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Le Maghreb malade du coronavirus

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Maroc, Algérie et Tunisie réagissent différemment à la crise sanitaire. Si Rabat s’affirme progressivement comme la grande puissance régionale, Alger souffre plus que jamais d’une gouvernance défaillante. Et Tunis reste dans l’incertitude. 


La vidéo a fait le tour de Youtube. On y voit un gendarme marocain au physique de lutteur asséner une énorme gifle à un sujet du Roi n’ayant pas respecté le couvre-feu.

Le Covid-19 a traversé la Méditerranée

Contrairement aux propos surréalistes du gouvernement français en janvier, qui rappelle la gestion du nuage de Tchernobyl, un virus passe les frontières. Même la mer. La peste noire était arrivée par le port de Marseille, le virus du pangolin par les aéroports. Question d’époque. Et les pays du Maghreb n’échappent pas à ce drame mondial. Ils font avec les moyens du bord, faute de moyens techniques et humains suffisants puisque nombre de leurs médecins officient en dehors de leurs frontières. Selon l’Ordre des médecins, près de 20 000 médecins maghrébins travaillent en France, ce qui représente un tiers des praticiens étrangers : 25% sont nés en Algérie, 11% au Maroc et 7% en Tunisie.

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Au royaume chérifien, on a rapidement pris les choses très au sérieux. Et on ne rigole pas avec les ordres. Le territoire marocain est extrêmement mal pourvu en services hospitaliers, particulièrement dans les zones rurales et montagneuses. Les lits de réanimation et les tests manquent. On s’en remet donc à la discipline et à la solidarité nationale. Le confinement obligatoire est jusqu’à présent respecté par sa population qui fait preuve de civisme. Les lieux publics ont été déclarés interdits sous peine de sanctions pénales. Seuls quelques groupes islamistes ont fait entendre une voix dissonante en organisant à Tanger et à Fès des rassemblements pour contester la fermeture des mosquées. Mais ils ont été rapidement mis au pas, Rabat les contrôlant avec une main de fer depuis les attentats de Casablanca (2003).

Maroc : les ministres milliardaires philanthropes

Afin d’éviter une catastrophe économique et une situation sanitaire à l’iranienne, le roi a créé le 15 mars un Fond spécial pour la gestion de la pandémie. Doté de 10 milliards, il doit servir à la « mise au niveau du système de santé afin de contenir la pandémie, mais aussi au soutien à l’économie nationale, à la sauvegarde de l’emploi et à la réduction de l’impact social occasionné par cette situation ». Un grand élan de solidarité s’organise dans un pays où 345 cas ont été diagnostiqués et 25 personnes décédées. Les ministres et parlementaires font don d’un mois de salaire au profit du fond contre le coronavirus. Plusieurs milliardaires ont également mis la main à la poche, comme le ministre de l’agriculture Aziz Akhannouch, première fortune du pays, ou celui de l’Industrie, le richissime Moulay Hafid Elalamy.

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Le Maroc devient bel et bien la puissance montante dans la région. Sa stabilité lui a permis de réagir rapidement tout en s’appuyant sur une solidarité ancestrale pour pallier les problèmes structurels du pays.

Chaos algérien

En Algérie, ce n’est pas le même topo. Longtemps, le pays a eu une médecine performante. Les gouvernements de Ben Bella, de Boumediene et consorts avaient à cœur de développer une médecine efficace sur l’ensemble du territoire. À partir de 1962, des coopérants français, dont certains issus des Réseaux Jeanson, des Bulgares et les éternels cubains, que l’on retrouve aujourd’hui en Italie, ont formé des générations de médecins compétents. Les années 80 ont marqué un tournant. Au fil des ans, les effectifs se sont amenuisés et nombre de médecins ont fui en France le Front Islamiste du Salut. Tout le monde se souvient des multiples hospitalisations de Bouteflika dans l’hexagone. En plus de ces lacunes, Alger souffre évidemment de difficultés politiques, se montrant pour le moment incapable de délivrer des consignes claires.

Le président Tebboune peut cyniquement remercier le virus de lui avoir épargné un énième hirak. La population est pour le moment contrainte de rester de 7 heures à 19 heures à la maison. Les wilayas de Batna, Tizi-Ouzou, Sétif, Tipasa, Constantine, Médéa, El Oued, Boumerdès et Oran se trouvent déjà d’ores déjà en voie de confinement. La nuit peut être folle à Alger mais tout le monde s’attend à un confinement général. Seulement, personne ne sait quand la décision tombera. Le gouvernement a peu de marge de manœuvre. Avec des journalistes d’opposition encore en prison, la transparence n’est pas garantie.

Officiellement, au 28 mars, on déplorait 454 malades et 29 morts.

Flou tunisien

La Tunisie est confinée. Comme au Maroc, un plan d’aide en urgence a été voté. Dans un pays en rémission politique et économique, le virus tombe vraiment mal. Le 21 mars, le Premier ministre Elyes Fakhfakh a débloqué 800 millions d’euros afin de protéger entreprises et chômeurs. 158 millions seront consacrés aux personnes mises au chômage technique et aux 285 000 familles les plus démunies. Mais dans un pays où 40% de l’économie reste informelle, beaucoup de Tunisiens doutent de pouvoir bénéficier de cette aide. Les artisans, essentiels à l’économie du pays, mais déjà exemptés de charges, ne pourront pas y compter. Quant aux anciens étudiants, majoritairement acquis à l’actuel président mais souvent en travail partiel, rien n’indique qu’ils en bénéficient,

C’est le flou artistique à Tunis. Qui paiera l’aide ? On parle d’une demande au Front monétaire International.

Bref, le Maghreb semble parfois naviguer à vue, comme la rive nord de la Méditerranée. Sans parler de la Libye. Jusqu’où ira la crise ? Nul ne le sait mais une chose est sûre : les conséquences peuvent être encore plus graves que prévu. Et certains pourraient encore en profiter.

« Beau-père », un film comme on n’en fera plus


Servi par Patrick Dewaere, Maurice Ronet, Nicole Garcia et la jeune Ariel Besse, Bertrand Blier raconte dans Beau-père (1981) la relation trouble et délicate entre un trentenaire et sa belle-fille adolescente. Dérangeant et déchirant.


En ces temps confinés, la distance sociale et la claustration forcée oppressent les faux misanthropes, les rendant soudain conscients de leur dépendance aux autres. Mais notre condition de Gregor Samsa 2.0 n’a pas que des mauvais côtés : à défaut de s’empiffrer à longueur de journée ou de relire Vie et destin, chacun peut enrichir sa vidéothèque personnelle.

Tombeau pour la mère

Pour les estropiés virtuels qui se sont arrêtés à la fin du XXe siècle, foin de Netflix, Canal vidéo et autres sites de streaming bien trop pointus pour leur petit encéphale, Youtube offre une fonctionnalité toute simple : louer un film en un clic. Je me suis ainsi résolu à (re)voir la filmographie de Patrick Dewaere en commençant par un film qui me faisait de l’œil depuis longtemps : Beau-père (1981).

Devant la caméra de Bertrand Blier, Dewaere s’affranchit de son compère Depardieu le temps d’un drame familial. Venons-en au synopsis, adapté comme Les Valseuses d’un roman de Blier. Après des années de passion éperdue, Rémi (Patrick Dewaere) et Martine (Nicole Garcia) cohabitent tant bien que mal dans un grand appartement – autres temps… – qu’ils partagent avec Marion, 14 ans, née du précédent lit de Martine. A force de tirer le diable par la queue, lui jouant du piano dans le restaurant d’un grand hôtel, elle achevant une carrière ratée de mannequin, leur couple bat de l’aile. Un jour, après une énième dispute sur l’argent, Martine prend l’auto du couple et se tue au volant.

Lorsqu’il apprend la nouvelle, Rémi, 30 ans, est abattu. Il ne sait même pas comment en informer Marion, certes mûre pour son âge mais fragile comme la lycéenne qu’elle est. En désespoir de cause, il griffonne quelques mots sur une feuille. Tout s’effondre pour Marion, sinon l’affection qu’elle porte à Rémi, son beau-père depuis huit ans. C’est décidé, la jeune fille ne veut pas le quitter. Tant pis pour son père biologique, Charly que Maurice Ronet campe avec le teint cireux de ses dernières années rongées par le crabe. Patron de boîte de nuit alcoolique que Martine avait quitté pour Rémi, Charly prend sa revanche en décidant d’héberger sa fille. Inconsolable, Marion fugue pour revenir chez Rémi et impose son choix à toute la famille.

 « Qu’est-ce qu’elle penserait si elle nous voyait ? » 

Car l’orpheline n’éprouve pas seulement la tendresse filiale d’une fille envers son beau-père. Là est toute l’audace du film : à quatorze ans, Marion se croit et se dit une femme. Une femme amoureuse de son beau-père. De retour chez lui, elle le poursuit de ses avances, le presse de l’initier et dépérit aussi longtemps qu’il la repousse. Loin d’édifier le spectateur, Bertrand Blier filme sans pathos ce que la vie a d’ontologiquement amoral au grand dam des chaisières de tout poil. Il faut avoir l’esprit de système d’Eric Zemmour pour dénoncer dans Les Valseuses un hymne au nihilisme soixante-huitard. Et pourquoi ne pas voir dans Beau-père un éloge éhonté de l’amour libre ? Absurde. D’aucuns pourfendent un Blier réactionnaire, misogyne et antiféministe dont le sublime nanar Calmos révélerait les penchants inavouables. Mais pourquoi diable mêler art et politique ?

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Toute la beauté de Beau-père réside dans son absence de jugement. Ni apologue matznévien ni fable à la morale obligatoire, l’œuvre dépasse son créateur et ses acteurs. Les tempêtes sous un crâne n’y reflètent pas l’opposition entre le bien et le mal, le licite et l’illicite mais les contradictions de chacun. Lors d’une des nombreuses scènes d’alcôve, Rémi confie ainsi à Marion se sentir continuellement épié et observé par le fantôme de Martine. « Qu’est-ce qu’elle penserait si elle nous voyait ? » Avec l’aplomb et l’ingénuité de ses quatorze printemps, Marion répond tout à trac : « Elle penserait que j’ai beaucoup de chance ! » Du sourire aux larmes, la géniale Ariel Besse interprète avec une facilité déconcertante les atermoiements œdipiens de son personnage. Comment comprendre l’amour d’une adolescente pour son beau-père. Hommage à sa défunte mère ? Profanation de sépulture ? « Je suis une femme », répète inlassablement Marion à Rémi, sans doute autant pour le convaincre qu’afin de s’en persuader elle-même.

Ronet au crépuscule

L’un des ressorts cachés du film tient à la présence de Maurice Ronet. Diminué, usé, fatigué, il n’est plus que l’ombre du Feu follet. Le télescopage entre le père de fiction démissionnaire et le comédien à l’hiver de sa vie exacerbe la sensibilité du film. Sur la pellicule, Charly nourrit quelques soupçons mais préfère se voiler la face jusqu’au bout.

Contre toute morale, le spectateur se surprend à épouser le point de vue de Marion. Lorsque Rémi se refuse à elle, voire envisage une nouvelle vie, l’ado éplorée exprime toute la pureté et l’intransigeance de ses vertes années. L’épilogue de Beau-père, dont je ne dévoilerai rien, montre une déchirante rédemption sentimentale. Comme dirait Blier, préparez vos mouchoirs !

La chauve-souris


Les applaudissements à 20h sont l’occasion pour les confinés d’avoir une vie sociale. Et également les prémices d’une crise sociale sans précédent…


Tous les soirs, les Parisiens ouvrent fenêtres et balcons pour applaudir les aides soignants, les malades. Dérisoire, dit-on. Evidemment ! Mais cela réchauffe. Cela unit. Les voisins qui ne se saluent pas sur le bitume, depuis des années, se découvrent, de leurs balcons. Nous nen sommes pas aux baisers volants. Que serait-ce si, comme dans le roman de Giono (à lire impérativement), on se retrouvait à vivre sur les toits, bivouaquant sous les étoiles, à nouveau visibles sans pollution. Car enfin, reconnaissons-le, comme la dit Ivan Rioufol, à CNews hier : « Que le silence de Paris est beau ! Les sabots des chevaux de la Garde républicaine descendant une rue déserte font, dans le temps ordinaire, une parenthèse enchantée. Sur la place du Panthéon déserte ne voyait-on pas, hier, deux dames jouer au volant ? Prose insignifiante, dira-t-on. Vraiment ? »

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Tous à vos fenêtres

A huit heures pétantes, chaque soir, dans ma rue, un marin, tout droit sorti du roman de Moby Dick, que le confinement a arrêté, contraint et forcé, au-dessus de chez moi, ouvre sa fenêtre et lance les applaudissements. Une fenêtre lui répond, puis une autre, de lautre côté de la rue, une autreTous au balcon ! Une corne de brume lance son appel. Une riveraine, forte en voix, lance son cri de guerre. Un voisin fait des illuminations. Facile, direz-vous ! Eh bien non ! Car la répétition guette le charme de la nouveauté : il faut garder lendurance. Donner du sens à ce rituel. Hier une clarinette tout droit sortie de Sidney Bechet envoûtait le soir qui tombait. 

Confinez-vous ! Lisez ! Revenez à lessentiel ! nous avait dit le président. Les sites Netflix et Youporn navaient pas attendu linjonction présidentielle. Le 25 mars, le site Pornhub rendait gratuites ses prestations dans le monde entier afin que tout le monde lutte contre lennui. Ce « coup de main » altruiste, même si quelque floutage semble avoir été imposé depuis, est ce quon appelle lentraide entre pays. Le printemps sera chaud, à en juger par la une de Têtu. Il y aura aussi un baby boom, prédisent les experts.

Crise sociale en vue

En attendant, en Italie, cest lhécatombe discrète dans les « case di riposo » autrement dit les Ephad.« Les familles italiennes se disent adieu dans lambulance » écrit Figaro Vox. Les pages nécrologiques noircissent des colonnes. Ce même article révèle une comparaison instructive. Une étude montre, en effet, que les deux villes lombardes de Bergamo et Lodi, touchées en même temps par le Covid-19, connaissent pourtant une mortalité très différente. Très industrialisée, en lien avec la Chine et lAllemagne, Bergame est un Wuhan italien. Pour navoir pas isolé les foyers épidémiques et avoir permis aux soignants de travailler sans masques, pour avoir fait le choix de la production économique en refusant un confinement absolu, Bergame connaît une hécatombe. À la différence de Lodi, le centre logistique le plus actif du Nord de lItalie, dont le chiffre de morts na rien de comparable.

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Dans certaines villes italiennes, la télévision montre des couples dansant sur leurs balcons. La vérité, cest que l’émeute et la famine ont déjà ouvert une crise sociale. LItalie est aux abois. Quant à lEurope, divisée, elle est menacée dans sa survie. Mais pourquoi, dira-t-on, les Pays-Bas et la Suède, qui ont refusé le confinement en misant sur le civisme des citoyens, ne connaissent-ils pas lhécatombe ? Elle va venir, disent les augures. LEurope du Nord a forcément du retard sur celle du Sud.  

Tout en me livrant au rituel journalier de lapplaudissement, accompagné, ce soir, de lhymne national italien, je pensais à des airs quon pourrait faire entendre sur les balcons. Dans une intention grinçante : « La Chauve souris » de Strauss dont tout le monde connaît la valse jouée au premier de lan. Ou bien – cest dactualité – : « Le bal masqué » de Verdi. Et enfin, la Suite bergamasque de Debussy dont le fameux Clair de lune.

Après avoir bien applaudi et refermé ma fenêtre, je me suis surprise à me laver les mains.

Le hussard sur le toit

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Moby Dick

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L’Union nationale passe par Zidi, Lautner, Poiré, Robert, etc…

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La télévision programme tous les jours des comédies populaires pour contrer le Covid-19.


