Suisse. Coronavirus oblige, les votations fédérales du 17 mai sont reportées à une date indéterminée. Coup de tonnerre : les Suisses ne s’exprimeront donc pas (encore) sur la régulation de l’immigration. En marge de l’indifférence générale, certains redoutent que la démocratie soit présentée comme un «luxe de beau temps»; d’autres pourront au contraire se réjouir du report du scrutin pour des raisons elles aussi liées au coronavirus… Explications. 


Il se pourrait bien que cette année, les Suisses soient invités à aller voter sur des objets nationaux « seulement » trois fois – et non quatre. Le coronavirus est passé par là. Dans son communiqué du 18 mars, le Conseil fédéral explique que «la tenue correcte d’une votation populaire nécessite non seulement l’organisation de la votation au sens strict […], mais implique aussi que les citoyens puissent se former librement leur opinion (art. 34 de la Constitution). Les citoyens doivent pouvoir se forger une opinion et faire leurs choix en connaissance de cause. Cela implique en particulier qu’une campagne puisse avoir lieu avant la votation».

Un vote sur l’immigration très attendu ou très redouté selon les Suisses 

Ainsi, c’est en vertu de la démocratie directe que celle-ci est suspendue. Le scrutin du 17 mai est reporté, et avec lui les trois objets sur lesquels se serait exprimé le peuple suisse : la loi sur la chasse et sur la protection des mammifères et des oiseaux sauvages ; la déduction fiscale des frais de garde des enfants par des tiers ; et la très attendue et très redoutée – c’est selon – initiative populaire « Pour une immigration modérée (initiative de limitation) » lancée par l’UDC. C’est la première fois qu’une votation populaire est ajournée depuis 1951. 

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Curieusement, le parti en question ne s’en émeut pas. «Pour le moment, les gens et les entreprises ont d’autres problèmes que s’il y a des votations oui ou non», s’exprime le président de la formation conservatrice Albert Rösti au journal télévisé de la RTS du 18 mars dernier. Or, nous parlons ici du scrutin le plus important de l’année, voire de la décennie : en cas de oui, la votation aurait pour conséquence la sortie de la Suisse des accords de libre circulation. Peut-être se réjouit-on dans les rangs de l’UDC d’avoir un peu plus de temps pour faire campagne, la faction ayant perdu passablement de sièges aux dernières élections. 

Le report du vote n’émeut pas

Si tous les partis saluent cette décision gouvernementale, c’est curieusement à la présidence des socialistes qu’une réserve est émise. Christian Levrat, interrogé dans le cadre du même reportage, déclare : « Je ne voudrais pas qu’on donne le sentiment que la démocratie, la politique, les pouvoirs élus ne servent plus en temps de crise, j’ai au contraire le sentiment que notre rôle est d’être à la tâche et de travailler ». Qui est ce « on » ? Mystère et boule de gomme. 

Plus intéressant est le « ouf » de soulagement qu’on peut imaginer chez certaines personnalités plutôt progressistes. La journaliste Chantal Tauxe voyait dans les mobilisations contre le réchauffement climatique le risque que la vague verte aide paradoxalement l’UDC à atteindre son objectif d’en finir avec les accords bilatéraux. Peut-être que, si les votations avaient été maintenues, la crise du coronavirus aurait augmenté le sentiment d’une partie de la population que le mal vient de l’extérieur. Mais c’est bien connu, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille… Déjà que tout le monde est actuellement sous cloche. 

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