En Suisse aussi, masques de protection, thermomètres et gel désinfectant ont vite commencé à manquer. Sans parler des infrastructures des hôpitaux. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir vécu d’autres épidémies par le passé. Nos États européens ont-ils perdu toute capacité d’anticipation ? Prise de température.


La Suisse aussi est touchée par la pénurie de matériel sanitaire. Lors d’une conférence de presse de ce mercredi 25 mars, le vice-président de la Confédération Guy Parmelin a déclaré : « Nous faisons du mieux qu’on peut pour produire pour nous même ». Un peu tard… Le  matériel de protection a vite commencé à manquer dans le pays. « On va vite être en pénurie de masques », s’exprimait déjà le mercredi 18 mars un responsable de Genève Médecins – un service d’urgence qui dépêche des médecins à domicile – dans l’émission spéciale Coronavirus de RTS « Infrarouge ». Ceux que l’on trouve encore sont devenus très chers : 2,80.- CHF la pièce au lieu de quelques centimes. L’explication ? Les containers allemands remplis de masques n’arrivent plus en Suisse ; l’Allemagne les bloque à la frontière.

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Gel désinfectant et thermomètres font aussi défaut. « L’essentiel de la production a été délocalisé à l’étranger. C’est une question de climat politique général. Au sortir de la guerre froide, on a complètement changé de stratégie au niveau des réserves, car on s’imaginait vivre une paix éternelle…», commente André Duvillard, délégué au Réseau national de sécurité, dans les colonnes du quotidien 24 heures. Du côté des médecins de famille, la situation est encore plus sérieuse : dans l’émission d’ « Infrarouge », Sophie Guinand, médecin généraliste dans le canton de Neuchâtel, affirme que, dans sa branche, « on a manqué de matériel au départ pour prendre en charge des patients avec un état grippal: masques, blouses, lunettes. »

Tirons des leçons du passé et voir loin

Que faut-il en déduire ? Que le pays n’était pas préparé à faire face à une nouvelle épidémie, alors même qu’il en avait connu d’autres. « La Suisse n’a pas tiré les leçons de l’épidémie H1N1 de 2009 », résume André Duvillard, dans l’article du 24 heures. L’affaire est même plus grave que cela. En effet, un répertoire de masques en nombre suffisant existait depuis 2014, seulement cet inventaire était virtuel : « Les responsables sanitaires n’ont en réalité pas constitué les stocks recommandés », comme le rapporte Le Matin Dimanche sous la plume de son chef de la rubrique économie, Pierre Veya [1]. A la dépendance à l’égard de la Chine, s’ajoute donc l’incompétence des services de la santé.

N’oublions pas non plus que si nous devons rester sous cloche à la maison, c’est parce qu’il n’y a pas assez de lits dans les hôpitaux. En Suisse, on estime à plus de la moitié de la population nationale le nombre de personnes qui seront touchées par l’épidémie. Simplement, les infrastructures hospitalières ne sont pas prêtes à accueillir beaucoup de patients en même temps. En date du 20 mars 2020, l’OFSP (Office fédéral de la santé publique) parlait de 160 lits encore disponibles sur 800 dans toute la Suisse. Et ne parlons même pas des respirateurs. La Suisse en a vendu à la Chine et, maintenant, ils manquent !

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En Corée du Sud, les gens n’ont pas besoin de rester à la maison, alors même que le nombre de morts est important. La méthode des tests massifs et rapides utilisée là-bas a été beaucoup plus efficace que celle de nos pays court-termistes. « Le plus important, c’est la santé » : on l’entend à chaque réveillon du nouvel an ; mais qu’Emmanuel Macron ou Simonetta Sommaruga[2] se mettent à le dire ne nous fera pas oublier que la façon de faire la politique à laquelle ils participent comme tant d’autres en Europe depuis des dizaines années nous fait nous retrouver impuissants face à ce genre de situations.

Le constat peut être tiré plus largement. Espagne, Italie, Allemagne, France ou Suisse, les nations de notre Vieux Continent n’ont paradoxalement pas la vertu qui devrait aller de pair avec l’expérience : la vision à long terme. « L’état a perdu la capacité de voir loin » : Zemmour tape juste sur le plateau de « Face à l’info » du 16 mars 2020.

C’est en effet l’un des enseignements que nous devrons tirer du coronavirus. Il est plus que jamais temps de voir à grande échelle – non pas sur le plan spatial, mais sur le plan temporel. Et pas seulement pour les questions de climat !

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