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Vivre et laisser causer

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roger moore bond

007 a bien fait de raccrocher son smoking et de rendre son permis de tuer. Le Monde ne suffit pas et surtout ne le mérite pas vu la triste polémique de cette semaine. Bond ne ménageait pourtant pas ses efforts pour déjouer les plans les plus infâmes sans grever le budget de la Nation ! Il lui suffisait de posséder un Walther PPK, de conduire une Aston-Martin et accessoirement de boire quelques vodka-martini (pas à la cuillère comme la tradition l’exige) pour éviter le déclenchement d’une Troisième Guerre Mondiale. Et avec ça, toujours un mot gentil pour Miss Moneypenny, respectueux de la hiérarchie, « M » n’eut jamais à s’en plaindre, d’une fidélité exemplaire à sa Majesté, parfois un peu brutal avec le matériel, « Q » s’étant fait une raison au fil du temps, en somme, le parfait gentleman. Notre défenseur du monde civilisé que même les Rouges avaient fini par aimer pour son anachronisme réjouissant.

Mais cet espion tiré à quatre épingles ne cadre plus avec les mœurs sauvages d’une époque clinique. Aujourd’hui, la menace est insidieuse, le méchant de l’histoire s’est paré d’un humanisme en peau de lapin. Il n’a pas de dents en or et ne projette plus de détruire des satellites. Le méchant est derrière son ordinateur, anonyme parmi les anonymes, il traque le crypto-réactionnaire. Il chasse la formule équivoque, il ensemence le complot, il interprète le malin, il défend (mal) les opprimés qui ne lui ont rien demandé. Chaque phrase de Bond est disséquée, analysée pour en extraire un fiel imaginaire. La bien-pensance pousse décidément loin la transparence. C’est terrifiant !

Pour soigner ce délire de persécution, nous conseillons à ces procureurs virtuels de lire les Mémoires de Roger Moore qui viennent de paraître chez First Editions. Sir Moore n’en est pas à son coup d’essai. Depuis plusieurs années, il raconte sa vie de Saint à travers des livres à l’humour british et au ton fanfaron. Le second degré est sa seconde nature. Dans ce fourre-tout aux allures de Plum-Pudding, l’ex-agent secret a rangé souvenirs de tournages, coulisses de Pinewood (les studios de la banlieue de Londres aussi célèbres que Cinecittà à Rome), amours de plateaux, bagarres de producteurs et anecdotes désopilantes sur une étrange peuplade que sont les acteurs. Le casting a de quoi éblouir les cinéphiles : Ava Gardner, Bette Davis, Walt Disney, David Niven, Tony Curtis, Gregory Peck, Peter O’Toole, Peter Sellers, Michael Caine ou encore le Rat Pack au complet. Que du micheton garanti Hollywood Boulevard ! Le cinéma de ces années-là ne ressemblait pas à la vie. Il n’imitait pas nos tristes existences, il nourrissait notre mégalomanie. Un vieux Bond au ciné vaut mieux qu’une séance sur le divan.

À l’écran déjà, le style de Roger Moore était baroque, à cheval entre élégance surannée et gaudriole rafraichissante. Whisky et p’tites pépées qui feraient rugir nos nouvelles ligues de vertu. Cet agent secret partage l’esprit boulevardier de la comédie italienne, à la fois classieux et déboutonné. Qu’il s’appelle Brett Sinclair ou Simon Templar, Moore joue les désabusés lyriques. Revoir un épisode d’Amicalement vôtre guérira tous ces esprits chagrins. Mais qui peut bien chercher des noises au play-boy de notre enfance ? Son Altesse sapée comme un milord, l’œil qui frise, la main avenante, n’a pas grand-chose à voir avec les héros dopés aux hormones des dernières productions. L’action a remplacé le bavardage. Une fois de plus, les mots ont perdu la bataille idéologique. Quand le nouveau Bond, particulièrement efficace et résistant, endosse le costume trois pièces, on dirait qu’il part faire un footing. Roger Moore s’enorgueillit de n’avoir pas effectué une seule de ses cascades. « J’aimais beaucoup passer du temps avec les cascadeurs, autour d’un repas ou d’une partie de cartes entre deux prises » écrit-il en bon disciple de Churchill. À propos de Daniel Craig qui incarne Bond pour la quatrième fois (Spectre sortira en fin d’année),  il ne tarit pas d’éloges : « C’est l’agent 007 parfait, et à son air, on le croirait réellement capable de tuer, alors que moi, je me contentais d’étouffer mes ennemis ou de les ennuyer à mourir… » et ne manque pas d’autodérision.

Mémoires, Roger Moore, First Editions.

Mémoires de Roger Moore

Prix: 19,95 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,06 €

Albert Simonin, maître auxiliaire

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grisbi albert simonin

Dans les familles fauchées du début des Trente Glorieuses, l’achat de livres était réservé aux seuls ouvrages indispensables et indémodables : dictionnaires, encyclopédies, grands classiques de la littérature. Pour le reste, nouveautés, essais, récits de voyages et d’aventures, on utilisait la bibliothèque municipale, conquête du Front populaire soucieux de briser le monopole paroissial de la diffusion du livre dans les milieux populaires. Cependant, les chaisières staliniennes, adoratrices de Jeannette Vermeersch, qui veillaient aux acquisitions de la bibliothèque de la ville de ma jeunesse, en avaient catégoriquement exclu les ouvrages de la Série noire. Peter Cheyney et « Ridgway-la-peste », même horreur impérialiste yankee, et celui qui arguait de l’engagement communiste d’un Dashiell Hammett pour s’opposer à cette mise à l’index était accusé de trotskisme, autant dire menacé de mort sociale.

Il s’était donc organisé, dans le cercle des amis et connaissances de notre famille, un circuit parallèle de diffusion des livres à la couverture cartonnée noire et jaune. Inutile de préciser que les enfants que l’on nommerait aujourd’hui « préados » étaient tenus à l’écart de cette littérature supposée heurter leur sensibilité et souiller leur innocence. L’attrait du fruit défendu conférait donc aux romans de la Série noire une valeur équivalente à celle du chapitre « Organes génitaux » du dictionnaire médical familial. Comme la plupart des romans noirs américains de l’époque se soumettaient au code Hays, gardien de l’ordre moral des studios d’Hollywood, par crainte d’obérer leurs chances d’être portés à l’écran, nous faisions nos délices du seul auteur français star de la collection, Albert Simonin.

Grâce à son argot aujourd’hui classique, le lecteur clandestin préado sortait par le haut de la sécheresse descriptive de l’anatomie médicale (vagin, vulve, verge, scrotum, etc.) comme de la mièvrerie bêtifiante du parler-enfant utilisé par les adultes (zigounette, minou, féfésses) : « Côté plastique, faut avouer que Lucette était armée : ogives indéformables, cuisses fuseau grand sport, noix rondouillardes et une cambrure de hanche dégradé moelleux, tout ce qu’il y a de plus confortable. » Quelques pages plus loin, ladite Lucette se retrouvait « à loilpé » après avoir dégrafé son chemisier et « fait pointer ses roberts à la fenêtre ». Heureusement, je n’ai su que très tard que mon maître Simonin avait été petite main littéraire de l’ignoble antisémite Henry Coston pendant l’occupation nazie, forfait qu’il paya de cinq ans de ballon.

 

Chrétiens persécutés: le pape dénonce la «furie djihadiste»

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Chrétiens d'Orient Kenya djihadisme pape François

(Avec AFP) – Le pape François et le Vatican ont haussé le ton en célébrant Pâques contre « le silence complice » et « l’indifférence » devant la « furie djihadiste », qui frappe les chrétiens et vient encore de se déchaîner au Kenya.

Le pape argentin, qui a commémoré vendredi la « passion du christ » (sa crucifixion à Jérusalem), devait présider samedi soir la Veillée pascale, qui célèbre, selon la croyance chrétienne, la résurrection de Jésus.

Sous le choc de la tragédie du Kenya, la dénonciation de la violence jihadiste a pris le pas sur tous les autres thèmes comme la paix et la justice, évoqués comme chaque année à Pâques.

Jorge Bergoglio a condamné dès vendredi matin la « brutalité insensée » du massacre des jihadistes Shebab contre les étudiants de Garissa dans l’est du Kenya, qui a fait 148 morts. « Tous les responsables doivent redoubler leurs efforts afin de mettre un terme à une telle violence », a demandé le chef d’1,2 milliard de catholiques.

Au Vatican, on s’irrite du fait que la multiplication des persécutions de chrétiens – par des individus ou des groupes islamistes – de l’Irak au Kenya en passant par la Libye, le Pakistan ou le Nigeria, ne soit pas plus dénoncée, y compris par les autorités occidentales et musulmanes.

« Aujourd’hui nous voyons nos frères persécutés, décapités et crucifiés pour leur foi en Toi, sous nos yeux ou souvent avec notre silence complice », a accusé d’une voix sombre Jorge Bergoglio à la fin du Chemin de Croix vendredi soir au Colisée, s’adressant au Christ, « prince de la paix ».

Les méditations de cette « Via Crucis » retransmise en mondiovision, ont rappelé que « des hommes et des femmes sont emprisonnés, condamnés ou même tués seulement parce qu’ils sont croyants ».

« Ils n’ont pas honte de la Croix. Ils sont de magnifiques exemples », proclamait ainsi un lecteur, citant l’exemple du « martyr » catholique pakistanais, l’ancien ministre pour les minorités Shahbaz Bahtti, assassiné le 2 mars 2011.

Auparavant, lors d’une célébration solennelle dans la basilique Saint-Pierre, « la furie djihadiste » avait été dénoncée.

Le prédicateur de la Maison pontificale, le prêtre franciscain italien Raniero Cantalamessa, avait rappelé les 21 coptes égyptiens morts assassinés en février par un groupe djihadiste en Libye « en murmurant le nom de Jésus ».

« Les chrétiens ne sont certainement pas les seules victimes, mais on ne peut ignorer qu’ils sont les victimes désignées et les plus fréquentes dans de nombreux pays », avait-il fustigé.

« Qui a à cœur le sort de sa propre religion ne peut demeurer indifférent », avait-il ajouté dans un propos qui paraissait s’adresser aussi aux musulmans.

Le Vatican – notamment par la bouche de l’énergique ministre du dialogue interreligieux, le cardinal français Jean-Louis Tauran – ne cesse de plaider pour que ses interlocuteurs musulmans comme l’université sunnite Al-Azhar du Caire prennent position, en se distançant des islamistes et de toute persécution anti-chrétienne.

La prise surprise de la ville irakienne de Mossoul, à l’été dernier, par le groupe Etat islamique (EI) a été un tournant. Il a conduit le Saint-Siège à se montrer plus incisif face aux ambiguïtés de certaines autorités musulmanes.

En novembre dernier, François a lui-même appelé « à une vaste mobilisation des consciences » de tous ceux « qui ont des responsabilités au niveau local et international ».

En décembre, il était plus précis encore en demandant à « tous les dirigeants musulmans du monde, politiques, religieux, universitaires » de « se prononcer clairement » contre la violence des djihadistes. Il prenait soin de parler des autres minorités religieuses persécutées comme les yazidis.

Récemment, le Souverain pontife reprochait enfin à la communauté internationale de « vouloir cacher » les persécutions contre les chrétiens.

Selon un éditorial du quotidien La Stampa, « l’islam doit bannir des mosquées ceux qui prêchent le terrorisme. Trop souvent derrière les condamnations du terrorisme par le monde musulman résonne l’écho d’une compréhension. L’islam doit sortir de l’ambiguïté ».

« Les chrétiens restent la minorité religieuse la plus persécutée, en partie à cause de leur large dispersion géographique et de leur nombre relativement élevé », indiquait récemment dans un rapport bisannuel l’organisation catholique Aide à l’Eglise en détresse (AED).

À quoi sert encore l’OTAN?

otan russie turquie

Bruno Tertrais collabore à la Fondation pour la recherche stratégique. On lui doit notamment L’apocalypse n’est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme (Denoël, 2011).

Causeur : Depuis la disparition de l’URSS fin 1991, l’OTAN ne cesse de se chercher une raison d’être. Aujourd’hui, le retour de la Russie comme grande puissance aux ambitions mondiales redonne-t-il à l’alliance sa légitimité du temps de la guerre froide ?

Bruno Tertrais : Je ne suis pas sûr que l’OTAN se soit longtemps cherché une raison d’être après la fin de l’URSS… Les pays de l’Alliance atlantique ont tout de suite jugé que l’Organisation pouvait être un moyen de limiter les risques de retour du nationalisme militaire en Europe. Et d’ancrer les anciens pays du Pacte de Varsovie qui le désiraient dans la sphère occidentale. Puis dès 1994, l’OTAN s’est trouvé une nouvelle mission : le maintien ou à défaut le rétablissement de la paix, d’abord dans les Balkans, ensuite en Afghanistan. Avec efficacité dans le premier cas, moins dans le second.

Face à l’agressivité de Moscou, l’heure est au recentrage sur le « cœur de métier » de l’OTAN, l’article 5 du traité de Washington (1949) : si un pays membre est attaqué, les autres doivent lui porter secours. Un pour tous, tous pour un. Cela se manifeste notamment par des déploiements de forces et des exercices militaires. Le but est double : dissuader la Russie de s’en prendre à l’Europe, et rassurer les pays membres.

Est-ce que cela marche ? Je le pense. Poutine ne s’en est jamais pris militairement à un Etat souverain membre de l’OTAN. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c’est que Moscou agit aussi de manière masquée. Comment dissuader une cyber-attaque, ou une incursion de « petits hommes verts » ? Le second, ce sont les risques insensés que prennent aujourd’hui l’aviation et la marine russes, qui frôlent sans arrêt nos frontières.

