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Au Québec, la gauche s’insurge contre la laïcité

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Le gouvernement du Québec entend faire voter une loi interdisant les signes religieux à certains fonctionnaires. Sévèrement critiqué par le Premier ministre canadien de Justin Trudeau, le projet doit aussi faire face à l’opposition de la gauche québécoise. 


Au Québec, le projet de loi sur la laïcité de l’État mobilise les esprits à gauche comme à droite. Les uns y voient le parachèvement de la laïcisation de l’État québécois, amorcée dans les années 1960, et une affirmation de la nation francophone ; les autres y voient un outil visant à atténuer les inquiétudes d’un méchant peuple traversé par le racisme et la xénophobie. Alors que des lobbys identitaires et religieux demandent le retrait du projet de loi, 14 municipalités – pour la plupart anglophones – affirment qu’elles ne se soumettront pas à la loi de l’État. Le maire de Montréal, Valérie Plante, a vite réclamé une « clause Montréal » pour que sa ville en soit exemptée en droit.

Un rempart à la montée du communautarisme

Si le projet de loi est adopté en juin, les signes religieux seront interdits pour les agents de l’État en position d’autorité comme les procureurs, les gardiens de prison, les juges et les enseignants. Le principe de laïcité sera aussi inscrit dans la Charte québécoise des droits et libertés. Pour éviter d’éventuelles contestations judiciaires (le multiculturalisme étant enchâssé dans la loi fondamentale du Canada), le gouvernement a prévu d’inclure deux « clauses dérogatoires » dans son projet de loi : cela lui permettra d’affirmer la souveraineté parlementaire de l’Assemblée nationale vis-à-vis du gouvernement des juges. Au pays de Justin Trudeau, les élites juridiques aiment bien, de temps à autre, confisquer la démocratie au nom des droits de l’homme.

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Une lecture rapide permet de comprendre que derrière la volonté du gouvernement de la Coalition avenir Québec (centre droit) se trouve l’intention d’ériger un rempart – le principe de laïcité – à la montée du communautarisme. Cette loi contribuera à renforcer l’État et confortera les aspirations de la majorité francophone. Alors que la majorité parlementaire (75 députés sur 125) de centre droit a les coudées franches pour tourner la page sur un débat qui fait rage depuis dix ans, la gauche crie au loup et saupoudre le débat de sa pureté morale.

Le dépassement de la nation

Les sociétés contemporaines sont marquées par l’avènement de l’identitaire. L’espace de rassemblement de nos sociétés n’est plus la nation. L’universalisme est mort. Nos sociétés entretiennent des projets qui leur font concurrence, signe supplémentaire de leur déchéance. Elles sont dépourvues de projet commun ; pis encore, elles ne sont plus en mesure d’entretenir une image unifiée d’elles-mêmes. C’est la montée des tribalismes et le déclin du politique.

La citoyenneté d’hier était universelle, celle d’aujourd’hui est particulariste. Qu’on la nomme « nation » ou « République », la communauté politique a été perçue pendant longtemps comme la force motrice de la société. Alors qu’on devenait citoyen en mettant de côté ses particularités, voilà qu’on le devient désormais en les mettant en évidence. Le « genre », l’absence de genre, l’orientation sexuelle, la race et la religion l’emportent maintenant sur la nation et la République.

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Au Québec, l’adhésion des élites à ce pluralisme identitaire – le multiculturalisme – s’est affermie après l’échec du référendum de 1995 portant sur l’accession à la souveraineté. Depuis lors, autant les promoteurs de l’indépendance que les défenseurs de la justice sociale ont adopté le vocabulaire de la gauche régressive américaine. Les uns veulent défendre l’identité québécoise ; les autres se portent à la défense des identités multiples, vectrices de cohésion chez les groupes minoritaires. Plus la cohésion des minorités est forte, moins l’est celle de la nation.

Le Québec ne veut pas devenir la Belgique

Le principe de laïcité tel qu’il semble être compris par le gouvernement québécois ne vise pas à étouffer les manifestations religieuses dans la société ; il vise à encadrer leur déploiement pour certaines fonctions précises et à prémunir l’État de dérives observées ailleurs. Loin de vouloir créer un paradis sur terre, le gouvernement souhaite que les fantasmes religieux soient tenus à l’écart de l’État.

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Le parti radical de gauche, Québec solidaire, qui ne compte que 10 députés sur 125 à l’Assemblée nationale, a fait volte-face en donnant préséance à ses voix radicales. Alors qu’il appuyait la position dite consensuelle du rapport Bouchard-Taylor (le fruit d’une commission d’enquête sur les accommodements raisonnables qui s’est tenue en 2007), qui proposait d’interdire les signes religieux chez les agents de l’État en position d’autorité hormis les enseignants, le parti a choisi de rejeter toute interdiction de signes religieux. La députée Ruba Ghazal a même affirmé qu’une téléphoniste de l’État pourrait porter un voile intégral. De part et d’autre de l’Atlantique, une certaine gauche propose la régression de la société au stade d’avant la modernité politique.

La face cachée du multiculturalisme

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« La lutte des classes »: le film que Najat Vallaud-Belkacem va adorer


La Lutte des classes, le film de Michel Leclerc sorti le 3 avril, traite sur le ton de la comédie le « problème » de la mixité sociale dans les écoles de Boboland. Bien-pensant à souhait.


Cela fait désormais huit ans que le cinéma de Michel Leclerc s’est installé dans le PCF (Paysage de la comédie française), avec notamment deux œuvres emblématiques, Le Nom des gens, en 2010 et Télé Gaucho, deux ans plus tard.

Chevènement honni, Lang adulé

Dans la première, l’héroïne (qui porte le même prénom, Bahia, que l’épouse et coscénariste du cinéaste, au cas où l’on aurait douté de l’implication des deux auteurs et de leur capacité à ne jamais voir plus loin que leur bout de leur confort intellectuel…) couche avec des hommes de droite pour les faire changer d’opinion. On apprécia en son temps la colossale finesse du propos et sa fausse provocation lénifiante. Ce film-là illustre si bien la bien-pensance de gauche, dans son fond comme dans sa forme, qu’il a offert à Lionel Jospin son premier (et heureusement dernier) rôle au cinéma…

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Quant à Télé Gaucho, il était censé faire rire avec les mésaventures d’une poignée d’aimables (forcément…) gauchistes désireux de créer une télévision libre. Cette fois, avec son cru 2019, Leclerc a posé sa toile chez les bobos de Montreuil pour y dérouler la vie d’un couple d’artistes avec enfants (les prénoms ont été changés, mais la volonté d’autoportrait demeure intacte, qu’on se rassure). Et c’est donc La Lutte des classes. On s’inquiète un temps, celui du générique de début, de la conversion du couple Leclerc au marxisme radical. Mais non, il s’agit juste de traiter sur le ton de la comédie le « problème » de la mixité sociale dans les écoles de Boboland.

Étrangement, l’école et les profs sont régulièrement mal traités par le cinéma français, comme si les cinéastes du juste milieu trouvaient dans le sanctuaire républicain l’exutoire idéal des échecs de la gauche au pouvoir. Chevènement y est en général honni et Lang adulé. On y célèbre les élèves forcément incompris et sommés d’apprendre, victimes permanentes et expiatoires de profs absolument incompétents et faibles. Au tout début des années 1980, déjà, le PS au pouvoir se demandait sérieusement si les élèves seraient « heureux » à l’école, feignant de croire que l’enseignement pouvait aussi assurer le « bonheur », en plus du reste. Comme Leclerc est un vrai roublard, il fait semblant d’oublier que c’est à son propre camp que l’on doit le délirant pédagogisme de ces vingt dernières années avec l’invention d’une novlangue de salle de professeurs – puis de classe et de profs. Ce sera la seule petite concession d’un film correct en tout point. On sent à chaque ligne d’un scénario écrit à la hache que les auteurs déplorent le départ de Najat Vallaud-Belkacem de la Rue de Grenelle.

Le salut par la femme voilée

Après le récent et calamiteux Damien veut changer le monde de Xavier de Choudens, tendance « Adopte ton petit réfugié », Michel Leclerc termine son film en apothéose multi-culti. Son monde merveilleux du vivre-ensemble est sauvé de la destruction par l’intervention d’une super-héroïne intégralement voilée. Batman est ici remplacé par une Catwoman communautaire. Culpabiliser les parents, stigmatiser les profs, sanctifier les élèves, la Sainte Trinité déployée par Michel Leclerc et sa coscénariste d’épouse sent à plein nez la prétendue chose vue ou vécue et sa petite dictature actuelle.

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Comme si le cinéma, la fiction et la comédie devaient se plier à la loi du marché et de l’autofiction. À l’heure des gilets jaunes, on se fiche éperdument des petites crises existentielles d’un certain cinéma français dont le cœur balance entre Glucksmann et Hamon, c’est-à-dire entre le calme et le calme plat. À quand des comédies mordantes et iconoclastes, comme celles que savait faire le cinéma italien dans les années 1970, si loin de cette Lutte des classes jamais drôle et souvent navrante ? Pendant ce temps, des réalités sociales explosives attendent avec impatience leur traduction sur grand écran.

Le nom des gens (César 2011 de la Meilleure Actrice)

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Télé Gaucho

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Non, Emmanuel Macron n’a pas repris la main


Malgré ce qu’il essaie de faire croire, le gouvernement n’est pas (encore?) sorti vainqueur du mouvement des gilets jaunes. Pire, en laissant durer le désordre, il s’est pris à son propre piège. Après 20 semaines de manifestations, Emmanuel Macron est plus isolé que jamais. 


Après 20 semaines de manifestations des gilets jaunes, qui se déroulent tous les samedis avec la régularité d’un métronome (mais pas toujours avec la même intensité), il est bon de lever parfois le nez du guidon, et de faire un point à date. Sous la pression du court terme, on a tendance à privilégier, en ce moment et de plus en plus, surtout dans les médias, une lecture sécuritaire des choses, et à oublier d’en faire l’analyse politique, alors que c’est cela qui est important.

La tactique de l’intox

D’abord, le chef de l’Etat et le gouvernement ont appliqué avec beaucoup de « sérieux » leur stratégie, une ligne définie très clairement dès le début de l’affaire :

– Tenter de couper, par tous les moyens, le lien « amical » entre le mouvement et l’opinion.

– Polariser le débat, le ramener si possible à sa dimension purement sécuritaire, afin de regrouper autour du gouvernement ses électeurs des classes bourgeoises, c’est-à-dire les partisans de l’ordre.

– Pratiquer constamment l’amalgame : les « foules haineuses » (Macron), la « bête immonde tapie dans la foule anonyme » (Griveaux), pour assimiler gilets jaunes et casseurs, possiblement les nazifier, ne jamais reconnaître une légitimité spécifique au mouvement (auquel cas il faudrait le prendre au sérieux, le recevoir en tant que tel, et le traiter). Emmanuel Macron a d’ailleurs annoncé la couleur à ce sujet dès le début en disant du soutien des Français au mouvement : « Je n’y crois pas ».

–  Prendre le mouvement à revers, par le moyen du « Grand débat », afin de ne jamais l’affronter ni lui répondre directement, mais plutôt s’adresser à « l’opinion » dans son ensemble et sa diversité. Ce dernier axe est cohérent avec le premier, consistant à vouloir séparer le mouvement de l’opinion.

Une caractéristique dans tout cela : une politique de communication et d’ « intox » qui paraît très professionnelle, impression d’autant plus forte que tous ses éléments ont été constamment repris par la presse avec un manque de recul et même une flagornerie assez terrorisants dans ce que l’on nous dit encore être une démocratie moderne.

Je casse donc j’existe

De son côté, le mouvement n’a pas appliqué strictement une stratégie, mais a plutôt eu, si l’on peut dire, un comportement global conforme à sa nature :

– « Si on ne nous écoute pas, si on ne nous prend pas au sérieux, on revient » : simplicité du discours et de l’action, constance dans l’effort de revendication, résilience, ce sont les mêmes qualités qui permettent à ces classes sociales de résister au quotidien. C’est peu médiatique, mais ça tient, et ça dure… Il faut tout de même remarquer, même si les médias claironnent que « le mouvement s’essouffle », qu’il y a, depuis 20 semaines, entre 30 000 et 100 000 personnes sur les pavés tous les samedis. Pour l’instant en tout cas, c’est plus la marque d’une grande durabilité que celle d’un véritable essoufflement.

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– Un manque de distanciation, il faut bien le dire, par rapport aux casseurs et à la violence. C’est certainement un des points faibles du mouvement, mais, du strict point de vue de la tactique politique, ont-ils tort ? Chacun a encore en tête le syndrome de la « Manif pour tous ». En traitant avec autant de mépris, parce qu’il savait qu’il était parfaitement pacifique, un mouvement de fond de la société française, qui avait mis, au début, plus d’un million de personnes dans la rue, Hollande et Valls ont créé un problème pour leurs successeurs pour des dizaines d’années. Depuis cette époque, chacun a compris qu’en France, si on ne casse pas, on n’existe pas. Les populations (retraités, petits patrons et employés), dont sont issus les gilets jaunes sont fondamentalement pacifiques, mais pour la raison ci-dessus, ils savent que la violence les sert, tout comme elle sert par ailleurs les intérêts du gouvernement, pour radicaliser le mouvement, pour « terroriser le bourgeois », et pour montrer qu’il assume l’ordre. En réalité, dans la pièce de théâtre politique qui se joue, la violence arrange tout le monde. C’est pour cela qu’elle perdure.

Macron, une victoire à la Pyrrhus

Pour résumer, donc, d’un côté des tacticiens parfaitement rodés à l’intox médiatique et relayés à merveille par les grands médias (qui ont choisi le camp de leurs subventions, de leurs sponsors publicitaires et de leur lectorat), de l’autre, des bataillons occupant le terrain de façon constante et déterminée. Aujourd’hui, après 20 semaines, qu’est-ce qui a changé par rapport au début ? Qui semble l’emporter ? Que peut-il se passer ?

A première vue, à ce jour, c’est plutôt le gouvernement qui l’emporte :

– Le soutien de l’opinion semble nettement plus faible (même si on peut lui poser la question de plusieurs façons. Selon que l’on dise, par exemple « êtes-vous contre la violence du mouvement des gilets jaunes ? », ou bien « pensez-vous qu’après 20 semaines, les revendications du mouvement sont toujours légitimes ? », on obtiendra des résultats très différents).

