité dans les CP (commissions permanentes, ndlr) et les VP (vice-présidences), encore du chemin à faire pour les présidences ! #égalitéFH », a réagi jeudi la secrétaire d’Etat chargée des Droits des Femmes Pascale Boistard sur son compte Twitter.

Sur les 8 femmes qui vont prendre la tête d’un département, elles seraient 6 sortantes, selon le Haut-conseil à la parité. A l’issue du troisième tour jeudi, le nombre de femmes présidentes d’un département n’aura donc augmenté que de… 2.

Parité Départementales

Ont été élues jeudi: Martine Vassal (UMP) dans les Bouches-du-Rhône, Nathalie Sarabezolles (PS) dans le Finistère, Nassimah Dindar (UDI, sortante) à La Réunion, Sophie Pantel (PS) en Lozère, Christine Bouquin dans le Doubs (sans étiquette soutenue par l’UMP, l’UDI et le MoDem), Valérie Simonet (UMP) dans la Creuse, Hermeline Malherbe (PS) dans les Pyrénées-Orientales, et Josette Borel-Lincertin (PS) en Guadeloupe.

Avec Anne Hidalgo à Paris et Josette Manin en Martinique, où il n’y a pas eu d’élection, le total de femmes atteint donc péniblement 10 sur 101 départements, 6 à gauche de l’échiquier politique et 4 à droite.

En dépit de la nouvelle composition des conseils à parité, du fait de l’instauration cocasse des binômes hommes/femmes, les femmes présidentes restent donc une minorité: 9,9% à peine.

Récemment, cette question inquiétait pourtant beaucoup le Haut conseil pour la parité. Il appelait ainsi « les partis politiques à se hisser à la hauteur de l’exigence de démocratie en s’organisant pour favoriser la parité à la tête des départements et des régions de demain ».

Tout ça pour ça ?

*Photo : Wikimédia Commons

Syrie : l’Occident ne cherche pas de solution

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syrie assad iran daech

Pour le spécialiste de la Syrie Frédéric Pichon, les Occidentaux refusent de choisir entre Assad et l’Etat islamique. L’Europe et les Etats-Unis laissent donc se développer une guerre de basse intensité dont ils n’attendent aucun vainqueur. L’auteur de Syrie : pourquoi l’Occident s’est trompé pense enfin qu’Obama mise sur un la réintégration de  Téhéran dans le grand jeu moyen-oriental… tout en laissant les puissances sunnites contrebalancer l’influence iranienne.

Daoud Boughezala : Alors qu’on a longtemps cru les jours de Bachar Al-Assad comptés, depuis l’émergence de l’Etat islamique, de plus en plus de voix occidentales, à commencer par le secrétaire d’État américain, plaident pour un dialogue avec Damas. Les rebelles ayant récemment regagné du terrain, à Idleb et sur le front sud, certains médias renouent avec les espoirs révolutionnaires de 2011. Pensez-vous le régime d’Assad condamné à moyen terme ?

Frédéric Pichon : Le dialogue avec Damas n’a pas vraiment été prôné par les Etats-Unis ou la France, du moins officiellement. Comme on n’a pas voulu voir que l’enlisement du conflit allait mener à la constitution d’un Djihadistan, on se console en proclamant partout la formule magique, reprise d’ailleurs par les « spécialistes » appointés de « Ni Assad, ni Daech ». Et effectivement, tant qu’il n’y aura pas un net ciblage de Daech ou de Nosra en Syrie (notammment par la chasse française qui a eu jusqu’ici pour instruction de ne frapper qu’en Irak), on maintient les deux adversaires  en situation de se combattre et de remporter épisodiquement des batailles qui ne sont jamais décisives. D’ailleurs, la stratégie de l’État islamique en Syrie semble être celle du harcèlement (comme dans le camp palestinien de Yarmouk, au sud de Damas) afin d’épuiser l’armée syrienne. Et je me demande si ce n’est pas également ce que souhaitent les Occidentaux: laisser durer un conflit de relativement basse intensité jusqu’à épuisement des belligérants. De ce point de vue, force est de reconnaître que la Syrie se vide de ses forces – même si elle est sous perfusion iranienne et, dans une moindre mesure, russe. Reste que le gouvernement syrien tient – ni les fameuses défections ni le coup d’État interne tant attendus ne sont arrivés et ils ne surviendront sans doute pas. N’oublions pas que les loyalistes jouent leur survie et celle de leurs familles. Sûr de sa victoire, Assad n’a pas l’intention de lâcher le pouvoir.

Ces derniers mois, le pouvoir syrien, d’habitude très jaloux de sa souveraineté, a reconnu pour la première fois avoir confié le commandement des opérations sur le Golan à des officiers iraniens, ainsi qu’au Hezbollah et à des milices chiites irakiennes. Militairement, l’armée syrienne et son haut commandement sont-ils dépassés ?

Cela fait longtemps que l’on sait que le Hezbollah et les Pasdarans iraniens assistent l’armée syrienne. À Qusayr au printemps 2013, le Hezbollah a eu un rôle décisif dans la victoire. Il faut savoir que l’armée syrienne est une armée de type soviétique, organisé sur le modèle classique avec infanterie, appui aérien et arme blindée. Dans le combat urbain à l’intérieur d’un conflit asymétrique, ce type d’armée ne peut vaincre et subit de lourdes pertes. Le Hezbollah, lui, à une grande expérience du conflit asymétrique, que les Iraniens lui ont enseigné dans les camps d’entraînement de la Bekaa au début des années 80 puis qu’ils ont testé pendant la Guerre du Liban et contre Tsahal à des nombreuses reprises, dont la dernière en 2006 fut plutôt un succès. Quant aux Iraniens, ils ont acquis une vraie expertise dans ce domaine et n’hésitent pas à dépêcher des conseillers aux côtés de l’armée syrienne. Sans leur soutien, l’armée syrienne n’aurait vraisemblablement pas pu mener certaines offensives ou sanctuariser certains axes vitaux.

La volonté d’arriver coûte que coûte à un accord avec l’Iran explique-t-elle le revirement américain d’août 2013 sur la question des armes chimiques ?

Il faut déconnecter la problématique chimique de la question nucléaire iranienne. En septembre 2013, l’accord sur la neutralisation de l’arsenal syrien et la renonciation à des frappes de la part d’Obama sont la traduction du retrait américain et des fortes pressions russes, ces derniers n’ayant pas du tout été convaincus par les « preuves » qui attribuaient ce massacre à Damas. Et personne en fait n’y a vraiment cru à l’époque. Côté français, il a fallu que Matignon sorte un pseudo rapport bidonné pour donner le change mais cela n’a pas fonctionné.

Plus globalement, la politique d’Obama en Syrie est-elle liée à sa stratégie iranienne ?

Les États-Unis sont tiraillés entre leurs alliés régionaux, Arabie Saoudite en tête, qui sentent bien qu’ils sont en train d’être lâchés – et leur volonté de quitter la région. Ce que veut Obama c’est parier sur la multipolarité et laisser émerger l’Iran tout en sachant très bien que ce dernier sera et devra être entravé au maximum par les sunnites de la région. De toute façon, les États-Unis n’ont plus les moyens d’imposer leur embargo sur l’Iran : les Chinois y opèrent massivement, notamment par l’intermédiaire de leurs banques, et n’ont pas été sanctionnés. Il n’y a que les banques françaises pour se faire condamner ! C’est un jeu sans gagnant, qui affaiblira tout le monde mais pas l’Amérique. En Syrie, les Américains appliquent la même stratégie : ne pas laisser gagner Assad… mais ne rien faire pour qu’il tombe.

Syrie: Pourquoi l'Occident s'est trompé

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*Photo : AP/SIPA. AP21458221_000001.

Juppé perdant? Pas si sûr…

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alain juppe jean rene lecerf

Je ne sais pas, comme le dit Benoît Rayski,  si Alain Juppé et François Bayrou sont les grands perdants des départementales. Ce que je sais en revanche, c’est que la dernière semaine de la campagne de Nicolas Sarkozy pour ces départementales a été pour le moins brutale. Chassez le Buisson par la porte, il revient par la fenêtre. De fait, pour la petite partie des Français qui a suivi les élections, -n’oublions jamais que l’abstention atteint des scores catastrophiques pour un scrutin que tout le monde a voulu transformer en referendum pour ou contre Hollande-, les déclarations fracassantes de Nicolas Sarkozy sur les menus hallal dans les cantines ont surnagé.

Que les départements soient un bouclier social qui fait bien ou mal son travail, finalement, tout cela a été assez peu évoqué. Pourtant, du RSA aux collèges, en passant par la petite enfance, les handicapés, les personnes âgées, on aurait pu espérer que Sarkozy profite de l’occasion pour dire ce qu’il pense de ces « départements-providence ». Mais il semble décidément que la vision sarkozyste soit la même qu’en 2012. L’insécurité identitaire et l’insécurité tout court demeureraient les principales préoccupations des Français même si eux ne le savent pas et que les enquêtes d’opinion, les unes après les autres, placent le chômage ou le pouvoir d’achat en tête des préoccupations. Il faut donc croire que Nicolas Sarkozy et les sarkozystes connaissent mieux les angoisses des Français que les Français eux-mêmes. On ne dira pas pour autant que Juppé ou Bayrou seraient, eux, des défenseurs acharnés de ces préoccupations mais ils ont sans doute compris que jouer avec la peur dans un pays au bord de la crise de nerfs ou de la dépression (l’abstention est un comportement typiquement dépressif) n’est pas la meilleure des choses.

Je ne sais pas non plus quelles furent les réactions de Juppé et Bayrou au vu des résultats. La captation de la victoire par Nicolas Sarkozy, qui s’est instantanément retransformé vers 20 heures en champion de la droite et du centre, a dû cependant les agacer. Parce qu’au bout du compte, Nicolas Sarkozy représente sans doute tout ce que vous voulez mais pas le centre. Au sein même de l’UMP, les tiraillements sont anciens entre ces deux lignes, une très à droite et une autre très centriste. Si je prends par exemple mon nouveau conseiller départemental, Jean-René Lecerf, challenger UMP de Martine Aubry à la mairie de Lille, je n’ai pas l’impression qu’il soit sarkozyste – mais alors pas du tout.

Cet élégant sénateur sexa, par exemple, doit passer aux yeux de l’ancien Président pour un affreux partisan de la culture de l’excuse sur les questions relatives à la justice et à la sécurité. Dès 2009, Lecerf se prononce pour la prévention plutôt que pour la répression en matière de récidive et, horreur, en 2014, il se déclare à « 90% en accord »  avec le projet de réforme pénale de la loi Taubira sans compter au mois de novembre dernier, car décidément ce monsieur ose tout, la présentation d’un rapport avec Esther Benbassa sur l’intégration.

Un bobo de droite, me direz-vous? Pas vraiment, quand on connaît sa terre d’élection, Marcq-en-Bareuil qui est essentiellement peuplée de familles Le Quesnoy, pas franchement portées sur la punkitude chic. Alors quoi? Alors Jean-René Lecerf, qui a, répétons-le, gagné au premier tour, représente tout simplement cette droite old school, démocrate-chrétienne et gaulliste à la fois,  qui croit à la construction européenne, au progrès social et au libéralisme tempéré. Bref, un genre de Juppé local, ou de Bayrou si vous y tenez. Et comme Juppé et Bayrou, et contrairement à Sarkozy, il a compris que ce que l’on gagnait sur sa droite (et de quelle droite parle-t-on face à des électeurs FN qui viennent souvent de terres communistes), on le perdait sur le centre. Bref, de cette droite qui pense, avec raison me semble-t-il, que dans l’hypothèse un deuxième tour en 2017 entre un candidat UMP et Marine Le Pen, si on veut attirer les voix du centre mais aussi celle de socialistes déboussolés, il vaudra mieux s’appeler Juppé que Sarkozy pour rassembler deux français sur trois, comme disait Giscard, et avec une participation digne de ce nom pour assurer une vraie légitimité.

*Photo : Ugo Amez/SIPA. 00709370_000013.

Marine contre Le Pen: le dernier numéro de Causeur fait le buzz

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(Avec AFP) – La présidente du FN Marine Le Pen a été contrainte une nouvelle fois jeudi de se désolidariser des propos de son père, qui a répété ses déclarations sur les chambres à gaz nazies, « détail de l’Histoire ».

« Je suis en profond désaccord sur le fond et sur la forme », a-t-elle indiqué à l’AFP. Dans la matinée, Jean-Marie Le Pen avait réitéré sur BFMTV ses affirmations sur les chambres à gaz, qualifiées de « point de détail de la guerre ».

Prononcés une première fois en 1987 et très largement condamnés, ces propos ont été volontiers répétés par Jean-Marie Le Pen: en 1997, à Munich (Allemagne), en 2008, au magazine Bretons, en 2009 au Parlement européen, etc. Il a été condamné plusieurs fois.

Mme Le Pen s’est démarquée à plusieurs reprises: en 2011, elle avait dit que les camps nazis étaient « le summum de la barbarie ».

En juin dernier, elle avait aussi dénoncé une « faute politique » de Jean-Marie Le Pen quand celui-ci avait parlé d’une « fournée » concernant Patrick Bruel, qui est juif. Elle avait vu dans « l’antisémitisme », largement dénoncé, de la « malveillance », mais estimé que son père aurait dû « anticiper l’interprétation qui serait faite » du mot « fournée ».

En revanche, la patronne du FN s’était abstenue de critiquer, en période électorale, la citation par son père de l’écrivain collaborationniste et antisémite Robert Brasillach en 2012, ou juste avant les élections européennes de 2014 la déclaration paternelle sur « Monseigneur Ebola » qui peut régler « l’explosion démographique ».

Opposition constante père-fille : pour le « punk » Jean-Marie Le Pen, comme l’a qualifié sa fille dans son interview exclusive à Causeur, les polémiques, voulues ou pas, font progresser le FN. Elles « l’arrachent lui au néant médiatique, pas le Front », rétorque Mme Le Pen, en « désaccord majeur » avec lui à ce sujet. « Ces déclarations n’entachent pas le crédit du FN mais le sien », lâche-t-elle.

Reste que Jean-Marie Le Pen n’est pas que président d’honneur du FN, à ce titre membre de droit de toutes les instances du parti d’extrême droite : il est aussi candidat autoproclamé du parti pour les régionales de décembre en Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’une des principales cibles du FN.

« Il veut savonner la planche de sa fille. En l’occurrence, il a savonné la sienne en Paca ! C’est délibéré: il n’a jamais voulu gagner une seule élection de sa vie! » analyse un « mariniste ».

