Objets d’une infinie sollicitude lorsqu’ils subissent le joug de prêtres pédophiles, les catholiques suscitent une indifférence polie quand leurs églises et cimetières sont profanés. Dans une France jadis fille aînée de l’Eglise, la catholicité cumule le poids du statut majoritaire et les handicaps d’une minorité que l’on somme d’être silencieuse. 


« Catholiques, votre rapport à l’Église est troublé par les scandales, racontez-nous. » Cet appel à témoignages, paru le 14 mars dans Le Monde a nourri une vaste enquête publiée le 26 mars sous le titre : « Les catholiques atterrés par le scandale de l’Église ». Un film, des milliers d’articles de journaux, d’innombrables débats, commentaires et éditoriaux : pour une institution dont l’influence semble décroître dans l’indifférence générale, l’apostolique et romaine intéresse sacrément les médias. On dissèque « la dérive systémique et universelle » qui a permis tant de crimes1. Sur le plateau de Yann Barthès, on se désole de voir l’Église ruiner « son image et sa réputation en refusant la démission de Barbarin ».

Le catholicisme est d’autant plus digne de sympathie qu’il est faible

Quant aux cathos, que l’on regardait avec moins d’aménité quand c’était par le mariage pour tous qu’ils étaient atterrés, ils sont l’objet d’une infinie sollicitude. Dans l’éditorial qu’il leur consacre, Le Monde observe leurs tourments, « de l’accablement à l’écœurement, en passant par la honte, l’humiliation, la stupeur ». Et narre le cas émotionnant d’un fidèle qui a participé à la Manif pour tous et « ne se remet pas d’avoir découvert qu’un prêtre qui a accompagné son parcours spirituel a fait de la prison pour attouchements sexuels ». Peut-être l’auteur espère-t-il que cette expérience traumatisante hâtera la conversion du malheureux à la vraie religion – celle du Progrès. Au passage, nombre d’observateurs décrètent qu’il faut mettre fin au célibat des prêtres pour que le calvaire d’enfants violés ne se reproduise plus. Curieuse conception qui fait de la pédophilie une sexualité alternative, un pis-aller quand on n’a pas d’adulte sous la main, plutôt qu’une perversion et une maladie.

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Le désarroi de nombreux catholiques est bien réel alors qu’une institution dans laquelle ils avaient placé leur confiance – et leurs enfants – les a trahis. Tant d’inquiétude et de prévenance pour des croyants qu’on regardait hier comme une peuplade arriérée n’en pose pas moins question. La France des beaux esprits et des grandes âmes serait-elle prise de remords pour les tombereaux d’injures déversés sur eux il y a six ans ? Ou peut-être que, par ces temps chamboulés, ils constituent une présence rassurante, un écho faiblissant d’un monde qu’on croyait détester et pour lequel on éprouve, alors qu’il est menacé de marginalisation, une bouffée de nostalgie. Le catholicisme est d’autant plus digne de sympathie qu’il est faible. Or, comme le montre Jérôme Fourquet, dans son excellent Archipel français et dans l’entretien que nous publions, il a largement perdu son privilège culturel parce que « le soubassement anthropologique chrétien de la société a craqué ». Si, d’après Le Monde, 53 % des Français se déclarent catholiques, moins de 5 % d’entre eux se rendent à la messe une fois par mois. Le règne de l’Église sur les esprits est révolu. Tant mieux. Faut-il pour autant effacer toutes les traces qu’il nous a léguées – et jusqu’à son souvenir même ?

75 à 90 % des profanations concernent des édifices et c

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Article extrait du Magazine Causeur

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