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Le sang du pauvre


Jeune startuper australien, Dustin Leonard sait comment s’y prendre pour allier à ses business plans des idées politiquement correctes. Sa nouvelle idée? Prodiguer de l’eau pour les pays en voie de développement en vendant du vin… 


Sorte de Jésus inversé, un jeune « startuper » australien change le vin en eau. Loin d’être illuminé, Dustin Leonard sait parfaitement ce qu’il fait : « pour chaque bouteille vendue, nous fournissons un an d’eau potable à un habitant d’un pays en voie de développement », explique-t-il au Daily Telegraph. Charity business is good business, comme on dit en bon français. En quelques mois, son entreprise de vente de vins sur Internet, Little Ripples (« petites ondulations ») a construit quatre puits en Ouganda.

Histoire de cocher toutes les bonnes cases, Dustin Leonard a noué un partenariat avec la Bridgit Water Foundation, une association féministo-caritative qui œuvre pour le bien-être des femmes dans les pays du tiers-monde. « C’est le rôle des femmes et des enfants d’aller chercher l’eau dans ces pays. Ils doivent souvent marcher jusqu’à dix kilomètres pour prendre de l’eau non potable d’un étang, leur fournir des puits permettrait à plus d’enfants, notamment aux filles, d’aller à l’école », dixit le trentenaire. Soignant son image commerciale, Leonard a impliqué la France, vrai pays du vin, dans son juteux négoce, en s’associant avec le vigneron Alex Cassegrain, dont la famille produit le précieux breuvage depuis 1600. Pour écumer en toute bonne conscience, il nous est désormais loisible de commander en ligne un cabernet ou un chardonnay qui aidera l’Afrique.

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Ce petit malin de Dustin n’en est pas à son coup d’essai. Encore étudiant, il avait expérimenté le « charity business » à travers la société Hero Condoms : pour un préservatif acheté, un autre était distribué en Afrique, où le sida n’en finit pas de sévir. Et le startuper de se vanter : « Nous avons récolté plus de deux millions de préservatifs et ainsi aidé à stopper la propagation du VIH. » On attend sa prochaine idée géniale capable de sauver l’humanité. SOS Pangolins ?

“Assainissement des représentations nauséabondes de l’État”: grande victoire de LFI


Hors de ma vue, perfides ananas! Suite à la publication par les services de l’État d’une affiche de prévention sur Twitter, des « insoumis » bien de chez nous volent au secours de la Martinique ostracisée. Récit.


 

Vendredi 22 mai, la préfecture de Martinique a publié sur les réseaux sociaux une affiche pour propager la distanciation sociale. On y voit deux adolescents. L’un est blanc, vêtu d’une chemise à carreaux de couleur rubis ouverte sur un t-shirt bleu Majorelle. L’autre semble métisse, on ne sait pas trop, dans un autre temps on aurait dit couleur chocolat au lait. Aujourd’hui, ce terme étant connoté comme raciste, d’aucuns lui préfèrent l’étrange terme « racisé ». La moitié du crâne rasé, il semble avoir été affublé d’un débris de perruque sur la tête. N’est-ce pas d’un goût douteux ? Laisser entendre que les adolescents martiniquais se coiffent ainsi avilit nos compatriotes des Antilles. Pourtant, ce n’est pas cela qui a fait germer l’ire de politiciens de gauche rivés sur leur smartphone, dénonçant toute publication internet qui leur soulève le cœur. Non, ce qui leur a fort déplu, c’est qu’en dessous de l’incontournable flèche blanche nous conseillant de garder un bon mètre entre nous, il y ait cinq gros ananas. 

« Assainir le corps de l’État »

Armé de son fidèle compte Twitter, Jean-Luc Mélenchon s’est offusqué le premier: « Le préfet s’adresse aux habitants de la Martinique et l’État édite cette affiche ? Le macronisme, c’est cette honte aussi ». Évidemment, le camarade Eric Coquerel lui a emboîté le pas, fustigeant, lui aussi sur son compte Twitter, « le racisme et le colonialisme » du préfet de Martinique. En guise de surenchère, il a même appelé à la démission de ce dernier. Toujours de l’hexagone, du nord cette fois, c’est l’eurodéputée écologiste Karima Delli qui a écrit : « En 2020, encore des images insultantes et racistes ». De la Marne ensuite, la député Mathilde Panot a suggéré une solution plus radicale: « c’est tout le corps de l’État qu’il faut assainir de ces représentations nauséabondes ». Quand le parfum de l’épuration s’en mêle, c’est qu’on est vraiment prêt à tout pour se tailler une place dans l’arène. 

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D’autres « insoumis » de région parisienne ont d’ailleurs mis leur grain de sel, j’ai oublié leurs noms et peu importe, ils rêvent sans doute eux aussi d’un bon rôle sur scène. Suite à ces admonestations 2.0, la Préfecture de Martinique s’est rendue. Le samedi 23 mai, elle supprimait l’odieuse affiche de son compte Twitter et écrivait: « Nous venons de retirer l’illustration publiée hier concernant la distanciation physique. Nous présentons nos excuses si elle a pu heurter certains d’entre vous. L’unique objectif était de montrer l’importance de la distanciation face à l’épidémie. Bien cdt. Service communication ». Clap de fin. 

L’internationale numérique

On remarque trois choses dans cette polémique. La première, c’est qu’elle est intégralement dématérialisée, elle a eu lieu du début à la fin sur internet. Si la Préfécture avait gentiment collé ses affiches sur les murs de Fort-de-France, rien n’indique que Mélenchon et ses comparses de l’hexagone s’en seraient mêlés. 

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La seconde, et qui rejoint un peu la première, c’est que cette « vague d’indignation », pour reprendre l’expression du quotidien France-Antilles, est venue de loin, de très loin même. Quand on se targue de dénoncer le néocolonialisme, fût-il d’une instance qui représente l’État français, en l’occurrence la Préfecture, on laisse aux « colonisés » l’honneur de réagir les premiers. Ils sont assez grands pour se défendre tous seuls, ils n’ont pas besoin d’être maternés par des activistes situés à 7000 kilomètres de chez eux. La troisième, c’est que ce qui aurait pu légitimement susciter l’indignation à mon sens, et que personne n’a relevé, c’est cette ridicule coupe de cheveux qui fait ressembler l’adolescent de gauche à un de ces nouveaux footeux biberonnés au mauvais goût de Cristiano Ronaldo

Et les Auvergnats? 

Mercredi 20 mai, l’office du tourisme d’Arcachon a illustré le saint mètre par une délicieuse douzaine d’huîtres. Quant à la ville de Saint-Étienne, la France périphérique, la vraie, elle a penché pour sa part pour vingt-cinq babets. Ça ne surprendra personne, mais nos « insoumis » se sont bien gardés de crier au racisme d’État envers leurs compatriotes de Gironde ou d’Auvergne. 

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Des régions pas assez créoles et trop « plouc » à leur goût? Peut-être, et c’est tant mieux ainsi. Si demain la préfecture de l’Eure met bout à bout une dizaine de pommes à cidre pour représenter le mètre protecteur, je n’espère pour rien au monde que des assainisseurs crient en chœur au racisme anti-normands sur Twitter. Il n’empêche qu’en ces temps difficiles, il serait agréable que certains se dérident un peu et calment leurs aigreurs.

Le malade imaginaire

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Le billet du vaurien


Souvent, en fin de soirée, tout en dégustant un sorbet poire à la cannelle, je fais un tour des chaînes d’info en continu. Et je tombe régulièrement sur une chroniqueuse assise sur ses certitudes et qui les proclame avec une véhémence qui irrite plus qu’elle ne séduit, en dépit de ce qu’elle semble croire, une certaine Françoise D., qui exhorte tous ses compatriotes à porter un masque. Une amende devrait même punir ceux qui n’obtempéraient pas ! C’est une idée fixe chez elle. Les autres invités finissent par abonder dans son sens comme le font les psychiatres face à des forcenés qu’on ne ramènera jamais à la raison. Elle est vraisemblablement de gauche, car elle applaudit toutes les mesures prises par le gouvernement pour limiter les libertés. Notamment, puisque nous sommes conviés depuis trois mois à un grand voyage en absurdie, le concept de « plage dynamique ». Je me réjouis que le destin m’ait épargné une mère comme elle, protectrice et étouffante de conformisme.

Le meilleur test pour mesurer le degré de misère intellectuelle de vos interlocuteurs en France aujourd’hui est d’observer leur visage grimaçant, voire haineux, dès qu’on évoque Donald Trump. Voilà qui me le rend presque sympathique : nettoyer ses poumons à l’eau de Javel, il fallait le faire !

Excellente chronique de Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine sur Molière et son Malade imaginaire, article qui s’achève ainsi : « Le monde progresse, la génétique rassure, la biochimie prolonge et la réplique de Béralde – « C’est notre inquiétude, c’est notre impatience qui gâte tout; et presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies »  – est une citation scandaleuse que nous désapprouvons dans ce magazine lu abondamment dans les salles d’attente de grands professionnels. » Il va de soi que le docteur Knock de Jules Romain avec l’inoubliable Louis Jouvet ne sera pas projeté à la télévision et que nos grands prêtres de la médecine sont tout aujourd’hui sauf des charlatans. Et pourtant Molière est plus que jamais d’actualité, lui qui se gaussait de ces mythomanes prétentieux au jargon fumeux qui s’enrichissent grâce à notre peur de la mort. Ils le savent bien pourtant : l’angoisse tue plus sûrement que n’importe quel virus ! Et pour conclure dans la bonne humeur, cette réplique de Michel Audiard :

– Avez-vous un médecin de famille ?
– Non, je suis orphelin.

Brésil : le virus de la désinformation

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Depuis le début de la crise du coronavirus, le président du Brésil est devenu l’épouvantail favori des médias français, la cible facile d’une campagne de désinformation bien huilée. Jair Bolsonaro a tout du coupable médiatique idéal : homme blanc chrétien de plus de 50 ans, il est accusé de sous-estimer la gravité de la crise sanitaire, en bref d’être « corona-sceptique ».


Le Brésil est le candidat idéal à une campagne de désinformation. Le Portugais est peu parlé en en France ; les liens familiaux et commerciaux entre la métropole et le Brésil sont relativement ténus rendant difficile au citoyen lambda la vérification des nouvelles diffusées par les médias ; les Brésiliens s’ingénient, depuis toujours, à émettre une image déformée de leur pays (samba, sexe, football) afin de séduire les Européens vis-à-vis desquels ils développent un complexe d’infériorité.

Campagne de désinformation

En ce moment-même, les médias français s’en donnent à cœur joie pour dénigrer le Brésil et présenter son président comme l’allié objectif du virus corona. Ce que les rédactions n’osent pas faire concernant les États-Unis de Trump (un pays moins lointain et mystérieux que le Brésil aux yeux des Français), elles s’y adonnent sans retenue à l’égard du Brésil.

La campagne de désinformation utilise le mensonge le plus éhonté et ne craint pas le ridicule. Elle fait fi des éléments factuels suivants et que n’importe quel stagiaire de journalisme saurait trouver sur Wikipédia.

Le Brésil compte 210 millions d’habitants et enregistre habituellement 3750 morts par jour. Lorsqu’on nous annonce que 807 personnes sont décédées du corona au Brésil en une journée (25 mai), il faudrait confronter ce chiffre au nombre total de décès enregistrés au Brésil en temps normal (3750). L’Espagne, qui compte une population quatre fois moins nombreuse que le Brésil, a connu une journée où le nombre de morts a dépassé les 900 !

Ensuite, il faudrait s’interroger sur la méthodologie de comptage en place au Brésil. Sommes-nous sûrs que tous les décès imputés au corona ont réellement été causés par ce virus ? Question légitime lorsqu’on sait que les familles n’ont pas le droit d’ouvrir les cercueils et que personne n’approche les dépouilles pour une contre-expertise. Tous les ayatollahs du corona ont intérêt à gonfler les chiffres pour imposer le confinement et mettre Bolsonaro en difficulté. Cette mise en garde vaut pour le Brésil comme pour tous les pays d’Europe de l’Ouest où le « devoir de transparence » a été suspendu pour permettre aux autorités de propager à leur guise la pandémie de la panique.

Bolsonaro appuie, depuis le début, l’usage de la chloroquine. Difficile de l’accuser de propager la mort s’il soutient justement un remède utilisé avec succès dans tous les pays qui ont su épargner des vies. Parmi eux, le Maroc qui distribue cette substance à tous les malades dès le premier jour, résultat : moins de 200 morts, un chiffre à rapprocher des plus de 28 000 morts en France…

A lire, du même auteur : L’erreur de Bolsonaro

Confinement impossible au Brésil

Le président brésilien est contre le confinement. Ce qui n’est pas un péché en soi car d’autres pays « sérieux » ont épargné à leur peuple cette épreuve terrible, il s’agit notamment du Japon (800 morts…à peine) et de la Suède (4124).

Confiner un Brésilien est une pure vue de l’esprit. Comment voulez-vous enfermer les onze millions de Brésiliens qui vivent dans des favelas insalubres et surpeuplées où les égouts transitent à ciel ouvert ? C’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire si l’on veut sauver des vies. Comment interdire aux gens de travailler si 40% de la population active vit dans l’informalité ? Bolsonaro a la sagesse, qui manque à certains journalistes français, de comprendre que le chômage et la faim tuent plus que le virus du corona.

De toute façon, le président brésilien n’a pas pouvoir à autoriser ou interdire le confinement. Le pays est fédéral et seuls les gouverneurs et les maires sont en mesure d’enfermer les habitants chez eux. D’ailleurs, quelle autorité peut exercer le maire de Rio de Janeiro sur le tiers de la population de sa ville qui vit sous le joug des trafiquants ?

Un marasme profond et antérieur à Bolsonaro

Il n’y a pas de crise sanitaire au Brésil. Ce qui existe réellement est une saturation des hôpitaux des États les moins bien gérés. À Rio de Janeiro, l’on a préféré engloutir des milliards d’euros dans les Jeux Olympiques (2016) au lieu de construire des hôpitaux. Résultat : les urgences sont en détresse. À Manaus (État de l’Amazonas) et à Belém (État du Para), le système de santé vit effondré sur lui-même depuis des lustres. À qui la faute ? À la gauche brésilienne (Lula, Dilma) qui ont fourni le pain et le cirque au lieu de s’occuper des services sociaux de base (santé, assainissement liquide, assurance chômage, éducation).

Il est tout de même déconcertant de voir un président dit d’extrême-droite refuser de confiner son peuple alors que nos chers dirigeants progressistes ont allégrement instauré la dictature sanitaire en France, en Espagne et en Italie. Une pratique que le Japon (pays réputé conservateur) a refusé ne serait-ce que d’envisager. Nous vivons décidément une drôle d’époque !

A lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel : L’Occident mort de peur

Stop au Bolsonaro-bashing !

Enfin, la tristesse envahit votre serviteur lorsqu’il s’aperçoit que le public français tombe dans la combine montée de toutes pièces par ces mêmes médias qui ont entretenu un climat de confusion, de panique et de désinformation depuis mars dernier. Les chaînes de télévision qui se sont déshonorées en relayant la communication gouvernementale (« les masques ne servent à rien » « la chloroquine est un venin » et j’en passe) parviennent, en un clin d’œil, à nous faire détester Bolsonaro. D’où tirent-elles leur légitimité ?