Jean-Marie Le Pen Marine antisémitisme

Ces derniers temps, quelques responsables frontistes ont émis l’idée que Jean-Marie Le Pen s’interrogerait sur l’opportunité d' »y aller » ou pas. Marine Le Pen peut-elle lui retirer sa candidature, qui n’est pas encore officialisée par les instances du parti ? « Ça sera à elle de décider. Il faut mettre Jean-Marie Le Pen face à ses responsabilités: il ne veut pas le pouvoir, qu’il le dise. »

« Je ne peux pas prendre position aujourd’hui devant vous. Ce n’est pas à moi de répondre », abonde Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN et comme tous les frontistes très prudent sur les relations entre « Le Pen » et « Marine ».

« Le FN de Marine Le Pen a déjà suffisamment démontré qu’il n’était pas du tout sur la même longueur d’ondes que Jean-Marie Le Pen à ce sujet-là. Les gens sont toujours sensibles à ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, à la spécificité des camps. Mais ce que dit Jean-Marie Le Pen, tout le monde s’en fiche, je pense », veut-il croire aussi.

Pour un proche de Jean-Marie Le Pen, celui-ci « a la légitimité pour être candidat. » Et ses déclarations ? « Il ne changera pas. Alors il faut faire avec. »

Reste que les opposants au FN se sont immédiatement saisis de l’affaire. Par des tweets, SOS Racisme affirme que l’association « refera condamner » le patriarche frontiste pour ces propos. Les Jeunes socialistes, les UMP Renaud Muselier et Eric Ciotti – potentiels rivaux de M. Le Pen en Paca – ont eux aussi dénoncé ces propos dans des tweets.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) se dit lui « consterné ». Le FN « est et reste un parti à combattre », écrit-il dans un communiqué, alors que son président juge Marine Le Pen « irréprochable », quant à elle, sur ce sujet.

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) annonce aussi une prochaine plainte « pour contestation de crimes contre l’humanité ».

« La normalisation du Front national est un leurre, et les propos de Marine Le Pen se contentant d’exprimer un +désaccord+ avec son père sont d’autant plus inconséquents qu’en réalité, on constate bien qu’un antisémite récidiviste comme Jean-Marie Le Pen demeure député européen et président d’honneur du parti », dénonce aussi le président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), Sacha Reingewirtz. L’UEJF annonce également une prochaine plainte « pour contestation de crimes contre l’humanité ».

*Photo : Laurent Cipriani/AP/SIPA/AP21661188_000005

Les chrétiens d’Orient priés de mourir discrètement

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concert Les Prêtres RATP Chrétiens d'OrientQuel est le point commun entre l’adultère, les yaourts, la recherche contre la lèpre et les voyages low-cost ? Réponse : la publicité. Les Parisiens ont l’habitude : en prenant le métro pour aller au bureau, on peut aussi bien tomber sur un appel à envoyer son fric en Afrique, via Western Union, que sur un encouragement à sauver les toutous abandonnés, en donnant à la fondation Bardot. Et jusqu’ici, qu’il s’agisse du Secours islamique ou catholique, la RATP avait une interprétation scrupuleuse du principe de neutralité du service public, et donc de l’exigence républicaine de laïcité. Tant mieux. Après tout, l’argent n’a pas d’odeur et le pass Navigo est déjà bien assez cher comme ça.

Aussi, le refus par la régie publique de mentionner qu’un concert du groupe « Les Prêtres » était organisé au profit des chrétiens d’Orient a de quoi laisser sans voix tous les Petits chanteurs à la Croix de bois. Logiquement, sur les réseaux sociaux, la RATP a dû faire face à la colère et à l’incompréhension de milliers d’usagers outrés, aussitôt rebaptisés « cathos réacs » par l’increvable Libération. Mais bon Dieu, en quoi était-il progressiste de censurer un message aussi inoffensif ?

Sans doute en hommage au poisson, symbole des premiers chrétiens, la société de transports a répondu par un communiqué diffusé le 1er avril. Et en effet, il y aurait de quoi pleurer de rire si l’actualité du Moyen-Orient ne prêtait pas plutôt à pleurer tout court. Des centaines de milliers de personnes sont persécutées au nom de leur foi par l’Etat Islamique et ses cousins, mais la RATP considère que le faire savoir « ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire au nom de la défense de nombreuses communautés pouvant être en situation de conflit ».

Après vérification, il ne s’agit pas d’un poisson d’avril. Citant l’article 10 de la convention qui lie la RATP à sa régie Métrobus, le communiqué indique que la société de transport ne saurait « prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit ». Suivons le raisonnement : entre « un certain nombre de minorités » – au hasard, d’innocents civils chrétiens pacifiques – et les hordes d’islamistes armés qui les crucifient ou les décapitent, il n’y aurait pour la RATP que deux communautés en conflit. Comme Charlie Hebdo et al-Qaïda, sans doute…

En revanche, appeler à venir en aide aux victimes de ce « conflit » – à ne surtout pas confondre avec un génocide, attention – représenterait un risque de trouble à l’ordre public « sur notre territoire », par les défenseurs de ces deux « communautés ». A savoir : les chrétiens, sans doute, et qui d’autre ? La communauté des défenseurs de l’Etat islamique ? Dans ce cas, puisqu’elle tient tant à garantir l’ordre public, on aimerait beaucoup que la RATP transmette au plus vite l’adresse de cette mystérieuse organisation à la DCRI.

RATP Chrétiens d'Orient concert Les Prêtres

[Mise à jour 03/04/2015, 11h50]

Valérie Pécresse (UMP) a demandé vendredi à Ségolène Royal d’intervenir comme ministre des Transports auprès de la RATP afin que l’affiche des Prêtres puisse arborer la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient ».

Administrateur du Syndicat des Transports d’Ile-de-France (STIF) et présidente du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient de l’Assemblée Nationale, Mme Pécresse « interpelle solennellement Ségolène Royal, ministre des transports, afin qu’elle intervienne en tant qu’autorité de tutelle de la RATP pour que celle-ci revienne sur cette décision choquante », selon un communiqué.

La députée des Yvelines demande aussi au président de la RATP de reconsidérer cette décision « qui s’apparente à une censure » et « s’indigne » des explications avancées.

« Le terme +chrétiens d’Orient+ regroupe différentes minorités qui font aujourd’hui l’objet d’une destruction systématique et programmée par l’organisation terroriste de Daech », a souligné Mme Pécresse, pour qui « il ne s’agit donc pas d’une cause religieuse mais humanitaire ».

[Mise à jour 04/04/2015]

Même son de cloche au Parti socialiste, où Jean-Christophe Cambadélis, « appelle solennellement la RATP à revenir sur cette décision » par un communiqué publié samedi matin.

[Mise à jour 06/04/2015, 16h45]

Le secrétaire d’Etat aux transports Alain Vidalies a indiqué lundi que le gouvernement attendait « la décision judiciaire » face au refus de la RATP d’accepter la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient » sur les affiches pour un concert de « Les prêtres » prévues dans le métro.

M. Vidalies, qui exerce la tutelle de l’entreprise de transports, a précisé au quotidien Le Monde avoir fait intervenir sa directrice de cabinet auprès de la RATP pour que sa régie publicitaire, Metrobus, revienne sur sa décision.

Pour le secrétaire d’Etat, « cela n’a aucun sens » d’opposer le principe de neutralité aux organisateurs d’un événement qui vise à prendre la défense de « victimes de la barbarie ».

Il explique avoir « fait valoir cet argument ». Mais devant le refus de la RATP, il précise qu' »à ce stade, le gouvernement attend la décision judiciaire ».

marine le pen

Jean-Marie Le Pen: opposant n°1 à Marine

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jean marie lepen marine

Le vieux « punk » a encore frappé. Tel Johnny Rotten, Jean-Marie Le Pen ne lésine pas sur les provocations qui fleurent bon les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Invité ce matin de l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV, l’encore président d’honneur du Front national a posé plusieurs pierres dans le jardin de sa fille, de quoi ériger un dolmen…

La fameuse phrase sur le « point de détail » de l’histoire  que fut la destruction des juifs d’Europe ? Il ne regrette rien.

La mue républicaine et souverainiste du FN ? « Je ne suis pas gaulliste. Au FN, il y a de tout, vous savez.  Il y a des fervents gaullistes, il y aussi de fervents pétainistes, d’anciens communistes… » Patatras, en une poignée de secondes, l’édifice de Florian Philippot s’écroule : à quoi bon fleurir la tombe du Général une fois l’an si le fondateur de son parti réhabilite en douce le Maréchal ? Jean-Marie Le Pen offre une francisque au Front national de sa fille, qui s’en serait bien passé…

Mais le père indigne ne s’est pas arrêté là. Quitte à casser le jouet de sa fille, autant y aller gaiement et assumer son statut de géronte transgressif, dans un numéro d’Œdipe à l’envers qui ferait gamberger nos meilleurs psys.

Pour achever son travail de sape, Le Pen senior va s’appuyer sur l’entretien que Marine Le Pen nous a accordé. Et Bourdin de citer la fameuse sortie de Marine sur le « punk » paternel – une parade assez habile pour pouvoir se démarquer du pater familias sans totalement le renier ni le déboulonner de la présidence d’honneur du Front. « Ah, je suis un punk ? Est-ce qu’elle sait bien ce que c’est un punk » s’ébahit JMLP. L’intervieweur déterre alors la pomme de discorde entre le père et sa fille préférée : « Les polémiques que Le Pen provoque nous empêchent de parler du fond », dit-elle. Réponse cinglante : « Elle se trompe. Nous avons une divergence d’analyse qui est assez sérieuse » (tiens donc…). « Le Pen conserve les réflexes d’un contestataire. Nous sommes devenus un parti de gouvernement. », cite encore Bourdin. Le Pen déroule son credo : « Ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant, nous restons encore largement contestataires (…) Je suis en total désaccord avec l’influence du rôle des polémiques dans la progression du FN. Je pense que ce sont les polémiques lancées par nos adversaires qui nous ont permis d’exister médiatiquement et de nous arracher au pire de tout : le néant médiatique. »

Ce long verbatim a manifestement courroucé la présidente frontiste  : «Les propos de Jean-Marie Le Pen n’engagent que lui. Il est dans la provocation volontaire et cherche la polémique.» Je ne sais pas qui découpera le gigot dimanche prochain à Montretout, mais ça promet une sacrée ambiance…

Le décor est planté. Le tribun contre la gouvernante qui ne rêve que d’accéder au pouvoir. L’éternel provocateur, coutumier des numéros de saltimbanque à la Chambre comme la IVe République savait tant en produire, craint si fort le pouvoir qu’il semble vouloir en protéger sa fille. Comme l’avait finement analysé le regretté Philippe Cohen, Jean-Marie Le Pen a l’art et la manière de lâcher une boule puante dès que les portes des responsabilités paraissent s’entrouvrir…

Le plus piquant dans cette histoire, c’est que l’ancien diable de la République, naguère imposé sur le service public par François Mitterrand, est aujourd’hui la coqueluche des médias… antifascistes ! La pré-retraite politique aidant, l’ancienne bête noire s’est muée en vieux du Muppet Show daubant sur sa fille. Comme pour danser le tango, pour diaboliser le Front national, il faut être deux : un animateur rusé, souvent de Canal +, et Jean-Marie Le Pen, son bon client qui l’abreuvera en calembours douteux et autres nostalgies pétainistes. À bientôt 87 ans, JMLP not dead, et il le fait savoir. L' »UMPS » lui souhaite certainement la meilleure santé possible afin d’entretenir la flamme de l’antifascisme immense et vide.

Eh oui, il faut bien donner un os à ronger aux choristes du « No pasaran ». Pas plus tard qu’avant-hier, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve rassurait ses troupes en expliquant aux députés socialistes inquiets des « interprétations extensives » de la loi sur le renseignement que la « mouvance identitaire » menace la République – une façon de diluer le djihadisme dans l’eau de Vichy. Pour accréditer cette fable, rien de tel qu’une salve bien sentie d’un Jean-Marie Le Pen effritant méthodiquement l’œuvre de dédiabolisation accomplie par sa fille. Divine surprise, ses performances sur les plateaux télés et radios sont systématiquement décomptées du temps de parole médiatique du Front national…

Les député(e)s n’aiment-ils pas le président?

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(Avec AFP) – Présidence au lieu de président, direction au lieu de directeur: un amendement voté récemment par l’Assemblée nationale remplace, pour une série d’organismes, les titres -masculins- par les fonctions -neutres-, s’est félicité mercredi son auteure, la députée PS Anne-Yvonne Le Dain.

C’est un moyen « astucieux » de s’attaquer à la question récurrente, et polémique, du caractère masculin des titres, a expliqué cette élue de l’Hérault, lors d’un point de presse avec ses collègues socialistes Elisabeth Guigou, présidente de la commission des Affaires étrangères, Catherine Coutelle, présidente de la Délégation de l’Assemblée aux droits des femmes, et Maud Olivier.

L’amendement ne concerne pas seulement cette agence, mais l’ensemble des quelque 45 organismes dont la nomination des dirigeants est subordonnée à un vote du Parlement: d’Aéroports de Paris aux Voies navigables de France, en passant par Pôle Emploi ou l’Autorité de la concurrence.

Ainsi, le tableau dressant la liste de ces organismes parle, aux termes de l’amendement, du « gouvernorat » de la Banque de France, de « l’administration générale » du Commissariat à l’énergie atomique, ou de la « présidence-direction générale » de la Française des jeux.

femmes députés président

« La puissance publique doit être exemplaire en matière d’égalité homme-femme, notamment lorsqu’il s’agit de postes à hautes responsabilités », a souligné Mme Le Dain.

L’amendement a été voté le 19 mars, pendant une séance où tous les députés présents, sauf un, étaient des femmes, selon Mme Le Dain, et modifie une proposition de loi organique sur la présidence de la future agence française pour la biodiversité.

Pour entrer en vigueur, le texte devra non seulement achever son parcours parlementaire -il n’a pas encore été examiné au Sénat-, mais avoir le feu vert du Conseil constitutionnel.

Celui-ci ne risque-t-il pas de considérer le genre des noms sans rapport avec la biodiversité, et de censurer l’amendement? « L’altérité sexuelle est la première des biodiversités », a rétorqué Mme Le Dain, tandis que Mme Guigou a lâché: « Peut-être que, lorsque le Conseil constitutionnel sera paritaire, il appliquera d’autres principes… »

Marine Le Pen : «Le FN est prêt à gouverner»

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marine le pen fn

Causeur. Au premier tour des départementales, le FN a recueilli 25 % des voix. « Pas de vague FN », en ont conclu les commentateurs (qui se seraient étranglés pour deux fois moins il y a dix ans). N’empêche, vos militants se voyaient à 30 % et, en vous autoproclamant « premier parti de France », vous avez offert à vos adversaires un excellent argumentaire. Regrettez-vous cette affiche et avez-vous été déçue par votre score ?

