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Un tribun au tribunal


Ah non ! pas encore les bourgerons jaunes !


Cousine admirée de tous, aimée de moi (et de quelques-autres) : je reprends le fil interrompu de ma précédente lettre. Mais, tout d’abord, entendez ceci : les voluptés que nous partageons me semblent désormais inaccessibles. Je ne crois pas un instant que vous vous y déroberiez : vos soupirs au déduit, quand vous pâmez si joliment, comme vos confidences lorsque vous posez votre tête sur mon épaule, me disent toutes les satisfactions que vous retirez des figures, libres et imposées, que nous exécutons dans le secret de votre chambre. Oui, vraiment, je sais que le plaisir nous unit. Mais une ombre, inconnue de moi, vient gâcher mes jours de sa présence envahissante. Je ne distingue pas ses traits, j’ignore le son de sa voix. Elle disparaît au détour d’un couloir, revient s’asseoir près de moi : elle semble faite de suie, de glaise et de ronce. Elle me contraint sans me saisir, elle m’envahit sans m’étreindre. Est-ce cela, le spleen ?

Pardonnez-moi cet abandon, il me libère un peu du sentiment de lassitude, qui m’accable.
Je reviens aux affaires du royaume.

Les députés de la montagne éruptive à la manœuvre

Voilà que reparaissent les bourgerons jaunes ! Ces émeutiers fameux semèrent de grands troubles l’an passé. Les plus énervés d’entre eux incendièrent les préfectures, envahirent et saccagèrent l’Arc de triomphe parisien. Reprendront-ils leurs bâtons et leurs faux ? L’un de leurs chefs les exhorte à se soulever contre l’État. Cet histrion émeutier en appellera-t-il encore une fois à l’autorité d’un général Boulanger, comme il le fit naguère ? Quel traîneur de sabre aventureux répondrait à l’exhortation de cet exalté ? Je ne distingue pas aujourd’hui de boulanger prêt à épouser la carrière d’un boucher !

Les temps que nous vivons, favorables aux aventures et aux extravagances de l’esprit, permettent aux audacieux de faire sonner leurs convictions, maladroites, changeantes, ou opportunistes. Dès qu’un tréteau est dressé, ils y accèdent et s’adressent à la foule avec ce ton péremptoire à quoi on les reconnaît. Mais alors, reverra-t-on le député du parti de La montagne éruptive, Alixtide Croupières, revêtu d’un bourgeron de circonstance et les bras largement ouverts, se précipiter vers les manifestants, afin de leur démontrer ses « amours jaunes » [tooltips content= »Les Amours jaunes, composé par Tristan Corbière (1845-1875), est poème très singulier, annonçant à sa manière, heurtée, une sorte de malaise dans la civilisation poétique. »](1)[/tooltips] ? Et sa compagne, Rédégonde Garamécro, tantôt commère, tantôt mégère, volubile, prompte à verser une larme sur la misère du monde, habile enfin à se faufiler pour être vue, menacera-t-elle encore du couperet d’acier la tête de notre souverain ? Ces irritables montagnards vitupèrent les mœurs corrompues des gouvernants, jettent l’opprobre contre le prince, prévoient l’échafaud ou le supplice de la roue pour les possédants, les traitres et quiconque ose les contrarier. Leur chef, redouté autant que moqué, l’imprévisible Jehan-Lucilien Mélanchthon[tooltips content= »Philippe Mélanchthon (1497-1560), est un théologien allemand, successeur de Luther, auteur de la Confession d’Augsbourg, qui exprimait le point de vue des protestants, alors que Charles Quint tentait une conciliation avec l’Église catholique. »](2)[/tooltips], fin connaisseur de l’Histoire de France, imprécateur apoplectique, mais au fond roué, orateur talentueux et cabotin de tribune, vilipende le gouvernement et les démocrates d’apparence, qui ne seraient que les zélés serviteurs d’une avide ploutocratie.

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Au sujet de Mélanchthon, j’ai trouvé chez un bouquiniste, sur les quais de la Seine, un curieux manuscrit inachevé. Une main anonyme y a écrit en vers le début du procès, qui suivit la farce de la perquisition faite par la justice dans les locaux de La montagne éruptive. On y vit Mélanchthon, furieux, conduisant une partie de ses troupes accourue à ses appels, bousculer un juge d’instruction, et le contraindre, avec les agents de la force publique qui l’accompagnaient, à quitter les lieux. Je vous retranscris ce texte, qui n’est point d’un Baudelaire, mais qui égaiera votre matinée. Le titre en est Un tribun au tribunal.

Un procès mouvementé

(Le président du tribunal appelle Mélanchthon à la barre)
Mélanchthon :
Qui êtes-vous, monsieur, pour m’intimer un ordre ?

Le président du tribunal :
Ah, ne commencez pas, présentez-vous plutôt :
Il vous en coûterait de semer le désordre !
Venez donc devant nous, nommez-vous aussitôt !

M :
Je me nomme Furie, Rebelle est mon prénom

Le Président :
On ne vous connaît point sous cette identité

M :
C’est la mienne pourtant, je vous le dis, crénom !

P :
Vous êtes citoyen et non point entité !

M :
Il suffit, arrogant employé de justice !
P :
Je ne vous permets pas, je suis le président !

M :
Le président, c’est moi ! Vous êtes à mon service !

P :
Ah monsieur vous voilà assez outrecuidant !

M :
Je suis là devant vous, jouissez du privilège.

P :
Vous êtes prévenu, et nous sommes vos juges.

M :
C’est moi qui vous préviens : vous serez sacrilèges !

P :
Comme vous y allez ! Ici est le refuge…

M : (le coupant)
…Ma personne est sacrée : qui me saisit me souille, …

P :
… De la loi et du droit, communs à tout Français…

M :
… Et je suis comme l’eau : qui me touche se mouille !
Comme un chêne puissant en forêt de Tronçais,
Dont le houppier défie les plus sombres nuées,
Je demeure au-dessus des règles très communes,
Et des obligations d’un Code exténué,
Souvent tracassières, enfin inopportunes,

P :
Quoi qu’il en soit, monsieur, vous êtes devant nous
Pour faits de rébellion, de provocation…

M (haussant le ton) :
… Ne comptez pas sur moi pour me mettre à genoux…

P (parlant plus fort) :
… Contre l’autorité, d’intimidation, …

M (plus fort) :
… Mon verbe est de défi, ma parole est d’orage…

Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis le soir du scrutin du 26 Mai 2019. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00909410_000008
Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis le soir du scrutin du 26 Mai 2019. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00909410_000008

P :
… Vous avez menacé, bousculé, refusé…

M (hurlant) :
… Quoi ! j’ai crié, protesté, fulminé, ô rage !
Mes paroles, toujours, sont comme les fusées
D’un beau feu d’artifice énorme, assourdissant…

P (ironique) :
… Apportez-nous, huissier, de ces boules de cire,
Elles amortiront les cris de ce passant !