Qu’on le veuille ou non, Bolsonaro est un occidental comme nous tous (je m’inclus dans la civilisation occidentale par adhésion morale et émotionnelle). Il est plus proche de nous que MBS, Erdogan ou Xi Jin Ping. Nous devrions lui tenir le langage sincère et ferme qu’un frère tiendrait à son frère et non l’insulter à longueur de journée. Et si nous avons besoin de nous défouler après trois mois de folie corona, n’hésitons-pas à nous en prendre à Erdogan qui lui a des choses à se reprocher. Ah, j’allais oublier : nous sommes tellement lâches que nous préférons insulter le président des Brésiliens car lui, au moins, ne risque pas de nous envoyer un million d’immigrés ou de ruiner nos efforts diplomatiques en Syrie et en Libye. Vive le courage !

Brésil, les illusions perdues: Du naufrage au redressement

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Covid-19, le temps des charlatans


La crise du coronavirus révèle deux tendances opposées au sein du monde émergent. Si des Etats comme l’Inde ou l’Iran mobilisent le charlatanisme, la bigoterie et l’irrationnel à des fins politiques, la Chine et l’Afrique du Sud reprennent le flambeau de la raison et de la technique.


« Changer le cours de l’Histoire » : c’est avec cette promesse qu’Andry Rajoelina, président de Madagascar, a annoncé le 20 avril la mise en circulation d’un remède contre le Covid-19 100 % Vita Malagasy (« fabriqué à Madagascar »). Baptisé « Covid-Organics », le tambavy (« décoction ») en bouteille, « préventif et curatif », est distribué et imposé dans les écoles contre le virus qui, pour l’heure, n’a quasiment pas atteint la population malgache.

Le président malgacche,, Andry Rajoelina, présente le « Covid Organics », un « remède » à base d'armoise contre le Covid-19, Tananarive, 20 avril 2020. ©Henitsoa Rafalia / Anadolu Agency / AFP
Le président malgacche, Andry Rajoelina, présente le « Covid Organics », un « remède » à base d’armoise contre le Covid-19, Tananarive, 20 avril 2020.
©Henitsoa Rafalia / Anadolu Agency / AFP

Limonade miracle…

Bien que ses promoteurs revendiquent une efficacité puisée dans la foisonnante pharmacopée de la Grande Île et ses immenses ressources en plantes endémiques, la miraculeuse limonade est en réalité à base d’armoise (Artemisia vulgaris) – une plante cultivée et utilisée dans le pays depuis les années 1970 dans le but d’atténuer les symptômes de la malaria. Élaboré dans le secret et sur commande présidentielle par l’IMRA, fondation dont le créateur avait d’ailleurs introduit l’Artemisia en 1975, le « remède » a fait l’objet de vives critiques de la part du monde médical et, notamment, de l’Académie nationale de médecine de Madagascar (Anamem). Dans un communiqué signé par le très respecté Dr Marcel Razanamparany, l’institution a souligné l’absence d’études et son caractère potentiellement nocif envers les enfants. Le Dr Stéphane Ralandison, doyen de la faculté de médecine de Toamasina (Tamatave), la seconde ville du pays, tance sur sa page Linkedin les « apprentis savants », exhorte à la « lucidité scientifique » et au primat du primum non nocere. De quoi amorcer une crise politique, au moment où la boisson est au cœur d’une offensive de communication du président malgache. Celui-ci est pris sous le feu de la critique depuis que, le 4 avril, il a instauré, sur le fondement d’une loi de circonstance passée en 1991 par Didier Ratsiraka pour juguler la contestation populaire, le 4 avril, un « état d’urgence sanitaire » qui réduit les libertés individuelles et autorise, entre autres, la « réquisition des médias » par le pouvoir.

Chauvinisme…

En moins d’une semaine, l’exécutif malgache et ses partisans ont qualifié le communiqué de l’Anamem de « fake news », insinué que le document avait été signé sous la menace, fustigé un complot de l’OMS contre la limonade à l’armoise et – last but not least – critiqué le manque de patriotisme des critiques scientifiques : « Est-ce qu’on encense le Vita Malagasy ou est-ce qu’on le dénigre ? » résume abruptement Lalatiana Rakotondrazafy, super-ministre qui cumule les portefeuilles de la Communication, de la Culture et le poste de porte-parole du gouvernement. La présidence a néanmoins choisi d’éviter le bras de fer avec le corps médical et a reçu en privé une délégation de l’Académie le 22 avril. La rencontre s’est soldée par un communiqué alambiqué, gage d’un apaisement entre le gouvernement et les blouses blanches. Le premier reconnaît que le Covid Organics n’est pas le « médicament » annoncé, mais un « remède traditionnel amélioré » tandis que l’Académie « ne s’oppose pas à son utilisation en tant que décoction », laissée « à la libre appréciation de chacun », tout en prônant « la mise en place d’un suivi » de ses consommateurs… Paradoxe : la polémique contraste avec la prise en compte de la maladie par les autorités sanitaires, « exemplaire » dans ce pays pauvre, où les moyens médicaux sont très faibles, nous rapportent des voyageurs réunionnais frappés par la rigueur des contrôles à l’aéroport d’Ivato et par le recours massif aux masques de protection… Significativement, le ministère malgache de la Santé a été tenu à l’écart de l’élaboration de la boisson miracle, dont la promotion relève du pouvoir de plus en plus personnel de M. Rajoelina. La polémique du Covid Organics serait affaire de folklore si elle se cantonnait à la périphérique île de Madagascar…

…et pisse de vache

Seulement, une tendance similaire est à l’œuvre en Inde. Dans la cinquième puissance mondiale, la crise du Covid-19 donne à voir la place qu’occupent désormais la magie, la superstition et la bigoterie dans la parole et dans l’action publiques. Depuis l’apparition du virus, les porte-parole du BJP au pouvoir depuis 2014 rivalisent de déclarations délirantes, recommandant de boire de l’urine de vache (gaumutra), de consommer de la bouse de vache, de psalmodier des mantras – le sanskrit tue le virus, mais pas l’arabe, qui dirigerait l’air vers la bouche…

Comme à Madagascar, le Premier ministre Narendra Modi lui-même conseille une boisson, le kadha ; une tisane ayurvédique composée d’une quinzaine d’herbes réputée « renforcer l’immunité » – qui, dit-on dans les rangs du BJP, est plus forte chez les Indiens que chez les autres peuples. Le ministère « Ayush », créé par le BJP pour rassembler les médecines non conventionnelles, notamment ayurvédique et homéopathique, a mis au point un « protocole » contre le coronavirus, régulièrement recommandé par le Premier ministre. Celui-ci voit plus loin : alors que les critiques visant la brutalité et l’impréparation du confinement indien s’intensifient, Narendra Modi annonce que l’issue de la crise sanitaire verra le triomphe mondial de l’ayurveda. « Il faudra que la jeune génération en enseigne les principes au monde dans le langage scientifique, afin que le monde puisse l’entendre », déclarait-il, emphatique, le 26 avril à l’occasion de son émission mensuelle (« Man Ki Baat ») sur All-India Radio.

La pseudoscience, instrument de pouvoir

En réalité, le coronavirus ne fait qu’accélérer l’offensive d’une nouvelle pensée magique liée à l’essor du nationalisme « hindutva ».

D’une origine plus politique que mystique, plus inspiré par la science-fiction et le cinéma Bollywood que par les classiques de l’hindouisme, cet imaginaire forgé par le militantisme ultra nationaliste est aujourd’hui diffusé par le sommet du pouvoir et par les institutions. Ainsi, Narendra Modi attribue l’origine du dieu Ganesh à tête d’éléphant à une pratique « antique » de la chirurgie esthétique et prétend que le Mahabharata évoque une science génétique, découverte aux temps védiques… Les élus du BJP renchérissent : le lait des vaches sacrées desi contient de l’or, affirme Dilip Ghosh, parlementaire et patron du BJP au Bengale-Occidental ; il y a 7 000 ans, les hindous pilotaient des aéronefs, a-t-on affirmé avec l’assentiment d’un ministre lors du prestigieux Indian Science Congress de 2015, ridiculisant les prestigieux savants indiens qui y assistaient ; Arjuna utilise l’arme nucléaire dans le Mahabharata, déclare Jagdeep Dhankhar, gouverneur BJP du Bengale-Occidental… Il n’y a là qu’un petit échantillon du fatras pseudoscientifique promu par le nationalisme hindou. Comme à Madagascar, le charlatanisme appuie une stratégie de pouvoir personnel : celle du Premier ministre Narendra Modi, qui liquide l’héritage rationaliste de soixante-dix ans de « nerhuisme » pour consolider sa position de prophète de l’hindutva ethnoreligieuse.

A lire aussi, Daoud Boughezala : Inde: le confinement a piégé les travailleurs déplacés

La carte du fol est contrastée

Parmi les nombreux pays émergents où l’irrationnel et la pseudoscience irriguent les discours et les politiques publiques, l’Iran mérite une mention particulière. Véritable usine de fausses informations et véritable État dans l’État, le corps des Gardiens de la révolution dévoilait le 16 avril dernier le « Mosta’an », un appareil vibratoire capable de détecter « temporairement » le virus…

Néanmoins, l’irruption du Covid-19 révèle que la carte du fol est bien loin d’être homogène ; si de grands États tels que l’Inde ou l’ancienne Perse basculent dans l’irrationnel, des puissances en devenir s’en extirpent. C’est le cas de l’Afrique du Sud, dont le régime est en voie de stabilisation depuis l’élection de Cyril Ramaphosa : il semble qu’après une décennie de lyssenkisme post-Apartheid, la Raison s’installe au sommet de l’État.

Arc-bouté sur le déni du sida (« Aids-denialism »), le président Thabo Mbeki a, tout au long de sa présidence (1999-2008), combattu le recours aux traitements rétroviraux, allant jusqu’à priver de l’agrément de l’État les établissements qui se risquaient à en prescrire. Sous sa direction et sous la supervision de sa ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang, surnommée « Dr Betterave », les cliniques d’Afrique du Sud ont « traité » les malades du sida à grands coups d’ail, de citron, de jus de betterave et de racines diverses. L’État a de surcroît financé divers médicaments « alternatifs » : les inventeurs et promoteurs d’un « traitement » sud-africain, le Virodène – en réalité un simple solvant industriel – ont ainsi empoché 6 millions de dollars entre 1999 et 2001… Les fonds publics ont aussi alimenté la florissante industrie de compléments alimentaires du Dr Matthias Rath, dit « l’Empereur de la vitamine », médecin et homme d’affaires allemand qui encourageait ses « patients » choisis dans les townships à substituer aux trithérapies un concentré de vitamine C, le « VitaCell »…

L’Afrique du Sud recouvre la Raison

Le déni du sida a perdu son statut de doctrine quasi officielle à la fin de l’ère Mbeki – ce qui n’empêcha pas son successeur, Jacob Zuma, d’affirmer qu’une « douche » pouvait empêcher la contamination par le VIH. Rétrospectivement, le bilan de près de dix ans de charlatanerie orchestrée au sommet de l’État est effarant : on estime à plus de 300 000 le nombre de Sud-Africains qui auraient pu échapper à la mort s’ils avaient reçu les traitements adéquats… « Tous ceux qui contestaient les charlatans du VIH étaient considérés comme des anti-Mbeki primaires et non comme des partisans de la science. Nous étions l’ennemi », se souvient Mia Malan, spécialiste de la santé. Dans une tribune consacrée à l’épidémie de Covid-19 et publiée le 25 mars dernier par le Daily Maverick, la journaliste mesure le changement d’attitude des pouvoirs publics. « C’est le jour et la nuit. Face au sida, les médecins et les activistes étaient nos seules sources d’information ; les blocages venaient de l’État. Aujourd’hui, militants et scientifiques soutiennent les déclarations de Cyril Ramaphosa [qui a instauré un confinement qui passe pour être l’un des plus rigoureux au monde, NDLR]. Et il semble même que l’ANC utilise son immense pouvoir pour protéger l’État et non pour s’emparer de l’État. »

Le mort saisit le vif

Deux courants se partagent donc le monde émergent : l’un, chauvin et post-moderne à la Modi et cie, recycle l’irrationnel qui continue de hanter les sociétés en transition pour construire des doctrines d’État. L’autre, Chine en tête, suit ou retrouve le cours du nation-building du xixe siècle : un nationalisme irrigué par le positivisme, le rationalisme et le scientisme, qui s’appuie sur des élites techniciennes et « scientificisées ». Le mort saisissant le vif, ces nouvelles classes dirigeantes se heurtent aux habitus des classes moyennes et aisées nées du développement. Ainsi, le politiste chinois Zeng Yongyang, éditeur des China Policy Series, rappelle que la consommation « traditionnelle » de viande de gibier, responsable de l’épidémie de SRAS et aujourd’hui fortement suspectée d’être à l’origine de la pandémie du Covid-19, est propre à la « middle class cultivée et urbaine ». Signe, souligne-t-il, d’une persistance de mauvaises habitudes, « devenues exécrables » et tolérées par les autorités. Selon Zeng Yongyang, la Chine souffrirait « d’un excès de conscience politique et d’un déficit de conscience scientifique ». La Chine, dit-il, est un pays de « haute technologie », mais ne pourra devenir une superpuissance scientifique « tant que la science ne sera pas descendue dans la vie quotidienne des gens ».

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La science les attend au tournant

Depuis la fin de la Révolution culturelle, la science et la technique ont été au cœur de la stratégie d’ouverture et de développement chinoise. Cette ligne initiée par Deng Xiaoping a été renforcée depuis 2012 par l’institutionnalisation de think tanks scientifiques et techniques, et l’approfondissement du rôle de conseil de l’Académie chinoise des sciences auprès des autorités. La crise du Covid-19 met ces choix du sommet à l’épreuve de la base : la pandémie sera-t-elle le vecteur d’un scientific way of life ou la science demeurera-t-elle l’apanage d’une avant-garde politique et technicienne ? Ce dilemme chinois, qui pose en creux le défi proprement politique d’une démocratisation de l’esprit scientifique sans les institutions démocratiques à l’occidentale, est un dilemme de pays développé. La question se pose en d’autres termes là où l’irrationnel participe de la doctrine d’État. On verra si le Covid-19 est l’occasion de démasquer les charlatans ou, au contraire, de nourrir encore l’obscurantisme.

Application StopCovid: inutile et potentiellement dangereuse !


La mise en place de l’application de tracing StopCovid a été approuvée ce mercredi soir par 338 voix contre 215 à l’Assemblée nationale. Le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, déclare pouvoir la déployer dès la fin de la semaine… Pour justifier cette application qui menace les libertés, le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé devant les députés qu’« il nous faut contrôler par tous les moyens la résurgence de cette épidémie. » Dans cette tribune, le président du Parti Chrétien-Démocrate s’inquiète du dispositif, et invite les citoyens français à ne pas utiliser l’application.


Dans un contexte déjà lourd d’attaques graves contre nos libertés, le gouvernement d’Edouard Philippe entend franchir un cap supplémentaire en matière de restrictions des libertés fondamentales avec le déploiement de l’application StopCovid. Cette solution, supposée prévenir l’émergence d’une seconde vague épidémique, serait en réalité un remède pire que le mal par la gravité des atteintes aux libertés individuelles qu’elle implique nécessairement !

