Ceux qui, en France, se félicitaient du choix de Décathlon de commercialiser un « hijab de running » n’ont pas bronché en apprenant la très lourde condamnation de l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh, défenseur des femmes qui ont refusé de porter le voile. 


Tandis qu’en France les zélateurs islamo-gauchistes du voile islamique s’en donnent à cœur joie sitôt que l’occasion leur en est donnée, le tribunal révolutionnaire de Téhéran a célébré à sa manière la Journée internationale des Droits des Femmes en condamnant l’avocate de renommée mondiale Nasrin Sotoudeh à 38 ans de prison et 148 coups de fouet.

A fond la liberté des femmes ?

Cette femme, ardente militante des droits humains, lauréate du prix Sakharov en 2012, est devenue l’une des figures de proue du mouvement qui agite depuis 5 ans l’Iran de révolte des femmes contre le port du voile islamique obligatoire. Elles sortent dans la rue, s’affichent sans voile, se photographient, postent les clichés sur les réseaux sociaux et risquent leur liberté, et parfois leur vie pour cela. Elles sont les combattantes modernes de la liberté face à l’oppression pour le monde entier. Amnesty International s’est immédiatement indigné contre cette condamnation « scandaleuse ».

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En France, curieusement, on n’entend pas trop les réactions de ceux qui ont pris pour parti de relativiser la grave question de liberté et d’égalité hommes-femmes posée par ce vêtement qui, contrairement à ce qu’ils affirment d’année en année, n’est pas un bout de tissu comme un autre, n’est pas une mode comme une autre, et n’a que peu de rapport avec la liberté puisque, partout où l’islamisme triomphe, son port devient obligatoire et son non-port devient un motif de grave oppression, voire de châtiment parfois mortel.

On n’a pas entendu les responsables de Décathlon qui, il y a quelques jours encore, considéraient que commercialiser le « hijab de running » n’était qu’une libérale adaptation aux besoins du marché et, surtout, un outil de liberté pour les femmes qui souhaitaient s’en revêtir. Il conviendrait d’ailleurs de demander aux jeunes femmes iraniennes actuelles ce qu’elles pensent de leurs aînées « révolutionnaires » et adoratrices de l’Ayatollah Khomeiny à cause desquelles elles sont désormais obligées de se battre et d’aller en prison subir les pires tortures pour reconquérir la liberté dont précisément leurs aînées fanatiques les ont privées. Il est d’ailleurs à ce titre possible d’imaginer que les filles de celles qui se font les figures de proue de l’islam politique aujourd’hui en Occident subiront la même désapprobation dans une ou deux générations de la part de leurs filles qui se révolteront contre elles.

C’est le père Belattar qui a perdu son chat…

On n’a pas entendu non plus Monsieur Belattar, l’ami du président et son célèbre conseiller banlieue (pour une raison mystérieuse qui continue d’échapper), lui qui participait au gala du CCIF en 2015 (ce qui d’ailleurs est son droit le plus absolu), organisation réputée proche des Frères musulmans. Monsieur Belattar qui, au lendemain de l’affaire du « hijab de running » de Décathlon, invitait théâtralement à organiser un grand rassemblement place de la République à Paris qu’il proposait sans honte de rebaptiser pour cette occasion « place de la Dignité » (dignité du hijab, donc), dans un curieux élan de paranoïa aigüe : « Dignité. C’est tout ce qu’il nous reste [c’est qui, « nous » ?]. Vous [c’est qui « vous » ?] pouvez prendre nos appartements, nos maisons, nos voitures, nos chiens, nos chats, mais notre dignité, c’est non… »

Alors, on ignore tout à fait qui souhaite s’emparer du chat de Monsieur Belattar sur l’air de la Mère Michel, mais en revanche, on constate que l’indignation et l’appel à la dignité et à la défense des femmes musulmanes qui refusent le port du voile islamique et qui, pour cela sont condamnées à 38 ans de prison et 148 coups de fouet, ne semblent bizarrement pas engendrer le même élan mobilisateur. Etrange. Il est pourtant bien question de Dignité, là, pour un coup.