M (hors de lui, les yeux injectés) :
Ah ça mais, vous osez ! Savez-vous tristes sires,
Savez-vous qui je suis ?…

P :
… Laissez-nous deviner.

1er juge :
Vous êtes,…

2e juge :
…C’est certain,…

3e :
malaisé, encombrant,

1er juge :
Oui, et quoi que sobre paraissant aviné.

2e juge :
Criant tel un bébé qu’on laisse dans son bran.

3e juge :
Mais alors cultivé, tribun considérable,
Lorsque vous vous dressez, fiévreux comme un attique,
Effervescent, fielleux, affolé, redoutable,
Vous incarnez l’image de la…

M :
… République !
3e juge :
… Politique et de ses tribuns les plus fameux.
Mais chez vous trop souvent l’illustre Démosthène
S’efface quand paraît la face d’un émeu
Effrayant et fâché, d’un fat croque-mitaine,
D’un bouffon très outré pour tréteaux de faubourg,
Exalté, menaçant, furibond et comique,
Ruinant votre avenir, le brossant à rebours,
Quand, semblant sous l’effet de quelque noix vomique,
Votre gorge produit la clameur du tonnerre.
Vous chargez de péchés les juges, la police,
Vous accablez le ciel, vitupérez la terre…

M :
…Je donne le frisson dès que je suis en lice,
Le peuple me comprend, il aime mes sorties.

1er juge :
Le peuple, dites-vous ? Mais n’est-il point absent ?

M :
Quand il me voit avec une botte d’orties
Caresser les bourgeois, les juges, les puissants,
Le peuple me comprend, il entend les saillies,
Les admonestations…

A relire: Madjid Messaoudene: un drôle de militant contre « l’islamophobie »

Séance reportée

1er juge :
… Ah, vous êtes lassant !

M :
… Que j’adresse au pouvoir, à ceux qui ont failli.

Le Président :
Il suffit ! Nous en avons assez entendu,

Me Rédégonde Garamécro (avocate de Mélanchthon) :
Monsieur le Président, que signifie cela ?
Point de contradictions ? Déjà les attendus ?
Mais ce n’est qu’injustice, et je dis halte-là !

(La salle gronde, le président brandit la menace d’expulsion)

Me Garamécro :
La matraque à présent ! Ici finit le Droit !

Mélanchthon :
Au secours ! On me tue ! Amis et camarades,
Citoyens, travailleurs, suis-je donc maladroit !
Confiant, je viens ici, où m’attend la camarde.

Le président (abattu, levant les yeux au ciel) :
Nous reprendrons plus tard, dans la sérénité.

Mélanchthon :
Le vacarme me va, il couve la colère,
Le repos est propice à la sénilité.

Le Président :
Quoi, vous osez ! Espérez-vous que je tolère…

Mélanchthon :
J’ose tout, c’est à ça que l’on me reconnaît !

Le président :
Á la garde, Á la garde !

(Dans la salle et à l’extérieur, c’est le chaos. Les juges quittent la salle par une porte dérobée. Dehors, les partisans de Mélanchthon lui font une haie d’honneur quand il sort.
On entend la voix du président : « A la garde ! », les manifestants, hilares, lui répondent aussitôt : « Oui, jusqu’à la garde ! ») Si je trouve la suite, je vous l’enverrai aussitôt.

Jehan-Lucilien Mélanchthon se dit inspiré par le roi François Ier, seigneur de La Bièvre, prince ondulant et dissimulé, qui s’environna de brume et s’entoura de courtisans : c’est ainsi qu’il régna pendant quatorze années sur notre peuple. Mélanchthon se consolerait-il de ses déconvenues électorales en jurant à part soi qu’il connaîtra prochainement ce destin ? Diantre ! J’ai pris trop de temps, et la malle-poste fait son tintamarre sur les pavés du boulevard. Je vous écris demain, car j’ai encore de ces indiscrétions qui sont le sel de Paris, ou son poivre.

De toutes les plaisirs de ma cousine je suis et je demeure le très dévoué, très coquin, très empressé fournisseur, et je lui suggère de déposer le baiser que je lui envoie à l’endroit précis de son anatomie, qu’elle me désigna lors de notre dernière étreinte…

Les maths, oui ça sert!

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Chaque année, depuis 21 ans, se tient place Saint-Sulpice à Paris, le Salon Culture et Jeux mathématiques. Alors que la plupart des salons sont annulés, celui-ci aura bien lieu, virtuel, « démathérialisé », du 28 au 31 mai. Il s’annonce particulièrement riche, avec pour thème, « Les maths, oui, ça sert ! »


Oui, les maths peuvent passionner ! Environ 25 000 visiteurs l’an dernier, dont 4 500 scolaires, le succès et l’importance de ce salon ne sont plus à démontrer. Pourtant le PISA, (programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans) montre qu’en France 20% des élèves n’ont pas un niveau suffisant en maths à la fin du collège. Les maths peuvent donc aussi trop souvent rebuter. Combien de fois entend-on « je suis nul en maths, je n’y comprends rien » ! Le niveau des élèves, de la primaire à la terminale est très bas.

Haut niveau des chercheurs et bas niveau dans les écoles, on ne forme bien que les élites

Et pourtant la France tient la deuxième place (après les USA) en médailles Fields, la plus haute distinction en mathématiques. Paradoxe dont les raisons sont nombreuses et complexes.

Revoir l’apprentissage des mathématiques en France

En février 2018, Cédric Villani, génial et célèbre médaillé Fields, a livré avec Charles Torossian, autre brillant mathématicien, un rapport sur l’état (mauvais) de l’enseignement des maths en France et ils ont proposé des outils pour y remédier. Les auteurs insistaient – entre autres – sur l’importance de faire une plus grande place aux apprentissages, aux échanges avec les autres disciplines ainsi que sur la nécessité de travailler le langage, autrement dit de faire du lien entre les mots des maths et la vie quotidienne, enfin de tracer plus d’allers-retours entre les notions abstraites et concrètes.

