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Hollande à …0, 5% !

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« François Hollande est à 0,5% d’opinons favorables ! ». Je savais que ça n’allait pas très fort pour la cote de popularité présidentielle, mais, en entendant ces propos échangés par deux quidams dans un bistrot du côté de la Gare de Lyon, j’ai sursauté. J’avais cru comprendre que ça stagnait déjà dans les eaux historiquement basses des 18-20%. Alors, 0, 5% tout de même, Hollande avait dû faire une nouvelle gaffe. Par exemple accepter une énième exigence de Gattaz. Gattaz, lui, me fait penser de plus en plus à un joueur de roulette qui se sait dans une période de chance et qui ose tout en misant systématiquement sur la même couleur. Hollande, si ça se trouve, venait d’accepter la fin du Smic, la baisse de l’âge de la scolarité obligatoire à 12 ans ou le démantèlement de l’inspection du travail afin de libérer l’initiative des entrepreneurs et de favoriser le retour de la croissance. C’est vrai, quoi, Hollande est persuadé que le seul moyen de gouverner, c’est de gouverner à droite. On ne peut pas lui en vouloir, les élections ont l’air de confirmer cette  impression alors qu’en fait, ce sont les Français qui manquent d’imagination, comme on l’a vu aux municipales. Ils ne sont pas contents de la gauche parce qu’elle mène une politique de droite alors ils décident de faire mal à la gauche en votant à droite. On a vu plus logique.

Mais revenons à ces 0, 5% hollandiens, parce que tout de même, on entre là dans les contrées mystérieuses de l’imperceptible, les zones pascaliennes de l’infinitésimal, on approche du « vanishing point », bref  on fait dans la poésie pure…

Et puis j’ai compris que ce n’était pas tout à fait la cote de popularité présidentielle dont il était question avec ce 0, 5%.  Le Parisien trainait sur le comptoir, entre les œufs durs et les pompes à bières.  Et on pouvait y lire ce sondage qui était une sorte de banc comparatif entre les différents présidents de la Vème république. Je soupçonne d’ailleurs que le but ultime était tout de même d’arriver à ce score humiliant pour Hollande, que l’on s’était torturé les méninges du côté du journal pour parvenir à ce 0, 5%. Un peu comme si, pour jouer au même petit jeu avec Gattaz, puisqu’on parle de lui, la question auprès d’un échantillon représentatif de 1072 françaises âgées de 18 ans et plus, avait été : « Avec quelle  personnalité aimeriez vous passer la nuit ? Laurent Delahousse, Manuel Valls, Antoine de Caunes, David Beckam ou Pierre Gattaz ? » Et que l’on avait titré fièrement ensuite : « Moins de 0, 3% des femmes font confiance aux patrons. »

Bon, en même temps, c’est la loi du genre et l’on sait depuis un bout de temps que les sondages sont au service de qui les commande et ont eu une belle part dans la transformation de nos démocraties, certes imparfaites, en barnum putassiers où l’on laisse s’exprimer les pires pulsions à force de poser des questions qui rendent bêtes : « Préférez vous qu’on reconduise les immigrés à la frontières ou avoir un cancer ? » Résultats : « Une écrasante majorité de Français pour un durcissement de la politique migratoire. »

Dans ce sondage qui l’envoyait au quatrième sous-sol, Hollande était battu par De Gaulle et Mitterrand, 36% et 27% des Français. Etant donné que les deux font davantage partie de l’histoire que de l’actualité, c’est tout de suite plus facile. On a sa statue dans le marbre et ce que vous avez fait est l’objet de sages colloques universitaires pas d’éditos au vitriol. Le premier a libéré la France et sauvé au moins deux fois la République alors qu’il était maurassien. Le second a sauvé la gauche avant de l’assassiner dans la foulée mais c’est normal car il était maurassien aussi. Mais au moins lui doit-on quelques mois entre mai 81 et fin 83 où l’on a entrevu ce que pouvait être la gauche au pouvoir.

Mais appartenir à l’histoire ne suffit pas. Toujours si l’on en croit ce sondage, Pompidou est battu par Sarkozy, Giscard et Chirac. On en déduira qu’il faut appartenir à l’histoire ET affronter des crises pour rester dans les mémoires. Pompidou a pourtant été le président d’une France heureuse, même pour ceux qui luttaient contre l’ordre établi. Finalement, quand on était un gauchiste de La Cause du Peuple, ce devait être tout de même plus plaisant d’affronter un président qui récitait à l’estomac du Paul Eluard face à l’affaire Gabriel Russier qu’un président qui aurait giflé la Princesse de Clèves pour moquer les concours administratifs.

Sarkozy est tout de même sur le podium, avec 10%. Loin derrière De Gaulle et Mitterrand mais coiffant sur le poteau Giscard et Chirac qui sont à égalité [1. On goûtera l’ironie quand on sait à quel point ces deux-là se sont aimés…]. Malgré tout, ce n’est pas bien exaltant comme résultat. C’est encore tout frais, Sarkozy, pourtant. Il faut croire que la prestation de Hollande n’a pas réussi tout à fait à faire oublier celle de Sarko qui, si on regarde en détail, est celui qui polarise encore le plus la gauche et la droite.

On dira que ces 10% posent un voile pudique sur le bouclier fiscal, le discours de Grenoble, Buisson et l’instrumentalisation de l’identité nationale pour ne se souvenir que de cette énergie déployée qui a entretenu une illusion, celle que le Président de la République pouvait influer en quoi que ce soit sur le destin de ses concitoyens. Parce que, si vraiment nous sommes honnêtes, ce que nous reprochons au fond, à gauche comme à droite, à Hollande, ce qui explique ses 0, 5%, ce n’est pas tant sa politique qui est la même que celle de Sarko, c’est de ne plus être capable, lui, de cacher  son impuissance, de cacher le fait que le roi est nu.

Les 0, 5% de Hollande ne disent pas grand chose sur Hollande, en fait. Mais beaucoup sur notre lucidité  historique et notre désespoir démocratique : le pouvoir, désormais, est ailleurs.

Suède : association de petits fraudeurs

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Enfin une association qui marche! C’est ce que révèle un article du New York Times paru hier. Le groupe suédois Planka réuni de plus en plus de membres… Un succès dû à l’idée phare du projet : enseigner à ses adhérents comment frauder dans le métro. La formation,des plus sérieuses, est appuyée de vidéos et d’un (très beau) site officiel.

Car ne nous y trompons pas, les voleurs du train souterrain ont des principes et doivent respecter des règles strictes.

Première règle du dodge-club : tu payeras tous les mois 11 euros au club.

Tous cotisent et mutualisent afin de soutenir celui qui sera pris la main dans le sac.

Seconde règle du dodge-club : tu ne payeras jamais tes transports.

Les services publics sont totalement dépassés par ce phénomène qui se multiplie et s’organise toujours mieux depuis son émergence il y a treize ans. La modernisation des portes de sécurité n’y fait rien, la préparation et l’armement des contrôleurs non plus, le club Planka a toujours un coup d’avance. Le drame, c’est que plus le temps passe, plus les fraudeurs  perfectionnent leur technique.

Du coup, la maison fait des bénéfices. Et les Robin des voies du métro distribuent leur bourse aux étudiants et autres compagnons de la poche vide.

Les mutuelles sont toujours venues seconder les sociétés déstructurées, qui ne remplissent plus leur rôle. Mais la Suède se veut un Etat ultrasocial. Son système de transports est recommandé par tous les guides. Dans son métro propre, confortable, toujours régulier, les tarifs sont raisonnables, tout ce dont on ne pourra jamais rêver en France. Et pourtant, c’est là-bas qu’a germé la plus grande organisation de fraude souterraine. À croire qu’une société ultra-maternaliste reproduit les mêmes comportements qu’une société à la dérive. Seules les raisons diffèrent. Et cette fois-ci, c’est l’ennui.

Nous proposons donc à nos camarades suédois, pour lutter contre ce « mal du siècle », d’augmenter encore la dose de frissons. Pourquoi ne pas frauder aux impôts et organiser un pot commun dans lequel piocher en cas de redressement fiscal ?  En plus, les impôts, c’est pas comme les métros, y’en a toujours trop !

Moisir à trente ans

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jeunesse chomage stage

Des lycéens dans les rues et des facs occupées contre la réforme des retraites : à l’automne 2010, on a pu voir un instantané de l’époque, peut-être la meilleure définition de sa jeunesse. Attention, je ne critique pas. D’abord, c’est de notre faute : le chômage, la dette, l’i Phone 18 qui est en rupture de stock, rien ne va dans le monde qu’on leur laisse. Ou plutôt qu’on n’est pas près de leur laisser, c’est bien l’une des données du problème. Si les jeunes sont vieux, c’est parce que les vieux sont jeunes – jusqu’au moment où ils basculent dans le « grand âge », comme on dit pudiquement. Quand la vieillesse arrive à 80 ans, la jeunesse peut bien se poursuivre  jusqu’à 40 (pour les sondeurs, « jeune », c’est 18-34). Et comme elle commence aussi de plus en plus tôt, le résultat, c’est que la jeunesse dure longtemps.

Résultat : l’avenir, pour un trentenaire d’aujourd’hui, pourrait se résumer à une longue attente : des années à piétiner au seuil du marché du travail, autant à patienter pour que des places se libèrent. Et à supposer que les emplois libérés n’aient pas disparu, à partir de là, il devra trimer pour payer des croisières à ceux qui les auront libérées, avant de devoir financer leurs maisons de retraite et leur « fin de vie ». C’est chouette de garder ses papys et mamies longtemps, l’ennui, c’est qu’il y a aussi ceux des autres, alors notre trentenaire n’est pas rendu. Bon, « génération sacrifiée », ainsi que les intéressés aiment à se décrire, c’est un peu exagéré – on ne les envoie pas dans les tranchées. De plus, s’ils sont « sacrifiés », ils ne sont pas les premiers. Ces aimables jeunes gens ont tendance à oublier que leurs parents en ont déjà pas mal bavé. La génération vernie, c’est évidemment celle de leurs grands-parents.

On a dit beaucoup de mal de cette « génération 68 », et on a eu raison. Jouisseurs, égoïstes, hédonistes, pharisiens, les enfants du baby-boom ont profité de leur supériorité numérique pour imposer leur tempo, leurs idées et leurs priorités au reste de la société – inflation et dépense publique pour eux, austérité et rigueur pour leurs petits-enfants. Comme si leur agenda caché avait été : Du futur faisons table rase ! N’empêche, on dira tout ce qu’on voudra, ils étaient plus marrants. Entre les joyeuses « gouines rouges » d’hier et les sévères surveillantes de Osez le féminisme !, il n’y a pas photo.

C’est ainsi, de nos jours, les jeunes, ça ne rigole pas. On vous dit qu’il n’y a pas de quoi rire. Ils n’ont pas non plus de hauts faits d’armes à faire valoir : ni Résistance, ni barricades, pas même un président renversé. En politique, leurs parents auront offert à la France François Mitterrand, SOS Racisme, un FN à 18 % et, en prime, le grand frisson de l’antifascisme. Eux militent pour l’abolition de la prostitution et créent un collectif appelé « La retraite : une affaire de jeunes ». Vous avez raison , les petits gars : ma retraite, c’est votre affaire. Si, comme l’explique un sociologue allemand cité par Laurent Cantamessi, une génération se définit par un événement fondateur, on comprend que celles qui ont succédé aux soixante-huitards aient du mal à se trouver un petit nom. Celui de « bof génération » dont on a affublé leurs enfants était déjà éloquent. Que leurs petits-enfants se désignent eux-mêmes comme la « génération Y » témoigne d’un certain flou identitaire.