Certes, comme certains aiment à le seriner : « à grands maux, grands remèdes », et nous ne sommes pas opposés par principe à des mesures exceptionnelles en temps de crise mais celles-ci doivent être proportionnées et efficaces. Or, l’expérience nous montre que l’efficacité de ce type d’applications dans la lutte contre la diffusion épidémique est plus que douteuse. À Singapour, par exemple, où une application très proche de celle envisagée par le gouvernement français a été déployée, moins de 20% de la population y a recours.

En plus des sérieux doutes qui pèsent donc sur son efficacité, par sa nature même, cette application est inquiétante ! Quoi qu’anonymisées, les données recueillies par cette application sont particulièrement sensibles et personnes ne croit les autorités françaises capables aujourd’hui de lutter contre la puissance des acteurs du numérique américains ou chinois. D’ailleurs, le manque de transparence du gouvernement, malgré sa promesse de rendre publique l’ensemble du code qui supporte l’application, est une raison de plus de douter de sa bonne foi.

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En plus d’être inutile, l’application StopCovid est potentiellement dangereuse. Il n’y a aucune raison légitime d’en tolérer le déploiement en France, quand bien même celui-ci reposerait sur le volontariat. C’est même là la perversité de ce projet : installer cette application sur son téléphone ne se résume pas à un simple choix individuel, c’est une démarche qui implique l’ensemble de la société française dans la mesure où elle avalise un projet de surveillance généralisé. En définitive, seules deux choses peuvent expliquer la volonté du gouvernement de voir se diffuser l’usage de cette application : au mieux un effet de manche doublé d’une grande naïveté, au pire l’intention de faire entrer notre pays dans un système de capitalisme de surveillance dans lequel les libertés fondamentales sont réduites à des variables d’ajustement économiques.

Nous refusons strictement de voir advenir cette société du contrôle et nous appelons l’ensemble des Français à faire savoir au gouvernement leur opposition à ce projet délétère. Il n’est pas suffisant de refuser individuellement d’installer cette application, il faut en dénoncer le projet et la philosophie. C’est ce que le Parti Chrétien-Démocrate a décidé de mener en mettant en place plusieurs outils numériques #NONauStopCovid.

Jean-Frédéric Poisson © JFP
Jean-Frédéric Poisson © JFP

Un certain 28 juin


Chic, le coronavirus semble finalement s’éloigner. Les Français voteront donc dans un mois. Tout le monde devrait avoir la chance d’avoir une mairie communiste! Une chronique politique de Jérôme Leroy


La semaine où l’on apprenait, au grand dam de la droite, des médias et même de certains de ses putatifs alliés, que le PCF était le troisième parti de France en nombre d’élus municipaux, voilà que le Premier ministre annonce le second tour des municipales pour le 28 juin. Rassurons nos amis anticommunistes, cette place sur le podium est aussi relative que provisoire mais ça fait du bien, parfois, de se souvenir que le communisme municipal, pas seulement en région parisienne mais aussi dans les zones rurales de l’Allier, du Berry ou de la Haute-Vienne demeure une réalité.

On a déjà oublié l’imbroglio du premier tour

Avant ce 28 juin, j’ai d’abord envie de revenir sur le premier tour, le 15 mars. J’ai à titre personnel et je crois que cela a été partagé par beaucoup, très mal vécu ce moment. Je ne parle pas sur un plan immédiatement politique. Après tout, malgré l’abstention catastrophique, voir les macronistes prendre une taule et la gauche retrouver des couleurs alors que le RN restait dans sa niche et n’allait pas mordre d’autres mollets municipaux, c’était plutôt plaisant. Non, je parle de la situation dans laquelle ont été mis l’électeur, le gouvernement et pas mal d’autres partis. Maintenir ce premier tour alors qu’on fermait les écoles le lundi et qu’on annonçait un confinement inédit avait quelque chose de schizophrénique dans la contradiction. Une contradiction dont nous sommes tous plus ou moins responsables et victimes : le conseil scientifique qui a dit c’est possible, le gouvernement qui a maintenu le scrutin et la plupart des partis qui le voulaient aussi et menaçaient de crier au coup d’État démocratique. Et puis les électeurs eux-mêmes qui n’avaient que de mauvaises solutions.

A relire: Les Parisiens de droite vont-ils voter Dati?

J’étais en résidence d’écriture pour le mois de mars à la Villa Yourcenar, au Mont Noir et je suis revenu le samedi à Lille avec la presque certitude que je ne rentrerai pas le lundi : la directrice était déjà convaincue que la Villa, une structure départementale, allait fermer ses portes. 

C’est sans doute-là que j’ai pris la mesure de ce qui s’annonçait vraiment, que la pandémie allait prendre des allures de romans post-apocalyptiques. À force d’en lire et d’en écrire, ça devait arriver. Comme je l’ai dit ailleurs, si on a été sidérés, on n’a pas vraiment été surpris. 

Privés de soirée électorale

Alors en revenant à Lille, j’ai commencé à téléphoner aux copains en leur disant que je pensais plus prudent de ne pas nous réunir le dimanche soir comme on a l’habitude de le faire chez l’un ou chez l’autre pour commenter les résultats en mangeant des pizzas et en nous engueulant car rien n’est plus agréable que de s’engueuler entre copains qui pensent la même chose.

Le problème, c’est que pendant que je me donnais des allures de trouble-fête, le lendemain matin, je suis allé voter.

A lire aussi: Céline Pina: Aux municipales, le clientélisme paie!

Parce que je n’ai pas manqué un scrutin depuis que j’ai le droit de vote. Je me souviens encore du gel hydro alcoolique à l’entrée du bureau, du président et des assesseurs masqués, du peu d’électeurs présents, de nos gestes maladroits. Nous n’avions pas peur, je ne crois pas, nous étions juste désorientés. Je me souviens d’avoir eu un peu honte en déclinant l’offre de venir aider au dépouillement alors que je suis souvent volontaire. C’est donc que j’étais à la fois conscient et inconscient de ce qui se passait. Je pensais contre moi-même, en proie aux injonctions contradictoires. Ensuite j’ai appris que trop de celles et ceux qui avaient tenu les bureaux étaient tombés malades et parfois en étaient morts. J’ai détesté ça, me retrouver malgré moi dans une position aussi fausse.

Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, le 15 mars. © Maxime Le Pihif/SIPA Numéro de reportage: 00950012_000003
Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, le 15 mars. © Maxime Le Pihif/SIPA
Numéro de reportage: 00950012_000003

Jamais contents

On remet ça le 28 juin, donc. Cette fois-ci, on peut espérer que le virus sera  vraiment sur le départ et que tout le monde sera équipé comme il convient. On peut espérer que nous serons rodés aux gestes barrière. Et qu’ainsi le vote du 15 mars prendra son sens. Il n’empêche que je n’aime pas les réactions des politiques qui donnent l’impression de ne pas être contents de cette date mais ne l’auraient pas été non plus s’il avait fallu faire deux tours en janvier. Je n’aime pas les arguments qui n’en sont pas vraiment : il y aura une prime aux sortants, on ne pourra pas faire campagne, etc…

A lire aussi, du même auteur: Captain Cap ou le vrai think tank des candidats à Paris

J’irai pourtant voter, comme le 15 mars. La particularité de ce geste démocratique qui consiste à mettre un bulletin dans une urne, c’est qu’il est un droit et un devoir à la fois. Il me semble important de toute manière d’exprimer le rejet de tout ce qui s’apparente de près ou de loin au macronisme. Et puis je me dis  qu’au moins le soir du 28 juin, on pourra se voir et manger des pizzas en nous engueulant. Il sera là, le retour à la normale, dans cette fraternité. 

Une fraternité avec distanciation sociale mais une fraternité retrouvée, malgré tout.

L’homme est un virus pour l’homme

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Episode 11: pas de danse sur un terrain miné


22 mai 2020

Rappel

L’allègement du confinement vient avec un grincement de cœur pour la famille éloignée. Qu’ils soient à distance de 10, 800 ou 10 000 kilomètres, on ne peut pas se toucher, pas se fréquenter sans respecter la distance, pas se rendre visite sans braver le confinement dans un train ou un avion bourré des gens qui parlent. « Ne pleure pas grand-mère ». Mettons les sentiments dans la poche et les yeux en face des trous, histoire de tester la réalité. Où en sommes-nous ?

Tests, vérifications, examens

À cette époque-là, on attendait une bonne semaine le résultat du test de grossesse, qui passait par un lapin. Je vais googler en temps réel pour savoir comment ça marchait. [pause]. Deux chercheurs « allemands », Selmar Aschheim et Bernhard Zondek, ont conçu le test de grossesse basé sur l’injection dans les ovaires d’une lapine de l’urine de la femme qui pose la question. Si l’intervention déclenche la formation du corpus luteum chez la lapine, la réponse est positive. 

Scientifiques « allemands » ? Poussant plus loin, j’en vérifie l’identité et le parcours. Il s’agit en fait de deux gynécologues juifs ayant fui l’Allemagne nazie pour mener des carrières brillantes ; Aschheim au CNRS, mort à Paris en 1965. Zondek, en Palestine [mandataire, aujourd’hui Israël] au Hebrew University, mort à Jérusalem en 1966.

Avec ou sans lapin, je ne me suis jamais trompée côté grossesse. Ceux qui pensent que la mort par Covid-19 des personnes âgées est sans intérêt se foutent également des bibliothèques qui brûlent. Ils n’ont pas besoin d’apprendre, ils ont le smartphone. À peine libérés d’un confinement pour certains inutiles – on n’avait qu’à renfermer les vieux – les salariés détachés de la réalité lorgnent les vacances, comme d’habitude. 

Le test de grossesse est, aujourd’hui, simple comme 1 + 1 = 3 ; le dépistage de Covid-19 par PCR n’est fiable qu’à 75% ; l’examen sérologique devrait au moins permettre de savoir qui a rencontré le Covid-19… sans mourir. Or, les résultats de nous-deux sont carrément décevants. Radicalement en-dessous des 1,40 requis pour être reçu, sans pour autant être certifié « immunisés », nous sommes respectivement à 0,05 et 0,03. Avec la mention : « absence d’anticorps ». Et quoi encore !  

>>> Relire les épisodes précédents <<<

Je passe en replay mon état de santé entre le 7 et le  17 mars. Agueusie, toux sèche, fièvre, fatigue inouïe. Pas hypocondriaque pour un sou, dernière incidence de fièvre notée à la fin du 20e siècle, je n’avais pas de raison d’inventer l’agueusie parce que ce n’était pas encore connu du grand public comme symptôme du Covid-19. Tout cela pour rien. Pas d’anticorps, pas de certification, pas de confirmation du bien-fondé de mes observations… ce virus est encore plus retors que je ne le pensais. Les asymptomatiques, par définition sans symptômes, poursuivent leur petit chemin jusqu’à ce qu’un test dévoile une cache d’anticorps à faire pâlir un vaccin. Est-ce juste ?

Pour qui sonne le glas?

« Alors, ne cherche pas à savoir / Pour qui sonne le glas / Il sonne pour toi ». [John Donne] Le clocher de l’église au coin de notre rue sonne la tristesse à midi et de nouveau à 20 heures pour nous convier à l’applaudissement des soignants.  Au premier weekend d’allègement, le quartier était animé, les Parisiens fonçaient à pas rapides comme d’habitude. Les chaises et tables alignées sur le trottoir devant le café du coin s’aéraient, nostalgiques. Quelques clients sortaient des boutiques avec le sac à logo, tellement heureux de dépenser, enfin, un peu de l’argent bloqué avec eux entre quatre murs.  Comment ne pas apprécier ces heures frivoles tirées du désastre comptabilisé de jour en jour par des chiffres morts comme les victimes anonymes ? Les citadins, résilients, font vibrer la ville, malgré les cafés fermés, les restaurants en carry-out, les touristes absents et les habitants masqués. Comment croire à ce qu’on vient de vivre ? Comment savoir ce qui nous attend ? 

Premier samedi de liberté, des centaines de Gilets Jaunes ont repris du service à Montpellier, empêchant les gens de circuler. Comme d’habitude.

Incertitudes en cascade

Deux scénarios sont offerts : l’épidémie du coronavirus est, tout compte fait, maîtrisée. Pour des raisons géopolitiques, liées aux intérêts divers et variés, l’épisode a été amplifié au-delà du raisonnable, créant une hystérie planétaire. Des lockdowns insensés ont poignardé l’économie mondiale mais, grâce aux voix claires de ceux qui n’ont jamais été dupes, on sauvera la mise. Un baiser sur la joue de la belle au bois dormant, le pays se réveille, l’économie saute d’un bond, le cauchemar est fini. Un professeur archi-connu traite la soi-disant pandémie par-dessus la jambe. On n’avait qu’à faire comme lui : traiter les malades et respecter le calendrier. Le Covid-19 n’a pas de dérogation à la règle des épidémies. Elles entrent, elles frappent, elles sévissent, la courbe monte et, juste au moment où on n’en peut plus, elle descend la pente comme un skieur expérimenté. Maintenant, calmez-vous et laisser les gens mourir de leur belle mort. 

Au lendemain de l’ouverture de l’accès à la mer sur la côte californienne, un surfeur de 26 ans est mort, victime d’un requin aux motivations pas encore élucidées. 

Un président qui tweete comme un oiseau ivre promet à l’économie une courbe en V (V pour victoire en novembre 2020) : au plus bas aujourd’hui elle remontera comme un fusil à Cap Canaveral pour arriver plus haut que son point de départ, la meilleure économie connue depuis le début des temps !!!

À la lumière de cette version des faits, les pas-moi-paranos sont revendiqués. Le retour à la normale est la preuve qu’on n’aurait jamais dû la quitter. Les pays, l’un après l’autre, lèvent les restrictions. Ici à Paris, où parcs et jardins sont encore des no man’s lands, on commence à parler du tourisme. Les compagnies aériennes rongent leur frein, promettent monts et merveilles, vantent une distanciation factice et la circulation d’un air pur. Masque obligatoire et gel hydroalcoolique à l’entrée des magasins, les familles osent à peine se réunir, et on va accueillir des touristes de toutes provenances ? Remettre sur le feu le bouillon de culture par où tout ce malheur nous est tombé dessus ? Le tourisme, secteur essentiel qu’il faudrait absolument ressusciter ? 

Que devient l’autre scénario, celui qu’on a véritablement vécu pendant les semaines de confinement ?  Il est où, le virus, qui a tué nos amis, collègues et compatriotes ? On a cru comprendre que la pire pandémie depuis un siècle nous frappait avec une virulence effrayante. Hautement contagieux, inconnu de nos anticorps comme de nos scientifiques, capable de ravager une communauté en l’espace de quelques mois, au point de démolir la capacité de gestion politique et sanitaire, ce nouveau coronavirus exige une transformation profonde de tout : notre vision du monde, nos pratiques quotidiennes, nos activités professionnelles,  notre rapport à l’autre et la liberté de nous déplacer. Le jeu des chiffres voile la vérité bouleversante. La souffrance des victimes de Covid-19 ne ressemble à aucune maladie connue. Cachés comme des innocents dans un centre commercial assiégé par des jihadistes, on commence à peine à assimiler le témoignage des survivants et des soignants, quand l’histoire du virus s’arrête comme un texte inachevé.