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Les maths sont partout : du montant des courses au supermarché à la recette de cuisine, en passant par les infos annonçant la météo ou le nombre de vacanciers sur les routes, ou encore le maçon qui doit évaluer son besoin en ciment, il s’agit d’une discipline omniprésente. Mais il semble que les mathématiques modernes ont perdu bien des élèves en cours de route et les bûchettes ludiques et efficaces de notre enfance ne sont plus qu’un souvenir. Haut niveau des chercheurs et bas niveau dans les écoles, on ne forme bien que les élites. Problème.

Un salon pour (re)donner le goût des maths !

Le Salon Culture et Jeux mathématiques est un outil remarquable pour satisfaire ou redonner le goût des maths. Fabrice Rouillier, responsable du Salon, succède à Marie-José Pestel. Directeur de recherche à l’INRIA [tooltips content= »Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique. »](1)[/tooltips] de Jussieu, il est l’actuel président d’Animath [tooltips content= »Association dont le but est de promouvoir les maths chez les jeunes, sous toutes formes : ateliers, compétitions, clubs, dans les collèges, lycées et universités. »](2)[/tooltips]. Treize autres associations dont Femmes et mathématiques, Maths en jeans, Club Tangente, aussi diverses qu’originales, sont réunies dans un consortium pour animer le Salon, et F. Rouillier en souligne l’unité : « Notre message : nous voulons être présents malgré tout, alors que tout est annulé ». La dématérialisation du Salon n’empêche pas d’en garder la structure : en visioconférence, un espace Rencontres réunira des intervenants prestigieux, et plus d’une vingtaine de stands proposeront conférences, jeux, découvertes, chats, ouverts à tous à partir de 9 ans. Une chaîne de télé créée pour le Salon diffusera en continu ce qui s’y dira.

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Chaque journée aura son thème : modélisation et ingénierie, biologie et santé, intelligence artificielle et numérique. Il y en aura pour tous les goûts et pour tous les âges : citons la cybersécurité, qui sera abordée par Hervé Lehning, spécialiste de la cryptologie. Il rappelle combien les mathématiques sont essentielles pour comprendre le monde, notamment avec la cryptologie, au cœur des dernières attaques informatiques, quand des escrocs y chiffrent des fichiers et demandent une rançon en échange… Auriane Gailliegue, elle, nous apprendra à reconstruire un squelette à l’aide des maths. Le docteur Ngole Mboula, du club d’Awalé, nous initiera à l’un des jeux de stratégie les plus anciens au monde.

La méthode mathématique au service de la lutte épidémique

Il sera bien sûr largement question du rôle des mathématiciens pendant l’épidémie du Covid 19 : comme l’explique Martin Andler, ancien président de l’Animath, les modèles mathématiques ont été et demeurent essentiels dans cette crise. La démarche mathématique consiste à observer les données, les filtrer, les corréler à l’aide de l’informatique, avant de les analyser et de fabriquer un modèle que l’on pourra ou non valider. Rappelons que modéliser signifie décrire de façon simplifiée un phénomène, un processus ou un système, en vue d’en étudier le fonctionnement par simulation. L’informatique est essentielle car les calculs sont innombrables, comme la puissance du traitement. Et plus on introduit de facteurs, plus les divergences accroissent.

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La variété minime d’un phénomène peut tout changer. Les modèles sont sensibles à la moindre variation d’un paramètre et peut modifier l’analyse des données biomédicales.

Voilà pourquoi l’approche de l’épidémie actuelle et son anticipation demeurent compliquées et changeantes. Pour petits et grands, entre jeux, découvertes, enseignements et échanges, ce 21e Salon Culture et Jeux Mathématiques prend tout son sens en cette période incertaine de notre Histoire.

Plus d’infos ici

Camélia Jordana: l’esprit FLN mais… en 2020

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Le discours anti-police de la chanteuse Camélia Jordana à une heure de grande écoute sur la télévision publique met de l’huile sur le feu des fractures françaises. Jean Messiha (Rassemblement National) s’en indigne dans cette tribune.


Ce samedi soir 23 mai, dans On est Pas Couché, émission mourante d’un Ruquier éculé, une de ces innombrables nobody du monde du spectacle qu’adore l’animateur, vient débiter son inanité. Elle s’appelle Camélia Jordana, « petite-fille d’immigrés algériens » comme la décrit sa biographie Wikipédia, qui rajoute que son grand-père était agent référent du FLN dans le Var. Cela a son importance.

Cette police qui assaillirait les cheveux frisés!

Au cours de la séquence qui lui est consacrée, elle se lance dans une attaque précise contre la police nationale, l’accusant de « massacrer » (oui « massacrer » !)  les Noirs, les Arabes et, plus généralement, les non-Blancs qui vivent dans notre pays. Elle surenchérit, dans ce qui apparait comme une crise de démence, avec la phrase « il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés, quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment. Vraiment ».

Laurent Ruquier ne pipe pas mot, ravi qu’il est de voir notre pays trainé dans la fange par une starlette de la diversité. À ses côtés, Philippe Besson, auteur en 2017 d’un ouvrage à la gloire d’Emmanuel Macron (Un personnage de roman) et que ce dernier avait tenté de faire nommer Consul général à Los Angeles avant que le Conseil d’État ne mette le holà à cet acte de népotisme digne de l’ancien monde, apporte à la beurette apeurée par nos « tontons macoutes » une molle contradiction.

J’ai parlé trop vite

Découvrant les propos de cette Camélia lors d’un interview sur Sud-Radio le 24 mai, je la qualifie de « folle ». J’ai eu tort. Il n’y a aucune folie là-dedans. Il s’agit d’une véritable stratégie qui irradie une bonne partie de l’immigration nord-africaine et sub-saharienne dont la colonisation de peuplement, lente mais inexorable, d’un nombre croissant de territoires de la République, s’accommode de moins en moins de la présence, même résiduelle, des représentants de l’État autochtone.

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Mais comment les faire partir ? Comment se débarrasser de ces policiers et gendarmes (sans parler des pompiers… oui même eux !) qui tentent de résister à la conquête humaine, religieuse et culturelle de ces morceaux de France ? Car après tout, cette immigration aux velléités colonisatrices n’a que peu d’armes. Pas assez en tout cas pour s’imposer. La violence? Le terrorisme ? Face à lui, la nation sait encore se dresser. C’est donc par la guerre idéologique qu’il faut chasser la République des innombrables cités et quartiers de non-France qui constellent l’hexagone. Mais avec quelle arme ? L’accusation de « racisme » bien sûr ! L’arme assurément la plus efficace.

