Le mot « souveraineté » est sur toutes les lèvres, même celles d’Emmanuel Macron. Faut-il réellement espérer un virage politique pour l’après-confinement ?


Lorsqu’en janvier 2020, il fut acquis que les Chinois avaient une nouvelle fois laissé se développer un virus extrêmement contagieux du fait d’un rapport particulier à la nourriture animale et l’absence d’hygiène de leurs marchés dits « vivants » — et qu’au surplus le gouvernement chinois avait menti pendant près de deux mois sur la réalité du problème [1] — des États résolurent de fermer leurs frontières aux ressortissants chinois. Ainsi de la Russie, [2] des États-Unis — aussitôt accusés par le régime chinois de « causer la panique » (sic) [3] — ou d’Israël. L’ambassadeur de Chine en Israël se livrait aussitôt à une comparaison avec l’Holocauste (sic), [4] donc chacun jugera l’intelligence et la proportionnalité.

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D’autres, en revanche, dont l’intégralité des États européens et l’Union européenne, résolurent à des degrés divers de maintenir béantes leurs frontières, en raison de leur prédilection idéologique pour cet état de fait.

Pas de réflexes aux frontières

En particulier, le Nord italien, en raison de ses liens économiques privilégiés avec la Chine [5] subit des arrivées massives de Chinois sur son territoire, avant de décider de suspendre les vols en provenance du berceau de la pandémie. Lorsque ce pays prit de premières mesures restrictives aux frontières — il était pourtant déjà trop tard — des autorités de l’UE lui reprochèrent de « surréagir ».

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Jusqu’au 10 mars, le président français allait répétant que « la fermeture des frontières n’est pas la solution », [6] au motif épatant — s’agissant d’un virus porté par l’homme — que les virus ne connaissent pas de frontières.

Le 25 février, dans une interview télévisée, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, assurait que fermer les frontières avec l’Italie « n’a pas de sens, puisqu’un virus ne s’arrête pas aux frontières ». Il ajoutait qu’il n’y avait pas de véritable épidémie en Italie, car les autorités sanitaires ont pris précisément pris les mesures requises pour « enrayer l’épidémie ».

Le retour de bâton

Quelques jours plus tard, l’Union européenne recommandait de fermer les frontières avec la Chine (pour les personnes) et dans le même mouvement la plupart des pays européens en revenaient, dans la panique, à leurs frontières nationales.

Depuis 1989 s’est réaffirmée une idéologie vieille comme la philosophie : celle de la tension vers un gouvernement mondial. Des financiers aussi influents que George Soros — avec une force de frappe idéologique de 35 milliards US$ via la fondation Open Society — ont repris à leur compte le rêve d’une humanité réunie sous la noble gouverne d’un seul régime, dont Emmanuel Kant démontrait, dès 1795, le caractère inévitablement tyrannique ou factice (Projet de paix perpétuelle).

Cette idéologie a bientôt subverti les communautés européennes. À l’origine purement économique, le projet du « marché commun » se mua insensiblement en projet politique, visant à phagocyter les souverainetés nationales, avant le grand soir d’une seule politique étrangère, une seule armée, des décisions se prenant par un seul gouvernement — fût-il institutionnellement composite — européen.

Un peu de démographie

De cette idéologie, un autre vecteur privilégié furent les Nations-Unies, dans leur principe et jusqu’au très récent Pacte de Marrakech, conçu comme jalon vers des migrations libres et sans entrave : un droit à la migration.[7]

Il n’est pas jusqu’à de nombreux partis et intellectuels de droite, en Europe, en principe opposés à l’anarchie migratoire, qui ne finirent par intérioriser l’inéluctabilité des migrations massives, en raison de la croissance démographique de l’Afrique.[8]

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Rien n’est moins exact, car si le surplus de croissance démographique impliquait par lui-même des migrations massives, la carte et l’histoire du monde ne seraient pas celles que lui connaissons.

Ce que cette crise aura démontré, ce sont plusieurs vérités a) les frontières ont une utilité sans égal en situation de crise b) sans frontière, il n’y a ni pays ni souveraineté, c) les virus comme le terrorisme se nourrissent avidement de l’ouverture indiscriminée des frontières aux personnes d) la fermeture temporaire des frontières, au besoin totale, est possible, faisable, aisée à mettre en œuvre, rapide et elle produit des effets immédiats e) la fermeture des frontières peut être totale vis-à-vis de certains pays dans le même temps qu’elles sont ouvertes aux ressortissants et marchandises d’autres pays.

En résumé, rien ce qui est écrit, déclaré, soutenu dans le contexte européen – spécialement UE – sur le concept de frontière, depuis 15 ans, n’est vrai.

Ce matin sur Sud Radio, notre directrice Elisabeth Lévy évoquait également cette question de la souveraineté

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