L’exécutif reproche aux citoyens de s’être attardés dans leurs parcs. Rappelons-lui qu’il n’est pas exempt de critiques non plus. Elisabeth Lévy nous propose sa chronique parisienne des derniers jours avant le confinement. 


 

Finalement, Emmanuel Macron n’a pas annoncé le confinement à l’italienne. Et pourtant, dès midi hier, des centaines d’internautes et de confrères l’annonçaient de source sûre. La France allait passer au grand confinement avec couvre-feu après 18 heures. Les boulangeries vont fermer m’assurait une vendeuse. De nombreux Parisiens entassaient packs d’eau et papier toilettes dans leur 4 X 4 pour foncer vers leur résidence secondaire avant que la capitale soit placée à l’isolement. Bref, il y avait hier dans la capitale une petite ambiance d’exode, mais d’exode de luxe. 

Il n’y aura donc pas de couvre-feu. Et le fait notable est qu’il n’est pas interdit de travailler quand on ne peut pas télétravailler. Dans ces conditions, on suppose qu’un plombier a le droit d’aller réparer des fuites. On n’arrête pas toute l’économie. De toute façon, l’État paiera a assuré le président. 

Les Parisiens sermonnés

Le président se voulait convaincant et rassurant. Il l’a en effet été passablement avec son ton oscillant entre guide suprême et maître d’école. D’un côté, il a enfilé les perles et les grands mots – nous sommes en guerre, nous gagnerons, rien ne sera plus comme avant, sans oublier Nietzsche pour les nuls avec ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. De l’autre, on a eu le droit à un sermon sur le thème vous n’avez pas été sages et si ça continue, nous devrons encore serrer la vis. On me dira que, dimanche, les Parisiens ne mesuraient pas la gravité de la situation. D’abord, c’est faux. C’est la loupe médiatique et la répétition de la même image vue des milliers de fois, qui donnait le sentiment que tous les Parisiens étaient au parc alors même que beaucoup avaient renoncé à voter. 

Surtout, ces sermons sont un peu incongrus quand on rappelle qu’il y a quinze jours, Macron lui-même nous invitait à continuer à vivre – en donnant l’exemple par une sortie au théâtre.  

Indispensables frontières…

Samedi, à 19 heures, nos gouvernants annoncent la fermeture des bars et restaurants le jour même. Le lendemain, les Français sont conviés aux urnes et les parcs sont ouverts : restez chez vous et allez voter, c’est ce qu’on appelle une injonction contradictoire. Alors, ils y vont. Et ils se font cafter par madame la présidente qui, désireuse de se promener, s’offusque que trop de manants aient eu la même idée. « Ce que j’ai vu ne m’a pas plu », gronde Edouard Philippe. Venant de gens qui ont eu un tel retard à l’allumage, c’est un peu fort de café. Vingt-quatre heures pour s’adapter à de nouvelles règles, dont on nous disait quinze jours plus tôt que nous n’aurions pas à les subir, c’est assez raisonnable, non ? 

Il ne s’agit pas de reprocher à l’exécutif de n’avoir pas compris avant les scientifiques l’ampleur de la menace. On peut en revanche leur reprocher d’avoir rejeté par pure idéologie, toute idée de contrôle aux frontières avec un argument digne de l’école maternelle : le virus n’a pas de passeport, il ne connait pas les frontières. Mais le virus a voyagé avec des humains dotés de passeports. Et la frontière, c’est l’endroit où vous pouvez contrôler et éventuellement refouler ces humains. Or, tandis que tous les pays du monde, y compris nos chers amis allemands, adoptaient des mesures restrictives, ici, on nous chantait l’air du repli c’est mal. Et aujourd’hui Emmanuel Macron nous annonce triomphant que l’Europe fait ce qui était impensable hier, fermer l’espace Schengen. C’est d’autant plus consternant que l’Europe se rappelle qu’elle a une frontière au moment où plus personne ne veut la franchir. 

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