Les séparatistes veulent vous faire croire que la France est un pays raciste

Dans un pays légitimement commotionné par le traitement des Juifs dans l’entre-deux guerres et sous l’Occupation, les élites « progressistes » ont progressivement instillé dans l’inconscient collectif national que le Maghrébin et le Sub-saharien sont les nouveaux Juifs persécutés d’un pays congénitalement raciste et xénophobe. La réaction, sur le réseau Twitter du député « progressiste » Aurélien Taché, soutenant ardemment les propos objectivement abjects de Camélia, est à cet égard emblématique. 

Pourtant que dit la réalité sur les immigrés en France ? Aucun statut discriminatoire ne les vise ! Aucun quartier ne leur est assigné ! Aucune union ne leur est proscrite. Aucun signe distinctif ne leur est imposé. Aucun poste ne leur est refusé. Aucun domaine économique ne leur est fermé. La liste est longue et démontre que la France n’a rien d’un pays discriminant ou ostracisant. Bien au contraire. 

Viser la une, ça me fait pas peur

Une discrète politique de discrimination positive est même en place ! Elle permet par exemple, à une serial gaffeuse (l’inénarrable Sibeth Ndiaye), de devenir porte-parole du gouvernement, à peine deux ans et demi après sa naturalisation. Probablement du jamais vu. Citons aussi les Zones D’Éducation Prioritaires (ZEP) qui s’adressent aux jeunes des « quartiers populaires », lisez quartiers majoritairement magrébins et sub-sahariens, et dans lesquels les élèves bénéficient d’un effort pédagogique largement supérieur à celui consacré aux gosses du peuple des origines dans les zones rurales, encore bien de France elles. 

Et que dire de la « politique de la ville » au nom de laquelle l’État déverse depuis des décennies des milliards et des milliards sur les « Zones Urbaines Sensibles » (ZUS), les mêmes que les ZEP ? Et ne parlons même pas de la discrimination positive non institutionnelle, résumée par le slogan désormais célèbre : « pas de vagues ». Des immigrés sans titres de transport non verbalisés par des contrôleurs qui savent que si ça dérape, on leur tombera dessus à bras raccourcis, les accusant de stigmatiser. Cette discrimination positive qui ne dit pas son nom s’applique aussi aux forces de l’ordre, de plus en plus inhibées face à la délinquance immigrée, corsetées mentalement qu’elles sont depuis des années par une idéologie qui transforme systématiquement toute criminalité immigrée en inégalités sociales.

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Bref, la seule discrimination qui existe dans notre pays est entre ceux qui, venus d’ailleurs et vivant en France décident de devenir Français et de réussir par leur travail et leur talent comme tout un chacun, et ceux qui en raison de leur origine se disent victimes d’un pays hostile et s’estiment titulaires d’un droit immanent à passer devant le « Français de souche » sans autre effort que de réclamer bruyamment au nom de leur seule origine. Mais cette réalité est inaudible pour la coalition de ceux qui veulent défranciser la France et ceux qui veulent la coloniser avec la complicité des premiers dans une forme de guerre de libération contre les « Blancs ». Pas en Afrique. En France !

Cette dernière est tout de même un gros morceau à avaler d’un coup. Alors il faut la dépecer morceau par morceau, cité par cité, quartier par quartier, banlieue par banlieue et ainsi de suite.

Des propos qui n’ont rien d’anodin

En accusant les forces de l’ordre de la République de racisme, elles qui comptent un nombre significatif d’immigrés devenus Français de cœur et d’âme, les colonisateurs et leurs collaborateurs comptent sur une opinion publique travaillée au corps par des médias complaisants pour obliger la République à « lâcher l’affaire », à laisser les colons devenir maîtres chez eux. Face à cette stratégie sécessionniste, la macronie a inventé la « reconquête républicaine ». Il y a une qualité qu’il faut reconnaitre à nos élites dirigeantes : celle de la grandiloquence langagière. Choisir des mots forts, les assembler dans l’espoir de nous les faire gober en nous prenant pour des benêts. Disons-le franchement il n’y a aucune reconquête et encore moins républicaine, car nous sommes face à une vraie puissance intérieure qui rassemble des gens animés par une volonté commune de faire prévaloir leurs droits territoriaux, religieux, culturels et économiques, en particulier ceux de l’économie parallèle, protégés qu’ils sont dans leur combat par notre propre droit et nos cours de justice (tribunaux, Conseil d’État et Conseil Constitutionnel). 

La reconquête doit être réelle et la nôtre le sera. Elle commencera par arrêter certaines immigrations qui alimentent le sécessionnisme, renverra tous les clandestins et rapatriera les étrangers devenus indésirables car chômeurs chroniques, délinquants ou radicalisés. Cela ne sera ni facile ni rapide car d’importants changements législatifs seront nécessaires, ainsi que d’importants moyens humains et matériels, le tout dans un contexte qui sera, à n’en point douter, celui d’une opposition antinationale vociférante. Nous triompherons car il en va de la survie de notre nation et de notre concorde.   

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Les paragraphes qui précédent ne nous ont pas éloigné de Camélia et ses dérapages. Bien au contraire. La rhétorique mensongère de cette artiste sur une chaine du service public nous rappelle que nous subissons un assaut qui, pour être sournois, n’en est pas moins violent et menaçant.

A écouter sur Sud Radio, le regard libre d’Elisabeth Lévy

Le Boul Mich’ orphelin de Boulinier


Isabelle Marchandier se rappelle ses visites chez le libraire aux stores rouge, alors qu’elle était étudiante.


Après la Hune, les éditions Puf, c’est au tour d’un autre temple emblématique du Quartier latin de disparaître. Le 15 juin prochain, Boulinier, la librairie de livres d’occasion bien connue, mettra la clef sous la porte, faute de pouvoir payer un loyer devenu exorbitant. L’annonce n’a pas fait grand bruit et c’est bien dommage.

Une institution du Quartier latin de plus qui disparait

Située à l’angle de la rue Serpente et du Boulevard Saint-Michel, cette institution trônait depuis 82 ans entre Gibert Jeune et Gibert Joseph. Reconnaissable de loin par ses stores rouge vif, la librairie d’occasion a su résister pendant toutes ces années à l’invasion progressive de coffee shop, de fast food, de boutiques de téléphonie mobile, de vêtements et de chaussures bon marché. 