Quand le pays vacille, qui appelle-t-on à la rescousse ? Des cinéastes engagés et humanistes, des artistes lanceurs d’alerte qui dénoncent les puissants et engrangent des subventions publiques à la pelle, ces figures intellectuelles qui nous donnent mauvaise conscience depuis cinquante ans et qui ont essayé, en vain, d’éduquer l’œil du peuple ? Non, décidément, le public n’entend rien à l’Art. C’est à désespérer de vouloir faire le bien des masses laborieuses. Ces gens-là sont irrécupérables. Besogneux et même pas capables de s’élever visuellement. Vautré dans ses habitudes petites-bourgeoises, perclus de vieux réflexes, attaché à cet humour décadent comme un ministre à sa voiture de fonction, hermétique au « beau », le public rejette en bloc le cinéma d’auteur à vocation lacrymale et inquisitoriale. Il ne lira pas plus les philosophes assermentés qu’il ne visionnera des œuvres mémorables, censées le questionner sur sa situation d’esclave volontaire. Non, le public veut de la grosse tambouille, de la farce bistrotière et du rire gras pendant le confinement. Bientôt, il réclamera du Max Pécas tout l’après-midi. Les voies du nanar sont impénétrables. Libé et Télérama s’étouffent. Le cinéma militant et déprimant que la presse encartée essaye de nous vendre, suscite au mieux, un désintérêt poli, au pire, une ironie de classe.

La revanche des tocards

Nous assistons à l’échec d’un monde culturel qui a daubé, snobé et combattu souvent, avec hargne, le cinéma populaire du dimanche soir. Audiard se gondole. Denys de La Patellière pouffe. Philippe de Broca se régale. Lautner applaudit. Oury sourit. La revanche des tocards a sonné. Les absents des sélections et des rétrospectives reprennent du galon dans nos salons. C’est assez délectable de constater que le cinéma officiellement reconnu, accusatoire et volontiers moralisateur, tant chéri par la critique, a toujours avancé de pair avec les différents pouvoirs en place. Que nous apprend cette nouvelle vague du Covid-19 sur les goûts des Français en matière de cinéma ? Qu’ils sont attachés à une qualité de réalisation et que la comédie a des vertus apaisantes sur nos angoisses du moment. 

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Certains y verront un repli identitaire et un rejet de la réalité. Chez ces procureurs des salles obscures, nous serons toujours qu’une bande de fachos misogynes et incultes, des lourdauds frappés de stupeur mentale qui, par leur absence de prise de conscience, continuent de véhiculer une image dégradante de toutes les minorités. Coupable forcément coupable. J’exagère à peine. 

Les César de Florence Foresti sont loin

J’ai lu des choses extravagantes à la mort de Jean-Pierre Marielle, aimer ce cinéma-là, irrévérent et picaresque, nostalgique et sentimental, c’était tout bonnement cautionner toutes les violences sociales. De spectateur qui se marre, vous passiez à tortionnaire, individu déviant à incarcérer sur le champ. C’était manquer de jugeote et de sensibilité, ne rien comprendre au second degré et à la distanciation par écran interposé, car Marielle, acteur épidermique, au grain si pénétrant, était tout le contraire. Par son outrance verbale et son désespoir fracassant, il nous ouvrait les interstices de l’âme, avec lui, le mal marié, l’inconnu des autoroutes, le provincial à l’abandon touchait au sublime, il accédait à l’immortalité. Il incarnait l’Homme seul face à ses démons. Nous étions assurément plus du côté de Cervantes que de la gaudriole à l’ancienne. Mais, comment raisonner tous ces Torquemadas qui ont la passion de l’exclusion en héritage, le procès étant leur seule manière d’atteindre l’orgasme avec le tri sélectif ? Ils aiment le public quand il marche droit et adhère à leur purée idéologique. Sinon, vous n’êtes qu’un vieux schnock qui refuse le progrès, forcément source d’émancipation. Un pauvre type resté bloqué dans les années 1970/1980 qui enfile le cuir de Belmondo pour se sentir vivant. Malgré une propagande tenace, on se souvient de la dernière Cérémonie des César, ce spectacle paraît aujourd’hui complètement ridicule et indécent, le public a choisi son camp. 

Ce n’est donc pas un hasard si la télévision programme depuis une quinzaine de jours : « Un éléphant, ça trompe énormément », « Nous irons tous au paradis », « L’as des as », « Inspecteur la bavure », « Les Tontons », « La soupe au choux » ou « Twist again à Moscou ». Un festival des bannis ! Les éternels oubliés des successifs Ministères de la Culture font de la résistance. Les Zidi, Poiré, Lautner, Yves Robert et tous les amuseurs à la papa n’ont reçu que du mépris durant leur longue carrière. Y-aura-t-il, sur ce sujet-là aussi, un mea-culpa de nos dirigeants ? Nous avons honte pour eux. Car, ces films « tout public » regorgent de trouvailles scénaristiques, ils sont tenus par des acteurs incroyables, ils n’ont pas la prétention de dénoncer la société, mais, par magie, ils provoquent un rire instinctif. Un rire franc et salvateur, ce lien qui unit les Français dans la débâcle, qui les rattache à un socle commun. On apprécie leur clarté, ce confort de visionnage tellement délicat, et longtemps après, ils irriguent notre cerveau. Ils nous apportent un bien-être immédiat et le sentiment de partager une même histoire. Ils sont notre ADN. Tant que toutes les générations pourront se réunir autour de Jean Carmet, Gérard Depardieu, Lino, Dominique Lavanant, Philippe Noiret, Christian Clavier, Coluche, de Funès, Jean Rochefort ou Anny Duperey, notre pays ne sombrera pas totalement.

Renaissance des frontières

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Le mot « souveraineté » est sur toutes les lèvres, même celles d’Emmanuel Macron. Faut-il réellement espérer un virage politique pour l’après-confinement ?


Lorsqu’en janvier 2020, il fut acquis que les Chinois avaient une nouvelle fois laissé se développer un virus extrêmement contagieux du fait d’un rapport particulier à la nourriture animale et l’absence d’hygiène de leurs marchés dits « vivants » — et qu’au surplus le gouvernement chinois avait menti pendant près de deux mois sur la réalité du problème [tooltips content= »Marc A. Thiessen, « This virus should be forever linked to the regime that facilitated its spread », The Washington Post, 17 mars 2020 ; James Palmer, « Chinese Officials Can’t Help Lying About the Wuhan Virus », Foreign Policy, 3 février 2020. « ][1][/tooltips] — des États résolurent de fermer leurs frontières aux ressortissants chinois. Ainsi de la Russie, [tooltips content= »« Russia closes border with China to prevent spread of the coronavirus », CNBC, 30 janvier 2020, »][2][/tooltips] des États-Unis — aussitôt accusés par le régime chinois de « causer la panique » (sic) [tooltips content= »« Coronavirus: China accuses US of causing panic and ‘spreading fear’ », BBC, 3 février 2020, »][3][/tooltips] — ou d’Israël. L’ambassadeur de Chine en Israël se livrait aussitôt à une comparaison avec l’Holocauste (sic), [tooltips content= »« China’s Holocaust comparison for Israel’s coronavirus border closure isn’t just offensive, it’s inaccurate » »][4][/tooltips] donc chacun jugera l’intelligence et la proportionnalité.

A lire ensuite: La redoutable « diplomatie du masque » chinoise

D’autres, en revanche, dont l’intégralité des États européens et l’Union européenne, résolurent à des degrés divers de maintenir béantes leurs frontières, en raison de leur prédilection idéologique pour cet état de fait.

Pas de réflexes aux frontières

En particulier, le Nord italien, en raison de ses liens économiques privilégiés avec la Chine [tooltips content= »Helen Raleigh, « Iran And Italy Are Paying A Hefty Price For Close Ties With Communist China », The Federalist, 17 mars 2020. « ][5][/tooltips] subit des arrivées massives de Chinois sur son territoire, avant de décider de suspendre les vols en provenance du berceau de la pandémie. Lorsque ce pays prit de premières mesures restrictives aux frontières — il était pourtant déjà trop tard — des autorités de l’UE lui reprochèrent de « surréagir ».

A lire aussi: Dans la »guerre » contre le Covid, quel arsenal chimique?

Jusqu’au 10 mars, le président français allait répétant que « la fermeture des frontières n’est pas la solution », [tooltips content= »Macron: « La fermeture des frontières avec l’Italie est une mauvaise décision »][6][/tooltips] au motif épatant — s’agissant d’un virus porté par l’homme — que les virus ne connaissent pas de frontières.

Le 25 février, dans une interview télévisée, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, assurait que fermer les frontières avec l’Italie « n’a pas de sens, puisqu’un virus ne s’arrête pas aux frontières ». Il ajoutait qu’il n’y avait pas de véritable épidémie en Italie, car les autorités sanitaires ont pris précisément pris les mesures requises pour « enrayer l’épidémie ».

Le retour de bâton

Quelques jours plus tard, l’Union européenne recommandait de fermer les frontières avec la Chine (pour les personnes) et dans le même mouvement la plupart des pays européens en revenaient, dans la panique, à leurs frontières nationales.

Depuis 1989 s’est réaffirmée une idéologie vieille comme la philosophie : celle de la tension vers un gouvernement mondial. Des financiers aussi influents que George Soros — avec une force de frappe idéologique de 35 milliards US$ via la fondation Open Society — ont repris à leur compte le rêve d’une humanité réunie sous la noble gouverne d’un seul régime, dont Emmanuel Kant démontrait, dès 1795, le caractère inévitablement tyrannique ou factice (Projet de paix perpétuelle).

Cette idéologie a bientôt subverti les communautés européennes. À l’origine purement économique, le projet du « marché commun » se mua insensiblement en projet politique, visant à phagocyter les souverainetés nationales, avant le grand soir d’une seule politique étrangère, une seule armée, des décisions se prenant par un seul gouvernement — fût-il institutionnellement composite — européen.

Un peu de démographie

De cette idéologie, un autre vecteur privilégié furent les Nations-Unies, dans leur principe et jusqu’au très récent Pacte de Marrakech, conçu comme jalon vers des migrations libres et sans entrave : un droit à la migration.[tooltips content= »« Le pacte de Marrakech, Vers une gouvernance mondiale des migrations ? », IFRI, février 2019. « ][7][/tooltips]

Il n’est pas jusqu’à de nombreux partis et intellectuels de droite, en Europe, en principe opposés à l’anarchie migratoire, qui ne finirent par intérioriser l’inéluctabilité des migrations massives, en raison de la croissance démographique de l’Afrique.[tooltips content= »Vermeersch et T. Francken, Continent sans frontière, Jourdan, 2018 ; A. Destexhe, Immigration et intégration: avant qu’il ne soit trop tard… , Dynamédia, décembre 2018. »][8][/tooltips]

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Rien n’est moins exact, car si le surplus de croissance démographique impliquait par lui-même des migrations massives, la carte et l’histoire du monde ne seraient pas celles que lui connaissons.

Ce que cette crise aura démontré, ce sont plusieurs vérités a) les frontières ont une utilité sans égal en situation de crise b) sans frontière, il n’y a ni pays ni souveraineté, c) les virus comme le terrorisme se nourrissent avidement de l’ouverture indiscriminée des frontières aux personnes d) la fermeture temporaire des frontières, au besoin totale, est possible, faisable, aisée à mettre en œuvre, rapide et elle produit des effets immédiats e) la fermeture des frontières peut être totale vis-à-vis de certains pays dans le même temps qu’elles sont ouvertes aux ressortissants et marchandises d’autres pays.

En résumé, rien ce qui est écrit, déclaré, soutenu dans le contexte européen – spécialement UE – sur le concept de frontière, depuis 15 ans, n’est vrai.

Ce matin sur Sud Radio, notre directrice Elisabeth Lévy évoquait également cette question de la souveraineté

Vers une pénurie mondiale de préservatifs?


Confinés, ok. Mais confinés sans préservatifs…


Allons-nous assister à une pénurie mondiale de préservatifs ?

Le malaysien Karex, premier fabricant mondial (qui vend ses préservatifs sous des marques telles que Durex), produit en temps normal un préservatif sur cinq dans le monde. Or ses usines sont à l’arrêt depuis plus d’une semaine en raison d’une fermeture imposée par le gouvernement, à cause du coronavirus.

A lire aussi: Sibeth Ndiaye ne sait pas utiliser un masque

Les autres pays producteurs : la Chine, l’Inde et la Thaïlande, sont également affectés par le virus, même si aucune donnée n’a été communiquée à ce stade. Le président de Karex, Goh Miah Kiat, a ainsi déclaré à Reuters que la pénurie pourrait même durer des mois, ce qui serait « effrayant ». Dans ce cas, difficile de tenter de masquer la pénurie de préservatifs en expliquant, comme Sibeth Ndiaye pour les masques, que ce n’est pas utile ou que leur utilisation requiert des gestes techniques. Alors faut-il stocker des préservatifs jusqu’à la fin du confinement ? Si la production de Karex a repris depuis vendredi dernier, les usines tournent à seulement la moitié de leurs capacités, ce qui représente un manque de près de 100 millions de préservatifs. Selon Goh Miah Kiat, il va être difficile de faire face à la demande toujours très forte car le préservatif est un produit de première nécessité et que, dans ces temps incertains, les gens ne prévoient pas d’avoir d’enfants. Autrement dit : restez chez vous mais sortez couverts !

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Dans la « guerre » contre le Covid, quel arsenal chimique?


Il n’existe pour l’heure pas de traitement contre le virus responsable de la « pneumonie de Wuhan » que l’humanité affronte. Toutefois, outre la chloroquine vantée par le Docteur Didier Raoult dont nous rappelons les caractéristiques, quelles munitions la pharmacie offre-t-elle aux médecins sur le front du Covid-19?


Si les médecins de Molière affirmaient qu’on ne pouvait pas guérir une maladie sans la connaître parfaitement et sans connaître parfaitement les remèdes nécessaires à la curation d’icelle, nous autres médecins contemporains sommes plus pragmatiques, au risque de frustrer la pulsion scopique qui pourtant nous habite et nous dévore. De mémoire d’homme, on a vu bien des remèdes incertains venir à bout de maladies tout aussi mystérieuses. Mais les médecins d’aujourd’hui sont avant tout des scientifiques, voire des biologistes. Mécanismes d’action, hypothèses et extrapolations faisant partie de plein droit de la science, nous allons tenter d’y voir plus clair dans les traitements antiviraux proposés pour lutter contre le Covid-19.

Hydroxychloroquine, la superstar

À tout seigneur tout honneur, commençons par l’hydroxychloroquine, qui agite médias et foules depuis que le professeur Didier Raoult en a fait la promotion d’une façon quelque peu « musclée ».

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L’hydroxychloroquine est membre de la grande famille des dérivés de la quinine, qui tous partagent un même noyau actif : la quinoléine. L’usage de la quinine est très ancien. D’abord extraite de l’écorce d’un arbuste andin dont les Amérindiens connaissaient les vertus fébrifuges, la quinine est utilisée à partir du XVIIe siècle par les colons espagnols pour traiter la fièvre tierce, c’est-à-dire la malaria ou paludisme. En 1735 le médecin Joseph de Jussieu, qui participe à une expédition scientifique royale menée par La Condamine, la rapporte en France (avec le caoutchouc et la coca). Depuis, des générations de voyageurs et de coloniaux en ont pris quotidiennement, dissoute dans l’eau, dans un breuvage dit « amer tonique ». Qui ne connaît ce soda suisse, l’indian tonic ? La quinine qu’il contient lui donne un bleu fluorescent à la lumière noire des discothèques, et mêlé au gin cela donne le fameux « gin tonic ». Plus sérieusement, complétons l’histoire avec l’apport essentiel des pharmaciens français Pelletier et Caventou, qui ont réalisé la synthèse de la quinine en 1820. 