L’allègement égale soulagement ? Le pire est derrière nous ? Ne sommes-nous pas plutôt dans l’œil du cyclone ? 

L’art pour l’art et des miettes pour les artistes

Je n’en veux pas aux agriculteurs qui pleurent sécheresse quand je me régale du beau fixe. Ce n’est pas surprenant que les salariés soient indifférents au sort des artistes qui accumulent les petits boulots, touchent des retraites minables et sont souvent récompensés en proportion inverse à leurs qualités proprement artistiques.  

On dit que les Japonais ont du mal à passer au plan B par honte (hazukashi) d’avouer que le plan A a échoué. Ce qui explique les tergiversations avant l’annonce du report à l’été 2021 des Jeux Olympiques 2020 de Tokyo. La saison d’athlétisme est passée à la trappe. C’est tout un système international de sports et de financement qui se cassera la gueule si le virus persiste à courir plus loin que les champions. Qui, des sportifs ou des photographes, arrivera le mieux à se recycler ? 

L’art, désintéressé, ne joue pas les coudes pour se faire reconnaître. Sans intermédiaires, on reste à l’ombre. On aurait voulu découvrir, à la sortie de la pandémie, un monde meilleur où nous deux, au grand large  sans gilet de sauvetage, pourrions vivre, lui de son œuvre d’art photographique, moi de mes droits d’auteur. [soupir] On avait rêvé d’un monde apaisé, assagi et un peu mieux ordonné mais c’est du pareil au même. Les gens dûment masqués marchent sur des trottoirs cradingues. Partout la polémique enfle. 

Et Mister Trump fait la guerre à la Chine. 

Même masqués, on ne va pas se dérober. Rendez-vous à l’Episode 12 : Chiner en état de pandémie

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“Révélations” sur les coups de fil hérétiques du président Macron


Alors que le président français s’encanaille avec les plus fâcheux des dissidents politiques comme Jean-Marie Bigard, des naïfs font mine de s’inquiéter dans la bonne presse.


Personne ne l’ignore plus : au lieu de solliciter l’avis de son prédécesseur comme le réclamerait le bon sens le plus élémentaire, le président Macron préfère prendre conseil auprès des pires olibrius que l’hexagone a dernièrement enfantés.

Beaucoup de monde s’est offusqué des méthodes peu orthodoxes du médecin marseillais Didier Raoult. Le 9 avril, Emmanuel Macron se déplace en personne pour le rencontrer.

Ces personnalités que l’Élysée surveille comme le lait sur le feu

On cherche ensuite à savoir combien de jours les Français peuvent encore survivre les bistros fermés. Macron fait appel à l’expertise de l’humoriste Jean-Marie Bigard, lequel se montre très critique sur les réseaux sociaux. 

A lire aussi, du même auteur: Coronavirus: Marine Le Pen tire son épingle du jeu

À droite, Eric Zemmour et Philippe de Villiers pâtissent de difficultés (agression dans la rue pour l’un, parc du Puy du Fou perdant 1 million d’euros par jour pour l’autre). Voilà que notre bon président prend ¾ d’heure à consoler le premier au téléphone, et qu’il négocie les conditions de la réouverture des attractions du second, alors que cela n’est pas dans les prérogatives présidentielles. 

Hollande, ancien mentor, dépité

Injustement, François Hollande n’est pas sollicité de son côté. Il révèle sur France inter avoir été appelé une unique fois depuis le début de l’épidémie. Emmanuel Macron l’avait sonné pour savoir s’il fallait bien annuler le second tour des municipales. Oui, mais ça, Emmanuel Macron l’a demandé à tout le monde ! 

À la question d’un auditeur qui se demande si un président doit ou non appeler Bigard et Zemmour, ou gérer le Puy du Fou personnellement, la réponse de l’ancien président est un peu maladroite: “vous voulez dire qu’un président ne doit pas téléphoner comme ça? C’est possible”

Une supercherie ? Saperlipopette !

Que ce soit Zemmour, Raoult ou même Cyril Hanouna, l’équipe d’Emmanuel Macron craint parait-il l’émergence d’une figure “populiste”. Elle pourrait surgir de nulle part et n’importe quand, séduire en quelques mois l’opinion et accéder à l’Élysée (cela s’est déjà vu…). Du coup, à en croire Solenn de Royer du Monde, Emmanuel Macron aurait “fait le choix de traiter ces figures plutôt que de les ignorer” et “de montrer qu’il considère ce qu’elles représentent” pour mieux tuer dans l’œuf toute velléité politique.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: L’Etat, ma mère juive

Les appels téléphoniques, prétendument passés pour prendre les avis des uns et des autres, ne seraient qu’une vaste ruse visant à annihiler la parole de toute cette canaille populiste.

Elisabeth Lévy remplacerait Marlène Schiappa, lors du prochain remaniement

Dans Libération, un éditorial moitié inquiet moitié potache fait mine de s’émouvoir des mauvaises fréquentations de notre président. 

Laurent Joffrin écrit ainsi que “le président des riches veut changer son image en draguant les grandes gueules d’en bas”. Il fait semblant d’être horrifié par la forme que pourrait prendre le gouvernement que Macron pourrait “réinventer” après le coronavirus. Il voit Michel Onfray à Matignon, Bigard au Commerce, Raoult évidemment à la Santé, Zemmour à l’immigration, Houellebecq à la culture et même… la directrice de Causeur Elisabeth Lévy à la Condition féminine! 

Laurent Joffrin est mal informé. Lors d’un des innombrables appels de la présidence, notre petite équipe a bien entendu à travers la cloison la patronne qui raccrochait rageusement son combiné, après avoir prononcé ces mots : “C’est le Ministère de la Guerre, ou alors ce sera sans moi. J’ai dit !” 100% véridique. 

A lire aussi, Patrick Mandon: Un tribun au tribunal

On l’a compris, le cabinet fantôme de Joffrin vise surtout à donner des frissons à ses lecteurs. Mais n’allez pas vous imaginer que le lectorat de Libération se compose de lecteurs de gauche ! On ne voit plus ce journal qu’entre les mains de Parisiens qui ont voté Macron. Les appels “douteux” de l’Élysée abondamment ébruités, c’est en revanche la manifestation d’une panique réelle du pouvoir, fracassé par la potion gilets jaunes + corona. Et c’est donc aussi le soi disant cauchemar d’une presse progressiste qui fait semblant de ne pas le comprendre!

Le gouvernement doit dissoudre la Ligue de Défense Noire Africaine!


Le groupuscule s’est encore illustré en se félicitant de la déstruction des statues de Victor Schœlcher en Martinique, vendredi dernier


Vendredi dernier, le 22 mai, des manifestants ont détruit deux statues de Victor Schœlcher, l’homme qui décréta l’abolition définitive de l’esclavage en France le 27 avril 1848. Aussitôt, ces vandales reçurent le soutien enthousiaste d’un groupe militant fier de ne soutenir que les personnes ayant une certaine couleur de peau. Voilà sans doute, déduira-t-on, les actes d’un groupuscule suprémaciste blanc ? Des militants qui vomiraient l’héritage d’un défenseur de l’égalité et de la liberté des Noirs, crachant sur l’homme dont Aimé Césaire disait : « Victor Schœlcher c’est, pour résumer en trois mots, un humaniste, un militant des droits de l’homme, un socialiste (…) à l’origine de son engagement militant il y a d’abord une postulation éthique et une exigence morale (…) le combat pour la raison, le combat pour la justice, le combat pour les droits de l’homme (…) celui, élémentaire, de la liberté de tous les hommes, quelle que fût leur race ou leur couleur, et celui de l’égalité de tous devant la loi. La finalité de l’action de Schœlcher n’est pas un statut juridique, mais la qualité et la valeur de la condition humaine » ?

Eh bien non ! Ceux qui refusent aujourd’hui que l’on admire Victor Schœlcher ne sont pas ceux que l’on attendrait. Ce sont des Noirs de Martinique, bénéficiant de l’appui militant et revendiqué de la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA).

Vous avez déjà entendu parler de cette association

Ce groupuscule s’était déjà distingué en empêchant par la force la représentation d’une pièce d’Eschyle à la Sorbonne – une pièce qui, comme la pensée de Victor Schœlcher, célèbre l’humanité commune des êtres par-delà des origines différentes.

Faut-il y voir une constante dans les actions de la LDNA ? Sans doute. Ces obsédés de la couleur de peau haïssent l’universalisme, que ce soit celui de l’Antiquité ou celui qui conduisit à l’abolition de l’esclavage. Loin de Victor Schœlcher, leur combat n’est pas celui de l’émancipation et de la liberté de tous les hommes, mais son contraire : leur enfermement dans des assignations identitaires, et l’enrôlement forcé de certains dans une armée tribale au service de leurs obsessions et de leurs ambitions.

A lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel: La nouvelle lutte des races

Aimé Césaire était assez grand lui-même pour pouvoir célébrer la grandeur d’autrui. Les thuriféraires de la LDNA et leurs pareils, dans leur fantasme de supériorité raciale nourri d’un véritable complexe d’infériorité, ne peuvent pas supporter de se reconnaître débiteurs de quiconque ne serait pas de leur clan : ni de la culture des Grecs, ni de l’engagement humaniste de Victor Schœlcher.

Humaniste et…. socialiste, disait Aimé Césaire. Ce qui, de toute évidence, n’avait pas alors le même sens qu’aujourd’hui. Voir la gauche régressive se compromettre maintenant avec les inspirateurs « indigénistes » et « décoloniaux » de ceux qui ont détruit les statues d’une figure tutélaire de l’abolition de l’esclavage, montre bien la profonde déchéance de cette famille politique. Et ce n’est pas spécifique à la France : que l’on songe à Joe Biden, pour qui un Noir votant Trump « n’est pas Noir » !

Un groupe inquiétant

Victor Schœlcher était-il parfait ? Certes non ! Mais il faut une incroyable arrogance pour refuser que l’on admire quiconque ne serait pas parfait.

Était-il le seul héros de cette magnifique conquête de la civilisation qu’est l’abolition de l’esclavage ? Certes non ! Mais nul ne le prétend, et nier son rôle qui fut incontestablement éminent, n’aidera pas à valoriser celui des autres. La France a-t-elle pleinement accompli depuis son idéal universaliste ? Certes non ! Mais même s’il reste du chemin à parcourir, elle n’a pas à rougir de ce qu’elle a si longtemps défendu en la matière, ni de ce qu’elle a déjà réalisé. La Métropole est-elle toujours irréprochable vis-à-vis des Outre-Mers ? Certes non ! Mais accuser la France et les Blancs de tous les maux et réécrire l’histoire est la meilleure manière d’être aveugle à toute une partie du problème, et de se condamner à ne rien résoudre.

Ne nous y trompons pas : l’incident dont il est question va bien au-delà du déboulonnage de deux statues. Il est révélateur de l’emprise croissante d’une idéologie destructrice, nourrie à la haine de la France, et à un racialisme authentiquement et profondément raciste, dont on entend d’ailleurs les inquiétants échos dans les propos imbéciles de Camélia Jordana qui ont fait le buzz ces jours-ci. Il confirme aussi ce qu’est la LDNA, dont on rappelle que des sympathisants avaient, en septembre dernier, applaudi avec enthousiasme un discours proclamant sous prétexte de lutte contre la xénophobie en Afrique du Sud : « Si vous voulez être xénophobes, alors d’accord. Commencez par tuer les Blancs, commencez par tuer les Chinois, commencez par tuer les Indiens. Ne tuez pas vos frères (c’est-à-dire dans ce discours : d’autres Noirs). »

Voilà une officine défendant ouvertement une conception racialiste de la société et la conflictualité entre les groupes ethniques, prônant et appliquant la censure dès qu’elle le peut, et dont les nervis recourent volontiers à l’intimidation violente. Le fascisme, le vrai, n’est pas loin.

L’incident sera-t-il évoqué en conseil des ministres?

À ce titre, s’il faut saluer la déclaration d’Emmanuel Macron d’une fermeté bienvenue[tooltips content= »Le président français a écrit le 23 mai sur Twitter: En abolissant l’esclavage il y a 172 ans, Victor Schœlcher a fait la grandeur de la France. Je condamne avec fermeté les actes qui, perpétrés hier en Martinique, salissent sa mémoire et celle de la République.« ](1)[/tooltips], il faut surtout rappeler que face à de telles mouvances les mots ne suffisent pas. Ce sont les actes qui doivent être fermes, et pas seulement les paroles. Sauf à persister dans une passivité complice pour laquelle il faudra tôt ou tard rendre des comptes, la dissolution de la LDNA s’impose.

A lire aussi, Jean Messiha: Camélia Jordana: l’esprit FLN mais… en 2020

Et pas seulement de la LDNA : on n’oublie pas le rôle qu’avaient joué par exemple le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), la Brigade Anti-Négrophobie et sans surprise l’UNEF dans la censure brutale d’Eschyle par leurs milices. On manque d’argent pour les hôpitaux, mais certaines de ces structures bénéficient toujours de subventions aux frais du contribuable.

Bien sûr, les décisions judiciaires contre les casseurs ne sont pas du ressort du chef de l’État. En revanche, il a la possibilité et donc l’obligation de faire prendre en conseil des ministres les décrets nécessaires pour dissoudre les associations qui se posent en ennemies de la République et de la France, et soutiennent des coups de force. Et sur ce point, force est de reconnaître qu’Emmanuel Macron et le gouvernement n’ont que trop tardé, eux qui pourtant se targuent de vouloir « combattre la haine » – n’est-ce pas Laetitia Avia ? J’avais déjà évoqué la dissolution de ces groupes en mars 2019, l’association LÉA (Lutte pour l’Égalité dans l’Antiracisme – une des trop rares associations combattant le racisme par une approche véritablement universaliste) avait fait de même après leur sortie de septembre 2019, et toujours rien.

Il est nécessaire de remplacer les statues brisées, de ne pas céder aux violences ni aux intimidations, de continuer à célébrer Victor Schœlcher. Mais il est plus nécessaire encore d’être fidèles à son œuvre, tragiquement inachevée. L’esclavage n’a pas disparu, et le combattre est un devoir, partout où il est encore pratiqué. L’égalité de tous devant la loi sans distinction de couleur de peau qu’évoquait Aimé Césaire est menacée, le droit à la différence se pervertissant de plus en plus en différence des droits, livrant nos concitoyens dits « racisés » aux emprises tribales, à la loi des bandes, à la tyrannie des fanatiques, et abandonnant de plus en plus de victimes à la violence de délinquants brandissant leurs origines comme un totem d’immunité. Ce n’est pas tolérable, et combattre ces dérives est aussi un devoir.

Si nous renonçons à ces luttes, alors c’est nous qui piétinerons l’héritage de Victor Schœlcher, et briserons ce qui fit l’honneur et la grandeur de la République et de la France.