Marine Le Pen. Mais ce ne sont pas nos militants qui parlaient de 30, voire 32 %, ce sont les instituts de sondage et les médias ! On aurait voulu démobiliser notre électorat qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Et pour une fois, voyez-vous, je suis d’accord avec les commentateurs : passer d’un conseiller général sortant à 1 100 seconds tours, avoir des élus dès le premier tour au scrutin majoritaire, progresser de manière spectaculaire dans des élections locales où nous partions avec un handicap évident, améliorer notre score des européennes, ils ont raison, ce n’est pas une vague: c’est un tsunami !

Quant au « premier parti de France », nous le sommes toujours ! Puisque ce n’est pas un parti mais trois associés qui arrivent devant nous : UMP/ UDI et Modem. L’infographie publiée par le ministère de l’Intérieur est sans appel.

Avant les élections, vous étiez convaincue que la stratégie de dramatisation de Valls vous servait et que la diabolisation ne marchait plus. En êtes-vous toujours certaine ? N’a-t-il pas réussi à effrayer certains électeurs ?

Pensez-vous sérieusement que le spectacle hystérique, insultant et provocateur qu’a donné Manuel Valls pendant la campagne ait pu convaincre des électeurs tentés par le FN de reporter leur vote sur le PS ou l’UMP ? Manuel Valls emploie une rhétorique du passé parce qu’il est incapable de maîtriser et même de comprendre ce qui se produit aujourd’hui. Je crois que ses outrances, indignes d’un Premier ministre, ont poussé notre électorat à se mobiliser. Ce qui nous sert, c’est que Manuel Valls m’accorde la place qui est la mienne de premier opposant au gouvernement.[access capability= »lire_inedits »]

Oublions ces départementales dont nous ne connaissons pas l’issue du deuxième tour au moment où nous parlons. En janvier 2011, vous êtes élue à la tête du Front national et vous annoncez une révolution culturelle. Quatre ans plus tard, quel bilan dressez-vous ? Quelle est la différence entre le FN de 2011 et celui de 2015 en termes de militants, d’électorat et de programme ?

La  révolution culturelle, c’est que, désormais, nous nous concevons comme un parti de gouvernement et non plus seulement comme un parti d’opposition et de contestation. Aujourd’hui, les dirigeants du FN se préparent à accéder au pouvoir. Ce changement, nous l’avons voulu, mais il est aussi le résultat naturel de nos succès : on ne s’envisage pas de la même manière à 10 ou 15 % des voix qu’à 25 %. Ces performances électorales nous ont également conduits à nous projeter sur tout le territoire : l’implantation locale est devenue notre priorité. Nous présentons des candidats partout, et beaucoup découvrent le plaisir du combat de proximité, qui n’était pas forcément dans la culture du FN. Quant à nos électeurs, ils ont évidemment changé eux aussi, puisque leur nombre a doublé en quelques années…

Justement, cette force est aussi une faiblesse : plus vos électeurs sont nombreux, plus ils sont hétérogènes, du point de vue de leurs traditions politiques et surtout de leurs aspirations…

Beaucoup d’observateurs, y compris au Front national, pensent que ce sont nos propositions sur l’immigration et l’insécurité qui attirent des électeurs de l’UMP et que c’est notre programme économique et social qui séduit des électeurs de gauche sur la politique sociale. Je crois pour ma part que c’est exactement le contraire ! Il me semble que de nombreux sympathisants du PS et de la gauche en général votent désormais pour nous parce que leur camp ne prend pas en considération les problématiques liées à la sécurité et à l’immigration. Et nous sommes en train de récupérer l’électorat populaire de l’UMP qui ne se reconnaît pas dans la mondialisation sauvage, l’ouverture totale des frontières, et l’ultralibéralisme.

Cet électorat populaire de droite, c’est ce que William Abitbol, ancien conseiller de Charles Pasqua, appelait « la droite des garagistes » en déplorant que son camp ait laissé en friche l’espace politique autrefois occupé par le RPR. Mais il n’est pas sûr que ces électeurs apprécient beaucoup votre côté « bolcho » : le dirigisme, les nationalisations, ce n’est pas leur tasse de thé.

Vous vous trompez, car vous avez une vision caricaturale de l’UMP, comme ses chefs d’ailleurs : vous croyez qu’il s’agit exclusivement d’un parti de possédants et de bourgeois. C’est ce que la droite est devenue au niveau de ses dirigeants, mais certainement pas de sa base électorale. Quant à mon côté « bolcho », comme vous dites, je prétends simplement qu’il ne faut pas se priver de la possibilité de nationaliser temporairement une banque qui connaît des défaillances. Comme chaque fois qu’il en va de l’intérêt supérieur de la France, qu’il s’agisse de son indépendance énergétique ou d’un certain nombre de domaines stratégiques. Au passage, les Anglais ne se sont pas gênés pour nationaliser des banques, ce qui leur a plutôt bien réussi. Et s’il y a un pays libéral, c’est bien la Grande-Bretagne !

Allons, vous n’allez pas nous dire que vous n’êtes pas à la gauche du père ! Il n’y aurait aucune différence idéologique majeure entre l’ancien et le nouveau FN ?

Y a-t-il une révolution idéologique au FN ? Non ! Vous avez cette illusion car vous n’avez pas lu certains éditoriaux de Jean-Marie Le Pen de 1992, que je pourrais signer aujourd’hui Le FN n’a pas changé, il a toujours été opposé à la mondialisation, pour la maîtrise des frontières et pour un État stratège, tout en étant, bien entendu, favorable à la libre-entreprise.

Comme votre père a écrit tout et son contraire, vous trouverez toujours un de ses vieux éditos pour confirmer vos propos…

Si vous m’avez fait venir pour expliquer que je suis une gauchiste, je préfère m’en aller tout de suite !

Très bien, vous n’êtes pas gauchiste. Mais, à notre connaissance, vous ne vous dites pas non plus d’extrême droite. Si vous nous expliquez que le FN n’a jamais été d’extrême droite, la discussion va vite tourner court en effet ! Vous avez voulu la dédiabolisation, c’est bien que diabolisation il y avait, et pas seulement parce que les gens sont méchants, si ? Dans les couloirs du congrès de Tours, on croisait des cathos tradis, des partisans de l’Algérie française, sans oublier quelques « fachos » bon teint, qui ne cachaient pas leur mépris pour « la Gueuse »… Et avant votre discours, truffé de références à la République, à Valmy, à la Résistance, Bruno Gollnisch a enflammé la salle en parlant de « nos morts du 6 février 1934 ». Alors ne nous racontez pas qu’il n’y a pas de rupture. Du reste, c’est exactement ce que disent vos adversaires…

La vraie rupture, c’est que le FN est devenu un mouvement offensif. Je refuse de me laisser enfermer dans le coin du ring des antirépublicains et des opposants à la laïcité. Autrefois, on s’y résignait, au risque de ressembler à la caricature que nos adversaires faisaient de nous. C’était une erreur stratégique. Eh bien, j’ai décidé qu’il fallait cesser de laisser nos adversaires définir ce que nous étions. Que cela leur plaise ou non, nous sommes démocrates, républicains, et nous ne cachons pas notre drapeau. Et tant pis si cela coince avec certains de nos anciens militants. Sur un certain nombre de sujets, la laïcité, l’État stratège, la protection des faibles, la gauche nous disait : « Circulez, écartez-vous, zone réservée ! » Nous avons repris notre place, et personne ne nous empêchera de l’occuper.

Vous faites de l’ombre à la gauche sur le terrain du social, et à la droite sur l’immigration et l’insécurité, mais l’« UMPS » a beau jeu de vous intenter un procès en crédibilité en soulignant que vous ne comptez pas dans vos rangs les cadres compétents nécessaires pour exercer le pouvoir. 

L’opinion de l’UMPS sur nos compétences, je m’en fiche éperdument ! Je n’ai pas de leçon de compétence à recevoir de ceux qui ont tout raté. Ce que je sais, moi, et ce que savent les électeurs, c’est que la professionnalisation du Front national est une réalité. Nous avons aussi fait émerger de nouveaux visages, souvent jeunes, mais qui ont déjà une longue expérience politique : beaucoup se sont engagés en politique à 15 ans, et ont été élus conseillers municipaux à 20 ! Louis Aliot, Steeve Briois, Nicolas Bay, Marion Maréchal-Le Pen, David Rachline sont des militants aguerris qui se sont frottés aux réalités du pays, ce qui les rend infiniment plus intéressants qu’un Emmanuel Macron, qui n’est que la version mise à jour d’un Alain Juppé ou d’un Laurent Fabius.

Admettons, mais, sans même parler des cadres dont vous auriez besoin pour diriger la France au cas où, il y a 36 000 communes et 2 000 cantons en France. Prenons l’exemple de vos maires : le cas de Fabien Engelmann, condamné par la justice, à Hayange n’est pas une réussite.

Votre exemple est mal choisi ! Avant les municipales, nous avons subi une campagne de dénigrement sur le thème : ce sont des amateurs, des nuls, ils n’ont jamais été au pouvoir, ça va être la catastrophe… Alors, certes, Fabien Engelmann a eu un conflit avec l’une de ses anciennes colistières, ce qui arrive dans tous les partis, mais selon une étude récemment publiée, soit un an après les municipales, 74 % des habitants des villes FN sont très satisfaits de l’action de leurs maires. C’est 10 points de plus que la moyenne des villes UMPS de même catégorie ! J’ajoute que 72 % trouvent que leurs impôts sont très bien utilisés et que 95 % des électeurs qui ont voté FN ne le regrettent pas. Comment certains peuvent-ils encore prétendre, face à de tels résultats, que le vote FN ne serait pas un vote d’adhésion ? Enfin, les résultats du 1er tour des départementales dans nos villes démontrent un véritable plébiscite de la gestion de nos communes.

Certains de vos candidats aux élections départementales peinent malgré tout à convaincre de leurs compétences. Suffit-il d’avoir des idées sur l’islam et la théorie du genre pour être un bon conseiller départemental ?

Vous en avez rencontré beaucoup, des conseillers départementaux ? Vous croyez qu’ils ont tous fait l’ENA et Sciences Po ? Et d’ailleurs, pourquoi serait-il nécessaire de sortir d’une grande école pour être un bon conseiller départemental ? Vous trouvez peut-être que nos candidats ont « une sale gueule », comme l’a dit le journaliste de France 2 Michel Mompontet.

Vous n’êtes pas à Libé ! Un autre exemple : en dehors de l’odieux photomontage sur Taubira qu’elle avait relayé et qui l’a fait connaître, Anne-Sophie Leclère n’avait peut-être pas tout-à-fait le niveau qu’on attend d’une élue. Le FN n’étant pas présent dans tous les villages de France depuis des siècles, trouver des candidats (et désormais des duos) est forcément compliqué.

Nous souffrons d’un déficit d’implantation locale par rapport aux autres partis, c’est incontestable, et c’est pourquoi j’ai fait des scrutins territoriaux une priorité. Beaucoup de nos candidats aux départementales n’ont jamais été élus. C’était le cas des 1 600 conseillers municipaux de l’an dernier. Eh bien, ils apprennent, et ils apprennent assez vite. La politique, c’est l’affaire de tout le monde. Notre Constitution ne dit pas autre chose – « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Alors oui, mes candidats sont des bouchers, des agents d’assurances, des profs, des chefs d’entreprise… Qu’est-ce que cela a d’extraordinaire ? Attendons de les voir à l’œuvre !

En attendant, plusieurs de vos candidats n’ont toujours pas appris la politesse, ni l’amour de leur prochain. Nous pensons à tous ceux qui se sont illustrés par des déclarations gracieuses sur les « mahométans », les Noirs et les Arabes…

Vous évoquez une dizaine de candidats aux départementales qui ont dit des horreurs sur les Arabes et les musulmans. Je plaiderai tout simplement pour qu’ils soient tous mis à la porte. Mais une fois qu’ils ont été officiellement investis candidats du Front, je ne peux malheureusement pas retirer leur bulletin des bureaux de vote. Dieu merci, ces individus n’avaient aucune chance d’être élus, mais si par malheur cela arrive, ils ne participeront à aucun groupe étiqueté Front national. Si je suis intransigeante là-dessus, ce n’est pas par peur des suites judiciaires, mais par souci de décence. Ces gens à la pensée raciste doivent comprendre qu’ils n’ont rien à faire au FN. Cela fait quatre ans que je le dis, que je sanctionne, que je vire les coupables, mais certains n’ont pas encore compris.

Ah bon, on croyait que rien n’avait changé. Mais que vont devenir les racistes ?

Je ne suis aucunement en charge de leur avenir.

Quoi qu’il en soit, dès lors que vous visez la présidence de la République, il est légitime de poser la question de votre capacité à gouverner. Avez-vous les quelques centaines de personnes nécessaires pour tenir les ministères, les préfectures… ?

N’ayez pas peur ! Je n’aurai aucun problème à constituer un gouvernement, ni à trouver les 300 personnes qualifiées pour diriger la France. La haute fonction publique française est parfaitement légaliste. Elle se mettrait très naturellement au service du nouveau gouvernement, comme elle l’a fait à chaque alternance. Beaucoup de hauts fonctionnaires ou de cadres des grandes entreprises travaillent déjà avec moi. Dans l’anonymat, afin de respecter le devoir de réserve et de ne pas être mis au placard, mais aussi parce qu’ils me sont plus utiles ainsi que s’ils se présentaient à des élections.

Il y a aussi la pression sociale et médiatique qui rend infréquentable quiconque se compromet avec vous. Tant qu’on joue « FN contre le reste du monde » (en l’occurrence de la France), vos chances d’arriver à 51 % des voix à la présidentielle sont assez faibles, et ne parlons pas de celles d’avoir une majorité.

À la présidentielle, l’UMPS n’existe pas. Il y a des hommes et des femmes qui sont candidats, et c’est sur ces candidats, pas en fonction des directives des partis, que les Français se déterminent. Allez demander aux électeurs de l’UMP de voter Hollande ou aux électeurs de gauche de voter Sarkozy… Faisons un peu de politique-fiction et imaginons, en 2017, un second tour François Hollande-Marine Le Pen, le résultat de F. Hollande ne serait pas l’addition de son score et de celui de Nicolas Sarkozy (ou d’un autre) au premier tour ! Bref, au second tour, l’UMPS ne peut pas être considérée comme un bloc homogène. Quant à une majorité, je ne vois pas les Français m’élire sans me donner les moyens de gouverner. C’est la logique des institutions. Elle ne s’est jamais démentie.

Il est vrai que les électeurs de l’UMP et du PS ne suivent pas les consignes de vote de leurs leaders, du reste, il n’est pas certain que les vôtres vous suivraient si vous en donniez. Or, même si vous recrutez à gauche, la porosité entre votre électorat et celui de l’UMP est plus forte qu’avec le PS. Dans ces conditions, le « ni-ni » est-il tenable ?