– Le mouvement s’est incontestablement radicalisé. Par rapport au souffle du début, les modérés ont semble-t-il tiré les leçons de cette évolution. Ils se sont mis en retrait, laissant les casseurs prendre le leadership. Cela ne veut certainement pas dire, à notre avis, qu’ils en sont partis de façon définitive. Simplement, c’est leur façon de refuser l’amalgame.

La tactique du gouvernement a donc obtenu les résultats qu’elle avait planifiés : la coupure du mouvement en deux et sa disqualification. Mais cette victoire est peut-être en même temps son échec. C’est ce qu’a montré l’épisode 18, celui du samedi 16 Mars.

Macron se prend les pieds dans son piège

Ce qui s’est passé ce jour-là, c’est la zadification du mouvement (ou, si l’on veut être plus précis, de la marge politisée et radicale du mouvement que le mouvement instrumentalise à ses fins puisque c’est bien, en fin de compte, de cela qu’il s’agit). Au moment où le gouvernement pensait avoir gagné la partie, il se retrouve avec un problème différent, mais bien plus grave. Pensez donc : il a offert aux orphelins de Notre-Dame-des-Landes et aux romantiques du grand soir de toute la planète un prétexte en or (une injustice flagrante et légitime) et une scène prestigieuse et médiatique, l’une des plus belles du monde, les Champs-Elysées. Un Disneyland en plein Paris, spécialement dessiné pour les zadistes, après la banlieue nantaise, quelle promotion !

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Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que si le gouvernement ne voulait pas traiter, sur le plan politique, le mouvement des gilets jaunes dans sa forme initiale, pacifique, il ne sait pas le traiter non plus sous la forme actuelle, radicalisée et ultra-violente, qu’il a lui-même cherchée. En quelque sorte, le gouvernement s’est piégé lui-même.

D’abord, il ne s’attendait sans doute pas à ce que le mouvement évolue dans ce sens aussi vite. S’il souhaitait certainement, pour les raisons expliquées plus haut, qu’il devienne plus dur, sans doute ne pensait-il pas qu’il se transformerait avec une telle rapidité. Il a perdu, à un moment crucial, une manche essentielle. Il a joué, à ce titre, un jeu bien dangereux.

La guéguerre de positions

En plus, il est prisonnier du « syndrome Malik Oussekine », la doctrine du « zéro morts, zéro blessés », qui fait que, par-delà les rodomontades sécuritaires du ministre, les changements de tactiques ou de personnes, et les blessés dont on s’efforce de ne pas parler, en réalité, les troupes sur le terrain n’ont aucune latitude d’action, et les manifestants le savent. D’une certaine façon, le gouvernement a réussi à amener son adversaire au point d’ignition qu’il voulait, alors qu’il ne dispose pas des extincteurs pour éteindre le feu qu’il a fomenté. Quelle faute tactique majeure !

Il a aussi fait une erreur aussi vis-à-vis de ses propres électeurs. La radicalisation, c’était pour leur dire « nous sommes les maîtres de l’ordre », ce que ces électeurs veulent entendre plus que tout. Pour tenir une telle posture, un peu de désordre, ce n’est jamais mauvais, parce que ça veut dire « vous voyez bien, c’est nous ou le chaos ». Mais si ça dure, et si ça castagne de plus en plus, où est la cohérence de la posture ? La tactique se retourne contre son auteur.

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On remarque aussi que si le gouvernement, lors des épisodes 19 et 20, a renforcé et modifié son dispositif pour le rendre, semble-t-il, plus performant, les casseurs ne se sont pas précipités pour « en remettre une couche » tout de suite. Au contraire, ils sont plutôt partis en province (notamment à Bordeaux), ils ont paru calmer un peu le jeu. Sur le strict plan de la tactique politique, ils ont raison, leur réaction n’a rien d’étonnant. Il est certain que derrière les « black blocks » se cachent d’excellents penseurs de la sédition, nourris au lait des écrits et pratiques de tous les stratèges et théoriciens de l’insurrection de l’Histoire. La règle n°1 de toute guérilla, c’est de ne jamais affronter le pouvoir en place en rase campagne, mais de le discréditer progressivement, symboliquement et politiquement, en montrant qu’il est légal, mais pas légitime, parce qu’il est incapable d’assumer ses deux missions fondamentales : l’ordre et la justice (cf : Contre-insurrection, théorie et pratique, Davis Galula). A ce titre, ils ont tout leur temps. Lorsqu’ils auront bien étudié les nouveaux dispositifs, ils frapperont à nouveau, où et quand ils le voudront, ce n’est qu’une question de temps. Ce jour-là, le gouvernement se disqualifiera encore un peu plus.

Macron n’est pas Chirac

En résumé : le gouvernement, avec beaucoup d’efforts (intox, renforcements sécuritaires, « Grand débat ») a obtenu ce qu’il voulait. Mais finalement, il s’est considérablement enfoncé :

– Le problème de départ, à savoir les revendications légitimes des gilets jaunes (pouvoir d’achat, représentativité politique) n’a pas été traité.

– Il a enfanté, en plus, un monstre de violence dont il n’est pas prêt de se débarrasser

– Sa sortie honorable du « Grand débat », manœuvre hasardeuse s’il en était, est tout sauf garantie

– En se mettant lui-même en scène en permanence, le président a fait une surenchère très imprudente et maladroite. Il se retrouve aujourd’hui, aux yeux de tous les analystes, très isolé.

Chacun voit de plus en plus clairement que la seule sortie possible, c’est la dissolution. Mais Macron n’est pas Chirac. Il n’a aucune souplesse, et déteste reconnaître qu’il a pu avoir tort. Il sait pourtant que s’il ne fait rien, son quinquennat est fichu. Mais il ne parvient pas à se résoudre à rebattre les cartes. Jusqu’où s’enfoncera-t-il encore ?

Contre-insurrection : Théorie et pratique

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Catholiques, profanés en leur pays


Objets d’une infinie sollicitude lorsqu’ils subissent le joug de prêtres pédophiles, les catholiques suscitent une indifférence polie quand leurs églises et cimetières sont profanés. Dans une France jadis fille aînée de l’Eglise, la catholicité cumule le poids du statut majoritaire et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. 


« Catholiques, votre rapport à l’Église est troublé par les scandales, racontez-nous. » Cet appel à témoignages, paru le 14 mars dans Le Monde a nourri une vaste enquête publiée le 26 mars sous le titre : « Les catholiques atterrés par le scandale de l’Église ». Un film, des milliers d’articles de journaux, d’innombrables débats, commentaires et éditoriaux : pour une institution dont l’influence semble décroître dans l’indifférence générale, l’apostolique et romaine intéresse sacrément les médias. On dissèque « la dérive systémique et universelle » qui a permis tant de crimes[tooltips content= »Gino Hoel, « Il y a une rupture entre l’Église et notre société, les évêques sont trop hors sol », blogs.mediapart.fr, 19 mars 2019. »]1[/tooltips]. Sur le plateau de Yann Barthès, on se désole de voir l’Église ruiner « son image et sa réputation en refusant la démission de Barbarin ».

Le catholicisme est d’autant plus digne de sympathie qu’il est faible

Quant aux cathos, que l’on regardait avec moins d’aménité quand c’était par le mariage pour tous qu’ils étaient atterrés, ils sont l’objet d’une infinie sollicitude. Dans l’éditorial qu’il leur consacre, Le Monde observe leurs tourments, « de l’accablement à l’écœurement, en passant par la honte, l’humiliation, la stupeur ». Et narre le cas émotionnant d’un fidèle qui a participé à la Manif pour tous et « ne se remet pas d’avoir découvert qu’un prêtre qui a accompagné son parcours spirituel a fait de la prison pour attouchements sexuels ». Peut-être l’auteur espère-t-il que cette expérience traumatisante hâtera la conversion du malheureux à la vraie religion – celle du Progrès. Au passage, nombre d’observateurs décrètent qu’il faut mettre fin au célibat des prêtres pour que le calvaire d’enfants violés ne se reproduise plus. Curieuse conception qui fait de la pédophilie une sexualité alternative, un pis-aller quand on n’a pas d’adulte sous la main, plutôt qu’une perversion et une maladie.

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Le désarroi de nombreux catholiques est bien réel alors qu’une institution dans laquelle ils avaient placé leur confiance – et leurs enfants – les a trahis. Tant d’inquiétude et de prévenance pour des croyants qu’on regardait hier comme une peuplade arriérée n’en pose pas moins question. La France des beaux esprits et des grandes âmes serait-elle prise de remords pour les tombereaux d’injures déversés sur eux il y a six ans ? Ou peut-être que, par ces temps chamboulés, ils constituent une présence rassurante, un écho faiblissant d’un monde qu’on croyait détester et pour lequel on éprouve, alors qu’il est menacé de marginalisation, une bouffée de nostalgie. Le catholicisme est d’autant plus digne de sympathie qu’il est faible. Or, comme le montre Jérôme Fourquet, dans son excellent Archipel français et dans l’entretien que nous publions, il a largement perdu son privilège culturel parce que « le soubassement anthropologique chrétien de la société a craqué ». Si, d’après Le Monde, 53 % des Français se déclarent catholiques, moins de 5 % d’entre eux se rendent à la messe une fois par mois. Le règne de l’Église sur les esprits est révolu. Tant mieux. Faut-il pour autant effacer toutes les traces qu’il nous a léguées – et jusqu’à son souvenir même ?

75 à 90 % des profanations concernent des édifices et cimetières chrétiens

Il n’est pas certain que l’empathie pour les fidèles déboussolés soit exempte de toute joie mauvaise. Si nombre de ceux qui s’indignaient hier que l’on parle des racines chrétiennes de la France câlinent aujourd’hui le catho malheureux des turpitudes de certains de ses clercs, n’est-ce pas parce que son malheur a été causé par d’autres catholiques – et non des moindres ? On s’entraccuse souvent, dans le débat public, de préférer certaines victimes à d’autres, mais peut-être choisit-on moins ses victimes que ses coupables.

En tout cas, la compassion bruyante qui s’est abattue sur les paroissiens tranche avec le silence de plomb qui entoure les dégradations et profanations d’églises et de cimetières, dont le nombre a pourtant explosé ces dernières années. Sur près de mille atteintes (de gravité évidemment variable) recensées par le ministère de l’Intérieur, 75 à 90 % concernent des édifices et cimetières chrétiens, apprend-on dans l’enquête d’Erwan Seznec. Or, alors que toute attaque contre une synagogue, une mosquée ou un cimetière juif ou musulman est abondamment traitée par les médias et déclenche une salve de déclarations, de « nous ne céderons pas », quand ce n’est pas une visite présidentielle, la série de profanations qui a eu lieu début février dans plusieurs églises et à la cathédrale Saint-Alain de Lavaur, dans le Tarn, n’a pas bouleversé grand-monde. Quelques jours plus tard, après l’insupportable agression d’un « gilet barbu » contre Alain Finkielkraut, toute la France proclamait « plus jamais ça ». Et on voyait le président se recueillir dans le cimetière de Quatzenheim, en Alsace, où 80 tombes juives avaient été saccagées.

Et l’Église tend l’autre joue

Bien sûr, ce n’est pas la même chose. D’abord, parce que la majorité des actes vise des pierres et non des hommes, ensuite parce qu’elle n’obéit pas à des motivations idéologiques. Pour le coup, beaucoup sont l’œuvre de déséquilibrés, de marginaux ou de gamins en mal de transgression sans risque, qui s’en prennent aux églises parce qu’elles sont là, qu’ils cherchent quelque chose à voler ou s’ennuient. Souvent, ce sont de petits sacrilèges bébêtes, commis pour défier sans savoir ce qu’on défie. Pour le philosophe Olivier Rey, dès lors que, pour beaucoup de jeunes, « la religion n’est plus que lettre morte et l’église qu’un édifice bizarre », casser, profaner est une « façon de donner à l’inculture, à l’impuissance, à la déréliction les allures de la rébellion ».

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Ce n’est pas la même chose, mais ça y ressemble de plus en plus souvent. Avec les attentats déjoués contre des églises en juillet 2015 et l’assassinat du père Hamel un an plus tard, des catholiques ont été visés en tant que tels. C’est-à-dire comme infidèles. Certes, en France, la haine des chrétiens est sans doute moins largement partagée – ou passe moins souvent à l’acte – que celle des juifs. Reste que les chrétiens, otages de la guerre des civilisations en Orient, sont partie prenante de celle qui sévit à bas bruit dans nos contrées. Et la propension de l’Église à tendre l’autre joue en exaspère plus d’un.

Catholiques, la tentation minoritaire

Beaucoup de cathos en ont gros sur la patate et commencent à trouver qu’on s’indigne toujours pour les mêmes. C’est humain, sinon glorieux. Menacés de n’être plus qu’une minorité comme les autres, ils aimeraient bien en retirer le bénéfice symbolique du chouchoutage victimaire. Au lieu de quoi ils cumulent le poids du statut majoritaire, qui leur demande d’avoir le cuir épais face à la caricature, et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. D’où la tentation d’entrer dans la course au pompon victimaire. Alors que l’Église est sur la ligne « pas de vagues », des voix s’élèvent, y compris à l’Assemblée nationale, pour demander la création d’un délit de « cathophobie ». Me too ! Outre qu’il risque de surpeupler « la cage aux phobes »[tooltips content= »Philippe Muray, Exorcismes spirituels, III, Les Belles Lettres, 2002, p. 349. »]1[/tooltips] déjà bien pleine, ce mimétisme victimaire entérine le déclassement du catholicisme, de substrat culturel majoritaire en religion minoritaire. Les cathos auraient tort de troquer les vestiges de leur droit d’aînesse contre des nounours, des bougies et des grands discours.

Les Rien-pensants

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God save the queer?


En Angleterre, une école a essayé d’expliquer aux enfants que l’homosexualité n’était pas un souci. Et, avec des parents musulmans, elle a eu des problèmes…


Anciennement joyau industriel de l’Angleterre, Birmingham est devenue en quelques années un symbole du multiculturalisme. Qu’on le veuille ou non, ses 21 % d’habitants musulmans n’ont pas épousé les valeurs du progressisme à la sauce stilton. La preuve par l’école primaire Parkfield, qui a décidé d’inclure dans son programme l’enseignement LGBT, c’est-à-dire d’expliquer aux enfants que l’homosexualité n’est pas un problème.

Allah lave plus vert que vert

Pour protester, des parents d’élèves musulmans ont retiré leur progéniture de l’établissement pendant 24 heures. Quatre cents parents de confession musulmane ont même fait circuler une pétition appelant à l’arrêt total de ce projet.