Le sang du pauvre

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Dustin Leonard, dirigeant de la start-up "The little ripples". Image : capture d'écran YouTube

Jeune startuper australien, Dustin Leonard sait comment s’y prendre pour allier à ses business plans des idées politiquement correctes. Sa nouvelle idée? Prodiguer de l’eau pour les pays en voie de développement en vendant du vin… 


Sorte de Jésus inversé, un jeune « startuper » australien change le vin en eau. Loin d’être illuminé, Dustin Leonard sait parfaitement ce qu’il fait : « pour chaque bouteille vendue, nous fournissons un an d’eau potable à un habitant d’un pays en voie de développement », explique-t-il au Daily Telegraph. Charity business is good business, comme on dit en bon français. En quelques mois, son entreprise de vente de vins sur Internet, Little Ripples (« petites ondulations ») a construit quatre puits en Ouganda.

Histoire de cocher toutes les bonnes cases, Dustin Leonard a noué un partenariat avec la Bridgit Water Foundation, une association féministo-caritative qui œuvre pour le bien-être des femmes dans les pays du tiers-monde. « C’est le rôle des femmes et des enfants d’aller chercher l’eau dans ces pays. Ils doivent souvent marcher jusqu’à dix kilomètres pour prendre de l’eau non potable d’un étang, leur fournir des puits permettrait à plus d’enfants, notamment aux filles, d’aller à l’école », dixit le trentenaire. Soignant son image commerciale, Leonard a impliqué la France, vrai pays du vin, dans son juteux négoce, en s’associant avec le vigneron Alex Cassegrain, dont la famille produit le précieux breuvage depuis 1600. Pour écumer en toute bonne conscience, il nous est désormais loisible de commander en ligne un cabernet ou un chardonnay qui aidera l’Afrique.

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Ce petit malin de Dustin n’en est pas à son coup d’essai. Encore étudiant, il avait expérimenté le « charity business » à travers la société Hero Condoms : pour un préservatif acheté, un autre était distribué en Afrique, où le sida n’en finit pas de sévir. Et le startuper de se vanter : « Nous avons récolté plus de deux millions de préservatifs et ainsi aidé à stopper la propagation du VIH. » On attend sa prochaine idée géniale capable de sauver l’humanité. SOS Pangolins ?

“Assainissement des représentations nauséabondes de l’État”: grande victoire de LFI

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Le député de la Seine Saint-Denis Eric Coquerel © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00862498_000002

Hors de ma vue, perfides ananas! Suite à la publication par les services de l’État d’une affiche de prévention sur Twitter, des « insoumis » bien de chez nous volent au secours de la Martinique ostracisée. Récit.


 

Vendredi 22 mai, la préfecture de Martinique a publié sur les réseaux sociaux une affiche pour propager la distanciation sociale. On y voit deux adolescents. L’un est blanc, vêtu d’une chemise à carreaux de couleur rubis ouverte sur un t-shirt bleu Majorelle. L’autre semble métisse, on ne sait pas trop, dans un autre temps on aurait dit couleur chocolat au lait. Aujourd’hui, ce terme étant connoté comme raciste, d’aucuns lui préfèrent l’étrange terme « racisé ». La moitié du crâne rasé, il semble avoir été affublé d’un débris de perruque sur la tête. N’est-ce pas d’un goût douteux ? Laisser entendre que les adolescents martiniquais se coiffent ainsi avilit nos compatriotes des Antilles. Pourtant, ce n’est pas cela qui a fait germer l’ire de politiciens de gauche rivés sur leur smartphone, dénonçant toute publication internet qui leur soulève le cœur. Non, ce qui leur a fort déplu, c’est qu’en dessous de l’incontournable flèche blanche nous conseillant de garder un bon mètre entre nous, il y ait cinq gros ananas. 

« Assainir le corps de l’État »

Armé de son fidèle compte Twitter, Jean-Luc Mélenchon s’est offusqué le premier: « Le préfet s’adresse aux habitants de la Martinique et l’État édite cette affiche ? Le macronisme, c’est cette honte aussi ». Évidemment, le camarade Eric Coquerel lui a emboîté le pas, fustigeant, lui aussi sur son compte Twitter, « le racisme et le colonialisme » du préfet de Martinique. En guise de surenchère, il a même appelé à la démission de ce dernier. Toujours de l’hexagone, du nord cette fois, c’est l’eurodéputée écologiste Karima Delli qui a écrit : « En 2020, encore des images insultantes et racistes ». De la Marne ensuite, la député Mathilde Panot a suggéré une solution plus radicale: « c’est tout le corps de l’État qu’il faut assainir de ces représentations nauséabondes ». Quand le parfum de l’épuration s’en mêle, c’est qu’on est vraiment prêt à tout pour se tailler une place dans l’arène. 

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D’autres « insoumis » de région parisienne ont d’ailleurs mis leur grain de sel, j’ai oublié leurs noms et peu importe, ils rêvent sans doute eux aussi d’un bon rôle sur scène. Suite à ces admonestations 2.0, la Préfecture de Martinique s’est rendue. Le samedi 23 mai, elle supprimait l’odieuse affiche de son compte Twitter et écrivait: « Nous venons de retirer l’illustration publiée hier concernant la distanciation physique. Nous présentons nos excuses si elle a pu heurter certains d’entre vous. L’unique objectif était de montrer l’importance de la distanciation face à l’épidémie. Bien cdt. Service communication ». Clap de fin. 

L’internationale numérique

On remarque trois choses dans cette polémique. La première, c’est qu’elle est intégralement dématérialisée, elle a eu lieu du début à la fin sur internet. Si la Préfécture avait gentiment collé ses affiches sur les murs de Fort-de-France, rien n’indique que Mélenchon et ses comparses de l’hexagone s’en seraient mêlés. 

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La seconde, et qui rejoint un peu la première, c’est que cette « vague d’indignation », pour reprendre l’expression du quotidien France-Antilles, est venue de loin, de très loin même. Quand on se targue de dénoncer le néocolonialisme, fût-il d’une instance qui représente l’État français, en l’occurrence la Préfecture, on laisse aux « colonisés » l’honneur de réagir les premiers. Ils sont assez grands pour se défendre tous seuls, ils n’ont pas besoin d’être maternés par des activistes situés à 7000 kilomètres de chez eux. La troisième, c’est que ce qui aurait pu légitimement susciter l’indignation à mon sens, et que personne n’a relevé, c’est cette ridicule coupe de cheveux qui fait ressembler l’adolescent de gauche à un de ces nouveaux footeux biberonnés au mauvais goût de Cristiano Ronaldo

Et les Auvergnats? 

Mercredi 20 mai, l’office du tourisme d’Arcachon a illustré le saint mètre par une délicieuse douzaine d’huîtres. Quant à la ville de Saint-Étienne, la France périphérique, la vraie, elle a penché pour sa part pour vingt-cinq babets. Ça ne surprendra personne, mais nos « insoumis » se sont bien gardés de crier au racisme d’État envers leurs compatriotes de Gironde ou d’Auvergne. 

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Des régions pas assez créoles et trop « plouc » à leur goût? Peut-être, et c’est tant mieux ainsi. Si demain la préfecture de l’Eure met bout à bout une dizaine de pommes à cidre pour représenter le mètre protecteur, je n’espère pour rien au monde que des assainisseurs crient en chœur au racisme anti-normands sur Twitter. Il n’empêche qu’en ces temps difficiles, il serait agréable que certains se dérident un peu et calment leurs aigreurs.

Le malade imaginaire

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Photo: Hannah Assouline

Le billet du vaurien


Souvent, en fin de soirée, tout en dégustant un sorbet poire à la cannelle, je fais un tour des chaînes d’info en continu. Et je tombe régulièrement sur une chroniqueuse assise sur ses certitudes et qui les proclame avec une véhémence qui irrite plus qu’elle ne séduit, en dépit de ce qu’elle semble croire, une certaine Françoise D., qui exhorte tous ses compatriotes à porter un masque. Une amende devrait même punir ceux qui n’obtempéraient pas ! C’est une idée fixe chez elle. Les autres invités finissent par abonder dans son sens comme le font les psychiatres face à des forcenés qu’on ne ramènera jamais à la raison. Elle est vraisemblablement de gauche, car elle applaudit toutes les mesures prises par le gouvernement pour limiter les libertés. Notamment, puisque nous sommes conviés depuis trois mois à un grand voyage en absurdie, le concept de « plage dynamique ». Je me réjouis que le destin m’ait épargné une mère comme elle, protectrice et étouffante de conformisme.

Le meilleur test pour mesurer le degré de misère intellectuelle de vos interlocuteurs en France aujourd’hui est d’observer leur visage grimaçant, voire haineux, dès qu’on évoque Donald Trump. Voilà qui me le rend presque sympathique : nettoyer ses poumons à l’eau de Javel, il fallait le faire !

Excellente chronique de Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine sur Molière et son Malade imaginaire, article qui s’achève ainsi : « Le monde progresse, la génétique rassure, la biochimie prolonge et la réplique de Béralde – « C’est notre inquiétude, c’est notre impatience qui gâte tout; et presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies »  – est une citation scandaleuse que nous désapprouvons dans ce magazine lu abondamment dans les salles d’attente de grands professionnels. » Il va de soi que le docteur Knock de Jules Romain avec l’inoubliable Louis Jouvet ne sera pas projeté à la télévision et que nos grands prêtres de la médecine sont tout aujourd’hui sauf des charlatans. Et pourtant Molière est plus que jamais d’actualité, lui qui se gaussait de ces mythomanes prétentieux au jargon fumeux qui s’enrichissent grâce à notre peur de la mort. Ils le savent bien pourtant : l’angoisse tue plus sûrement que n’importe quel virus ! Et pour conclure dans la bonne humeur, cette réplique de Michel Audiard :

– Avez-vous un médecin de famille ?
– Non, je suis orphelin.

Brésil : le virus de la désinformation

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Jair Bolsonara portant un masque © Eraldo Peres/AP/SIPA/ERA103/20146511970885//2005251645

Depuis le début de la crise du coronavirus, le président du Brésil est devenu l’épouvantail favori des médias français, la cible facile d’une campagne de désinformation bien huilée. Jair Bolsonaro a tout du coupable médiatique idéal : homme blanc chrétien de plus de 50 ans, il est accusé de sous-estimer la gravité de la crise sanitaire, en bref d’être « corona-sceptique ».


Le Brésil est le candidat idéal à une campagne de désinformation. Le Portugais est peu parlé en en France ; les liens familiaux et commerciaux entre la métropole et le Brésil sont relativement ténus rendant difficile au citoyen lambda la vérification des nouvelles diffusées par les médias ; les Brésiliens s’ingénient, depuis toujours, à émettre une image déformée de leur pays (samba, sexe, football) afin de séduire les Européens vis-à-vis desquels ils développent un complexe d’infériorité.

Campagne de désinformation

En ce moment-même, les médias français s’en donnent à cœur joie pour dénigrer le Brésil et présenter son président comme l’allié objectif du virus corona. Ce que les rédactions n’osent pas faire concernant les États-Unis de Trump (un pays moins lointain et mystérieux que le Brésil aux yeux des Français), elles s’y adonnent sans retenue à l’égard du Brésil.

La campagne de désinformation utilise le mensonge le plus éhonté et ne craint pas le ridicule. Elle fait fi des éléments factuels suivants et que n’importe quel stagiaire de journalisme saurait trouver sur Wikipédia.

Le Brésil compte 210 millions d’habitants et enregistre habituellement 3750 morts par jour. Lorsqu’on nous annonce que 807 personnes sont décédées du corona au Brésil en une journée (25 mai), il faudrait confronter ce chiffre au nombre total de décès enregistrés au Brésil en temps normal (3750). L’Espagne, qui compte une population quatre fois moins nombreuse que le Brésil, a connu une journée où le nombre de morts a dépassé les 900 !

Ensuite, il faudrait s’interroger sur la méthodologie de comptage en place au Brésil. Sommes-nous sûrs que tous les décès imputés au corona ont réellement été causés par ce virus ? Question légitime lorsqu’on sait que les familles n’ont pas le droit d’ouvrir les cercueils et que personne n’approche les dépouilles pour une contre-expertise. Tous les ayatollahs du corona ont intérêt à gonfler les chiffres pour imposer le confinement et mettre Bolsonaro en difficulté. Cette mise en garde vaut pour le Brésil comme pour tous les pays d’Europe de l’Ouest où le « devoir de transparence » a été suspendu pour permettre aux autorités de propager à leur guise la pandémie de la panique.

Bolsonaro appuie, depuis le début, l’usage de la chloroquine. Difficile de l’accuser de propager la mort s’il soutient justement un remède utilisé avec succès dans tous les pays qui ont su épargner des vies. Parmi eux, le Maroc qui distribue cette substance à tous les malades dès le premier jour, résultat : moins de 200 morts, un chiffre à rapprocher des plus de 28 000 morts en France…

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Confinement impossible au Brésil

Le président brésilien est contre le confinement. Ce qui n’est pas un péché en soi car d’autres pays « sérieux » ont épargné à leur peuple cette épreuve terrible, il s’agit notamment du Japon (800 morts…à peine) et de la Suède (4124).

Confiner un Brésilien est une pure vue de l’esprit. Comment voulez-vous enfermer les onze millions de Brésiliens qui vivent dans des favelas insalubres et surpeuplées où les égouts transitent à ciel ouvert ? C’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire si l’on veut sauver des vies. Comment interdire aux gens de travailler si 40% de la population active vit dans l’informalité ? Bolsonaro a la sagesse, qui manque à certains journalistes français, de comprendre que le chômage et la faim tuent plus que le virus du corona.

De toute façon, le président brésilien n’a pas pouvoir à autoriser ou interdire le confinement. Le pays est fédéral et seuls les gouverneurs et les maires sont en mesure d’enfermer les habitants chez eux. D’ailleurs, quelle autorité peut exercer le maire de Rio de Janeiro sur le tiers de la population de sa ville qui vit sous le joug des trafiquants ?

Un marasme profond et antérieur à Bolsonaro

Il n’y a pas de crise sanitaire au Brésil. Ce qui existe réellement est une saturation des hôpitaux des États les moins bien gérés. À Rio de Janeiro, l’on a préféré engloutir des milliards d’euros dans les Jeux Olympiques (2016) au lieu de construire des hôpitaux. Résultat : les urgences sont en détresse. À Manaus (État de l’Amazonas) et à Belém (État du Para), le système de santé vit effondré sur lui-même depuis des lustres. À qui la faute ? À la gauche brésilienne (Lula, Dilma) qui ont fourni le pain et le cirque au lieu de s’occuper des services sociaux de base (santé, assainissement liquide, assurance chômage, éducation).

Il est tout de même déconcertant de voir un président dit d’extrême-droite refuser de confiner son peuple alors que nos chers dirigeants progressistes ont allégrement instauré la dictature sanitaire en France, en Espagne et en Italie. Une pratique que le Japon (pays réputé conservateur) a refusé ne serait-ce que d’envisager. Nous vivons décidément une drôle d’époque !

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Stop au Bolsonaro-bashing !

Enfin, la tristesse envahit votre serviteur lorsqu’il s’aperçoit que le public français tombe dans la combine montée de toutes pièces par ces mêmes médias qui ont entretenu un climat de confusion, de panique et de désinformation depuis mars dernier. Les chaînes de télévision qui se sont déshonorées en relayant la communication gouvernementale (« les masques ne servent à rien » « la chloroquine est un venin » et j’en passe) parviennent, en un clin d’œil, à nous faire détester Bolsonaro. D’où tirent-elles leur légitimité ?