La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001
La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les médicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les médecins et les politiques après des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus.
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001

Si elle est encore parfois utilisée telle quelle par voie intraveineuse dans les formes sévères de paludisme, la quinine comme chimioprophylaxie antipalustre s’est effacée dans la seconde moitié du XXe siècle au profit de son substitut synthétique : la chloroquine (nivaquine®) – structure chimique légèrement différente pour un même noyau actif, synthèse aisée et coût modique. Une simple opération d’hydroxylation sur ce même noyau engendre l’hydroxychloroquine (plaquenil®) : même efficacité, meilleure tolérance, indications élargies. Les propriétés anti-inflammatoires de ce médicament le rendent aussi intéressant dans certains rhumatismes inflammatoires comme le lupus. À noter une potentielle toxicité cardiaque, dose-dépendante, pouvant conduire à la mort par « torsade de pointe » (un arrêt cardiaque, pour parler clairement). Ce danger impose d’éviter les surdosages et de surveiller l’électrocardiogramme. L’augmentation d’un paramètre classique, l’espace QT, doit conduire à arrêter le traitement.

L’utilisation des antipaludéens de synthèse comme antiviral a un rationnel très sérieux. Ce sont des bases faibles qui interfèrent avec les fonctions phagocytaires par le biais d’une élévation du pH intracellulaire. En ce qui concerne le Covid-19, l’hypothèse pharmacologique est la suivante : l’hydroxychloroquine perturberait les réactions chimiques nécessaires au parasitisme du virus en jouant sur l’équilibre acido-basique des compartiments intracellulaires où il chemine. D’ores et déjà, il est démontré in vitro qu’elle exerce une inhibition de la croissance du SRAS-CoV-2.

Dans la réalité clinique, c’est-à-dire in vivo, nous n’en sommes pas aussi certain, même si plusieurs études tendent à le confirmer. Des médecins chinois auraient obtenu des résultats encourageants, sans pour autant donner les détails de leur protocole. Mais c’est au Marseillais Didier Raoult que revient le mérite d’avoir publié le premier essai clinique déterminant sur le sujet (Gautret et coll. Int J Antimicrobial Agents, 2020). Raoult est un incontestable spécialiste de l’hydroxychloroquine, devenue grâce à ses travaux le traitement de référence de plusieurs maladies infectieuses comme la maladie de Whipple ou la fièvre Q. Il recommande la prescription d’hydroxychloroquine à la dose de 600 mg par jour, en association à de l’azithromycine qui aurait une activité synergique, pendant 10 jours, et ce dès les premiers symptômes et la confirmation du diagnostic virologique. C’est une dose qui n’est pas négligeable sans être à proprement parler « énorme » comme on lit parfois. En comparaison, les patients souffrant de lupus en prennent au long cours à la dose de 400 mg par jour.

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Le travail de Raoult sur le Covid-19, pour pionnier qu’il soit, a cependant été très critiqué par la communauté scientifique. Et ce, non pas par jalousie, mais parce que sa qualité méthodologique était médiocre. Faible puissance statistique, biais de sélection des patients, insuffisance de suivi… Ces défauts devront être corrigés par les études en cours, notamment l’étude Discovery qui teste et compare plusieurs antiviraux, dont l’hydroxychloroquine. 

Azithromycine, intéressant mais pas en traitement principal

L’azithromycine, est un antibiotique de la famille des macrolides. Tout aussi bien connu, si ce n’est davantage, puisque nous sommes presque un sur six à en prendre au moins une fois dans notre vie !

Les macrolides sont de grosses molécules d’origine naturelle qu’on pourrait qualifier d’arme bactériologique puisqu’elles permettent aux bactéries de lutter contre leurs congénères. Comme les autres macrolides, l’azithromycine inhibe la synthèse des protéines bactériennes en se liant à la sous-unité 50S des ribosomes, leur « usine à protéine ». Vous auriez raison d’être étonné que l’on recommande un antibactérien alors que nous sommes à la recherche d’un antiviral ! C’est que l’hypothétique efficacité de l’azithromycine dans le Covid-19 ne repose pas sur ses propriétés antimicrobiennes, mais sur ses propriétés immunomodulatrices. En plus de prévenir une surinfection bactérienne, redoutable dans ce contexte, elle aurait une action antagoniste sur les facteurs de virulence infectieux et une action anti-inflammatoire assez spécifiquement pulmonaire. La production de mucus par les cellules épithéliales bronchiques en serait également réduite. Ces propriétés pourraient en faire un adjuvant mais non le traitement unique de la maladie.

D’autres pistes médicamenteuses à suivre

D’autres antiviraux plus récents attirent l’attention des médecins. 

Nous citerons les principaux : le remdésivir, fruit des recherches récentes sur le virus Ebola, qui perturbe la synthèse de l’ARN viral ; le baricitinib et le camostat qui empêchent le virus de pénétrer les cellules ; l’association lopinavir-ritonavir qui entrave les dernières étapes de la réplication virale par inhibition de la protéase virale. À noter que ces médicaments sont déjà utilisés chez des patients infectés par le VIH (un autre virus à ARN). 

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Toutes ces molécules sont actuellement étudiées dans le grand essai clinique européen Discovery, dont on attend les résultats avec impatience.

En pratique, on retiendra…

Sous la pression médiatique et du fait de l’urgence réelle, l’hydroxychloroquine vient d’obtenir l’autorisation de prescription, à titre dérogatoire et exceptionnel, dans les services hospitaliers prenant en charges les malades du Covid-19. Elle a aussi été autorisée aux USA, par décision directe du président Trump, dont les compétences en virologie ne sont plus à prouver ! 

Espérons que cette utilisation avant toute AMM (autorisation de mise sur le marché) permettra de répondre aux questions qui restent pendantes : 

Quel traitement ? À quelle dose ? Pour quels malades exactement ? Les formes graves (mais ce pourrait être trop tard) ou les formes bénignes (mais le rapport bénéfice/risque est moins évident) ? 

Ou en prophylaxie, pour couper l’infection avant même qu’elle soit apparente ? 

Le traitement diminue-t-il la contagiosité du malade, en négativant rapidement l’excrétion du virus ? 

Qu’elles que soient les réponses à ces questions, et au-delà de toute polémique bien mal venue dans un contexte aussi dramatique, espérons qu’il se trouvera bientôt un antiviral qui améliorera le pronostic de cette grave maladie. Cela permettra d’attendre la mise au point d’un vaccin – la solution parfaite, idéale, qui nous fait tous rêver. 

Pour favoriser cette issue heureuse, les Parisiens pourront aller déposer quelques fleurs devant le monument à la mémoire de Pelletier et Caventou, situé à l’angle du boulevard Saint Michel et de la rue de l’Abbé de l’Épée. Ce petit pèlerinage sera sûrement toléré par les policiers chargés de surveiller l’application du confinement… C’est pour la bonne cause !

Pelletier-Caventou

Les Anglais laissent tomber le T

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Le mouvement LGBT sur le point d’imploser ? En Grande-Bretagne, des femmes, lesbiennes et hétéros, protestent contre le hold-up transgenre sur le Labour Party.


L’acronyme LGBT est en pleine récession. Il était parti pour s’allonger à l’infini, LGBTQI+ ad libitum. Désormais, on abrège. L’association anglaise LGB Alliance (LGB pour Lesbiennes Gays Bisexuels) met le holà, se désolidarise des T, et martèle quelques vérités. Le sexe est une caractéristique biologique et non une affaire de ressenti. Le sexe n’est pas « assigné à la naissance de façon arbitraire ». Le sexe est binaire : masculin ou féminin. L’idée que des enfants naissent « dans le mauvais corps » est une ineptie. 

En somme, l’idéologie transgenre ne passe plus. 

Le 9 mars dernier, lendemain de la Journée Internationale des Femmes, à Londres, un meeting s’est tenu pour protester contre l’oppression des hommes, d’un certain type d’hommes : les femmes-trans, autrement dit les hommes qui se sentent femmes. Rendez-vous à 19 heures au Maxilla Hall Social Club, une salle polyvalente située dans un quartier défavorisé et excentré de l’Ouest de Londres (à deux pas de la Tour Grenfell de tragique mémoire). Ce soir, trois cents participants, une poignée d’hommes et une majorité de femmes féministes, hétéros et lesbiennes, s’unissent pour tenir tête aux activistes trans’. 

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La plupart sont des militants travaillistes scandalisés par le hold-up des transgenres sur le Labour Party. 

Des femmes-trans (c’est-à-dire des hommes qui se sentent femmes) demandent l’accès aux places réservées aux femmes en vertu de la parité hommes-femmes en politique. Les droits des trans empiètent sur les droits des femmes…

Rappelons le contexte : depuis trois mois est ouverte la course à la succession de Jeremy Corbyn à la tête d’une gauche anglaise en pleine déconfiture. C’était le moment rêvé pour rédiger une Charte des Droits des Trans et tester les prétendants au leadership sur leur « inclusivité » et leur allégeance au politiquement correct. Qui oserait tenir tête à une minorité sexuelle ? Un seul parmi les quatre candidats (il s’agit de Keir Starmer, le seul homme de la compétition) a refusé de signer. Les trois autres (Rebecca Long-Bailey, Lisa Nandy, Emily Thornberry) se sont engagées à respecter la Charte des Droits des Trans

Défendez-moi ou excluez-moi ! L’ultimatum des travaillistes anglaises

Que dit la Charte ? C’est un document de deux pages, rédigé dans un sabir révolutionnaire du bon vieux temps, qui s’attache à dépeindre le nouveau lumpenprolétariat transgenre en haillons, sans-abri, sans emploi, pauvre, victime de discriminations, de crimes de haine et des « attaques incessantes de la presse réactionnaire ». Mais le manifeste ne s’arrête pas en si bon chemin et, pendant qu’on y est, parmi les douze engagements énumérés, réclame une purge au sein du Labour. Qui signe la Charte s’engage à nettoyer le parti de ses éléments « transphobes », parmi lesquels « Women’s Place UK, LGB Alliance et autres groupes de haine ». C’est le point 9 de la Charte et c’est l’objet de cette réunion du lundi soir 9 mars 2020, organisée sous les auspices d’une section féminine travailliste, en collaboration et en solidarité avec les deux organisations incriminées. Le titre du meeting sonne comme un ultimatum : Défendez-moi ou excluez-moi ! (Defend Me or Expel Me !)

Woman’s Place UK a vu le jour en 2017, l’année où la loi anglaise a autorisé le changement de sexe déclaratif, c’est-à-dire la possibilité de changer de sexe à l’état civil sans diagnostic médical ni modification physiologique. Woman’s Place UK entend défendre le pré carré des femmes contre les coups de boutoirs transgenres. L’association LGB Alliance a, elle, été lancée en 2019 et consacre le divorce des LGB d’avec les T. Woman’s Place et LGB Alliance ont en commun de considérer qu’une femme-trans, soit un « homme qui se sent femme » n’est pas une femme, postulat que les activistes transgenres tiennent pour une insulte transphobe.

Quel est l’enjeu ? Des femmes-trans (c’est-à-dire des hommes qui se sentent femmes) demandent l’accès aux places réservées aux femmes en vertu de la parité hommes-femmes en politique. Les féministes voient dans ces femmes-trans rien d’autre que des hommes qui prennent les postes des femmes. Les femmes-trans exigent de participer aux compétitions sportives féminines. Les féministes voient dans ces athlètes des hommes qui chipent à bon compte les médailles des femmes. Les femmes-trans demandent que les prisons pour femmes leur soient ouvertes, de même que les vestiaires, cabines d’essayage, dortoirs dans les écoles, les pensions ou les colonies de vacances, toilettes publiques. Les femmes voient dans ces transgenres des hommes qui viennent envahir les espaces jusqu’ici réservés aux femmes et violer leur intimité. 

Les droits des trans empiètent sur les droits des femmes. La guerre gronde. Les organisatrices du meeting de ce soir ont pris la précaution de n’indiquer leur lieu de rendez-vous qu’au dernier moment, pour éviter les intimidations des agitateurs transgenres. Peine perdue. Une trentaine d’entre eux barre l’entrée du meeting avec leurs mégaphones, banderoles et drapeaux arc-en-ciel. « Une femme trans est une femme ! », « Vous ne nous ferez pas taire ! » Les trans’ hurlent leur colère. (Saluons l’endurance de ces manifestants qui, malgré la nuit, le froid et la pluie, ne vont pas bouger de là, scander leurs mantras deux heures durant).

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Grâce au service de sécurité, ils ne réussiront pas à pénétrer dans la salle où se déroule le meeting. À l’intérieur, l’ambiance est chaleureuse. L’endroit est simple, un centre communautaire décoré des coupes gagnées par les enfants du quartier. On a l’impression d’un voyage dans le temps, il règne ici un parfum du siècle dernier, un petit air de réunion du MLF si ce n’est que les participantes qu’on voit sur les images d’époque sont jeunes, à la différence des femmes présentes aujourd’hui (on vogue entre 40 et 60 printemps). Trois époques s’entrechoquent, c’est très curieux. D’une part, l’atmosphère fait penser à une réunion syndicale des années 60. D’autres part, on revendique ici des droits élémentaires pour les femmes, comme au temps des suffragettes (le droit de se réunir, de s’exprimer librement). Et enfin on proteste contre la tyrannie trans’, mouvement ultra-contemporain, dernier avatar de la théorie du genre

Malgré les cris à l’extérieur, le débat est serein et déterminé. Un peu triste aussi. Ceux qui se succèdent à la tribune sont des militants travaillistes de la première heure. Pour vouloir protéger les droits des femmes, les voilà menacés d’exclusion de ce parti auquel ils ont consacré plusieurs décennies et tous leurs bulletins de vote. Un sentiment de trahison prévaut. Qu’est devenu le parti des opprimés ? Selina Todd, professeur d’histoire moderne à Oxford et militante féministe travailliste a eu l’audace de soutenir Woman’s Place UK. Traitée de transphobe et menacée par des activistes transgenres, elle s’est vue contrainte de donner ses cours à Oxford sous la protection de deux gardes du corps. Son discours ce soir est très applaudi. Paul Embery, pompier, leader syndicaliste, figure du Blue Labour, désespère des automatismes politiquement corrects de son parti. Il réclame des dirigeants qu’ils prennent la défense des femmes, et vite. Il demande que ceux qui ont signé la Charte des Droits des Trans reviennent sur leur décision et s’excusent. Julie Bindel, journaliste féministe et lesbienne, ardente militante contre les violences faites aux femmes, est la bête noire des activistes trans’. Elle le leur rend bien. « Je préférais encore le sexisme de nos pères au pseudo-progressisme de ces branleurs avec qui on ne peut même pas parler. » Elle raconte les menaces de mort et de viol dont elle est l’objet sans arrêt, les intimidations en tous genres, les montages photos postés sur Twitter : son visage, plusieurs verges dans la bouche, des « girl dicks », selon le vocabulaire des femmes-trans qui qualifient leur sexe de « pénis de fille ». 

Les lesbiennes combattent l’idéologie transgenre

C’est que les lesbiennes sont les plus virulentes dans la résistance à l’idéologie transgenre qu’elles ressentent comme une menace physique. Les femmes-trans (biologiquement, des hommes) attirées par les femmes, exigent l’appellation de lesbiennes et ne supportent pas d’être rejetées par les lesbiennes femmes. Les lesbiennes, de leur côté, ne voient pas dans les femmes-trans (ces hommes qui se sentent femmes) des objets de désir, ce qui provoque la vexation et la fureur de ces dernières, qui crient à la transphobie !

