« C’est un message fort qui est envoyé au monde ouvrier par François Hollande et ses amis : trahissez les intérêts des salariés et de l’industrie, vous serez récompensé. Monsieur Martin vient ainsi d’échanger la lutte des classes pour une lutte des places ! »

Cette petite saillie assassine comme on les aime est signée… Valérie Debord, députée et déléguée générale adjointe de l’UMP, qui en bafouille d’émotion tant elle a à cœur de défendre la candidature de sa copine lorraine : « C’est pourquoi je soutiens la candidature de Nadine Morano aux Européennes pour mener le combat dans le Grand Est prend tout son sens (sic) car la fille d’ouvriers qu’elle est n’a jamais trahi ni sa famille ni ses convictions. »

Qu’on les entend depuis deux jours, ces gorges chaudes de l’UMP, sarkozystes nostalgiques et députés européens en devenir, qui gloussent devant le ralliement d’Edouard Martin à ses anciens adversaires socialistes. Certes, comme le notait David Desgouilles avec le mauvais esprit qu’on lui connaît, un délégué syndical de Florange tête de liste PS, c’est aussi baroque qu’un Cohn-Bendit candidat gaulliste aux législatives de juin 68. On a déjà vu des taureaux aimer les toreros, mais pas si vite après la fin de la corrida…

Que les rivaux du PS dénoncent Martin le « jaune » donne un peu de piquant à une campagne européenne dont on chercherait en vain l’intérêt. Mais que l’UMP se gausse de l’échec de Hollande à Florange, c’est un peu fort de café. La fermeture des fourneaux décidée par Mittal n’a pas été annoncée le 6 mai 2012. Nicolas Sarkozy s’était personnellement impliqué dans cette affaire, accordant toute sa confiance au milliardaire indien plus soucieux de spéculer que de récupérer un outil industriel en partie obsolète. L’échec de Florange, c’est aussi le sien. Ce que les salariés du coin n’ont pas oublié, puisqu’ils avaient érigé un monument dédié à ses promesses bafouées, avant de construire une stèle semblable en l’honneur… de François Hollande. Nos deux présidents, Chapi et Chapo, avaient l’un après l’autre envisagé une nationalisation partielle, avant de se raviser. Car l’affaire n’était pas si simple à résoudre, en dépit de toute la bonne volonté d’un Montebourg, en économie ouverte, l’Etat ne peut hélas pas nationaliser chaque usine qui ferme !

Une note d’optimisme pour finir : cette pantalonnade du responsable CFDT et les ricanements de l’UMP auront révélé la fibre prolétarienne cachée du grand parti de la droite. Quelque part entre Germinal et La Bête humaine, les ténors outragés de l’UMP potassent leurs classiques du syndicalisme révolutionnaire et se disent que, tout compte fait, rien ne ressemble plus à un représentant du patronat qu’un représentant du prolétariat, comme l’écrivait ce bon Georges Sorel. Pour défendre la lutte bafouée des sidérurgistes, Jean-François Copé, indigné par ce « coup terrible à la cause syndicale », affûte déjà ses armes en vue de la prochaine grève générale. Ah non, on me souffle que le président de l’UMP veut revenir aux 39 heures par semaines et généraliser le travail le dimanche. Le Grand Soir attendra !

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