Ce n’est pas une première. L’enseignant à l’origine de ce projet, d’ailleurs homosexuel, avait déjà dû démissionner d’une autre école de Birmingham après avoir reçu des menaces pour avoir lancé une plate-forme semblable.

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Cette année, c’est une mère d’élève qui a mis le feu aux poudres : Fatima Shah a retiré sa fille de dix ans de l’école au motif que les enfants étaient trop jeunes pour qu’on leur parle d’homosexualité. Gênée aux entournures, la députée travailliste locale Shabana Mahmood jongle tant bien que mal entre la défense des homosexuels et le respect des croyances religieuses si chères à Jeremy Corbyn. Tout le monde n’a pas cette souplesse : d’après The Guardian, l’école de Parkfield a suspendu les cours LGBT courant mars.

La gauche mexicaine à la conquête de l’Occident diabolique


La demande d’excuses pour les « abus » commis par l’Espagne lors de la conquête du Mexique faite par le président mexicain à l’Espagne a fait des petits. Des députés veulent désormais supprimer toute trace de Christophe Colomb ou Hernan Cortes dans l’espace public. La gauche repentante n’a ni frontières ni limites.


Le nouveau président du Mexique s’inspire-t-il de Justin Trudeau ? On pourrait presque le croire. Andrés Manuel López Obrador est loin d’être aussi fleur bleue que le petit prince boréal, mais certaines de ses actions font penser aux siennes. Le 26 mars dernier, López Obrador a demandé à l’Espagne de s’excuser pour les « abus » qu’elle a commis lors de la conquête du Mexique. Il faudrait juger les conquistadors cinq siècles après la chute de Mexico-Tenochtitlan. Il faudrait juger leur entreprise à l’aune de critères moraux actuels. Encore une fois, il faudrait faire le procès de l’Occident diabolique.

La gauche mexicaine dans le confessionnal de l’histoire

« J’ai envoyé une lettre au roi d’Espagne et une autre au pape François pour que le récit des abus soit fait et que des excuses soit présentées aux peuples indigènes pour les violations de ce qu’on nomme aujourd’hui leurs droits humains », a déclaré le président de gauche dans un communiqué. En quelques minutes, cette déclaration a enflammé la toile latino-américaine. Le gouvernement espagnol n’a pas tardé à répondre que cela n’arriverait pas. Hors de question pour Madrid de s’excuser pour une histoire dont elle n’est plus maîtresse. Dans une vidéo filmée sur le site archéologique maya de Comalcalco, le président mexicain s’adresse aussi à l’ancienne métropole. De pure descendance espagnole, ou presque, le président se retourne contre ses propres ancêtres.

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Malgré l’importance de son combat contre la violence et le crime, López Obrador a décidé de jouer la carte de la repentance. Lui aussi semble avoir envie de surfer sur la vague de l’autoflagellation. Lui aussi semble avoir le goût de faire dans le néo-révisionnisme historique. Comme le maire démocrate de New-York, Bill de Blasio, qui s’en est déjà pris à une célèbre statue de Christophe Colomb, le président mexicain veut déboulonner la conquête. Deux députés écologistes ont d’ailleurs proposé, le 2 avril, de supprimer « tous les monuments faisant référence à Christophe Colomb ou Hernán Cortés » : rues, avenues, statues. En cause : leur participation à une entreprise « cruelle et destructrice ». Encore peu habituée à ce genre d’exercice, la gauche mexicaine est entrée dans le confessionnal de l’histoire. López Obrador et ses suiveurs flattent l’ego des gauches morales occidentales, qui ont troqué l’égalité pour la culpabilité.

La cause amérindienne mérite mieux

Ceci ne veut toutefois pas dire que la cause amérindienne soit illégitime dans ce pays. Contrairement au Canada et aux États-Unis où il ne reste presque rien de la culture autochtone, le Mexique demeure un pays au double héritage, dont la part amérindienne est bien visible. Quand les Espagnols ont mis le pied à Mexico en 1519, cette ville était déjà aussi peuplée que Paris. Le Mexique est une nation bicéphale, qui est née du mélange de deux anciens peuples ennemis. La question autochtone se vit au jour le jour : elle n’est pas seulement le fruit d’élucubrations universitaires. Pour comprendre le Mexique, il faut remonter à sa dualité fondatrice, à son drame initial. La conquête a laissé des traces profondes dans l’imaginaire mexicain, ce que saisit très bien López Obrador.

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Le Mexique est encore densément peuplé d’Autochtones, dont les conditions de vie restent moins bonnes que celles des citoyens d’origine espagnole. On comprend mieux pourquoi la demande a été décrite comme populiste dans la presse mexicaine : demander des excuses au nom des peuples autochtones, c’est défendre une grande partie de la population défavorisée. Rares sont les Mexicains qui ne sont pas au moins le fruit de mélanges, et ceux qui ne le sont pas se trouvent souvent aux deux extrémités de l’échelle. Les Autochtones du Mexique méritent une meilleure vie, mais à quoi bon réécrire l’histoire quand on peut les y insérer à nouveau ? L’avenir ne s’écrit pas au passé. Dans l’univers de l’émancipation, les cérémonies pénitentielles ne font pas le poids à côté d’un meilleur accès à l’éducation. Heureusement, López Obrador travaille aussi sur ce dernier dossier.

Des excuses pour les sacrifices humains !

Malgré les bonnes intentions, le Mexique est tellement métissé qu’on se demande à quoi sert la démarche du président, sinon à créer davantage de tensions entre deux communautés perméables. Comment séparer le Mexique de l’Espagne, l’Amérique de l’Occident, la pyramide et la croix ? Le Mexique n’est pas moins espagnol qu’amérindien : il ne peut pas revenir en arrière pour effacer la moitié de lui-même. Aussi violente qu’elle ait été, la conquête du Mexique est indélébile : elle a été écrite à l’encre rouge sang.

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Non seulement la demande est aussi revancharde que contreproductive, mais elle réhabilite le mythe du bon sauvage, qui infantilise les Amérindiens au nom d’une identité fantasmée. Dans son Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa écrit que « ceux qui s’indignent, à juste titre, des crimes et de la cruauté des conquistadors espagnols à l’encontre des Incas […] n’ont pas versé la moindre larme sur les milliers, les centaines de milliers, voire les millions d’Indiennes et d’Indiens sacrifiés à leurs dieux, dans leurs barbares cérémonies, par les Incas, Mayas, Aztèques, Chibchas ou Toltèques ». Le néo-révisionnisme s’accommode très bien du deux poids deux mesures.

La face cachée du multiculturalisme

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Causeur: Explosion des actes antichrétiens


Un dossier sur l’explosion des actes antichrétiens (et sur le silence qui l’accompagne), un entretien sur la paternité entre Marc-Olivier Fogiel et Elisabeth Lévy, une interview de Jérôme Fourquet ou un reportage sur Bordeaux: servez-vous, Causeur vous attend!


Ce n’est (hélas) pas un poisson d’avril. Objets d’une infinie sollicitude lorsqu’ils subissent le joug de prêtres pédophiles, les catholiques suscitent une indifférence polie quand leurs églises et cimetières sont profanés. Dans une France jadis fille aînée de l’Eglise, la catholicité cumule le poids du statut majoritaire et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. Comme le résume Elisabeth Lévy, « les chrétiens, otages de la guerre des civilisations en Orient, sont partie prenante de celle qui sévit à bas bruit dans nos contrées ». Certes, nombre de profanations « sont l’oeuvre de déséquilibrés, de marginaux ou de gamins en mal de transgression sans risque » mais l’indifférence quasi-générale que suscite le phénomène laisse coi.

« Certains n’ont pas envie de prêter attention aux attaques dont l’Eglise est victime »

La fille aînée de l’Eglise aurait-elle oublié ses racines ? Pour le politologue Jérôme Fourquet, de l’Ifop, « l’Église a si longtemps occupé une place très importante dans la société française que certains n’ont pas envie de prêter attention aux attaques dont elle est victime ». La grande enquête d’Erwan Seznec donne la parole à ces catholiques qui remettent en doute le bien-fondé de la ligne officielle, qui consiste à jouer l’apaisement pour éviter la surenchère victimaire.


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Témoignage de première main, l’article du maire de Lavaur (Tarn) Bernard Carayon est une chronique de la barbarie ordinaire : le 5 février, deux lycéens ont mis le feu et saccagé la cathédrale Saint-Alain. L’édile s’indigne du silence médiatique et de la mansuétude de l’Eglise face à ces attaques de plus en plus fréquentes. Pour Olivier Rey, les jeunes incultes qui profanent des églises sont le produit du vide spirituel de la société marchande. Sans même en avoir conscience, ces brebis égarées reprochent peut-être souterrainement à l’Eglise de ne plus tenir son rôle d’institution.

Fogiel, habemus Papa

Dans l’autre dossier de ce numéro, Elisabeth Lévy s’interroge : « Papa, où t’es ? » Alors que la loi Taubira a ouvert le mariage et l’adoption aux couples homosexuels et que la PMA et de GPA à l’étranger gagnent chaque année du terrain, cette révolution anthropologique a permis aux familles homoparentales de redéfinir les notions de père et de mère. Maintenant que les structures élémentaires de la parenté sont chamboulées, le statut de l’antique pater familias n’a plus rien d’évident. La preuve : Marc-Olivier Fogiel et son mari ont adopté deux petites filles conçues aux Etats-Unis par GPA. Dans un entretien-fleuve avec la patronne, il défend son modèle familial et son droit à devenir père. A contrario, pour le psychanalyste Jean-Pierre Winter, les nouveaux schémas familiaux ne peuvent faire l’économie de la fonction paternelle. À l’ère de la PMA et de la GPA à l’étranger, l’inscription généalogique reste indispensable à la construction de l’enfant et la présence de deux hommes ne fait pas un père.

Reportage à Bordeaux, jungle d’Amazon et « islam de France »

Passons aux actualités. J’ai eu la chance de sillonner Bordeaux pour un reportage dans la ville qu’Alain Juppé a réveillée et embellie en vingt-quatre ans à l’hôtel de ville. Mais la réussite de cette grande métropole n’entraîne pas le reste du département. Et crée son lot de frustrations, qui ont nourri le mouvement des gilets jaunes, particulièrement remontés dans la région.

Comme le démontre Jeremy Stubbs, Amazon a la puissance d’un Etat sans en assumer les responsabilités. Avec son « Marketplace », le numéro un de la vente en ligne est devenu, pour des milliers de petites entreprises, un intermédiaire incontournable, qui peut imposer des conditions drastiques et des règles opaques à des partenaires vassalisés.

Se penchant au chevet du président Macron, Paulina Dalmayer explique pourquoi le projet présidentiel de construire un « islam de France » inquiète de nombreux militants laïques. Dans leurs essais respectifs, Philippe Raynaud et Laurent Bouvet décryptent le libéralisme multiculturaliste d’une partie de la gauche rejointe par Emmanuel Macron. Une dérive étrangère à notre tradition républicaine.

Du « Rouge » au rosé, en passant par Boulgakov

Au rayon culture, Jérôme Leroy s’extasie devant la nouvelle traduction du chef d’oeuvre de Boulgakov Le maître et Marguerite. L’occasion de redécouvrir ce texte total où le fantastique et le picaresque interrogent le mal et le totalitarisme à l’ombre du Kremlin. D’un soviet l’autre, Pierre Lamalattie nous fait visiter l’exposition « Rouge » que le Grand Palais» consacre à l’art soviétique de 1917 à 1953. Si l’événement offre un passionnant aperçu du foisonnement artistique de l’époque, son esprit manichéen réduit l’art figuratif à un simple avatar du stalinisme. Enfin, Emmanuel Tresmontant vante les mérites d’un rosé de Champagne. Né au XVIIe siècle, le Rosé des Riceys est un vin de Champagne bon marché quoiqu’extrêmement difficile à élaborer. Ce rosé prisé de Louis XIV a traversé le temps en échappant aux calibrages du marché et de l’œnologie dominante. Causeur et un verre, garçon !


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Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?: récit

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La nouvelle question laïque: Choisir la République

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Le voile est de retour à l’école


Malgré la loi de 2004 sur les signes religieux, le voile est de nouveau accepté à l’école publique. La création des « espaces-parents » par Najat Vallaud-Belkacem et la possibilité pour les intervenants extérieurs de manifester leur appartenance religieuse lui permettent de s’exposer à la vue des individus les plus influençables, les enfants. 


Revenue à la une, à l’occasion d’une action commerciale, l’insubmersible question du voile n’en finit pas d’occuper le champ médiatique. Et si, pour une fois, nous l’envisagions avec des yeux d’enfants, ceux de ces petits garçons élevés dans cette conception de la femme pudique et ceux de ces fillettes qui ne naissent pas femmes voilées mais le deviennent, avec la conviction parfois intense que « c’est leur choix ».

Une école sous influence

Parce que la question du voile jouxte celle de la sexualité et de l’égalité homme/femme, la lecture du rapport parlementaire rédigé par Chantal Jouanno en 2012 se révèle particulièrement éclairante sur la façon dont se construisent, dès l’enfance,  nos normes et références en la matière. Intitulé « Contre l’hypersexualisation, un nouveau combat pour l’égalité », ce riche document, appuyé sur la recherche anthropologique, explique : « La sexualité des individus, bien qu’elle puise ses sources dans des pulsions inconscientes, est régie par des codes culturels et sociaux qui s’imposent aux individus et qui édictent le cadre dans lequel elle peut s’exprimer ‘socialement’. […] On peut noter que ces formes d’expression imposées aux femmes et aux hommes sont étroitement liées aux places et rôles assignés à ces derniers au sein de la société. La sexualité est donc une construction sociale. […] On peut définir la socialisation comme l’intériorisation des normes et des références qui permettent de devenir membre d’un groupe social, de se percevoir comme tel, et d’agir de façon appropriée dans ce groupe. […] L’intériorisation signifie que ce n’est que très rarement un apprentissage conscient. En général au contraire on apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent. »

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Ces autres, ce sont la famille, les pairs, l’école et les médias. Le rôle des deux premiers facteurs n’est plus à démontrer. La conquête des médias saute aux yeux, puisque, hors de ceux à vocation communautaire, les mannequins voilés se glissent de plus en plus dans les vitrines et campagnes publicitaires. Reste l’école… Elle a montré son impuissance à endiguer le phénomène, mais a-t-elle vraiment tout tenté ? Est-elle ce sanctuaire où l’on peut espérer qu’une autre image de la femme se construise ? L’école émancipatrice ne serait-elle qu’un mythe ?