Le jeune, donc, a d’excellentes raisons de se plaindre. Il ne s’en prive pas. À en croire la vaste enquête « Génération quoi ? », lancée par France Télévisions, et à laquelle 210 000 jeunes âgés de 18 à 34 ans ont répondu, il se sent méprisé, discriminé. Les politiques ont beau jurer, la main sur le cœur, que la jeunesse est leur priorité, les sociologues, sondeurs et experts en tout genre ont beau la scruter sous toutes ses coutures, étudier ses goûts et ses mœurs comme si elle était une espèce rare et menacée, il continue à se dire mal-aimé. De ce point de vue, il est d’ailleurs parfaitement intégré. Interrogez n’importe quelle catégorie de la population, les riches, les pauvres, les femmes, les immigrés ou les coiffeurs, elle vous dira la même chose. En ce sens, le jeune est un ayant droit comme les autres, un créancier à qui la collectivité ou son voisin ne donnent pas ce qui lui revient. Et le pire, répétons-le, c’est que c’est souvent vrai.

Heureusement, le jeune n’est pas toujours logique. Il pense souvent que la jeunesse est malheureuse, mais que pour lui, ça va plutôt bien. Dans la même logique, il  en veut à la génération qui l’a précédé, mais il aime son papa et sa maman. Il pense que les politiques sont corrompus mais il n’a pas la moindre envie de faire la révolution, quelles que soient les illusions de beaucoup de journalistes et autres spécialistes qui aimeraient bien vivre ou revivre le grand frisson à travers leur progéniture.

« Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre » : le titre de l’article que Le Monde a consacré à l’enquête « Génération quoi ? [1. « Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre », Le Monde, 25 février 2014.] », offrait un amusant contraste avec la description d’une jeunesse inquiète et désabusée. Il est vrai que 61 % des participants se sont déclarés « prêts à participer à un mouvement de révolte type Mai-68 demain ou dans les prochains mois ». Mais au-delà de ces proclamations qui ne mangent pas de pain, on ne voit pas bien au nom de quelles idées ils feraient la révolution. Ils ne rêvent pas d’avenir radieux, juste d’un futur convenable. Peut-être se disent-ils qu’à la différence de leurs glorieux aînés,  il ne leur servirait pas à grand-chose de passer par la case « Changer le monde » pour espérer, au bout du compte, y faire leur trou, dans ce monde, à défaut d’une véritable place au soleil. Ils sont prêts à bosser d’arrache-pied pour y arriver. Avoir un boulot, se marier, faire des enfants, acheter un appartement : leurs ambitions auraient fait ricaner les heureux contestataires de Mai – qui ont fini par réaliser exactement les mêmes, souvent plusieurs fois s’agissant des appartements et des mariages. Le jeune, lui, sait trop bien que, sous les pavés, il y a les pavés. Il est devenu réaliste, il se contenterait du possible.

En attendant, le spectacle d’adultes répétant sur tous les tons que, décidément, c’est trop dur d’être jeune tout en déployant une énergie considérable pour le rester est pour le moins paradoxal. Flatter la tentation victimaire des jeunes n’est peut-être pas le meilleur service qu’on puisse leur rendre. Après tout, on ne meurt pas de jeunesse. Qu’ils se rassurent, ça finit toujours par passer.

Le sermon du Père Plenel

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edwy plenel mariage gay

En 1829, des adeptes de Saint-Simon s’établirent à Ménilmontant pour créer une communauté selon les préceptes de leur mentor, qui dégénéra en secte mystique, appelée « Nouveau Christianisme ». Quelques siècles plus tard, un autre prêcheur a convié ses disciples sur les pentes de l’ancien faubourg parisien. Edwy Plenel, le gourou de Mediapart, patronnait une soirée-débat au théâtre de la Colline, lundi 19 mai, sur le thème : « Du « mariage pour tous » à « la-théorie-du-genre », nouveaux clivages, alliances nouvelles ».

L’objectif était de faire un bilan des débats de l’an passé, et d’analyser la mobilisation hostile aux réformes sociétales. La date de la célébration était choisie pour coïncider avec l’anniversaire du vote de la loi Taubira sur le mariage homosexuel, le 17 mai 2013. Autour de Plenel, officiaient Houda Asal, de l’Université McGill, spécialiste des inégalités sociales, Céline Béraud, de l’Université de Caen, experte en « fait religieux », et Éric Fassin, de l’Université Paris 8, sociologue, et militant LGBT décomplexé.

Devant un public nombreux, plutôt grisonnant et bobo, le Père Edwy Plenel prêcha fougueusement. En guise d’action de grâce, il loua le progrès historique indéniable que représentait la légalisation du mariage gay. Pour l’exhortation, il s’alarma de la montée de la réaction, « homophobe, raciste, antisémite ». La situation justifiait une telle soirée, afin de préparer la riposte. Pour illustrer son propos, il déclama une citation de Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Les « monstres ». Voilà l’adversaire nommé. « Avez-vous vu, Mesdames, les monstres de la mi-janvier, qui manifestèrent contre l’avortement ? Ce sont les mêmes qui s’opposaient au droit de vote des femmes, à la contraception… Ce ne sont que les poupées gigognes de notre ennemi inchangé : le conservatisme ». Le ventre de la bête est encore fécond, et Plenel ne craint pas le formol, lorsqu’il désigne l’origine du mal : « l’Action française ». Oui, vous avez bien lu. « Ce laboratoire idéologique de la réaction,  hélas non dénué de talent, qui poursuit son travail de subversion ».

Succédant le prédicateur en chaire, l’experte en fait religieux se lança dans un exposé démontrant que l’Eglise catholique avait joué un rôle moteur dans la mobilisation de l’an dernier, les autres cultes et les « athées dévots », sympathisants de son message, s’étant ralliés à ses arguments anthropologiques, et non religieux. Elle déplora l’absence des « catholiques d’ouverture » dans le débat. Aussitôt, le Père Plenel nomma Jean-Pierre Mignard, « avocat de Mediapart », qui a racheté Témoignage Chrétien : « lui au moins est fidèle à la Parole de Dieu, ‘’Qu’as-tu fais de ton frère’’ ! »

Vint le tour de Houda Asal, qui annonça parler au nom de la communauté musulmane. À l’entendre, contrairement aux catholiques, tous unis contre le mariage gay, les musulmans seraient plus « divers », plus « en retrait ». Elle minimisa la portée des Journées de Retrait de l’Ecole initiées par Farida Belghoul, pour protester contre la théorie du genre. Elle déplora enfin l’islamophobie, qui, selon elle, accompagnait la réaction conservatrice anti-mariage gay. Elle se plaignit enfin que le clivage droite-gauche était actuellement brouillé par ces sujets : « vite, que la gauche redevienne la gauche, et la droite, la droite, qu’on s’y retrouve ! »

Quant à Éric Fassin, rompu à l’exercice des colloques mondains, il toisa l’assistance avec gourmandise et commença son sermon par une plaisanterie : « la banlieue est bien descendue à la Manif Pour Tous : c’était Versailles ! ». Effet garanti. S’ensuivit la dénonciation de la vision de l’homme issu du catholicisme, coupable d’avoir engendré un racisme biologique et « naturaliste ». Il termina sur un mot grave : « nous sommes dans les années 30 ». La solution ? « Réunir des publics, comme ce soir, peser dans le débat ».

Les prédications terminées, le public fut invité à participer à l’élaboration de la Sainte doctrine. Trois dames d’un certain âge tinrent à se présenter comme « sociologues » et « féministes ». Une autre précisa qu’elle vient du XIXe arrondissement, « quartier populaire », où s’était déroulée une attaque homophobe d’une violence inouïe : des autocollants Manif Pour Tous furent trouvés sur la voie publique. Par souci de parité, Plenel donna équitablement la parole à des hommes : le premier s’empara du micro pour se livrer à une charge contre l’Union nationale des associations familiales (UNAF), opposée au mariage gay l’an dernier, qui représente selon lui un « reliquat du pétainisme ». Le second demanda benoîtement si le débat sur la théorie du genre n’est pas le même que celui qui oppose créationnistes et darwinistes aux Etats-Unis, ce à quoi Éric Fassin opina du chef.

La messe allait être dite, lorsqu’un jeune téméraire du public demanda pourquoi les intervenants n’avaient pas évoqué la PMA et la GPA, qui jouèrent pourtant un rôle de repoussoir contre la loi Taubira. « J’ai manifesté à deux reprises l’an dernier : contre le Traité d’austérité européen, et avec la Manif Pour Tous. Pour moi, c’est le même libéralisme à l’œuvre, qui menaçait avec la PMA et la GPA ce qu’il y a de plus immatériel, la vie, l’enfant. Comment des gens de gauche peuvent-ils défendre qu’on puisse vendre son enfant ? »

Se sentant visé, Éric Fassin fit huer le fâcheux par une partie de la salle, tandis que l’autre demeurait dans un silence gêné. Il déclara qu’il fallait distinguer le marché, et les « droits », et assura que l’avenir était à la GPA éthique, « dans le cadre familial ».

Le prédicateur moustachu ramena le calme, et le sujet. Il déclara que la gauche, si elle était réellement courageuse, eût voté, avec le mariage gay, le droit de vote des étrangers, pour ne pas discriminer les « quartiers ». « Des droits ! Des droits pour les musulmans, pour les ouvriers, pour les chômeurs ! Des droits ! Des droits ! ». Ainsi soit-il.

Sur le parvis du théâtre de la Colline, les discussions allèrent bon train. On s’aperçut que pendant deux heures, pas un seul des prêcheurs n’avait employé le mot « démocratie ». Sans doute le fait que des centaines de milliers de citoyens aient manifesté l’an dernier en allant contre un progrès fondamental de l’humanité suffisait à les priver de ce qualificatif.  

La révélation spirituelle n’a pas quitté les pentes de Ménilmontant : tout devient clair. Le Père Edwy Plenel est animé de vertus chrétiennes devenues folles, et ses fidèles sont les dernières grenouilles de bénitier d’un progressisme passéiste.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00618647_000026.

Travailler plus pour mourir plus vite

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city debord travail

C’est arrivé près de chez vous. Un été. Et personne n’en a parlé. Comme s’il s’agissait d’un banal accident, pour ne pas dire incident. Le 15 août dernier, un jeune allemand de 21 ans, Moritz Erhardt, stagiaire à la City au sein du prestigieux groupe financier Merrill Lynch, au département des fusions et acquisitions, est retrouvé gisant dans sa douche par ses colocataires. Il ne respire plus. « Nous sommes profondément choqués et attristés par la nouvelle de la mort de Moritz Erhardt. Il était apprécié de ses collègues et était un stagiaire très assidu, promis à un brillant avenir », se contentera de dire le communiqué de la Bank of America, la maison mère. Depuis, le temps passe autant que son souvenir ne reste pas.

En novembre dernier, l’enquête de Scotland Yard a fini par conclure que Moritz Erhardt était mort d’une crise d’épilepsie, possiblement déclenchée par son état de stress et de fatigue avancé. Un diagnostic pour le moins succinct qui dissimule pourtant une réalité épouvantable où le travail n’est plus au service de l’homme mais l’homme au service d’un travail. Un travail qui n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti et qui pourtant gouverne jusqu’à disposer de la vie : le monde de la finance.

Il aura suffi d’un stage d’été de sept semaines, avec un salaire de 3150 euros, pour que le jeune homme trouve la mort. Dans le contrat qu’il avait décroché et qui lui ouvrait grand les portes à une fulgurante carrière de financier, Moritz Erhardt avait accepté cette clause qui ignore le temps légal de travail. Six jours et demi sur sept, pour plus de cent heures par semaine, celui qui se rêvait déjà en Gordon Gekko ou en Jordan Belfort donnait, toujours et encore plus, sans jamais laisser paraître une marque de faiblesse. En échange de quoi, ses repas et ses taxis étaient pris en charge. C’est qu’on avait aussi promis de l’embaucher. Et c’est ainsi que le tout jeune banquier s’était transformé en bourreau de travail, en kamikaze, avec costume et cravate comme armement.