Je ne donne pas de consignes de vote et je n’ai jamais dit « ni-ni ». Ma seule ligne, c’est « liberté de vote » !

Donc aucune alliance, même à long terme ? Vous voulez arriver au pouvoir seule ou pas du tout, c’est ça ?

Je ne vais pas choisir entre l’un des deux camps, puisque j’observe qu’ils font la même politique et que cette politique est néfaste… En revanche, je veux répondre aux attentes des déçus des deux camps. Et ça fait pas mal de monde….

En attendant, il y a plusieurs sujets sur lesquels vos électeurs n’adhèrent pas vraiment à la ligne du parti. Après le voyage de quatre députés français à Damas, un sondage publié par Le Journal du dimanche montrait que les plus hostiles, à 71 %, à une reprise du dialogue avec Assad étaient les sympathisants FN (suivis par ceux du Front de gauche).

Je crois qu’un élément a beaucoup joué : ces députés étaient UMP et PS. S’il y avait eu un élu Front national dans le lot, les résultats auraient été différents.

Et c’est nous qui prenons les gens pour des c…

Vous prenez le problème à l’envers ! Mon rôle n’est pas de suivre mes électeurs – si cela suffisait, n’importe qui pourrait me remplacer – mais de défendre un projet politique. Et cela n’est en rien méprisant d’observer que, sur des questions internationales complexes, il peut y avoir des incompréhensions. Il faut du temps pour faire de la pédagogie. En 1991, quand Le Pen s’est opposé à la guerre du Golfe, des dizaines de cartes du FN sont revenues au siège, découpées en deux. Les gens ne comprenaient pas les tenants et les aboutissants de ces problématiques géopolitiques. Mais Le Pen a tenu bon et, aujourd’hui, l’immense majorité des Français, à gauche comme à droite, sait qu’il a eu raison.

Restons sur la politique étrangère. En dehors de votre éventuelle dilection pour les leaders « qui en ont » façon Poutine, pensez-vous que, dans la crise ukrainienne, tous les torts soient du côté de Kiev et de ses alliés ? Les atteintes russes à la souveraineté ukrainienne sur la Crimée et l’est du pays ne vous dérangent pas ?  

Je ne suis pas à 100 % pro-Poutine, mais je ne supporte plus la propagande américaine déversée à longueur de temps par nos élites. L’Union européenne diffuse une propagande à tonalité guerrière alors qu’elle porte une très lourde responsabilité dans la situation en Ukraine. L’engagement pris par l’OTAN lors de la réunification allemande de ne pas s’étendre jusqu’aux frontières de la Russie est en train d’être violé. Et ce, alors qu’on sait très bien qu’il ne faut pas chatouiller l’ours russe sur ses zones d’influence. L’Union européenne a soufflé sur les braises des divisions au sein même de l’Ukraine, et jeté l’est du pays contre l’ouest. Les Occidentaux ont fait signer un accord d’union nationale au président Ianoukovitch, en présence de Fabius, puis encouragé et fêté un véritable putsch vingt-quatre heures plus tard, entérinant l’arrivée au pouvoir à Kiev d’un gouvernement illégitime, ce qui a permis aux autorités de Crimée d’organiser un référendum. On a dit que ce référendum était illégal, mais illégal par rapport à quelle loi ? Celle d’un gouvernement lui-même illégal ? La Crimée est clairement russe, ses habitants ont plébiscité le rattachement à la Russie, notamment parce que le nouveau gouvernement ukrainien les menaçait dans leurs droits élémentaires.

Quoi qu’il en soit, si votre base est plutôt poutinienne, elle est beaucoup moins fan de Syriza. Vos électeurs apprécient diversement vos éloges appuyés du Mélenchon grec.

En tout cas, la presse en a fait son miel : elle soutient Syriza, elle est d’extrême gauche, vous vous rendez compte ! Mais au FN, les militants n’ont pas du tout réagi de cette façon. Ils ont très bien compris pourquoi je me réjouissais de la victoire d’un mouvement qui conteste la politique d’austérité européenne, alors que sur tout un tas de sujets, je suis loin de partager les positions de Syriza. Du reste, ses premiers pas sont décevants, et ils le seront tant que Tsipras n’aura pas admis que l’euro et l’austérité sont indissolublement liés.

Il n’en est pas moins vrai que votre électorat est loin d’être homogène, ne serait-ce que parce que les notions de « droite » et de « gauche » continuent à structurer les affects politiques. À bien des égards, le FN est un parti de gauche qui a beaucoup d’électeurs de droite. « À force de faire du Chevènement, vous allez faire des scores à la Chevènement » : la blague de Zemmour n’était pas seulement une blague…

Encore une caricature. Éric Zemmour est un remarquable écrivain, un très bon analyste, mais un mauvais politique, ce que, parfois, il admet lui-même

Pourrait-il y avoir un parti à votre droite ?

Évidemment. La mouvance identitaire existe, elle a déjà présenté des candidats. Certains de ses sympathisants tentent de faire de l’entrisme au FN dans l’espoir de nous influencer, sans le moindre résultat. Sur le site Fdesouche, je suis abondamment critiquée. Bref, je vois bien qu’il y a à notre droite des gens qui ne sont pas ravis de toutes nos positions. Je ne vais pas en changer pour leur faire plaisir. Cela étant, s’ils pensent, malgré leurs réserves, que je suis la moins néfaste pour la France, je ne vais pas leur dire d’aller se faire voir !

Et les soralo-dieudonnistes, font-ils aussi de l’entrisme ?

Je ne crois pas. D’ailleurs, ils ont monté leur parti. Je m’en réjouis, cela a au moins le mérite de clarifier la position du FN.

Venons-en à la mère de toutes les batailles pour le Front national : la question migratoire. Sans parler de la régulation des flux, comment comptez-vous œuvrer à l’intégration des Français d’origine étrangère ?

Retrouver des frontières, limiter l’immigration au socle minimum, supprimer le droit du sol, arrêt de toutes les aides incitatives à l’immigration clandestine. D’abord, je bannis le mot « intégration » pour y substituer le terme et la politique d’« assimilation ». Comme première mesure, je refuserai toute revendication communautariste : fini les contenus scolaires spécifiques, les horaires séparés dans les piscines, etc. Dans un second temps, je romps avec toutes les politiques qui font la promotion des différences culturelles, comme les cours de langue et culture d’origine. Je supprime aussi la double nationalité : ses possesseurs devront choisir s’ils veulent rester français ! Croyez-moi, cela réglera un certain nombre de problèmes. Enfin, j’engagerai une lutte active contre le fondamentalisme islamiste. C’est un cancer qui se développe de manière exponentielle dans un certain nombre de quartiers et qui menace l’unité nationale.

Faute de temps pour discuter chacun de ces points, une précision sur votre stratégie. Envisagez-vous de diriger personnellement la liste FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie aux élections régionales de décembre 2015 ?

Tout me pousse à partir à cette élection : d’abord mon caractère combatif, mais aussi le fait que j’ai une vision très précise de ce qu’il faut y faire et de ce qu’il ne faut plus y faire ! Mon problème tient au calendrier : la présidence d’une grande région fusionnée est-elle compatible avec l’agenda de la campagne présidentielle ? Nous avons encore le temps pour réfléchir, la question reste donc ouverte.

Venons-en à une question que nous avons gardée pour la fin parce qu’il paraît qu’elle vous énerve beaucoup : certains prétendent que Florian Philippot est la seule personne que vous écoutez. Êtes-vous maraboutée ?

Je ne suis maraboutée par personne, cette histoire n’a aucun sens. Vous n’avez qu’à lire le livre que j’ai publié en 2005, vous vous apercevrez que toutes mes convictions d’aujourd’hui y étaient. Florian est un garçon de grande qualité qui a une bonne analyse politique. Devant ce jeune énarque, on aurait pu se dire : au premier coup de vent, il va s’inquiéter, paniquer. Or il est beaucoup plus solide qu’on ne l’imagine.

Avec qui discutez-vous du fond ? Certains disent que vous n’échangez qu’avec ceux qui ont le même avis que vous…

C’est Le Pen qui dit ça ! Comme il trouve que je ne lui parle pas assez, il pense que je ne parle qu’aux autres. Il râle parce que, selon lui, je dirige le FN avec mon « petit groupe », mais mon « petit groupe », c’est le bureau exécutif du Front !

Puisqu’on en est aux sujets qui fâchent, parlons un peu de votre père. À plusieurs moments stratégiques pour vous, il a lâché une des sorties douteuses dont il a le secret – par exemple, une petite blague sur un journaliste dont la judéité ne se voyait « ni au nom ni au nez », cinq minutes avant que vous montiez à la tribune du congrès de Tours. Vous arrive-t-il de craindre qu’il vous empêche, volontairement ou pas, de mener la dédiabolisation à son terme ? 

Le Pen a sa manière de faire de la politique. Nous avons un désaccord majeur : pour lui, « parlez-en en bien, parlez-en en mal, l’important est qu’on en parle ». Moi, je pense que les polémiques nous empêchent de parler du fond. Quand elles occupent les trois quarts d’une émission, je suis très mécontente, car je ne peux pas présenter mon programme aux Français. Encore une fois, le FN est devenu un parti de gouvernement, mais Le Pen conserve les réflexes d’un contestataire.

Pour ne pas dire d’un fouteur de merde…

C’est son côté punk ![/access]

*Photo : Hannah.

Départementales : les perdants sont aussi Juppé et Bayrou

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juppe sarkozy bayrou

Dans l’actualité post-électorale, il n’y en a que pour les « frondeurs » du PS. Ils sont nombreux. Combatifs. Vindicatifs. Ils veulent la peau de Manuel Valls et l’auront peut-être. Ils veulent aussi celle de François Hollande. Ce sera sans doute un peu plus difficile. Mais dès que Martine Aubry, à laquelle nul ne conteste ses qualités de bulldozer, entrera dans la bataille, le glas commencera à sonner pour le président de la République.

L’UMP a aussi ses « frondeurs ». Mais eux ne s’affichent pas comme tels. Ils s’avancent masqués. Sournoisement. On en connaît deux. François Fillon, dont on ne parlera pas car il s’est montré digne et honnête en s’abstenant de tout commentaire au soir de la victoire de l’UMP, qui fut aussi celle de Nicolas Sarkozy son rival. Digne et honnête sont des qualificatifs qu’on ne peut, avec toute la meilleure volonté du monde, accoler au nom d’Alain Juppé.

Il hait Sarkozy et ne cherche pas vraiment à s’en cacher. Au soir du premier tour des élections départementales, il s’est exclamé : « J’ai gagné ! ». On ne savait pas que le culot pouvait être une vertu en politique… L’ancien Premier ministre a en effet jugé que sa stratégie d’ouverture au centre – jusqu’au Modem de Bayrou – avait apporté la victoire. En privé, en off, en in, il n’avait pas eu de mots assez durs pour fustiger l’attitude de Sarkozy. Ce dernier pour Fillon est un rival. Pour Juppé, c’est un ennemi.

Le président de l’UMP préconisait le « ni-ni » en cas de duel PS-FN. Juppé appelait à voter PS. Sarkozy parlait-il de sécurité, d’identité, de laïcité ? Aussitôt de l’entourage de Juppé fusaient les pires accusations : identitaire, islamophobe, sécuritaire. Pas très loin donc du parti de Marine Le Pen. Et on lui donnait le coup de grâce en reprenant, mezza voce, une bonne vieille phrase de Jean-Marie Le Pen : « Les Français préféreront toujours l’original à la copie ».

Au soir du deuxième tour, Alain Juppé a souffert. Ô rage, ô désespoir ! N’étant pas dans son intimité, nous ne disposons pas d’éléments pour décrire quelle forme ont pris ses tourments. Oublié le « j’ai gagné ! » du premier tour, jetés à la poubelle les mots qu’on se voudrait de n’avoir jamais prononcé. Le communiqué d’Alain Juppé saluait la victoire de l’UMP et de l’équipe soudée autour de son « président ». « De son président » ? Pour avoir été contraint de le dire, Juppé en haïra encore plus Sarkozy…

Fidèle à la voix de son maître, François Bayrou s’est également félicité de la victoire de l’opposition UMP, UDI et Modem réunis. Bof ! Les troupes de M. Bayrou tiendraient aisément dans une cabine téléphonique et il est en droit d’envier les scores, lamentables par ailleurs, des écologistes. Avec tout le respect que l’on doit « au meilleur d’entre nous », on peut s’interroger sur les résultats électoraux d’un tandem Juppé-Bayrou. Il est vrai qu’ils sont assurés du soutien de Libération et des Inrockuptibles. Ça fera une deuxième cabine téléphonique…

*Photo : FERNAND FOURCADE/SIPA. 00678341_000001.

Primaires : Juppé revient dans le jeu

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juppe ump sarkozy

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L’UMP vient de rendre publique la charte d’organisation des futures élections primaires qui auront lieu en novembre 2016, en vue des élections présidentielles de 2017. On dissertait depuis le retour de Sarkozy sur le format de la fameuse primaire : fermée (aux seuls adhérents), semi-ouverte (aux adhérents et aux électeurs de l’UMP), ouverte à tous à droite et au centre (mais pas uniquement, chacun pouvant s’inscrire).

La première version envisageable ne laissait aucune chance à Juppé, les adhérents de l’UMP étant extrêmement remontés, ils trouvent majoritairement Juppé trop « centriste ». Il faut se souvenir du guet-apens dans lequel Juppé s’est retrouvé dans sa propre ville, quand une salle pleine de militants UMP chauffés à bloc l’avait copieusement sifflé.

La dernière version, une primaire très large qui accueillerait plusieurs millions de participants, comme la primaire socialiste, redonne des chances à Juppé. Car les électeurs, pris dans une acception plus large, c’est-à-dire plus centriste, plus conservatrice, aiment bien Juppé.

Bref, la « turbo-droite » plébiscite Sarkozy, la droite conservatrice préfère Juppé. Dans ce contexte, les commentateurs politiques prévoyaient une bataille âpre pour formater les primaires UMP. Sarkozy devant militer pour une primaire fermée, et Juppé pour la primaire la plus ouverte possible. C’est pourquoi on est étonné d’apprendre que Sarkozy a rendu les armes si facilement en acceptant le modèle Juppé. Rien n’est pourtant gagné pour ce dernier. Mais Sarkozy aurait pu tuer sa candidature dès aujourd’hui en l’enfermant dans une primaire étroite. On peut s’étonner qu’il ait laissé passer une si belle occasion. Aurait-il perdu la main ? Qu’est devenu l’habile manœuvrier qu’il est censé avoir été ?