Les « espaces-parents » de Najat Vallaud-Belkacem

Le voile pénètre l’école laïque de deux façons : par l’ingérence conviviale des parents d’élèves et, c’est moins connu, par les intervenantes extérieures.

Le sujet des accompagnatrices de sortie est connu de tous. Ce qui l’est moins, c’est que Najat Vallaud-Belkacem a jugé indispensable d’ajouter, à cette présence ponctuelle,  une présence plus continue « des signes et tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » en milieu scolaire, en inscrivant dans le code de l’éducation l’obligation d’aménager des « espaces-parents », conviviaux, à l’intérieur des écoles. Le goût pour la relation client efficace de la nouvelle mandature explique le maintien de cette politique.

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Le site ministériel Eduscol nous explique que « la relation de confiance et le dialogue entre les parents et l’école constituent un enjeu déterminant pour la réussite de tous les enfants ». « Propices aux échanges entre les personnels et les parents, ces espaces encouragent les relations entre parents eux-mêmes dans leur diversité. » Si la motivation est noble, on peut malgré tout s’interroger sur la relation que pourrait y nouer des mamans qui s’y retrouveraient, tête nue et en minorité, face à leurs pairs, toutes voilées, voire en abaya. De même, offrir un lieu de propagande par le fait, infiniment plus symbolique que le parvis de l’école, aux plus prosélytes d’entre elles, en nombre possiblement supérieur à l’équipe enseignante, interroge sur les figures d’identification que l’on souhaite donner aux petites filles scolarisées dans la même enceinte.

Intervenants extérieurs à la laïcité

Mais le plus étonnant demeure la fiche 22 du Vademecum de la laïcité, dans laquelle les sages du Conseil du même nom ont rappelé que les intervenants extérieurs « ont le droit, au même titre que les parents d’élèves, de manifester ostensiblement leurs convictions philosophiques ou religieuses ». Par ces quelques lignes, est désormais connue de tous la possibilité, pour une intervenante portant des signes religieux ostensibles, de tenir un rôle pédagogique, devenant ainsi un modèle, tant par le fond de son action, que par la forme de sa tenue, au même titre que peut l’être un enseignant.

Etonnamment, le silence règne parmi les défenseurs de la laïcité et de l’émancipation des femmes, sur cette possibilité offerte, à cet emblématique signe religieux, de s’afficher en milieu scolaire. Pourtant, des cas concrets se présentent, par exemple lorsque l’Education nationale encourage les interventions de Latifa Ibn Ziaten, par ailleurs gratifiée par le Printemps républicain d’un prix de citoyenneté. Ne peut-on s’interroger sur les conséquences de cette démarche qui contribue à renforcer la légitimité, par l’institution, d’une femme voilée donnée en modèle à des élèves ? Souvenons-nous d’un autre cas de port du voile qui a créé une polémique récemment : celui de Maryam Pougetoux,  la présidente de la section locale de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) à Paris IV. Le débat fut vif concernant cette syndicaliste dont l’action ne ciblait que de jeunes adultes. Mais alors, ne doit-on pas réfléchir avec encore plus d’intensité, à l’impact du signifiant et du signifié du même accessoire, sur un public adolescent, voire enfantin ? Car, soyons honnêtes, qui peut prétendre, par son regard, distinguer le sens du foulard de l’une de celui de l’autre ? Surtout avec des yeux d’enfants…

« On apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent »

Face à ce constat, l’espoir réside dans l’avènement d’un courage politique, éclairé par les mots de Jean Zay. Dans sa circulaire  du 31 décembre 1936, il définissait  « les enfants ou les jeunes gens » en ces termes : « Encore peu conscients des risques encourus et dont l’inexpérience et la faculté d’enthousiasme sont exploités ». S’il évoquait alors la propagande politique, le risque demeure pour le prosélytisme religieux à l’œuvre aujourd’hui. Découlant de ce prisme d’analyse, la loi de 2004, fut un premier rempart face au pouvoir d’intégration par pression des pairs de la pratique du voilement. Mais alors, pourquoi, aujourd’hui, renforcer la puissance de l’exemplarité des mères et des intervenantes en tenue « pudique », en les laissant affirmer leur présence dans l’enceinte scolaire ?

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Il sera trop tard lorsque des associations, plus ou moins bien intentionnées, auront exploité la faille de la fiche 22 du Vademecum, pour faire de leurs intervenantes, dont l’aura et le statut se rapproche de celui d’une enseignante, les chevaux de Troie de la vision rétrograde du rôle de la femme, au nom de ce partenariat entre acteurs de terrain que valorise le ministère de l’Education nationale.

« On apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent », disait le rapport Jouanno. La présence de femmes voilées, sur le temps scolaire, dans un rôle pouvant aller jusqu’à la conduite d’activités éducatives, contribue donc tout autant que le voilement des fillettes, à conditionner les enfants à une vision hiérarchisée des sexes. Pour que l’école ne concoure pas à faire de ce particularisme une norme, emmenant dans son sillage une conception rétrograde du rôle de la femme, il est urgent d’oser sanctuariser l’école face à la pénétration de tout signe religieux.

C'est ça la France...: Qu'a-t-on fait pour mériter ça ?

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Souverainistes: un rideau de frères peut s’abattre sur l’Europe

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Sans être encore en mesure de la révolutionner, l’alliance des partis souverainistes européens pourrait peser sur la politique menée par le Parlement européen qui sera renouvelé du 23 au 26 mai 2019.


À l’heure du réveil identitaire des peuples européens, les partis souverainistes parviendront-ils à changer de l’intérieur la politique de l’Union européenne (UE) ? L’optimisme semble plus que jamais de rigueur. Entraînée par l’effervescence actuelle, Marine Le Pen affirme que les prochaines élections européennes seront historiques. Rêvant de voir émerger une majorité souverainiste au Parlement européen, la présidente du Rassemblement national imagine déjà réaliser « le sauvetage de l’Europe ». Mais cet enthousiasme correspond-il à la réalité politique ? L’heure de la recomposition du Parlement européen est-elle vraiment arrivée ? C’est peut-être un peu exagéré. Mais les élus souverainistes auront entre leurs mains bon nombre d’instruments juridiques pour bousculer l’actuelle politique de l’UE.

Le souverainisme, une valeur en hausse

Alors que les deux principaux groupes pourraient perdre un nombre considérable de sièges (le Parti populaire européen chutant, selon des estimations, de 217 à environ 174 et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates de 186 à 141), le groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL), dans lequel figurent les élus du RN et de la Lega, pourrait gagner 30 sièges (passant de 37 à 67). Le deuxième groupe parlementaire eurosceptique, l’Alliance des conservateurs et réformistes européens (ECR), comprenant notamment les Polonais du PiS, les Tchèques du Parti démocrate civique et les Anglais du Parti conservateur, pourrait obtenir jusqu’à 58 sièges. Actuellement composé de 75 eurodéputés, l’ECR ferait les frais du départ des conservateurs britanniques. Enfin, l’Europe pour la liberté et la démocratie directe (ELDD), regroupant le M5S, l’UKIP et les élus français Les Patriotes et Debout La France, pourrait rassembler 47 membres contre 41 aujourd’hui. Un de ces groupes eurosceptiques peut également envisager un ralliement du Fidesz, suspendu du PPE depuis le 20 mars. Les souverainistes dénombreraient alors près de 180 représentants, soit 26 % des membres du Parlement.

Debout les damnés de l’Europe

La réunion des souverainistes en un seul groupe parlementaire est-elle envisageable ? C’est le projet porté par Matteo Salvini, prêt à saisir l’opportunité de créer, à l’issue des élections européennes, un groupe « réformiste » déterminé à transformer les institutions européennes. Les pro-européens tentent de se rassurer en rappelant que les souverainistes des différents pays ne sont jamais parvenus à former une coalition. Ils se réjouissent ainsi que la russophilie des dirigeants souverainistes les éloigne des Polonais. Alors que Matteo Salvini envisageait une récupération du PiS au sein de l’ENL, la défiance de la Pologne à l’égard de la Russie aurait entraîné un statu quo. La réalité rattrape cependant les commentateurs europhiles. Ces derniers mois, alors que la Pologne, puis la Hongrie, subissaient les attaques des institutions européennes, la question russe ne fit jamais obstacle à un soutien mutuel. La récente rencontre entre les dirigeants italiens et polonais s’est révélée si fructueuse que Matteo Salvini déclarait en janvier : « La Pologne et l’Italie seront absolument les protagonistes de ce nouveau printemps européen, de cette renaissance des vraies valeurs européennes ».

De même, les divergences annoncées comme insurmontables entre les catholiques polonais et des nationalistes laïques (RN, PVV, Parti des Vrais Finlandais) pourraient se révéler secondaires, les intéressés partageant avant tout la même volonté de résister au libéralisme culturel et à l’islamisation de la société. Leur intérêt commun face aux périls de l’immigration de masse et de la déculturation des nations pourrait unir les souverainistes à travers toute l’Europe. Ainsi, à l’initiative de Matteo Salvini, les différents partis eurosceptiques pourraient tenir un congrès à Rome au cours du mois d’avril. Néanmoins, les groupes parlementaires resteront a priori inchangés pour la législature à venir. Cette répartition ne saurait pourtant entraîner des votes divergents dans les rangs souverainistes, les eurodéputés étant détachés de la logique partisane qui préside souvent dans les parlements nationaux.

L’alliance avec la droite ? Chimère patrie

Pour les plus optimistes, ces potentiels 26 % de députés identitaires pourraient espérer le ralliement ponctuel des potentiels 25 % d’élus du PPE. Portées par la minorité souverainiste, l’ensemble des droites serait en mesure d’inscrire dans les débats les questions identitaires et sécuritaires. Mais encore faudrait-il que le PPE ne suive pas une ligne centriste, qui l’amena à voter majoritairement en faveur des quotas de migrants. De même sur l’économie, cette droite-centriste continuera certainement de voter tous les traités de libre-échange. Pour sortir de l’impasse, il faudrait que cette partie de la droite préfère la vision européenne de Viktor Orbán à celle d’Emmanuel Macron. Tandis que François-Xavier Bellamy a d’ores et déjà affirmé le contraire, le vote des sanctions contre la Pologne et la Hongrie par un grand nombre de députés du PPE, puis l’exclusion temporaire du Fidesz, à la quasi-unanimité, démontrent que l’ensemble du groupe soutient les politiques actuelles. A fortiori, le désir de supprimer les subventions pour les partis opposés à l’UE récemment affirmé par le chef du PPE, Manfred Weber, donne une bonne idée du positionnement des prochains élus de la droite libérale.

Le Parlement européen ne sert plus tout à fait à rien

L’élection de représentants souverainistes a-t-elle un sens dans un contexte politique aussi défavorable ? Ils pourront en tout cas profiter de solides instruments juridiques pour faire entendre leurs voix. Alléguant avec justesse que le Parlement européen n’est plus l’assemblée démunie qu’il était avant l’adoption du traité de Lisbonne, Jean Messiha (RN) déclare : « Si les députés souverainistes représentent 30 à 40 %, voire la majorité, ça serait un coup de secousse quand bien même le Parlement européen ne dispose pas des prérogatives indispensables pour réformer l’Europe de fond en comble. » En effet, le Parlement n’est plus un simple organe consultatif subordonné à la Commission européenne. Sa participation à la fonction législative est étendue grâce à la reconnaissance, depuis 1999, de la co-décision comme procédure législative ordinaire, qui lui permet d’être associé à 75 % de la production législative européenne. Les eurodéputés bénéficient également de la faculté de discuter le budget projeté par la Commission et d’adresser des recommandations. Ils détiennent en conséquence le droit d’amender aussi bien les projets de loi que le budget.

Enfin, les prochains élus auront les moyens d’exercer un contrôle étroit sur la Commission européenne, en vertu de leur droit de poser des questions, de procéder à des auditions, d’établir des commissions d’enquêtes, d’accéder aux documents des autres institutions, etc. Suivant l’exemple de Nigel Farage, François Asselineau (UPR) estime que les députés pourraient ainsi demander des redditions de comptes et dénoncer tous gaspillages, compromissions ou mesures anti-démocratiques. À défaut d’avoir une majorité parlementaire, les souverainistes pourraient constituer, selon les mots de Marine Le Pen, « une minorité de blocage », mettant fin à l’habituelle complaisance du Parlement envers la Commission et le Conseil. Cependant, il faudra probablement attendre une prochaine législature pour qu’un printemps des peuples survienne réellement.

Naufrage du Grande America: quand l’antispécisme envahit les médias

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Le 12 mars dernier, le cargo italien Grande America prend feu et sombre au large de nos côtes. 27 personnes se trouvaient à bord. Aucun décès n’est à déplorer: le passager et les 26 membres d’équipages ont pu fuir à bord d’un canot de sauvetage avant d’être recueillis par un bateau anglais.

Pourtant, en allumant la radio ou la télévision quelques jours plus tard, on pouvait avoir un doute. « Le naufrage du Grande America a déjà fait deux victimes », a-t-on entendu sur France Info.

Des « victimes » comme les autres 

Et tout de suite, j’ai pensé que j’avais mal compris les informations précédentes, que des occupants du navire n’avaient pu être sauvés malgré les recherche. Cela a duré une seconde. Ensuite j’ai compris que les victimes en question avaient des plumes et un long bec. Honte à moi, j’ai ressenti comme une forme de soulagement.

Et BFMTV ne dit pas autre chose, mais avec les images, pas de risque de confusion :

C’est un fait incontestable : ces oiseaux sont bien morts à cause des nappes d’hydrocarbures qui se sont constituées à la suite du naufrage. Mais ils ne sont pas les « victimes du naufrage »; ou bien ils en sont seulement les « victimes collatérales ».

Entre outre, l’expression « faire des victimes » ne s’applique, en principe, qu’à des êtres humains. Traditionnellement, on dit qu’une marée noire « cause des dégâts » ou qu’elle…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

Au Québec, la gauche s’insurge contre la laïcité

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L'actuel Premier ministre du Québec, François Legault. ©Paul Chiasson/AP/SIPA / AP21551076_000011

Le gouvernement du Québec entend faire voter une loi interdisant les signes religieux à certains fonctionnaires. Sévèrement critiqué par le Premier ministre canadien de Justin Trudeau, le projet doit aussi faire face à l’opposition de la gauche québécoise. 