Boulinier était le passage obligé des étudiants en prépa, en droit à Assas, des sorbonnards thésards et de bien d’autres jeunes gens assoiffés de découvrir penseurs, écrivains, théoriciens qui ont forgé, par leurs grandes œuvres immémorables, notre culture et notre mémoire collective. Leurs professeurs émérites leur enseignaient que pour comprendre le monde tel qui va aujourd’hui, il fallait s’approprier l’héritage du monde d’hier. Dès lors, une quête qui semblait infinie était lancée… 

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Débouler sur le Boul’Mich, c’était comme partir en expédition et chaque arrêt était abordé comme un site à explorer. Si le livre tant recherché était introuvable chez Gibert, les archéologues du savoir se précipitaient le cœur battant chez Boulinier, en espérant y trouver le précieux ouvrage dans les rayons bien achalandés. 

Ces rayons où je ne flânerai plus…

Pendant cette quête, le temps suspendait son vol. Souvent, l’aventure durait des heures. La flânerie dans les rayons était l’occasion de découvrir des livres rares à des prix abordables. Renouvelé par les bibliothèques de particuliers, le stock recelait de livres anciens inconnus du grand public comme Les lettres de Mme de Staël à la belle Juliette Récamier, des essais de penseurs révolutionnaires russes oubliés dans les cachots de l’histoire ou bien encore les mémoires d’un auteur libertin aux mœurs sulfureuses. Mettre la main sur des livres de la sorte était synonyme de belle prise. Son acquisition, un trésor qui promettait un enrichissement culturel assuré !

Au fil du temps qui s’égrenait, le sac se remplissait d’autres bouquins que le livre initialement recherché. Et au moment de payer, les billets réservés aux pauses déj étaient aisément sacrifiés, les nourritures terrestres ne pouvant rivaliser avec les nourritures intellectuelles. Dépenser ses économies d’étudiant chez Boulinier ou chez Gibert était loin d’être une perte et représentait un investissement sur le long terme.

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Aujourd’hui, Amazon nous donne bien entendu également accès à des ouvrages rares et anciens, mais le prix est souvent plus élevé, même d’occasion. Mais surtout, acheter en ligne est une démarche radicalement différente. L’exploration sur son navigateur internet ne peut s’assimiler au plaisir de la flânerie dans une librairie, où, au détour d’un rayon, on peut tomber sur un ouvrage dont on ne connaissait même pas l’existence. Le hasard n’existe pas sur Amazon. Continuer à se rendre chez les libraires revient à sortir des radars des achats téléguidés par l’historique des recherches et à acheter en sous-marin des livres loin de la transparence des algorithmes. 

Ici, c’est la France!

La disparition de Boulinier s’inscrit dans la lente désagrégation de notre héritage culturel. Les librairies des villes ferment les unes après les autres, souvent remplacées par des agences immobilières où on s’aperçoit bien trop souvent qu’un bon nombre d’appartements mis en vente sont  dépourvus de bibliothèques. Signe manifeste d’un pays qui souffre non seulement du Covid-19 mais d’une amnésie culturelle de plus en plus prégnante ? La France sans librairie sera-t-elle encore la France ? La question ne vient pas agiter les esprits de nos politiques et surtout pas celui du ministre de la Culture, plus occupé à organiser l’édition 2020 de la Fête de la musique que de sauver le patrimoine livresque… En effet, il n’y a aucun fond de solidarité ou de plan de relance prévu, ce que plus de 600 intellectuels ont déploré dans le Monde samedi dernier.

Avant de divaguer sur le monde d’après, pourquoi tous ceux qui prétendent défendre l’exception culturelle française n’envisagent-ils pas d’abord de sauver le monde d’hier dont l’héritage est dilapidé dans l’indifférence ? Il est presque certain que le 16 boulevard Saint Michel sera bientôt l’adresse d’un opticien qui vendra des lunettes made in China ou d’un énième fast food qui viendra enlaidir encore plus ce boulevard fréquenté autrefois par des étudiants qui flânaient le nez au vent loin d’imaginer que dans un futur proche ce nez allait être masqué. 

La France au poil


Chacun fait (fait-fait) ce qui lui plaît


Pendant ces deux mois de confinement, France Télévisions nous a gâtés. Dans les vieilles remises de ses archives virtuelles, surnagent quelques pépites qui valent leur pesant de poil. Il en va ainsi de la série de témoignages « Entre meufs », dont la huitième vidéo est sobrement intitulée « Les poils ». Qu’y entend-on ? Un quarteron de jeunes femmes (la parité, c’est bon dans l’autre sens !) s’élever contre l’injonction à l’épilation. Au jeu des sept familles, il y a d’abord Adèle, 18 ans, la traumatisée. Surnommée « le Moustachu » à l’adolescence à cause de son duvet brun sur le visage, elle « en rigole » mais « en souffrai(t) beaucoup » pendant ses années collège. Puis surgit Tiphaine, 30 ans, jolie Antillaise, dans le rôle de l’épilée contrite. Fascinée par le spectacle de la cire chaude quand elle accompagnait sa mère chez l’esthéticienne, elle revient de loin. « Ça a commencé à me saouler de m’entendre dire que si je le faisais pas, c’était dégueulasse. » En vertu de quoi, « là je le fais à la relaxe […] les poils sous les bras je m’en fous un peu ». France TV a aussi pioché Émilie, 30 ans, aux grands yeux bridés, pour camper la repentie : « Avant, je m’épilais en me disant que ce serait bien dans l’absolu de ne pas le faire. »  Ça, c’était avant la révélation (« j’ai eu comme une espèce de wake-up call à un moment ») un jour d’été où elle a découvert une jolie fille seins nus, non épilée, jouer au ballon avec des hommes. « Je trouvais ça d’une beauté et d’une grâce absolues » parce qu’« ils étaient tous techniquement torse nu et avec des poils sous les bras ». Fantasme androgyne ou homosexualité latente ? Freud tranchera.

Enfin, Chloé, 29 ans, incarne la croyante non pratiquante, « pro-poils » qui ne se laisse « pas pousser les poils sous les bras, sur les jambes tout ça… ». La faute à la société, qui blâme tout écart pilaire. Même une de ses amies lesbiennes avoue avoir refusé de coucher avec une fille non épilée. « Choquée », Torquemadette prononce son verdict : « Tu passes à côté de quelque chose pour un problème mineur ! » Au fond, Chloé et ses camarades engagées rêvent d’un monde où chacun fait (fait-fait) ce qui lui plaît. Tout ça pour ça ?

Holocauste interactif


Victime ou bourreau ? Choisissez votre rôle en début de visite du mémorial!