Qu’on le veuille ou non, Bolsonaro est un occidental comme nous tous (je m’inclus dans la civilisation occidentale par adhésion morale et émotionnelle). Il est plus proche de nous que MBS, Erdogan ou Xi Jin Ping. Nous devrions lui tenir le langage sincère et ferme qu’un frère tiendrait à son frère et non l’insulter à longueur de journée. Et si nous avons besoin de nous défouler après trois mois de folie corona, n’hésitons-pas à nous en prendre à Erdogan qui lui a des choses à se reprocher. Ah, j’allais oublier : nous sommes tellement lâches que nous préférons insulter le président des Brésiliens car lui, au moins, ne risque pas de nous envoyer un million d’immigrés ou de ruiner nos efforts diplomatiques en Syrie et en Libye. Vive le courage !

Brésil, les illusions perdues: Du naufrage au redressement

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Covid-19, le temps des charlatans

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Des membres de l'organisation nationaliste hindoue Hindu Mahasabha boivent du thé à base d'urine pour se protéger du coronavirus, New Delhi, 14 mars 2020. ©Yawar Nazir / Getty Images / AFP

La crise du coronavirus révèle deux tendances opposées au sein du monde émergent. Si des Etats comme l’Inde ou l’Iran mobilisent le charlatanisme, la bigoterie et l’irrationnel à des fins politiques, la Chine et l’Afrique du Sud reprennent le flambeau de la raison et de la technique.


« Changer le cours de l’Histoire » : c’est avec cette promesse qu’Andry Rajoelina, président de Madagascar, a annoncé le 20 avril la mise en circulation d’un remède contre le Covid-19 100 % Vita Malagasy (« fabriqué à Madagascar »). Baptisé « Covid-Organics », le tambavy (« décoction ») en bouteille, « préventif et curatif », est distribué et imposé dans les écoles contre le virus qui, pour l’heure, n’a quasiment pas atteint la population malgache.

Le président malgacche,, Andry Rajoelina, présente le « Covid Organics », un « remède » à base d'armoise contre le Covid-19, Tananarive, 20 avril 2020. ©Henitsoa Rafalia / Anadolu Agency / AFP
Le président malgacche, Andry Rajoelina, présente le « Covid Organics », un « remède » à base d’armoise contre le Covid-19, Tananarive, 20 avril 2020.
©Henitsoa Rafalia / Anadolu Agency / AFP

Limonade miracle…

Bien que ses promoteurs revendiquent une efficacité puisée dans la foisonnante pharmacopée de la Grande Île et ses immenses ressources en plantes endémiques, la miraculeuse limonade est en réalité à base d’armoise (Artemisia vulgaris) – une plante cultivée et utilisée dans le pays depuis les années 1970 dans le but d’atténuer les symptômes de la malaria. Élaboré dans le secret et sur commande présidentielle par l’IMRA, fondation dont le créateur avait d’ailleurs introduit l’Artemisia en 1975, le « remède » a fait l’objet de vives critiques de la part du monde médical et, notamment, de l’Académie nationale de médecine de Madagascar (Anamem). Dans un communiqué signé par le très respecté Dr Marcel Razanamparany, l’institution a souligné l’absence d’études et son caractère potentiellement nocif envers les enfants. Le Dr Stéphane Ralandison, doyen de la faculté de médecine de Toamasina (Tamatave), la seconde ville du pays, tance sur sa page Linkedin les « apprentis savants », exhorte à la « lucidité scientifique » et au primat du primum non nocere. De quoi amorcer une crise politique, au moment où la boisson est au cœur d’une offensive de communication du président malgache. Celui-ci est pris sous le feu de la critique depuis que, le 4 avril, il a instauré, sur le fondement d’une loi de circonstance passée en 1991 par Didier Ratsiraka pour juguler la contestation populaire, le 4 avril, un « état d’urgence sanitaire » qui réduit les libertés individuelles et autorise, entre autres, la « réquisition des médias » par le pouvoir.

Chauvinisme…

En moins d’une semaine, l’exécutif malgache et ses partisans ont qualifié le communiqué de l’Anamem de « fake news », insinué que le document avait été signé sous la menace, fustigé un complot de l’OMS contre la limonade à l’armoise et – last but not least – critiqué le manque de patriotisme des critiques scientifiques : « Est-ce qu’on encense le Vita Malagasy ou est-ce qu’on le dénigre ? » résume abruptement Lalatiana Rakotondrazafy, super-ministre qui cumule les portefeuilles de la Communication, de la Culture et le poste de porte-parole du gouvernement. La présidence a néanmoins choisi d’éviter le bras de fer avec le corps médical et a reçu en privé une délégation de l’Académie le 22 avril. La rencontre s’est soldée par un communiqué alambiqué, gage d’un apaisement entre le gouvernement et les blouses blanches. Le premier reconnaît que le Covid Organics n’est pas le « médicament » annoncé, mais un « remède traditionnel amélioré » tandis que l’Académie « ne s’oppose pas à son utilisation en tant que décoction », laissée « à la libre appréciation de chacun », tout en prônant « la mise en place d’un suivi » de ses consommateurs… Paradoxe : la polémique contraste avec la prise en compte de la maladie par les autorités sanitaires, « exemplaire » dans ce pays pauvre, où les moyens médicaux sont très faibles, nous rapportent des voyageurs réunionnais frappés par la rigueur des contrôles à l’aéroport d’Ivato et par le recours massif aux masques de protection… Significativement, le ministère malgache de la Santé a été tenu à l’écart de l’élaboration de la boisson miracle, dont la promotion relève du pouvoir de plus en plus personnel de M. Rajoelina. La polémique du Covid Organics serait affaire de folklore si elle se cantonnait à la périphérique île de Madagascar…

…et pisse de vache

Seulement, une tendance similaire est à l’œuvre en Inde. Dans la cinquième puissance mondiale, la crise du Covid-19 donne à voir la place qu’occupent désormais la magie, la superstition et la bigoterie dans la parole et dans l’action publiques. Depuis l’apparition du virus, les porte-parole du BJP au pouvoir depuis 2014 rivalisent de déclarations délirantes, recommandant de boire de l’urine de vache (gaumutra), de consommer de la bouse de vache, de psalmodier des mantras – le sanskrit tue le virus, mais pas l’arabe, qui dirigerait l’air vers la bouche…

Comme à Madagascar, le Premier ministre Narendra Modi lui-même conseille une boisson, le kadha ; une tisane ayurvédique composée d’une quinzaine d’herbes réputée « renforcer l’immunité » – qui, dit-on dans les rangs du BJP, est plus forte chez les Indiens que chez les autres peuples. Le ministère « Ayush », créé par le BJP pour rassembler les médecines non conventionnelles, notamment ayurvédique et homéopathique, a mis au point un « protocole » contre le coronavirus, régulièrement recommandé par le Premier ministre. Celui-ci voit plus loin : alors que les critiques visant la brutalité et l’impréparation du confinement indien s’intensifient, Narendra Modi annonce que l’issue de la crise sanitaire verra le triomphe mondial de l’ayurveda. « Il faudra que la jeune génération en enseigne les principes au monde dans le langage scientifique, afin que le monde puisse l’entendre », déclarait-il, emphatique, le 26 avril à l’occasion de son émission mensuelle (« Man Ki Baat ») sur All-India Radio.

La pseudoscience, instrument de pouvoir

En réalité, le coronavirus ne fait qu’accélérer l’offensive d’une nouvelle pensée magique liée à l’essor du nationalisme « hindutva ».

D’une origine plus politique que mystique, plus inspiré par la science-fiction et le cinéma Bollywood que par les classiques de l’hindouisme, cet imaginaire forgé par le militantisme ultra nationaliste est aujourd’hui diffusé par le sommet du pouvoir et par les institutions. Ainsi, Narendra Modi attribue l’origine du dieu Ganesh à tête d’éléphant à une pratique « antique » de la chirurgie esthétique et prétend que le Mahabharata évoque une science génétique, découverte aux temps védiques… Les élus du BJP renchérissent : le lait des vaches sacrées desi contient de l’or, affirme Dilip Ghosh, parlementaire et patron du BJP au Bengale-Occidental ; il y a 7 000 ans, les hindous pilotaient des aéronefs, a-t-on affirmé avec l’assentiment d’un ministre lors du prestigieux Indian Science Congress de 2015, ridiculisant les prestigieux savants indiens qui y assistaient ; Arjuna utilise l’arme nucléaire dans le Mahabharata, déclare Jagdeep Dhankhar, gouverneur BJP du Bengale-Occidental… Il n’y a là qu’un petit échantillon du fatras pseudoscientifique promu par le nationalisme hindou. Comme à Madagascar, le charlatanisme appuie une stratégie de pouvoir personnel : celle du Premier ministre Narendra Modi, qui liquide l’héritage rationaliste de soixante-dix ans de « nerhuisme » pour consolider sa position de prophète de l’hindutva ethnoreligieuse.

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La carte du fol est contrastée

Parmi les nombreux pays émergents où l’irrationnel et la pseudoscience irriguent les discours et les politiques publiques, l’Iran mérite une mention particulière. Véritable usine de fausses informations et véritable État dans l’État, le corps des Gardiens de la révolution dévoilait le 16 avril dernier le « Mosta’an », un appareil vibratoire capable de détecter « temporairement » le virus…

Néanmoins, l’irruption du Covid-19 révèle que la carte du fol est bien loin d’être homogène ; si de grands États tels que l’Inde ou l’ancienne Perse basculent dans l’irrationnel, des puissances en devenir s’en extirpent. C’est le cas de l’Afrique du Sud, dont le régime est en voie de stabilisation depuis l’élection de Cyril Ramaphosa : il semble qu’après une décennie de lyssenkisme post-Apartheid, la Raison s’installe au sommet de l’État.

Arc-bouté sur le déni du sida (« Aids-denialism »), le président Thabo Mbeki a, tout au long de sa présidence (1999-2008), combattu le recours aux traitements rétroviraux, allant jusqu’à priver de l’agrément de l’État les établissements qui se risquaient à en prescrire. Sous sa direction et sous la supervision de sa ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang, surnommée « Dr Betterave », les cliniques d’Afrique du Sud ont « traité » les malades du sida à grands coups d’ail, de citron, de jus de betterave et de racines diverses. L’État a de surcroît financé divers médicaments « alternatifs » : les inventeurs et promoteurs d’un « traitement » sud-africain, le Virodène – en réalité un simple solvant industriel – ont ainsi empoché 6 millions de dollars entre 1999 et 2001… Les fonds publics ont aussi alimenté la florissante industrie de compléments alimentaires du Dr Matthias Rath, dit « l’Empereur de la vitamine », médecin et homme d’affaires allemand qui encourageait ses « patients » choisis dans les townships à substituer aux trithérapies un concentré de vitamine C, le « VitaCell »…

L’Afrique du Sud recouvre la Raison

Le déni du sida a perdu son statut de doctrine quasi officielle à la fin de l’ère Mbeki – ce qui n’empêcha pas son successeur, Jacob Zuma, d’affirmer qu’une « douche » pouvait empêcher la contamination par le VIH. Rétrospectivement, le bilan de près de dix ans de charlatanerie orchestrée au sommet de l’État est effarant : on estime à plus de 300 000 le nombre de Sud-Africains qui auraient pu échapper à la mort s’ils avaient reçu les traitements adéquats… « Tous ceux qui contestaient les charlatans du VIH étaient considérés comme des anti-Mbeki primaires et non comme des partisans de la science. Nous étions l’ennemi », se souvient Mia Malan, spécialiste de la santé. Dans une tribune consacrée à l’épidémie de Covid-19 et publiée le 25 mars dernier par le Daily Maverick, la journaliste mesure le changement d’attitude des pouvoirs publics. « C’est le jour et la nuit. Face au sida, les médecins et les activistes étaient nos seules sources d’information ; les blocages venaient de l’État. Aujourd’hui, militants et scientifiques soutiennent les déclarations de Cyril Ramaphosa [qui a instauré un confinement qui passe pour être l’un des plus rigoureux au monde, NDLR]. Et il semble même que l’ANC utilise son immense pouvoir pour protéger l’État et non pour s’emparer de l’État. »

Le mort saisit le vif

Deux courants se partagent donc le monde émergent : l’un, chauvin et post-moderne à la Modi et cie, recycle l’irrationnel qui continue de hanter les sociétés en transition pour construire des doctrines d’État. L’autre, Chine en tête, suit ou retrouve le cours du nation-building du xixe siècle : un nationalisme irrigué par le positivisme, le rationalisme et le scientisme, qui s’appuie sur des élites techniciennes et « scientificisées ». Le mort saisissant le vif, ces nouvelles classes dirigeantes se heurtent aux habitus des classes moyennes et aisées nées du développement. Ainsi, le politiste chinois Zeng Yongyang, éditeur des China Policy Series, rappelle que la consommation « traditionnelle » de viande de gibier, responsable de l’épidémie de SRAS et aujourd’hui fortement suspectée d’être à l’origine de la pandémie du Covid-19, est propre à la « middle class cultivée et urbaine ». Signe, souligne-t-il, d’une persistance de mauvaises habitudes, « devenues exécrables » et tolérées par les autorités. Selon Zeng Yongyang, la Chine souffrirait « d’un excès de conscience politique et d’un déficit de conscience scientifique ». La Chine, dit-il, est un pays de « haute technologie », mais ne pourra devenir une superpuissance scientifique « tant que la science ne sera pas descendue dans la vie quotidienne des gens ».

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La science les attend au tournant

Depuis la fin de la Révolution culturelle, la science et la technique ont été au cœur de la stratégie d’ouverture et de développement chinoise. Cette ligne initiée par Deng Xiaoping a été renforcée depuis 2012 par l’institutionnalisation de think tanks scientifiques et techniques, et l’approfondissement du rôle de conseil de l’Académie chinoise des sciences auprès des autorités. La crise du Covid-19 met ces choix du sommet à l’épreuve de la base : la pandémie sera-t-elle le vecteur d’un scientific way of life ou la science demeurera-t-elle l’apanage d’une avant-garde politique et technicienne ? Ce dilemme chinois, qui pose en creux le défi proprement politique d’une démocratisation de l’esprit scientifique sans les institutions démocratiques à l’occidentale, est un dilemme de pays développé. La question se pose en d’autres termes là où l’irrationnel participe de la doctrine d’État. On verra si le Covid-19 est l’occasion de démasquer les charlatans ou, au contraire, de nourrir encore l’obscurantisme.

Application StopCovid: inutile et potentiellement dangereuse !

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Le garde des Sceaux et le ministre de la Santé lors des débats sur l'application Stop-Covid, ce 27 mai à l'Assemblée nationale © Raphael Lafargue-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00964218_000004

La mise en place de l’application de tracing StopCovid a été approuvée ce mercredi soir par 338 voix contre 215 à l’Assemblée nationale. Le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, déclare pouvoir la déployer dès la fin de la semaine… Pour justifier cette application qui menace les libertés, le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé devant les députés qu’« il nous faut contrôler par tous les moyens la résurgence de cette épidémie. » Dans cette tribune, le président du Parti Chrétien-Démocrate s’inquiète du dispositif, et invite les citoyens français à ne pas utiliser l’application.