Marche pour les droits des personnes LGBT et transsexuelles à Londres, 2 novembre 2019. © Penelope Barritt/ REX/ SIPA
Marche pour les droits des personnes LGBT et transsexuelles à Londres, 2 novembre 2019.
© Penelope Barritt/ REX/ SIPA

L’intervention à la tribune de Debbie Hayton apporte encore un autre éclairage. Elle est, elle-même, une femme-trans et par ailleurs une scientifique, professeur de physique. Jean noir et T-shirt noir, cheveux longs et blancs. « Je suis fatiguée d’entendre indéfiniment les mêmes bêtises : ‘Les femmes-trans sont des femmes’, ‘les hommes-trans sont des hommes’. C’est tout simplement faux ! Les femmes-trans sont des hommes, c’est même le premier critère qui définit une femme-trans. Je ne suis ni une femme, ni une LGB, je suis une transsexuelle. Le mouvement transgenre est autoritaire. Leurs revendications absurdes sont un affront à la démocratie et n’aboutissent qu’à dresser un groupe d’opprimés contre un autre groupe d’opprimés ». Cette travailliste transgenre s’exprime avec la plus grande fermeté. Pour finir, elle condamne à son tour sévèrement la Charte en question et réitère sa solidarité avec Woman’s Place UK et LGB Alliance

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Ici, la théorie du genre n’a pas bonne presse. Stonewall, association historique de défense des homosexuels, dévoyée dans une fuite en avant pour les droits des transgenres, est huée chaque fois que son nom est prononcé. « Stonewall ne nous représente plus », est-il rappelé à la tribune, à plusieurs reprises. L’un après l’autre, les intervenants s’inquiètent des campagnes transgenres menées auprès des enfants, de la flambée du nombre de jeunes engagés dans des thérapies hormonales, et des pressions exercées par le lobby trans’ sur le corps médical. Surtout, ils s’inquiètent de l’intrusion des hommes dans les espaces réservés aux femmes, nouveau visage de l’oppression masculine.

Le principe de victimisation est un ogre qui avale les catégories de population les unes après les autres

On aimerait dire à la féministe Julie Bindel que c’est simpliste et lassant de qualifier l’activisme transgenre d’oppression patriarcale. 

On aimerait rappeler à ceux qui se plaignent de l’enseignement de la théorie du genre à l’école qu’ils étaient les premiers à protester contre l’interdiction de la promotion de l’homosexualité à l’école, décidée en 1998 en Grande-Bretagne. Pour tout dire, on a le sentiment qu’ils récoltent ce qu’ils ont semé.

On aimerait leur demander pourquoi ils demeurent si attachés à ce Parti Travailliste qui n’en finit pas de se fourvoyer dans les politiques identitaires. Le principe de victimisation est un ogre qui avale les catégories de population les unes après les autres et rien ne sert de rivaliser à qui sera le plus opprimé. 

Mais les discours sont dignes, sincères. Même à propos des excités dehors qui hurlent sans discontinuer, les intervenants parlent avec respect, compréhension, indulgence. Ici sont réunis ceux qui sont convaincus que le sexe est une caractéristique biologique. Et à l’ère où il faut se battre pour affirmer cette évidence, trouver des ressources d’audace et de courage, prendre des risques, rejoindre des réseaux clandestins, on n’a pas envie de se désolidariser. Les féministes m’ennuient. Je ne comprends pas les militants homosexuels qui font de leur sexualité une affaire publique et politique. Les discours du Labour Party sonnent comme une suite de paroles machinales, alignant les mots clé par démagogie. Pourtant, cette assemblée de féministes et lesbiennes travaillistes semble une précieuse armée de résistance, au service de la raison, ou en tout cas d’un combat primordial visant à mettre un coup d’arrêt à la destruction systématique de tout ce qui nous constitue. 

Deux schismes décisifs se sont esquissés ce 9 mars dernier. Les travaillistes d’hier ne se reconnaissent plus dans le progressisme déluré affiché par leur parti. Les homosexuels se désolidarisent des transgenres. L’acronyme LGBTQI+ a vécu. Le camp du progressisme se fissure. La négation du sexe, c’était la revendication de trop. Cette fois, c’est non !

L’homme est un virus pour l’homme

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Episode 4 : bas les masques haut les mains


30 mars 2020

Rappel

Nos familles sont démembrées. Les jeunes n’avaient pas le droit de me fréquenter, interdiction au petit chaperon rouge d’apporter un panier de délices viraux à la grand-mère mais… le loup était déjà à mon chevet. Et je l’ai battu ! Plus rien à craindre de ce côté. Comment vous dire ? Ne plus le redouter parce qu’on l’a déjà eu, c’est grisant. J’ai l’impression d’avoir reçu un brevet de bonne gestion de santé, catégorie octogénaire, comme si rien ne pourrait plus jamais me toucher. 

Les proches sont loin, pas de brunch, pas de goûter, pas de réunion autour des visites en provenance du sud, d’outre-Manche, ou transatlantique ; les ponts sont levés, les retrouvailles annulées, le déroulement des saisons, figé. Pas de seder de Pessah. Dérogation imposée. Ma nishtana hashana hazeh, en quoi cette année est-elle différente ? Tous les ans, le branlebas de combat rituel : comment gérer la grande affaire, les courses, l’exigeante préparation des plats traditionnels, la vie professionnelle qui suit son rythme laïque ? A chaque fête un petit pincement de cœur. Impossible de se réunir au complet, de transmettre dignement, de dépasser les réticences et de faire comprendre que nous sommes un peuple, pas une religion. Qui lira la Hagadah… comme il faut… en hébreu ? 

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Ce sacré virus ouvre les vannes de la souvenance. La voix immense de mon père. Et son savoir paradoxal des textes, de la langue et du business d’un self-made man. Dans un passé récent, la lecture hazak de notre sabra Y. qui récitait la Hagadah du début à la fin comme un tank traversant le Sinaï. Ils sont allés s’installer à New York, ceux-là. Chaque année c’est le miracle de la sortie de l’Egypte, tout bâclé qu’il soit, le seder se compose, c’est magnifique, mon chicken soup avec knedlach est un chef-d’œuvre, l’alliance est scellée.

Pas de seder cette année alors que les dix plaies se déroulent sous mes fenêtres. 

Pas de visites. Pas de patience récompensée. Je ne l’ai pas encore vue, mon arrière-petite-fille, première de sa génération, née à Los Angeles en octobre. Elle va franchir d’innombrables mini-étapes de sa nouvelle vie avant que je puisse la tenir dans mes bras. On fera des Skype, je la verrai sur Instagram, on lui racontera, quand elle sera plus grande, comment elle est née l’année du COVID-19. Selon les dernières informations, notre beauté recevra sa part du stimulus package de 2 mille milliards voté en fin de semaine: un chèque de $500. Moins que les milliards alloués à Boeing, fabricant d’avions avariés, mais de quoi se payer un voyage en France enfin !!! 

Mettons des zéros dans l’assiette publique 

On baisse le rideau, les bras, les vols aller-retour ; on ferme les aéroports, les frontières, les championnats. Il faut réinventer l’argent, frère, sinon on coule. Le moteur est coupé, l’engrenage lance un dernier hoquet et s’arrête, l’économie se disloque en cadavre exquis. Le buzz se tait et cette détermination dévorante d’attirer la foule se mange la queue. Sur le long chemin tracé de l’homme chasseur-cueilleur jusqu’à l’être moderne, le touriste, le curseur s’est brutalement stoppé. Prenons un moment de recul pour admirer la construction astucieuse qui nourrit son homme, cette symphonie matérialiste mais tout aussi essentielle qui roulait toute seul, perpetuum mobile, jusqu’au jour où le nano-grain de sable, le coronavirus qui se prend pour le roi de l’univers, y planta son drapeau et clac ! 

Comment faire quand il ne reste que des bouches à nourrir, quelques supermarchés, la pharmacie, l’hôpital, les stations-service et la banque ? Il faut fabriquer de l’argent. Vous êtes de ceux qui n’aiment pas la finance, la spéculation, le capitalisme en bulles et en bourse ? Tant pis, il ne nous reste que cela. De l’argent creux fait de l’argent cru qu’on pompe dans les artères du système sous perfusion.

En ce qui nous concerne, le coup d’arrêt est venu à la première heure. Le voyage annuel au Japon est toujours programmé pendant la pause entre la fin d’une saison d’athlétisme et le début de la suivante… qui devait démarrer le 11 mars avec les championnats en salle à Nanjing. Annulés. Suivis, l’un après l’autre, de toutes les manifestations sportives. (N.B. Air France : On attend toujours le remboursement du billet aller-retour Paris-Nanjing promis depuis l’annulation des liaisons avec la Chine en février.) Le voici, mon héros, l’arme au pied. Les appareils hi-tech du photographe sportif, les boitiers d’alimentation, le monopode, les objectifs gros comme des RPG… tout ce poids qu’il porte fièrement se plante, tombe, bouche bée. Pas de Diamond League, pas de rythme endiablé d’allers-retours, Doha, Shanghai, Ostrava, Oslo … pas de marathons, la course s’arrête, on ne sautera pas plus haut, on ne lancera rien, on ne rêvera plus de dépasser les limites, cette saison aux grandes promesses, car c’était la marche vers les JO 2020 à Tokyo. On attendait l’inévitable. Cette année, 2020 tombera en 2021. 

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Il me semblait, il y a un siècle au mois de février, que la perte soudaine et totale de sportifs à photographier nous mettait en péril et à part dans un monde où les autres suivraient leurs métiers. Encore heureux que le photographe soit également journaliste.

Aurait-on imaginé qu’à la mi-mars notre boulangerie serait fermée ?

Bas les masques, haut les mains 

Scotchés aux médias, on boit d’heure en heure des chiffres qui cachent ce qu’ils dévoilent. Le nombre de cas et de victimes, chez nous, chez nos voisins, au loin et par anticipation. L’épicentre du tremblement de terre est déjà passé de l’Europe aux Etats-Unis, où les pas-moi-paranos se shootent à un néo-relativisme pathétique. Gare à ceux qui tomberont un jour malades. Problème cardiaque ? Serre les dents, mon vieux, et compte les victimes du cancer du côlon. Rage de dents ? T’es pas sans connaître les ravages de l’hépatite C ?

Les chiffres qui augmentent sans ébranler les fiers sceptiques sont le solde net de la pandémie. Ce sont les infectés, les hospitalisés et les morts qu’on n’a pas pu éviter malgré les mesures draconiennes imposées. Il faudrait multiplier par dix, par cent, par mille, par centaines de milliers pour obtenir le chiffre brut qui aurait été atteint si l’on avait laissé libre cours au virus. A présent, nous ne savons pas si nous serons bientôt tirés d’affaire. Nous sommes peut-être au tout début de quelque chose qui dépasse notre entendement.

Ce pourquoi je ne participe pas aux polémiques qui circulent comme des queues de la comète coronavirale. Tout un chacun sait… quoi ? savait qu’il fallait des milliards de masques. Celui qui aurait eu l’idée de sonder la population il y a quelques mois aurait trouvé en haut de la liste de préoccupations l’approvisionnement en masques FFP2. Hmmm, on cherchait plutôt des gamètes pour satisfaire le besoin d’enfants chez les couples unisexe. Bon d’accord, ok, mais n’oublions pas les gilets jaunes qui préfiguraient la crise à venir. Vaguement, à tâtons, éclairés de sagesse populaire, ils cassaient le dos des commerces qui, aujourd’hui, sont saignés à blanc. Ils mettaient le feu n’importe où hurlant « dégage » au gouvernement qui vient, par exemple, de prendre livraison des milliards de masques expédiés en urgence de Chine. Le RIC aurait mieux fait, n’est-ce pas ? Je regarde les bus passer à vide en rappelant les longues semaines de grève des transports où j’aurais eu besoin d’un respirateur si j’avais osé monter dans un bus bondé.

Je dois ménager mon stock d’indignation ainsi que mon flacon de shampooing qui ne se vend ni en pharmacie ni au supermarché. Je la réserve, ma colère, pour mon pays d’origine. On en parlera en long et en large, c’est promis pour l’Episode 5, « Mad in the USA ».  

Suspension de la démocratie directe

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Suisse. Coronavirus oblige, les votations fédérales du 17 mai sont reportées à une date indéterminée. Coup de tonnerre : les Suisses ne s’exprimeront donc pas (encore) sur la régulation de l’immigration. En marge de l’indifférence générale, certains redoutent que la démocratie soit présentée comme un «luxe de beau temps»; d’autres pourront au contraire se réjouir du report du scrutin pour des raisons elles aussi liées au coronavirus… Explications. 


Il se pourrait bien que cette année, les Suisses soient invités à aller voter sur des objets nationaux « seulement » trois fois – et non quatre. Le coronavirus est passé par là. Dans son communiqué du 18 mars, le Conseil fédéral explique que «la tenue correcte d’une votation populaire nécessite non seulement l’organisation de la votation au sens strict […], mais implique aussi que les citoyens puissent se former librement leur opinion (art. 34 de la Constitution). Les citoyens doivent pouvoir se forger une opinion et faire leurs choix en connaissance de cause. Cela implique en particulier qu’une campagne puisse avoir lieu avant la votation».

Un vote sur l’immigration très attendu ou très redouté selon les Suisses 

Ainsi, c’est en vertu de la démocratie directe que celle-ci est suspendue. Le scrutin du 17 mai est reporté, et avec lui les trois objets sur lesquels se serait exprimé le peuple suisse : la loi sur la chasse et sur la protection des mammifères et des oiseaux sauvages ; la déduction fiscale des frais de garde des enfants par des tiers ; et la très attendue et très redoutée – c’est selon – initiative populaire « Pour une immigration modérée (initiative de limitation) » lancée par l’UDC. C’est la première fois qu’une votation populaire est ajournée depuis 1951. 

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Curieusement, le parti en question ne s’en émeut pas. «Pour le moment, les gens et les entreprises ont d’autres problèmes que s’il y a des votations oui ou non», s’exprime le président de la formation conservatrice Albert Rösti au journal télévisé de la RTS du 18 mars dernier. Or, nous parlons ici du scrutin le plus important de l’année, voire de la décennie : en cas de oui, la votation aurait pour conséquence la sortie de la Suisse des accords de libre circulation. Peut-être se réjouit-on dans les rangs de l’UDC d’avoir un peu plus de temps pour faire campagne, la faction ayant perdu passablement de sièges aux dernières élections. 

Le report du vote n’émeut pas

Si tous les partis saluent cette décision gouvernementale, c’est curieusement à la présidence des socialistes qu’une réserve est émise. Christian Levrat, interrogé dans le cadre du même reportage, déclare : « Je ne voudrais pas qu’on donne le sentiment que la démocratie, la politique, les pouvoirs élus ne servent plus en temps de crise, j’ai au contraire le sentiment que notre rôle est d’être à la tâche et de travailler ». Qui est ce « on » ? Mystère et boule de gomme. 

Plus intéressant est le « ouf » de soulagement qu’on peut imaginer chez certaines personnalités plutôt progressistes. La journaliste Chantal Tauxe voyait dans les mobilisations contre le réchauffement climatique le risque que la vague verte aide paradoxalement l’UDC à atteindre son objectif d’en finir avec les accords bilatéraux. Peut-être que, si les votations avaient été maintenues, la crise du coronavirus aurait augmenté le sentiment d’une partie de la population que le mal vient de l’extérieur. Mais c’est bien connu, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille… Déjà que tout le monde est actuellement sous cloche. 

Le Maghreb malade du coronavirus

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Contrôle de police à Rabat, 22 mars 2020. SIPA/ Chine nouvelle. Feature Reference: 00951342_000002 Feature Reference: 00951342_000002

 


Maroc, Algérie et Tunisie réagissent différemment à la crise sanitaire. Si Rabat s’affirme progressivement comme la grande puissance régionale, Alger souffre plus que jamais d’une gouvernance défaillante. Et Tunis reste dans l’incertitude. 


La vidéo a fait le tour de Youtube. On y voit un gendarme marocain au physique de lutteur asséner une énorme gifle à un sujet du Roi n’ayant pas respecté le couvre-feu.