Au Québec, le projet de loi sur la laïcité de l’État mobilise les esprits à gauche comme à droite. Les uns y voient le parachèvement de la laïcisation de l’État québécois, amorcée dans les années 1960, et une affirmation de la nation francophone ; les autres y voient un outil visant à atténuer les inquiétudes d’un méchant peuple traversé par le racisme et la xénophobie. Alors que des lobbys identitaires et religieux demandent le retrait du projet de loi, 14 municipalités – pour la plupart anglophones – affirment qu’elles ne se soumettront pas à la loi de l’État. Le maire de Montréal, Valérie Plante, a vite réclamé une « clause Montréal » pour que sa ville en soit exemptée en droit.

Un rempart à la montée du communautarisme

Si le projet de loi est adopté en juin, les signes religieux seront interdits pour les agents de l’État en position d’autorité comme les procureurs, les gardiens de prison, les juges et les enseignants. Le principe de laïcité sera aussi inscrit dans la Charte québécoise des droits et libertés. Pour éviter d’éventuelles contestations judiciaires (le multiculturalisme étant enchâssé dans la loi fondamentale du Canada), le gouvernement a prévu d’inclure deux « clauses dérogatoires » dans son projet de loi : cela lui permettra d’affirmer la souveraineté parlementaire de l’Assemblée nationale vis-à-vis du gouvernement des juges. Au pays de Justin Trudeau, les élites juridiques aiment bien, de temps à autre, confisquer la démocratie au nom des droits de l’homme.

A lire aussi: Dans les universités du Québec, la laïcité est une discrimination

Une lecture rapide permet de comprendre que derrière la volonté du gouvernement de la Coalition avenir Québec (centre droit) se trouve l’intention d’ériger un rempart – le principe de laïcité – à la montée du communautarisme. Cette loi contribuera à renforcer l’État et confortera les aspirations de la majorité francophone. Alors que la majorité parlementaire (75 députés sur 125) de centre droit a les coudées franches pour tourner la page sur un débat qui fait rage depuis dix ans, la gauche crie au loup et saupoudre le débat de sa pureté morale.

Le dépassement de la nation

Les sociétés contemporaines sont marquées par l’avènement de l’identitaire. L’espace de rassemblement de nos sociétés n’est plus la nation. L’universalisme est mort. Nos sociétés entretiennent des projets qui leur font concurrence, signe supplémentaire de leur déchéance. Elles sont dépourvues de projet commun ; pis encore, elles ne sont plus en mesure d’entretenir une image unifiée d’elles-mêmes. C’est la montée des tribalismes et le déclin du politique.

La citoyenneté d’hier était universelle, celle d’aujourd’hui est particulariste. Qu’on la nomme « nation » ou « République », la communauté politique a été perçue pendant longtemps comme la force motrice de la société. Alors qu’on devenait citoyen en mettant de côté ses particularités, voilà qu’on le devient désormais en les mettant en évidence. Le « genre », l’absence de genre, l’orientation sexuelle, la race et la religion l’emportent maintenant sur la nation et la République.

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Au Québec, l’adhésion des élites à ce pluralisme identitaire – le multiculturalisme – s’est affermie après l’échec du référendum de 1995 portant sur l’accession à la souveraineté. Depuis lors, autant les promoteurs de l’indépendance que les défenseurs de la justice sociale ont adopté le vocabulaire de la gauche régressive américaine. Les uns veulent défendre l’identité québécoise ; les autres se portent à la défense des identités multiples, vectrices de cohésion chez les groupes minoritaires. Plus la cohésion des minorités est forte, moins l’est celle de la nation.

Le Québec ne veut pas devenir la Belgique

Le principe de laïcité tel qu’il semble être compris par le gouvernement québécois ne vise pas à étouffer les manifestations religieuses dans la société ; il vise à encadrer leur déploiement pour certaines fonctions précises et à prémunir l’État de dérives observées ailleurs. Loin de vouloir créer un paradis sur terre, le gouvernement souhaite que les fantasmes religieux soient tenus à l’écart de l’État.

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Le parti radical de gauche, Québec solidaire, qui ne compte que 10 députés sur 125 à l’Assemblée nationale, a fait volte-face en donnant préséance à ses voix radicales. Alors qu’il appuyait la position dite consensuelle du rapport Bouchard-Taylor (le fruit d’une commission d’enquête sur les accommodements raisonnables qui s’est tenue en 2007), qui proposait d’interdire les signes religieux chez les agents de l’État en position d’autorité hormis les enseignants, le parti a choisi de rejeter toute interdiction de signes religieux. La députée Ruba Ghazal a même affirmé qu’une téléphoniste de l’État pourrait porter un voile intégral. De part et d’autre de l’Atlantique, une certaine gauche propose la régression de la société au stade d’avant la modernité politique.

Le multiculturalisme comme religion politique

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La face cachée du multiculturalisme

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« La lutte des classes »: le film que Najat Vallaud-Belkacem va adorer

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Edouard Baer, Tom Lévy et Leila Bekhti dans "La Lutte des classes" de Michel Leclerc (2019) ©UGC

La Lutte des classes, le film de Michel Leclerc sorti le 3 avril, traite sur le ton de la comédie le « problème » de la mixité sociale dans les écoles de Boboland. Bien-pensant à souhait.


Cela fait désormais huit ans que le cinéma de Michel Leclerc s’est installé dans le PCF (Paysage de la comédie française), avec notamment deux œuvres emblématiques, Le Nom des gens, en 2010 et Télé Gaucho, deux ans plus tard.

Chevènement honni, Lang adulé

Dans la première, l’héroïne (qui porte le même prénom, Bahia, que l’épouse et coscénariste du cinéaste, au cas où l’on aurait douté de l’implication des deux auteurs et de leur capacité à ne jamais voir plus loin que leur bout de leur confort intellectuel…) couche avec des hommes de droite pour les faire changer d’opinion. On apprécia en son temps la colossale finesse du propos et sa fausse provocation lénifiante. Ce film-là illustre si bien la bien-pensance de gauche, dans son fond comme dans sa forme, qu’il a offert à Lionel Jospin son premier (et heureusement dernier) rôle au cinéma…

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Quant à Télé Gaucho, il était censé faire rire avec les mésaventures d’une poignée d’aimables (forcément…) gauchistes désireux de créer une télévision libre. Cette fois, avec son cru 2019, Leclerc a posé sa toile chez les bobos de Montreuil pour y dérouler la vie d’un couple d’artistes avec enfants (les prénoms ont été changés, mais la volonté d’autoportrait demeure intacte, qu’on se rassure). Et c’est donc La Lutte des classes. On s’inquiète un temps, celui du générique de début, de la conversion du couple Leclerc au marxisme radical. Mais non, il s’agit juste de traiter sur le ton de la comédie le « problème » de la mixité sociale dans les écoles de Boboland.

Étrangement, l’école et les profs sont régulièrement mal traités par le cinéma français, comme si les cinéastes du juste milieu trouvaient dans le sanctuaire républicain l’exutoire idéal des échecs de la gauche au pouvoir. Chevènement y est en général honni et Lang adulé. On y célèbre les élèves forcément incompris et sommés d’apprendre, victimes permanentes et expiatoires de profs absolument incompétents et faibles. Au tout début des années 1980, déjà, le PS au pouvoir se demandait sérieusement si les élèves seraient « heureux » à l’école, feignant de croire que l’enseignement pouvait aussi assurer le « bonheur », en plus du reste. Comme Leclerc est un vrai roublard, il fait semblant d’oublier que c’est à son propre camp que l’on doit le délirant pédagogisme de ces vingt dernières années avec l’invention d’une novlangue de salle de professeurs – puis de classe et de profs. Ce sera la seule petite concession d’un film correct en tout point. On sent à chaque ligne d’un scénario écrit à la hache que les auteurs déplorent le départ de Najat Vallaud-Belkacem de la Rue de Grenelle.

Le salut par la femme voilée

Après le récent et calamiteux Damien veut changer le monde de Xavier de Choudens, tendance « Adopte ton petit réfugié », Michel Leclerc termine son film en apothéose multi-culti. Son monde merveilleux du vivre-ensemble est sauvé de la destruction par l’intervention d’une super-héroïne intégralement voilée. Batman est ici remplacé par une Catwoman communautaire. Culpabiliser les parents, stigmatiser les profs, sanctifier les élèves, la Sainte Trinité déployée par Michel Leclerc et sa coscénariste d’épouse sent à plein nez la prétendue chose vue ou vécue et sa petite dictature actuelle.

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Comme si le cinéma, la fiction et la comédie devaient se plier à la loi du marché et de l’autofiction. À l’heure des gilets jaunes, on se fiche éperdument des petites crises existentielles d’un certain cinéma français dont le cœur balance entre Glucksmann et Hamon, c’est-à-dire entre le calme et le calme plat. À quand des comédies mordantes et iconoclastes, comme celles que savait faire le cinéma italien dans les années 1970, si loin de cette Lutte des classes jamais drôle et souvent navrante ? Pendant ce temps, des réalités sociales explosives attendent avec impatience leur traduction sur grand écran.

Le nom des gens (César 2011 de la Meilleure Actrice)

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Télé Gaucho

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Non, Emmanuel Macron n’a pas repris la main

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Les mains d'Emmanuel Macron, Nairobi (Kenya), 13 mars 2019. ©Jacques Witt/SIPA / 00898892_000002

Malgré ce qu’il essaie de faire croire, le gouvernement n’est pas (encore?) sorti vainqueur du mouvement des gilets jaunes. Pire, en laissant durer le désordre, il s’est pris à son propre piège. Après 20 semaines de manifestations, Emmanuel Macron est plus isolé que jamais. 


Après 20 semaines de manifestations des gilets jaunes, qui se déroulent tous les samedis avec la régularité d’un métronome (mais pas toujours avec la même intensité), il est bon de lever parfois le nez du guidon, et de faire un point à date. Sous la pression du court terme, on a tendance à privilégier, en ce moment et de plus en plus, surtout dans les médias, une lecture sécuritaire des choses, et à oublier d’en faire l’analyse politique, alors que c’est cela qui est important.

La tactique de l’intox

D’abord, le chef de l’Etat et le gouvernement ont appliqué avec beaucoup de « sérieux » leur stratégie, une ligne définie très clairement dès le début de l’affaire :

– Tenter de couper, par tous les moyens, le lien « amical » entre le mouvement et l’opinion.

– Polariser le débat, le ramener si possible à sa dimension purement sécuritaire, afin de regrouper autour du gouvernement ses électeurs des classes bourgeoises, c’est-à-dire les partisans de l’ordre.

– Pratiquer constamment l’amalgame : les « foules haineuses » (Macron), la « bête immonde tapie dans la foule anonyme » (Griveaux), pour assimiler gilets jaunes et casseurs, possiblement les nazifier, ne jamais reconnaître une légitimité spécifique au mouvement (auquel cas il faudrait le prendre au sérieux, le recevoir en tant que tel, et le traiter). Emmanuel Macron a d’ailleurs annoncé la couleur à ce sujet dès le début en disant du soutien des Français au mouvement : « Je n’y crois pas ».

–  Prendre le mouvement à revers, par le moyen du « Grand débat », afin de ne jamais l’affronter ni lui répondre directement, mais plutôt s’adresser à « l’opinion » dans son ensemble et sa diversité. Ce dernier axe est cohérent avec le premier, consistant à vouloir séparer le mouvement de l’opinion.

Une caractéristique dans tout cela : une politique de communication et d’ « intox » qui paraît très professionnelle, impression d’autant plus forte que tous ses éléments ont été constamment repris par la presse avec un manque de recul et même une flagornerie assez terrorisants dans ce que l’on nous dit encore être une démocratie moderne.

Je casse donc j’existe

De son côté, le mouvement n’a pas appliqué strictement une stratégie, mais a plutôt eu, si l’on peut dire, un comportement global conforme à sa nature :

– « Si on ne nous écoute pas, si on ne nous prend pas au sérieux, on revient » : simplicité du discours et de l’action, constance dans l’effort de revendication, résilience, ce sont les mêmes qualités qui permettent à ces classes sociales de résister au quotidien. C’est peu médiatique, mais ça tient, et ça dure… Il faut tout de même remarquer, même si les médias claironnent que « le mouvement s’essouffle », qu’il y a, depuis 20 semaines, entre 30 000 et 100 000 personnes sur les pavés tous les samedis. Pour l’instant en tout cas, c’est plus la marque d’une grande durabilité que celle d’un véritable essoufflement.

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– Un manque de distanciation, il faut bien le dire, par rapport aux casseurs et à la violence. C’est certainement un des points faibles du mouvement, mais, du strict point de vue de la tactique politique, ont-ils tort ? Chacun a encore en tête le syndrome de la « Manif pour tous ». En traitant avec autant de mépris, parce qu’il savait qu’il était parfaitement pacifique, un mouvement de fond de la société française, qui avait mis, au début, plus d’un million de personnes dans la rue, Hollande et Valls ont créé un problème pour leurs successeurs pour des dizaines d’années. Depuis cette époque, chacun a compris qu’en France, si on ne casse pas, on n’existe pas. Les populations (retraités, petits patrons et employés), dont sont issus les gilets jaunes sont fondamentalement pacifiques, mais pour la raison ci-dessus, ils savent que la violence les sert, tout comme elle sert par ailleurs les intérêts du gouvernement, pour radicaliser le mouvement, pour « terroriser le bourgeois », et pour montrer qu’il assume l’ordre. En réalité, dans la pièce de théâtre politique qui se joue, la violence arrange tout le monde. C’est pour cela qu’elle perdure.

Macron, une victoire à la Pyrrhus

Pour résumer, donc, d’un côté des tacticiens parfaitement rodés à l’intox médiatique et relayés à merveille par les grands médias (qui ont choisi le camp de leurs subventions, de leurs sponsors publicitaires et de leur lectorat), de l’autre, des bataillons occupant le terrain de façon constante et déterminée. Aujourd’hui, après 20 semaines, qu’est-ce qui a changé par rapport au début ? Qui semble l’emporter ? Que peut-il se passer ?

A première vue, à ce jour, c’est plutôt le gouvernement qui l’emporte :

– Le soutien de l’opinion semble nettement plus faible (même si on peut lui poser la question de plusieurs façons. Selon que l’on dise, par exemple « êtes-vous contre la violence du mouvement des gilets jaunes ? », ou bien « pensez-vous qu’après 20 semaines, les revendications du mouvement sont toujours légitimes ? », on obtiendra des résultats très différents).

– Le mouvement s’est incontestablement radicalisé. Par rapport au souffle du début, les modérés ont semble-t-il tiré les leçons de cette évolution. Ils se sont mis en retrait, laissant les casseurs prendre le leadership. Cela ne veut certainement pas dire, à notre avis, qu’ils en sont partis de façon définitive. Simplement, c’est leur façon de refuser l’amalgame.