Comment devrions-nous considérer la Russie de Vladimir Poutine ? Est-ce une ennemie, une rivale, une alliée potentielle ?

Dans les années 1990 et 2000, on hésitait. Ce n’était plus un ennemi, mais ce n’était certainement pas un allié. C’était un « partenaire ». Auquel on a beaucoup concédé d’ailleurs. Les petits télégraphistes de Moscou qui disent aujourd’hui qu’on a « humilié » la Russie ont la mémoire courte…

Aujourd’hui, même si nous avons certains intérêts communs, il est difficile de ne pas la considérer comme un adversaire. En tout cas, à l’Est de l’Europe, on ne se pose plus la question. Il est vrai que le projet « eurasiatique » consiste, entre autres, à faire de Moscou la protectrice de tous les russophones. Qu’ils soient Russes ou pas. Cela fait du monde dans l’espace européen…

Moscou, en tout cas, a choisi depuis longtemps : cela fait dix ans qu’elle dit que l’Occident est un adversaire. Pour asseoir sa légitimité, Poutine a eu recours, depuis 1999, à deux adversaires. D’abord les Tchétchènes sur le plan intérieur, ensuite les Occidentaux sur le plan extérieur. Et à chaque révolution démocratique dans l’espace ex-soviétique, la Russie se radicalise un peu plus.

Est-ce une rivale ? Pas sur le plan militaire. Elle a moins d’alliés, moins de bases, moins de capacités de projection que l’OTAN. Elle n’est l’égale des Etats-Unis que sur le plan nucléaire. Ce n’est pas pour rien que Moscou joue de cette carte. En revanche, elle se veut désormais une rivale politique et culturelle, face à un président américain « noir et musulman » (sic) et des pays européens qui autorisent le mariage du même sexe…

Les Russes dénoncent l’extension de l’OTAN vers les pays d’Europe de l’Est, voire en direction de l’Ukraine et de la Géorgie, comme un manquement à la parole donnée lors de la réunification allemande. Ont-ils complètement tort ?

Ils ont tort à 99%. Ce mythe vient d’une réunion entre les ministres des Affaires étrangères allemand, américain et russe qui s’est  tenue en février 1990. MM. Baker et Genscher avaient promis que l’OTAN « n’avancerait pas d’un pouce vers l’Est ». La discussion portait sur le statut des territoires est-allemands dans l’OTAN après l’unification. Les Américains tirent parole : le traité « 4+2 » stipula qu’aucune force étrangère ne serait présente sur ces territoires. Il faut se souvenir qu’à l’époque, l’URSS existait encore, le Pacte de Varsovie aussi, et personne n’envisageait leur disparition à brève échéance ; l’ouverture de l’OTAN aux pays de l’Est n’était pas à l’ordre du jour. Et pense-t-on sérieusement que si l’OTAN avait promis de ne pas accueillir de nouveaux membres, l’URSS n’aurait pas insisté pour qu’elle soit couchée sur le papier ? Il faut aussi rappeler qu’en 1997, l’OTAN a promis à Moscou (sans rien demander en échange) qu’elle limiterait considérablement sa présence militaire sur le territoire des nouveaux membres. La promesse a été tenue.

Sur l’Ukraine et à la Géorgie, les choses sont plus complexes. Dans les années 2000, il n’existait pas de consensus entre les Etats membres pour accueillir ces deux pays. Résultat : en 2008, on leur dit « non pour l’instant », tout en leur laissant entrevoir cette possibilité pour l’avenir. Mais au moment où elles ont été envahies, soit en 2008 et 2013, ni la Géorgie ni l’Ukraine n’étaient sur le point d’entrer dans l’OTAN.

Voyez-vous dans la situation internationale – une Russie ambitieuse et des Etats-Unis qui se tournent vers l’Asie pacifique – une occasion d’un changement profond et radical de l’orientation géostratégique française ? 

Non – et de mon point de vue c’est tant mieux, car je suis en phase avec l’orientation actuelle de la stratégie française. En 2012, François Hollande abordait ce domaine avec précaution, et je suis sûr qu’il se demande parfois « que ferait Mitterrand ? ». Mais contrairement à son prédécesseur immédiat, il n’a jamais été séduit par les régimes autoritaires, et n’a pas fait de pari diplomatique hasardeux. Il est bien entouré et bien conseillé, il est lucide face à Moscou et résolu face à Daech ou à l’Iran. Sur le plan géostratégique, il est parti pour faire un sans-faute ou presque. Et c’est souvent de cela dont l’Histoire se souvient vingt ou trente ans plus tard…

Le problème auquel la France fait face peut être résumé par l’équation suivante : d’un côté, les menaces à l’Est et au Sud se rapprochent, et l’état de nos finances ne nous donne plus de marge budgétaire ; de l’autre, les Américains veulent s’intéresser davantage à l’Asie, et les Européens sont atones ou absents. C’est inquiétant. La seule note d’optimisme, c’est justement le réveil de l’OTAN.

À l’Est, la Turquie d’Erdogan est-elle toujours un membre fiable de l’Alliance ?   Tandis que certains membres de l’OTAN se battent contre l’EI, l’approche d’Ankara est beaucoup moins claire…

La Turquie est ambivalente sur Daech. Elle considère cette organisation comme une menace mais hésite à affronter une force anti-Assad. Vous avez raison de singulariser ce pays car c’est le seul de l’Alliance, avec la Hongrie, qui connaisse un recul démocratique. Au temps de la Guerre froide, on pouvait comprendre que des Etats tels que la Grèce et la Turquie, qui n’étaient pas exactement des parangons de vertu démocratique, fassent partie de l’OTAN. Il s’agissait de protéger ce que l’on appelait le « Flanc Sud ». Mais aujourd’hui ? Sa trajectoire politique l’éloigne de plus en plus de l’Europe. De même que l’on a pu se demander « fallait-il accepter la Grèce dans la zone euro ? » on peut se poser la question : « si la Turquie était aujourd’hui candidate à l’adhésion l’OTAN, serait-elle acceptée ? » Poser la question, c’est y répondre. Mais c’est de la rhétorique, car la Turquie d’Erdogan, justement, ne serait pas sans doute pas candidate à l’adhésion… Ajoutons que la Turquie empêche le reste de l’OTAN – car l’Alliance procède par consensus – de débattre en profondeur de la question iranienne, alors que les missiles de Téhéran ont désormais la capacité de toucher l’Europe. Les relations avec Israël sont aussi un tabou. Cela fait beaucoup.

Mais la Turquie ne veut pas quitter l’Alliance. Depuis 1990, elle se voit comme la nouvelle ligne de front. Rassurons les Turcs : on n’a jamais expulsé un pays membre de l’OTAN.

Au Moyen-Orient et dans le Golfe persique, la stratégie de l’OTAN est-elle l’otage d’Ankara ?

En tant qu’organisation militaire, oui, dans une certaine mesure, comme elle a toujours été tributaire du consensus de ses membres. Mais l’Organisation elle-même a peu de pouvoir. Elle n’est que la somme de ses parties. Le blocage de l’un de ses membres ne l’empêche que d’agir en son nom propre, par exemple en utilisant des moyens de commandement communs. Mais il n’affecte pas la liberté d’action de chacun des Etats. Qui peuvent d’ailleurs aussi agir en coalition hors de l’OTAN.

*Photo : wikicommons.

Paris, Copenhague, Tunis… et c’est pas fini!

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attentat bardo tunisie daech

Coup plus génial que le massacre de Tunis, on ne connaît pas. Vous sacrifiez deux hommes, vous foutez un pays par terre. Vous ruinez le tourisme, les investissements. Vous multipliez le chômage. Vous recrutez une flopée de nouveaux kamikazes. Et vous ouvrez la voie à une interminable spirale de boums badaboums. Prochaine sortie : le califat. Du cousu main. Bravo l’artiste !

Vous auriez mis les plus futés experts en terrorisme sur le coup pour choisir une cible à la place du bureau politique de Daech, aucun d’eux n’aurait eu une idée aussi futée que le musée du Bardo, un mercredi midi.

Tous les mercredis, les croisières font escale à Tunis. Quelques centaines de touristes en profitent pour faire un tour à Sidi Bou Saïd, dans les souks et au musée du Bardo, pour contempler la plus belle collection de mosaïques romaines in the world (les premières déterrées sous la colonisation, par des Français). Les commerçants endimanchent leurs boutiques dans l’espoir de récolter quelques dinars. Visite du musée, incontournable. À deux pas, le Parlement tient séance. Coup double. Les députés s’affolent, on bousille 20 touristes, nos deux martyrs filent direction les 72 vierges, pas une de moins, dans une éternité de pédophilie assurée. Et le tour est joué.[access capability= »lire_inedits »]

Écartons-nous un instant de la stratégie globale pour décrire le plaisir qui leur est réservé là-haut. Le Coran ne précise pas le nombre de vierges, appelées « houris ». Selon les versets 12 à 39 de la sourate 56 : « Ils habiteront le jardin des délices/ Se reposant sur des sièges ornés d’or et de pierreries,/ Accoudés à leur aise et se regardant face à face./ Ils seront servis par des enfants doués d’une jeunesse éternelle,/ Qui leur présenteront des gobelets, des aiguières et des coupes, remplis de vin exquis./ Sa vapeur ne leur montera pas à la tête et n’obscurcira pas leur raison./ Ils auront à souhait les fruits qu’ils désireront,/ Et la chair des oiseaux les plus rares./ Près d’eux seront les houris aux beaux yeux noirs, pareilles aux perles dans leur nacre./ Telle sera la récompense de leurs œuvres./ Nous créâmes des vierges du paradis par une création à part./ Nous avons conservé leur virginité./ Chéries de leurs époux et d’un âge égal au leur,/ Elles seront destinées aux hommes de la droite. » [Traduction de Kasimirski, GF Flammarion, 1970].

D’autres commentateurs coraniques, dont Ibn Kathir (mort en 1373), fournissent plus de détails. « La plus petite récompense qui attend ceux qui ont droit au royaume des cieux est une résidence où se trouvent 80 000 serviteurs et 72 épouses, sur laquelle s’élève un dôme décoré de perles, d’aigues-marines et de rubis, aussi vaste que s’il s’étendait d’Al Jabiyah[1. Banlieue de Damas.] à Sanaa[2. Capitale du Yémen.]. »

Al-Suyuti (mort en 1505) laisse entrevoir une sensualité prometteuse. Selon lui, « à chaque fois qu’un homme touche une houri, il la trouve vierge. Le pénis des élus ne faiblit jamais ; l’érection est éternelle. La sensation ressentie en faisant l’amour est à chaque fois absolument délicieuse et extraordinaire, et quiconque la ressentirait en ce monde s’évanouirait. Chaque élu épousera 70 houris, en plus des femmes qu’il a épousées en ce monde, et elles auront toutes des vagins appétissants. » An offer you can’t refuse.

On s’abuserait si on en déduisait que les djihadistes ne sont mus que par leur ça. L’exaltation du sacrifice pour une cause transcendantale suffit largement à faire affluer la jeunesse désœuvrée ou parfaitement intégrée dans la société. Le mécanisme est bien huilé. Seuls les vieux staliniens de retour sont à même de le reconstituer fidèlement.

Promenez-vous dans une ville arabe. Vous aurez de fortes chances de croiser un jeune homme tenant un livre à la main. Neuf fois sur dix, c’est un ouvrage religieux. Pas le Coran. Ce peut être, c’est souvent, Fi Zilal al Quran (« À l’ombre du Coran »), du philosophe-agitateur égyptien, Sayyid Qutb, pendu en 1966 par Nasser. Une sorte de Manifeste du Parti communiste de 1848. En quelques dizaines de pages, Marx et Engels démontraient aux jeunes gens que leur monde était invivable, qu’il fallait consacrer sa vie à la destruction de la société injuste et à l’édification d’une société de justice. Une autre brochure d’Engels, La Violence dans l’histoire, démontrait qu’on ne progressait qu’en trucidant les ennemis. Sayyid Qutb et ses pareils ne procèdent pas autrement. La lecture du texte vous bouleverse. Vous comprenez enfin que vous êtes cernés par l’ignorance des mécréants. Que l’islam traditionnel ainsi que l’Occident sont à exterminer au plus vite sous l’autorité du calife. Vous avez identifié les méchants et les bons. Vous savez ce que vous avez à faire. Vous brûlez du désir de sacrifier votre existence éphémère qui ne pèse rien à côté du bonheur offert à l’humanité de demain.

Et, désormais, vous avez réponse à toutes les objections : ce ne sont que propagande guerrière des méchants. On peut vous raconter n’importe quoi de raisonnable, d’émouvant, d’irréfutable, vous n’entendrez rien. Vous savez. Les autres sont dans l’obscurité de l’ignorance. L’utopie islamiste non moins que la communiste instaurera la justice, la félicité et le bien-être universels. Une justice infiniment supérieure à la justice humaine de Staline (25 millions de victimes). Cette fois, c’est la justice divine. Perfection garantie pour l’éternité.

En se proclamant calife, le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi a changé la donne. Désormais, Mahomet est représenté par son successeur sur terre. C’est à lui qu’il faut se soumettre. Il détient la parole divine. Qui n’obéit pas s’insurge contre le Dieu tout puissant. L’une après l’autre, les organisations islamistes de tous les continents s’inclinent devant le nouveau calife envoyé par le ciel.