Le Covid-19 a traversé la Méditerranée

Contrairement aux propos surréalistes du gouvernement français en janvier, qui rappelle la gestion du nuage de Tchernobyl, un virus passe les frontières. Même la mer. La peste noire était arrivée par le port de Marseille, le virus du pangolin par les aéroports. Question d’époque. Et les pays du Maghreb n’échappent pas à ce drame mondial. Ils font avec les moyens du bord, faute de moyens techniques et humains suffisants puisque nombre de leurs médecins officient en dehors de leurs frontières. Selon l’Ordre des médecins, près de 20 000 médecins maghrébins travaillent en France, ce qui représente un tiers des praticiens étrangers : 25% sont nés en Algérie, 11% au Maroc et 7% en Tunisie.

A lire aussi: CoVid-2019, ce que l’on sait de la maladie

Au royaume chérifien, on a rapidement pris les choses très au sérieux. Et on ne rigole pas avec les ordres. Le territoire marocain est extrêmement mal pourvu en services hospitaliers, particulièrement dans les zones rurales et montagneuses. Les lits de réanimation et les tests manquent. On s’en remet donc à la discipline et à la solidarité nationale. Le confinement obligatoire est jusqu’à présent respecté par sa population qui fait preuve de civisme. Les lieux publics ont été déclarés interdits sous peine de sanctions pénales. Seuls quelques groupes islamistes ont fait entendre une voix dissonante en organisant à Tanger et à Fès des rassemblements pour contester la fermeture des mosquées. Mais ils ont été rapidement mis au pas, Rabat les contrôlant avec une main de fer depuis les attentats de Casablanca (2003).

Maroc : les ministres milliardaires philanthropes

Afin d’éviter une catastrophe économique et une situation sanitaire à l’iranienne, le roi a créé le 15 mars un Fond spécial pour la gestion de la pandémie. Doté de 10 milliards, il doit servir à la « mise au niveau du système de santé afin de contenir la pandémie, mais aussi au soutien à l’économie nationale, à la sauvegarde de l’emploi et à la réduction de l’impact social occasionné par cette situation ». Un grand élan de solidarité s’organise dans un pays où 345 cas ont été diagnostiqués et 25 personnes décédées. Les ministres et parlementaires font don d’un mois de salaire au profit du fond contre le coronavirus. Plusieurs milliardaires ont également mis la main à la poche, comme le ministre de l’agriculture Aziz Akhannouch, première fortune du pays, ou celui de l’Industrie, le richissime Moulay Hafid Elalamy.

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Le Maroc devient bel et bien la puissance montante dans la région. Sa stabilité lui a permis de réagir rapidement tout en s’appuyant sur une solidarité ancestrale pour pallier les problèmes structurels du pays.

Chaos algérien

En Algérie, ce n’est pas le même topo. Longtemps, le pays a eu une médecine performante. Les gouvernements de Ben Bella, de Boumediene et consorts avaient à cœur de développer une médecine efficace sur l’ensemble du territoire. À partir de 1962, des coopérants français, dont certains issus des Réseaux Jeanson, des Bulgares et les éternels cubains, que l’on retrouve aujourd’hui en Italie, ont formé des générations de médecins compétents. Les années 80 ont marqué un tournant. Au fil des ans, les effectifs se sont amenuisés et nombre de médecins ont fui en France le Front Islamiste du Salut. Tout le monde se souvient des multiples hospitalisations de Bouteflika dans l’hexagone. En plus de ces lacunes, Alger souffre évidemment de difficultés politiques, se montrant pour le moment incapable de délivrer des consignes claires.

Le président Tebboune peut cyniquement remercier le virus de lui avoir épargné un énième hirak. La population est pour le moment contrainte de rester de 7 heures à 19 heures à la maison. Les wilayas de Batna, Tizi-Ouzou, Sétif, Tipasa, Constantine, Médéa, El Oued, Boumerdès et Oran se trouvent déjà d’ores déjà en voie de confinement. La nuit peut être folle à Alger mais tout le monde s’attend à un confinement général. Seulement, personne ne sait quand la décision tombera. Le gouvernement a peu de marge de manœuvre. Avec des journalistes d’opposition encore en prison, la transparence n’est pas garantie.

Officiellement, au 28 mars, on déplorait 454 malades et 29 morts.

Flou tunisien

La Tunisie est confinée. Comme au Maroc, un plan d’aide en urgence a été voté. Dans un pays en rémission politique et économique, le virus tombe vraiment mal. Le 21 mars, le Premier ministre Elyes Fakhfakh a débloqué 800 millions d’euros afin de protéger entreprises et chômeurs. 158 millions seront consacrés aux personnes mises au chômage technique et aux 285 000 familles les plus démunies. Mais dans un pays où 40% de l’économie reste informelle, beaucoup de Tunisiens doutent de pouvoir bénéficier de cette aide. Les artisans, essentiels à l’économie du pays, mais déjà exemptés de charges, ne pourront pas y compter. Quant aux anciens étudiants, majoritairement acquis à l’actuel président mais souvent en travail partiel, rien n’indique qu’ils en bénéficient,

C’est le flou artistique à Tunis. Qui paiera l’aide ? On parle d’une demande au Front monétaire International.

Bref, le Maghreb semble parfois naviguer à vue, comme la rive nord de la Méditerranée. Sans parler de la Libye. Jusqu’où ira la crise ? Nul ne le sait mais une chose est sûre : les conséquences peuvent être encore plus graves que prévu. Et certains pourraient encore en profiter.

« Beau-père », un film comme on n’en fera plus

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Patrick Dewaere et Ariel Besse dans "Beau-père" de Bertrand Blier (1981). AFP. 076_CHL_016730 Byline / Source / Credit Sara Films / France 2 / Collection ChristopheL via AFP

Servi par Patrick Dewaere, Maurice Ronet, Nicole Garcia et la jeune Ariel Besse, Bertrand Blier raconte dans Beau-père (1981) la relation trouble et délicate entre un trentenaire et sa belle-fille adolescente. Dérangeant et déchirant.


En ces temps confinés, la distance sociale et la claustration forcée oppressent les faux misanthropes, les rendant soudain conscients de leur dépendance aux autres. Mais notre condition de Gregor Samsa 2.0 n’a pas que des mauvais côtés : à défaut de s’empiffrer à longueur de journée ou de relire Vie et destin, chacun peut enrichir sa vidéothèque personnelle.

Tombeau pour la mère

Pour les estropiés virtuels qui se sont arrêtés à la fin du XXe siècle, foin de Netflix, Canal vidéo et autres sites de streaming bien trop pointus pour leur petit encéphale, Youtube offre une fonctionnalité toute simple : louer un film en un clic. Je me suis ainsi résolu à (re)voir la filmographie de Patrick Dewaere en commençant par un film qui me faisait de l’œil depuis longtemps : Beau-père (1981).

Devant la caméra de Bertrand Blier, Dewaere s’affranchit de son compère Depardieu le temps d’un drame familial. Venons-en au synopsis, adapté comme Les Valseuses d’un roman de Blier. Après des années de passion éperdue, Rémi (Patrick Dewaere) et Martine (Nicole Garcia) cohabitent tant bien que mal dans un grand appartement – autres temps… – qu’ils partagent avec Marion, 14 ans, née du précédent lit de Martine. A force de tirer le diable par la queue, lui jouant du piano dans le restaurant d’un grand hôtel, elle achevant une carrière ratée de mannequin, leur couple bat de l’aile. Un jour, après une énième dispute sur l’argent, Martine prend l’auto du couple et se tue au volant.

Lorsqu’il apprend la nouvelle, Rémi, 30 ans, est abattu. Il ne sait même pas comment en informer Marion, certes mûre pour son âge mais fragile comme la lycéenne qu’elle est. En désespoir de cause, il griffonne quelques mots sur une feuille. Tout s’effondre pour Marion, sinon l’affection qu’elle porte à Rémi, son beau-père depuis huit ans. C’est décidé, la jeune fille ne veut pas le quitter. Tant pis pour son père biologique, Charly que Maurice Ronet campe avec le teint cireux de ses dernières années rongées par le crabe. Patron de boîte de nuit alcoolique que Martine avait quitté pour Rémi, Charly prend sa revanche en décidant d’héberger sa fille. Inconsolable, Marion fugue pour revenir chez Rémi et impose son choix à toute la famille.

 « Qu’est-ce qu’elle penserait si elle nous voyait ? » 

Car l’orpheline n’éprouve pas seulement la tendresse filiale d’une fille envers son beau-père. Là est toute l’audace du film : à quatorze ans, Marion se croit et se dit une femme. Une femme amoureuse de son beau-père. De retour chez lui, elle le poursuit de ses avances, le presse de l’initier et dépérit aussi longtemps qu’il la repousse. Loin d’édifier le spectateur, Bertrand Blier filme sans pathos ce que la vie a d’ontologiquement amoral au grand dam des chaisières de tout poil. Il faut avoir l’esprit de système d’Eric Zemmour pour dénoncer dans Les Valseuses un hymne au nihilisme soixante-huitard. Et pourquoi ne pas voir dans Beau-père un éloge éhonté de l’amour libre ? Absurde. D’aucuns pourfendent un Blier réactionnaire, misogyne et antiféministe dont le sublime nanar Calmos révélerait les penchants inavouables. Mais pourquoi diable mêler art et politique ?

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Toute la beauté de Beau-père réside dans son absence de jugement. Ni apologue matznévien ni fable à la morale obligatoire, l’œuvre dépasse son créateur et ses acteurs. Les tempêtes sous un crâne n’y reflètent pas l’opposition entre le bien et le mal, le licite et l’illicite mais les contradictions de chacun. Lors d’une des nombreuses scènes d’alcôve, Rémi confie ainsi à Marion se sentir continuellement épié et observé par le fantôme de Martine. « Qu’est-ce qu’elle penserait si elle nous voyait ? » Avec l’aplomb et l’ingénuité de ses quatorze printemps, Marion répond tout à trac : « Elle penserait que j’ai beaucoup de chance ! » Du sourire aux larmes, la géniale Ariel Besse interprète avec une facilité déconcertante les atermoiements œdipiens de son personnage. Comment comprendre l’amour d’une adolescente pour son beau-père. Hommage à sa défunte mère ? Profanation de sépulture ? « Je suis une femme », répète inlassablement Marion à Rémi, sans doute autant pour le convaincre qu’afin de s’en persuader elle-même.

Ronet au crépuscule

L’un des ressorts cachés du film tient à la présence de Maurice Ronet. Diminué, usé, fatigué, il n’est plus que l’ombre du Feu follet. Le télescopage entre le père de fiction démissionnaire et le comédien à l’hiver de sa vie exacerbe la sensibilité du film. Sur la pellicule, Charly nourrit quelques soupçons mais préfère se voiler la face jusqu’au bout.

Contre toute morale, le spectateur se surprend à épouser le point de vue de Marion. Lorsque Rémi se refuse à elle, voire envisage une nouvelle vie, l’ado éplorée exprime toute la pureté et l’intransigeance de ses vertes années. L’épilogue de Beau-père, dont je ne dévoilerai rien, montre une déchirante rédemption sentimentale. Comme dirait Blier, préparez vos mouchoirs !

La chauve-souris

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Image: José Ignacio García Zajaczkowski / Unsplash

Les applaudissements à 20h sont l’occasion pour les confinés d’avoir une vie sociale. Et également les prémices d’une crise sociale sans précédent…


Tous les soirs, les Parisiens ouvrent fenêtres et balcons pour applaudir les aides soignants, les malades. Dérisoire, dit-on. Evidemment ! Mais cela réchauffe. Cela unit. Les voisins qui ne se saluent pas sur le bitume, depuis des années, se découvrent, de leurs balcons. Nous nen sommes pas aux baisers volants. Que serait-ce si, comme dans le roman de Giono (à lire impérativement), on se retrouvait à vivre sur les toits, bivouaquant sous les étoiles, à nouveau visibles sans pollution. Car enfin, reconnaissons-le, comme la dit Ivan Rioufol, à CNews hier : « Que le silence de Paris est beau ! Les sabots des chevaux de la Garde républicaine descendant une rue déserte font, dans le temps ordinaire, une parenthèse enchantée. Sur la place du Panthéon déserte ne voyait-on pas, hier, deux dames jouer au volant ? Prose insignifiante, dira-t-on. Vraiment ? »

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Tous à vos fenêtres

A huit heures pétantes, chaque soir, dans ma rue, un marin, tout droit sorti du roman de Moby Dick, que le confinement a arrêté, contraint et forcé, au-dessus de chez moi, ouvre sa fenêtre et lance les applaudissements. Une fenêtre lui répond, puis une autre, de lautre côté de la rue, une autreTous au balcon ! Une corne de brume lance son appel. Une riveraine, forte en voix, lance son cri de guerre. Un voisin fait des illuminations. Facile, direz-vous ! Eh bien non ! Car la répétition guette le charme de la nouveauté : il faut garder lendurance. Donner du sens à ce rituel. Hier une clarinette tout droit sortie de Sidney Bechet envoûtait le soir qui tombait. 

Confinez-vous ! Lisez ! Revenez à lessentiel ! nous avait dit le président. Les sites Netflix et Youporn navaient pas attendu linjonction présidentielle. Le 25 mars, le site Pornhub rendait gratuites ses prestations dans le monde entier afin que tout le monde lutte contre lennui. Ce « coup de main » altruiste, même si quelque floutage semble avoir été imposé depuis, est ce quon appelle lentraide entre pays. Le printemps sera chaud, à en juger par la une de Têtu. Il y aura aussi un baby boom, prédisent les experts.

Crise sociale en vue

En attendant, en Italie, cest lhécatombe discrète dans les « case di riposo » autrement dit les Ephad.« Les familles italiennes se disent adieu dans lambulance » écrit Figaro Vox. Les pages nécrologiques noircissent des colonnes. Ce même article révèle une comparaison instructive. Une étude montre, en effet, que les deux villes lombardes de Bergamo et Lodi, touchées en même temps par le Covid-19, connaissent pourtant une mortalité très différente. Très industrialisée, en lien avec la Chine et lAllemagne, Bergame est un Wuhan italien. Pour navoir pas isolé les foyers épidémiques et avoir permis aux soignants de travailler sans masques, pour avoir fait le choix de la production économique en refusant un confinement absolu, Bergame connaît une hécatombe. À la différence de Lodi, le centre logistique le plus actif du Nord de lItalie, dont le chiffre de morts na rien de comparable.

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Dans certaines villes italiennes, la télévision montre des couples dansant sur leurs balcons. La vérité, cest que l’émeute et la famine ont déjà ouvert une crise sociale. LItalie est aux abois. Quant à lEurope, divisée, elle est menacée dans sa survie. Mais pourquoi, dira-t-on, les Pays-Bas et la Suède, qui ont refusé le confinement en misant sur le civisme des citoyens, ne connaissent-ils pas lhécatombe ? Elle va venir, disent les augures. LEurope du Nord a forcément du retard sur celle du Sud.  

Tout en me livrant au rituel journalier de lapplaudissement, accompagné, ce soir, de lhymne national italien, je pensais à des airs quon pourrait faire entendre sur les balcons. Dans une intention grinçante : « La Chauve souris » de Strauss dont tout le monde connaît la valse jouée au premier de lan. Ou bien – cest dactualité – : « Le bal masqué » de Verdi. Et enfin, la Suite bergamasque de Debussy dont le fameux Clair de lune.

Après avoir bien applaudi et refermé ma fenêtre, je me suis surprise à me laver les mains.

Le hussard sur le toit

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Moby Dick

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L’Union nationale passe par Zidi, Lautner, Poiré, Robert, etc…

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Papy fait de la résistance, film de Jean-Marie Poiré (1983) © Sipa / Numéro de reportage: 00220407_000007

La télévision programme tous les jours des comédies populaires pour contrer le Covid-19.