La tactique du gouvernement a donc obtenu les résultats qu’elle avait planifiés : la coupure du mouvement en deux et sa disqualification. Mais cette victoire est peut-être en même temps son échec. C’est ce qu’a montré l’épisode 18, celui du samedi 16 Mars.

Macron se prend les pieds dans son piège

Ce qui s’est passé ce jour-là, c’est la zadification du mouvement (ou, si l’on veut être plus précis, de la marge politisée et radicale du mouvement que le mouvement instrumentalise à ses fins puisque c’est bien, en fin de compte, de cela qu’il s’agit). Au moment où le gouvernement pensait avoir gagné la partie, il se retrouve avec un problème différent, mais bien plus grave. Pensez donc : il a offert aux orphelins de Notre-Dame-des-Landes et aux romantiques du grand soir de toute la planète un prétexte en or (une injustice flagrante et légitime) et une scène prestigieuse et médiatique, l’une des plus belles du monde, les Champs-Elysées. Un Disneyland en plein Paris, spécialement dessiné pour les zadistes, après la banlieue nantaise, quelle promotion !

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Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que si le gouvernement ne voulait pas traiter, sur le plan politique, le mouvement des gilets jaunes dans sa forme initiale, pacifique, il ne sait pas le traiter non plus sous la forme actuelle, radicalisée et ultra-violente, qu’il a lui-même cherchée. En quelque sorte, le gouvernement s’est piégé lui-même.

D’abord, il ne s’attendait sans doute pas à ce que le mouvement évolue dans ce sens aussi vite. S’il souhaitait certainement, pour les raisons expliquées plus haut, qu’il devienne plus dur, sans doute ne pensait-il pas qu’il se transformerait avec une telle rapidité. Il a perdu, à un moment crucial, une manche essentielle. Il a joué, à ce titre, un jeu bien dangereux.

La guéguerre de positions

En plus, il est prisonnier du « syndrome Malik Oussekine », la doctrine du « zéro morts, zéro blessés », qui fait que, par-delà les rodomontades sécuritaires du ministre, les changements de tactiques ou de personnes, et les blessés dont on s’efforce de ne pas parler, en réalité, les troupes sur le terrain n’ont aucune latitude d’action, et les manifestants le savent. D’une certaine façon, le gouvernement a réussi à amener son adversaire au point d’ignition qu’il voulait, alors qu’il ne dispose pas des extincteurs pour éteindre le feu qu’il a fomenté. Quelle faute tactique majeure !

Il a aussi fait une erreur aussi vis-à-vis de ses propres électeurs. La radicalisation, c’était pour leur dire « nous sommes les maîtres de l’ordre », ce que ces électeurs veulent entendre plus que tout. Pour tenir une telle posture, un peu de désordre, ce n’est jamais mauvais, parce que ça veut dire « vous voyez bien, c’est nous ou le chaos ». Mais si ça dure, et si ça castagne de plus en plus, où est la cohérence de la posture ? La tactique se retourne contre son auteur.

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On remarque aussi que si le gouvernement, lors des épisodes 19 et 20, a renforcé et modifié son dispositif pour le rendre, semble-t-il, plus performant, les casseurs ne se sont pas précipités pour « en remettre une couche » tout de suite. Au contraire, ils sont plutôt partis en province (notamment à Bordeaux), ils ont paru calmer un peu le jeu. Sur le strict plan de la tactique politique, ils ont raison, leur réaction n’a rien d’étonnant. Il est certain que derrière les « black blocks » se cachent d’excellents penseurs de la sédition, nourris au lait des écrits et pratiques de tous les stratèges et théoriciens de l’insurrection de l’Histoire. La règle n°1 de toute guérilla, c’est de ne jamais affronter le pouvoir en place en rase campagne, mais de le discréditer progressivement, symboliquement et politiquement, en montrant qu’il est légal, mais pas légitime, parce qu’il est incapable d’assumer ses deux missions fondamentales : l’ordre et la justice (cf : Contre-insurrection, théorie et pratique, Davis Galula). A ce titre, ils ont tout leur temps. Lorsqu’ils auront bien étudié les nouveaux dispositifs, ils frapperont à nouveau, où et quand ils le voudront, ce n’est qu’une question de temps. Ce jour-là, le gouvernement se disqualifiera encore un peu plus.

Macron n’est pas Chirac

En résumé : le gouvernement, avec beaucoup d’efforts (intox, renforcements sécuritaires, « Grand débat ») a obtenu ce qu’il voulait. Mais finalement, il s’est considérablement enfoncé :

– Le problème de départ, à savoir les revendications légitimes des gilets jaunes (pouvoir d’achat, représentativité politique) n’a pas été traité.

– Il a enfanté, en plus, un monstre de violence dont il n’est pas prêt de se débarrasser

– Sa sortie honorable du « Grand débat », manœuvre hasardeuse s’il en était, est tout sauf garantie

– En se mettant lui-même en scène en permanence, le président a fait une surenchère très imprudente et maladroite. Il se retrouve aujourd’hui, aux yeux de tous les analystes, très isolé.

Chacun voit de plus en plus clairement que la seule sortie possible, c’est la dissolution. Mais Macron n’est pas Chirac. Il n’a aucune souplesse, et déteste reconnaître qu’il a pu avoir tort. Il sait pourtant que s’il ne fait rien, son quinquennat est fichu. Mais il ne parvient pas à se résoudre à rebattre les cartes. Jusqu’où s’enfoncera-t-il encore ?

Contre-insurrection : Théorie et pratique

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Catholiques, profanés en leur pays

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Profanation de l'église Notre-Dame-des-Enfants (Nîmes), 5 février 2019. Tabernacle brisé et excréments sur les murs. ©Gazette de Nîmes

Objets d’une infinie sollicitude lorsqu’ils subissent le joug de prêtres pédophiles, les catholiques suscitent une indifférence polie quand leurs églises et cimetières sont profanés. Dans une France jadis fille aînée de l’Eglise, la catholicité cumule le poids du statut majoritaire et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. 


« Catholiques, votre rapport à l’Église est troublé par les scandales, racontez-nous. » Cet appel à témoignages, paru le 14 mars dans Le Monde a nourri une vaste enquête publiée le 26 mars sous le titre : « Les catholiques atterrés par le scandale de l’Église ». Un film, des milliers d’articles de journaux, d’innombrables débats, commentaires et éditoriaux : pour une institution dont l’influence semble décroître dans l’indifférence générale, l’apostolique et romaine intéresse sacrément les médias. On dissèque « la dérive systémique et universelle » qui a permis tant de crimes[tooltips content= »Gino Hoel, « Il y a une rupture entre l’Église et notre société, les évêques sont trop hors sol », blogs.mediapart.fr, 19 mars 2019. »]1[/tooltips]. Sur le plateau de Yann Barthès, on se désole de voir l’Église ruiner « son image et sa réputation en refusant la démission de Barbarin ».

Le catholicisme est d’autant plus digne de sympathie qu’il est faible

Quant aux cathos, que l’on regardait avec moins d’aménité quand c’était par le mariage pour tous qu’ils étaient atterrés, ils sont l’objet d’une infinie sollicitude. Dans l’éditorial qu’il leur consacre, Le Monde observe leurs tourments, « de l’accablement à l’écœurement, en passant par la honte, l’humiliation, la stupeur ». Et narre le cas émotionnant d’un fidèle qui a participé à la Manif pour tous et « ne se remet pas d’avoir découvert qu’un prêtre qui a accompagné son parcours spirituel a fait de la prison pour attouchements sexuels ». Peut-être l’auteur espère-t-il que cette expérience traumatisante hâtera la conversion du malheureux à la vraie religion – celle du Progrès. Au passage, nombre d’observateurs décrètent qu’il faut mettre fin au célibat des prêtres pour que le calvaire d’enfants violés ne se reproduise plus. Curieuse conception qui fait de la pédophilie une sexualité alternative, un pis-aller quand on n’a pas d’adulte sous la main, plutôt qu’une perversion et une maladie.

A lire aussi: C’est la lâcheté de l’Église qui a vidé les églises

Le désarroi de nombreux catholiques est bien réel alors qu’une institution dans laquelle ils avaient placé leur confiance – et leurs enfants – les a trahis. Tant d’inquiétude et de prévenance pour des croyants qu’on regardait hier comme une peuplade arriérée n’en pose pas moins question. La France des beaux esprits et des grandes âmes serait-elle prise de remords pour les tombereaux d’injures déversés sur eux il y a six ans ? Ou peut-être que, par ces temps chamboulés, ils constituent une présence rassurante, un écho faiblissant d’un monde qu’on croyait détester et pour lequel on éprouve, alors qu’il est menacé de marginalisation, une bouffée de nostalgie. Le catholicisme est d’autant plus digne de sympathie qu’il est faible. Or, comme le montre Jérôme Fourquet, dans son excellent Archipel français et dans l’entretien que nous publions, il a largement perdu son privilège culturel parce que « le soubassement anthropologique chrétien de la société a craqué ». Si, d’après Le Monde, 53 % des Français se déclarent catholiques, moins de 5 % d’entre eux se rendent à la messe une fois par mois. Le règne de l’Église sur les esprits est révolu. Tant mieux. Faut-il pour autant effacer toutes les traces qu’il nous a léguées – et jusqu’à son souvenir même ?

75 à 90 % des profanations concernent des édifices et cimetières chrétiens

Il n’est pas certain que l’empathie pour les fidèles déboussolés soit exempte de toute joie mauvaise. Si nombre de ceux qui s’indignaient hier que l’on parle des racines chrétiennes de la France câlinent aujourd’hui le catho malheureux des turpitudes de certains de ses clercs, n’est-ce pas parce que son malheur a été causé par d’autres catholiques – et non des moindres ? On s’entraccuse souvent, dans le débat public, de préférer certaines victimes à d’autres, mais peut-être choisit-on moins ses victimes que ses coupables.

En tout cas, la compassion bruyante qui s’est abattue sur les paroissiens tranche avec le silence de plomb qui entoure les dégradations et profanations d’églises et de cimetières, dont le nombre a pourtant explosé ces dernières années. Sur près de mille atteintes (de gravité évidemment variable) recensées par le ministère de l’Intérieur, 75 à 90 % concernent des édifices et cimetières chrétiens, apprend-on dans l’enquête d’Erwan Seznec. Or, alors que toute attaque contre une synagogue, une mosquée ou un cimetière juif ou musulman est abondamment traitée par les médias et déclenche une salve de déclarations, de « nous ne céderons pas », quand ce n’est pas une visite présidentielle, la série de profanations qui a eu lieu début février dans plusieurs églises et à la cathédrale Saint-Alain de Lavaur, dans le Tarn, n’a pas bouleversé grand-monde. Quelques jours plus tard, après l’insupportable agression d’un « gilet barbu » contre Alain Finkielkraut, toute la France proclamait « plus jamais ça ». Et on voyait le président se recueillir dans le cimetière de Quatzenheim, en Alsace, où 80 tombes juives avaient été saccagées.

Et l’Église tend l’autre joue

Bien sûr, ce n’est pas la même chose. D’abord, parce que la majorité des actes vise des pierres et non des hommes, ensuite parce qu’elle n’obéit pas à des motivations idéologiques. Pour le coup, beaucoup sont l’œuvre de déséquilibrés, de marginaux ou de gamins en mal de transgression sans risque, qui s’en prennent aux églises parce qu’elles sont là, qu’ils cherchent quelque chose à voler ou s’ennuient. Souvent, ce sont de petits sacrilèges bébêtes, commis pour défier sans savoir ce qu’on défie. Pour le philosophe Olivier Rey, dès lors que, pour beaucoup de jeunes, « la religion n’est plus que lettre morte et l’église qu’un édifice bizarre », casser, profaner est une « façon de donner à l’inculture, à l’impuissance, à la déréliction les allures de la rébellion ».

A lire aussi: Pédophilie dans l’Eglise: vade retro angelus!

Ce n’est pas la même chose, mais ça y ressemble de plus en plus souvent. Avec les attentats déjoués contre des églises en juillet 2015 et l’assassinat du père Hamel un an plus tard, des catholiques ont été visés en tant que tels. C’est-à-dire comme infidèles. Certes, en France, la haine des chrétiens est sans doute moins largement partagée – ou passe moins souvent à l’acte – que celle des juifs. Reste que les chrétiens, otages de la guerre des civilisations en Orient, sont partie prenante de celle qui sévit à bas bruit dans nos contrées. Et la propension de l’Église à tendre l’autre joue en exaspère plus d’un.

Catholiques, la tentation minoritaire

Beaucoup de cathos en ont gros sur la patate et commencent à trouver qu’on s’indigne toujours pour les mêmes. C’est humain, sinon glorieux. Menacés de n’être plus qu’une minorité comme les autres, ils aimeraient bien en retirer le bénéfice symbolique du chouchoutage victimaire. Au lieu de quoi ils cumulent le poids du statut majoritaire, qui leur demande d’avoir le cuir épais face à la caricature, et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. D’où la tentation d’entrer dans la course au pompon victimaire. Alors que l’Église est sur la ligne « pas de vagues », des voix s’élèvent, y compris à l’Assemblée nationale, pour demander la création d’un délit de « cathophobie ». Me too ! Outre qu’il risque de surpeupler « la cage aux phobes »[tooltips content= »Philippe Muray, Exorcismes spirituels, III, Les Belles Lettres, 2002, p. 349. »]1[/tooltips] déjà bien pleine, ce mimétisme victimaire entérine le déclassement du catholicisme, de substrat culturel majoritaire en religion minoritaire. Les cathos auraient tort de troquer les vestiges de leur droit d’aînesse contre des nounours, des bougies et des grands discours.

Exorcismes spirituels, tome 3

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Les Rien-pensants

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God save the queer?

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Christopher Furlong/Getty Images/AFP

En Angleterre, une école a essayé d’expliquer aux enfants que l’homosexualité n’était pas un souci. Et, avec des parents musulmans, elle a eu des problèmes…


Anciennement joyau industriel de l’Angleterre, Birmingham est devenue en quelques années un symbole du multiculturalisme. Qu’on le veuille ou non, ses 21 % d’habitants musulmans n’ont pas épousé les valeurs du progressisme à la sauce stilton. La preuve par l’école primaire Parkfield, qui a décidé d’inclure dans son programme l’enseignement LGBT, c’est-à-dire d’expliquer aux enfants que l’homosexualité n’est pas un problème.