L’histoire ne retiendra pas le nom de Moritz Erhardt. Aucun monument aux morts ne viendra marquer son fait, pas plus que celui de tous les autres qui suivront. Car ce n’est pas la guerre des hommes entre eux qui l’a tué. C’est une guerre bien plus violente, bien plus sournoise,  qui a eu raison de lui : le travail en tant qu’aliénation et activité séparée de la vie qui va, si l’on se réfère à la célèbre formule de Guy Debord. Comment, d’ailleurs, ne pas la voir comme telle lorsque l’on s’attarde sur le commentaire cynique d’un analyste de Merrill Lynch, sous couvert d’anonymat ?« Les jeunes qui se lancent dans la « fusac » ou le trading savent à quoi s’attendre. Les plus fortes rémunérations sont ici. Ils sont prêts à tout sacrifier pour leur bonus, et seuls les plus agressifs peuvent survivre. S’ils sont des victimes, alors ce sont des victimes consentantes ! » Professeur en neuro-économie à l’université Paris-Dauphine, Christian Schmidt ne dit pas autre chose : « Le milieu est extrêmement rude et ces addicts à l’adrénaline ont l’illusion qu’ils contrôlent. Mais beaucoup craquent au bout de quelques années. En général ils ne tiennent pas plus de dix ou quinze ans ».

Il faudra un jour revenir sur le fondement du travail si le monde moderne nous en donne l’occasion. Tour à tour, différentes conceptions philosophiques et sociologiques l’auront vu comme un asservissement, une nécessité, une liberté ou bien plus simplement comme un asservissement nécessaire à la liberté. En réalité, c’est la nature, la finalité et la contrepartie du travail qui doivent être rediscutées. Et lorsque la contrepartie s’identifie à la mort, alors aucun ordre ne saurait justifier ni la nature, ni la finalité de ce travail en question. En attendant cette remise en question, on préférera cette coquetterie de Guy Debord, lorsqu’en 1953, il traçait à la craie, sur un mur de la rue de Seine, l’inscription « Ne travaillez jamais ».

*Photo :

Finkielkraut, l’irréductible

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alain finkielkraut zemmour

À en croire les débats médiatiques qui l’ont précédée, la récente élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française aurait été d’abord une affaire politique, dans laquelle l’essentiel aurait été un prétendu conflit entre des Académiciens ouverts à la nouveauté dans tous ses aspects et un candidat « conservateur » ou « réactionnaire », attaché à une idée surannée de la culture et peut-être même de la nation.  Cette idée a été d’abord avancée par les adversaires de notre ami, pour qui dit-on, l’élection d’Alain Finkielkraut aurait signifié quelque chose comme « l’entrée du Front national à l’Académie française » mais, à en juger par les réactions qui l’ ont suivie,  elle a fini par gagner certains de ses partisans, qui ont salué en elle une « victoire de la pensée de droite » (Gilles-William Goldnadel), voire un signe avant-coureur de la « révolution conservatrice en marche » (Éric Zemmour).  Cette récupération de notre ami par des adversaires professionnels du conformisme de gauche est de bonne guerre mais, sans vouloir gâcher le plaisir de quiconque, je ne crois pas que cela soit la meilleure manière de se réjouir. Les Académiciens n’ont pas élu un pamphlétaire « de droite » mais un écrivain subtil, dont le conservatisme supposé exprime surtout une sollicitude inquiète devant la fragilité des choses, et qui peut toucher les lecteurs les plus divers sans exiger d’eux un quelconque  engagement partisan.

Si Alain Finkielkraut occupe une place importante dans la culture française d’aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’il a illustré mieux que tout autre une certaine idée de la littérature,  qui échappe avec agilité à la sécheresse formaliste des années structuralistes sans pour autant nous ramener aux illusions de la littérature engagée. Il a parcouru en écrivain plutôt qu’en philosophe le chemin qui menait de l’existentialisme sartrien à la critique structuraliste et aux  philosophies de la « mort de l’homme »  et il a su inventer une manière originale de lier l’écriture littéraire, la réflexion philosophique et l’analyse du temps présent, qui fait l’unité de ses trois derniers livres, Un cœur intelligent, Et si l’amour durait et L’Identité malheureuse.[access capability= »lire_inedits »]

Finkielkraut  est fidèle à l’héritage de Lévinas, mais il ne s’inscrit pas dans la tradition  judaïque de l’ « étude » et il a toujours défendu, y compris contre son ami Benny Lévy, la valeur heuristique et formatrice de la littérature et de la « culture », fussent-elles païennes ou chrétiennes. Il défend Heidegger contre ses détracteurs les plus violents et, s’il n’est pas insensible au pathos anti-moderne du promeneur de Fribourg, il se veut aussi héritier des Lumières ; il critique la gauche, notamment parce qu’elle a trahi la « splendide promesse faite au Tiers état » en rompant avec l’ idée « républicaine » de l’École, mais il ne se reconnaît vraiment ni dans les « valeurs de droite » traditionnelles ni dans l’imaginaire de l’entreprise. De la même manière, sa défense constante d’Israël ne l’a jamais conduit, quoi qu’on dise, à nier  les droits des Palestiniens.

L’Académie française vient d’élire un écrivain qui est aussi, à travers « Répliques », un de ceux qui, en France, contribuent à faire vivre le débat intellectuel sous sa forme la plus digne. Il n’y a aucune raison, fût-ce pour se réjouir de cette élection, de la réduire à un affrontement partisan, car cela reviendrait à accepter ce contre quoi toute l’œuvre d’Alain Finkielkraut n’a pas cessé de protester : la réduction de la culture à une simple superstructure des conflits « réels » qui traversent notre monde.[/access]

*Photo: Hannah

Eurobidon : and the winner is… les Jeunes socialistes

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Comment faire voter les jeunes aux européennes ? Pour les communicants 2.0, l’équation est simple : abstention = jeunes et jeunes = sexe. Donc pour mobiliser les jeunes qui ont leur cerveau dans leur slip, il faut leur faire croire que l’Europe les aide à avoir une sexualité épanouie. Car, c’est bien connu, ledjeune est égoïste, il se fiche des vrais enjeux. Rien à foutre du Traité Transatlantique, de l’euro, du chômage : il faut lui parler en dessous de la ceinture.

Après la déclaration du président du PPE qui explique que l’Europe unie, c’est le porno sans frontières. Après l’affiche des Jeunes Européens montrant une jeune fille au lit avec deux garçons hésitant, sa carte électorale à la main avec le slogan « choisis qui tu veux » (une référence subliminale au « Fuck the UE » de Victoria Nuland, sans doute). Après le préservatif dadaïste « Donnons vie à l’Europe » d’EELV, le MJS a enfin frappé, reprenant son titre légitime de palme d’or de la crétinerie communicationnelle.

Dans une vidéo d’une minute appelée « Episode 1 » (ce qui laisse présager le pire), les MJS Nord mettent en scène l’argument prétendument prioritaire pour l’Europe en crise : le droit à l’avortement européen. On y voit un djeune numéro 1 sobrement nommé « Jerem » confier à sa coloc probablement féministe son vœu de partir à l’étranger en Espagne. Elle lui répond, pragmatique : « C’est cool l’Espagne, plage soleil, nanas… par contre, si tu rencontres une nana et qu’elle tombe enceinte, elle ne pourra pas avorter ». Parler d’IVG au petit déjeuner, quoi de plus normal pour un djeune 2014.

Et Jerem, acteur de seconde zone ayant de fortes similitudes physiques avec un appareil génital de type masculin et la même expressivité, de répondre, voyant son futur de nightclubber madrilène s’anéantir à cette hypothèse : « Ah ouais ben alors je vais pas aller en Espagne ». Et d’ajouter mollement « il faut que ça change ».

Si je voulais jouer les féministes, je pourrais dire que cette utilisation de l’avortement comme mise à disposition du corps de la femme me rappelle les heures les plus sombres de l’hétéropatriarcat. Mais passons.Passons aussi sur le fait que l’avortement ne soit pas un droit, encore moins un droit européen.

Plutôt optimiste, je noterais plutôt une convergence de points de vue entre adversaires de l’avortement et jeunes socialistes : la solution la plus efficace contre l’IVG, ça reste l’abstention !

Saint Kerviel, comédien et martyr

jerome kerviel koubbi finance

Jérôme Kerviel a eu du flair. Non pas dans le comportement un peu délirant qui fut le sien lorsqu’il était trader à la Société Générale où il a fait n’importe quoi. Causant la perte de milliards d’euros à son employeur et multipliant les manipulations pour masquer ses errements. Mettant en danger par la même occasion la banque et ses 160 000 emplois directs. Pour qu’au final, ce soit, comme d’habitude, le contribuable qui s’y colle, merci Monsieur. Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas d’exonérer la banque de ses responsabilités et de ses méthodes, mais nous sommes en présence alors d’une question politique. Qui se rattache directement la dictature de la finance dont le Président de la République nous avait pourtant dit « qu’elle était son ennemie ».

La justice pénale, c’est autre chose et comme la plus belle des femmes, elle ne peut donner que ce qu’elle a. Le juge pénal est saisi de faits. Il doit en établir la matérialité, et les qualifier juridiquement. Si la qualification relève d’une infraction prévue par le Code pénal, l’auteur sera poursuivi et condamné. La Justice n’est pas là pour faire de la morale, de la politique ou pour refaire le monde. Et dans cette affaire, il semble qu’elle ait fait convenablement son boulot. Instruction détaillée pendant laquelle la défense a pu jouer son rôle. Quatre semaines d’audiences publiques, ce qui est quand même assez inhabituel. Un premier jugement de 300 pages. Procédure d’appel, à nouveau trois semaines d’audience, et nouvel arrêt de 300 pages. Procédure de cassation qui confirme la régularité de la procédure et casse uniquement sur la question des intérêts civils. Ce dernier point ne remettant absolument pas en cause la réalité des faits commis par Jérôme Kerviel et leur caractère fautif. La messe est dite.

Et c’est là que Jérôme Kerviel a eu du flair. Il était défendu en première instance par l’un des meilleurs avocats de droit pénal des affaires : feu Olivier Metzner. Technicien et tacticien de haut niveau. Ce qu’exigeait la conduite de ce dossier. La lecture de la décision de première instance au-delà de son caractère austère et fastidieux, donne à penser qu’une réformation en appel aurait été très difficile. Comprenant que sa défense dans l’espace judiciaire était vouée à l’échec, il a compris qu’il fallait désormais qu’elle se déploie dans l’espace médiatique. Débarquant Olivier Metzner, il l’a confié à David Koubbi. Dont les performances devant micros et caméras, sont plus significatives que dans les prétoires. Héritier en cela de Jacques Vergès, de Gilbert Collard et quelques autres. Pour ne prendre qu’un exemple, Jacques Vergès dont la défense à la barre d’Omar Raddad avait été assez faible, avait retourné l’opinion publique en faisant du racisme le motif de la condamnation du jardinier. Alors que celle-ci résultait de la lourdeur accablante d’un dossier. Ne reculant devant pas grand-chose, Vergès avait assimilé Raddad au capitaine Dreyfus! Il fut suivi par quelques intellectuels en mal de cause et par une opinion publique versatile. À la demande du roi du Maroc, le jardinier obtint une grâce présidentielle à valeur d’absolution.