À l’échelle de Baghdadi, Ben Laden est un enfant de chœur. Le terrorisme d’aujourd’hui est le premier à correspondre précisément à l’étymologie du mot. Une seule stratégie : l’effroi, l’horreur, l’épouvante. Massacrez-les en masse, les survivants se coucheront. Qu’ont-ils de sacré ? La Joconde ? Éventrez-la. Les bébés ? Brisez-leur le crâne. Leurs récoltes ? Incendiez-les. Nous n’avons peur de rien, nous avons déjà tout sacrifié. Eux, non. Ils plieront. Nous étendrons notre empire d’un pôle à l’autre, et la justice de Dieu régnera enfin parmi les hommes.

Le califat a déjà établi son autorité impitoyable sur trois territoires : au Nigéria, au Sahara, au Levant. Avec lui, le chaos prend fin, le peuple file droit, un État de type nouveau s’instaure. L’Occident, les laïcs musulmans sont contre, et alors ? Le califat grignote et nul n’égale sa détermination.

L’histoire offre plus d’un précédent. Parties de zéro, les dynasties Almoravides, Almohades, Fatimides ont édifié des empires. Au xe siècle, juché sur son bourricot, Abou Yazid a fait trembler l’Orient. On l’appelait « l’homme à l’âne ». Dans l’islam, cette musique, on la connaît par cœur.

Ben Laden était un artisan des souks, Baghdadi est un entrepreneur 2.0. Il est entouré de généraux chevronnés, d’ingénieurs, d’agrégés. Il ne le cache pas : la moitié de ses divisions sont vouées à la communication. Une guerre d’images. Ainsi il terrorisera. Ainsi il recrutera. Le camp adverse tremble, les nôtres se multiplient. Économie de moyens. Face aux porte-avions, il immole deux hommes à Paris, deux autres à Tunis, avec des bénéfices inespérés en termes de com. Tout est dans le choix des cibles et dans la manière de les traiter. Vous auriez pensé à Charlie vous ? Pas moi. Regardez la couverture média. Publicis n’aurait pas mieux fait. Des génies, je vous dis, des génies. Pendant ce temps, notre aviation, à grands frais, bombarde à l’aveuglette. Les Américains, les Britanniques, les Saoudiens tâtonnent. Une guerre asymétrique. En intelligence. On est nuls. Ils sont trop forts.

Le califat vient à peine de naître. Il se donne bien trente, cinquante ans pour arriver à ses fins. Bonne année.[/access]

*Photo : AP/SIPA. AP21711534_000001.

Attentat au Kenya: 150 victimes sans confession?

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Kenya attentat Garissa chrétiens(Avec AFP) – Une boîte noire serait-elle plus importante que 150 noirs[1. La formule est de ma consœur Eugénie Bastié, dont j’apprécie l’humour noir.] ? Ce vendredi, les médias français revenaient en boucle sur la découverte de la deuxième boîte noire de l’A320 qui s’est écrasé le 24 mars dans les Alpes françaises, faisant 150 morts. Pendant ce temps, au Kenya, on pleurait pourtant les 148 victimes d’un monstrueux attentat islamiste survenu jeudi. Et tous les médias qui l’ont évoqué, y compris le Figaro, ont étrangement omis de mentionner qu’il avait spécifiquement touché la communauté chrétienne.

Selon le site Jeuneafrique.com, « un porte-parole shebab, Cheikh Ali Mohamud Rage, avait revendiqué l’attaque dans la journée, assurant que le commando avait laissé partir les musulmans et gardé les autres étudiants en otage ». Les terroristes ont donc choisi de s’en prendre exclusivement aux étudiants chrétiens.

Des corps empilés, du sang s’écoulant dans les couloirs: secouristes et survivants du massacre de l’université kényane de Garissa racontent l’horreur, mais aussi le sarcasme des assaillants.

Car avant d’exécuter froidement leurs victimes, les islamistes somaliens shebab, qui ont réveillé les étudiants l’arme au poing jeudi, séparant les musulmans des chrétiens en fonction de leurs habits, se sont littéralement amusés, raconte Salias Omosa, un survivant de 20 ans.

« Avant de tirer, les assaillants criaient en swahili « Nous ne craignons pas la mort, cela va être de bonnes vacances de Pâques pour nous » », explique-t-il, traumatisé, dans un camp militaire proche de l’université où il est hébergé.

Le jeune homme raconte avoir réussi à s’échapper après avoir vu deux de ses amis se faire tuer. Les assaillants, affiliés à al-Qaïda, portaient des masques et des vêtements militaires.

« J’ai vu beaucoup de choses, mais jamais rien de tel », renchérit Reuben Nyaora, un infirmier travaillant pour l’ONG International Rescue Committee (IRC). « Il y avait des corps partout, qui avaient été exécutés en ligne, nous avons vu des gens dont les têtes ont été soufflées, avec des blessures par balle partout, le tout dans un désordre effroyable ».

Le secouriste est normalement basé dans le gigantesque complexe de camps de réfugiés somaliens de Dadaab, situé lui aussi dans l’est kényan, près de la frontière somalienne, à quelque 90 km de Garissa.

Il est parmi les premiers arrivés sur le campus pour apporter les premiers soins aux survivants et aux militaires blessés dans les affrontements avec les assaillants.

« Nous avons donné les premiers soins pendant les combats – des soldats se faisaient tirer dessus juste devant nous, comme les victimes retenues en otage », explique ce Kényan de 32 ans, la voix tremblante. « Et puis nous sommes allés dans les couloirs, ce que nous avons vu était bien trop horrible pour être imaginé, et pourtant nous l’avons vu ».

« Tout le monde avait l’air mort, mais alors que nous parlions, des étudiants qui se cachaient depuis des heures sont sortis – certains de placards, d’autres du plafond », dit-il encore. D’autres, qui s’étaient couchés parmi les morts, se sont levés, couverts de sang.

Le secouriste raconte avoir vu trois femmes apparemment mortes, couvertes de sang de la tête aux pieds, qui se sont extirpées indemnes de tas de cadavres.

« Les femmes ont dit que les assaillants criaient en swahili, en même temps qu’ils tiraient sur les hommes : « Nous sommes venus pour tuer et pour être tués », poursuit-il. « Puis ils ont dit aux femmes de « nager dans le sang » », comme pour se moquer d’elles, jouer avec elles, avant de partir en les ignorant.

Amuna Geoffreys, un autre étudiant survivant, était en train de prier avec d’autres chrétiens quand la fusillade a commencé. Il a couru se cacher dans un buisson mais a pu entendre les terrifiantes menaces proférées par les assaillants.

Ceux-ci forçaient des étudiants à appeler leurs parents, pour leur dire de réclamer un retrait des troupes kényanes de Somalie – le Kenya est militairement engagé depuis fin 2011 dans le sud somalien pour combattre les shebab.

« Les tueurs ordonnaient aux gens d’appeler chez eux pour dire: Nous mourons parce que Uhuru (Kenyatta, le président kényan) persiste à rester en Somalie », ajoute le jeune homme. « Après avoir appelé leurs parents, ils étaient tués, et puis c’était le silence ».

Le pape François a condamné vendredi la « brutalité insensée » de l’attaque et s’est dit « profondément attristé par l’immense et tragique perte de vies humaines ». Dans un télégramme adressé par le Vatican au président de la conférence épiscopale kényane, le cardinal John Njue, il appelle « tous les responsables à redoubler leurs efforts (…) afin de mettre un terme à une telle violence ».

On suppose que Le Figaro attendait plutôt un communiqué du Souverain Pontife se félicitant de la découverte d’une seconde boîte noire de l’Airbus de Germanwings.

[Mise à jour 04/04/2015, 10h55]

Les islamistes somaliens shebab ont menacé samedi le Kenya d’une « longue, épouvantable guerre » et d’un « nouveau bain de sang ». Dans un communiqué, dont l’authenticité a été confirmée par un porte-parole shebab, les islamistes, affiliés à Al-Qaïda, expliquent avoir séparé les musulmans des chrétiens pour tuer les seconds après les avoir rassemblés : « Puisque l’attaque visait seulement les non-musulmans, tous les musulmans ont été autorisés à évacuer les lieux sains et saufs avant que les infidèles ne soient exécutés ».

*Photo : Stringer/AP/SIPA/AP21715819_000021

Terrorisme: et maintenant, voici la menace identitaire!

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Bernard Cazeneuve terrorisme IdentitairesLa chaîne LCP-Assemblée Nationale est d’utilité publique pour ceux qui souhaitent s’informer sur le travail de nos élus. Son audience étant par ailleurs très confidentielle, ce qu’elle diffuse ne fait jamais l’objet de gros titres dans les journaux. Ni de moyens titres, d’ailleurs, ni de petits. C’est dommage.

L’autre jour en effet Bernard Cazeneuve était auditionné, sous les caméras de la chaîne, par la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale. Suite à un signalement – amical et pas policier – j’ai regardé. Le ministre de l’Intérieur tentait d’amener les députés, surtout ceux de sa majorité, à penser du bien de la nouvelle loi sur le renseignement. Or, à la gauche de la gauche, ce texte pose problème car tout ce qui est policier, et donc répressif, lui pose toujours problème.

Certains s’étaient émus du risque qu’il y avait à cibler une population spécifique et une religion particulière au prétexte que Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly n’étaient ni catholiques ni juifs. Comment n’auraient-ils pas été angoissés ? L’ombre sinistre du dérapage islamophobe se profilait à l’horizon. Cazeneuve leur jette alors un os à ronger.

Un petit os certes. Mais un os quand même, et quand on est chien de garde du temple de la diversité c’est toujours bon à ronger… Le ministre annonce que la loi va cibler aussi les Identitaires « qui peuvent constituer une menace pour la République ». Miam, miam, font les députés les plus à gauche.

L’Identitaire va poser d’épineux problèmes à la DCRI, chargée de les traquer. Cet animal appartient à une espèce rare. Il n’est pas facilement repérable et localisable : contrairement à d’autres, bien plus nombreux, il ne réside pas dans des barres HLM. Il ne fréquente pas non plus des édifices religieux où on peut entendre des sermons enflammés et vengeurs. En plus il est très, très casanier : on ne le trouve jamais sur les vols en partance pour Istanbul, d’où il pourra gagner des terres propices à l’épanouissement de ses instincts guerriers.

Il fait son petit djihad ici. Eh oui, répétons le, l’Identitaire appartient à une espèce rare bien que non protégée. Ses rites sont d’une monotonie accablante. Il se réunit fréquemment avec ses congénères pour refaire jusqu’à l’épuisement la bataille de Poitiers. C’est d’un triste, car le résultat est toujours le même : c’est Charles Martel qui gagne. Cependant  il éprouve parfois l’impérieuse nécessité d’exister aux yeux du plus grand nombre.

Alors il grimpe sur le toit d’une mosquée en construction où il attend patiemment que les forces de l’ordre  viennent le déloger. On le soupçonne également d’aller nuitamment, et par intermittence, poser une tête de cochon devant une mosquée. C’est assez puéril à supposer que cela soit prouvé. Une « menace pour la République » ? Reste que l’Identitaire est, tout comme l’excellente chaîne parlementaire citée plus haut, d’utilité publique. S’il n’existait pas Cazeneuve aurait dû l’inventer.

*Photo : Flickr.com

le sommaire de Causeur (avril 2015)

Nucléaire iranien: Erdogan plus remonté que Netanyahou

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erdogan iran nucleaire lausanne

Une blague doit égayer les vols entre Tel-Aviv et Istanbul. Benyamin Netanyahou et Recep Tayip Erdogan sont au moins d’accord sur un point : l’Iran ne doit pas obtenir la bombe atomique, ni même se sentir les coudées franches pour redevenir le gendarme de la région. Depuis l’intervention de Netanyahou au Congrès destinée à torpiller l’ouverture d’Obama vers Téhéran, la presse a tendance à assimiler un peu hâtivement sa position à l’opinion commune israélienne, alors même qu’un éminent journaliste de Yediot Aharonot salue les avancées de l’accord de Lausanne, et démontre l’inefficacité d’éventuelles frappes contre les sites nucléaires iraniens. Une analyse très proche du diagnostic des milieux sécuritaires israéliens, Mossad et état-major de Tsahal compris, qui tout en préparant méthodiquement l’option militaire contre l’Iran, s’opposent farouchement à son exécution.

Mais rendons au César ottoman ce qui lui appartient. Beaucoup moins commentées que les rodomontades du chef du gouvernement israélien, les attaques d’Erdogan contre son voisin iranien n’en sont que plus violentes. La semaine dernière, le dirigeant islamiste, qui se fantasme en néo-sultan du monde musulman, ne s’est pas montré avare de piques : « L’Iran essaie de chasser l’État islamique de la région dans le seul but de prendre sa place (…) L’Iran tente de dominer la région. Cela commence à nous déranger, ainsi que les pays du Golfe et plusieurs autres Etats voisin. Et nous ne saurions l’accepter (…) Regardez l’Irak : les Iraniens se battent contre Daech [NDLR : ce qui n’est pas le cas de toutes les armées du coin, suivez mon regard…] et ont envoyé leurs Gardiens de la Révolution. L’Iran n’a toujours pas retiré ses forces du Yémen, de Syrie et d’Irak  ».a-t-il lâché au cours d’une conférence de presse menée avec son homologue ivoirien. Dans la foulée, Erdogan a annoncé le maintien de sa visite à Téhéran le 7 avril prochain, malgré les propos incendiaires dont il ponctue chacune de ses interventions sur le sujet, notamment pour soutenir la coalition arabo-sunnite qui bombarde le Yémen.

Autrefois, on avait coutume d’opposer la République laïque héritière d’Atatürk, membre intégrante de l’OTAN, à la République islamique voisine, parraine du terrorisme à travers le Hezbollah et ses réseaux affiliés. O tempora, o mores : si Téhéran est loin d’avoir renoncé à sa diplomatie parallèle, dont les contours n’épousent pas toujours les intérêts de l’Europe, accord de Lausanne ou pas, la montée aux extrêmes d’une Turquie assez sûre d’elle-même pour laisser passer les djihadistes de Daech rebat les cartes.