Dans un contexte déjà lourd d’attaques graves contre nos libertés, le gouvernement d’Edouard Philippe entend franchir un cap supplémentaire en matière de restrictions des libertés fondamentales avec le déploiement de l’application StopCovid. Cette solution, supposée prévenir l’émergence d’une seconde vague épidémique, serait en réalité un remède pire que le mal par la gravité des atteintes aux libertés individuelles qu’elle implique nécessairement !

Certes, comme certains aiment à le seriner : « à grands maux, grands remèdes », et nous ne sommes pas opposés par principe à des mesures exceptionnelles en temps de crise mais celles-ci doivent être proportionnées et efficaces. Or, l’expérience nous montre que l’efficacité de ce type d’applications dans la lutte contre la diffusion épidémique est plus que douteuse. À Singapour, par exemple, où une application très proche de celle envisagée par le gouvernement français a été déployée, moins de 20% de la population y a recours.

En plus des sérieux doutes qui pèsent donc sur son efficacité, par sa nature même, cette application est inquiétante ! Quoi qu’anonymisées, les données recueillies par cette application sont particulièrement sensibles et personnes ne croit les autorités françaises capables aujourd’hui de lutter contre la puissance des acteurs du numérique américains ou chinois. D’ailleurs, le manque de transparence du gouvernement, malgré sa promesse de rendre publique l’ensemble du code qui supporte l’application, est une raison de plus de douter de sa bonne foi.

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En plus d’être inutile, l’application StopCovid est potentiellement dangereuse. Il n’y a aucune raison légitime d’en tolérer le déploiement en France, quand bien même celui-ci reposerait sur le volontariat. C’est même là la perversité de ce projet : installer cette application sur son téléphone ne se résume pas à un simple choix individuel, c’est une démarche qui implique l’ensemble de la société française dans la mesure où elle avalise un projet de surveillance généralisé. En définitive, seules deux choses peuvent expliquer la volonté du gouvernement de voir se diffuser l’usage de cette application : au mieux un effet de manche doublé d’une grande naïveté, au pire l’intention de faire entrer notre pays dans un système de capitalisme de surveillance dans lequel les libertés fondamentales sont réduites à des variables d’ajustement économiques.

Nous refusons strictement de voir advenir cette société du contrôle et nous appelons l’ensemble des Français à faire savoir au gouvernement leur opposition à ce projet délétère. Il n’est pas suffisant de refuser individuellement d’installer cette application, il faut en dénoncer le projet et la philosophie. C’est ce que le Parti Chrétien-Démocrate a décidé de mener en mettant en place plusieurs outils numériques #NONauStopCovid.

Jean-Frédéric Poisson © JFP
Jean-Frédéric Poisson © JFP

Un certain 28 juin

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Lyon, 15 mars 2020 © KONRAD K./SIPA

Chic, le coronavirus semble finalement s’éloigner. Les Français voteront donc dans un mois. Tout le monde devrait avoir la chance d’avoir une mairie communiste! Une chronique politique de Jérôme Leroy


La semaine où l’on apprenait, au grand dam de la droite, des médias et même de certains de ses putatifs alliés, que le PCF était le troisième parti de France en nombre d’élus municipaux, voilà que le Premier ministre annonce le second tour des municipales pour le 28 juin. Rassurons nos amis anticommunistes, cette place sur le podium est aussi relative que provisoire mais ça fait du bien, parfois, de se souvenir que le communisme municipal, pas seulement en région parisienne mais aussi dans les zones rurales de l’Allier, du Berry ou de la Haute-Vienne demeure une réalité.

On a déjà oublié l’imbroglio du premier tour

Avant ce 28 juin, j’ai d’abord envie de revenir sur le premier tour, le 15 mars. J’ai à titre personnel et je crois que cela a été partagé par beaucoup, très mal vécu ce moment. Je ne parle pas sur un plan immédiatement politique. Après tout, malgré l’abstention catastrophique, voir les macronistes prendre une taule et la gauche retrouver des couleurs alors que le RN restait dans sa niche et n’allait pas mordre d’autres mollets municipaux, c’était plutôt plaisant. Non, je parle de la situation dans laquelle ont été mis l’électeur, le gouvernement et pas mal d’autres partis. Maintenir ce premier tour alors qu’on fermait les écoles le lundi et qu’on annonçait un confinement inédit avait quelque chose de schizophrénique dans la contradiction. Une contradiction dont nous sommes tous plus ou moins responsables et victimes : le conseil scientifique qui a dit c’est possible, le gouvernement qui a maintenu le scrutin et la plupart des partis qui le voulaient aussi et menaçaient de crier au coup d’État démocratique. Et puis les électeurs eux-mêmes qui n’avaient que de mauvaises solutions.

A relire: Les Parisiens de droite vont-ils voter Dati?

J’étais en résidence d’écriture pour le mois de mars à la Villa Yourcenar, au Mont Noir et je suis revenu le samedi à Lille avec la presque certitude que je ne rentrerai pas le lundi : la directrice était déjà convaincue que la Villa, une structure départementale, allait fermer ses portes. 

C’est sans doute-là que j’ai pris la mesure de ce qui s’annonçait vraiment, que la pandémie allait prendre des allures de romans post-apocalyptiques. À force d’en lire et d’en écrire, ça devait arriver. Comme je l’ai dit ailleurs, si on a été sidérés, on n’a pas vraiment été surpris. 

Privés de soirée électorale

Alors en revenant à Lille, j’ai commencé à téléphoner aux copains en leur disant que je pensais plus prudent de ne pas nous réunir le dimanche soir comme on a l’habitude de le faire chez l’un ou chez l’autre pour commenter les résultats en mangeant des pizzas et en nous engueulant car rien n’est plus agréable que de s’engueuler entre copains qui pensent la même chose.

Le problème, c’est que pendant que je me donnais des allures de trouble-fête, le lendemain matin, je suis allé voter.

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Parce que je n’ai pas manqué un scrutin depuis que j’ai le droit de vote. Je me souviens encore du gel hydro alcoolique à l’entrée du bureau, du président et des assesseurs masqués, du peu d’électeurs présents, de nos gestes maladroits. Nous n’avions pas peur, je ne crois pas, nous étions juste désorientés. Je me souviens d’avoir eu un peu honte en déclinant l’offre de venir aider au dépouillement alors que je suis souvent volontaire. C’est donc que j’étais à la fois conscient et inconscient de ce qui se passait. Je pensais contre moi-même, en proie aux injonctions contradictoires. Ensuite j’ai appris que trop de celles et ceux qui avaient tenu les bureaux étaient tombés malades et parfois en étaient morts. J’ai détesté ça, me retrouver malgré moi dans une position aussi fausse.

Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, le 15 mars. © Maxime Le Pihif/SIPA Numéro de reportage: 00950012_000003
Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, le 15 mars. © Maxime Le Pihif/SIPA
Numéro de reportage: 00950012_000003

Jamais contents

On remet ça le 28 juin, donc. Cette fois-ci, on peut espérer que le virus sera  vraiment sur le départ et que tout le monde sera équipé comme il convient. On peut espérer que nous serons rodés aux gestes barrière. Et qu’ainsi le vote du 15 mars prendra son sens. Il n’empêche que je n’aime pas les réactions des politiques qui donnent l’impression de ne pas être contents de cette date mais ne l’auraient pas été non plus s’il avait fallu faire deux tours en janvier. Je n’aime pas les arguments qui n’en sont pas vraiment : il y aura une prime aux sortants, on ne pourra pas faire campagne, etc…

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J’irai pourtant voter, comme le 15 mars. La particularité de ce geste démocratique qui consiste à mettre un bulletin dans une urne, c’est qu’il est un droit et un devoir à la fois. Il me semble important de toute manière d’exprimer le rejet de tout ce qui s’apparente de près ou de loin au macronisme. Et puis je me dis  qu’au moins le soir du 28 juin, on pourra se voir et manger des pizzas en nous engueulant. Il sera là, le retour à la normale, dans cette fraternité. 

Une fraternité avec distanciation sociale mais une fraternité retrouvée, malgré tout.

L’homme est un virus pour l’homme

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A Cannes, projection d'ET l'extra terrestre en "ciné drive" sur la Croisette, le 20 mai 2020 © SYSPEO/SIPA Numéro de reportage: 00963258_000042

 


Episode 11: pas de danse sur un terrain miné


22 mai 2020

Rappel

L’allègement du confinement vient avec un grincement de cœur pour la famille éloignée. Qu’ils soient à distance de 10, 800 ou 10 000 kilomètres, on ne peut pas se toucher, pas se fréquenter sans respecter la distance, pas se rendre visite sans braver le confinement dans un train ou un avion bourré des gens qui parlent. « Ne pleure pas grand-mère ». Mettons les sentiments dans la poche et les yeux en face des trous, histoire de tester la réalité. Où en sommes-nous ?

Tests, vérifications, examens

À cette époque-là, on attendait une bonne semaine le résultat du test de grossesse, qui passait par un lapin. Je vais googler en temps réel pour savoir comment ça marchait. [pause]. Deux chercheurs « allemands », Selmar Aschheim et Bernhard Zondek, ont conçu le test de grossesse basé sur l’injection dans les ovaires d’une lapine de l’urine de la femme qui pose la question. Si l’intervention déclenche la formation du corpus luteum chez la lapine, la réponse est positive. 

Scientifiques « allemands » ? Poussant plus loin, j’en vérifie l’identité et le parcours. Il s’agit en fait de deux gynécologues juifs ayant fui l’Allemagne nazie pour mener des carrières brillantes ; Aschheim au CNRS, mort à Paris en 1965. Zondek, en Palestine [mandataire, aujourd’hui Israël] au Hebrew University, mort à Jérusalem en 1966.

Avec ou sans lapin, je ne me suis jamais trompée côté grossesse. Ceux qui pensent que la mort par Covid-19 des personnes âgées est sans intérêt se foutent également des bibliothèques qui brûlent. Ils n’ont pas besoin d’apprendre, ils ont le smartphone. À peine libérés d’un confinement pour certains inutiles – on n’avait qu’à renfermer les vieux – les salariés détachés de la réalité lorgnent les vacances, comme d’habitude. 

Le test de grossesse est, aujourd’hui, simple comme 1 + 1 = 3 ; le dépistage de Covid-19 par PCR n’est fiable qu’à 75% ; l’examen sérologique devrait au moins permettre de savoir qui a rencontré le Covid-19… sans mourir. Or, les résultats de nous-deux sont carrément décevants. Radicalement en-dessous des 1,40 requis pour être reçu, sans pour autant être certifié « immunisés », nous sommes respectivement à 0,05 et 0,03. Avec la mention : « absence d’anticorps ». Et quoi encore !  

>>> Relire les épisodes précédents <<<

Je passe en replay mon état de santé entre le 7 et le  17 mars. Agueusie, toux sèche, fièvre, fatigue inouïe. Pas hypocondriaque pour un sou, dernière incidence de fièvre notée à la fin du 20e siècle, je n’avais pas de raison d’inventer l’agueusie parce que ce n’était pas encore connu du grand public comme symptôme du Covid-19. Tout cela pour rien. Pas d’anticorps, pas de certification, pas de confirmation du bien-fondé de mes observations… ce virus est encore plus retors que je ne le pensais. Les asymptomatiques, par définition sans symptômes, poursuivent leur petit chemin jusqu’à ce qu’un test dévoile une cache d’anticorps à faire pâlir un vaccin. Est-ce juste ?

Pour qui sonne le glas?

« Alors, ne cherche pas à savoir / Pour qui sonne le glas / Il sonne pour toi ». [John Donne] Le clocher de l’église au coin de notre rue sonne la tristesse à midi et de nouveau à 20 heures pour nous convier à l’applaudissement des soignants.  Au premier weekend d’allègement, le quartier était animé, les Parisiens fonçaient à pas rapides comme d’habitude. Les chaises et tables alignées sur le trottoir devant le café du coin s’aéraient, nostalgiques. Quelques clients sortaient des boutiques avec le sac à logo, tellement heureux de dépenser, enfin, un peu de l’argent bloqué avec eux entre quatre murs.  Comment ne pas apprécier ces heures frivoles tirées du désastre comptabilisé de jour en jour par des chiffres morts comme les victimes anonymes ? Les citadins, résilients, font vibrer la ville, malgré les cafés fermés, les restaurants en carry-out, les touristes absents et les habitants masqués. Comment croire à ce qu’on vient de vivre ? Comment savoir ce qui nous attend ? 

Premier samedi de liberté, des centaines de Gilets Jaunes ont repris du service à Montpellier, empêchant les gens de circuler. Comme d’habitude.

Incertitudes en cascade

Deux scénarios sont offerts : l’épidémie du coronavirus est, tout compte fait, maîtrisée. Pour des raisons géopolitiques, liées aux intérêts divers et variés, l’épisode a été amplifié au-delà du raisonnable, créant une hystérie planétaire. Des lockdowns insensés ont poignardé l’économie mondiale mais, grâce aux voix claires de ceux qui n’ont jamais été dupes, on sauvera la mise. Un baiser sur la joue de la belle au bois dormant, le pays se réveille, l’économie saute d’un bond, le cauchemar est fini. Un professeur archi-connu traite la soi-disant pandémie par-dessus la jambe. On n’avait qu’à faire comme lui : traiter les malades et respecter le calendrier. Le Covid-19 n’a pas de dérogation à la règle des épidémies. Elles entrent, elles frappent, elles sévissent, la courbe monte et, juste au moment où on n’en peut plus, elle descend la pente comme un skieur expérimenté. Maintenant, calmez-vous et laisser les gens mourir de leur belle mort. 

Au lendemain de l’ouverture de l’accès à la mer sur la côte californienne, un surfeur de 26 ans est mort, victime d’un requin aux motivations pas encore élucidées. 

Un président qui tweete comme un oiseau ivre promet à l’économie une courbe en V (V pour victoire en novembre 2020) : au plus bas aujourd’hui elle remontera comme un fusil à Cap Canaveral pour arriver plus haut que son point de départ, la meilleure économie connue depuis le début des temps !!!

À la lumière de cette version des faits, les pas-moi-paranos sont revendiqués. Le retour à la normale est la preuve qu’on n’aurait jamais dû la quitter. Les pays, l’un après l’autre, lèvent les restrictions. Ici à Paris, où parcs et jardins sont encore des no man’s lands, on commence à parler du tourisme. Les compagnies aériennes rongent leur frein, promettent monts et merveilles, vantent une distanciation factice et la circulation d’un air pur. Masque obligatoire et gel hydroalcoolique à l’entrée des magasins, les familles osent à peine se réunir, et on va accueillir des touristes de toutes provenances ? Remettre sur le feu le bouillon de culture par où tout ce malheur nous est tombé dessus ? Le tourisme, secteur essentiel qu’il faudrait absolument ressusciter ? 

Que devient l’autre scénario, celui qu’on a véritablement vécu pendant les semaines de confinement ?  Il est où, le virus, qui a tué nos amis, collègues et compatriotes ? On a cru comprendre que la pire pandémie depuis un siècle nous frappait avec une virulence effrayante. Hautement contagieux, inconnu de nos anticorps comme de nos scientifiques, capable de ravager une communauté en l’espace de quelques mois, au point de démolir la capacité de gestion politique et sanitaire, ce nouveau coronavirus exige une transformation profonde de tout : notre vision du monde, nos pratiques quotidiennes, nos activités professionnelles,  notre rapport à l’autre et la liberté de nous déplacer. Le jeu des chiffres voile la vérité bouleversante. La souffrance des victimes de Covid-19 ne ressemble à aucune maladie connue. Cachés comme des innocents dans un centre commercial assiégé par des jihadistes, on commence à peine à assimiler le témoignage des survivants et des soignants, quand l’histoire du virus s’arrête comme un texte inachevé.