Avec une virtuosité impressionnante, David Koubbi a enrubanné quelques secteurs de la société française. D’abord les chrétiens qui culturellement, raffolent des martyrs. Un petit montage photographique pour une poignée de main avec le Pape, une randonnée pédestre qui renvoie aux pèlerinages de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Chartres, l’affaire est faite. Ensuite, Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci en difficulté politique a décidé qu’il lui fallait un nouvel emblème. Va pour Jérôme Kerviel. Lui aussi comparé à Dreyfus, Kerviel, ancien candidat UMP, est transformé en victime de la finance redevenue l’amie de François Hollande. Très pratique, cela évite de mener les vrais combats contre Hollande, Moscovici et autres Karine Berger, relais efficaces des lobbys financiers et bancaires. La faute des juges on vous dit. Les médias enfin, qui cherchant le moyen d’échapper au lourd ennui de la campagne des européennes vont se jeter sur cette histoire du petit contre le gros, de l’innocence soi-disant bafouée, sans oublier de pimenter avec une pincée de people. Tout ça, pour donner de la décence à une pantalonnade indécente.

En face, ceux qui connaissent le dossier protestent, argumentent, mais qui les écoute ?

Et ce n’est pas Michel Sapin, qui ne manie que l’injure, qui risque d’y arriver. Après Nicolas Sarkozy qualifié de malfaiteur, il traite Kerviel d’escroc. Ça c’est de la pédagogie…

Je ne serai pas surpris qu’un prochain sondage donne une majorité croyant à la fable de l’innocence bafouée. Comment en est-on arrivé là ? Au-delà de l’habileté de David Koubbi et de son client, on peut s’interroger sur l’absence de crédibilité de notre justice. Parce que croire à cette innocence, implique de considérer que tous les magistrats qui ont été concernés par ce dossier soit au minimum une trentaine ont accepté d’aller à l’encontre de leur conscience pour couvrir les agissements frauduleux des dirigeants de la Société Générale. Or si ceux-ci, antipathiques et cupides font un boulot que l’on peut considérer comme sale, ils le font dans le cadre des lois existantes. Ce sont celles-ci qu’il convient de changer en menant le combat politique nécessaire.

Mais aujourd’hui, le discrédit qui pèse sur l’institution judiciaire est tel, que prétendre qu’elle est asservie à la finance est devenu naturel. Cette défiance qui rejoint celles dont souffrent les journalistes et les politiques est grave. À qui la faute ?

Les magistrats eux-mêmes en portent une lourde part. L’instrumentalisation de la justice à des fins politiques est devenue une habitude. L’incontestable acharnement, jusqu’à la caricature, du couple médias-justice contre Nicolas Sarkozy par exemple, les louvoiements ou les retards de l’institution à sanctionner d’incontestables débordements ont nourri cette défiance. Même si cela ne concerne qu’une infime partie des dossiers traités, l’idée est acquise que la justice française n’est pas impartiale. On nous rebat les oreilles avec l’indépendance en oubliant de dire que celle-ci n’est que le moyen d’arriver à la vertu cardinale qui est celle de l’impartialité. Comme l’a montré l’invraisemblable scandale du « mur des cons », la partialité est quasiment revendiquée.

Jérôme Kerviel rentre en prison avec l’auréole du martyr. Gageons que détenu modèle il bénéficiera de remises et d’aménagements de peine, voire d’une grâce opportune. Et ce sera tant mieux, car il se sera bien battu.

*Photo : Claude Paris/AP/SIPA. AP21568882_000003. 

Une sale odeur d’Europe

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Fête des mères aidant, et nonobstant le fait que ce soit une initiative pétainiste, je cherchais un cadeau à faire à la mienne — 80 ans, bon pied bon œil, mais elle ne paraît guère plus âgée que moi, coquette impénitente, fort peu ancrée dans le passé mais cultivant la nostalgie à ses heures — et gâtée par mon père au-delà de l’imaginable, ce qui rend la question des cadeaux toujours délicate.

Alors je me suis rappelé une scène d’enfance — une senteur plutôt. Une fraîcheur — le côté « le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat ». Le parfum de la dame en pied-de-poule — c’était à la mode dans les années 1950. Quand l’Europe en était aux balbutiements, à la Communauté du charbon et de l’acier, au Benelux, aux embrassades De Gaulle-Adenauer, bref, l’Histoire se faisait. Et Balmain (Germaine Cellier, en fait) avait osé, à la Libération, pousser jusqu’à la limite l’usage du garbanum (une racine moyen-orientale, un truc insupportable en l’état), en composition avec de la rose et du jasmin (la rose, mal maniée, a tout du déodorant pour toilettes, mais poussée à son climax cela produit Joy, le parfum-phare de Patou). La fragrance s’appelait Vent Vert. Un délice.
J’ai acquis un flacon et je l’ai offert — par la Poste, avec quelques jours d’avance — à ma génitrice…
Erreur fatale. Coup de fil immédiat — pas pour me morigéner, n’exagérons pas, mais parce que le Vent Vert d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’autrefois.
Ah bon ? On peut modifier complètement la texture d’un parfum mythique ? Le N°5 ne serait plus qu’un 5 bis ? Miss Dior serait dépucelée ? Et l’Heure bleue s’est décolorée ?
Eh bien oui — grâce à l’Europe.

Les ingrédients qui composaient les grands parfums mythiques sont de plus en plus souvent interdits tout bonnement par les règlements européens. Thierry Wasser (responsable des parfums chez Guerlain) s’insurge : « Avec leurs directives, ils vont finir par tuer Nahéma [eau de parfum de Guerlain] car sa teneur en rose est jugée excessive. Ils ont déjà tué Parure [même créateur] de plusieurs coups mortels en interdisant le bouleau pyrogéné, la mousse de chêne et le lyral qui lui donnait sa note de muguet. » Il suffit désormais qu’une Polonaise se plaigne d’irritations, qu’un Slovène ait le nez qui coule dans le cou de sa copine, pour que l’Europe s’insurge et interdise tel ou tel produit — sans compter ceux qui viennent d’espèces animales que les lobbies écolos protègent. La réglementation évolue à toute allure, et interdira bientôt tous les grands parfums français — resteront ces eaux de toilette standardisées, vaguement citronnées, qui envahissent les marchés (et surtout les supermarchés). Abus du dogme du principe de précaution. Une « étude scientifique » pointe du doigt la présence d’éléments allergènes dans Chanel n°5 — et les bonnes âmes s’insurgent que la Commission européenne n’ait pas encore interdit la plus célèbre création de Coco — ou Dior Addict, également dans la ligne de mire. On ne les interdit pas — on les banalise. L’Europe aime les produits pasteurisés, c’est vrai pour les fromages, c’est vrai pour les parfums — deux produits typiquement français, comme c’est bizarre…

Les parfums, formules secrètes nées de quelques nez, ne sont pas déposés, pour mieux protéger leur secret et leur mystère. Chaque marque tire dans son coin, et les grands parfumeurs sont désunis face aux législateurs. Que certains produits interdits dans les parfums soient toujours autorisés dans la nourriture en dit long sur le poids des groupes de pression — et qu’est-ce que cette Europe livrée aux influences des trusts ?
Je dénie aux législateurs le droit d’intervenir sur mes souvenirs d’enfance. Je vais voter contre, contre les partis prêts à voter Juncker ou Schulz, contre l’Europe dénaturée tricotée en trente ans par les eurocrates, contre l’Europe qui m’interdit de voguer sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique— comme disait Baudelaire.

Anecdotique ? Peut-être. Mais significatif. L’Europe de l’UMPS, je ne peux plus la sentir — littéralement. Quitte à parodier Camus : « Si on me donne à choisir entre l’Europe et ma mère, je choisis ma mère ». Désolé pour ma mère, qui a vécu la construction de l’Europe — qu’elle appelait de ses vœux, au sortir de la guerre — et qui s’apprête à voter pour la moins europhile des listes, désolé pour Vent Vert, qui ne sera plus jamais, par la faute de quelques décideurs bruxellois, ni ce que je sentais sur elle, ni ce qu’elle se rappelait.

*Photo : wiki commons.

Transnistrie : la poudrière oubliée

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transnistrie moldavie communisme

Quoiqu’on puisse en dire, le vote massif pour le projet d’autonomie de la région de Donbass consacre l’influence russe sur les terres de l’est de l’Ukraine tandis que l’Europe n’est plus du tout à l’ordre du jour côté Kiev. Ce schéma bipartite risque de se répéter sur l’échiquier moldave.

Les géopoliticiens se demandaient quel serait le prochain « coup » de Vladimir Poutine. Déjà, fin mars, Philip Breedlove, commandant des forces de l’Alliance atlantique en Europe prévenait que la prochaine « cible » russe, après la Crimée, pourrait être la Transnistrie. Les diplomates européens, prenant part aux pronostics, supputaient que le président russe tenterait prochainement de tracer une ceinture de sécurité entre Odessa et Tiraspol, capitale de la Transnistrie. Une chose est en tout cas certaine : Tiraspol tend les mains vers Moscou.

Rappelons que la Transnistrie est un pays autonome de facto, séparé de la Moldavie depuis 1992, mais non reconnu internationalement. Étroite bande de terre coincée entre l’Ukraine, sur son flanc est, et la Moldavie, sur son flanc ouest, elle affirme son identité malgré tout.  La Transnistrie a sa propre monnaie (le rouble de Transnistrie), son hymne, son Soviet suprême, son drapeau avec faucille et marteau. Langue officielle et législation y sont empruntées aux russes, tout comme la culture du pays encore marquée par les années de communisme.

Entaché par de sombres histoires de trafics, le pays est finalement plus riche, car arrosé par la manne russe, que son voisin moldave. Au risque de paraître cruel, le reporter Michael Lambert souligne la supériorité économique de la Transnistrie sur son grand frère : « Les rues y sont propres, les bâtiments en « bon » état et la population ne semble pas mourir de faim. »

Le 18 mars, deux jours après l’annexion de la Crimée, le parlement de Transnistrie a formulé, auprès des autorités russes, une demande de rattachement. Pas de réponse officielle mais on peut y voir une nouvelle consécration du rayonnement russe.

À l’inverse, la Moldavie, comme le gouvernement ukrainien, s’est tournée vers l’ouest et caresse même l’espoir d’une intégration européenne. De fait, depuis le 28 avril, les citoyens moldaves titulaires d’un passeport biométrique peuvent circuler sans visa dans l’espace Schengen, pour une durée de trois mois. Une façon de retenir l’attention de la population vers l’Occident, en attendant l’accord d’association et de libre échange ?

Peut-être, mais cela  ne suffira pas car le peuple moldave se désintéresse peu à peu de la « grâce » européenne. L’attrait pour l’UE s’est affaiblie avant même que n’explose la crise ukrainienne. Une des raisons vient sans doute de la perspective des efforts titanesques qui restent à faire avant d’atteindre le Graal européen. Le pays n’a pas les moyens d’assurer la modernisation de ses infrastructures, d’autant plus qu’il ne dispose, contrairement aux autres pays de la CEI, d’aucunes ressources fossiles. D’après Michael Lambert, « c’est probablement la raison pour laquelle la chute du communisme, du moins sur le plan économique, laisse un vide dans la vie de nombreux habitants. »  Les élections législatives, qui auront lieu cette année,  risquent ainsi de voir le retour du parti communiste pro-russe, évincé du pouvoir en 2009.

C’est ce que laisse présager une enquête moldave : le parti communiste PCRM deviendrait majoritaire avec 30, 1% des voix devant le parti pro-européen LDP qui n’atteindrait que 17,5% des voix. Décidément, la machinerie européenne, lourde et contraignante, ne convainc pas davantage ses futurs adhérents que ses actuels membres.

*Photo: WATTRELOT MARC/SIPA.00522437_000017

Hollande à …0, 5% !