D’après l’éditorialiste turc Semih Idiz, la virulence d’Erdogan contre l’Iran dépasse le cadre de la rivalité entre puissances régionales, ou du conflit sunnites/chiites. Même à Ryad, on fait preuve de plus de diplomatie à l’égard de Téhéran, le très persanophobe roi Salman ayant officiellement souhaité que l’accord de Lausanne règle une bonne fois pour toutes la question nucléaire iranienne. Pour Idiz, fin connaisseur de l’AKP, Erdogan ne s’inquiète pas seulement d’un éventuel retour en grâce de l’Iran sur la scène internationale. Le président turc abat en fait l’une de ses dernières cartes dans une opération séduction dirigée vers le monde arabe. Isolé depuis son soutien obstiné aux Frères Musulmans égyptiens, tunisiens et palestiniens (Hamas), Ankara peine à renouer des relations diplomatiques apaisées avec l’Arabie Saoudite et l’Égypte. Pour donner des gages de bonne volonté à ses « frères » sunnites, Erdogan multiplie donc les déclarations de soutien à l’opération anti-houthis du Yémen, afin d’endiguer l’arc chiite qui enserre le Moyen-Orient.

Un calife en cachant un autre, la Turquie islamiste tente d’avancer ses pions pour imposer sa version de l’islam politique. Par les temps qui courent, Daech a bonne presse chez les jeunes désaxés, l’Iran connaît un regain de popularité parmi la diaspora chiite, et la gérontocratie saoudienne semble moribonde, aussi Erdogan représente-t-il le dernier modèle de radicalisme sunnite dynamique et « présentable ». Le djihad en costume-cravate n’a pas dit son dernier mot.

*Photo : AP/SIPA. P21579393_000029.

Un ex otage de l’Etat islamique raconte son calvaire

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(AFP) – Il y a un an, Bunyamin Aygun a cru sa dernière heure arrivée, lorsque les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui le retenaient en otage lui ont annoncé son exécution. Le photographe turc s’en est miraculeusement sorti et raconte aujourd’hui son épreuve.

Publié en janvier, son livre intitulé « Quarante jours entre les mains de l’EI » décrit son quotidien de prisonnier, ses relations avec ses geôliers et donne un coup de projecteur inédit sur le fonctionnement de l’EI et la psychologie de ses combattants.

« Si je ne l’avais pas écrit, j’aurais trahi mes collègues », confie Bunyamin Aygun dans un entretien accordé à l’AFP au siège stambouliote de son journal Milliyet en évoquant les journalistes qui, captifs de l’EI comme lui, ont été décapités. « Ces quarante jours m’ont semblé aussi longs que quarante années ».

Primé à plusieurs reprises, le photographe fut l’un des premiers à traverser la frontière syrienne pour y couvrir la guerre civile qui dévaste le pays depuis quatre ans.

Le 25 novembre 2013, sa mission tourne au cauchemar. A peine franchie la frontière, la voiture qu’il partageait avec un commandant de l’Armée syrienne libre (ASL) pour rallier une unité rebelle dans la ville de Salkin est interceptée par huit combattants jihadistes.

Son prénom à consonance israélite attise la suspicion de ces ravisseurs, qui l’accusent d’être un espion à la solde de l’Etat hébreu.

Les yeux bandés, entravé en permanence, il est pressé de questions, sans ménagement. « Ils me demandaient +est-ce que tu bois (de l’alcool) ? Pour qui tu travailles ? Donne-nous des noms+ », se souvient-il, « on était forcé de faire des ablutions et de prier cinq fois par jour, ce que je ne savais pas faire ».

Bunyamin Aygun raconte qu’un de ses compagnons de cellule lui a rapidement appris le rituel musulman. « Ils torturaient moins ceux qui priaient », note le journaliste turc.

ere vide islam djihad

Mais un jour, un des geôliers avec lequel le photographe avait sympathisé, qu’il nomme « Dayi » (oncle), lui annonce qu’il a été condamné à mort. « Lève-toi, prie et repend-toi », lui lance-t-il, « tu seras exécuté demain par le sabre ».

« Toute ma vie s’est mise à défiler devant moi », se souvient le journaliste de Milliyet. « J’imaginais la façon dont j’allais être exécuté chaque fois que je fermais les yeux », poursuit-il, « attendre ma mort a été la pire des tortures ».

Bunyamin Aygun s’attend alors à voir débarquer son bourreau à chaque instant. Il se prépare à attaquer ses geôliers, préférant mourir d’une balle que par le sabre. Mais pendant trois jours, rien. Jusqu’à ce qu’un de ses gardiens lui montre le corps de « Dayi », tué au combat, en lui disant qu’il sentirait comme lui une fois tué.

Le journaliste turc est à nouveau livré à lui-même plusieurs jours, au point de se demander si ses ravisseurs n’ont pas décidé de le laisser mourir de faim.

Après quarante jours de détention, il est finalement libéré par un groupe jihadiste rival. Il n’apprendra que plus tard que le groupe Etat islamique s’était retiré de la ville où il était détenu et que les services de renseignement turcs (MIT) avaient pris contact avec ses ravisseurs pour négocier son élargissement.

Plus d’un an après, Bunyamin Aygun confie penser encore chaque jour à sa captivité. Mais il espère pouvoir un jour retourner en Syrie pour y faire son métier.

« Les choses que j’ai vécues m’ont profondément affecté mais elles ne sont pas si importantes quand on sait combien de personnes sont brutalement tuées (par l’EI) chaque jour », dit le photographe. Il se souvient de ses collègues américains James Foley ou Steve Sotloff, décapités, ou de nombreux autres otages, anonymes, pendus.

« Ecrire ce livre a été très douloureux, revivre ses moments-là, mais j’en ai éprouvé un grand soulagement », confie-t-il.

Départementales : la quadrature du tripartisme

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On retiendra de la soirée électorale du 22 mars 2015 la remarquable rapidité avec laquelle les leaders des trois principales formations en lice, PS, UMP, et FN, sont venus donner leur interprétation du scrutin. En une salve groupée, moins d’une demi-heure après la divulgation des premières estimations – d’ailleurs notablement différentes selon les médias – Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont entonné leur chant de victoire (ou de non-défaite). Chacun trouvait sa pitance au fond des urnes : pour Manuel Valls, la gauche, toutes écuries confondues, fait quasi jeu égal avec la droite dite classique, Nicolas Sarkozy évoque avec gourmandise la vague bleue départementale attendue pour le 29 mars, prélude à sa future marche triomphale sur l’Élysée, et Marine Le Pen, tout sourire, savoure l’enracinement national de son parti.

Cette hâte n’avait qu’un seul objectif, tuer un débat fondé sur une analyse fine des résultats, dont les conclusions auraient été moins réjouissantes pour les deux blocs dits de gouvernement : l’exposé des contradictions internes de l’alliance UMP-UDI et les oppositions frontales au sein de la gauche auraient fait désordre. Alors, il fallait inciter le téléspectateur à aller se coucher ou à zapper sur l’excellent Classe tous risques de Claude Sautet, diffusé sur Arte.

L’enjeu réel de cette élection, la gestion des départements, où l’on a du mal à distinguer, sauf à la marge, les différences entre les politiques menées par les exécutifs de gauche ou de droite, a été sciemment évacué, d’un commun et tacite accord.

Tout le monde s’est repositionné pour l’avenir, en prenant acte que la Ve République, pour la première fois de son histoire, doit s’accommoder d’un tripartisme bien ancré. L’œil rivé sur l’élection présidentielle de mai 2017, les principaux postulants à l’Élysée ont utilisé ce scrutin local pour conforter leur hégémonie sur leurs camps respectifs.[access capability= »lire_inedits »]

Marine Le Pen a de bonnes raisons de se réjouir : bien que le FN, pour des raisons techniques, n’ait pas confirmé son statut de premier parti de France acquis, pour des raisons non moins techniques, lors du scrutin européen, elle voit sa ligne validée par la croissance exponentielle de ses élus locaux, la conquête possible de quelques départements, peu nombreux mais symboliques, et son statut de faiseur de roi conquis dans ceux qui n’ont pas dégagé de majorité claire. Elle forme un binôme gagnant avec Florian Philippot, marginalisant encore plus la vieille garde des fidèles de son père. Autre satisfaction, les excellents résultats obtenus dans les cantons où le FN avait remporté des succès aux municipales : l’expérience du « lepénisme réellement existant » dans les territoires n’a pas déçu, pour l’instant, l’électeur, en dépit des prophéties autoréalisatrices de ses détracteurs. Marine Le Pen sera au second tour de l’élection présidentielle, car elle n’aura pas à se soucier de l’humeur d’alliés incommodes et exigeants ni à craindre la concurrence de candidats mineurs venant chasser sur ses terres. De plus, la bonne performance de mars laisse présager un résultat encore meilleur en décembre, lors des élections régionales, où le mode de scrutin (proportionnel avec une prime à la formation arrivée en tête) laisse espérer au FN la conquête de deux ou trois régions.

François Hollande, en dépit de la déculottée (copyright Pascal Perrineau) subie par le PS sur le terrain, peut trouver quelques motifs pour se consoler, à défaut d’espérer. Le tour de passe-passe arithmétique consistant à présenter comme des forces égales le bloc de gauche et celui de la droite traditionnelle relève de la pure communication interne : lorsqu’une partie du bloc de gauche vote une motion de censure contre un gouvernement socialiste, on peut légitimement s’interroger sur la solidité de ce bloc… Néanmoins, cet artifice a pour effet de placer le Front de gauche et les Verts anti-Hollande dans la seringue : s’ils persistent dans leur rébellion, ils seront rendus responsables de l’élimination de la gauche au second tour de la prochaine élection présidentielle. Les «  frondeurs » du PS sont déjà rentrés dans le rang, et le duo Hollande-Valls n’a plus à craindre que le congrès du parti, en mai, se transforme en tribunal populaire contre le président et son Premier ministre. Petite joie supplémentaire, la débâcle des socialistes dans le département du Nord, jadis forteresse imprenable de la gauche, met un bémol à la prétention de Martine Aubry de s’ériger en alternative crédible aux dérives sociales-libérales de l’exécutif, qu’elle condamne par « frondeurs » interposés.

La prochaine étape, déjà en cours, consiste à faire exploser les Verts et le Front de gauche, en réintégrant au sein du gouvernement les écologistes « hollandiens », et en détachant une partie du PCF de l’alliance avec le « syriziste » Jean-Luc Mélenchon. Cet objectif est en passe d’être atteint : l’émergence, à gauche du PS, d’une force capable de mettre un terme à son hégémonie sur son camp, à l’image de Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne, s’est brisée sur les départementales. Le modèle grenoblois n’a pas fait école au-delà de la ville de Stendhal.

Cette recomposition à gauche devrait sonner le glas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui sera sacrifié sur l’autel du retour des Verts raisonnables au bercail. Le bateau communiste devrait sérieusement tanguer lors des élections régionales, où les sortants, élus sur des listes d’union avec le PS, seront placés devant un dilemme : périr seuls ou survivre comme supplétifs des socialistes.

Cette fracture, apparue lors des élections municipales, n’a pas été suffisamment remarquée par les commentateurs. Mais cela suffira-t-il à empêcher une candidature gauchiste à la présidentielle, mortelle pour François Hollande ? Il est permis d’en douter. Comme l’espoir fait vivre, on mise beaucoup, à l’Élysée et à Matignon, sur une embellie économique qui donnerait de l’air au pouvoir, permettant de desserrer l’intolérable pression fiscale sur les classes moyennes et de doper le marché de l’emploi par la relance des investissements publics. C’est oublier que la France n’est pas seule en Europe.

La mansuétude de Bruxelles lors de la présentation de son budget 2015, et le sursis qui lui a été accordé pour réduire son déficit à la hauteur des 3 % du PIB réglementaires, devait beaucoup à la crainte d’Angela Merkel de favoriser l’ascension de Marine Le Pen par trop d’intransigeance. Il n’en sera plus de même à l’avenir, et c’est la principale victoire de Nicolas Sarkozy. Son succès, incontestable, dans la reconquête des territoires a convaincu Berlin, et au premier chef la CDU, qui observe à la loupe la situation politique française, que la droite hexagonale était à nouveau en ordre de marche, qu’elle avait mis ses querelles d’ego en veilleuse, et refondé une alliance solide entre son courant conservateur et son courant libéral, à l’image de celle qui unit la CDU et la CSU bavaroise. À Berlin, on est aujourd’hui plutôt confiant dans la capacité de Nicolas Sarkozy de tenir sa boutique, et de la mener vers la victoire en 2017. Les Allemands ayant une sainte horreur de la nouveauté et de l’inconnu, cela n’est pas pour leur déplaire : ils gardent un souvenir ému du couple « Merkozy » en temps de crise. Le temps des petits cadeaux de l’UE à la France socialiste est donc révolu, d’autant plus que ce traitement de faveur a le don d’irriter les partenaires européens de l’Allemagne plus radicaux encore dans la défense de la rigueur budgétaire. De toute façon, il faut s’y faire. L’agence immobilière en charge de choisir le prochain locataire de l’Élysée s’est délocalisée à Berlin. C’est loin d’être une bonne nouvelle.[/access]

 *Photo : BEBERT BRUNO/SIPA. 00709262_000011.