Peut-être vous rappelez-vous Babi Yar — le « ravin des bonnes femmes ». C’est, dans un faubourg de Kiev, une ravine ombragée, laissée en l’état, où les Allemands, aidés par les supplétifs ukrainiens nazifiés, ont exterminé en 1942-1943 tout ce qu’ils ont pu trouver de Juifs d’abord, puis de dissidents ensuite. 22 000 personnes dès le premier jour — à l’ancienne, par balles. Puis encore 60 000 dans les semaines qui suivirent — Juifs, Tziganes, Polonais, parmi eux la poétesse ukrainienne et militante nationaliste Olena Teliha.

En tout, près de 100 000 personnes. En août et septembre 1943, Paul Blobel à la tête du Kommando 1005 fit exhumer les corps pour les brûler — à l’ancienne, toujours : essence et chaux vive — et les faire disparaître.

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Si vous avez lu l’Hôtel blanc (1981) de D.M. Thomas ; ou les Bienveillantes (2006), où Jonathan Littell décrit les réactions de son héros, l’officier SS Max Aue, face à ce massacre ; ou encore Babi Yar, (1966 — trad.2011) d’Anatoli Kouznetsov, alors vous savez à peu près tout sur ce chapitre sanglant de la Shoah. Evgueni Evtouchenko (1933-2017) en a fait un poème poignant :

« Non, Babi Yar n’a pas de monument.
Le bord du ravin, en dalle grossière.
L’effroi me prend.
J’ai l’âge en ce moment
Du peuple juif.
Oui, je suis millénaire.

Il me semble soudain –
l’Hébreu, c’est moi,
Et le soleil d’Égypte cuit ma peau mate ;
Jusqu’à ce jour, je porte les stigmates
Du jour où j’agonisais sur la croix.
Et il me semble que je suis Dreyfus,
La populace
me juge et s’offusque ;
Je suis embastillé et condamné,
Couvert de crachats
et de calomnies,
Les dames en dentelles me renient,
Me dardant leurs ombrelles sous le nez.

Et je suis ce gamin de Bialystok ;
le sang ruisselle partout.
Le pogrom.
Les ivrognes se déchaînent et se moquent,
Ils puent la mauvaise vodka et l’oignon.
D’un coup de botte on me jette à terre,
Et je supplie les bourreaux en vain –
Hurlant « Sauve la Russie, tue les Youpins ! »
Un boutiquier sous mes yeux viole ma mère… »
(trad. Jacques Burko).

A lire ensuite: Ukraine: le Premier ministre Oleksi Hontcharouk fraye avec des radicaux

Voici qu’un hardi entrepreneur, Ilya A. Khrzhanovsky, apparemment soutenu par des fonds russes issus d’oligarques divers, a décidé d’ouvrir ce site, visité avec respect et terreur, au divertissement moderne. Écoutez bien : grâce à un équipement de réalité virtuelle, vous pourrez revivre l’horreur de Babi Yar. Et, cerise sur le gâteau, endosser le rôle qui vous correspondra le mieux : celui du Juif massacré, du SS massacreur, du Sonderkommando chargé de la crémation des cadavres, etc.

La Pravda racontait le projet il y a quelques temps, le New York Times s’en est ému :
« À votre arrivée, après avoir acheté un ticket d’entrée au site rénové du Centre du mémorial de l’Holocauste de Babi Yar, vous remplirez un questionnaire et effectuerez un test psychologique qu’un ordinateur central analysera selon des critères sociologiques. Un algorithme digèrera ces diverses informations et vous assignera à telle ou telle catégorie, bourreaux, auxiliaires, victimes, vous faisant revivre l’expérience s’accordant le mieux à votre profil… »

Il y a une quinzaine d’année, le regretté Philippe Muray, tirant de l’invention de « Paris-plage » et de la Fête de la musique (qui aura bien lieu cette année, en toute distanciation sociale) les conclusions anthropologiques qui s’imposaient, inventa le concept d’Homo Festivus, ce nouvel état de l’espèce humaine.

Après ErectusFaber ou SapiensFestivus correspond au dernier stade (en date) de l’espèce : l’homme soumis aux impératifs de la Société du spectacle — et les réclamant comme un dû. Il n’y a donc pas de raison de ne pas transformer Babi Yar en expérience de réalité virtuelle. À quand Auschwitz en Parc de loisirs ?

Il n’y a pas seulement, derrière ces projets dantesques, la tentation de faire de l’argent avec …

>>> Lire la fin de cet article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Babi Yar

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La Société du Spectacle

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Aïd au grand air dans le fief de Patrick Balkany


À Levallois-Perret, les musulmans sont parvenus à organiser l’Aïd el-Fitr dans un stade, en un temps record, et alors que le CFCM ne le souhaitait pas vraiment. L’évènement auquel se sont joints des milliers de fidèles s’est déroulé sans incident.


Tandis que les aficionados du ballon rond comptent les jours en attendant la reprise des galipettes de leurs stars préférées, nos amis musulmans ont su faire un usage bien inspiré des pelouses laissées en jachère. 

Que Dieu bénisse le gel hydroalcoolique

À l’appel de l’Union des musulmans de Levallois, près de 2000 fidèles du prophète Mahomet – que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui – ont festoyé avec dignité la fin du ramadan au stade Didier Drogba de Levallois-Perret. « On a tout simplement su anticiper », s’est félicité Ali Essebki, président de l’association, chez nos confrères du Parisien ; avant de confier « avoir pris attache auprès de la ville de Levallois et des services techniques pour voir s’il était possible d’organiser quelque-chose » dès l’annonce par Christophe Castaner de l’autorisation de reprise des messes. 

A lire aussi: Le Conseil d’État remet l’Église au milieu du village

Gratifiés chacun d’une lichette de gel hydroalcoolique dans les mains – les vertus purificatrices de l’alcool gagnent leur label halal pour l’occasion -, les fidèles ont pu célébrer l’Aïd au grand air dans les anciennes terres de Patrick Balkany. « Cette grande prière se révèle très importante pour la communauté, surtout après ces longues semaines de confinement. Avec la fermeture des lieux de culte, la période a été difficile et les fidèles avaient vraiment hâte de pouvoir enfin se retrouver », a déclaré Saïd Assougdam, imam de Levallois.  