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francois hollande popularite valls

francois hollande popularite valls

« François Hollande est à 0,5% d’opinons favorables ! ». Je savais que ça n’allait pas très fort pour la cote de popularité présidentielle, mais, en entendant ces propos échangés par deux quidams dans un bistrot du côté de la Gare de Lyon, j’ai sursauté. J’avais cru comprendre que ça stagnait déjà dans les eaux historiquement basses des 18-20%. Alors, 0, 5% tout de même, Hollande avait dû faire une nouvelle gaffe. Par exemple accepter une énième exigence de Gattaz. Gattaz, lui, me fait penser de plus en plus à un joueur de roulette qui se sait dans une période de chance et qui ose tout en misant systématiquement sur la même couleur. Hollande, si ça se trouve, venait d’accepter la fin du Smic, la baisse de l’âge de la scolarité obligatoire à 12 ans ou le démantèlement de l’inspection du travail afin de libérer l’initiative des entrepreneurs et de favoriser le retour de la croissance. C’est vrai, quoi, Hollande est persuadé que le seul moyen de gouverner, c’est de gouverner à droite. On ne peut pas lui en vouloir, les élections ont l’air de confirmer cette  impression alors qu’en fait, ce sont les Français qui manquent d’imagination, comme on l’a vu aux municipales. Ils ne sont pas contents de la gauche parce qu’elle mène une politique de droite alors ils décident de faire mal à la gauche en votant à droite. On a vu plus logique.

Mais revenons à ces 0, 5% hollandiens, parce que tout de même, on entre là dans les contrées mystérieuses de l’imperceptible, les zones pascaliennes de l’infinitésimal, on approche du « vanishing point », bref  on fait dans la poésie pure…

Et puis j’ai compris que ce n’était pas tout à fait la cote de popularité présidentielle dont il était question avec ce 0, 5%.  Le Parisien trainait sur le comptoir, entre les œufs durs et les pompes à bières.  Et on pouvait y lire ce sondage qui était une sorte de banc comparatif entre les différents présidents de la Vème république. Je soupçonne d’ailleurs que le but ultime était tout de même d’arriver à ce score humiliant pour Hollande, que l’on s’était torturé les méninges du côté du journal pour parvenir à ce 0, 5%. Un peu comme si, pour jouer au même petit jeu avec Gattaz, puisqu’on parle de lui, la question auprès d’un échantillon représentatif de 1072 françaises âgées de 18 ans et plus, avait été : « Avec quelle  personnalité aimeriez vous passer la nuit ? Laurent Delahousse, Manuel Valls, Antoine de Caunes, David Beckam ou Pierre Gattaz ? » Et que l’on avait titré fièrement ensuite : « Moins de 0, 3% des femmes font confiance aux patrons. »

Bon, en même temps, c’est la loi du genre et l’on sait depuis un bout de temps que les sondages sont au service de qui les commande et ont eu une belle part dans la transformation de nos démocraties, certes imparfaites, en barnum putassiers où l’on laisse s’exprimer les pires pulsions à force de poser des questions qui rendent bêtes : « Préférez vous qu’on reconduise les immigrés à la frontières ou avoir un cancer ? » Résultats : « Une écrasante majorité de Français pour un durcissement de la politique migratoire. »

Dans ce sondage qui l’envoyait au quatrième sous-sol, Hollande était battu par De Gaulle et Mitterrand, 36% et 27% des Français. Etant donné que les deux font davantage partie de l’histoire que de l’actualité, c’est tout de suite plus facile. On a sa statue dans le marbre et ce que vous avez fait est l’objet de sages colloques universitaires pas d’éditos au vitriol. Le premier a libéré la France et sauvé au moins deux fois la République alors qu’il était maurassien. Le second a sauvé la gauche avant de l’assassiner dans la foulée mais c’est normal car il était maurassien aussi. Mais au moins lui doit-on quelques mois entre mai 81 et fin 83 où l’on a entrevu ce que pouvait être la gauche au pouvoir.

Mais appartenir à l’histoire ne suffit pas. Toujours si l’on en croit ce sondage, Pompidou est battu par Sarkozy, Giscard et Chirac. On en déduira qu’il faut appartenir à l’histoire ET affronter des crises pour rester dans les mémoires. Pompidou a pourtant été le président d’une France heureuse, même pour ceux qui luttaient contre l’ordre établi. Finalement, quand on était un gauchiste de La Cause du Peuple, ce devait être tout de même plus plaisant d’affronter un président qui récitait à l’estomac du Paul Eluard face à l’affaire Gabriel Russier qu’un président qui aurait giflé la Princesse de Clèves pour moquer les concours administratifs.

Sarkozy est tout de même sur le podium, avec 10%. Loin derrière De Gaulle et Mitterrand mais coiffant sur le poteau Giscard et Chirac qui sont à égalité [1. On goûtera l’ironie quand on sait à quel point ces deux-là se sont aimés…]. Malgré tout, ce n’est pas bien exaltant comme résultat. C’est encore tout frais, Sarkozy, pourtant. Il faut croire que la prestation de Hollande n’a pas réussi tout à fait à faire oublier celle de Sarko qui, si on regarde en détail, est celui qui polarise encore le plus la gauche et la droite.

On dira que ces 10% posent un voile pudique sur le bouclier fiscal, le discours de Grenoble, Buisson et l’instrumentalisation de l’identité nationale pour ne se souvenir que de cette énergie déployée qui a entretenu une illusion, celle que le Président de la République pouvait influer en quoi que ce soit sur le destin de ses concitoyens. Parce que, si vraiment nous sommes honnêtes, ce que nous reprochons au fond, à gauche comme à droite, à Hollande, ce qui explique ses 0, 5%, ce n’est pas tant sa politique qui est la même que celle de Sarko, c’est de ne plus être capable, lui, de cacher  son impuissance, de cacher le fait que le roi est nu.

Les 0, 5% de Hollande ne disent pas grand chose sur Hollande, en fait. Mais beaucoup sur notre lucidité  historique et notre désespoir démocratique : le pouvoir, désormais, est ailleurs.

Suède : association de petits fraudeurs

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Enfin une association qui marche! C’est ce que révèle un article du New York Times paru hier. Le groupe suédois Planka réuni de plus en plus de membres… Un succès dû à l’idée phare du projet : enseigner à ses adhérents comment frauder dans le métro. La formation,des plus sérieuses, est appuyée de vidéos et d’un (très beau) site officiel.

Car ne nous y trompons pas, les voleurs du train souterrain ont des principes et doivent respecter des règles strictes.

Première règle du dodge-club : tu payeras tous les mois 11 euros au club.

Tous cotisent et mutualisent afin de soutenir celui qui sera pris la main dans le sac.

Seconde règle du dodge-club : tu ne payeras jamais tes transports.

Les services publics sont totalement dépassés par ce phénomène qui se multiplie et s’organise toujours mieux depuis son émergence il y a treize ans. La modernisation des portes de sécurité n’y fait rien, la préparation et l’armement des contrôleurs non plus, le club Planka a toujours un coup d’avance. Le drame, c’est que plus le temps passe, plus les fraudeurs  perfectionnent leur technique.

Du coup, la maison fait des bénéfices. Et les Robin des voies du métro distribuent leur bourse aux étudiants et autres compagnons de la poche vide.

Les mutuelles sont toujours venues seconder les sociétés déstructurées, qui ne remplissent plus leur rôle. Mais la Suède se veut un Etat ultrasocial. Son système de transports est recommandé par tous les guides. Dans son métro propre, confortable, toujours régulier, les tarifs sont raisonnables, tout ce dont on ne pourra jamais rêver en France. Et pourtant, c’est là-bas qu’a germé la plus grande organisation de fraude souterraine. À croire qu’une société ultra-maternaliste reproduit les mêmes comportements qu’une société à la dérive. Seules les raisons diffèrent. Et cette fois-ci, c’est l’ennui.

Nous proposons donc à nos camarades suédois, pour lutter contre ce « mal du siècle », d’augmenter encore la dose de frissons. Pourquoi ne pas frauder aux impôts et organiser un pot commun dans lequel piocher en cas de redressement fiscal ?  En plus, les impôts, c’est pas comme les métros, y’en a toujours trop !

Moisir à trente ans

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jeunesse chomage stage

jeunesse chomage stage

Des lycéens dans les rues et des facs occupées contre la réforme des retraites : à l’automne 2010, on a pu voir un instantané de l’époque, peut-être la meilleure définition de sa jeunesse. Attention, je ne critique pas. D’abord, c’est de notre faute : le chômage, la dette, l’i Phone 18 qui est en rupture de stock, rien ne va dans le monde qu’on leur laisse. Ou plutôt qu’on n’est pas près de leur laisser, c’est bien l’une des données du problème. Si les jeunes sont vieux, c’est parce que les vieux sont jeunes – jusqu’au moment où ils basculent dans le « grand âge », comme on dit pudiquement. Quand la vieillesse arrive à 80 ans, la jeunesse peut bien se poursuivre  jusqu’à 40 (pour les sondeurs, « jeune », c’est 18-34). Et comme elle commence aussi de plus en plus tôt, le résultat, c’est que la jeunesse dure longtemps.

Résultat : l’avenir, pour un trentenaire d’aujourd’hui, pourrait se résumer à une longue attente : des années à piétiner au seuil du marché du travail, autant à patienter pour que des places se libèrent. Et à supposer que les emplois libérés n’aient pas disparu, à partir de là, il devra trimer pour payer des croisières à ceux qui les auront libérées, avant de devoir financer leurs maisons de retraite et leur « fin de vie ». C’est chouette de garder ses papys et mamies longtemps, l’ennui, c’est qu’il y a aussi ceux des autres, alors notre trentenaire n’est pas rendu. Bon, « génération sacrifiée », ainsi que les intéressés aiment à se décrire, c’est un peu exagéré – on ne les envoie pas dans les tranchées. De plus, s’ils sont « sacrifiés », ils ne sont pas les premiers. Ces aimables jeunes gens ont tendance à oublier que leurs parents en ont déjà pas mal bavé. La génération vernie, c’est évidemment celle de leurs grands-parents.

On a dit beaucoup de mal de cette « génération 68 », et on a eu raison. Jouisseurs, égoïstes, hédonistes, pharisiens, les enfants du baby-boom ont profité de leur supériorité numérique pour imposer leur tempo, leurs idées et leurs priorités au reste de la société – inflation et dépense publique pour eux, austérité et rigueur pour leurs petits-enfants. Comme si leur agenda caché avait été : Du futur faisons table rase ! N’empêche, on dira tout ce qu’on voudra, ils étaient plus marrants. Entre les joyeuses « gouines rouges » d’hier et les sévères surveillantes de Osez le féminisme !, il n’y a pas photo.

C’est ainsi, de nos jours, les jeunes, ça ne rigole pas. On vous dit qu’il n’y a pas de quoi rire. Ils n’ont pas non plus de hauts faits d’armes à faire valoir : ni Résistance, ni barricades, pas même un président renversé. En politique, leurs parents auront offert à la France François Mitterrand, SOS Racisme, un FN à 18 % et, en prime, le grand frisson de l’antifascisme. Eux militent pour l’abolition de la prostitution et créent un collectif appelé « La retraite : une affaire de jeunes ». Vous avez raison , les petits gars : ma retraite, c’est votre affaire. Si, comme l’explique un sociologue allemand cité par Laurent Cantamessi, une génération se définit par un événement fondateur, on comprend que celles qui ont succédé aux soixante-huitards aient du mal à se trouver un petit nom. Celui de « bof génération » dont on a affublé leurs enfants était déjà éloquent. Que leurs petits-enfants se désignent eux-mêmes comme la « génération Y » témoigne d’un certain flou identitaire.