L’allègement égale soulagement ? Le pire est derrière nous ? Ne sommes-nous pas plutôt dans l’œil du cyclone ? 

L’art pour l’art et des miettes pour les artistes

Je n’en veux pas aux agriculteurs qui pleurent sécheresse quand je me régale du beau fixe. Ce n’est pas surprenant que les salariés soient indifférents au sort des artistes qui accumulent les petits boulots, touchent des retraites minables et sont souvent récompensés en proportion inverse à leurs qualités proprement artistiques.  

On dit que les Japonais ont du mal à passer au plan B par honte (hazukashi) d’avouer que le plan A a échoué. Ce qui explique les tergiversations avant l’annonce du report à l’été 2021 des Jeux Olympiques 2020 de Tokyo. La saison d’athlétisme est passée à la trappe. C’est tout un système international de sports et de financement qui se cassera la gueule si le virus persiste à courir plus loin que les champions. Qui, des sportifs ou des photographes, arrivera le mieux à se recycler ? 

L’art, désintéressé, ne joue pas les coudes pour se faire reconnaître. Sans intermédiaires, on reste à l’ombre. On aurait voulu découvrir, à la sortie de la pandémie, un monde meilleur où nous deux, au grand large  sans gilet de sauvetage, pourrions vivre, lui de son œuvre d’art photographique, moi de mes droits d’auteur. [soupir] On avait rêvé d’un monde apaisé, assagi et un peu mieux ordonné mais c’est du pareil au même. Les gens dûment masqués marchent sur des trottoirs cradingues. Partout la polémique enfle. 

Et Mister Trump fait la guerre à la Chine. 

Même masqués, on ne va pas se dérober. Rendez-vous à l’Episode 12 : Chiner en état de pandémie

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“Révélations” sur les coups de fil hérétiques du président Macron

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© Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22449192_000001

Alors que le président français s’encanaille avec les plus fâcheux des dissidents politiques comme Jean-Marie Bigard, des naïfs font mine de s’inquiéter dans la bonne presse.


Personne ne l’ignore plus : au lieu de solliciter l’avis de son prédécesseur comme le réclamerait le bon sens le plus élémentaire, le président Macron préfère prendre conseil auprès des pires olibrius que l’hexagone a dernièrement enfantés.

Beaucoup de monde s’est offusqué des méthodes peu orthodoxes du médecin marseillais Didier Raoult. Le 9 avril, Emmanuel Macron se déplace en personne pour le rencontrer.

Ces personnalités que l’Élysée surveille comme le lait sur le feu

On cherche ensuite à savoir combien de jours les Français peuvent encore survivre les bistros fermés. Macron fait appel à l’expertise de l’humoriste Jean-Marie Bigard, lequel se montre très critique sur les réseaux sociaux. 

A lire aussi, du même auteur: Coronavirus: Marine Le Pen tire son épingle du jeu

À droite, Eric Zemmour et Philippe de Villiers pâtissent de difficultés (agression dans la rue pour l’un, parc du Puy du Fou perdant 1 million d’euros par jour pour l’autre). Voilà que notre bon président prend ¾ d’heure à consoler le premier au téléphone, et qu’il négocie les conditions de la réouverture des attractions du second, alors que cela n’est pas dans les prérogatives présidentielles. 

Hollande, ancien mentor, dépité

Injustement, François Hollande n’est pas sollicité de son côté. Il révèle sur France inter avoir été appelé une unique fois depuis le début de l’épidémie. Emmanuel Macron l’avait sonné pour savoir s’il fallait bien annuler le second tour des municipales. Oui, mais ça, Emmanuel Macron l’a demandé à tout le monde ! 

À la question d’un auditeur qui se demande si un président doit ou non appeler Bigard et Zemmour, ou gérer le Puy du Fou personnellement, la réponse de l’ancien président est un peu maladroite: “vous voulez dire qu’un président ne doit pas téléphoner comme ça? C’est possible”

Une supercherie ? Saperlipopette !

Que ce soit Zemmour, Raoult ou même Cyril Hanouna, l’équipe d’Emmanuel Macron craint parait-il l’émergence d’une figure “populiste”. Elle pourrait surgir de nulle part et n’importe quand, séduire en quelques mois l’opinion et accéder à l’Élysée (cela s’est déjà vu…). Du coup, à en croire Solenn de Royer du Monde, Emmanuel Macron aurait “fait le choix de traiter ces figures plutôt que de les ignorer” et “de montrer qu’il considère ce qu’elles représentent” pour mieux tuer dans l’œuf toute velléité politique.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: L’Etat, ma mère juive

Les appels téléphoniques, prétendument passés pour prendre les avis des uns et des autres, ne seraient qu’une vaste ruse visant à annihiler la parole de toute cette canaille populiste.

Elisabeth Lévy remplacerait Marlène Schiappa, lors du prochain remaniement

Dans Libération, un éditorial moitié inquiet moitié potache fait mine de s’émouvoir des mauvaises fréquentations de notre président. 

Laurent Joffrin écrit ainsi que “le président des riches veut changer son image en draguant les grandes gueules d’en bas”. Il fait semblant d’être horrifié par la forme que pourrait prendre le gouvernement que Macron pourrait “réinventer” après le coronavirus. Il voit Michel Onfray à Matignon, Bigard au Commerce, Raoult évidemment à la Santé, Zemmour à l’immigration, Houellebecq à la culture et même… la directrice de Causeur Elisabeth Lévy à la Condition féminine! 

Laurent Joffrin est mal informé. Lors d’un des innombrables appels de la présidence, notre petite équipe a bien entendu à travers la cloison la patronne qui raccrochait rageusement son combiné, après avoir prononcé ces mots : “C’est le Ministère de la Guerre, ou alors ce sera sans moi. J’ai dit !” 100% véridique. 

A lire aussi, Patrick Mandon: Un tribun au tribunal

On l’a compris, le cabinet fantôme de Joffrin vise surtout à donner des frissons à ses lecteurs. Mais n’allez pas vous imaginer que le lectorat de Libération se compose de lecteurs de gauche ! On ne voit plus ce journal qu’entre les mains de Parisiens qui ont voté Macron. Les appels “douteux” de l’Élysée abondamment ébruités, c’est en revanche la manifestation d’une panique réelle du pouvoir, fracassé par la potion gilets jaunes + corona. Et c’est donc aussi le soi disant cauchemar d’une presse progressiste qui fait semblant de ne pas le comprendre!

Le gouvernement doit dissoudre la Ligue de Défense Noire Africaine!

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La statue détruite la semaine dernière dans le square Victor Schœlcher à Fort-de-France Image: Facebook

Le groupuscule s’est encore illustré en se félicitant de la déstruction des statues de Victor Schœlcher en Martinique, vendredi dernier


Vendredi dernier, le 22 mai, des manifestants ont détruit deux statues de Victor Schœlcher, l’homme qui décréta l’abolition définitive de l’esclavage en France le 27 avril 1848. Aussitôt, ces vandales reçurent le soutien enthousiaste d’un groupe militant fier de ne soutenir que les personnes ayant une certaine couleur de peau. Voilà sans doute, déduira-t-on, les actes d’un groupuscule suprémaciste blanc ? Des militants qui vomiraient l’héritage d’un défenseur de l’égalité et de la liberté des Noirs, crachant sur l’homme dont Aimé Césaire disait : « Victor Schœlcher c’est, pour résumer en trois mots, un humaniste, un militant des droits de l’homme, un socialiste (…) à l’origine de son engagement militant il y a d’abord une postulation éthique et une exigence morale (…) le combat pour la raison, le combat pour la justice, le combat pour les droits de l’homme (…) celui, élémentaire, de la liberté de tous les hommes, quelle que fût leur race ou leur couleur, et celui de l’égalité de tous devant la loi. La finalité de l’action de Schœlcher n’est pas un statut juridique, mais la qualité et la valeur de la condition humaine » ?

Eh bien non ! Ceux qui refusent aujourd’hui que l’on admire Victor Schœlcher ne sont pas ceux que l’on attendrait. Ce sont des Noirs de Martinique, bénéficiant de l’appui militant et revendiqué de la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA).

Vous avez déjà entendu parler de cette association

Ce groupuscule s’était déjà distingué en empêchant par la force la représentation d’une pièce d’Eschyle à la Sorbonne – une pièce qui, comme la pensée de Victor Schœlcher, célèbre l’humanité commune des êtres par-delà des origines différentes.

Faut-il y voir une constante dans les actions de la LDNA ? Sans doute. Ces obsédés de la couleur de peau haïssent l’universalisme, que ce soit celui de l’Antiquité ou celui qui conduisit à l’abolition de l’esclavage. Loin de Victor Schœlcher, leur combat n’est pas celui de l’émancipation et de la liberté de tous les hommes, mais son contraire : leur enfermement dans des assignations identitaires, et l’enrôlement forcé de certains dans une armée tribale au service de leurs obsessions et de leurs ambitions.

A lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel: La nouvelle lutte des races

Aimé Césaire était assez grand lui-même pour pouvoir célébrer la grandeur d’autrui. Les thuriféraires de la LDNA et leurs pareils, dans leur fantasme de supériorité raciale nourri d’un véritable complexe d’infériorité, ne peuvent pas supporter de se reconnaître débiteurs de quiconque ne serait pas de leur clan : ni de la culture des Grecs, ni de l’engagement humaniste de Victor Schœlcher.

Humaniste et…. socialiste, disait Aimé Césaire. Ce qui, de toute évidence, n’avait pas alors le même sens qu’aujourd’hui. Voir la gauche régressive se compromettre maintenant avec les inspirateurs « indigénistes » et « décoloniaux » de ceux qui ont détruit les statues d’une figure tutélaire de l’abolition de l’esclavage, montre bien la profonde déchéance de cette famille politique. Et ce n’est pas spécifique à la France : que l’on songe à Joe Biden, pour qui un Noir votant Trump « n’est pas Noir » !

Un groupe inquiétant

Victor Schœlcher était-il parfait ? Certes non ! Mais il faut une incroyable arrogance pour refuser que l’on admire quiconque ne serait pas parfait.

Était-il le seul héros de cette magnifique conquête de la civilisation qu’est l’abolition de l’esclavage ? Certes non ! Mais nul ne le prétend, et nier son rôle qui fut incontestablement éminent, n’aidera pas à valoriser celui des autres. La France a-t-elle pleinement accompli depuis son idéal universaliste ? Certes non ! Mais même s’il reste du chemin à parcourir, elle n’a pas à rougir de ce qu’elle a si longtemps défendu en la matière, ni de ce qu’elle a déjà réalisé. La Métropole est-elle toujours irréprochable vis-à-vis des Outre-Mers ? Certes non ! Mais accuser la France et les Blancs de tous les maux et réécrire l’histoire est la meilleure manière d’être aveugle à toute une partie du problème, et de se condamner à ne rien résoudre.

Ne nous y trompons pas : l’incident dont il est question va bien au-delà du déboulonnage de deux statues. Il est révélateur de l’emprise croissante d’une idéologie destructrice, nourrie à la haine de la France, et à un racialisme authentiquement et profondément raciste, dont on entend d’ailleurs les inquiétants échos dans les propos imbéciles de Camélia Jordana qui ont fait le buzz ces jours-ci. Il confirme aussi ce qu’est la LDNA, dont on rappelle que des sympathisants avaient, en septembre dernier, applaudi avec enthousiasme un discours proclamant sous prétexte de lutte contre la xénophobie en Afrique du Sud : « Si vous voulez être xénophobes, alors d’accord. Commencez par tuer les Blancs, commencez par tuer les Chinois, commencez par tuer les Indiens. Ne tuez pas vos frères (c’est-à-dire dans ce discours : d’autres Noirs). »

Voilà une officine défendant ouvertement une conception racialiste de la société et la conflictualité entre les groupes ethniques, prônant et appliquant la censure dès qu’elle le peut, et dont les nervis recourent volontiers à l’intimidation violente. Le fascisme, le vrai, n’est pas loin.

L’incident sera-t-il évoqué en conseil des ministres?

À ce titre, s’il faut saluer la déclaration d’Emmanuel Macron d’une fermeté bienvenue[tooltips content= »Le président français a écrit le 23 mai sur Twitter: En abolissant l’esclavage il y a 172 ans, Victor Schœlcher a fait la grandeur de la France. Je condamne avec fermeté les actes qui, perpétrés hier en Martinique, salissent sa mémoire et celle de la République.« ](1)[/tooltips], il faut surtout rappeler que face à de telles mouvances les mots ne suffisent pas. Ce sont les actes qui doivent être fermes, et pas seulement les paroles. Sauf à persister dans une passivité complice pour laquelle il faudra tôt ou tard rendre des comptes, la dissolution de la LDNA s’impose.

A lire aussi, Jean Messiha: Camélia Jordana: l’esprit FLN mais… en 2020

Et pas seulement de la LDNA : on n’oublie pas le rôle qu’avaient joué par exemple le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), la Brigade Anti-Négrophobie et sans surprise l’UNEF dans la censure brutale d’Eschyle par leurs milices. On manque d’argent pour les hôpitaux, mais certaines de ces structures bénéficient toujours de subventions aux frais du contribuable.

Bien sûr, les décisions judiciaires contre les casseurs ne sont pas du ressort du chef de l’État. En revanche, il a la possibilité et donc l’obligation de faire prendre en conseil des ministres les décrets nécessaires pour dissoudre les associations qui se posent en ennemies de la République et de la France, et soutiennent des coups de force. Et sur ce point, force est de reconnaître qu’Emmanuel Macron et le gouvernement n’ont que trop tardé, eux qui pourtant se targuent de vouloir « combattre la haine » – n’est-ce pas Laetitia Avia ? J’avais déjà évoqué la dissolution de ces groupes en mars 2019, l’association LÉA (Lutte pour l’Égalité dans l’Antiracisme – une des trop rares associations combattant le racisme par une approche véritablement universaliste) avait fait de même après leur sortie de septembre 2019, et toujours rien.

Il est nécessaire de remplacer les statues brisées, de ne pas céder aux violences ni aux intimidations, de continuer à célébrer Victor Schœlcher. Mais il est plus nécessaire encore d’être fidèles à son œuvre, tragiquement inachevée. L’esclavage n’a pas disparu, et le combattre est un devoir, partout où il est encore pratiqué. L’égalité de tous devant la loi sans distinction de couleur de peau qu’évoquait Aimé Césaire est menacée, le droit à la différence se pervertissant de plus en plus en différence des droits, livrant nos concitoyens dits « racisés » aux emprises tribales, à la loi des bandes, à la tyrannie des fanatiques, et abandonnant de plus en plus de victimes à la violence de délinquants brandissant leurs origines comme un totem d’immunité. Ce n’est pas tolérable, et combattre ces dérives est aussi un devoir.

Si nous renonçons à ces luttes, alors c’est nous qui piétinerons l’héritage de Victor Schœlcher, et briserons ce qui fit l’honneur et la grandeur de la République et de la France.