Une discipline exemplaire

Depuis le 6 mars dernier, l’intérim de la mairie de Levallois est assuré par Jean-Yves Cavallini, qui est affilié à l’Union des démocrates et indépendants, parti de centre-droit fondé par Jean-Louis Borloo. Entre tapis de prière, barbes, djellabas, chapeaux de prière, masques chirurgicaux et « distanciation physique », les croyants réunis à Levallois, des hommes en pleine force de l’âge pour l’essentiel, ont paru sacrément plus disciplinés que les « citoyens du monde » qui font des apéros géants sur les pelouses des Invalides. « Ce matin encore, je me suis dit qu’on devrait peut-être faire la police […] mais finalement, ça se passe à merveille », s’est enthousiasmé un bénévole de la cérémonie au Parisien.

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Aux antipodes des indignés libertaires et sensibilités rouges qui soutiennent de tout cœur les musulmans dans leur combat contre l’« islamophobie » supposée de la douce France, l’islam adore l’ordre. Quoi de plus logique qu’il croise Levallois-Perret? Cette célébration islamique en terre levalloisienne marquera-t-elle le début d’une fructueuse idylle? Pour l’heure, Dieu seul le sait, mais il semble que le fief de Patrick Balkany mériterait bien son petit brevet de halalité.

Dabadie, le couturier des mots

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L’Académicien Jean-Loup Dabadie, scénariste, dialoguiste et parolier, s’est éteint à l’âge de 81 ans


Aujourd’hui, c’est une griffe qui disparait. Une signature qui rassurait le public et la critique. Le box-office et l’intelligentsia. Les disquaires et les libraires. Les producteurs et les spectateurs. Un agencement des mots, à la française. Rien que des mots comme le chantait Dalida.

Un romantisme bourgeois qui égratigne les sentiments, les effleure juste pour les raviver ou les éteindre, une certaine promiscuité qui n’offense pas, qui refuse la vulgarité et cependant, qui s’inscrit dans notre mémoire collective. Dans notre pays, il y eut Le Nôtre aux parcs et jardins, Dabadie se réservant le domaine des dialogues et des paroles. Le style Dabadie, sa délicatesse se confond avec une époque, les Trente Glorieuses qui virent l’affrontement duveteux d’une émancipation en marche et de ce vieux fond, corseté et friable, hérité de la galanterie, dans nos relations amoureuses. Le combat entre les hommes et les femmes a toujours été inégal, Dabadie savait que les femmes gagnent à la fin. 

Burlesque BCBG

Ce scénariste devenu Académicien, plume entre autres de Julien Clerc, ne détestant pas les honneurs, n’était pas un destructeur, un révolutionnaire du vocabulaire qui, coûte que coûte, impose un style novateur et fracassant. Il n’avait pas la volonté de choquer ou de déclencher immédiatement un rire ou une larme au forceps. Son côté soyeux, bien élevé, blanchi sous le harnais, s’accommodait avec le réalisateur Claude Sautet. Dans cette famille de nostalgiques distants, on refusait le débraillé et le poisseux, on préférait les trenchs anglais et les richelieus à bout fleuri. On portait le costume à chevrons et la cravate en tricot comme un étendard discret, ce qui, dans le milieu du cinéma, pouvait heurter les consciences. La familiarité n’était pas leur rayon et la tradition pas encore, un gros mot. Le clinquant n’avait pas gangréné toutes les mentalités. À la manière d’un Philippe de Broca, Dabadie travaillait dans l’organdi, les interstices, les nuances, jamais dans l’outrance. Cette audace mesurée qui donne une si belle patine à ses dialogues ou à ses sketchs était une marque de respect, une forme de politesse. Un gage aussi de qualité et de longévité.

Nous constatons, chaque jour, l’affaissement des textes au profit d’une image asphyxiante, la veulerie a pris le pouvoir sur les écrans. Vouloir saccager l’émotion, lui expulser sa pulpe et on finira tous par boire ou voir les mêmes jus, sans intérêt. 

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Avec Dabadie, la fluidité de la vanne, le décalage d’une situation, ce burlesque BCBG qui ne cherche pas à convaincre absolument, avaient un charme fou. Nous avons été biberonnés à ce lait nourricier-là, des femmes inaccessibles et changeantes à l’horizon qui piétineront bientôt nos espoirs et, en miroir, des maris dépassés ou célibataires en goguette, qui s’agitent sans être totalement dupes. Un tableau assez réaliste des années 1970, un précis d’imprécision, oserais-je dire. Dabadie aura été le métronome de nos errements. 

Scénariste et dialoguiste des Choses de la Vie, à revoir ce soir sur Arte

La modernité allait nous submerger, nous le pressentions, Dabadie nous donnait encore l’illusion d’une harmonie possible, oui, d’une musique de chambre, d’une rencontre d’un soir, d’une fantaisie. Le temps se gâtait et pourtant, dans ses films épidermiques, nous avions envie d’y croire et de sourire de nos gesticulations absurdes. Donc, nous faisions les beaux et les intéressants. Cette période de confinement que nous venons de vivre a montré que la patte Dabadie séduisait toujours autant le public. Les gens ont faim de cette magie disparue. Ce soir, Arte consacre une soirée à Michel Piccoli en diffusant « Les Choses de la Vie ». Vous vous rendez compte de notre chance, de cette parenthèse enchantée, Sautet à la réalisation, Guimard au roman originel, Dabadie au scénario et au dialogue, Sarde à la musique et, puis Romy atrocement belle et désarticulée dans l’œil de la caméra. Mi-mars, nous avons supporté la monotonie de cette claustration administrative en se délectant devant « Un éléphant, ça trombe énormément » et « Nous irons tous au paradis » de Yves Robert. Comment résister à cette légèreté qui pétille à chaque moment, Rochefort, Brasseur, Bedos et Lanoux auront été des tuteurs admirables. Les revoir, c’est communier avec une humanité joyeuse. Alors courage, fuyons ce monde pour nous réfugier dans celui d’avant !

Rêves et solitude

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Le billet du vaurien Roland Jaccard


J’ai rêvé cette nuit de passionnantes disputes philosophiques entre Malebranche et mon ami Marcel Conche. Il ne m’en restait que des bribes à mon réveil. J’avais atteint un sommet. Pour aussitôt replonger dans la médiocrité.

Un rêve de Cioran : il supprime un à un tous les mots de son vocabulaire. Après ce massacre, il ne reste plus qu’un rescapé : SOLITUDE. Il se réveille comblé. Ce n’est pas un rêve, c’est ce que je vis. Et, franchement, je suis tout sauf comblé. Parfois, une jeune fille me rejoint sous la couette. Une accalmie. Jamais pour bien longtemps. Peut-être eût-il mieux valu qu’elle ne vînt jamais.