Quand le pays vacille, qui appelle-t-on à la rescousse ? Des cinéastes engagés et humanistes, des artistes lanceurs d’alerte qui dénoncent les puissants et engrangent des subventions publiques à la pelle, ces figures intellectuelles qui nous donnent mauvaise conscience depuis cinquante ans et qui ont essayé, en vain, d’éduquer l’œil du peuple ? Non, décidément, le public n’entend rien à l’Art. C’est à désespérer de vouloir faire le bien des masses laborieuses. Ces gens-là sont irrécupérables. Besogneux et même pas capables de s’élever visuellement. Vautré dans ses habitudes petites-bourgeoises, perclus de vieux réflexes, attaché à cet humour décadent comme un ministre à sa voiture de fonction, hermétique au « beau », le public rejette en bloc le cinéma d’auteur à vocation lacrymale et inquisitoriale. Il ne lira pas plus les philosophes assermentés qu’il ne visionnera des œuvres mémorables, censées le questionner sur sa situation d’esclave volontaire. Non, le public veut de la grosse tambouille, de la farce bistrotière et du rire gras pendant le confinement. Bientôt, il réclamera du Max Pécas tout l’après-midi. Les voies du nanar sont impénétrables. Libé et Télérama s’étouffent. Le cinéma militant et déprimant que la presse encartée essaye de nous vendre, suscite au mieux, un désintérêt poli, au pire, une ironie de classe.

La revanche des tocards

Nous assistons à l’échec d’un monde culturel qui a daubé, snobé et combattu souvent, avec hargne, le cinéma populaire du dimanche soir. Audiard se gondole. Denys de La Patellière pouffe. Philippe de Broca se régale. Lautner applaudit. Oury sourit. La revanche des tocards a sonné. Les absents des sélections et des rétrospectives reprennent du galon dans nos salons. C’est assez délectable de constater que le cinéma officiellement reconnu, accusatoire et volontiers moralisateur, tant chéri par la critique, a toujours avancé de pair avec les différents pouvoirs en place. Que nous apprend cette nouvelle vague du Covid-19 sur les goûts des Français en matière de cinéma ? Qu’ils sont attachés à une qualité de réalisation et que la comédie a des vertus apaisantes sur nos angoisses du moment. 

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Certains y verront un repli identitaire et un rejet de la réalité. Chez ces procureurs des salles obscures, nous serons toujours qu’une bande de fachos misogynes et incultes, des lourdauds frappés de stupeur mentale qui, par leur absence de prise de conscience, continuent de véhiculer une image dégradante de toutes les minorités. Coupable forcément coupable. J’exagère à peine. 

Les César de Florence Foresti sont loin

J’ai lu des choses extravagantes à la mort de Jean-Pierre Marielle, aimer ce cinéma-là, irrévérent et picaresque, nostalgique et sentimental, c’était tout bonnement cautionner toutes les violences sociales. De spectateur qui se marre, vous passiez à tortionnaire, individu déviant à incarcérer sur le champ. C’était manquer de jugeote et de sensibilité, ne rien comprendre au second degré et à la distanciation par écran interposé, car Marielle, acteur épidermique, au grain si pénétrant, était tout le contraire. Par son outrance verbale et son désespoir fracassant, il nous ouvrait les interstices de l’âme, avec lui, le mal marié, l’inconnu des autoroutes, le provincial à l’abandon touchait au sublime, il accédait à l’immortalité. Il incarnait l’Homme seul face à ses démons. Nous étions assurément plus du côté de Cervantes que de la gaudriole à l’ancienne. Mais, comment raisonner tous ces Torquemadas qui ont la passion de l’exclusion en héritage, le procès étant leur seule manière d’atteindre l’orgasme avec le tri sélectif ? Ils aiment le public quand il marche droit et adhère à leur purée idéologique. Sinon, vous n’êtes qu’un vieux schnock qui refuse le progrès, forcément source d’émancipation. Un pauvre type resté bloqué dans les années 1970/1980 qui enfile le cuir de Belmondo pour se sentir vivant. Malgré une propagande tenace, on se souvient de la dernière Cérémonie des César, ce spectacle paraît aujourd’hui complètement ridicule et indécent, le public a choisi son camp. 

Ce n’est donc pas un hasard si la télévision programme depuis une quinzaine de jours : « Un éléphant, ça trompe énormément », « Nous irons tous au paradis », « L’as des as », « Inspecteur la bavure », « Les Tontons », « La soupe au choux » ou « Twist again à Moscou ». Un festival des bannis ! Les éternels oubliés des successifs Ministères de la Culture font de la résistance. Les Zidi, Poiré, Lautner, Yves Robert et tous les amuseurs à la papa n’ont reçu que du mépris durant leur longue carrière. Y-aura-t-il, sur ce sujet-là aussi, un mea-culpa de nos dirigeants ? Nous avons honte pour eux. Car, ces films « tout public » regorgent de trouvailles scénaristiques, ils sont tenus par des acteurs incroyables, ils n’ont pas la prétention de dénoncer la société, mais, par magie, ils provoquent un rire instinctif. Un rire franc et salvateur, ce lien qui unit les Français dans la débâcle, qui les rattache à un socle commun. On apprécie leur clarté, ce confort de visionnage tellement délicat, et longtemps après, ils irriguent notre cerveau. Ils nous apportent un bien-être immédiat et le sentiment de partager une même histoire. Ils sont notre ADN. Tant que toutes les générations pourront se réunir autour de Jean Carmet, Gérard Depardieu, Lino, Dominique Lavanant, Philippe Noiret, Christian Clavier, Coluche, de Funès, Jean Rochefort ou Anny Duperey, notre pays ne sombrera pas totalement.

Renaissance des frontières

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Un homme prépare de la viande de chien, sur un marché à Yulin, dans le sud de la Chine, en 2014 © STR / AFP

Le mot « souveraineté » est sur toutes les lèvres, même celles d’Emmanuel Macron. Faut-il réellement espérer un virage politique pour l’après-confinement ?


Lorsqu’en janvier 2020, il fut acquis que les Chinois avaient une nouvelle fois laissé se développer un virus extrêmement contagieux du fait d’un rapport particulier à la nourriture animale et l’absence d’hygiène de leurs marchés dits « vivants » — et qu’au surplus le gouvernement chinois avait menti pendant près de deux mois sur la réalité du problème [tooltips content= »Marc A. Thiessen, « This virus should be forever linked to the regime that facilitated its spread », The Washington Post, 17 mars 2020 ; James Palmer, « Chinese Officials Can’t Help Lying About the Wuhan Virus », Foreign Policy, 3 février 2020. « ][1][/tooltips] — des États résolurent de fermer leurs frontières aux ressortissants chinois. Ainsi de la Russie, [tooltips content= »« Russia closes border with China to prevent spread of the coronavirus », CNBC, 30 janvier 2020, »][2][/tooltips] des États-Unis — aussitôt accusés par le régime chinois de « causer la panique » (sic) [tooltips content= »« Coronavirus: China accuses US of causing panic and ‘spreading fear’ », BBC, 3 février 2020, »][3][/tooltips] — ou d’Israël. L’ambassadeur de Chine en Israël se livrait aussitôt à une comparaison avec l’Holocauste (sic), [tooltips content= »« China’s Holocaust comparison for Israel’s coronavirus border closure isn’t just offensive, it’s inaccurate » »][4][/tooltips] donc chacun jugera l’intelligence et la proportionnalité.

A lire ensuite: La redoutable « diplomatie du masque » chinoise

D’autres, en revanche, dont l’intégralité des États européens et l’Union européenne, résolurent à des degrés divers de maintenir béantes leurs frontières, en raison de leur prédilection idéologique pour cet état de fait.

Pas de réflexes aux frontières

En particulier, le Nord italien, en raison de ses liens économiques privilégiés avec la Chine [tooltips content= »Helen Raleigh, « Iran And Italy Are Paying A Hefty Price For Close Ties With Communist China », The Federalist, 17 mars 2020. « ][5][/tooltips] subit des arrivées massives de Chinois sur son territoire, avant de décider de suspendre les vols en provenance du berceau de la pandémie. Lorsque ce pays prit de premières mesures restrictives aux frontières — il était pourtant déjà trop tard — des autorités de l’UE lui reprochèrent de « surréagir ».

A lire aussi: Dans la »guerre » contre le Covid, quel arsenal chimique?

Jusqu’au 10 mars, le président français allait répétant que « la fermeture des frontières n’est pas la solution », [tooltips content= »Macron: « La fermeture des frontières avec l’Italie est une mauvaise décision »][6][/tooltips] au motif épatant — s’agissant d’un virus porté par l’homme — que les virus ne connaissent pas de frontières.

Le 25 février, dans une interview télévisée, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, assurait que fermer les frontières avec l’Italie « n’a pas de sens, puisqu’un virus ne s’arrête pas aux frontières ». Il ajoutait qu’il n’y avait pas de véritable épidémie en Italie, car les autorités sanitaires ont pris précisément pris les mesures requises pour « enrayer l’épidémie ».

Le retour de bâton

Quelques jours plus tard, l’Union européenne recommandait de fermer les frontières avec la Chine (pour les personnes) et dans le même mouvement la plupart des pays européens en revenaient, dans la panique, à leurs frontières nationales.

Depuis 1989 s’est réaffirmée une idéologie vieille comme la philosophie : celle de la tension vers un gouvernement mondial. Des financiers aussi influents que George Soros — avec une force de frappe idéologique de 35 milliards US$ via la fondation Open Society — ont repris à leur compte le rêve d’une humanité réunie sous la noble gouverne d’un seul régime, dont Emmanuel Kant démontrait, dès 1795, le caractère inévitablement tyrannique ou factice (Projet de paix perpétuelle).

Cette idéologie a bientôt subverti les communautés européennes. À l’origine purement économique, le projet du « marché commun » se mua insensiblement en projet politique, visant à phagocyter les souverainetés nationales, avant le grand soir d’une seule politique étrangère, une seule armée, des décisions se prenant par un seul gouvernement — fût-il institutionnellement composite — européen.

Un peu de démographie

De cette idéologie, un autre vecteur privilégié furent les Nations-Unies, dans leur principe et jusqu’au très récent Pacte de Marrakech, conçu comme jalon vers des migrations libres et sans entrave : un droit à la migration.[tooltips content= »« Le pacte de Marrakech, Vers une gouvernance mondiale des migrations ? », IFRI, février 2019. « ][7][/tooltips]

Il n’est pas jusqu’à de nombreux partis et intellectuels de droite, en Europe, en principe opposés à l’anarchie migratoire, qui ne finirent par intérioriser l’inéluctabilité des migrations massives, en raison de la croissance démographique de l’Afrique.[tooltips content= »Vermeersch et T. Francken, Continent sans frontière, Jourdan, 2018 ; A. Destexhe, Immigration et intégration: avant qu’il ne soit trop tard… , Dynamédia, décembre 2018. »][8][/tooltips]

A lire aussi, Jérôme Fourquet: « 83% des Français souhaitaient la fermeture immédiate des frontières »

Rien n’est moins exact, car si le surplus de croissance démographique impliquait par lui-même des migrations massives, la carte et l’histoire du monde ne seraient pas celles que lui connaissons.

Ce que cette crise aura démontré, ce sont plusieurs vérités a) les frontières ont une utilité sans égal en situation de crise b) sans frontière, il n’y a ni pays ni souveraineté, c) les virus comme le terrorisme se nourrissent avidement de l’ouverture indiscriminée des frontières aux personnes d) la fermeture temporaire des frontières, au besoin totale, est possible, faisable, aisée à mettre en œuvre, rapide et elle produit des effets immédiats e) la fermeture des frontières peut être totale vis-à-vis de certains pays dans le même temps qu’elles sont ouvertes aux ressortissants et marchandises d’autres pays.

En résumé, rien ce qui est écrit, déclaré, soutenu dans le contexte européen – spécialement UE – sur le concept de frontière, depuis 15 ans, n’est vrai.

Ce matin sur Sud Radio, notre directrice Elisabeth Lévy évoquait également cette question de la souveraineté

Reload!: Comment l'Amérique invente le siècle

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Vers une pénurie mondiale de préservatifs?

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Les usines de Goh Miah Kiat (notre photo), magnat de la capote et dirigeant du géant Karex, sont à l'arrêt © SAEED KHAN / AFP

Confinés, ok. Mais confinés sans préservatifs…


Allons-nous assister à une pénurie mondiale de préservatifs ?

Le malaysien Karex, premier fabricant mondial (qui vend ses préservatifs sous des marques telles que Durex), produit en temps normal un préservatif sur cinq dans le monde. Or ses usines sont à l’arrêt depuis plus d’une semaine en raison d’une fermeture imposée par le gouvernement, à cause du coronavirus.

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Les autres pays producteurs : la Chine, l’Inde et la Thaïlande, sont également affectés par le virus, même si aucune donnée n’a été communiquée à ce stade. Le président de Karex, Goh Miah Kiat, a ainsi déclaré à Reuters que la pénurie pourrait même durer des mois, ce qui serait « effrayant ». Dans ce cas, difficile de tenter de masquer la pénurie de préservatifs en expliquant, comme Sibeth Ndiaye pour les masques, que ce n’est pas utile ou que leur utilisation requiert des gestes techniques. Alors faut-il stocker des préservatifs jusqu’à la fin du confinement ? Si la production de Karex a repris depuis vendredi dernier, les usines tournent à seulement la moitié de leurs capacités, ce qui représente un manque de près de 100 millions de préservatifs. Selon Goh Miah Kiat, il va être difficile de faire face à la demande toujours très forte car le préservatif est un produit de première nécessité et que, dans ces temps incertains, les gens ne prévoient pas d’avoir d’enfants. Autrement dit : restez chez vous mais sortez couverts !

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Dans la « guerre » contre le Covid, quel arsenal chimique?

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Une soignante dans un service de réanimation à Grasse, le 29 mars 2020 © Frederic DIDES/SIPA Numéro de reportage : 00952889_000001

Il n’existe pour l’heure pas de traitement contre le virus responsable de la « pneumonie de Wuhan » que l’humanité affronte. Toutefois, outre la chloroquine vantée par le Docteur Didier Raoult dont nous rappelons les caractéristiques, quelles munitions la pharmacie offre-t-elle aux médecins sur le front du Covid-19?


Si les médecins de Molière affirmaient qu’on ne pouvait pas guérir une maladie sans la connaître parfaitement et sans connaître parfaitement les remèdes nécessaires à la curation d’icelle, nous autres médecins contemporains sommes plus pragmatiques, au risque de frustrer la pulsion scopique qui pourtant nous habite et nous dévore. De mémoire d’homme, on a vu bien des remèdes incertains venir à bout de maladies tout aussi mystérieuses. Mais les médecins d’aujourd’hui sont avant tout des scientifiques, voire des biologistes. Mécanismes d’action, hypothèses et extrapolations faisant partie de plein droit de la science, nous allons tenter d’y voir plus clair dans les traitements antiviraux proposés pour lutter contre le Covid-19.

Hydroxychloroquine, la superstar

À tout seigneur tout honneur, commençons par l’hydroxychloroquine, qui agite médias et foules depuis que le professeur Didier Raoult en a fait la promotion d’une façon quelque peu « musclée ».

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L’hydroxychloroquine est membre de la grande famille des dérivés de la quinine, qui tous partagent un même noyau actif : la quinoléine. L’usage de la quinine est très ancien. D’abord extraite de l’écorce d’un arbuste andin dont les Amérindiens connaissaient les vertus fébrifuges, la quinine est utilisée à partir du XVIIe siècle par les colons espagnols pour traiter la fièvre tierce, c’est-à-dire la malaria ou paludisme. En 1735 le médecin Joseph de Jussieu, qui participe à une expédition scientifique royale menée par La Condamine, la rapporte en France (avec le caoutchouc et la coca). Depuis, des générations de voyageurs et de coloniaux en ont pris quotidiennement, dissoute dans l’eau, dans un breuvage dit « amer tonique ». Qui ne connaît ce soda suisse, l’indian tonic ? La quinine qu’il contient lui donne un bleu fluorescent à la lumière noire des discothèques, et mêlé au gin cela donne le fameux « gin tonic ». Plus sérieusement, complétons l’histoire avec l’apport essentiel des pharmaciens français Pelletier et Caventou, qui ont réalisé la synthèse de la quinine en 1820. 