Nicolas Sarkozy a peut-être cependant un atout maître dans sa manche : dans le cadre d’une primaire très ouverte, il est possible que l’UDI envoie un candidat à la primaire de « la droite et du centre », ce candidat n’ayant aucune chance d’être élu mais cannibalisant beaucoup de voix destinées à Juppé. On voit souvent Jean-Christophe Lagarde avec Sarkozy en ce moment et c’est peut-être le plan qu’ils ont concocté ensemble : noyer les primaires dans des candidatures parasites pour affaiblir Juppé. Car toutes les candidatures crédibles, celle d’un candidat soutenu par l’UDI, celle de Le Maire ou de NKM à l’UMP, viennent cannibaliser le potentiel de voix de Juppé et beaucoup moins celui de Sarkozy. C’est sans doute le pari du président de l’UMP.

Mais Nicolas Sarkozy fait un pari risqué en n’exécutant pas tout de suite Juppé en organisant une primaire fermée. Lui redonner de l’air et des perspectives électorales au lieu de l’asphyxier dès aujourd’hui, c’est lui donner une autorité sur la droite et le centre que les militants ne lui reconnaissent pas. C’est prendre le risque de faire converger le choix des médias et le choix des électeurs.

Brutus a laissé un répit à Antoine après s’être débarrassé de César. Nicolas Sarkozy devrait se souvenir avec quelle maestria Antoine en a tiré profit pour retourner la plèbe en sa faveur contre Brutus. Mais Nicolas Sarkozy a-t-il lu Shakespeare ?

*Photo : wikicommons.

Parité aux départementales: tout ça pour ça?

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(Avec AFP) La parité présentée comme un évident progrès, c’est mignon, mais ça ne suffit pas à imposer des femmes à la tête des conseils départementaux. Seulement 8 ont été élues jeudi présidentes sur une centaine de départements français, soit moins de 10% au total.

« Parité dans les conseils départementaux, quasi-parité dans les CP (commissions permanentes, ndlr) et les VP (vice-présidences), encore du chemin à faire pour les présidences ! #égalitéFH », a réagi jeudi la secrétaire d’Etat chargée des Droits des Femmes Pascale Boistard sur son compte Twitter.

Sur les 8 femmes qui vont prendre la tête d’un département, elles seraient 6 sortantes, selon le Haut-conseil à la parité. A l’issue du troisième tour jeudi, le nombre de femmes présidentes d’un département n’aura donc augmenté que de… 2.

Parité Départementales

Ont été élues jeudi: Martine Vassal (UMP) dans les Bouches-du-Rhône, Nathalie Sarabezolles (PS) dans le Finistère, Nassimah Dindar (UDI, sortante) à La Réunion, Sophie Pantel (PS) en Lozère, Christine Bouquin dans le Doubs (sans étiquette soutenue par l’UMP, l’UDI et le MoDem), Valérie Simonet (UMP) dans la Creuse, Hermeline Malherbe (PS) dans les Pyrénées-Orientales, et Josette Borel-Lincertin (PS) en Guadeloupe.

Avec Anne Hidalgo à Paris et Josette Manin en Martinique, où il n’y a pas eu d’élection, le total de femmes atteint donc péniblement 10 sur 101 départements, 6 à gauche de l’échiquier politique et 4 à droite.

En dépit de la nouvelle composition des conseils à parité, du fait de l’instauration cocasse des binômes hommes/femmes, les femmes présidentes restent donc une minorité: 9,9% à peine.

Récemment, cette question inquiétait pourtant beaucoup le Haut conseil pour la parité. Il appelait ainsi « les partis politiques à se hisser à la hauteur de l’exigence de démocratie en s’organisant pour favoriser la parité à la tête des départements et des régions de demain ».

Tout ça pour ça ?

*Photo : Wikimédia Commons

Syrie : l’Occident ne cherche pas de solution

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syrie assad iran daech

syrie assad iran daech

Pour le spécialiste de la Syrie Frédéric Pichon, les Occidentaux refusent de choisir entre Assad et l’Etat islamique. L’Europe et les Etats-Unis laissent donc se développer une guerre de basse intensité dont ils n’attendent aucun vainqueur. L’auteur de Syrie : pourquoi l’Occident s’est trompé pense enfin qu’Obama mise sur un la réintégration de  Téhéran dans le grand jeu moyen-oriental… tout en laissant les puissances sunnites contrebalancer l’influence iranienne.

Daoud Boughezala : Alors qu’on a longtemps cru les jours de Bachar Al-Assad comptés, depuis l’émergence de l’Etat islamique, de plus en plus de voix occidentales, à commencer par le secrétaire d’État américain, plaident pour un dialogue avec Damas. Les rebelles ayant récemment regagné du terrain, à Idleb et sur le front sud, certains médias renouent avec les espoirs révolutionnaires de 2011. Pensez-vous le régime d’Assad condamné à moyen terme ?

Frédéric Pichon : Le dialogue avec Damas n’a pas vraiment été prôné par les Etats-Unis ou la France, du moins officiellement. Comme on n’a pas voulu voir que l’enlisement du conflit allait mener à la constitution d’un Djihadistan, on se console en proclamant partout la formule magique, reprise d’ailleurs par les « spécialistes » appointés de « Ni Assad, ni Daech ». Et effectivement, tant qu’il n’y aura pas un net ciblage de Daech ou de Nosra en Syrie (notammment par la chasse française qui a eu jusqu’ici pour instruction de ne frapper qu’en Irak), on maintient les deux adversaires  en situation de se combattre et de remporter épisodiquement des batailles qui ne sont jamais décisives. D’ailleurs, la stratégie de l’État islamique en Syrie semble être celle du harcèlement (comme dans le camp palestinien de Yarmouk, au sud de Damas) afin d’épuiser l’armée syrienne. Et je me demande si ce n’est pas également ce que souhaitent les Occidentaux: laisser durer un conflit de relativement basse intensité jusqu’à épuisement des belligérants. De ce point de vue, force est de reconnaître que la Syrie se vide de ses forces – même si elle est sous perfusion iranienne et, dans une moindre mesure, russe. Reste que le gouvernement syrien tient – ni les fameuses défections ni le coup d’État interne tant attendus ne sont arrivés et ils ne surviendront sans doute pas. N’oublions pas que les loyalistes jouent leur survie et celle de leurs familles. Sûr de sa victoire, Assad n’a pas l’intention de lâcher le pouvoir.

Ces derniers mois, le pouvoir syrien, d’habitude très jaloux de sa souveraineté, a reconnu pour la première fois avoir confié le commandement des opérations sur le Golan à des officiers iraniens, ainsi qu’au Hezbollah et à des milices chiites irakiennes. Militairement, l’armée syrienne et son haut commandement sont-ils dépassés ?

Cela fait longtemps que l’on sait que le Hezbollah et les Pasdarans iraniens assistent l’armée syrienne. À Qusayr au printemps 2013, le Hezbollah a eu un rôle décisif dans la victoire. Il faut savoir que l’armée syrienne est une armée de type soviétique, organisé sur le modèle classique avec infanterie, appui aérien et arme blindée. Dans le combat urbain à l’intérieur d’un conflit asymétrique, ce type d’armée ne peut vaincre et subit de lourdes pertes. Le Hezbollah, lui, à une grande expérience du conflit asymétrique, que les Iraniens lui ont enseigné dans les camps d’entraînement de la Bekaa au début des années 80 puis qu’ils ont testé pendant la Guerre du Liban et contre Tsahal à des nombreuses reprises, dont la dernière en 2006 fut plutôt un succès. Quant aux Iraniens, ils ont acquis une vraie expertise dans ce domaine et n’hésitent pas à dépêcher des conseillers aux côtés de l’armée syrienne. Sans leur soutien, l’armée syrienne n’aurait vraisemblablement pas pu mener certaines offensives ou sanctuariser certains axes vitaux.

La volonté d’arriver coûte que coûte à un accord avec l’Iran explique-t-elle le revirement américain d’août 2013 sur la question des armes chimiques ?

Il faut déconnecter la problématique chimique de la question nucléaire iranienne. En septembre 2013, l’accord sur la neutralisation de l’arsenal syrien et la renonciation à des frappes de la part d’Obama sont la traduction du retrait américain et des fortes pressions russes, ces derniers n’ayant pas du tout été convaincus par les « preuves » qui attribuaient ce massacre à Damas. Et personne en fait n’y a vraiment cru à l’époque. Côté français, il a fallu que Matignon sorte un pseudo rapport bidonné pour donner le change mais cela n’a pas fonctionné.

Plus globalement, la politique d’Obama en Syrie est-elle liée à sa stratégie iranienne ?

Les États-Unis sont tiraillés entre leurs alliés régionaux, Arabie Saoudite en tête, qui sentent bien qu’ils sont en train d’être lâchés – et leur volonté de quitter la région. Ce que veut Obama c’est parier sur la multipolarité et laisser émerger l’Iran tout en sachant très bien que ce dernier sera et devra être entravé au maximum par les sunnites de la région. De toute façon, les États-Unis n’ont plus les moyens d’imposer leur embargo sur l’Iran : les Chinois y opèrent massivement, notamment par l’intermédiaire de leurs banques, et n’ont pas été sanctionnés. Il n’y a que les banques françaises pour se faire condamner ! C’est un jeu sans gagnant, qui affaiblira tout le monde mais pas l’Amérique. En Syrie, les Américains appliquent la même stratégie : ne pas laisser gagner Assad… mais ne rien faire pour qu’il tombe.

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*Photo : AP/SIPA. AP21458221_000001.

Juppé perdant? Pas si sûr…

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alain juppe jean rene lecerf

alain juppe jean rene lecerf

Je ne sais pas, comme le dit Benoît Rayski,  si Alain Juppé et François Bayrou sont les grands perdants des départementales. Ce que je sais en revanche, c’est que la dernière semaine de la campagne de Nicolas Sarkozy pour ces départementales a été pour le moins brutale. Chassez le Buisson par la porte, il revient par la fenêtre. De fait, pour la petite partie des Français qui a suivi les élections, -n’oublions jamais que l’abstention atteint des scores catastrophiques pour un scrutin que tout le monde a voulu transformer en referendum pour ou contre Hollande-, les déclarations fracassantes de Nicolas Sarkozy sur les menus hallal dans les cantines ont surnagé.

Que les départements soient un bouclier social qui fait bien ou mal son travail, finalement, tout cela a été assez peu évoqué. Pourtant, du RSA aux collèges, en passant par la petite enfance, les handicapés, les personnes âgées, on aurait pu espérer que Sarkozy profite de l’occasion pour dire ce qu’il pense de ces « départements-providence ». Mais il semble décidément que la vision sarkozyste soit la même qu’en 2012. L’insécurité identitaire et l’insécurité tout court demeureraient les principales préoccupations des Français même si eux ne le savent pas et que les enquêtes d’opinion, les unes après les autres, placent le chômage ou le pouvoir d’achat en tête des préoccupations. Il faut donc croire que Nicolas Sarkozy et les sarkozystes connaissent mieux les angoisses des Français que les Français eux-mêmes. On ne dira pas pour autant que Juppé ou Bayrou seraient, eux, des défenseurs acharnés de ces préoccupations mais ils ont sans doute compris que jouer avec la peur dans un pays au bord de la crise de nerfs ou de la dépression (l’abstention est un comportement typiquement dépressif) n’est pas la meilleure des choses.

Je ne sais pas non plus quelles furent les réactions de Juppé et Bayrou au vu des résultats. La captation de la victoire par Nicolas Sarkozy, qui s’est instantanément retransformé vers 20 heures en champion de la droite et du centre, a dû cependant les agacer. Parce qu’au bout du compte, Nicolas Sarkozy représente sans doute tout ce que vous voulez mais pas le centre. Au sein même de l’UMP, les tiraillements sont anciens entre ces deux lignes, une très à droite et une autre très centriste. Si je prends par exemple mon nouveau conseiller départemental, Jean-René Lecerf, challenger UMP de Martine Aubry à la mairie de Lille, je n’ai pas l’impression qu’il soit sarkozyste – mais alors pas du tout.

Cet élégant sénateur sexa, par exemple, doit passer aux yeux de l’ancien Président pour un affreux partisan de la culture de l’excuse sur les questions relatives à la justice et à la sécurité. Dès 2009, Lecerf se prononce pour la prévention plutôt que pour la répression en matière de récidive et, horreur, en 2014, il se déclare à « 90% en accord »  avec le projet de réforme pénale de la loi Taubira sans compter au mois de novembre dernier, car décidément ce monsieur ose tout, la présentation d’un rapport avec Esther Benbassa sur l’intégration.

Un bobo de droite, me direz-vous? Pas vraiment, quand on connaît sa terre d’élection, Marcq-en-Bareuil qui est essentiellement peuplée de familles Le Quesnoy, pas franchement portées sur la punkitude chic. Alors quoi? Alors Jean-René Lecerf, qui a, répétons-le, gagné au premier tour, représente tout simplement cette droite old school, démocrate-chrétienne et gaulliste à la fois,  qui croit à la construction européenne, au progrès social et au libéralisme tempéré. Bref, un genre de Juppé local, ou de Bayrou si vous y tenez. Et comme Juppé et Bayrou, et contrairement à Sarkozy, il a compris que ce que l’on gagnait sur sa droite (et de quelle droite parle-t-on face à des électeurs FN qui viennent souvent de terres communistes), on le perdait sur le centre. Bref, de cette droite qui pense, avec raison me semble-t-il, que dans l’hypothèse un deuxième tour en 2017 entre un candidat UMP et Marine Le Pen, si on veut attirer les voix du centre mais aussi celle de socialistes déboussolés, il vaudra mieux s’appeler Juppé que Sarkozy pour rassembler deux français sur trois, comme disait Giscard, et avec une participation digne de ce nom pour assurer une vraie légitimité.

*Photo : Ugo Amez/SIPA. 00709370_000013.

Marine contre Le Pen: le dernier numéro de Causeur fait le buzz

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(Avec AFP) – La présidente du FN Marine Le Pen a été contrainte une nouvelle fois jeudi de se désolidariser des propos de son père, qui a répété ses déclarations sur les chambres à gaz nazies, « détail de l’Histoire ».

« Je suis en profond désaccord sur le fond et sur la forme », a-t-elle indiqué à l’AFP. Dans la matinée, Jean-Marie Le Pen avait réitéré sur BFMTV ses affirmations sur les chambres à gaz, qualifiées de « point de détail de la guerre ».

Prononcés une première fois en 1987 et très largement condamnés, ces propos ont été volontiers répétés par Jean-Marie Le Pen: en 1997, à Munich (Allemagne), en 2008, au magazine Bretons, en 2009 au Parlement européen, etc. Il a été condamné plusieurs fois.

Mme Le Pen s’est démarquée à plusieurs reprises: en 2011, elle avait dit que les camps nazis étaient « le summum de la barbarie ».