Le jeune, donc, a d’excellentes raisons de se plaindre. Il ne s’en prive pas. À en croire la vaste enquête « Génération quoi ? », lancée par France Télévisions, et à laquelle 210 000 jeunes âgés de 18 à 34 ans ont répondu, il se sent méprisé, discriminé. Les politiques ont beau jurer, la main sur le cœur, que la jeunesse est leur priorité, les sociologues, sondeurs et experts en tout genre ont beau la scruter sous toutes ses coutures, étudier ses goûts et ses mœurs comme si elle était une espèce rare et menacée, il continue à se dire mal-aimé. De ce point de vue, il est d’ailleurs parfaitement intégré. Interrogez n’importe quelle catégorie de la population, les riches, les pauvres, les femmes, les immigrés ou les coiffeurs, elle vous dira la même chose. En ce sens, le jeune est un ayant droit comme les autres, un créancier à qui la collectivité ou son voisin ne donnent pas ce qui lui revient. Et le pire, répétons-le, c’est que c’est souvent vrai.

Heureusement, le jeune n’est pas toujours logique. Il pense souvent que la jeunesse est malheureuse, mais que pour lui, ça va plutôt bien. Dans la même logique, il  en veut à la génération qui l’a précédé, mais il aime son papa et sa maman. Il pense que les politiques sont corrompus mais il n’a pas la moindre envie de faire la révolution, quelles que soient les illusions de beaucoup de journalistes et autres spécialistes qui aimeraient bien vivre ou revivre le grand frisson à travers leur progéniture.

« Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre » : le titre de l’article que Le Monde a consacré à l’enquête « Génération quoi ? [1. « Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre », Le Monde, 25 février 2014.] », offrait un amusant contraste avec la description d’une jeunesse inquiète et désabusée. Il est vrai que 61 % des participants se sont déclarés « prêts à participer à un mouvement de révolte type Mai-68 demain ou dans les prochains mois ». Mais au-delà de ces proclamations qui ne mangent pas de pain, on ne voit pas bien au nom de quelles idées ils feraient la révolution. Ils ne rêvent pas d’avenir radieux, juste d’un futur convenable. Peut-être se disent-ils qu’à la différence de leurs glorieux aînés,  il ne leur servirait pas à grand-chose de passer par la case « Changer le monde » pour espérer, au bout du compte, y faire leur trou, dans ce monde, à défaut d’une véritable place au soleil. Ils sont prêts à bosser d’arrache-pied pour y arriver. Avoir un boulot, se marier, faire des enfants, acheter un appartement : leurs ambitions auraient fait ricaner les heureux contestataires de Mai – qui ont fini par réaliser exactement les mêmes, souvent plusieurs fois s’agissant des appartements et des mariages. Le jeune, lui, sait trop bien que, sous les pavés, il y a les pavés. Il est devenu réaliste, il se contenterait du possible.

En attendant, le spectacle d’adultes répétant sur tous les tons que, décidément, c’est trop dur d’être jeune tout en déployant une énergie considérable pour le rester est pour le moins paradoxal. Flatter la tentation victimaire des jeunes n’est peut-être pas le meilleur service qu’on puisse leur rendre. Après tout, on ne meurt pas de jeunesse. Qu’ils se rassurent, ça finit toujours par passer.

Le sermon du Père Plenel

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edwy plenel mariage gay

edwy plenel mariage gay

En 1829, des adeptes de Saint-Simon s’établirent à Ménilmontant pour créer une communauté selon les préceptes de leur mentor, qui dégénéra en secte mystique, appelée « Nouveau Christianisme ». Quelques siècles plus tard, un autre prêcheur a convié ses disciples sur les pentes de l’ancien faubourg parisien. Edwy Plenel, le gourou de Mediapart, patronnait une soirée-débat au théâtre de la Colline, lundi 19 mai, sur le thème : « Du « mariage pour tous » à « la-théorie-du-genre », nouveaux clivages, alliances nouvelles ».

L’objectif était de faire un bilan des débats de l’an passé, et d’analyser la mobilisation hostile aux réformes sociétales. La date de la célébration était choisie pour coïncider avec l’anniversaire du vote de la loi Taubira sur le mariage homosexuel, le 17 mai 2013. Autour de Plenel, officiaient Houda Asal, de l’Université McGill, spécialiste des inégalités sociales, Céline Béraud, de l’Université de Caen, experte en « fait religieux », et Éric Fassin, de l’Université Paris 8, sociologue, et militant LGBT décomplexé.

Devant un public nombreux, plutôt grisonnant et bobo, le Père Edwy Plenel prêcha fougueusement. En guise d’action de grâce, il loua le progrès historique indéniable que représentait la légalisation du mariage gay. Pour l’exhortation, il s’alarma de la montée de la réaction, « homophobe, raciste, antisémite ». La situation justifiait une telle soirée, afin de préparer la riposte. Pour illustrer son propos, il déclama une citation de Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Les « monstres ». Voilà l’adversaire nommé. « Avez-vous vu, Mesdames, les monstres de la mi-janvier, qui manifestèrent contre l’avortement ? Ce sont les mêmes qui s’opposaient au droit de vote des femmes, à la contraception… Ce ne sont que les poupées gigognes de notre ennemi inchangé : le conservatisme ». Le ventre de la bête est encore fécond, et Plenel ne craint pas le formol, lorsqu’il désigne l’origine du mal : « l’Action française ». Oui, vous avez bien lu. « Ce laboratoire idéologique de la réaction,  hélas non dénué de talent, qui poursuit son travail de subversion ».

Succédant le prédicateur en chaire, l’experte en fait religieux se lança dans un exposé démontrant que l’Eglise catholique avait joué un rôle moteur dans la mobilisation de l’an dernier, les autres cultes et les « athées dévots », sympathisants de son message, s’étant ralliés à ses arguments anthropologiques, et non religieux. Elle déplora l’absence des « catholiques d’ouverture » dans le débat. Aussitôt, le Père Plenel nomma Jean-Pierre Mignard, « avocat de Mediapart », qui a racheté Témoignage Chrétien : « lui au moins est fidèle à la Parole de Dieu, ‘’Qu’as-tu fais de ton frère’’ ! »

Vint le tour de Houda Asal, qui annonça parler au nom de la communauté musulmane. À l’entendre, contrairement aux catholiques, tous unis contre le mariage gay, les musulmans seraient plus « divers », plus « en retrait ». Elle minimisa la portée des Journées de Retrait de l’Ecole initiées par Farida Belghoul, pour protester contre la théorie du genre. Elle déplora enfin l’islamophobie, qui, selon elle, accompagnait la réaction conservatrice anti-mariage gay. Elle se plaignit enfin que le clivage droite-gauche était actuellement brouillé par ces sujets : « vite, que la gauche redevienne la gauche, et la droite, la droite, qu’on s’y retrouve ! »

Quant à Éric Fassin, rompu à l’exercice des colloques mondains, il toisa l’assistance avec gourmandise et commença son sermon par une plaisanterie : « la banlieue est bien descendue à la Manif Pour Tous : c’était Versailles ! ». Effet garanti. S’ensuivit la dénonciation de la vision de l’homme issu du catholicisme, coupable d’avoir engendré un racisme biologique et « naturaliste ». Il termina sur un mot grave : « nous sommes dans les années 30 ». La solution ? « Réunir des publics, comme ce soir, peser dans le débat ».

Les prédications terminées, le public fut invité à participer à l’élaboration de la Sainte doctrine. Trois dames d’un certain âge tinrent à se présenter comme « sociologues » et « féministes ». Une autre précisa qu’elle vient du XIXe arrondissement, « quartier populaire », où s’était déroulée une attaque homophobe d’une violence inouïe : des autocollants Manif Pour Tous furent trouvés sur la voie publique. Par souci de parité, Plenel donna équitablement la parole à des hommes : le premier s’empara du micro pour se livrer à une charge contre l’Union nationale des associations familiales (UNAF), opposée au mariage gay l’an dernier, qui représente selon lui un « reliquat du pétainisme ». Le second demanda benoîtement si le débat sur la théorie du genre n’est pas le même que celui qui oppose créationnistes et darwinistes aux Etats-Unis, ce à quoi Éric Fassin opina du chef.

La messe allait être dite, lorsqu’un jeune téméraire du public demanda pourquoi les intervenants n’avaient pas évoqué la PMA et la GPA, qui jouèrent pourtant un rôle de repoussoir contre la loi Taubira. « J’ai manifesté à deux reprises l’an dernier : contre le Traité d’austérité européen, et avec la Manif Pour Tous. Pour moi, c’est le même libéralisme à l’œuvre, qui menaçait avec la PMA et la GPA ce qu’il y a de plus immatériel, la vie, l’enfant. Comment des gens de gauche peuvent-ils défendre qu’on puisse vendre son enfant ? »

Se sentant visé, Éric Fassin fit huer le fâcheux par une partie de la salle, tandis que l’autre demeurait dans un silence gêné. Il déclara qu’il fallait distinguer le marché, et les « droits », et assura que l’avenir était à la GPA éthique, « dans le cadre familial ».

Le prédicateur moustachu ramena le calme, et le sujet. Il déclara que la gauche, si elle était réellement courageuse, eût voté, avec le mariage gay, le droit de vote des étrangers, pour ne pas discriminer les « quartiers ». « Des droits ! Des droits pour les musulmans, pour les ouvriers, pour les chômeurs ! Des droits ! Des droits ! ». Ainsi soit-il.

Sur le parvis du théâtre de la Colline, les discussions allèrent bon train. On s’aperçut que pendant deux heures, pas un seul des prêcheurs n’avait employé le mot « démocratie ». Sans doute le fait que des centaines de milliers de citoyens aient manifesté l’an dernier en allant contre un progrès fondamental de l’humanité suffisait à les priver de ce qualificatif.  

La révélation spirituelle n’a pas quitté les pentes de Ménilmontant : tout devient clair. Le Père Edwy Plenel est animé de vertus chrétiennes devenues folles, et ses fidèles sont les dernières grenouilles de bénitier d’un progressisme passéiste.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00618647_000026.

Travailler plus pour mourir plus vite

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city debord travail

city debord travail

C’est arrivé près de chez vous. Un été. Et personne n’en a parlé. Comme s’il s’agissait d’un banal accident, pour ne pas dire incident. Le 15 août dernier, un jeune allemand de 21 ans, Moritz Erhardt, stagiaire à la City au sein du prestigieux groupe financier Merrill Lynch, au département des fusions et acquisitions, est retrouvé gisant dans sa douche par ses colocataires. Il ne respire plus. « Nous sommes profondément choqués et attristés par la nouvelle de la mort de Moritz Erhardt. Il était apprécié de ses collègues et était un stagiaire très assidu, promis à un brillant avenir », se contentera de dire le communiqué de la Bank of America, la maison mère. Depuis, le temps passe autant que son souvenir ne reste pas.

En novembre dernier, l’enquête de Scotland Yard a fini par conclure que Moritz Erhardt était mort d’une crise d’épilepsie, possiblement déclenchée par son état de stress et de fatigue avancé. Un diagnostic pour le moins succinct qui dissimule pourtant une réalité épouvantable où le travail n’est plus au service de l’homme mais l’homme au service d’un travail. Un travail qui n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti et qui pourtant gouverne jusqu’à disposer de la vie : le monde de la finance.

Il aura suffi d’un stage d’été de sept semaines, avec un salaire de 3150 euros, pour que le jeune homme trouve la mort. Dans le contrat qu’il avait décroché et qui lui ouvrait grand les portes à une fulgurante carrière de financier, Moritz Erhardt avait accepté cette clause qui ignore le temps légal de travail. Six jours et demi sur sept, pour plus de cent heures par semaine, celui qui se rêvait déjà en Gordon Gekko ou en Jordan Belfort donnait, toujours et encore plus, sans jamais laisser paraître une marque de faiblesse. En échange de quoi, ses repas et ses taxis étaient pris en charge. C’est qu’on avait aussi promis de l’embaucher. Et c’est ainsi que le tout jeune banquier s’était transformé en bourreau de travail, en kamikaze, avec costume et cravate comme armement.