Vivre et laisser causer

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roger moore bond

roger moore bond

007 a bien fait de raccrocher son smoking et de rendre son permis de tuer. Le Monde ne suffit pas et surtout ne le mérite pas vu la triste polémique de cette semaine. Bond ne ménageait pourtant pas ses efforts pour déjouer les plans les plus infâmes sans grever le budget de la Nation ! Il lui suffisait de posséder un Walther PPK, de conduire une Aston-Martin et accessoirement de boire quelques vodka-martini (pas à la cuillère comme la tradition l’exige) pour éviter le déclenchement d’une Troisième Guerre Mondiale. Et avec ça, toujours un mot gentil pour Miss Moneypenny, respectueux de la hiérarchie, « M » n’eut jamais à s’en plaindre, d’une fidélité exemplaire à sa Majesté, parfois un peu brutal avec le matériel, « Q » s’étant fait une raison au fil du temps, en somme, le parfait gentleman. Notre défenseur du monde civilisé que même les Rouges avaient fini par aimer pour son anachronisme réjouissant.

Mais cet espion tiré à quatre épingles ne cadre plus avec les mœurs sauvages d’une époque clinique. Aujourd’hui, la menace est insidieuse, le méchant de l’histoire s’est paré d’un humanisme en peau de lapin. Il n’a pas de dents en or et ne projette plus de détruire des satellites. Le méchant est derrière son ordinateur, anonyme parmi les anonymes, il traque le crypto-réactionnaire. Il chasse la formule équivoque, il ensemence le complot, il interprète le malin, il défend (mal) les opprimés qui ne lui ont rien demandé. Chaque phrase de Bond est disséquée, analysée pour en extraire un fiel imaginaire. La bien-pensance pousse décidément loin la transparence. C’est terrifiant !

Pour soigner ce délire de persécution, nous conseillons à ces procureurs virtuels de lire les Mémoires de Roger Moore qui viennent de paraître chez First Editions. Sir Moore n’en est pas à son coup d’essai. Depuis plusieurs années, il raconte sa vie de Saint à travers des livres à l’humour british et au ton fanfaron. Le second degré est sa seconde nature. Dans ce fourre-tout aux allures de Plum-Pudding, l’ex-agent secret a rangé souvenirs de tournages, coulisses de Pinewood (les studios de la banlieue de Londres aussi célèbres que Cinecittà à Rome), amours de plateaux, bagarres de producteurs et anecdotes désopilantes sur une étrange peuplade que sont les acteurs. Le casting a de quoi éblouir les cinéphiles : Ava Gardner, Bette Davis, Walt Disney, David Niven, Tony Curtis, Gregory Peck, Peter O’Toole, Peter Sellers, Michael Caine ou encore le Rat Pack au complet. Que du micheton garanti Hollywood Boulevard ! Le cinéma de ces années-là ne ressemblait pas à la vie. Il n’imitait pas nos tristes existences, il nourrissait notre mégalomanie. Un vieux Bond au ciné vaut mieux qu’une séance sur le divan.

À l’écran déjà, le style de Roger Moore était baroque, à cheval entre élégance surannée et gaudriole rafraichissante. Whisky et p’tites pépées qui feraient rugir nos nouvelles ligues de vertu. Cet agent secret partage l’esprit boulevardier de la comédie italienne, à la fois classieux et déboutonné. Qu’il s’appelle Brett Sinclair ou Simon Templar, Moore joue les désabusés lyriques. Revoir un épisode d’Amicalement vôtre guérira tous ces esprits chagrins. Mais qui peut bien chercher des noises au play-boy de notre enfance ? Son Altesse sapée comme un milord, l’œil qui frise, la main avenante, n’a pas grand-chose à voir avec les héros dopés aux hormones des dernières productions. L’action a remplacé le bavardage. Une fois de plus, les mots ont perdu la bataille idéologique. Quand le nouveau Bond, particulièrement efficace et résistant, endosse le costume trois pièces, on dirait qu’il part faire un footing. Roger Moore s’enorgueillit de n’avoir pas effectué une seule de ses cascades. « J’aimais beaucoup passer du temps avec les cascadeurs, autour d’un repas ou d’une partie de cartes entre deux prises » écrit-il en bon disciple de Churchill. À propos de Daniel Craig qui incarne Bond pour la quatrième fois (Spectre sortira en fin d’année),  il ne tarit pas d’éloges : « C’est l’agent 007 parfait, et à son air, on le croirait réellement capable de tuer, alors que moi, je me contentais d’étouffer mes ennemis ou de les ennuyer à mourir… » et ne manque pas d’autodérision.

Mémoires, Roger Moore, First Editions.

Mémoires de Roger Moore

Prix: 19,95 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,06 €

Albert Simonin, maître auxiliaire

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grisbi albert simonin

grisbi albert simonin

Dans les familles fauchées du début des Trente Glorieuses, l’achat de livres était réservé aux seuls ouvrages indispensables et indémodables : dictionnaires, encyclopédies, grands classiques de la littérature. Pour le reste, nouveautés, essais, récits de voyages et d’aventures, on utilisait la bibliothèque municipale, conquête du Front populaire soucieux de briser le monopole paroissial de la diffusion du livre dans les milieux populaires. Cependant, les chaisières staliniennes, adoratrices de Jeannette Vermeersch, qui veillaient aux acquisitions de la bibliothèque de la ville de ma jeunesse, en avaient catégoriquement exclu les ouvrages de la Série noire. Peter Cheyney et « Ridgway-la-peste », même horreur impérialiste yankee, et celui qui arguait de l’engagement communiste d’un Dashiell Hammett pour s’opposer à cette mise à l’index était accusé de trotskisme, autant dire menacé de mort sociale.

Il s’était donc organisé, dans le cercle des amis et connaissances de notre famille, un circuit parallèle de diffusion des livres à la couverture cartonnée noire et jaune. Inutile de préciser que les enfants que l’on nommerait aujourd’hui « préados » étaient tenus à l’écart de cette littérature supposée heurter leur sensibilité et souiller leur innocence. L’attrait du fruit défendu conférait donc aux romans de la Série noire une valeur équivalente à celle du chapitre « Organes génitaux » du dictionnaire médical familial. Comme la plupart des romans noirs américains de l’époque se soumettaient au code Hays, gardien de l’ordre moral des studios d’Hollywood, par crainte d’obérer leurs chances d’être portés à l’écran, nous faisions nos délices du seul auteur français star de la collection, Albert Simonin.

Grâce à son argot aujourd’hui classique, le lecteur clandestin préado sortait par le haut de la sécheresse descriptive de l’anatomie médicale (vagin, vulve, verge, scrotum, etc.) comme de la mièvrerie bêtifiante du parler-enfant utilisé par les adultes (zigounette, minou, féfésses) : « Côté plastique, faut avouer que Lucette était armée : ogives indéformables, cuisses fuseau grand sport, noix rondouillardes et une cambrure de hanche dégradé moelleux, tout ce qu’il y a de plus confortable. » Quelques pages plus loin, ladite Lucette se retrouvait « à loilpé » après avoir dégrafé son chemisier et « fait pointer ses roberts à la fenêtre ». Heureusement, je n’ai su que très tard que mon maître Simonin avait été petite main littéraire de l’ignoble antisémite Henry Coston pendant l’occupation nazie, forfait qu’il paya de cinq ans de ballon.

 

Chrétiens persécutés: le pape dénonce la «furie djihadiste»

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Chrétiens d'Orient Kenya djihadisme pape François

Chrétiens d'Orient Kenya djihadisme pape François

(Avec AFP) – Le pape François et le Vatican ont haussé le ton en célébrant Pâques contre « le silence complice » et « l’indifférence » devant la « furie djihadiste », qui frappe les chrétiens et vient encore de se déchaîner au Kenya.

Le pape argentin, qui a commémoré vendredi la « passion du christ » (sa crucifixion à Jérusalem), devait présider samedi soir la Veillée pascale, qui célèbre, selon la croyance chrétienne, la résurrection de Jésus.

Sous le choc de la tragédie du Kenya, la dénonciation de la violence jihadiste a pris le pas sur tous les autres thèmes comme la paix et la justice, évoqués comme chaque année à Pâques.

Jorge Bergoglio a condamné dès vendredi matin la « brutalité insensée » du massacre des jihadistes Shebab contre les étudiants de Garissa dans l’est du Kenya, qui a fait 148 morts. « Tous les responsables doivent redoubler leurs efforts afin de mettre un terme à une telle violence », a demandé le chef d’1,2 milliard de catholiques.

Au Vatican, on s’irrite du fait que la multiplication des persécutions de chrétiens – par des individus ou des groupes islamistes – de l’Irak au Kenya en passant par la Libye, le Pakistan ou le Nigeria, ne soit pas plus dénoncée, y compris par les autorités occidentales et musulmanes.

« Aujourd’hui nous voyons nos frères persécutés, décapités et crucifiés pour leur foi en Toi, sous nos yeux ou souvent avec notre silence complice », a accusé d’une voix sombre Jorge Bergoglio à la fin du Chemin de Croix vendredi soir au Colisée, s’adressant au Christ, « prince de la paix ».

Les méditations de cette « Via Crucis » retransmise en mondiovision, ont rappelé que « des hommes et des femmes sont emprisonnés, condamnés ou même tués seulement parce qu’ils sont croyants ».

« Ils n’ont pas honte de la Croix. Ils sont de magnifiques exemples », proclamait ainsi un lecteur, citant l’exemple du « martyr » catholique pakistanais, l’ancien ministre pour les minorités Shahbaz Bahtti, assassiné le 2 mars 2011.

Auparavant, lors d’une célébration solennelle dans la basilique Saint-Pierre, « la furie djihadiste » avait été dénoncée.

Le prédicateur de la Maison pontificale, le prêtre franciscain italien Raniero Cantalamessa, avait rappelé les 21 coptes égyptiens morts assassinés en février par un groupe djihadiste en Libye « en murmurant le nom de Jésus ».

« Les chrétiens ne sont certainement pas les seules victimes, mais on ne peut ignorer qu’ils sont les victimes désignées et les plus fréquentes dans de nombreux pays », avait-il fustigé.

« Qui a à cœur le sort de sa propre religion ne peut demeurer indifférent », avait-il ajouté dans un propos qui paraissait s’adresser aussi aux musulmans.

Le Vatican – notamment par la bouche de l’énergique ministre du dialogue interreligieux, le cardinal français Jean-Louis Tauran – ne cesse de plaider pour que ses interlocuteurs musulmans comme l’université sunnite Al-Azhar du Caire prennent position, en se distançant des islamistes et de toute persécution anti-chrétienne.

La prise surprise de la ville irakienne de Mossoul, à l’été dernier, par le groupe Etat islamique (EI) a été un tournant. Il a conduit le Saint-Siège à se montrer plus incisif face aux ambiguïtés de certaines autorités musulmanes.

En novembre dernier, François a lui-même appelé « à une vaste mobilisation des consciences » de tous ceux « qui ont des responsabilités au niveau local et international ».

En décembre, il était plus précis encore en demandant à « tous les dirigeants musulmans du monde, politiques, religieux, universitaires » de « se prononcer clairement » contre la violence des djihadistes. Il prenait soin de parler des autres minorités religieuses persécutées comme les yazidis.

Récemment, le Souverain pontife reprochait enfin à la communauté internationale de « vouloir cacher » les persécutions contre les chrétiens.

Selon un éditorial du quotidien La Stampa, « l’islam doit bannir des mosquées ceux qui prêchent le terrorisme. Trop souvent derrière les condamnations du terrorisme par le monde musulman résonne l’écho d’une compréhension. L’islam doit sortir de l’ambiguïté ».

« Les chrétiens restent la minorité religieuse la plus persécutée, en partie à cause de leur large dispersion géographique et de leur nombre relativement élevé », indiquait récemment dans un rapport bisannuel l’organisation catholique Aide à l’Eglise en détresse (AED).

À quoi sert encore l’OTAN?

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otan russie turquie

otan russie turquie

Bruno Tertrais collabore à la Fondation pour la recherche stratégique. On lui doit notamment L’apocalypse n’est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme (Denoël, 2011).

Causeur : Depuis la disparition de l’URSS fin 1991, l’OTAN ne cesse de se chercher une raison d’être. Aujourd’hui, le retour de la Russie comme grande puissance aux ambitions mondiales redonne-t-il à l’alliance sa légitimité du temps de la guerre froide ?

Bruno Tertrais : Je ne suis pas sûr que l’OTAN se soit longtemps cherché une raison d’être après la fin de l’URSS… Les pays de l’Alliance atlantique ont tout de suite jugé que l’Organisation pouvait être un moyen de limiter les risques de retour du nationalisme militaire en Europe. Et d’ancrer les anciens pays du Pacte de Varsovie qui le désiraient dans la sphère occidentale. Puis dès 1994, l’OTAN s’est trouvé une nouvelle mission : le maintien ou à défaut le rétablissement de la paix, d’abord dans les Balkans, ensuite en Afghanistan. Avec efficacité dans le premier cas, moins dans le second.

Face à l’agressivité de Moscou, l’heure est au recentrage sur le « cœur de métier » de l’OTAN, l’article 5 du traité de Washington (1949) : si un pays membre est attaqué, les autres doivent lui porter secours. Un pour tous, tous pour un. Cela se manifeste notamment par des déploiements de forces et des exercices militaires. Le but est double : dissuader la Russie de s’en prendre à l’Europe, et rassurer les pays membres.

Est-ce que cela marche ? Je le pense. Poutine ne s’en est jamais pris militairement à un Etat souverain membre de l’OTAN. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c’est que Moscou agit aussi de manière masquée. Comment dissuader une cyber-attaque, ou une incursion de « petits hommes verts » ? Le second, ce sont les risques insensés que prennent aujourd’hui l’aviation et la marine russes, qui frôlent sans arrêt nos frontières.