La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001
La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les médicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les médecins et les politiques après des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus.
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001

Si elle est encore parfois utilisée telle quelle par voie intraveineuse dans les formes sévères de paludisme, la quinine comme chimioprophylaxie antipalustre s’est effacée dans la seconde moitié du XXe siècle au profit de son substitut synthétique : la chloroquine (nivaquine®) – structure chimique légèrement différente pour un même noyau actif, synthèse aisée et coût modique. Une simple opération d’hydroxylation sur ce même noyau engendre l’hydroxychloroquine (plaquenil®) : même efficacité, meilleure tolérance, indications élargies. Les propriétés anti-inflammatoires de ce médicament le rendent aussi intéressant dans certains rhumatismes inflammatoires comme le lupus. À noter une potentielle toxicité cardiaque, dose-dépendante, pouvant conduire à la mort par « torsade de pointe » (un arrêt cardiaque, pour parler clairement). Ce danger impose d’éviter les surdosages et de surveiller l’électrocardiogramme. L’augmentation d’un paramètre classique, l’espace QT, doit conduire à arrêter le traitement.

L’utilisation des antipaludéens de synthèse comme antiviral a un rationnel très sérieux. Ce sont des bases faibles qui interfèrent avec les fonctions phagocytaires par le biais d’une élévation du pH intracellulaire. En ce qui concerne le Covid-19, l’hypothèse pharmacologique est la suivante : l’hydroxychloroquine perturberait les réactions chimiques nécessaires au parasitisme du virus en jouant sur l’équilibre acido-basique des compartiments intracellulaires où il chemine. D’ores et déjà, il est démontré in vitro qu’elle exerce une inhibition de la croissance du SRAS-CoV-2.

Dans la réalité clinique, c’est-à-dire in vivo, nous n’en sommes pas aussi certain, même si plusieurs études tendent à le confirmer. Des médecins chinois auraient obtenu des résultats encourageants, sans pour autant donner les détails de leur protocole. Mais c’est au Marseillais Didier Raoult que revient le mérite d’avoir publié le premier essai clinique déterminant sur le sujet (Gautret et coll. Int J Antimicrobial Agents, 2020). Raoult est un incontestable spécialiste de l’hydroxychloroquine, devenue grâce à ses travaux le traitement de référence de plusieurs maladies infectieuses comme la maladie de Whipple ou la fièvre Q. Il recommande la prescription d’hydroxychloroquine à la dose de 600 mg par jour, en association à de l’azithromycine qui aurait une activité synergique, pendant 10 jours, et ce dès les premiers symptômes et la confirmation du diagnostic virologique. C’est une dose qui n’est pas négligeable sans être à proprement parler « énorme » comme on lit parfois. En comparaison, les patients souffrant de lupus en prennent au long cours à la dose de 400 mg par jour.

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Le travail de Raoult sur le Covid-19, pour pionnier qu’il soit, a cependant été très critiqué par la communauté scientifique. Et ce, non pas par jalousie, mais parce que sa qualité méthodologique était médiocre. Faible puissance statistique, biais de sélection des patients, insuffisance de suivi… Ces défauts devront être corrigés par les études en cours, notamment l’étude Discovery qui teste et compare plusieurs antiviraux, dont l’hydroxychloroquine. 

Azithromycine, intéressant mais pas en traitement principal

L’azithromycine, est un antibiotique de la famille des macrolides. Tout aussi bien connu, si ce n’est davantage, puisque nous sommes presque un sur six à en prendre au moins une fois dans notre vie !

Les macrolides sont de grosses molécules d’origine naturelle qu’on pourrait qualifier d’arme bactériologique puisqu’elles permettent aux bactéries de lutter contre leurs congénères. Comme les autres macrolides, l’azithromycine inhibe la synthèse des protéines bactériennes en se liant à la sous-unité 50S des ribosomes, leur « usine à protéine ». Vous auriez raison d’être étonné que l’on recommande un antibactérien alors que nous sommes à la recherche d’un antiviral ! C’est que l’hypothétique efficacité de l’azithromycine dans le Covid-19 ne repose pas sur ses propriétés antimicrobiennes, mais sur ses propriétés immunomodulatrices. En plus de prévenir une surinfection bactérienne, redoutable dans ce contexte, elle aurait une action antagoniste sur les facteurs de virulence infectieux et une action anti-inflammatoire assez spécifiquement pulmonaire. La production de mucus par les cellules épithéliales bronchiques en serait également réduite. Ces propriétés pourraient en faire un adjuvant mais non le traitement unique de la maladie.

D’autres pistes médicamenteuses à suivre

D’autres antiviraux plus récents attirent l’attention des médecins. 

Nous citerons les principaux : le remdésivir, fruit des recherches récentes sur le virus Ebola, qui perturbe la synthèse de l’ARN viral ; le baricitinib et le camostat qui empêchent le virus de pénétrer les cellules ; l’association lopinavir-ritonavir qui entrave les dernières étapes de la réplication virale par inhibition de la protéase virale. À noter que ces médicaments sont déjà utilisés chez des patients infectés par le VIH (un autre virus à ARN). 

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Toutes ces molécules sont actuellement étudiées dans le grand essai clinique européen Discovery, dont on attend les résultats avec impatience.

En pratique, on retiendra…

Sous la pression médiatique et du fait de l’urgence réelle, l’hydroxychloroquine vient d’obtenir l’autorisation de prescription, à titre dérogatoire et exceptionnel, dans les services hospitaliers prenant en charges les malades du Covid-19. Elle a aussi été autorisée aux USA, par décision directe du président Trump, dont les compétences en virologie ne sont plus à prouver ! 

Espérons que cette utilisation avant toute AMM (autorisation de mise sur le marché) permettra de répondre aux questions qui restent pendantes : 

Quel traitement ? À quelle dose ? Pour quels malades exactement ? Les formes graves (mais ce pourrait être trop tard) ou les formes bénignes (mais le rapport bénéfice/risque est moins évident) ? 

Ou en prophylaxie, pour couper l’infection avant même qu’elle soit apparente ? 

Le traitement diminue-t-il la contagiosité du malade, en négativant rapidement l’excrétion du virus ? 

Qu’elles que soient les réponses à ces questions, et au-delà de toute polémique bien mal venue dans un contexte aussi dramatique, espérons qu’il se trouvera bientôt un antiviral qui améliorera le pronostic de cette grave maladie. Cela permettra d’attendre la mise au point d’un vaccin – la solution parfaite, idéale, qui nous fait tous rêver. 

Pour favoriser cette issue heureuse, les Parisiens pourront aller déposer quelques fleurs devant le monument à la mémoire de Pelletier et Caventou, situé à l’angle du boulevard Saint Michel et de la rue de l’Abbé de l’Épée. Ce petit pèlerinage sera sûrement toléré par les policiers chargés de surveiller l’application du confinement… C’est pour la bonne cause !

Pelletier-Caventou

Les Anglais laissent tomber le T

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Des militantes protestent contre LGB Alliance, accusant l'association de "transphobie", Londres, novembre 2019 © Penelope Barritt/REX/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40735018_000011

Le mouvement LGBT sur le point d’imploser ? En Grande-Bretagne, des femmes, lesbiennes et hétéros, protestent contre le hold-up transgenre sur le Labour Party.


L’acronyme LGBT est en pleine récession. Il était parti pour s’allonger à l’infini, LGBTQI+ ad libitum. Désormais, on abrège. L’association anglaise LGB Alliance (LGB pour Lesbiennes Gays Bisexuels) met le holà, se désolidarise des T, et martèle quelques vérités. Le sexe est une caractéristique biologique et non une affaire de ressenti. Le sexe n’est pas « assigné à la naissance de façon arbitraire ». Le sexe est binaire : masculin ou féminin. L’idée que des enfants naissent « dans le mauvais corps » est une ineptie. 

En somme, l’idéologie transgenre ne passe plus. 

Le 9 mars dernier, lendemain de la Journée Internationale des Femmes, à Londres, un meeting s’est tenu pour protester contre l’oppression des hommes, d’un certain type d’hommes : les femmes-trans, autrement dit les hommes qui se sentent femmes. Rendez-vous à 19 heures au Maxilla Hall Social Club, une salle polyvalente située dans un quartier défavorisé et excentré de l’Ouest de Londres (à deux pas de la Tour Grenfell de tragique mémoire). Ce soir, trois cents participants, une poignée d’hommes et une majorité de femmes féministes, hétéros et lesbiennes, s’unissent pour tenir tête aux activistes trans’. 

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La plupart sont des militants travaillistes scandalisés par le hold-up des transgenres sur le Labour Party. 

Des femmes-trans (c’est-à-dire des hommes qui se sentent femmes) demandent l’accès aux places réservées aux femmes en vertu de la parité hommes-femmes en politique. Les droits des trans empiètent sur les droits des femmes…

Rappelons le contexte : depuis trois mois est ouverte la course à la succession de Jeremy Corbyn à la tête d’une gauche anglaise en pleine déconfiture. C’était le moment rêvé pour rédiger une Charte des Droits des Trans et tester les prétendants au leadership sur leur « inclusivité » et leur allégeance au politiquement correct. Qui oserait tenir tête à une minorité sexuelle ? Un seul parmi les quatre candidats (il s’agit de Keir Starmer, le seul homme de la compétition) a refusé de signer. Les trois autres (Rebecca Long-Bailey, Lisa Nandy, Emily Thornberry) se sont engagées à respecter la Charte des Droits des Trans

Défendez-moi ou excluez-moi ! L’ultimatum des travaillistes anglaises

Que dit la Charte ? C’est un document de deux pages, rédigé dans un sabir révolutionnaire du bon vieux temps, qui s’attache à dépeindre le nouveau lumpenprolétariat transgenre en haillons, sans-abri, sans emploi, pauvre, victime de discriminations, de crimes de haine et des « attaques incessantes de la presse réactionnaire ». Mais le manifeste ne s’arrête pas en si bon chemin et, pendant qu’on y est, parmi les douze engagements énumérés, réclame une purge au sein du Labour. Qui signe la Charte s’engage à nettoyer le parti de ses éléments « transphobes », parmi lesquels « Women’s Place UK, LGB Alliance et autres groupes de haine ». C’est le point 9 de la Charte et c’est l’objet de cette réunion du lundi soir 9 mars 2020, organisée sous les auspices d’une section féminine travailliste, en collaboration et en solidarité avec les deux organisations incriminées. Le titre du meeting sonne comme un ultimatum : Défendez-moi ou excluez-moi ! (Defend Me or Expel Me !)

Woman’s Place UK a vu le jour en 2017, l’année où la loi anglaise a autorisé le changement de sexe déclaratif, c’est-à-dire la possibilité de changer de sexe à l’état civil sans diagnostic médical ni modification physiologique. Woman’s Place UK entend défendre le pré carré des femmes contre les coups de boutoirs transgenres. L’association LGB Alliance a, elle, été lancée en 2019 et consacre le divorce des LGB d’avec les T. Woman’s Place et LGB Alliance ont en commun de considérer qu’une femme-trans, soit un « homme qui se sent femme » n’est pas une femme, postulat que les activistes transgenres tiennent pour une insulte transphobe.

Quel est l’enjeu ? Des femmes-trans (c’est-à-dire des hommes qui se sentent femmes) demandent l’accès aux places réservées aux femmes en vertu de la parité hommes-femmes en politique. Les féministes voient dans ces femmes-trans rien d’autre que des hommes qui prennent les postes des femmes. Les femmes-trans exigent de participer aux compétitions sportives féminines. Les féministes voient dans ces athlètes des hommes qui chipent à bon compte les médailles des femmes. Les femmes-trans demandent que les prisons pour femmes leur soient ouvertes, de même que les vestiaires, cabines d’essayage, dortoirs dans les écoles, les pensions ou les colonies de vacances, toilettes publiques. Les femmes voient dans ces transgenres des hommes qui viennent envahir les espaces jusqu’ici réservés aux femmes et violer leur intimité. 

Les droits des trans empiètent sur les droits des femmes. La guerre gronde. Les organisatrices du meeting de ce soir ont pris la précaution de n’indiquer leur lieu de rendez-vous qu’au dernier moment, pour éviter les intimidations des agitateurs transgenres. Peine perdue. Une trentaine d’entre eux barre l’entrée du meeting avec leurs mégaphones, banderoles et drapeaux arc-en-ciel. « Une femme trans est une femme ! », « Vous ne nous ferez pas taire ! » Les trans’ hurlent leur colère. (Saluons l’endurance de ces manifestants qui, malgré la nuit, le froid et la pluie, ne vont pas bouger de là, scander leurs mantras deux heures durant).

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Grâce au service de sécurité, ils ne réussiront pas à pénétrer dans la salle où se déroule le meeting. À l’intérieur, l’ambiance est chaleureuse. L’endroit est simple, un centre communautaire décoré des coupes gagnées par les enfants du quartier. On a l’impression d’un voyage dans le temps, il règne ici un parfum du siècle dernier, un petit air de réunion du MLF si ce n’est que les participantes qu’on voit sur les images d’époque sont jeunes, à la différence des femmes présentes aujourd’hui (on vogue entre 40 et 60 printemps). Trois époques s’entrechoquent, c’est très curieux. D’une part, l’atmosphère fait penser à une réunion syndicale des années 60. D’autres part, on revendique ici des droits élémentaires pour les femmes, comme au temps des suffragettes (le droit de se réunir, de s’exprimer librement). Et enfin on proteste contre la tyrannie trans’, mouvement ultra-contemporain, dernier avatar de la théorie du genre

Malgré les cris à l’extérieur, le débat est serein et déterminé. Un peu triste aussi. Ceux qui se succèdent à la tribune sont des militants travaillistes de la première heure. Pour vouloir protéger les droits des femmes, les voilà menacés d’exclusion de ce parti auquel ils ont consacré plusieurs décennies et tous leurs bulletins de vote. Un sentiment de trahison prévaut. Qu’est devenu le parti des opprimés ? Selina Todd, professeur d’histoire moderne à Oxford et militante féministe travailliste a eu l’audace de soutenir Woman’s Place UK. Traitée de transphobe et menacée par des activistes transgenres, elle s’est vue contrainte de donner ses cours à Oxford sous la protection de deux gardes du corps. Son discours ce soir est très applaudi. Paul Embery, pompier, leader syndicaliste, figure du Blue Labour, désespère des automatismes politiquement corrects de son parti. Il réclame des dirigeants qu’ils prennent la défense des femmes, et vite. Il demande que ceux qui ont signé la Charte des Droits des Trans reviennent sur leur décision et s’excusent. Julie Bindel, journaliste féministe et lesbienne, ardente militante contre les violences faites aux femmes, est la bête noire des activistes trans’. Elle le leur rend bien. « Je préférais encore le sexisme de nos pères au pseudo-progressisme de ces branleurs avec qui on ne peut même pas parler. » Elle raconte les menaces de mort et de viol dont elle est l’objet sans arrêt, les intimidations en tous genres, les montages photos postés sur Twitter : son visage, plusieurs verges dans la bouche, des « girl dicks », selon le vocabulaire des femmes-trans qui qualifient leur sexe de « pénis de fille ». 

Les lesbiennes combattent l’idéologie transgenre

C’est que les lesbiennes sont les plus virulentes dans la résistance à l’idéologie transgenre qu’elles ressentent comme une menace physique. Les femmes-trans (biologiquement, des hommes) attirées par les femmes, exigent l’appellation de lesbiennes et ne supportent pas d’être rejetées par les lesbiennes femmes. Les lesbiennes, de leur côté, ne voient pas dans les femmes-trans (ces hommes qui se sentent femmes) des objets de désir, ce qui provoque la vexation et la fureur de ces dernières, qui crient à la transphobie !