L’histoire ne retiendra pas le nom de Moritz Erhardt. Aucun monument aux morts ne viendra marquer son fait, pas plus que celui de tous les autres qui suivront. Car ce n’est pas la guerre des hommes entre eux qui l’a tué. C’est une guerre bien plus violente, bien plus sournoise,  qui a eu raison de lui : le travail en tant qu’aliénation et activité séparée de la vie qui va, si l’on se réfère à la célèbre formule de Guy Debord. Comment, d’ailleurs, ne pas la voir comme telle lorsque l’on s’attarde sur le commentaire cynique d’un analyste de Merrill Lynch, sous couvert d’anonymat ?« Les jeunes qui se lancent dans la « fusac » ou le trading savent à quoi s’attendre. Les plus fortes rémunérations sont ici. Ils sont prêts à tout sacrifier pour leur bonus, et seuls les plus agressifs peuvent survivre. S’ils sont des victimes, alors ce sont des victimes consentantes ! » Professeur en neuro-économie à l’université Paris-Dauphine, Christian Schmidt ne dit pas autre chose : « Le milieu est extrêmement rude et ces addicts à l’adrénaline ont l’illusion qu’ils contrôlent. Mais beaucoup craquent au bout de quelques années. En général ils ne tiennent pas plus de dix ou quinze ans ».

Il faudra un jour revenir sur le fondement du travail si le monde moderne nous en donne l’occasion. Tour à tour, différentes conceptions philosophiques et sociologiques l’auront vu comme un asservissement, une nécessité, une liberté ou bien plus simplement comme un asservissement nécessaire à la liberté. En réalité, c’est la nature, la finalité et la contrepartie du travail qui doivent être rediscutées. Et lorsque la contrepartie s’identifie à la mort, alors aucun ordre ne saurait justifier ni la nature, ni la finalité de ce travail en question. En attendant cette remise en question, on préférera cette coquetterie de Guy Debord, lorsqu’en 1953, il traçait à la craie, sur un mur de la rue de Seine, l’inscription « Ne travaillez jamais ».

*Photo :

Finkielkraut, l’irréductible

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alain finkielkraut zemmour

alain finkielkraut zemmour

À en croire les débats médiatiques qui l’ont précédée, la récente élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française aurait été d’abord une affaire politique, dans laquelle l’essentiel aurait été un prétendu conflit entre des Académiciens ouverts à la nouveauté dans tous ses aspects et un candidat « conservateur » ou « réactionnaire », attaché à une idée surannée de la culture et peut-être même de la nation.  Cette idée a été d’abord avancée par les adversaires de notre ami, pour qui dit-on, l’élection d’Alain Finkielkraut aurait signifié quelque chose comme « l’entrée du Front national à l’Académie française » mais, à en juger par les réactions qui l’ ont suivie,  elle a fini par gagner certains de ses partisans, qui ont salué en elle une « victoire de la pensée de droite » (Gilles-William Goldnadel), voire un signe avant-coureur de la « révolution conservatrice en marche » (Éric Zemmour).  Cette récupération de notre ami par des adversaires professionnels du conformisme de gauche est de bonne guerre mais, sans vouloir gâcher le plaisir de quiconque, je ne crois pas que cela soit la meilleure manière de se réjouir. Les Académiciens n’ont pas élu un pamphlétaire « de droite » mais un écrivain subtil, dont le conservatisme supposé exprime surtout une sollicitude inquiète devant la fragilité des choses, et qui peut toucher les lecteurs les plus divers sans exiger d’eux un quelconque  engagement partisan.

Si Alain Finkielkraut occupe une place importante dans la culture française d’aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’il a illustré mieux que tout autre une certaine idée de la littérature,  qui échappe avec agilité à la sécheresse formaliste des années structuralistes sans pour autant nous ramener aux illusions de la littérature engagée. Il a parcouru en écrivain plutôt qu’en philosophe le chemin qui menait de l’existentialisme sartrien à la critique structuraliste et aux  philosophies de la « mort de l’homme »  et il a su inventer une manière originale de lier l’écriture littéraire, la réflexion philosophique et l’analyse du temps présent, qui fait l’unité de ses trois derniers livres, Un cœur intelligent, Et si l’amour durait et L’Identité malheureuse.[access capability= »lire_inedits »]

Finkielkraut  est fidèle à l’héritage de Lévinas, mais il ne s’inscrit pas dans la tradition  judaïque de l’ « étude » et il a toujours défendu, y compris contre son ami Benny Lévy, la valeur heuristique et formatrice de la littérature et de la « culture », fussent-elles païennes ou chrétiennes. Il défend Heidegger contre ses détracteurs les plus violents et, s’il n’est pas insensible au pathos anti-moderne du promeneur de Fribourg, il se veut aussi héritier des Lumières ; il critique la gauche, notamment parce qu’elle a trahi la « splendide promesse faite au Tiers état » en rompant avec l’ idée « républicaine » de l’École, mais il ne se reconnaît vraiment ni dans les « valeurs de droite » traditionnelles ni dans l’imaginaire de l’entreprise. De la même manière, sa défense constante d’Israël ne l’a jamais conduit, quoi qu’on dise, à nier  les droits des Palestiniens.

L’Académie française vient d’élire un écrivain qui est aussi, à travers « Répliques », un de ceux qui, en France, contribuent à faire vivre le débat intellectuel sous sa forme la plus digne. Il n’y a aucune raison, fût-ce pour se réjouir de cette élection, de la réduire à un affrontement partisan, car cela reviendrait à accepter ce contre quoi toute l’œuvre d’Alain Finkielkraut n’a pas cessé de protester : la réduction de la culture à une simple superstructure des conflits « réels » qui traversent notre monde.[/access]

*Photo: Hannah

Eurobidon : and the winner is… les Jeunes socialistes

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Comment faire voter les jeunes aux européennes ? Pour les communicants 2.0, l’équation est simple : abstention = jeunes et jeunes = sexe. Donc pour mobiliser les jeunes qui ont leur cerveau dans leur slip, il faut leur faire croire que l’Europe les aide à avoir une sexualité épanouie. Car, c’est bien connu, ledjeune est égoïste, il se fiche des vrais enjeux. Rien à foutre du Traité Transatlantique, de l’euro, du chômage : il faut lui parler en dessous de la ceinture.

Après la déclaration du président du PPE qui explique que l’Europe unie, c’est le porno sans frontières. Après l’affiche des Jeunes Européens montrant une jeune fille au lit avec deux garçons hésitant, sa carte électorale à la main avec le slogan « choisis qui tu veux » (une référence subliminale au « Fuck the UE » de Victoria Nuland, sans doute). Après le préservatif dadaïste « Donnons vie à l’Europe » d’EELV, le MJS a enfin frappé, reprenant son titre légitime de palme d’or de la crétinerie communicationnelle.

Dans une vidéo d’une minute appelée « Episode 1 » (ce qui laisse présager le pire), les MJS Nord mettent en scène l’argument prétendument prioritaire pour l’Europe en crise : le droit à l’avortement européen. On y voit un djeune numéro 1 sobrement nommé « Jerem » confier à sa coloc probablement féministe son vœu de partir à l’étranger en Espagne. Elle lui répond, pragmatique : « C’est cool l’Espagne, plage soleil, nanas… par contre, si tu rencontres une nana et qu’elle tombe enceinte, elle ne pourra pas avorter ». Parler d’IVG au petit déjeuner, quoi de plus normal pour un djeune 2014.

Et Jerem, acteur de seconde zone ayant de fortes similitudes physiques avec un appareil génital de type masculin et la même expressivité, de répondre, voyant son futur de nightclubber madrilène s’anéantir à cette hypothèse : « Ah ouais ben alors je vais pas aller en Espagne ». Et d’ajouter mollement « il faut que ça change ».

Si je voulais jouer les féministes, je pourrais dire que cette utilisation de l’avortement comme mise à disposition du corps de la femme me rappelle les heures les plus sombres de l’hétéropatriarcat. Mais passons.Passons aussi sur le fait que l’avortement ne soit pas un droit, encore moins un droit européen.

Plutôt optimiste, je noterais plutôt une convergence de points de vue entre adversaires de l’avortement et jeunes socialistes : la solution la plus efficace contre l’IVG, ça reste l’abstention !

Saint Kerviel, comédien et martyr

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jerome kerviel koubbi finance

jerome kerviel koubbi finance

Jérôme Kerviel a eu du flair. Non pas dans le comportement un peu délirant qui fut le sien lorsqu’il était trader à la Société Générale où il a fait n’importe quoi. Causant la perte de milliards d’euros à son employeur et multipliant les manipulations pour masquer ses errements. Mettant en danger par la même occasion la banque et ses 160 000 emplois directs. Pour qu’au final, ce soit, comme d’habitude, le contribuable qui s’y colle, merci Monsieur. Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas d’exonérer la banque de ses responsabilités et de ses méthodes, mais nous sommes en présence alors d’une question politique. Qui se rattache directement la dictature de la finance dont le Président de la République nous avait pourtant dit « qu’elle était son ennemie ».

La justice pénale, c’est autre chose et comme la plus belle des femmes, elle ne peut donner que ce qu’elle a. Le juge pénal est saisi de faits. Il doit en établir la matérialité, et les qualifier juridiquement. Si la qualification relève d’une infraction prévue par le Code pénal, l’auteur sera poursuivi et condamné. La Justice n’est pas là pour faire de la morale, de la politique ou pour refaire le monde. Et dans cette affaire, il semble qu’elle ait fait convenablement son boulot. Instruction détaillée pendant laquelle la défense a pu jouer son rôle. Quatre semaines d’audiences publiques, ce qui est quand même assez inhabituel. Un premier jugement de 300 pages. Procédure d’appel, à nouveau trois semaines d’audience, et nouvel arrêt de 300 pages. Procédure de cassation qui confirme la régularité de la procédure et casse uniquement sur la question des intérêts civils. Ce dernier point ne remettant absolument pas en cause la réalité des faits commis par Jérôme Kerviel et leur caractère fautif. La messe est dite.

Et c’est là que Jérôme Kerviel a eu du flair. Il était défendu en première instance par l’un des meilleurs avocats de droit pénal des affaires : feu Olivier Metzner. Technicien et tacticien de haut niveau. Ce qu’exigeait la conduite de ce dossier. La lecture de la décision de première instance au-delà de son caractère austère et fastidieux, donne à penser qu’une réformation en appel aurait été très difficile. Comprenant que sa défense dans l’espace judiciaire était vouée à l’échec, il a compris qu’il fallait désormais qu’elle se déploie dans l’espace médiatique. Débarquant Olivier Metzner, il l’a confié à David Koubbi. Dont les performances devant micros et caméras, sont plus significatives que dans les prétoires. Héritier en cela de Jacques Vergès, de Gilbert Collard et quelques autres. Pour ne prendre qu’un exemple, Jacques Vergès dont la défense à la barre d’Omar Raddad avait été assez faible, avait retourné l’opinion publique en faisant du racisme le motif de la condamnation du jardinier. Alors que celle-ci résultait de la lourdeur accablante d’un dossier. Ne reculant devant pas grand-chose, Vergès avait assimilé Raddad au capitaine Dreyfus! Il fut suivi par quelques intellectuels en mal de cause et par une opinion publique versatile. À la demande du roi du Maroc, le jardinier obtint une grâce présidentielle à valeur d’absolution.