Comment devrions-nous considérer la Russie de Vladimir Poutine ? Est-ce une ennemie, une rivale, une alliée potentielle ?

Dans les années 1990 et 2000, on hésitait. Ce n’était plus un ennemi, mais ce n’était certainement pas un allié. C’était un « partenaire ». Auquel on a beaucoup concédé d’ailleurs. Les petits télégraphistes de Moscou qui disent aujourd’hui qu’on a « humilié » la Russie ont la mémoire courte…

Aujourd’hui, même si nous avons certains intérêts communs, il est difficile de ne pas la considérer comme un adversaire. En tout cas, à l’Est de l’Europe, on ne se pose plus la question. Il est vrai que le projet « eurasiatique » consiste, entre autres, à faire de Moscou la protectrice de tous les russophones. Qu’ils soient Russes ou pas. Cela fait du monde dans l’espace européen…

Moscou, en tout cas, a choisi depuis longtemps : cela fait dix ans qu’elle dit que l’Occident est un adversaire. Pour asseoir sa légitimité, Poutine a eu recours, depuis 1999, à deux adversaires. D’abord les Tchétchènes sur le plan intérieur, ensuite les Occidentaux sur le plan extérieur. Et à chaque révolution démocratique dans l’espace ex-soviétique, la Russie se radicalise un peu plus.

Est-ce une rivale ? Pas sur le plan militaire. Elle a moins d’alliés, moins de bases, moins de capacités de projection que l’OTAN. Elle n’est l’égale des Etats-Unis que sur le plan nucléaire. Ce n’est pas pour rien que Moscou joue de cette carte. En revanche, elle se veut désormais une rivale politique et culturelle, face à un président américain « noir et musulman » (sic) et des pays européens qui autorisent le mariage du même sexe…

Les Russes dénoncent l’extension de l’OTAN vers les pays d’Europe de l’Est, voire en direction de l’Ukraine et de la Géorgie, comme un manquement à la parole donnée lors de la réunification allemande. Ont-ils complètement tort ?

Ils ont tort à 99%. Ce mythe vient d’une réunion entre les ministres des Affaires étrangères allemand, américain et russe qui s’est  tenue en février 1990. MM. Baker et Genscher avaient promis que l’OTAN « n’avancerait pas d’un pouce vers l’Est ». La discussion portait sur le statut des territoires est-allemands dans l’OTAN après l’unification. Les Américains tirent parole : le traité « 4+2 » stipula qu’aucune force étrangère ne serait présente sur ces territoires. Il faut se souvenir qu’à l’époque, l’URSS existait encore, le Pacte de Varsovie aussi, et personne n’envisageait leur disparition à brève échéance ; l’ouverture de l’OTAN aux pays de l’Est n’était pas à l’ordre du jour. Et pense-t-on sérieusement que si l’OTAN avait promis de ne pas accueillir de nouveaux membres, l’URSS n’aurait pas insisté pour qu’elle soit couchée sur le papier ? Il faut aussi rappeler qu’en 1997, l’OTAN a promis à Moscou (sans rien demander en échange) qu’elle limiterait considérablement sa présence militaire sur le territoire des nouveaux membres. La promesse a été tenue.

Sur l’Ukraine et à la Géorgie, les choses sont plus complexes. Dans les années 2000, il n’existait pas de consensus entre les Etats membres pour accueillir ces deux pays. Résultat : en 2008, on leur dit « non pour l’instant », tout en leur laissant entrevoir cette possibilité pour l’avenir. Mais au moment où elles ont été envahies, soit en 2008 et 2013, ni la Géorgie ni l’Ukraine n’étaient sur le point d’entrer dans l’OTAN.

Voyez-vous dans la situation internationale – une Russie ambitieuse et des Etats-Unis qui se tournent vers l’Asie pacifique – une occasion d’un changement profond et radical de l’orientation géostratégique française ? 

Non – et de mon point de vue c’est tant mieux, car je suis en phase avec l’orientation actuelle de la stratégie française. En 2012, François Hollande abordait ce domaine avec précaution, et je suis sûr qu’il se demande parfois « que ferait Mitterrand ? ». Mais contrairement à son prédécesseur immédiat, il n’a jamais été séduit par les régimes autoritaires, et n’a pas fait de pari diplomatique hasardeux. Il est bien entouré et bien conseillé, il est lucide face à Moscou et résolu face à Daech ou à l’Iran. Sur le plan géostratégique, il est parti pour faire un sans-faute ou presque. Et c’est souvent de cela dont l’Histoire se souvient vingt ou trente ans plus tard…

Le problème auquel la France fait face peut être résumé par l’équation suivante : d’un côté, les menaces à l’Est et au Sud se rapprochent, et l’état de nos finances ne nous donne plus de marge budgétaire ; de l’autre, les Américains veulent s’intéresser davantage à l’Asie, et les Européens sont atones ou absents. C’est inquiétant. La seule note d’optimisme, c’est justement le réveil de l’OTAN.

À l’Est, la Turquie d’Erdogan est-elle toujours un membre fiable de l’Alliance ?   Tandis que certains membres de l’OTAN se battent contre l’EI, l’approche d’Ankara est beaucoup moins claire…

La Turquie est ambivalente sur Daech. Elle considère cette organisation comme une menace mais hésite à affronter une force anti-Assad. Vous avez raison de singulariser ce pays car c’est le seul de l’Alliance, avec la Hongrie, qui connaisse un recul démocratique. Au temps de la Guerre froide, on pouvait comprendre que des Etats tels que la Grèce et la Turquie, qui n’étaient pas exactement des parangons de vertu démocratique, fassent partie de l’OTAN. Il s’agissait de protéger ce que l’on appelait le « Flanc Sud ». Mais aujourd’hui ? Sa trajectoire politique l’éloigne de plus en plus de l’Europe. De même que l’on a pu se demander « fallait-il accepter la Grèce dans la zone euro ? » on peut se poser la question : « si la Turquie était aujourd’hui candidate à l’adhésion l’OTAN, serait-elle acceptée ? » Poser la question, c’est y répondre. Mais c’est de la rhétorique, car la Turquie d’Erdogan, justement, ne serait pas sans doute pas candidate à l’adhésion… Ajoutons que la Turquie empêche le reste de l’OTAN – car l’Alliance procède par consensus – de débattre en profondeur de la question iranienne, alors que les missiles de Téhéran ont désormais la capacité de toucher l’Europe. Les relations avec Israël sont aussi un tabou. Cela fait beaucoup.

Mais la Turquie ne veut pas quitter l’Alliance. Depuis 1990, elle se voit comme la nouvelle ligne de front. Rassurons les Turcs : on n’a jamais expulsé un pays membre de l’OTAN.

Au Moyen-Orient et dans le Golfe persique, la stratégie de l’OTAN est-elle l’otage d’Ankara ?

En tant qu’organisation militaire, oui, dans une certaine mesure, comme elle a toujours été tributaire du consensus de ses membres. Mais l’Organisation elle-même a peu de pouvoir. Elle n’est que la somme de ses parties. Le blocage de l’un de ses membres ne l’empêche que d’agir en son nom propre, par exemple en utilisant des moyens de commandement communs. Mais il n’affecte pas la liberté d’action de chacun des Etats. Qui peuvent d’ailleurs aussi agir en coalition hors de l’OTAN.

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*Photo : wikicommons.

Paris, Copenhague, Tunis… et c’est pas fini!

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attentat bardo tunisie daech

attentat bardo tunisie daech

Coup plus génial que le massacre de Tunis, on ne connaît pas. Vous sacrifiez deux hommes, vous foutez un pays par terre. Vous ruinez le tourisme, les investissements. Vous multipliez le chômage. Vous recrutez une flopée de nouveaux kamikazes. Et vous ouvrez la voie à une interminable spirale de boums badaboums. Prochaine sortie : le califat. Du cousu main. Bravo l’artiste !

Vous auriez mis les plus futés experts en terrorisme sur le coup pour choisir une cible à la place du bureau politique de Daech, aucun d’eux n’aurait eu une idée aussi futée que le musée du Bardo, un mercredi midi.

Tous les mercredis, les croisières font escale à Tunis. Quelques centaines de touristes en profitent pour faire un tour à Sidi Bou Saïd, dans les souks et au musée du Bardo, pour contempler la plus belle collection de mosaïques romaines in the world (les premières déterrées sous la colonisation, par des Français). Les commerçants endimanchent leurs boutiques dans l’espoir de récolter quelques dinars. Visite du musée, incontournable. À deux pas, le Parlement tient séance. Coup double. Les députés s’affolent, on bousille 20 touristes, nos deux martyrs filent direction les 72 vierges, pas une de moins, dans une éternité de pédophilie assurée. Et le tour est joué.[access capability= »lire_inedits »]

Écartons-nous un instant de la stratégie globale pour décrire le plaisir qui leur est réservé là-haut. Le Coran ne précise pas le nombre de vierges, appelées « houris ». Selon les versets 12 à 39 de la sourate 56 : « Ils habiteront le jardin des délices/ Se reposant sur des sièges ornés d’or et de pierreries,/ Accoudés à leur aise et se regardant face à face./ Ils seront servis par des enfants doués d’une jeunesse éternelle,/ Qui leur présenteront des gobelets, des aiguières et des coupes, remplis de vin exquis./ Sa vapeur ne leur montera pas à la tête et n’obscurcira pas leur raison./ Ils auront à souhait les fruits qu’ils désireront,/ Et la chair des oiseaux les plus rares./ Près d’eux seront les houris aux beaux yeux noirs, pareilles aux perles dans leur nacre./ Telle sera la récompense de leurs œuvres./ Nous créâmes des vierges du paradis par une création à part./ Nous avons conservé leur virginité./ Chéries de leurs époux et d’un âge égal au leur,/ Elles seront destinées aux hommes de la droite. » [Traduction de Kasimirski, GF Flammarion, 1970].

D’autres commentateurs coraniques, dont Ibn Kathir (mort en 1373), fournissent plus de détails. « La plus petite récompense qui attend ceux qui ont droit au royaume des cieux est une résidence où se trouvent 80 000 serviteurs et 72 épouses, sur laquelle s’élève un dôme décoré de perles, d’aigues-marines et de rubis, aussi vaste que s’il s’étendait d’Al Jabiyah[1. Banlieue de Damas.] à Sanaa[2. Capitale du Yémen.]. »

Al-Suyuti (mort en 1505) laisse entrevoir une sensualité prometteuse. Selon lui, « à chaque fois qu’un homme touche une houri, il la trouve vierge. Le pénis des élus ne faiblit jamais ; l’érection est éternelle. La sensation ressentie en faisant l’amour est à chaque fois absolument délicieuse et extraordinaire, et quiconque la ressentirait en ce monde s’évanouirait. Chaque élu épousera 70 houris, en plus des femmes qu’il a épousées en ce monde, et elles auront toutes des vagins appétissants. » An offer you can’t refuse.

On s’abuserait si on en déduisait que les djihadistes ne sont mus que par leur ça. L’exaltation du sacrifice pour une cause transcendantale suffit largement à faire affluer la jeunesse désœuvrée ou parfaitement intégrée dans la société. Le mécanisme est bien huilé. Seuls les vieux staliniens de retour sont à même de le reconstituer fidèlement.

Promenez-vous dans une ville arabe. Vous aurez de fortes chances de croiser un jeune homme tenant un livre à la main. Neuf fois sur dix, c’est un ouvrage religieux. Pas le Coran. Ce peut être, c’est souvent, Fi Zilal al Quran (« À l’ombre du Coran »), du philosophe-agitateur égyptien, Sayyid Qutb, pendu en 1966 par Nasser. Une sorte de Manifeste du Parti communiste de 1848. En quelques dizaines de pages, Marx et Engels démontraient aux jeunes gens que leur monde était invivable, qu’il fallait consacrer sa vie à la destruction de la société injuste et à l’édification d’une société de justice. Une autre brochure d’Engels, La Violence dans l’histoire, démontrait qu’on ne progressait qu’en trucidant les ennemis. Sayyid Qutb et ses pareils ne procèdent pas autrement. La lecture du texte vous bouleverse. Vous comprenez enfin que vous êtes cernés par l’ignorance des mécréants. Que l’islam traditionnel ainsi que l’Occident sont à exterminer au plus vite sous l’autorité du calife. Vous avez identifié les méchants et les bons. Vous savez ce que vous avez à faire. Vous brûlez du désir de sacrifier votre existence éphémère qui ne pèse rien à côté du bonheur offert à l’humanité de demain.

Et, désormais, vous avez réponse à toutes les objections : ce ne sont que propagande guerrière des méchants. On peut vous raconter n’importe quoi de raisonnable, d’émouvant, d’irréfutable, vous n’entendrez rien. Vous savez. Les autres sont dans l’obscurité de l’ignorance. L’utopie islamiste non moins que la communiste instaurera la justice, la félicité et le bien-être universels. Une justice infiniment supérieure à la justice humaine de Staline (25 millions de victimes). Cette fois, c’est la justice divine. Perfection garantie pour l’éternité.

En se proclamant calife, le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi a changé la donne. Désormais, Mahomet est représenté par son successeur sur terre. C’est à lui qu’il faut se soumettre. Il détient la parole divine. Qui n’obéit pas s’insurge contre le Dieu tout puissant. L’une après l’autre, les organisations islamistes de tous les continents s’inclinent devant le nouveau calife envoyé par le ciel.