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On n’entend pas, non plus, Monsieur Taché, le consternant élu LREM du Val d’Oise aux comparaisons plus que douteuses, qui refuse de condamner le voilement islamique des fillettes. On aurait pourtant bien envie de savoir s’il connaît beaucoup de femmes catholiques de par le monde qui sont condamnées à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir refusé de porter un serre-tête dont on ignorait, par ailleurs, qu’il constituât un signe de soumission religieuse non plus qu’un signe de soumission de la femme à l’homme. Marlène Schiappa elle-même avait été très claire en rappelant les évidences : « Aucune femme dans le monde ne sera lapidée parce qu’elle ne porte pas un serre-tête ». L’avis éclairé de Monsieur Taché, hélas, manque sur cette question.

On ne blasphème pas contre les défenseurs du voile

On n’entend pas non plus l’indignation des lyncheurs qui, depuis quelques jours, intimident l’élu (Ville de Paris, ex LR)-chroniqueur de l’émission « Les Terriens du Dimanche » de Thierry Ardisson, Pierre Liscia, victime de menaces de mort. Son crime ? Avoir clairement manifesté sa désapprobation face à Rachid Nekkaz, l’homme d’affaires franco-algérien notamment connu pour payer les amendes de femmes condamnées pour port du voile intégral. Le débat est resté courtois, des deux côtés d’ailleurs, mais l’opposition exprimée très clairement par Pierre Liscia : « Vous cautionnez toutes les dérives de l’islamisme radical en France, vous les incitez. Vous êtes un proche ami de Tariq Ramadan, vous avez d’ailleurs manifesté pour sa libération. Vous vous targuez d’être proche des milieux islamistes et de pouvoir leur parler. Moi je ne vous serre pas la main. Je pense que si vous êtes l’alternative à Bouteflika en Algérie, je suis très inquiet pour eux. »

Normalement, dans un pays démocratique où la liberté d’expression a encore un sens, Pierre Liscia devrait avoir le droit d’exprimer cette opinion (du reste pleine de bon sens), tout comme d’ailleurs Rachid Nekkaz a le droit d’avoir toutes les sympathies islamistes qu’il souhaite tant qu’il s’en tient au respect de la loi française. Pourtant, les lyncheurs semblent avoir quelque mal avec ce concept de liberté d’expression, eux d’habitude si prompts à invoquer la société inclusive et le respect des différences : s’ils commençaient par le respect des gens qui ne pensent pas comme eux, les mots auraient peut-être de nouveau un sens dans cette véritable guerre culturelle d’intimidation.

De la dignité des femmes iraniennes

On ne les entend pas non plus, les procureurs des Internet, habituellement si prompts à prendre position sur les questions liées à l’islam, les zélateurs islamo-gauchistes qui ont pris, comme en chaque époque où un choix doit être fait entre la lutte pour le progrès, la liberté, la dignité, et la collaboration avec l’obscurantisme et l’oppression, la défense sans équivoque de ce versant obscur (ce qui, après tout, est leur droit, comme c’est le mien de les juger pour cela). On aimerait pourtant savoir ce qu’ils pensent de cette sentence, eux qui sont si prompts à s’en prendre aux femmes qui osent, en pays (encore un peu) libre, tenir un discours opposé au voile islamique, comme le subit jour après jour une femme comme Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste de Charlie Hebdo et précisément menacée de mort en raison de ses propos sur l’islam et de son opposition au voile islamique. Peut-être pensent-ils que la sentence est encore un peu légère, qui sait… ou si lointaine, mon Dieu, c’est si loin l’Iran et « comment peut-on être Persan » pour ces indignés de salons… ? Ce qui sera pour eux l’occasion d’en ricaner dans quelque Ligue du Lol dont ils ont le secret.

L’indignation, tout comme la dignité, semblent être pour certains à géométrie bien variable.

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