Avec une virtuosité impressionnante, David Koubbi a enrubanné quelques secteurs de la société française. D’abord les chrétiens qui culturellement, raffolent des martyrs. Un petit montage photographique pour une poignée de main avec le Pape, une randonnée pédestre qui renvoie aux pèlerinages de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Chartres, l’affaire est faite. Ensuite, Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci en difficulté politique a décidé qu’il lui fallait un nouvel emblème. Va pour Jérôme Kerviel. Lui aussi comparé à Dreyfus, Kerviel, ancien candidat UMP, est transformé en victime de la finance redevenue l’amie de François Hollande. Très pratique, cela évite de mener les vrais combats contre Hollande, Moscovici et autres Karine Berger, relais efficaces des lobbys financiers et bancaires. La faute des juges on vous dit. Les médias enfin, qui cherchant le moyen d’échapper au lourd ennui de la campagne des européennes vont se jeter sur cette histoire du petit contre le gros, de l’innocence soi-disant bafouée, sans oublier de pimenter avec une pincée de people. Tout ça, pour donner de la décence à une pantalonnade indécente.

En face, ceux qui connaissent le dossier protestent, argumentent, mais qui les écoute ?

Et ce n’est pas Michel Sapin, qui ne manie que l’injure, qui risque d’y arriver. Après Nicolas Sarkozy qualifié de malfaiteur, il traite Kerviel d’escroc. Ça c’est de la pédagogie…

Je ne serai pas surpris qu’un prochain sondage donne une majorité croyant à la fable de l’innocence bafouée. Comment en est-on arrivé là ? Au-delà de l’habileté de David Koubbi et de son client, on peut s’interroger sur l’absence de crédibilité de notre justice. Parce que croire à cette innocence, implique de considérer que tous les magistrats qui ont été concernés par ce dossier soit au minimum une trentaine ont accepté d’aller à l’encontre de leur conscience pour couvrir les agissements frauduleux des dirigeants de la Société Générale. Or si ceux-ci, antipathiques et cupides font un boulot que l’on peut considérer comme sale, ils le font dans le cadre des lois existantes. Ce sont celles-ci qu’il convient de changer en menant le combat politique nécessaire.

Mais aujourd’hui, le discrédit qui pèse sur l’institution judiciaire est tel, que prétendre qu’elle est asservie à la finance est devenu naturel. Cette défiance qui rejoint celles dont souffrent les journalistes et les politiques est grave. À qui la faute ?

Les magistrats eux-mêmes en portent une lourde part. L’instrumentalisation de la justice à des fins politiques est devenue une habitude. L’incontestable acharnement, jusqu’à la caricature, du couple médias-justice contre Nicolas Sarkozy par exemple, les louvoiements ou les retards de l’institution à sanctionner d’incontestables débordements ont nourri cette défiance. Même si cela ne concerne qu’une infime partie des dossiers traités, l’idée est acquise que la justice française n’est pas impartiale. On nous rebat les oreilles avec l’indépendance en oubliant de dire que celle-ci n’est que le moyen d’arriver à la vertu cardinale qui est celle de l’impartialité. Comme l’a montré l’invraisemblable scandale du « mur des cons », la partialité est quasiment revendiquée.

Jérôme Kerviel rentre en prison avec l’auréole du martyr. Gageons que détenu modèle il bénéficiera de remises et d’aménagements de peine, voire d’une grâce opportune. Et ce sera tant mieux, car il se sera bien battu.

*Photo : Claude Paris/AP/SIPA. AP21568882_000003. 

Une sale odeur d’Europe

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dior chanel ue

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Fête des mères aidant, et nonobstant le fait que ce soit une initiative pétainiste, je cherchais un cadeau à faire à la mienne — 80 ans, bon pied bon œil, mais elle ne paraît guère plus âgée que moi, coquette impénitente, fort peu ancrée dans le passé mais cultivant la nostalgie à ses heures — et gâtée par mon père au-delà de l’imaginable, ce qui rend la question des cadeaux toujours délicate.

Alors je me suis rappelé une scène d’enfance — une senteur plutôt. Une fraîcheur — le côté « le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat ». Le parfum de la dame en pied-de-poule — c’était à la mode dans les années 1950. Quand l’Europe en était aux balbutiements, à la Communauté du charbon et de l’acier, au Benelux, aux embrassades De Gaulle-Adenauer, bref, l’Histoire se faisait. Et Balmain (Germaine Cellier, en fait) avait osé, à la Libération, pousser jusqu’à la limite l’usage du garbanum (une racine moyen-orientale, un truc insupportable en l’état), en composition avec de la rose et du jasmin (la rose, mal maniée, a tout du déodorant pour toilettes, mais poussée à son climax cela produit Joy, le parfum-phare de Patou). La fragrance s’appelait Vent Vert. Un délice.
J’ai acquis un flacon et je l’ai offert — par la Poste, avec quelques jours d’avance — à ma génitrice…
Erreur fatale. Coup de fil immédiat — pas pour me morigéner, n’exagérons pas, mais parce que le Vent Vert d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’autrefois.
Ah bon ? On peut modifier complètement la texture d’un parfum mythique ? Le N°5 ne serait plus qu’un 5 bis ? Miss Dior serait dépucelée ? Et l’Heure bleue s’est décolorée ?
Eh bien oui — grâce à l’Europe.

Les ingrédients qui composaient les grands parfums mythiques sont de plus en plus souvent interdits tout bonnement par les règlements européens. Thierry Wasser (responsable des parfums chez Guerlain) s’insurge : « Avec leurs directives, ils vont finir par tuer Nahéma [eau de parfum de Guerlain] car sa teneur en rose est jugée excessive. Ils ont déjà tué Parure [même créateur] de plusieurs coups mortels en interdisant le bouleau pyrogéné, la mousse de chêne et le lyral qui lui donnait sa note de muguet. » Il suffit désormais qu’une Polonaise se plaigne d’irritations, qu’un Slovène ait le nez qui coule dans le cou de sa copine, pour que l’Europe s’insurge et interdise tel ou tel produit — sans compter ceux qui viennent d’espèces animales que les lobbies écolos protègent. La réglementation évolue à toute allure, et interdira bientôt tous les grands parfums français — resteront ces eaux de toilette standardisées, vaguement citronnées, qui envahissent les marchés (et surtout les supermarchés). Abus du dogme du principe de précaution. Une « étude scientifique » pointe du doigt la présence d’éléments allergènes dans Chanel n°5 — et les bonnes âmes s’insurgent que la Commission européenne n’ait pas encore interdit la plus célèbre création de Coco — ou Dior Addict, également dans la ligne de mire. On ne les interdit pas — on les banalise. L’Europe aime les produits pasteurisés, c’est vrai pour les fromages, c’est vrai pour les parfums — deux produits typiquement français, comme c’est bizarre…

Les parfums, formules secrètes nées de quelques nez, ne sont pas déposés, pour mieux protéger leur secret et leur mystère. Chaque marque tire dans son coin, et les grands parfumeurs sont désunis face aux législateurs. Que certains produits interdits dans les parfums soient toujours autorisés dans la nourriture en dit long sur le poids des groupes de pression — et qu’est-ce que cette Europe livrée aux influences des trusts ?
Je dénie aux législateurs le droit d’intervenir sur mes souvenirs d’enfance. Je vais voter contre, contre les partis prêts à voter Juncker ou Schulz, contre l’Europe dénaturée tricotée en trente ans par les eurocrates, contre l’Europe qui m’interdit de voguer sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique— comme disait Baudelaire.

Anecdotique ? Peut-être. Mais significatif. L’Europe de l’UMPS, je ne peux plus la sentir — littéralement. Quitte à parodier Camus : « Si on me donne à choisir entre l’Europe et ma mère, je choisis ma mère ». Désolé pour ma mère, qui a vécu la construction de l’Europe — qu’elle appelait de ses vœux, au sortir de la guerre — et qui s’apprête à voter pour la moins europhile des listes, désolé pour Vent Vert, qui ne sera plus jamais, par la faute de quelques décideurs bruxellois, ni ce que je sentais sur elle, ni ce qu’elle se rappelait.

*Photo : wiki commons.

Transnistrie : la poudrière oubliée

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transnistrie moldavie communisme

transnistrie moldavie communisme

Quoiqu’on puisse en dire, le vote massif pour le projet d’autonomie de la région de Donbass consacre l’influence russe sur les terres de l’est de l’Ukraine tandis que l’Europe n’est plus du tout à l’ordre du jour côté Kiev. Ce schéma bipartite risque de se répéter sur l’échiquier moldave.

Les géopoliticiens se demandaient quel serait le prochain « coup » de Vladimir Poutine. Déjà, fin mars, Philip Breedlove, commandant des forces de l’Alliance atlantique en Europe prévenait que la prochaine « cible » russe, après la Crimée, pourrait être la Transnistrie. Les diplomates européens, prenant part aux pronostics, supputaient que le président russe tenterait prochainement de tracer une ceinture de sécurité entre Odessa et Tiraspol, capitale de la Transnistrie. Une chose est en tout cas certaine : Tiraspol tend les mains vers Moscou.

Rappelons que la Transnistrie est un pays autonome de facto, séparé de la Moldavie depuis 1992, mais non reconnu internationalement. Étroite bande de terre coincée entre l’Ukraine, sur son flanc est, et la Moldavie, sur son flanc ouest, elle affirme son identité malgré tout.  La Transnistrie a sa propre monnaie (le rouble de Transnistrie), son hymne, son Soviet suprême, son drapeau avec faucille et marteau. Langue officielle et législation y sont empruntées aux russes, tout comme la culture du pays encore marquée par les années de communisme.

Entaché par de sombres histoires de trafics, le pays est finalement plus riche, car arrosé par la manne russe, que son voisin moldave. Au risque de paraître cruel, le reporter Michael Lambert souligne la supériorité économique de la Transnistrie sur son grand frère : « Les rues y sont propres, les bâtiments en « bon » état et la population ne semble pas mourir de faim. »

Le 18 mars, deux jours après l’annexion de la Crimée, le parlement de Transnistrie a formulé, auprès des autorités russes, une demande de rattachement. Pas de réponse officielle mais on peut y voir une nouvelle consécration du rayonnement russe.

À l’inverse, la Moldavie, comme le gouvernement ukrainien, s’est tournée vers l’ouest et caresse même l’espoir d’une intégration européenne. De fait, depuis le 28 avril, les citoyens moldaves titulaires d’un passeport biométrique peuvent circuler sans visa dans l’espace Schengen, pour une durée de trois mois. Une façon de retenir l’attention de la population vers l’Occident, en attendant l’accord d’association et de libre échange ?

Peut-être, mais cela  ne suffira pas car le peuple moldave se désintéresse peu à peu de la « grâce » européenne. L’attrait pour l’UE s’est affaiblie avant même que n’explose la crise ukrainienne. Une des raisons vient sans doute de la perspective des efforts titanesques qui restent à faire avant d’atteindre le Graal européen. Le pays n’a pas les moyens d’assurer la modernisation de ses infrastructures, d’autant plus qu’il ne dispose, contrairement aux autres pays de la CEI, d’aucunes ressources fossiles. D’après Michael Lambert, « c’est probablement la raison pour laquelle la chute du communisme, du moins sur le plan économique, laisse un vide dans la vie de nombreux habitants. »  Les élections législatives, qui auront lieu cette année,  risquent ainsi de voir le retour du parti communiste pro-russe, évincé du pouvoir en 2009.

C’est ce que laisse présager une enquête moldave : le parti communiste PCRM deviendrait majoritaire avec 30, 1% des voix devant le parti pro-européen LDP qui n’atteindrait que 17,5% des voix. Décidément, la machinerie européenne, lourde et contraignante, ne convainc pas davantage ses futurs adhérents que ses actuels membres.

*Photo: WATTRELOT MARC/SIPA.00522437_000017