En juin dernier, elle avait aussi dénoncé une « faute politique » de Jean-Marie Le Pen quand celui-ci avait parlé d’une « fournée » concernant Patrick Bruel, qui est juif. Elle avait vu dans « l’antisémitisme », largement dénoncé, de la « malveillance », mais estimé que son père aurait dû « anticiper l’interprétation qui serait faite » du mot « fournée ».

En revanche, la patronne du FN s’était abstenue de critiquer, en période électorale, la citation par son père de l’écrivain collaborationniste et antisémite Robert Brasillach en 2012, ou juste avant les élections européennes de 2014 la déclaration paternelle sur « Monseigneur Ebola » qui peut régler « l’explosion démographique ».

Opposition constante père-fille : pour le « punk » Jean-Marie Le Pen, comme l’a qualifié sa fille dans son interview exclusive à Causeur, les polémiques, voulues ou pas, font progresser le FN. Elles « l’arrachent lui au néant médiatique, pas le Front », rétorque Mme Le Pen, en « désaccord majeur » avec lui à ce sujet. « Ces déclarations n’entachent pas le crédit du FN mais le sien », lâche-t-elle.

Reste que Jean-Marie Le Pen n’est pas que président d’honneur du FN, à ce titre membre de droit de toutes les instances du parti d’extrême droite : il est aussi candidat autoproclamé du parti pour les régionales de décembre en Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’une des principales cibles du FN.

« Il veut savonner la planche de sa fille. En l’occurrence, il a savonné la sienne en Paca ! C’est délibéré: il n’a jamais voulu gagner une seule élection de sa vie! » analyse un « mariniste ».

Jean-Marie Le Pen Marine antisémitisme

Ces derniers temps, quelques responsables frontistes ont émis l’idée que Jean-Marie Le Pen s’interrogerait sur l’opportunité d' »y aller » ou pas. Marine Le Pen peut-elle lui retirer sa candidature, qui n’est pas encore officialisée par les instances du parti ? « Ça sera à elle de décider. Il faut mettre Jean-Marie Le Pen face à ses responsabilités: il ne veut pas le pouvoir, qu’il le dise. »

« Je ne peux pas prendre position aujourd’hui devant vous. Ce n’est pas à moi de répondre », abonde Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN et comme tous les frontistes très prudent sur les relations entre « Le Pen » et « Marine ».

« Le FN de Marine Le Pen a déjà suffisamment démontré qu’il n’était pas du tout sur la même longueur d’ondes que Jean-Marie Le Pen à ce sujet-là. Les gens sont toujours sensibles à ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, à la spécificité des camps. Mais ce que dit Jean-Marie Le Pen, tout le monde s’en fiche, je pense », veut-il croire aussi.

Pour un proche de Jean-Marie Le Pen, celui-ci « a la légitimité pour être candidat. » Et ses déclarations ? « Il ne changera pas. Alors il faut faire avec. »

Reste que les opposants au FN se sont immédiatement saisis de l’affaire. Par des tweets, SOS Racisme affirme que l’association « refera condamner » le patriarche frontiste pour ces propos. Les Jeunes socialistes, les UMP Renaud Muselier et Eric Ciotti – potentiels rivaux de M. Le Pen en Paca – ont eux aussi dénoncé ces propos dans des tweets.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) se dit lui « consterné ». Le FN « est et reste un parti à combattre », écrit-il dans un communiqué, alors que son président juge Marine Le Pen « irréprochable », quant à elle, sur ce sujet.

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) annonce aussi une prochaine plainte « pour contestation de crimes contre l’humanité ».

« La normalisation du Front national est un leurre, et les propos de Marine Le Pen se contentant d’exprimer un +désaccord+ avec son père sont d’autant plus inconséquents qu’en réalité, on constate bien qu’un antisémite récidiviste comme Jean-Marie Le Pen demeure député européen et président d’honneur du parti », dénonce aussi le président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), Sacha Reingewirtz. L’UEJF annonce également une prochaine plainte « pour contestation de crimes contre l’humanité ».

*Photo : Laurent Cipriani/AP/SIPA/AP21661188_000005

Les chrétiens d’Orient priés de mourir discrètement

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concert Les Prêtres RATP Chrétiens d'Orient

concert Les Prêtres RATP Chrétiens d'OrientQuel est le point commun entre l’adultère, les yaourts, la recherche contre la lèpre et les voyages low-cost ? Réponse : la publicité. Les Parisiens ont l’habitude : en prenant le métro pour aller au bureau, on peut aussi bien tomber sur un appel à envoyer son fric en Afrique, via Western Union, que sur un encouragement à sauver les toutous abandonnés, en donnant à la fondation Bardot. Et jusqu’ici, qu’il s’agisse du Secours islamique ou catholique, la RATP avait une interprétation scrupuleuse du principe de neutralité du service public, et donc de l’exigence républicaine de laïcité. Tant mieux. Après tout, l’argent n’a pas d’odeur et le pass Navigo est déjà bien assez cher comme ça.

Aussi, le refus par la régie publique de mentionner qu’un concert du groupe « Les Prêtres » était organisé au profit des chrétiens d’Orient a de quoi laisser sans voix tous les Petits chanteurs à la Croix de bois. Logiquement, sur les réseaux sociaux, la RATP a dû faire face à la colère et à l’incompréhension de milliers d’usagers outrés, aussitôt rebaptisés « cathos réacs » par l’increvable Libération. Mais bon Dieu, en quoi était-il progressiste de censurer un message aussi inoffensif ?

Sans doute en hommage au poisson, symbole des premiers chrétiens, la société de transports a répondu par un communiqué diffusé le 1er avril. Et en effet, il y aurait de quoi pleurer de rire si l’actualité du Moyen-Orient ne prêtait pas plutôt à pleurer tout court. Des centaines de milliers de personnes sont persécutées au nom de leur foi par l’Etat Islamique et ses cousins, mais la RATP considère que le faire savoir « ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire au nom de la défense de nombreuses communautés pouvant être en situation de conflit ».

Après vérification, il ne s’agit pas d’un poisson d’avril. Citant l’article 10 de la convention qui lie la RATP à sa régie Métrobus, le communiqué indique que la société de transport ne saurait « prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit ». Suivons le raisonnement : entre « un certain nombre de minorités » – au hasard, d’innocents civils chrétiens pacifiques – et les hordes d’islamistes armés qui les crucifient ou les décapitent, il n’y aurait pour la RATP que deux communautés en conflit. Comme Charlie Hebdo et al-Qaïda, sans doute…

En revanche, appeler à venir en aide aux victimes de ce « conflit » – à ne surtout pas confondre avec un génocide, attention – représenterait un risque de trouble à l’ordre public « sur notre territoire », par les défenseurs de ces deux « communautés ». A savoir : les chrétiens, sans doute, et qui d’autre ? La communauté des défenseurs de l’Etat islamique ? Dans ce cas, puisqu’elle tient tant à garantir l’ordre public, on aimerait beaucoup que la RATP transmette au plus vite l’adresse de cette mystérieuse organisation à la DCRI.

RATP Chrétiens d'Orient concert Les Prêtres

[Mise à jour 03/04/2015, 11h50]

Valérie Pécresse (UMP) a demandé vendredi à Ségolène Royal d’intervenir comme ministre des Transports auprès de la RATP afin que l’affiche des Prêtres puisse arborer la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient ».

Administrateur du Syndicat des Transports d’Ile-de-France (STIF) et présidente du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient de l’Assemblée Nationale, Mme Pécresse « interpelle solennellement Ségolène Royal, ministre des transports, afin qu’elle intervienne en tant qu’autorité de tutelle de la RATP pour que celle-ci revienne sur cette décision choquante », selon un communiqué.

La députée des Yvelines demande aussi au président de la RATP de reconsidérer cette décision « qui s’apparente à une censure » et « s’indigne » des explications avancées.

« Le terme +chrétiens d’Orient+ regroupe différentes minorités qui font aujourd’hui l’objet d’une destruction systématique et programmée par l’organisation terroriste de Daech », a souligné Mme Pécresse, pour qui « il ne s’agit donc pas d’une cause religieuse mais humanitaire ».

[Mise à jour 04/04/2015]

Même son de cloche au Parti socialiste, où Jean-Christophe Cambadélis, « appelle solennellement la RATP à revenir sur cette décision » par un communiqué publié samedi matin.

[Mise à jour 06/04/2015, 16h45]

Le secrétaire d’Etat aux transports Alain Vidalies a indiqué lundi que le gouvernement attendait « la décision judiciaire » face au refus de la RATP d’accepter la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient » sur les affiches pour un concert de « Les prêtres » prévues dans le métro.

M. Vidalies, qui exerce la tutelle de l’entreprise de transports, a précisé au quotidien Le Monde avoir fait intervenir sa directrice de cabinet auprès de la RATP pour que sa régie publicitaire, Metrobus, revienne sur sa décision.

Pour le secrétaire d’Etat, « cela n’a aucun sens » d’opposer le principe de neutralité aux organisateurs d’un événement qui vise à prendre la défense de « victimes de la barbarie ».

Il explique avoir « fait valoir cet argument ». Mais devant le refus de la RATP, il précise qu' »à ce stade, le gouvernement attend la décision judiciaire ».

marine le pen

Jean-Marie Le Pen: opposant n°1 à Marine

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jean marie lepen marine

jean marie lepen marine

Le vieux « punk » a encore frappé. Tel Johnny Rotten, Jean-Marie Le Pen ne lésine pas sur les provocations qui fleurent bon les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Invité ce matin de l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV, l’encore président d’honneur du Front national a posé plusieurs pierres dans le jardin de sa fille, de quoi ériger un dolmen…

La fameuse phrase sur le « point de détail » de l’histoire  que fut la destruction des juifs d’Europe ? Il ne regrette rien.

La mue républicaine et souverainiste du FN ? « Je ne suis pas gaulliste. Au FN, il y a de tout, vous savez.  Il y a des fervents gaullistes, il y aussi de fervents pétainistes, d’anciens communistes… » Patatras, en une poignée de secondes, l’édifice de Florian Philippot s’écroule : à quoi bon fleurir la tombe du Général une fois l’an si le fondateur de son parti réhabilite en douce le Maréchal ? Jean-Marie Le Pen offre une francisque au Front national de sa fille, qui s’en serait bien passé…

Mais le père indigne ne s’est pas arrêté là. Quitte à casser le jouet de sa fille, autant y aller gaiement et assumer son statut de géronte transgressif, dans un numéro d’Œdipe à l’envers qui ferait gamberger nos meilleurs psys.

Pour achever son travail de sape, Le Pen senior va s’appuyer sur l’entretien que Marine Le Pen nous a accordé. Et Bourdin de citer la fameuse sortie de Marine sur le « punk » paternel – une parade assez habile pour pouvoir se démarquer du pater familias sans totalement le renier ni le déboulonner de la présidence d’honneur du Front. « Ah, je suis un punk ? Est-ce qu’elle sait bien ce que c’est un punk » s’ébahit JMLP. L’intervieweur déterre alors la pomme de discorde entre le père et sa fille préférée : « Les polémiques que Le Pen provoque nous empêchent de parler du fond », dit-elle. Réponse cinglante : « Elle se trompe. Nous avons une divergence d’analyse qui est assez sérieuse » (tiens donc…). « Le Pen conserve les réflexes d’un contestataire. Nous sommes devenus un parti de gouvernement. », cite encore Bourdin. Le Pen déroule son credo : « Ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant, nous restons encore largement contestataires (…) Je suis en total désaccord avec l’influence du rôle des polémiques dans la progression du FN. Je pense que ce sont les polémiques lancées par nos adversaires qui nous ont permis d’exister médiatiquement et de nous arracher au pire de tout : le néant médiatique. »

Ce long verbatim a manifestement courroucé la présidente frontiste  : «Les propos de Jean-Marie Le Pen n’engagent que lui. Il est dans la provocation volontaire et cherche la polémique.» Je ne sais pas qui découpera le gigot dimanche prochain à Montretout, mais ça promet une sacrée ambiance…

Le décor est planté. Le tribun contre la gouvernante qui ne rêve que d’accéder au pouvoir. L’éternel provocateur, coutumier des numéros de saltimbanque à la Chambre comme la IVe République savait tant en produire, craint si fort le pouvoir qu’il semble vouloir en protéger sa fille. Comme l’avait finement analysé le regretté Philippe Cohen, Jean-Marie Le Pen a l’art et la manière de lâcher une boule puante dès que les portes des responsabilités paraissent s’entrouvrir…

Le plus piquant dans cette histoire, c’est que l’ancien diable de la République, naguère imposé sur le service public par François Mitterrand, est aujourd’hui la coqueluche des médias… antifascistes ! La pré-retraite politique aidant, l’ancienne bête noire s’est muée en vieux du Muppet Show daubant sur sa fille. Comme pour danser le tango, pour diaboliser le Front national, il faut être deux : un animateur rusé, souvent de Canal +, et Jean-Marie Le Pen, son bon client qui l’abreuvera en calembours douteux et autres nostalgies pétainistes. À bientôt 87 ans, JMLP not dead, et il le fait savoir. L' »UMPS » lui souhaite certainement la meilleure santé possible afin d’entretenir la flamme de l’antifascisme immense et vide.

Eh oui, il faut bien donner un os à ronger aux choristes du « No pasaran ». Pas plus tard qu’avant-hier, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve rassurait ses troupes en expliquant aux députés socialistes inquiets des « interprétations extensives » de la loi sur le renseignement que la « mouvance identitaire » menace la République – une façon de diluer le djihadisme dans l’eau de Vichy. Pour accréditer cette fable, rien de tel qu’une salve bien sentie d’un Jean-Marie Le Pen effritant méthodiquement l’œuvre de dédiabolisation accomplie par sa fille. Divine surprise, ses performances sur les plateaux télés et radios sont systématiquement décomptées du temps de parole médiatique du Front national…

Les député(e)s n’aiment-ils pas le président?

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(Avec AFP) – Présidence au lieu de président, direction au lieu de directeur: un amendement voté récemment par l’Assemblée nationale remplace, pour une série d’organismes, les titres -masculins- par les fonctions -neutres-, s’est félicité mercredi son auteure, la députée PS Anne-Yvonne Le Dain.

C’est un moyen « astucieux » de s’attaquer à la question récurrente, et polémique, du caractère masculin des titres, a expliqué cette élue de l’Hérault, lors d’un point de presse avec ses collègues socialistes Elisabeth Guigou, présidente de la commission des Affaires étrangères, Catherine Coutelle, présidente de la Délégation de l’Assemblée aux droits des femmes, et Maud Olivier.