Marche pour les droits des personnes LGBT et transsexuelles à Londres, 2 novembre 2019. © Penelope Barritt/ REX/ SIPA
Marche pour les droits des personnes LGBT et transsexuelles à Londres, 2 novembre 2019.
© Penelope Barritt/ REX/ SIPA

L’intervention à la tribune de Debbie Hayton apporte encore un autre éclairage. Elle est, elle-même, une femme-trans et par ailleurs une scientifique, professeur de physique. Jean noir et T-shirt noir, cheveux longs et blancs. « Je suis fatiguée d’entendre indéfiniment les mêmes bêtises : ‘Les femmes-trans sont des femmes’, ‘les hommes-trans sont des hommes’. C’est tout simplement faux ! Les femmes-trans sont des hommes, c’est même le premier critère qui définit une femme-trans. Je ne suis ni une femme, ni une LGB, je suis une transsexuelle. Le mouvement transgenre est autoritaire. Leurs revendications absurdes sont un affront à la démocratie et n’aboutissent qu’à dresser un groupe d’opprimés contre un autre groupe d’opprimés ». Cette travailliste transgenre s’exprime avec la plus grande fermeté. Pour finir, elle condamne à son tour sévèrement la Charte en question et réitère sa solidarité avec Woman’s Place UK et LGB Alliance

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Ici, la théorie du genre n’a pas bonne presse. Stonewall, association historique de défense des homosexuels, dévoyée dans une fuite en avant pour les droits des transgenres, est huée chaque fois que son nom est prononcé. « Stonewall ne nous représente plus », est-il rappelé à la tribune, à plusieurs reprises. L’un après l’autre, les intervenants s’inquiètent des campagnes transgenres menées auprès des enfants, de la flambée du nombre de jeunes engagés dans des thérapies hormonales, et des pressions exercées par le lobby trans’ sur le corps médical. Surtout, ils s’inquiètent de l’intrusion des hommes dans les espaces réservés aux femmes, nouveau visage de l’oppression masculine.

Le principe de victimisation est un ogre qui avale les catégories de population les unes après les autres

On aimerait dire à la féministe Julie Bindel que c’est simpliste et lassant de qualifier l’activisme transgenre d’oppression patriarcale. 

On aimerait rappeler à ceux qui se plaignent de l’enseignement de la théorie du genre à l’école qu’ils étaient les premiers à protester contre l’interdiction de la promotion de l’homosexualité à l’école, décidée en 1998 en Grande-Bretagne. Pour tout dire, on a le sentiment qu’ils récoltent ce qu’ils ont semé.

On aimerait leur demander pourquoi ils demeurent si attachés à ce Parti Travailliste qui n’en finit pas de se fourvoyer dans les politiques identitaires. Le principe de victimisation est un ogre qui avale les catégories de population les unes après les autres et rien ne sert de rivaliser à qui sera le plus opprimé. 

Mais les discours sont dignes, sincères. Même à propos des excités dehors qui hurlent sans discontinuer, les intervenants parlent avec respect, compréhension, indulgence. Ici sont réunis ceux qui sont convaincus que le sexe est une caractéristique biologique. Et à l’ère où il faut se battre pour affirmer cette évidence, trouver des ressources d’audace et de courage, prendre des risques, rejoindre des réseaux clandestins, on n’a pas envie de se désolidariser. Les féministes m’ennuient. Je ne comprends pas les militants homosexuels qui font de leur sexualité une affaire publique et politique. Les discours du Labour Party sonnent comme une suite de paroles machinales, alignant les mots clé par démagogie. Pourtant, cette assemblée de féministes et lesbiennes travaillistes semble une précieuse armée de résistance, au service de la raison, ou en tout cas d’un combat primordial visant à mettre un coup d’arrêt à la destruction systématique de tout ce qui nous constitue. 

Deux schismes décisifs se sont esquissés ce 9 mars dernier. Les travaillistes d’hier ne se reconnaissent plus dans le progressisme déluré affiché par leur parti. Les homosexuels se désolidarisent des transgenres. L’acronyme LGBTQI+ a vécu. Le camp du progressisme se fissure. La négation du sexe, c’était la revendication de trop. Cette fois, c’est non !

L’homme est un virus pour l’homme

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Numéro de reportage : AP22443418_000049 © Daniel Cole/AP/SIPA

Episode 4 : bas les masques haut les mains


30 mars 2020

Rappel

Nos familles sont démembrées. Les jeunes n’avaient pas le droit de me fréquenter, interdiction au petit chaperon rouge d’apporter un panier de délices viraux à la grand-mère mais… le loup était déjà à mon chevet. Et je l’ai battu ! Plus rien à craindre de ce côté. Comment vous dire ? Ne plus le redouter parce qu’on l’a déjà eu, c’est grisant. J’ai l’impression d’avoir reçu un brevet de bonne gestion de santé, catégorie octogénaire, comme si rien ne pourrait plus jamais me toucher. 

Les proches sont loin, pas de brunch, pas de goûter, pas de réunion autour des visites en provenance du sud, d’outre-Manche, ou transatlantique ; les ponts sont levés, les retrouvailles annulées, le déroulement des saisons, figé. Pas de seder de Pessah. Dérogation imposée. Ma nishtana hashana hazeh, en quoi cette année est-elle différente ? Tous les ans, le branlebas de combat rituel : comment gérer la grande affaire, les courses, l’exigeante préparation des plats traditionnels, la vie professionnelle qui suit son rythme laïque ? A chaque fête un petit pincement de cœur. Impossible de se réunir au complet, de transmettre dignement, de dépasser les réticences et de faire comprendre que nous sommes un peuple, pas une religion. Qui lira la Hagadah… comme il faut… en hébreu ? 

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Ce sacré virus ouvre les vannes de la souvenance. La voix immense de mon père. Et son savoir paradoxal des textes, de la langue et du business d’un self-made man. Dans un passé récent, la lecture hazak de notre sabra Y. qui récitait la Hagadah du début à la fin comme un tank traversant le Sinaï. Ils sont allés s’installer à New York, ceux-là. Chaque année c’est le miracle de la sortie de l’Egypte, tout bâclé qu’il soit, le seder se compose, c’est magnifique, mon chicken soup avec knedlach est un chef-d’œuvre, l’alliance est scellée.

Pas de seder cette année alors que les dix plaies se déroulent sous mes fenêtres. 

Pas de visites. Pas de patience récompensée. Je ne l’ai pas encore vue, mon arrière-petite-fille, première de sa génération, née à Los Angeles en octobre. Elle va franchir d’innombrables mini-étapes de sa nouvelle vie avant que je puisse la tenir dans mes bras. On fera des Skype, je la verrai sur Instagram, on lui racontera, quand elle sera plus grande, comment elle est née l’année du COVID-19. Selon les dernières informations, notre beauté recevra sa part du stimulus package de 2 mille milliards voté en fin de semaine: un chèque de $500. Moins que les milliards alloués à Boeing, fabricant d’avions avariés, mais de quoi se payer un voyage en France enfin !!! 

Mettons des zéros dans l’assiette publique 

On baisse le rideau, les bras, les vols aller-retour ; on ferme les aéroports, les frontières, les championnats. Il faut réinventer l’argent, frère, sinon on coule. Le moteur est coupé, l’engrenage lance un dernier hoquet et s’arrête, l’économie se disloque en cadavre exquis. Le buzz se tait et cette détermination dévorante d’attirer la foule se mange la queue. Sur le long chemin tracé de l’homme chasseur-cueilleur jusqu’à l’être moderne, le touriste, le curseur s’est brutalement stoppé. Prenons un moment de recul pour admirer la construction astucieuse qui nourrit son homme, cette symphonie matérialiste mais tout aussi essentielle qui roulait toute seul, perpetuum mobile, jusqu’au jour où le nano-grain de sable, le coronavirus qui se prend pour le roi de l’univers, y planta son drapeau et clac ! 

Comment faire quand il ne reste que des bouches à nourrir, quelques supermarchés, la pharmacie, l’hôpital, les stations-service et la banque ? Il faut fabriquer de l’argent. Vous êtes de ceux qui n’aiment pas la finance, la spéculation, le capitalisme en bulles et en bourse ? Tant pis, il ne nous reste que cela. De l’argent creux fait de l’argent cru qu’on pompe dans les artères du système sous perfusion.

En ce qui nous concerne, le coup d’arrêt est venu à la première heure. Le voyage annuel au Japon est toujours programmé pendant la pause entre la fin d’une saison d’athlétisme et le début de la suivante… qui devait démarrer le 11 mars avec les championnats en salle à Nanjing. Annulés. Suivis, l’un après l’autre, de toutes les manifestations sportives. (N.B. Air France : On attend toujours le remboursement du billet aller-retour Paris-Nanjing promis depuis l’annulation des liaisons avec la Chine en février.) Le voici, mon héros, l’arme au pied. Les appareils hi-tech du photographe sportif, les boitiers d’alimentation, le monopode, les objectifs gros comme des RPG… tout ce poids qu’il porte fièrement se plante, tombe, bouche bée. Pas de Diamond League, pas de rythme endiablé d’allers-retours, Doha, Shanghai, Ostrava, Oslo … pas de marathons, la course s’arrête, on ne sautera pas plus haut, on ne lancera rien, on ne rêvera plus de dépasser les limites, cette saison aux grandes promesses, car c’était la marche vers les JO 2020 à Tokyo. On attendait l’inévitable. Cette année, 2020 tombera en 2021. 

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Il me semblait, il y a un siècle au mois de février, que la perte soudaine et totale de sportifs à photographier nous mettait en péril et à part dans un monde où les autres suivraient leurs métiers. Encore heureux que le photographe soit également journaliste.

Aurait-on imaginé qu’à la mi-mars notre boulangerie serait fermée ?

Bas les masques, haut les mains 

Scotchés aux médias, on boit d’heure en heure des chiffres qui cachent ce qu’ils dévoilent. Le nombre de cas et de victimes, chez nous, chez nos voisins, au loin et par anticipation. L’épicentre du tremblement de terre est déjà passé de l’Europe aux Etats-Unis, où les pas-moi-paranos se shootent à un néo-relativisme pathétique. Gare à ceux qui tomberont un jour malades. Problème cardiaque ? Serre les dents, mon vieux, et compte les victimes du cancer du côlon. Rage de dents ? T’es pas sans connaître les ravages de l’hépatite C ?

Les chiffres qui augmentent sans ébranler les fiers sceptiques sont le solde net de la pandémie. Ce sont les infectés, les hospitalisés et les morts qu’on n’a pas pu éviter malgré les mesures draconiennes imposées. Il faudrait multiplier par dix, par cent, par mille, par centaines de milliers pour obtenir le chiffre brut qui aurait été atteint si l’on avait laissé libre cours au virus. A présent, nous ne savons pas si nous serons bientôt tirés d’affaire. Nous sommes peut-être au tout début de quelque chose qui dépasse notre entendement.

Ce pourquoi je ne participe pas aux polémiques qui circulent comme des queues de la comète coronavirale. Tout un chacun sait… quoi ? savait qu’il fallait des milliards de masques. Celui qui aurait eu l’idée de sonder la population il y a quelques mois aurait trouvé en haut de la liste de préoccupations l’approvisionnement en masques FFP2. Hmmm, on cherchait plutôt des gamètes pour satisfaire le besoin d’enfants chez les couples unisexe. Bon d’accord, ok, mais n’oublions pas les gilets jaunes qui préfiguraient la crise à venir. Vaguement, à tâtons, éclairés de sagesse populaire, ils cassaient le dos des commerces qui, aujourd’hui, sont saignés à blanc. Ils mettaient le feu n’importe où hurlant « dégage » au gouvernement qui vient, par exemple, de prendre livraison des milliards de masques expédiés en urgence de Chine. Le RIC aurait mieux fait, n’est-ce pas ? Je regarde les bus passer à vide en rappelant les longues semaines de grève des transports où j’aurais eu besoin d’un respirateur si j’avais osé monter dans un bus bondé.

Je dois ménager mon stock d’indignation ainsi que mon flacon de shampooing qui ne se vend ni en pharmacie ni au supermarché. Je la réserve, ma colère, pour mon pays d’origine. On en parlera en long et en large, c’est promis pour l’Episode 5, « Mad in the USA ».  

Suspension de la démocratie directe

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Numéro de reportage: 00742619_000010 © EMMANUEL JOFFET/SIPA

Suisse. Coronavirus oblige, les votations fédérales du 17 mai sont reportées à une date indéterminée. Coup de tonnerre : les Suisses ne s’exprimeront donc pas (encore) sur la régulation de l’immigration. En marge de l’indifférence générale, certains redoutent que la démocratie soit présentée comme un «luxe de beau temps»; d’autres pourront au contraire se réjouir du report du scrutin pour des raisons elles aussi liées au coronavirus… Explications. 


Il se pourrait bien que cette année, les Suisses soient invités à aller voter sur des objets nationaux « seulement » trois fois – et non quatre. Le coronavirus est passé par là. Dans son communiqué du 18 mars, le Conseil fédéral explique que «la tenue correcte d’une votation populaire nécessite non seulement l’organisation de la votation au sens strict […], mais implique aussi que les citoyens puissent se former librement leur opinion (art. 34 de la Constitution). Les citoyens doivent pouvoir se forger une opinion et faire leurs choix en connaissance de cause. Cela implique en particulier qu’une campagne puisse avoir lieu avant la votation».

Un vote sur l’immigration très attendu ou très redouté selon les Suisses 

Ainsi, c’est en vertu de la démocratie directe que celle-ci est suspendue. Le scrutin du 17 mai est reporté, et avec lui les trois objets sur lesquels se serait exprimé le peuple suisse : la loi sur la chasse et sur la protection des mammifères et des oiseaux sauvages ; la déduction fiscale des frais de garde des enfants par des tiers ; et la très attendue et très redoutée – c’est selon – initiative populaire « Pour une immigration modérée (initiative de limitation) » lancée par l’UDC. C’est la première fois qu’une votation populaire est ajournée depuis 1951. 

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Curieusement, le parti en question ne s’en émeut pas. «Pour le moment, les gens et les entreprises ont d’autres problèmes que s’il y a des votations oui ou non», s’exprime le président de la formation conservatrice Albert Rösti au journal télévisé de la RTS du 18 mars dernier. Or, nous parlons ici du scrutin le plus important de l’année, voire de la décennie : en cas de oui, la votation aurait pour conséquence la sortie de la Suisse des accords de libre circulation. Peut-être se réjouit-on dans les rangs de l’UDC d’avoir un peu plus de temps pour faire campagne, la faction ayant perdu passablement de sièges aux dernières élections. 

Le report du vote n’émeut pas

Si tous les partis saluent cette décision gouvernementale, c’est curieusement à la présidence des socialistes qu’une réserve est émise. Christian Levrat, interrogé dans le cadre du même reportage, déclare : « Je ne voudrais pas qu’on donne le sentiment que la démocratie, la politique, les pouvoirs élus ne servent plus en temps de crise, j’ai au contraire le sentiment que notre rôle est d’être à la tâche et de travailler ». Qui est ce « on » ? Mystère et boule de gomme. 

Plus intéressant est le « ouf » de soulagement qu’on peut imaginer chez certaines personnalités plutôt progressistes. La journaliste Chantal Tauxe voyait dans les mobilisations contre le réchauffement climatique le risque que la vague verte aide paradoxalement l’UDC à atteindre son objectif d’en finir avec les accords bilatéraux. Peut-être que, si les votations avaient été maintenues, la crise du coronavirus aurait augmenté le sentiment d’une partie de la population que le mal vient de l’extérieur. Mais c’est bien connu, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille… Déjà que tout le monde est actuellement sous cloche.