À l’échelle de Baghdadi, Ben Laden est un enfant de chœur. Le terrorisme d’aujourd’hui est le premier à correspondre précisément à l’étymologie du mot. Une seule stratégie : l’effroi, l’horreur, l’épouvante. Massacrez-les en masse, les survivants se coucheront. Qu’ont-ils de sacré ? La Joconde ? Éventrez-la. Les bébés ? Brisez-leur le crâne. Leurs récoltes ? Incendiez-les. Nous n’avons peur de rien, nous avons déjà tout sacrifié. Eux, non. Ils plieront. Nous étendrons notre empire d’un pôle à l’autre, et la justice de Dieu régnera enfin parmi les hommes.

Le califat a déjà établi son autorité impitoyable sur trois territoires : au Nigéria, au Sahara, au Levant. Avec lui, le chaos prend fin, le peuple file droit, un État de type nouveau s’instaure. L’Occident, les laïcs musulmans sont contre, et alors ? Le califat grignote et nul n’égale sa détermination.

L’histoire offre plus d’un précédent. Parties de zéro, les dynasties Almoravides, Almohades, Fatimides ont édifié des empires. Au xe siècle, juché sur son bourricot, Abou Yazid a fait trembler l’Orient. On l’appelait « l’homme à l’âne ». Dans l’islam, cette musique, on la connaît par cœur.

Ben Laden était un artisan des souks, Baghdadi est un entrepreneur 2.0. Il est entouré de généraux chevronnés, d’ingénieurs, d’agrégés. Il ne le cache pas : la moitié de ses divisions sont vouées à la communication. Une guerre d’images. Ainsi il terrorisera. Ainsi il recrutera. Le camp adverse tremble, les nôtres se multiplient. Économie de moyens. Face aux porte-avions, il immole deux hommes à Paris, deux autres à Tunis, avec des bénéfices inespérés en termes de com. Tout est dans le choix des cibles et dans la manière de les traiter. Vous auriez pensé à Charlie vous ? Pas moi. Regardez la couverture média. Publicis n’aurait pas mieux fait. Des génies, je vous dis, des génies. Pendant ce temps, notre aviation, à grands frais, bombarde à l’aveuglette. Les Américains, les Britanniques, les Saoudiens tâtonnent. Une guerre asymétrique. En intelligence. On est nuls. Ils sont trop forts.

Le califat vient à peine de naître. Il se donne bien trente, cinquante ans pour arriver à ses fins. Bonne année.[/access]

*Photo : AP/SIPA. AP21711534_000001.

Attentat au Kenya: 150 victimes sans confession?

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Kenya attentat Garissa chrétiens

Kenya attentat Garissa chrétiens(Avec AFP) – Une boîte noire serait-elle plus importante que 150 noirs[1. La formule est de ma consœur Eugénie Bastié, dont j’apprécie l’humour noir.] ? Ce vendredi, les médias français revenaient en boucle sur la découverte de la deuxième boîte noire de l’A320 qui s’est écrasé le 24 mars dans les Alpes françaises, faisant 150 morts. Pendant ce temps, au Kenya, on pleurait pourtant les 148 victimes d’un monstrueux attentat islamiste survenu jeudi. Et tous les médias qui l’ont évoqué, y compris le Figaro, ont étrangement omis de mentionner qu’il avait spécifiquement touché la communauté chrétienne.

Selon le site Jeuneafrique.com, « un porte-parole shebab, Cheikh Ali Mohamud Rage, avait revendiqué l’attaque dans la journée, assurant que le commando avait laissé partir les musulmans et gardé les autres étudiants en otage ». Les terroristes ont donc choisi de s’en prendre exclusivement aux étudiants chrétiens.

Des corps empilés, du sang s’écoulant dans les couloirs: secouristes et survivants du massacre de l’université kényane de Garissa racontent l’horreur, mais aussi le sarcasme des assaillants.

Car avant d’exécuter froidement leurs victimes, les islamistes somaliens shebab, qui ont réveillé les étudiants l’arme au poing jeudi, séparant les musulmans des chrétiens en fonction de leurs habits, se sont littéralement amusés, raconte Salias Omosa, un survivant de 20 ans.

« Avant de tirer, les assaillants criaient en swahili « Nous ne craignons pas la mort, cela va être de bonnes vacances de Pâques pour nous » », explique-t-il, traumatisé, dans un camp militaire proche de l’université où il est hébergé.

Le jeune homme raconte avoir réussi à s’échapper après avoir vu deux de ses amis se faire tuer. Les assaillants, affiliés à al-Qaïda, portaient des masques et des vêtements militaires.

« J’ai vu beaucoup de choses, mais jamais rien de tel », renchérit Reuben Nyaora, un infirmier travaillant pour l’ONG International Rescue Committee (IRC). « Il y avait des corps partout, qui avaient été exécutés en ligne, nous avons vu des gens dont les têtes ont été soufflées, avec des blessures par balle partout, le tout dans un désordre effroyable ».

Le secouriste est normalement basé dans le gigantesque complexe de camps de réfugiés somaliens de Dadaab, situé lui aussi dans l’est kényan, près de la frontière somalienne, à quelque 90 km de Garissa.

Il est parmi les premiers arrivés sur le campus pour apporter les premiers soins aux survivants et aux militaires blessés dans les affrontements avec les assaillants.

« Nous avons donné les premiers soins pendant les combats – des soldats se faisaient tirer dessus juste devant nous, comme les victimes retenues en otage », explique ce Kényan de 32 ans, la voix tremblante. « Et puis nous sommes allés dans les couloirs, ce que nous avons vu était bien trop horrible pour être imaginé, et pourtant nous l’avons vu ».

« Tout le monde avait l’air mort, mais alors que nous parlions, des étudiants qui se cachaient depuis des heures sont sortis – certains de placards, d’autres du plafond », dit-il encore. D’autres, qui s’étaient couchés parmi les morts, se sont levés, couverts de sang.

Le secouriste raconte avoir vu trois femmes apparemment mortes, couvertes de sang de la tête aux pieds, qui se sont extirpées indemnes de tas de cadavres.

« Les femmes ont dit que les assaillants criaient en swahili, en même temps qu’ils tiraient sur les hommes : « Nous sommes venus pour tuer et pour être tués », poursuit-il. « Puis ils ont dit aux femmes de « nager dans le sang » », comme pour se moquer d’elles, jouer avec elles, avant de partir en les ignorant.

Amuna Geoffreys, un autre étudiant survivant, était en train de prier avec d’autres chrétiens quand la fusillade a commencé. Il a couru se cacher dans un buisson mais a pu entendre les terrifiantes menaces proférées par les assaillants.

Ceux-ci forçaient des étudiants à appeler leurs parents, pour leur dire de réclamer un retrait des troupes kényanes de Somalie – le Kenya est militairement engagé depuis fin 2011 dans le sud somalien pour combattre les shebab.

« Les tueurs ordonnaient aux gens d’appeler chez eux pour dire: Nous mourons parce que Uhuru (Kenyatta, le président kényan) persiste à rester en Somalie », ajoute le jeune homme. « Après avoir appelé leurs parents, ils étaient tués, et puis c’était le silence ».

Le pape François a condamné vendredi la « brutalité insensée » de l’attaque et s’est dit « profondément attristé par l’immense et tragique perte de vies humaines ». Dans un télégramme adressé par le Vatican au président de la conférence épiscopale kényane, le cardinal John Njue, il appelle « tous les responsables à redoubler leurs efforts (…) afin de mettre un terme à une telle violence ».

On suppose que Le Figaro attendait plutôt un communiqué du Souverain Pontife se félicitant de la découverte d’une seconde boîte noire de l’Airbus de Germanwings.

[Mise à jour 04/04/2015, 10h55]

Les islamistes somaliens shebab ont menacé samedi le Kenya d’une « longue, épouvantable guerre » et d’un « nouveau bain de sang ». Dans un communiqué, dont l’authenticité a été confirmée par un porte-parole shebab, les islamistes, affiliés à Al-Qaïda, expliquent avoir séparé les musulmans des chrétiens pour tuer les seconds après les avoir rassemblés : « Puisque l’attaque visait seulement les non-musulmans, tous les musulmans ont été autorisés à évacuer les lieux sains et saufs avant que les infidèles ne soient exécutés ».

*Photo : Stringer/AP/SIPA/AP21715819_000021

Terrorisme: et maintenant, voici la menace identitaire!

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Bernard Cazeneuve terrorisme Identitaires

Bernard Cazeneuve terrorisme IdentitairesLa chaîne LCP-Assemblée Nationale est d’utilité publique pour ceux qui souhaitent s’informer sur le travail de nos élus. Son audience étant par ailleurs très confidentielle, ce qu’elle diffuse ne fait jamais l’objet de gros titres dans les journaux. Ni de moyens titres, d’ailleurs, ni de petits. C’est dommage.

L’autre jour en effet Bernard Cazeneuve était auditionné, sous les caméras de la chaîne, par la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale. Suite à un signalement – amical et pas policier – j’ai regardé. Le ministre de l’Intérieur tentait d’amener les députés, surtout ceux de sa majorité, à penser du bien de la nouvelle loi sur le renseignement. Or, à la gauche de la gauche, ce texte pose problème car tout ce qui est policier, et donc répressif, lui pose toujours problème.

Certains s’étaient émus du risque qu’il y avait à cibler une population spécifique et une religion particulière au prétexte que Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly n’étaient ni catholiques ni juifs. Comment n’auraient-ils pas été angoissés ? L’ombre sinistre du dérapage islamophobe se profilait à l’horizon. Cazeneuve leur jette alors un os à ronger.

Un petit os certes. Mais un os quand même, et quand on est chien de garde du temple de la diversité c’est toujours bon à ronger… Le ministre annonce que la loi va cibler aussi les Identitaires « qui peuvent constituer une menace pour la République ». Miam, miam, font les députés les plus à gauche.

L’Identitaire va poser d’épineux problèmes à la DCRI, chargée de les traquer. Cet animal appartient à une espèce rare. Il n’est pas facilement repérable et localisable : contrairement à d’autres, bien plus nombreux, il ne réside pas dans des barres HLM. Il ne fréquente pas non plus des édifices religieux où on peut entendre des sermons enflammés et vengeurs. En plus il est très, très casanier : on ne le trouve jamais sur les vols en partance pour Istanbul, d’où il pourra gagner des terres propices à l’épanouissement de ses instincts guerriers.

Il fait son petit djihad ici. Eh oui, répétons le, l’Identitaire appartient à une espèce rare bien que non protégée. Ses rites sont d’une monotonie accablante. Il se réunit fréquemment avec ses congénères pour refaire jusqu’à l’épuisement la bataille de Poitiers. C’est d’un triste, car le résultat est toujours le même : c’est Charles Martel qui gagne. Cependant  il éprouve parfois l’impérieuse nécessité d’exister aux yeux du plus grand nombre.

Alors il grimpe sur le toit d’une mosquée en construction où il attend patiemment que les forces de l’ordre  viennent le déloger. On le soupçonne également d’aller nuitamment, et par intermittence, poser une tête de cochon devant une mosquée. C’est assez puéril à supposer que cela soit prouvé. Une « menace pour la République » ? Reste que l’Identitaire est, tout comme l’excellente chaîne parlementaire citée plus haut, d’utilité publique. S’il n’existait pas Cazeneuve aurait dû l’inventer.

*Photo : Flickr.com

le sommaire de Causeur (avril 2015)

Nucléaire iranien: Erdogan plus remonté que Netanyahou

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erdogan iran nucleaire lausanne

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Une blague doit égayer les vols entre Tel-Aviv et Istanbul. Benyamin Netanyahou et Recep Tayip Erdogan sont au moins d’accord sur un point : l’Iran ne doit pas obtenir la bombe atomique, ni même se sentir les coudées franches pour redevenir le gendarme de la région. Depuis l’intervention de Netanyahou au Congrès destinée à torpiller l’ouverture d’Obama vers Téhéran, la presse a tendance à assimiler un peu hâtivement sa position à l’opinion commune israélienne, alors même qu’un éminent journaliste de Yediot Aharonot salue les avancées de l’accord de Lausanne, et démontre l’inefficacité d’éventuelles frappes contre les sites nucléaires iraniens. Une analyse très proche du diagnostic des milieux sécuritaires israéliens, Mossad et état-major de Tsahal compris, qui tout en préparant méthodiquement l’option militaire contre l’Iran, s’opposent farouchement à son exécution.

Mais rendons au César ottoman ce qui lui appartient. Beaucoup moins commentées que les rodomontades du chef du gouvernement israélien, les attaques d’Erdogan contre son voisin iranien n’en sont que plus violentes. La semaine dernière, le dirigeant islamiste, qui se fantasme en néo-sultan du monde musulman, ne s’est pas montré avare de piques : « L’Iran essaie de chasser l’État islamique de la région dans le seul but de prendre sa place (…) L’Iran tente de dominer la région. Cela commence à nous déranger, ainsi que les pays du Golfe et plusieurs autres Etats voisin. Et nous ne saurions l’accepter (…) Regardez l’Irak : les Iraniens se battent contre Daech [NDLR : ce qui n’est pas le cas de toutes les armées du coin, suivez mon regard…] et ont envoyé leurs Gardiens de la Révolution. L’Iran n’a toujours pas retiré ses forces du Yémen, de Syrie et d’Irak  ».a-t-il lâché au cours d’une conférence de presse menée avec son homologue ivoirien. Dans la foulée, Erdogan a annoncé le maintien de sa visite à Téhéran le 7 avril prochain, malgré les propos incendiaires dont il ponctue chacune de ses interventions sur le sujet, notamment pour soutenir la coalition arabo-sunnite qui bombarde le Yémen.