L’amendement ne concerne pas seulement cette agence, mais l’ensemble des quelque 45 organismes dont la nomination des dirigeants est subordonnée à un vote du Parlement: d’Aéroports de Paris aux Voies navigables de France, en passant par Pôle Emploi ou l’Autorité de la concurrence.

Ainsi, le tableau dressant la liste de ces organismes parle, aux termes de l’amendement, du « gouvernorat » de la Banque de France, de « l’administration générale » du Commissariat à l’énergie atomique, ou de la « présidence-direction générale » de la Française des jeux.

femmes députés président

« La puissance publique doit être exemplaire en matière d’égalité homme-femme, notamment lorsqu’il s’agit de postes à hautes responsabilités », a souligné Mme Le Dain.

L’amendement a été voté le 19 mars, pendant une séance où tous les députés présents, sauf un, étaient des femmes, selon Mme Le Dain, et modifie une proposition de loi organique sur la présidence de la future agence française pour la biodiversité.

Pour entrer en vigueur, le texte devra non seulement achever son parcours parlementaire -il n’a pas encore été examiné au Sénat-, mais avoir le feu vert du Conseil constitutionnel.

Celui-ci ne risque-t-il pas de considérer le genre des noms sans rapport avec la biodiversité, et de censurer l’amendement? « L’altérité sexuelle est la première des biodiversités », a rétorqué Mme Le Dain, tandis que Mme Guigou a lâché: « Peut-être que, lorsque le Conseil constitutionnel sera paritaire, il appliquera d’autres principes… »

Marine Le Pen : «Le FN est prêt à gouverner»

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marine le pen fn

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Causeur. Au premier tour des départementales, le FN a recueilli 25 % des voix. « Pas de vague FN », en ont conclu les commentateurs (qui se seraient étranglés pour deux fois moins il y a dix ans). N’empêche, vos militants se voyaient à 30 % et, en vous autoproclamant « premier parti de France », vous avez offert à vos adversaires un excellent argumentaire. Regrettez-vous cette affiche et avez-vous été déçue par votre score ?

Marine Le Pen. Mais ce ne sont pas nos militants qui parlaient de 30, voire 32 %, ce sont les instituts de sondage et les médias ! On aurait voulu démobiliser notre électorat qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Et pour une fois, voyez-vous, je suis d’accord avec les commentateurs : passer d’un conseiller général sortant à 1 100 seconds tours, avoir des élus dès le premier tour au scrutin majoritaire, progresser de manière spectaculaire dans des élections locales où nous partions avec un handicap évident, améliorer notre score des européennes, ils ont raison, ce n’est pas une vague: c’est un tsunami !

Quant au « premier parti de France », nous le sommes toujours ! Puisque ce n’est pas un parti mais trois associés qui arrivent devant nous : UMP/ UDI et Modem. L’infographie publiée par le ministère de l’Intérieur est sans appel.

Avant les élections, vous étiez convaincue que la stratégie de dramatisation de Valls vous servait et que la diabolisation ne marchait plus. En êtes-vous toujours certaine ? N’a-t-il pas réussi à effrayer certains électeurs ?

Pensez-vous sérieusement que le spectacle hystérique, insultant et provocateur qu’a donné Manuel Valls pendant la campagne ait pu convaincre des électeurs tentés par le FN de reporter leur vote sur le PS ou l’UMP ? Manuel Valls emploie une rhétorique du passé parce qu’il est incapable de maîtriser et même de comprendre ce qui se produit aujourd’hui. Je crois que ses outrances, indignes d’un Premier ministre, ont poussé notre électorat à se mobiliser. Ce qui nous sert, c’est que Manuel Valls m’accorde la place qui est la mienne de premier opposant au gouvernement.[access capability= »lire_inedits »]

Oublions ces départementales dont nous ne connaissons pas l’issue du deuxième tour au moment où nous parlons. En janvier 2011, vous êtes élue à la tête du Front national et vous annoncez une révolution culturelle. Quatre ans plus tard, quel bilan dressez-vous ? Quelle est la différence entre le FN de 2011 et celui de 2015 en termes de militants, d’électorat et de programme ?

La  révolution culturelle, c’est que, désormais, nous nous concevons comme un parti de gouvernement et non plus seulement comme un parti d’opposition et de contestation. Aujourd’hui, les dirigeants du FN se préparent à accéder au pouvoir. Ce changement, nous l’avons voulu, mais il est aussi le résultat naturel de nos succès : on ne s’envisage pas de la même manière à 10 ou 15 % des voix qu’à 25 %. Ces performances électorales nous ont également conduits à nous projeter sur tout le territoire : l’implantation locale est devenue notre priorité. Nous présentons des candidats partout, et beaucoup découvrent le plaisir du combat de proximité, qui n’était pas forcément dans la culture du FN. Quant à nos électeurs, ils ont évidemment changé eux aussi, puisque leur nombre a doublé en quelques années…

Justement, cette force est aussi une faiblesse : plus vos électeurs sont nombreux, plus ils sont hétérogènes, du point de vue de leurs traditions politiques et surtout de leurs aspirations…

Beaucoup d’observateurs, y compris au Front national, pensent que ce sont nos propositions sur l’immigration et l’insécurité qui attirent des électeurs de l’UMP et que c’est notre programme économique et social qui séduit des électeurs de gauche sur la politique sociale. Je crois pour ma part que c’est exactement le contraire ! Il me semble que de nombreux sympathisants du PS et de la gauche en général votent désormais pour nous parce que leur camp ne prend pas en considération les problématiques liées à la sécurité et à l’immigration. Et nous sommes en train de récupérer l’électorat populaire de l’UMP qui ne se reconnaît pas dans la mondialisation sauvage, l’ouverture totale des frontières, et l’ultralibéralisme.

Cet électorat populaire de droite, c’est ce que William Abitbol, ancien conseiller de Charles Pasqua, appelait « la droite des garagistes » en déplorant que son camp ait laissé en friche l’espace politique autrefois occupé par le RPR. Mais il n’est pas sûr que ces électeurs apprécient beaucoup votre côté « bolcho » : le dirigisme, les nationalisations, ce n’est pas leur tasse de thé.

Vous vous trompez, car vous avez une vision caricaturale de l’UMP, comme ses chefs d’ailleurs : vous croyez qu’il s’agit exclusivement d’un parti de possédants et de bourgeois. C’est ce que la droite est devenue au niveau de ses dirigeants, mais certainement pas de sa base électorale. Quant à mon côté « bolcho », comme vous dites, je prétends simplement qu’il ne faut pas se priver de la possibilité de nationaliser temporairement une banque qui connaît des défaillances. Comme chaque fois qu’il en va de l’intérêt supérieur de la France, qu’il s’agisse de son indépendance énergétique ou d’un certain nombre de domaines stratégiques. Au passage, les Anglais ne se sont pas gênés pour nationaliser des banques, ce qui leur a plutôt bien réussi. Et s’il y a un pays libéral, c’est bien la Grande-Bretagne !

Allons, vous n’allez pas nous dire que vous n’êtes pas à la gauche du père ! Il n’y aurait aucune différence idéologique majeure entre l’ancien et le nouveau FN ?

Y a-t-il une révolution idéologique au FN ? Non ! Vous avez cette illusion car vous n’avez pas lu certains éditoriaux de Jean-Marie Le Pen de 1992, que je pourrais signer aujourd’hui Le FN n’a pas changé, il a toujours été opposé à la mondialisation, pour la maîtrise des frontières et pour un État stratège, tout en étant, bien entendu, favorable à la libre-entreprise.

Comme votre père a écrit tout et son contraire, vous trouverez toujours un de ses vieux éditos pour confirmer vos propos…

Si vous m’avez fait venir pour expliquer que je suis une gauchiste, je préfère m’en aller tout de suite !

Très bien, vous n’êtes pas gauchiste. Mais, à notre connaissance, vous ne vous dites pas non plus d’extrême droite. Si vous nous expliquez que le FN n’a jamais été d’extrême droite, la discussion va vite tourner court en effet ! Vous avez voulu la dédiabolisation, c’est bien que diabolisation il y avait, et pas seulement parce que les gens sont méchants, si ? Dans les couloirs du congrès de Tours, on croisait des cathos tradis, des partisans de l’Algérie française, sans oublier quelques « fachos » bon teint, qui ne cachaient pas leur mépris pour « la Gueuse »… Et avant votre discours, truffé de références à la République, à Valmy, à la Résistance, Bruno Gollnisch a enflammé la salle en parlant de « nos morts du 6 février 1934 ». Alors ne nous racontez pas qu’il n’y a pas de rupture. Du reste, c’est exactement ce que disent vos adversaires…

La vraie rupture, c’est que le FN est devenu un mouvement offensif. Je refuse de me laisser enfermer dans le coin du ring des antirépublicains et des opposants à la laïcité. Autrefois, on s’y résignait, au risque de ressembler à la caricature que nos adversaires faisaient de nous. C’était une erreur stratégique. Eh bien, j’ai décidé qu’il fallait cesser de laisser nos adversaires définir ce que nous étions. Que cela leur plaise ou non, nous sommes démocrates, républicains, et nous ne cachons pas notre drapeau. Et tant pis si cela coince avec certains de nos anciens militants. Sur un certain nombre de sujets, la laïcité, l’État stratège, la protection des faibles, la gauche nous disait : « Circulez, écartez-vous, zone réservée ! » Nous avons repris notre place, et personne ne nous empêchera de l’occuper.

Vous faites de l’ombre à la gauche sur le terrain du social, et à la droite sur l’immigration et l’insécurité, mais l’« UMPS » a beau jeu de vous intenter un procès en crédibilité en soulignant que vous ne comptez pas dans vos rangs les cadres compétents nécessaires pour exercer le pouvoir. 

L’opinion de l’UMPS sur nos compétences, je m’en fiche éperdument ! Je n’ai pas de leçon de compétence à recevoir de ceux qui ont tout raté. Ce que je sais, moi, et ce que savent les électeurs, c’est que la professionnalisation du Front national est une réalité. Nous avons aussi fait émerger de nouveaux visages, souvent jeunes, mais qui ont déjà une longue expérience politique : beaucoup se sont engagés en politique à 15 ans, et ont été élus conseillers municipaux à 20 ! Louis Aliot, Steeve Briois, Nicolas Bay, Marion Maréchal-Le Pen, David Rachline sont des militants aguerris qui se sont frottés aux réalités du pays, ce qui les rend infiniment plus intéressants qu’un Emmanuel Macron, qui n’est que la version mise à jour d’un Alain Juppé ou d’un Laurent Fabius.

Admettons, mais, sans même parler des cadres dont vous auriez besoin pour diriger la France au cas où, il y a 36 000 communes et 2 000 cantons en France. Prenons l’exemple de vos maires : le cas de Fabien Engelmann, condamné par la justice, à Hayange n’est pas une réussite.

Votre exemple est mal choisi ! Avant les municipales, nous avons subi une campagne de dénigrement sur le thème : ce sont des amateurs, des nuls, ils n’ont jamais été au pouvoir, ça va être la catastrophe… Alors, certes, Fabien Engelmann a eu un conflit avec l’une de ses anciennes colistières, ce qui arrive dans tous les partis, mais selon une étude récemment publiée, soit un an après les municipales, 74 % des habitants des villes FN sont très satisfaits de l’action de leurs maires. C’est 10 points de plus que la moyenne des villes UMPS de même catégorie ! J’ajoute que 72 % trouvent que leurs impôts sont très bien utilisés et que 95 % des électeurs qui ont voté FN ne le regrettent pas. Comment certains peuvent-ils encore prétendre, face à de tels résultats, que le vote FN ne serait pas un vote d’adhésion ? Enfin, les résultats du 1er tour des départementales dans nos villes démontrent un véritable plébiscite de la gestion de nos communes.

Certains de vos candidats aux élections départementales peinent malgré tout à convaincre de leurs compétences. Suffit-il d’avoir des idées sur l’islam et la théorie du genre pour être un bon conseiller départemental ?

Vous en avez rencontré beaucoup, des conseillers départementaux ? Vous croyez qu’ils ont tous fait l’ENA et Sciences Po ? Et d’ailleurs, pourquoi serait-il nécessaire de sortir d’une grande école pour être un bon conseiller départemental ? Vous trouvez peut-être que nos candidats ont « une sale gueule », comme l’a dit le journaliste de France 2 Michel Mompontet.

Vous n’êtes pas à Libé ! Un autre exemple : en dehors de l’odieux photomontage sur Taubira qu’elle avait relayé et qui l’a fait connaître, Anne-Sophie Leclère n’avait peut-être pas tout-à-fait le niveau qu’on attend d’une élue. Le FN n’étant pas présent dans tous les villages de France depuis des siècles, trouver des candidats (et désormais des duos) est forcément compliqué.

Nous souffrons d’un déficit d’implantation locale par rapport aux autres partis, c’est incontestable, et c’est pourquoi j’ai fait des scrutins territoriaux une priorité. Beaucoup de nos candidats aux départementales n’ont jamais été élus. C’était le cas des 1 600 conseillers municipaux de l’an dernier. Eh bien, ils apprennent, et ils apprennent assez vite. La politique, c’est l’affaire de tout le monde. Notre Constitution ne dit pas autre chose – « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Alors oui, mes candidats sont des bouchers, des agents d’assurances, des profs, des chefs d’entreprise… Qu’est-ce que cela a d’extraordinaire ? Attendons de les voir à l’œuvre !

En attendant, plusieurs de vos candidats n’ont toujours pas appris la politesse, ni l’amour de leur prochain. Nous pensons à tous ceux qui se sont illustrés par des déclarations gracieuses sur les « mahométans », les Noirs et les Arabes…

Vous évoquez une dizaine de candidats aux départementales qui ont dit des horreurs sur les Arabes et les musulmans. Je plaiderai tout simplement pour qu’ils soient tous mis à la porte. Mais une fois qu’ils ont été officiellement investis candidats du Front, je ne peux malheureusement pas retirer leur bulletin des bureaux de vote. Dieu merci, ces individus n’avaient aucune chance d’être élus, mais si par malheur cela arrive, ils ne participeront à aucun groupe étiqueté Front national. Si je suis intransigeante là-dessus, ce n’est pas par peur des suites judiciaires, mais par souci de décence. Ces gens à la pensée raciste doivent comprendre qu’ils n’ont rien à faire au FN. Cela fait quatre ans que je le dis, que je sanctionne, que je vire les coupables, mais certains n’ont pas encore compris.

Ah bon, on croyait que rien n’avait changé. Mais que vont devenir les racistes ?

Je ne suis aucunement en charge de leur avenir.

Quoi qu’il en soit, dès lors que vous visez la présidence de la République, il est légitime de poser la question de votre capacité à gouverner. Avez-vous les quelques centaines de personnes nécessaires pour tenir les ministères, les préfectures… ?