Allah lave plus vert que vert

Pour protester, des parents d’élèves musulmans ont retiré leur progéniture de l’établissement pendant 24 heures. Quatre cents parents de confession musulmane ont même fait circuler une pétition appelant à l’arrêt total de ce projet.

Ce n’est pas une première. L’enseignant à l’origine de ce projet, d’ailleurs homosexuel, avait déjà dû démissionner d’une autre école de Birmingham après avoir reçu des menaces pour avoir lancé une plate-forme semblable.

A lire aussi: « Il y a dix ans, ce n’était pas possible d’être homosexuel et musulman »

Cette année, c’est une mère d’élève qui a mis le feu aux poudres : Fatima Shah a retiré sa fille de dix ans de l’école au motif que les enfants étaient trop jeunes pour qu’on leur parle d’homosexualité. Gênée aux entournures, la députée travailliste locale Shabana Mahmood jongle tant bien que mal entre la défense des homosexuels et le respect des croyances religieuses si chères à Jeremy Corbyn. Tout le monde n’a pas cette souplesse : d’après The Guardian, l’école de Parkfield a suspendu les cours LGBT courant mars.

La gauche mexicaine à la conquête de l’Occident diabolique

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Andrés Manuel Lopez Obrador, président du Mexique, mars 2019. ©José Méndez/EFE/SIPA / 00898596_000001

La demande d’excuses pour les « abus » commis par l’Espagne lors de la conquête du Mexique faite par le président mexicain à l’Espagne a fait des petits. Des députés veulent désormais supprimer toute trace de Christophe Colomb ou Hernan Cortes dans l’espace public. La gauche repentante n’a ni frontières ni limites.


Le nouveau président du Mexique s’inspire-t-il de Justin Trudeau ? On pourrait presque le croire. Andrés Manuel López Obrador est loin d’être aussi fleur bleue que le petit prince boréal, mais certaines de ses actions font penser aux siennes. Le 26 mars dernier, López Obrador a demandé à l’Espagne de s’excuser pour les « abus » qu’elle a commis lors de la conquête du Mexique. Il faudrait juger les conquistadors cinq siècles après la chute de Mexico-Tenochtitlan. Il faudrait juger leur entreprise à l’aune de critères moraux actuels. Encore une fois, il faudrait faire le procès de l’Occident diabolique.

La gauche mexicaine dans le confessionnal de l’histoire

« J’ai envoyé une lettre au roi d’Espagne et une autre au pape François pour que le récit des abus soit fait et que des excuses soit présentées aux peuples indigènes pour les violations de ce qu’on nomme aujourd’hui leurs droits humains », a déclaré le président de gauche dans un communiqué. En quelques minutes, cette déclaration a enflammé la toile latino-américaine. Le gouvernement espagnol n’a pas tardé à répondre que cela n’arriverait pas. Hors de question pour Madrid de s’excuser pour une histoire dont elle n’est plus maîtresse. Dans une vidéo filmée sur le site archéologique maya de Comalcalco, le président mexicain s’adresse aussi à l’ancienne métropole. De pure descendance espagnole, ou presque, le président se retourne contre ses propres ancêtres.

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Malgré l’importance de son combat contre la violence et le crime, López Obrador a décidé de jouer la carte de la repentance. Lui aussi semble avoir envie de surfer sur la vague de l’autoflagellation. Lui aussi semble avoir le goût de faire dans le néo-révisionnisme historique. Comme le maire démocrate de New-York, Bill de Blasio, qui s’en est déjà pris à une célèbre statue de Christophe Colomb, le président mexicain veut déboulonner la conquête. Deux députés écologistes ont d’ailleurs proposé, le 2 avril, de supprimer « tous les monuments faisant référence à Christophe Colomb ou Hernán Cortés » : rues, avenues, statues. En cause : leur participation à une entreprise « cruelle et destructrice ». Encore peu habituée à ce genre d’exercice, la gauche mexicaine est entrée dans le confessionnal de l’histoire. López Obrador et ses suiveurs flattent l’ego des gauches morales occidentales, qui ont troqué l’égalité pour la culpabilité.

La cause amérindienne mérite mieux

Ceci ne veut toutefois pas dire que la cause amérindienne soit illégitime dans ce pays. Contrairement au Canada et aux États-Unis où il ne reste presque rien de la culture autochtone, le Mexique demeure un pays au double héritage, dont la part amérindienne est bien visible. Quand les Espagnols ont mis le pied à Mexico en 1519, cette ville était déjà aussi peuplée que Paris. Le Mexique est une nation bicéphale, qui est née du mélange de deux anciens peuples ennemis. La question autochtone se vit au jour le jour : elle n’est pas seulement le fruit d’élucubrations universitaires. Pour comprendre le Mexique, il faut remonter à sa dualité fondatrice, à son drame initial. La conquête a laissé des traces profondes dans l’imaginaire mexicain, ce que saisit très bien López Obrador.

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Le Mexique est encore densément peuplé d’Autochtones, dont les conditions de vie restent moins bonnes que celles des citoyens d’origine espagnole. On comprend mieux pourquoi la demande a été décrite comme populiste dans la presse mexicaine : demander des excuses au nom des peuples autochtones, c’est défendre une grande partie de la population défavorisée. Rares sont les Mexicains qui ne sont pas au moins le fruit de mélanges, et ceux qui ne le sont pas se trouvent souvent aux deux extrémités de l’échelle. Les Autochtones du Mexique méritent une meilleure vie, mais à quoi bon réécrire l’histoire quand on peut les y insérer à nouveau ? L’avenir ne s’écrit pas au passé. Dans l’univers de l’émancipation, les cérémonies pénitentielles ne font pas le poids à côté d’un meilleur accès à l’éducation. Heureusement, López Obrador travaille aussi sur ce dernier dossier.

Des excuses pour les sacrifices humains !

Malgré les bonnes intentions, le Mexique est tellement métissé qu’on se demande à quoi sert la démarche du président, sinon à créer davantage de tensions entre deux communautés perméables. Comment séparer le Mexique de l’Espagne, l’Amérique de l’Occident, la pyramide et la croix ? Le Mexique n’est pas moins espagnol qu’amérindien : il ne peut pas revenir en arrière pour effacer la moitié de lui-même. Aussi violente qu’elle ait été, la conquête du Mexique est indélébile : elle a été écrite à l’encre rouge sang.

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Non seulement la demande est aussi revancharde que contreproductive, mais elle réhabilite le mythe du bon sauvage, qui infantilise les Amérindiens au nom d’une identité fantasmée. Dans son Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa écrit que « ceux qui s’indignent, à juste titre, des crimes et de la cruauté des conquistadors espagnols à l’encontre des Incas […] n’ont pas versé la moindre larme sur les milliers, les centaines de milliers, voire les millions d’Indiennes et d’Indiens sacrifiés à leurs dieux, dans leurs barbares cérémonies, par les Incas, Mayas, Aztèques, Chibchas ou Toltèques ». Le néo-révisionnisme s’accommode très bien du deux poids deux mesures.

La face cachée du multiculturalisme

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Causeur: Explosion des actes antichrétiens

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Un dossier sur l’explosion des actes antichrétiens (et sur le silence qui l’accompagne), un entretien sur la paternité entre Marc-Olivier Fogiel et Elisabeth Lévy, une interview de Jérôme Fourquet ou un reportage sur Bordeaux: servez-vous, Causeur vous attend!


Ce n’est (hélas) pas un poisson d’avril. Objets d’une infinie sollicitude lorsqu’ils subissent le joug de prêtres pédophiles, les catholiques suscitent une indifférence polie quand leurs églises et cimetières sont profanés. Dans une France jadis fille aînée de l’Eglise, la catholicité cumule le poids du statut majoritaire et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. Comme le résume Elisabeth Lévy, « les chrétiens, otages de la guerre des civilisations en Orient, sont partie prenante de celle qui sévit à bas bruit dans nos contrées ». Certes, nombre de profanations « sont l’oeuvre de déséquilibrés, de marginaux ou de gamins en mal de transgression sans risque » mais l’indifférence quasi-générale que suscite le phénomène laisse coi.

« Certains n’ont pas envie de prêter attention aux attaques dont l’Eglise est victime »

La fille aînée de l’Eglise aurait-elle oublié ses racines ? Pour le politologue Jérôme Fourquet, de l’Ifop, « l’Église a si longtemps occupé une place très importante dans la société française que certains n’ont pas envie de prêter attention aux attaques dont elle est victime ». La grande enquête d’Erwan Seznec donne la parole à ces catholiques qui remettent en doute le bien-fondé de la ligne officielle, qui consiste à jouer l’apaisement pour éviter la surenchère victimaire.


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Témoignage de première main, l’article du maire de Lavaur (Tarn) Bernard Carayon est une chronique de la barbarie ordinaire : le 5 février, deux lycéens ont mis le feu et saccagé la cathédrale Saint-Alain. L’édile s’indigne du silence médiatique et de la mansuétude de l’Eglise face à ces attaques de plus en plus fréquentes. Pour Olivier Rey, les jeunes incultes qui profanent des églises sont le produit du vide spirituel de la société marchande. Sans même en avoir conscience, ces brebis égarées reprochent peut-être souterrainement à l’Eglise de ne plus tenir son rôle d’institution.

Fogiel, habemus Papa

Dans l’autre dossier de ce numéro, Elisabeth Lévy s’interroge : « Papa, où t’es ? » Alors que la loi Taubira a ouvert le mariage et l’adoption aux couples homosexuels et que la PMA et de GPA à l’étranger gagnent chaque année du terrain, cette révolution anthropologique a permis aux familles homoparentales de redéfinir les notions de père et de mère. Maintenant que les structures élémentaires de la parenté sont chamboulées, le statut de l’antique pater familias n’a plus rien d’évident. La preuve : Marc-Olivier Fogiel et son mari ont adopté deux petites filles conçues aux Etats-Unis par GPA. Dans un entretien-fleuve avec la patronne, il défend son modèle familial et son droit à devenir père. A contrario, pour le psychanalyste Jean-Pierre Winter, les nouveaux schémas familiaux ne peuvent faire l’économie de la fonction paternelle. À l’ère de la PMA et de la GPA à l’étranger, l’inscription généalogique reste indispensable à la construction de l’enfant et la présence de deux hommes ne fait pas un père.

Reportage à Bordeaux, jungle d’Amazon et « islam de France »

Passons aux actualités. J’ai eu la chance de sillonner Bordeaux pour un reportage dans la ville qu’Alain Juppé a réveillée et embellie en vingt-quatre ans à l’hôtel de ville. Mais la réussite de cette grande métropole n’entraîne pas le reste du département. Et crée son lot de frustrations, qui ont nourri le mouvement des gilets jaunes, particulièrement remontés dans la région.

Comme le démontre Jeremy Stubbs, Amazon a la puissance d’un Etat sans en assumer les responsabilités. Avec son « Marketplace », le numéro un de la vente en ligne est devenu, pour des milliers de petites entreprises, un intermédiaire incontournable, qui peut imposer des conditions drastiques et des règles opaques à des partenaires vassalisés.

Se penchant au chevet du président Macron, Paulina Dalmayer explique pourquoi le projet présidentiel de construire un « islam de France » inquiète de nombreux militants laïques. Dans leurs essais respectifs, Philippe Raynaud et Laurent Bouvet décryptent le libéralisme multiculturaliste d’une partie de la gauche rejointe par Emmanuel Macron. Une dérive étrangère à notre tradition républicaine.

Du « Rouge » au rosé, en passant par Boulgakov

Au rayon culture, Jérôme Leroy s’extasie devant la nouvelle traduction du chef d’oeuvre de Boulgakov Le maître et Marguerite. L’occasion de redécouvrir ce texte total où le fantastique et le picaresque interrogent le mal et le totalitarisme à l’ombre du Kremlin. D’un soviet l’autre, Pierre Lamalattie nous fait visiter l’exposition « Rouge » que le Grand Palais» consacre à l’art soviétique de 1917 à 1953. Si l’événement offre un passionnant aperçu du foisonnement artistique de l’époque, son esprit manichéen réduit l’art figuratif à un simple avatar du stalinisme. Enfin, Emmanuel Tresmontant vante les mérites d’un rosé de Champagne. Né au XVIIe siècle, le Rosé des Riceys est un vin de Champagne bon marché quoiqu’extrêmement difficile à élaborer. Ce rosé prisé de Louis XIV a traversé le temps en échappant aux calibrages du marché et de l’œnologie dominante. Causeur et un verre, garçon !


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Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?: récit

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La nouvelle question laïque: Choisir la République

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Le voile est de retour à l’école

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© Pascal Fayolle/SIPA

Malgré la loi de 2004 sur les signes religieux, le voile est de nouveau accepté à l’école publique. La création des « espaces-parents » par Najat Vallaud-Belkacem et la possibilité pour les intervenants extérieurs de manifester leur appartenance religieuse lui permettent de s’exposer à la vue des individus les plus influençables, les enfants. 


Revenue à la une, à l’occasion d’une action commerciale, l’insubmersible question du voile n’en finit pas d’occuper le champ médiatique. Et si, pour une fois, nous l’envisagions avec des yeux d’enfants, ceux de ces petits garçons élevés dans cette conception de la femme pudique et ceux de ces fillettes qui ne naissent pas femmes voilées mais le deviennent, avec la conviction parfois intense que « c’est leur choix ».

Une école sous influence

Parce que la question du voile jouxte celle de la sexualité et de l’égalité homme/femme, la lecture du rapport parlementaire rédigé par Chantal Jouanno en 2012 se révèle particulièrement éclairante sur la façon dont se construisent, dès l’enfance,  nos normes et références en la matière. Intitulé « Contre l’hypersexualisation, un nouveau combat pour l’égalité », ce riche document, appuyé sur la recherche anthropologique, explique : « La sexualité des individus, bien qu’elle puise ses sources dans des pulsions inconscientes, est régie par des codes culturels et sociaux qui s’imposent aux individus et qui édictent le cadre dans lequel elle peut s’exprimer ‘socialement’. […] On peut noter que ces formes d’expression imposées aux femmes et aux hommes sont étroitement liées aux places et rôles assignés à ces derniers au sein de la société. La sexualité est donc une construction sociale. […] On peut définir la socialisation comme l’intériorisation des normes et des références qui permettent de devenir membre d’un groupe social, de se percevoir comme tel, et d’agir de façon appropriée dans ce groupe. […] L’intériorisation signifie que ce n’est que très rarement un apprentissage conscient. En général au contraire on apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent. »

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Ces autres, ce sont la famille, les pairs, l’école et les médias. Le rôle des deux premiers facteurs n’est plus à démontrer. La conquête des médias saute aux yeux, puisque, hors de ceux à vocation communautaire, les mannequins voilés se glissent de plus en plus dans les vitrines et campagnes publicitaires. Reste l’école… Elle a montré son impuissance à endiguer le phénomène, mais a-t-elle vraiment tout tenté ? Est-elle ce sanctuaire où l’on peut espérer qu’une autre image de la femme se construise ? L’école émancipatrice ne serait-elle qu’un mythe ?