Autrefois, on avait coutume d’opposer la République laïque héritière d’Atatürk, membre intégrante de l’OTAN, à la République islamique voisine, parraine du terrorisme à travers le Hezbollah et ses réseaux affiliés. O tempora, o mores : si Téhéran est loin d’avoir renoncé à sa diplomatie parallèle, dont les contours n’épousent pas toujours les intérêts de l’Europe, accord de Lausanne ou pas, la montée aux extrêmes d’une Turquie assez sûre d’elle-même pour laisser passer les djihadistes de Daech rebat les cartes.

D’après l’éditorialiste turc Semih Idiz, la virulence d’Erdogan contre l’Iran dépasse le cadre de la rivalité entre puissances régionales, ou du conflit sunnites/chiites. Même à Ryad, on fait preuve de plus de diplomatie à l’égard de Téhéran, le très persanophobe roi Salman ayant officiellement souhaité que l’accord de Lausanne règle une bonne fois pour toutes la question nucléaire iranienne. Pour Idiz, fin connaisseur de l’AKP, Erdogan ne s’inquiète pas seulement d’un éventuel retour en grâce de l’Iran sur la scène internationale. Le président turc abat en fait l’une de ses dernières cartes dans une opération séduction dirigée vers le monde arabe. Isolé depuis son soutien obstiné aux Frères Musulmans égyptiens, tunisiens et palestiniens (Hamas), Ankara peine à renouer des relations diplomatiques apaisées avec l’Arabie Saoudite et l’Égypte. Pour donner des gages de bonne volonté à ses « frères » sunnites, Erdogan multiplie donc les déclarations de soutien à l’opération anti-houthis du Yémen, afin d’endiguer l’arc chiite qui enserre le Moyen-Orient.

Un calife en cachant un autre, la Turquie islamiste tente d’avancer ses pions pour imposer sa version de l’islam politique. Par les temps qui courent, Daech a bonne presse chez les jeunes désaxés, l’Iran connaît un regain de popularité parmi la diaspora chiite, et la gérontocratie saoudienne semble moribonde, aussi Erdogan représente-t-il le dernier modèle de radicalisme sunnite dynamique et « présentable ». Le djihad en costume-cravate n’a pas dit son dernier mot.

*Photo : AP/SIPA. P21579393_000029.

Un ex otage de l’Etat islamique raconte son calvaire

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(AFP) – Il y a un an, Bunyamin Aygun a cru sa dernière heure arrivée, lorsque les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui le retenaient en otage lui ont annoncé son exécution. Le photographe turc s’en est miraculeusement sorti et raconte aujourd’hui son épreuve.

Publié en janvier, son livre intitulé « Quarante jours entre les mains de l’EI » décrit son quotidien de prisonnier, ses relations avec ses geôliers et donne un coup de projecteur inédit sur le fonctionnement de l’EI et la psychologie de ses combattants.

« Si je ne l’avais pas écrit, j’aurais trahi mes collègues », confie Bunyamin Aygun dans un entretien accordé à l’AFP au siège stambouliote de son journal Milliyet en évoquant les journalistes qui, captifs de l’EI comme lui, ont été décapités. « Ces quarante jours m’ont semblé aussi longs que quarante années ».

Primé à plusieurs reprises, le photographe fut l’un des premiers à traverser la frontière syrienne pour y couvrir la guerre civile qui dévaste le pays depuis quatre ans.

Le 25 novembre 2013, sa mission tourne au cauchemar. A peine franchie la frontière, la voiture qu’il partageait avec un commandant de l’Armée syrienne libre (ASL) pour rallier une unité rebelle dans la ville de Salkin est interceptée par huit combattants jihadistes.

Son prénom à consonance israélite attise la suspicion de ces ravisseurs, qui l’accusent d’être un espion à la solde de l’Etat hébreu.

Les yeux bandés, entravé en permanence, il est pressé de questions, sans ménagement. « Ils me demandaient +est-ce que tu bois (de l’alcool) ? Pour qui tu travailles ? Donne-nous des noms+ », se souvient-il, « on était forcé de faire des ablutions et de prier cinq fois par jour, ce que je ne savais pas faire ».

Bunyamin Aygun raconte qu’un de ses compagnons de cellule lui a rapidement appris le rituel musulman. « Ils torturaient moins ceux qui priaient », note le journaliste turc.

ere vide islam djihad

Mais un jour, un des geôliers avec lequel le photographe avait sympathisé, qu’il nomme « Dayi » (oncle), lui annonce qu’il a été condamné à mort. « Lève-toi, prie et repend-toi », lui lance-t-il, « tu seras exécuté demain par le sabre ».

« Toute ma vie s’est mise à défiler devant moi », se souvient le journaliste de Milliyet. « J’imaginais la façon dont j’allais être exécuté chaque fois que je fermais les yeux », poursuit-il, « attendre ma mort a été la pire des tortures ».

Bunyamin Aygun s’attend alors à voir débarquer son bourreau à chaque instant. Il se prépare à attaquer ses geôliers, préférant mourir d’une balle que par le sabre. Mais pendant trois jours, rien. Jusqu’à ce qu’un de ses gardiens lui montre le corps de « Dayi », tué au combat, en lui disant qu’il sentirait comme lui une fois tué.

Le journaliste turc est à nouveau livré à lui-même plusieurs jours, au point de se demander si ses ravisseurs n’ont pas décidé de le laisser mourir de faim.

Après quarante jours de détention, il est finalement libéré par un groupe jihadiste rival. Il n’apprendra que plus tard que le groupe Etat islamique s’était retiré de la ville où il était détenu et que les services de renseignement turcs (MIT) avaient pris contact avec ses ravisseurs pour négocier son élargissement.

Plus d’un an après, Bunyamin Aygun confie penser encore chaque jour à sa captivité. Mais il espère pouvoir un jour retourner en Syrie pour y faire son métier.

« Les choses que j’ai vécues m’ont profondément affecté mais elles ne sont pas si importantes quand on sait combien de personnes sont brutalement tuées (par l’EI) chaque jour », dit le photographe. Il se souvient de ses collègues américains James Foley ou Steve Sotloff, décapités, ou de nombreux autres otages, anonymes, pendus.

« Ecrire ce livre a été très douloureux, revivre ses moments-là, mais j’en ai éprouvé un grand soulagement », confie-t-il.

Départementales : la quadrature du tripartisme

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On retiendra de la soirée électorale du 22 mars 2015 la remarquable rapidité avec laquelle les leaders des trois principales formations en lice, PS, UMP, et FN, sont venus donner leur interprétation du scrutin. En une salve groupée, moins d’une demi-heure après la divulgation des premières estimations – d’ailleurs notablement différentes selon les médias – Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont entonné leur chant de victoire (ou de non-défaite). Chacun trouvait sa pitance au fond des urnes : pour Manuel Valls, la gauche, toutes écuries confondues, fait quasi jeu égal avec la droite dite classique, Nicolas Sarkozy évoque avec gourmandise la vague bleue départementale attendue pour le 29 mars, prélude à sa future marche triomphale sur l’Élysée, et Marine Le Pen, tout sourire, savoure l’enracinement national de son parti.

Cette hâte n’avait qu’un seul objectif, tuer un débat fondé sur une analyse fine des résultats, dont les conclusions auraient été moins réjouissantes pour les deux blocs dits de gouvernement : l’exposé des contradictions internes de l’alliance UMP-UDI et les oppositions frontales au sein de la gauche auraient fait désordre. Alors, il fallait inciter le téléspectateur à aller se coucher ou à zapper sur l’excellent Classe tous risques de Claude Sautet, diffusé sur Arte.

L’enjeu réel de cette élection, la gestion des départements, où l’on a du mal à distinguer, sauf à la marge, les différences entre les politiques menées par les exécutifs de gauche ou de droite, a été sciemment évacué, d’un commun et tacite accord.

Tout le monde s’est repositionné pour l’avenir, en prenant acte que la Ve République, pour la première fois de son histoire, doit s’accommoder d’un tripartisme bien ancré. L’œil rivé sur l’élection présidentielle de mai 2017, les principaux postulants à l’Élysée ont utilisé ce scrutin local pour conforter leur hégémonie sur leurs camps respectifs.[access capability= »lire_inedits »]

Marine Le Pen a de bonnes raisons de se réjouir : bien que le FN, pour des raisons techniques, n’ait pas confirmé son statut de premier parti de France acquis, pour des raisons non moins techniques, lors du scrutin européen, elle voit sa ligne validée par la croissance exponentielle de ses élus locaux, la conquête possible de quelques départements, peu nombreux mais symboliques, et son statut de faiseur de roi conquis dans ceux qui n’ont pas dégagé de majorité claire. Elle forme un binôme gagnant avec Florian Philippot, marginalisant encore plus la vieille garde des fidèles de son père. Autre satisfaction, les excellents résultats obtenus dans les cantons où le FN avait remporté des succès aux municipales : l’expérience du « lepénisme réellement existant » dans les territoires n’a pas déçu, pour l’instant, l’électeur, en dépit des prophéties autoréalisatrices de ses détracteurs. Marine Le Pen sera au second tour de l’élection présidentielle, car elle n’aura pas à se soucier de l’humeur d’alliés incommodes et exigeants ni à craindre la concurrence de candidats mineurs venant chasser sur ses terres. De plus, la bonne performance de mars laisse présager un résultat encore meilleur en décembre, lors des élections régionales, où le mode de scrutin (proportionnel avec une prime à la formation arrivée en tête) laisse espérer au FN la conquête de deux ou trois régions.

François Hollande, en dépit de la déculottée (copyright Pascal Perrineau) subie par le PS sur le terrain, peut trouver quelques motifs pour se consoler, à défaut d’espérer. Le tour de passe-passe arithmétique consistant à présenter comme des forces égales le bloc de gauche et celui de la droite traditionnelle relève de la pure communication interne : lorsqu’une partie du bloc de gauche vote une motion de censure contre un gouvernement socialiste, on peut légitimement s’interroger sur la solidité de ce bloc… Néanmoins, cet artifice a pour effet de placer le Front de gauche et les Verts anti-Hollande dans la seringue : s’ils persistent dans leur rébellion, ils seront rendus responsables de l’élimination de la gauche au second tour de la prochaine élection présidentielle. Les «  frondeurs » du PS sont déjà rentrés dans le rang, et le duo Hollande-Valls n’a plus à craindre que le congrès du parti, en mai, se transforme en tribunal populaire contre le président et son Premier ministre. Petite joie supplémentaire, la débâcle des socialistes dans le département du Nord, jadis forteresse imprenable de la gauche, met un bémol à la prétention de Martine Aubry de s’ériger en alternative crédible aux dérives sociales-libérales de l’exécutif, qu’elle condamne par « frondeurs » interposés.

La prochaine étape, déjà en cours, consiste à faire exploser les Verts et le Front de gauche, en réintégrant au sein du gouvernement les écologistes « hollandiens », et en détachant une partie du PCF de l’alliance avec le « syriziste » Jean-Luc Mélenchon. Cet objectif est en passe d’être atteint : l’émergence, à gauche du PS, d’une force capable de mettre un terme à son hégémonie sur son camp, à l’image de Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne, s’est brisée sur les départementales. Le modèle grenoblois n’a pas fait école au-delà de la ville de Stendhal.

Cette recomposition à gauche devrait sonner le glas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui sera sacrifié sur l’autel du retour des Verts raisonnables au bercail. Le bateau communiste devrait sérieusement tanguer lors des élections régionales, où les sortants, élus sur des listes d’union avec le PS, seront placés devant un dilemme : périr seuls ou survivre comme supplétifs des socialistes.

Cette fracture, apparue lors des élections municipales, n’a pas été suffisamment remarquée par les commentateurs. Mais cela suffira-t-il à empêcher une candidature gauchiste à la présidentielle, mortelle pour François Hollande ? Il est permis d’en douter. Comme l’espoir fait vivre, on mise beaucoup, à l’Élysée et à Matignon, sur une embellie économique qui donnerait de l’air au pouvoir, permettant de desserrer l’intolérable pression fiscale sur les classes moyennes et de doper le marché de l’emploi par la relance des investissements publics. C’est oublier que la France n’est pas seule en Europe.

La mansuétude de Bruxelles lors de la présentation de son budget 2015, et le sursis qui lui a été accordé pour réduire son déficit à la hauteur des 3 % du PIB réglementaires, devait beaucoup à la crainte d’Angela Merkel de favoriser l’ascension de Marine Le Pen par trop d’intransigeance. Il n’en sera plus de même à l’avenir, et c’est la principale victoire de Nicolas Sarkozy. Son succès, incontestable, dans la reconquête des territoires a convaincu Berlin, et au premier chef la CDU, qui observe à la loupe la situation politique française, que la droite hexagonale était à nouveau en ordre de marche, qu’elle avait mis ses querelles d’ego en veilleuse, et refondé une alliance solide entre son courant conservateur et son courant libéral, à l’image de celle qui unit la CDU et la CSU bavaroise. À Berlin, on est aujourd’hui plutôt confiant dans la capacité de Nicolas Sarkozy de tenir sa boutique, et de la mener vers la victoire en 2017. Les Allemands ayant une sainte horreur de la nouveauté et de l’inconnu, cela n’est pas pour leur déplaire : ils gardent un souvenir ému du couple « Merkozy » en temps de crise. Le temps des petits cadeaux de l’UE à la France socialiste est donc révolu, d’autant plus que ce traitement de faveur a le don d’irriter les partenaires européens de l’Allemagne plus radicaux encore dans la défense de la rigueur budgétaire. De toute façon, il faut s’y faire. L’agence immobilière en charge de choisir le prochain locataire de l’Élysée s’est délocalisée à Berlin. C’est loin d’être une bonne nouvelle.[/access]

 *Photo : BEBERT BRUNO/SIPA. 00709262_000011.