N’ayez pas peur ! Je n’aurai aucun problème à constituer un gouvernement, ni à trouver les 300 personnes qualifiées pour diriger la France. La haute fonction publique française est parfaitement légaliste. Elle se mettrait très naturellement au service du nouveau gouvernement, comme elle l’a fait à chaque alternance. Beaucoup de hauts fonctionnaires ou de cadres des grandes entreprises travaillent déjà avec moi. Dans l’anonymat, afin de respecter le devoir de réserve et de ne pas être mis au placard, mais aussi parce qu’ils me sont plus utiles ainsi que s’ils se présentaient à des élections.

Il y a aussi la pression sociale et médiatique qui rend infréquentable quiconque se compromet avec vous. Tant qu’on joue « FN contre le reste du monde » (en l’occurrence de la France), vos chances d’arriver à 51 % des voix à la présidentielle sont assez faibles, et ne parlons pas de celles d’avoir une majorité.

À la présidentielle, l’UMPS n’existe pas. Il y a des hommes et des femmes qui sont candidats, et c’est sur ces candidats, pas en fonction des directives des partis, que les Français se déterminent. Allez demander aux électeurs de l’UMP de voter Hollande ou aux électeurs de gauche de voter Sarkozy… Faisons un peu de politique-fiction et imaginons, en 2017, un second tour François Hollande-Marine Le Pen, le résultat de F. Hollande ne serait pas l’addition de son score et de celui de Nicolas Sarkozy (ou d’un autre) au premier tour ! Bref, au second tour, l’UMPS ne peut pas être considérée comme un bloc homogène. Quant à une majorité, je ne vois pas les Français m’élire sans me donner les moyens de gouverner. C’est la logique des institutions. Elle ne s’est jamais démentie.

Il est vrai que les électeurs de l’UMP et du PS ne suivent pas les consignes de vote de leurs leaders, du reste, il n’est pas certain que les vôtres vous suivraient si vous en donniez. Or, même si vous recrutez à gauche, la porosité entre votre électorat et celui de l’UMP est plus forte qu’avec le PS. Dans ces conditions, le « ni-ni » est-il tenable ?

Je ne donne pas de consignes de vote et je n’ai jamais dit « ni-ni ». Ma seule ligne, c’est « liberté de vote » !

Donc aucune alliance, même à long terme ? Vous voulez arriver au pouvoir seule ou pas du tout, c’est ça ?

Je ne vais pas choisir entre l’un des deux camps, puisque j’observe qu’ils font la même politique et que cette politique est néfaste… En revanche, je veux répondre aux attentes des déçus des deux camps. Et ça fait pas mal de monde….

En attendant, il y a plusieurs sujets sur lesquels vos électeurs n’adhèrent pas vraiment à la ligne du parti. Après le voyage de quatre députés français à Damas, un sondage publié par Le Journal du dimanche montrait que les plus hostiles, à 71 %, à une reprise du dialogue avec Assad étaient les sympathisants FN (suivis par ceux du Front de gauche).

Je crois qu’un élément a beaucoup joué : ces députés étaient UMP et PS. S’il y avait eu un élu Front national dans le lot, les résultats auraient été différents.

Et c’est nous qui prenons les gens pour des c…

Vous prenez le problème à l’envers ! Mon rôle n’est pas de suivre mes électeurs – si cela suffisait, n’importe qui pourrait me remplacer – mais de défendre un projet politique. Et cela n’est en rien méprisant d’observer que, sur des questions internationales complexes, il peut y avoir des incompréhensions. Il faut du temps pour faire de la pédagogie. En 1991, quand Le Pen s’est opposé à la guerre du Golfe, des dizaines de cartes du FN sont revenues au siège, découpées en deux. Les gens ne comprenaient pas les tenants et les aboutissants de ces problématiques géopolitiques. Mais Le Pen a tenu bon et, aujourd’hui, l’immense majorité des Français, à gauche comme à droite, sait qu’il a eu raison.

Restons sur la politique étrangère. En dehors de votre éventuelle dilection pour les leaders « qui en ont » façon Poutine, pensez-vous que, dans la crise ukrainienne, tous les torts soient du côté de Kiev et de ses alliés ? Les atteintes russes à la souveraineté ukrainienne sur la Crimée et l’est du pays ne vous dérangent pas ?  

Je ne suis pas à 100 % pro-Poutine, mais je ne supporte plus la propagande américaine déversée à longueur de temps par nos élites. L’Union européenne diffuse une propagande à tonalité guerrière alors qu’elle porte une très lourde responsabilité dans la situation en Ukraine. L’engagement pris par l’OTAN lors de la réunification allemande de ne pas s’étendre jusqu’aux frontières de la Russie est en train d’être violé. Et ce, alors qu’on sait très bien qu’il ne faut pas chatouiller l’ours russe sur ses zones d’influence. L’Union européenne a soufflé sur les braises des divisions au sein même de l’Ukraine, et jeté l’est du pays contre l’ouest. Les Occidentaux ont fait signer un accord d’union nationale au président Ianoukovitch, en présence de Fabius, puis encouragé et fêté un véritable putsch vingt-quatre heures plus tard, entérinant l’arrivée au pouvoir à Kiev d’un gouvernement illégitime, ce qui a permis aux autorités de Crimée d’organiser un référendum. On a dit que ce référendum était illégal, mais illégal par rapport à quelle loi ? Celle d’un gouvernement lui-même illégal ? La Crimée est clairement russe, ses habitants ont plébiscité le rattachement à la Russie, notamment parce que le nouveau gouvernement ukrainien les menaçait dans leurs droits élémentaires.

Quoi qu’il en soit, si votre base est plutôt poutinienne, elle est beaucoup moins fan de Syriza. Vos électeurs apprécient diversement vos éloges appuyés du Mélenchon grec.

En tout cas, la presse en a fait son miel : elle soutient Syriza, elle est d’extrême gauche, vous vous rendez compte ! Mais au FN, les militants n’ont pas du tout réagi de cette façon. Ils ont très bien compris pourquoi je me réjouissais de la victoire d’un mouvement qui conteste la politique d’austérité européenne, alors que sur tout un tas de sujets, je suis loin de partager les positions de Syriza. Du reste, ses premiers pas sont décevants, et ils le seront tant que Tsipras n’aura pas admis que l’euro et l’austérité sont indissolublement liés.

Il n’en est pas moins vrai que votre électorat est loin d’être homogène, ne serait-ce que parce que les notions de « droite » et de « gauche » continuent à structurer les affects politiques. À bien des égards, le FN est un parti de gauche qui a beaucoup d’électeurs de droite. « À force de faire du Chevènement, vous allez faire des scores à la Chevènement » : la blague de Zemmour n’était pas seulement une blague…

Encore une caricature. Éric Zemmour est un remarquable écrivain, un très bon analyste, mais un mauvais politique, ce que, parfois, il admet lui-même

Pourrait-il y avoir un parti à votre droite ?

Évidemment. La mouvance identitaire existe, elle a déjà présenté des candidats. Certains de ses sympathisants tentent de faire de l’entrisme au FN dans l’espoir de nous influencer, sans le moindre résultat. Sur le site Fdesouche, je suis abondamment critiquée. Bref, je vois bien qu’il y a à notre droite des gens qui ne sont pas ravis de toutes nos positions. Je ne vais pas en changer pour leur faire plaisir. Cela étant, s’ils pensent, malgré leurs réserves, que je suis la moins néfaste pour la France, je ne vais pas leur dire d’aller se faire voir !

Et les soralo-dieudonnistes, font-ils aussi de l’entrisme ?

Je ne crois pas. D’ailleurs, ils ont monté leur parti. Je m’en réjouis, cela a au moins le mérite de clarifier la position du FN.

Venons-en à la mère de toutes les batailles pour le Front national : la question migratoire. Sans parler de la régulation des flux, comment comptez-vous œuvrer à l’intégration des Français d’origine étrangère ?

Retrouver des frontières, limiter l’immigration au socle minimum, supprimer le droit du sol, arrêt de toutes les aides incitatives à l’immigration clandestine. D’abord, je bannis le mot « intégration » pour y substituer le terme et la politique d’« assimilation ». Comme première mesure, je refuserai toute revendication communautariste : fini les contenus scolaires spécifiques, les horaires séparés dans les piscines, etc. Dans un second temps, je romps avec toutes les politiques qui font la promotion des différences culturelles, comme les cours de langue et culture d’origine. Je supprime aussi la double nationalité : ses possesseurs devront choisir s’ils veulent rester français ! Croyez-moi, cela réglera un certain nombre de problèmes. Enfin, j’engagerai une lutte active contre le fondamentalisme islamiste. C’est un cancer qui se développe de manière exponentielle dans un certain nombre de quartiers et qui menace l’unité nationale.

Faute de temps pour discuter chacun de ces points, une précision sur votre stratégie. Envisagez-vous de diriger personnellement la liste FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie aux élections régionales de décembre 2015 ?

Tout me pousse à partir à cette élection : d’abord mon caractère combatif, mais aussi le fait que j’ai une vision très précise de ce qu’il faut y faire et de ce qu’il ne faut plus y faire ! Mon problème tient au calendrier : la présidence d’une grande région fusionnée est-elle compatible avec l’agenda de la campagne présidentielle ? Nous avons encore le temps pour réfléchir, la question reste donc ouverte.

Venons-en à une question que nous avons gardée pour la fin parce qu’il paraît qu’elle vous énerve beaucoup : certains prétendent que Florian Philippot est la seule personne que vous écoutez. Êtes-vous maraboutée ?

Je ne suis maraboutée par personne, cette histoire n’a aucun sens. Vous n’avez qu’à lire le livre que j’ai publié en 2005, vous vous apercevrez que toutes mes convictions d’aujourd’hui y étaient. Florian est un garçon de grande qualité qui a une bonne analyse politique. Devant ce jeune énarque, on aurait pu se dire : au premier coup de vent, il va s’inquiéter, paniquer. Or il est beaucoup plus solide qu’on ne l’imagine.

Avec qui discutez-vous du fond ? Certains disent que vous n’échangez qu’avec ceux qui ont le même avis que vous…

C’est Le Pen qui dit ça ! Comme il trouve que je ne lui parle pas assez, il pense que je ne parle qu’aux autres. Il râle parce que, selon lui, je dirige le FN avec mon « petit groupe », mais mon « petit groupe », c’est le bureau exécutif du Front !

Puisqu’on en est aux sujets qui fâchent, parlons un peu de votre père. À plusieurs moments stratégiques pour vous, il a lâché une des sorties douteuses dont il a le secret – par exemple, une petite blague sur un journaliste dont la judéité ne se voyait « ni au nom ni au nez », cinq minutes avant que vous montiez à la tribune du congrès de Tours. Vous arrive-t-il de craindre qu’il vous empêche, volontairement ou pas, de mener la dédiabolisation à son terme ? 

Le Pen a sa manière de faire de la politique. Nous avons un désaccord majeur : pour lui, « parlez-en en bien, parlez-en en mal, l’important est qu’on en parle ». Moi, je pense que les polémiques nous empêchent de parler du fond. Quand elles occupent les trois quarts d’une émission, je suis très mécontente, car je ne peux pas présenter mon programme aux Français. Encore une fois, le FN est devenu un parti de gouvernement, mais Le Pen conserve les réflexes d’un contestataire.

Pour ne pas dire d’un fouteur de merde…

C’est son côté punk ![/access]

*Photo : Hannah.

Départementales : les perdants sont aussi Juppé et Bayrou

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juppe sarkozy bayrou

juppe sarkozy bayrou

Dans l’actualité post-électorale, il n’y en a que pour les « frondeurs » du PS. Ils sont nombreux. Combatifs. Vindicatifs. Ils veulent la peau de Manuel Valls et l’auront peut-être. Ils veulent aussi celle de François Hollande. Ce sera sans doute un peu plus difficile. Mais dès que Martine Aubry, à laquelle nul ne conteste ses qualités de bulldozer, entrera dans la bataille, le glas commencera à sonner pour le président de la République.

L’UMP a aussi ses « frondeurs ». Mais eux ne s’affichent pas comme tels. Ils s’avancent masqués. Sournoisement. On en connaît deux. François Fillon, dont on ne parlera pas car il s’est montré digne et honnête en s’abstenant de tout commentaire au soir de la victoire de l’UMP, qui fut aussi celle de Nicolas Sarkozy son rival. Digne et honnête sont des qualificatifs qu’on ne peut, avec toute la meilleure volonté du monde, accoler au nom d’Alain Juppé.

Il hait Sarkozy et ne cherche pas vraiment à s’en cacher. Au soir du premier tour des élections départementales, il s’est exclamé : « J’ai gagné ! ». On ne savait pas que le culot pouvait être une vertu en politique… L’ancien Premier ministre a en effet jugé que sa stratégie d’ouverture au centre – jusqu’au Modem de Bayrou – avait apporté la victoire. En privé, en off, en in, il n’avait pas eu de mots assez durs pour fustiger l’attitude de Sarkozy. Ce dernier pour Fillon est un rival. Pour Juppé, c’est un ennemi.

Le président de l’UMP préconisait le « ni-ni » en cas de duel PS-FN. Juppé appelait à voter PS. Sarkozy parlait-il de sécurité, d’identité, de laïcité ? Aussitôt de l’entourage de Juppé fusaient les pires accusations : identitaire, islamophobe, sécuritaire. Pas très loin donc du parti de Marine Le Pen. Et on lui donnait le coup de grâce en reprenant, mezza voce, une bonne vieille phrase de Jean-Marie Le Pen : « Les Français préféreront toujours l’original à la copie ».

Au soir du deuxième tour, Alain Juppé a souffert. Ô rage, ô désespoir ! N’étant pas dans son intimité, nous ne disposons pas d’éléments pour décrire quelle forme ont pris ses tourments. Oublié le « j’ai gagné ! » du premier tour, jetés à la poubelle les mots qu’on se voudrait de n’avoir jamais prononcé. Le communiqué d’Alain Juppé saluait la victoire de l’UMP et de l’équipe soudée autour de son « président ». « De son président » ? Pour avoir été contraint de le dire, Juppé en haïra encore plus Sarkozy…

Fidèle à la voix de son maître, François Bayrou s’est également félicité de la victoire de l’opposition UMP, UDI et Modem réunis. Bof ! Les troupes de M. Bayrou tiendraient aisément dans une cabine téléphonique et il est en droit d’envier les scores, lamentables par ailleurs, des écologistes. Avec tout le respect que l’on doit « au meilleur d’entre nous », on peut s’interroger sur les résultats électoraux d’un tandem Juppé-Bayrou. Il est vrai qu’ils sont assurés du soutien de Libération et des Inrockuptibles. Ça fera une deuxième cabine téléphonique…

*Photo : FERNAND FOURCADE/SIPA. 00678341_000001.