Les « espaces-parents » de Najat Vallaud-Belkacem

Le voile pénètre l’école laïque de deux façons : par l’ingérence conviviale des parents d’élèves et, c’est moins connu, par les intervenantes extérieures.

Le sujet des accompagnatrices de sortie est connu de tous. Ce qui l’est moins, c’est que Najat Vallaud-Belkacem a jugé indispensable d’ajouter, à cette présence ponctuelle,  une présence plus continue « des signes et tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » en milieu scolaire, en inscrivant dans le code de l’éducation l’obligation d’aménager des « espaces-parents », conviviaux, à l’intérieur des écoles. Le goût pour la relation client efficace de la nouvelle mandature explique le maintien de cette politique.

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Le site ministériel Eduscol nous explique que « la relation de confiance et le dialogue entre les parents et l’école constituent un enjeu déterminant pour la réussite de tous les enfants ». « Propices aux échanges entre les personnels et les parents, ces espaces encouragent les relations entre parents eux-mêmes dans leur diversité. » Si la motivation est noble, on peut malgré tout s’interroger sur la relation que pourrait y nouer des mamans qui s’y retrouveraient, tête nue et en minorité, face à leurs pairs, toutes voilées, voire en abaya. De même, offrir un lieu de propagande par le fait, infiniment plus symbolique que le parvis de l’école, aux plus prosélytes d’entre elles, en nombre possiblement supérieur à l’équipe enseignante, interroge sur les figures d’identification que l’on souhaite donner aux petites filles scolarisées dans la même enceinte.

Intervenants extérieurs à la laïcité

Mais le plus étonnant demeure la fiche 22 du Vademecum de la laïcité, dans laquelle les sages du Conseil du même nom ont rappelé que les intervenants extérieurs « ont le droit, au même titre que les parents d’élèves, de manifester ostensiblement leurs convictions philosophiques ou religieuses ». Par ces quelques lignes, est désormais connue de tous la possibilité, pour une intervenante portant des signes religieux ostensibles, de tenir un rôle pédagogique, devenant ainsi un modèle, tant par le fond de son action, que par la forme de sa tenue, au même titre que peut l’être un enseignant.

Etonnamment, le silence règne parmi les défenseurs de la laïcité et de l’émancipation des femmes, sur cette possibilité offerte, à cet emblématique signe religieux, de s’afficher en milieu scolaire. Pourtant, des cas concrets se présentent, par exemple lorsque l’Education nationale encourage les interventions de Latifa Ibn Ziaten, par ailleurs gratifiée par le Printemps républicain d’un prix de citoyenneté. Ne peut-on s’interroger sur les conséquences de cette démarche qui contribue à renforcer la légitimité, par l’institution, d’une femme voilée donnée en modèle à des élèves ? Souvenons-nous d’un autre cas de port du voile qui a créé une polémique récemment : celui de Maryam Pougetoux,  la présidente de la section locale de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) à Paris IV. Le débat fut vif concernant cette syndicaliste dont l’action ne ciblait que de jeunes adultes. Mais alors, ne doit-on pas réfléchir avec encore plus d’intensité, à l’impact du signifiant et du signifié du même accessoire, sur un public adolescent, voire enfantin ? Car, soyons honnêtes, qui peut prétendre, par son regard, distinguer le sens du foulard de l’une de celui de l’autre ? Surtout avec des yeux d’enfants…

« On apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent »

Face à ce constat, l’espoir réside dans l’avènement d’un courage politique, éclairé par les mots de Jean Zay. Dans sa circulaire  du 31 décembre 1936, il définissait  « les enfants ou les jeunes gens » en ces termes : « Encore peu conscients des risques encourus et dont l’inexpérience et la faculté d’enthousiasme sont exploités ». S’il évoquait alors la propagande politique, le risque demeure pour le prosélytisme religieux à l’œuvre aujourd’hui. Découlant de ce prisme d’analyse, la loi de 2004, fut un premier rempart face au pouvoir d’intégration par pression des pairs de la pratique du voilement. Mais alors, pourquoi, aujourd’hui, renforcer la puissance de l’exemplarité des mères et des intervenantes en tenue « pudique », en les laissant affirmer leur présence dans l’enceinte scolaire ?

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Il sera trop tard lorsque des associations, plus ou moins bien intentionnées, auront exploité la faille de la fiche 22 du Vademecum, pour faire de leurs intervenantes, dont l’aura et le statut se rapproche de celui d’une enseignante, les chevaux de Troie de la vision rétrograde du rôle de la femme, au nom de ce partenariat entre acteurs de terrain que valorise le ministère de l’Education nationale.

« On apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent », disait le rapport Jouanno. La présence de femmes voilées, sur le temps scolaire, dans un rôle pouvant aller jusqu’à la conduite d’activités éducatives, contribue donc tout autant que le voilement des fillettes, à conditionner les enfants à une vision hiérarchisée des sexes. Pour que l’école ne concoure pas à faire de ce particularisme une norme, emmenant dans son sillage une conception rétrograde du rôle de la femme, il est urgent d’oser sanctuariser l’école face à la pénétration de tout signe religieux.

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Souverainistes: un rideau de frères peut s’abattre sur l’Europe

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Frauke Petry (AfD), Marine Le Pen (RN), Matteo Salvini (Lega), Geert Wilders (PVV), janvier 2017. ©Michael Probst/AP/SIPA / AP22003202_000015

Sans être encore en mesure de la révolutionner, l’alliance des partis souverainistes européens pourrait peser sur la politique menée par le Parlement européen qui sera renouvelé du 23 au 26 mai 2019.


À l’heure du réveil identitaire des peuples européens, les partis souverainistes parviendront-ils à changer de l’intérieur la politique de l’Union européenne (UE) ? L’optimisme semble plus que jamais de rigueur. Entraînée par l’effervescence actuelle, Marine Le Pen affirme que les prochaines élections européennes seront historiques. Rêvant de voir émerger une majorité souverainiste au Parlement européen, la présidente du Rassemblement national imagine déjà réaliser « le sauvetage de l’Europe ». Mais cet enthousiasme correspond-il à la réalité politique ? L’heure de la recomposition du Parlement européen est-elle vraiment arrivée ? C’est peut-être un peu exagéré. Mais les élus souverainistes auront entre leurs mains bon nombre d’instruments juridiques pour bousculer l’actuelle politique de l’UE.

Le souverainisme, une valeur en hausse

Alors que les deux principaux groupes pourraient perdre un nombre considérable de sièges (le Parti populaire européen chutant, selon des estimations, de 217 à environ 174 et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates de 186 à 141), le groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL), dans lequel figurent les élus du RN et de la Lega, pourrait gagner 30 sièges (passant de 37 à 67). Le deuxième groupe parlementaire eurosceptique, l’Alliance des conservateurs et réformistes européens (ECR), comprenant notamment les Polonais du PiS, les Tchèques du Parti démocrate civique et les Anglais du Parti conservateur, pourrait obtenir jusqu’à 58 sièges. Actuellement composé de 75 eurodéputés, l’ECR ferait les frais du départ des conservateurs britanniques. Enfin, l’Europe pour la liberté et la démocratie directe (ELDD), regroupant le M5S, l’UKIP et les élus français Les Patriotes et Debout La France, pourrait rassembler 47 membres contre 41 aujourd’hui. Un de ces groupes eurosceptiques peut également envisager un ralliement du Fidesz, suspendu du PPE depuis le 20 mars. Les souverainistes dénombreraient alors près de 180 représentants, soit 26 % des membres du Parlement.

Debout les damnés de l’Europe

La réunion des souverainistes en un seul groupe parlementaire est-elle envisageable ? C’est le projet porté par Matteo Salvini, prêt à saisir l’opportunité de créer, à l’issue des élections européennes, un groupe « réformiste » déterminé à transformer les institutions européennes. Les pro-européens tentent de se rassurer en rappelant que les souverainistes des différents pays ne sont jamais parvenus à former une coalition. Ils se réjouissent ainsi que la russophilie des dirigeants souverainistes les éloigne des Polonais. Alors que Matteo Salvini envisageait une récupération du PiS au sein de l’ENL, la défiance de la Pologne à l’égard de la Russie aurait entraîné un statu quo. La réalité rattrape cependant les commentateurs europhiles. Ces derniers mois, alors que la Pologne, puis la Hongrie, subissaient les attaques des institutions européennes, la question russe ne fit jamais obstacle à un soutien mutuel. La récente rencontre entre les dirigeants italiens et polonais s’est révélée si fructueuse que Matteo Salvini déclarait en janvier : « La Pologne et l’Italie seront absolument les protagonistes de ce nouveau printemps européen, de cette renaissance des vraies valeurs européennes ».

De même, les divergences annoncées comme insurmontables entre les catholiques polonais et des nationalistes laïques (RN, PVV, Parti des Vrais Finlandais) pourraient se révéler secondaires, les intéressés partageant avant tout la même volonté de résister au libéralisme culturel et à l’islamisation de la société. Leur intérêt commun face aux périls de l’immigration de masse et de la déculturation des nations pourrait unir les souverainistes à travers toute l’Europe. Ainsi, à l’initiative de Matteo Salvini, les différents partis eurosceptiques pourraient tenir un congrès à Rome au cours du mois d’avril. Néanmoins, les groupes parlementaires resteront a priori inchangés pour la législature à venir. Cette répartition ne saurait pourtant entraîner des votes divergents dans les rangs souverainistes, les eurodéputés étant détachés de la logique partisane qui préside souvent dans les parlements nationaux.

L’alliance avec la droite ? Chimère patrie

Pour les plus optimistes, ces potentiels 26 % de députés identitaires pourraient espérer le ralliement ponctuel des potentiels 25 % d’élus du PPE. Portées par la minorité souverainiste, l’ensemble des droites serait en mesure d’inscrire dans les débats les questions identitaires et sécuritaires. Mais encore faudrait-il que le PPE ne suive pas une ligne centriste, qui l’amena à voter majoritairement en faveur des quotas de migrants. De même sur l’économie, cette droite-centriste continuera certainement de voter tous les traités de libre-échange. Pour sortir de l’impasse, il faudrait que cette partie de la droite préfère la vision européenne de Viktor Orbán à celle d’Emmanuel Macron. Tandis que François-Xavier Bellamy a d’ores et déjà affirmé le contraire, le vote des sanctions contre la Pologne et la Hongrie par un grand nombre de députés du PPE, puis l’exclusion temporaire du Fidesz, à la quasi-unanimité, démontrent que l’ensemble du groupe soutient les politiques actuelles. A fortiori, le désir de supprimer les subventions pour les partis opposés à l’UE récemment affirmé par le chef du PPE, Manfred Weber, donne une bonne idée du positionnement des prochains élus de la droite libérale.

Le Parlement européen ne sert plus tout à fait à rien

L’élection de représentants souverainistes a-t-elle un sens dans un contexte politique aussi défavorable ? Ils pourront en tout cas profiter de solides instruments juridiques pour faire entendre leurs voix. Alléguant avec justesse que le Parlement européen n’est plus l’assemblée démunie qu’il était avant l’adoption du traité de Lisbonne, Jean Messiha (RN) déclare : « Si les députés souverainistes représentent 30 à 40 %, voire la majorité, ça serait un coup de secousse quand bien même le Parlement européen ne dispose pas des prérogatives indispensables pour réformer l’Europe de fond en comble. » En effet, le Parlement n’est plus un simple organe consultatif subordonné à la Commission européenne. Sa participation à la fonction législative est étendue grâce à la reconnaissance, depuis 1999, de la co-décision comme procédure législative ordinaire, qui lui permet d’être associé à 75 % de la production législative européenne. Les eurodéputés bénéficient également de la faculté de discuter le budget projeté par la Commission et d’adresser des recommandations. Ils détiennent en conséquence le droit d’amender aussi bien les projets de loi que le budget.

Enfin, les prochains élus auront les moyens d’exercer un contrôle étroit sur la Commission européenne, en vertu de leur droit de poser des questions, de procéder à des auditions, d’établir des commissions d’enquêtes, d’accéder aux documents des autres institutions, etc. Suivant l’exemple de Nigel Farage, François Asselineau (UPR) estime que les députés pourraient ainsi demander des redditions de comptes et dénoncer tous gaspillages, compromissions ou mesures anti-démocratiques. À défaut d’avoir une majorité parlementaire, les souverainistes pourraient constituer, selon les mots de Marine Le Pen, « une minorité de blocage », mettant fin à l’habituelle complaisance du Parlement envers la Commission et le Conseil. Cependant, il faudra probablement attendre une prochaine législature pour qu’un printemps des peuples survienne réellement.

Naufrage du Grande America: quand l’antispécisme envahit les médias

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©Capture d'écran Youtube/BFM TV

Le 12 mars dernier, le cargo italien Grande America prend feu et sombre au large de nos côtes. 27 personnes se trouvaient à bord. Aucun décès n’est à déplorer: le passager et les 26 membres d’équipages ont pu fuir à bord d’un canot de sauvetage avant d’être recueillis par un bateau anglais.

Pourtant, en allumant la radio ou la télévision quelques jours plus tard, on pouvait avoir un doute. « Le naufrage du Grande America a déjà fait deux victimes », a-t-on entendu sur France Info.

Des « victimes » comme les autres 

Et tout de suite, j’ai pensé que j’avais mal compris les informations précédentes, que des occupants du navire n’avaient pu être sauvés malgré les recherche. Cela a duré une seconde. Ensuite j’ai compris que les victimes en question avaient des plumes et un long bec. Honte à moi, j’ai ressenti comme une forme de soulagement.

Et BFMTV ne dit pas autre chose, mais avec les images, pas de risque de confusion :

C’est un fait incontestable : ces oiseaux sont bien morts à cause des nappes d’hydrocarbures qui se sont constituées à la suite du naufrage. Mais ils ne sont pas les « victimes du naufrage »; ou bien ils en sont seulement les « victimes collatérales ».

Entre outre, l’expression « faire des victimes » ne s’applique, en principe, qu’à des êtres humains. Traditionnellement, on dit qu’une marée noire « cause des dégâts » ou qu’elle…

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