La première question à se poser face à une femme : est-elle mythomane ou nymphomane. La réponse ne tarde jamais : les deux. J’ai toujours eu un faible pour les solitaires et plus encore pour les suicidaires. Elles au moins ont banni le mensonge et compris que leur vocation n’est pas d’être une esclave au service de l’espèce.

Il n’y a qu’une recette pour protéger sa solitude : savoir se rendre odieux. Je crois n’avoir pas démérité en la matière.

Cioran raconte – peut-être l’ai-je rêvé – qu’un moine d’Égypte, après quinze ans de solitude complète, reçut de ses parents et de ses amis tout un paquet de lettres. Il ne les ouvrit pas, il les jeta au feu pour échapper à l’agression des souvenirs. Il convient de s’évader de sa propre histoire. Celui qui n’a brisé aucun lien est un esclave qui mérite d’être traité comme tel.

Idéalement, il conviendrait de blesser tout le monde. À commencer par ceux que l’on aime. C’est relativement facile : il suffit d’être franc avec eux. Ainsi, on sauvegarde sa solitude, on fait enfin le Vide. Le gouffre est là qui nous attend. Je me demande encore pourquoi je recule….il faudra que je pose la question à Malebranche ou à Marcel Conche qui arrive allègrement à cent ans.

Confession d'un gentil garçon

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Au temps des couvertures sexplicites…


Quand la littérature noire et rose s’affichait, sans honte, dans les gares


Le jour où les couvertures dénudées ont disparu des kiosques, nous avons changé d’époque et bradé une part de notre identité décorsetée. C’est à ce genre de signaux faibles qu’une civilisation s’évapore, qu’un lectorat se désagrège. Les gares perdirent en frivolité ce que les voyages gagnèrent en ennui. Les transports amoureux furent bannis des trains. La technostructure veillait à ce que notre pays se modernise et nettoie ses tourniquets de charme. Souvenez-vous, au carrefour des années 1970-1980, ils étaient remplis de livres au goût douteux et aux poses suggestives. Salaces, obscènes et dégradants, à rayer de la carte des territoires, oui, honteux dans une République avancée ! 

Regrettée Brigandine

Chaque mois, des nouveautés arrivaient toujours plus lascives, l’offre et la demande ne faiblissant jamais. Le public masculin était au rendez-vous, il en redemandait même, il ne semblait pas se lasser des titres détournés, cet humour périmé de garnison, et des filles qui dévoilent une partie de leur anatomie. Les hommes sont dégueulasses, par nature. Les chiffres de vente feraient aujourd’hui rougir les éditeurs habitués aux tirages faméliques. Le TGV orange filait sur les rails de l’expansion, il était temps de grandir un peu. Nous avions, Français, déjà une mauvaise réputation héritée de nos grands-pères tringleurs, gaudriole et mœurs légères, fesses hautes et mains pas très propres, le monde d’Avant vivait ses dernières minutes cochonnes. 

A lire aussi: Ce dimanche, j’attaque les vieilleries!

La VHS allait tuer la littérature érotico-polardeuse, le X se consommerait désormais dans l’intimité des salons, rythmant la vie des zones pavillonnaires, entre l’aérobic et les leçons de management de Nanard. C’est à partir de ce moment-là que les garçons ont délaissé les librairies au profit des jeux de balles. On commençait à cacher le sein libre et le téton vengeur sous de fallacieux prétextes. Il était question de protection des mineurs, on ne parlait pas encore de minorités. Mitterrand engageait la rigueur économique en oubliant l’indispensable raideur des corps. Le puritanisme américain, ce poison s’infiltrait dans tous les esprits. On s’offusquerait bientôt plus d’une culotte en dentelle sur la couverture d’un livre de poche que des SDF dormant sur le trottoir des villes. Cette production littéraire d’un autre temps n’intéresse plus que les nostalgiques et les chasseurs d’irrégulier, des journalistes bien informés, Vincent Roussel ou Olivier Bailly, y ont consacré une partie de leurs recherches, notamment à la Brigandine, maison débridée qui fit tant fantasmer. 

Des couvertures qui ne laissaient pas de marbre

Cette forme de littérature était foisonnante et dissidente, de qualité inégale, jamais vraiment vulgaire, à la limite de la décence et du bon style, répondant à des exigences commerciales strictes, sans pour autant tomber dans le calibré et le formaté. Elle disait beaucoup de notre mentalité d’alors. Une façon finalement assez pudique de ne rien prendre au tragique et de rire de soi. Tout le contraire de notre époque qui judiciarise nos échanges. Les genres n’étaient pas si cloisonnés, toutes les intrusions étaient permises. Les auteurs, parfois des essayistes de renom, amélioraient leur ordinaire en se débraguettant. Ils ne chômaient pas. Il ne fallait pas mollir. Ce marché reposait sur le renouvellement sans cesse des collections. Les géants de la friperie espagnole n’ont rien inventé. On s’amusait donc à raconter des histoires coquines sur fond d’intrigues policières, en tâtant un peu toutes les disciplines, le polar noir, la science-fiction, l’anticipation, le roman rural ou prophétique, avec une part assumée de sexe, disons, un bon tiers de passages explicites pour mériter la disgrâce des bonnes gens. La fille qui s’exposait en couverture était le premier déclencheur de la lecture. Combien d’entre nous ont été happés par les SAS, les « Brigade Mondaine » ou les « Carré noir » ? Je me méfie des écrivains qui expliquent leur vocation par des écrits pesants et bavards, ce qui fait reluire l’intelligentsia, me fait fuir. Je me rappelle l’étrange sensation d’acheter, avec mon propre argent de poche, les enquêtes de Carter Brown et de son héros, le lieutenant Al Wheeler. Particulièrement, Les frangines en folie ou Du soleil pour les caves

A lire aussi, René Goux: Comment j’ai raté Muray

Les blondes platines des couvertures ressemblaient à des danseuses du Crazy, en déshabillé faux léopard, la poitrine dardant d’une étole, le rouge à lèvres pourpre et le carré à la Mireille Darc. Tout me paraissait un peu démodé et attirant. James Hadley Chase usait des mêmes ficelles pour capter mes économies. Une couverture me revient en mémoire, celle de Vipère au sein, rien d’outrageant, seulement une mannequin abondamment frisée qui tenait un porte-cigarette, cette association anodine fit beaucoup d’effet sur la jeunesse berrichonne avant Maastricht. J’ai un faible pour les éditions Bébé noir et la Brigandine qui me ravissent par leur audace. Rien que les titres Le droit à la caresse, Le vice dans la vallée, Pelote d’Hellènes ou Les clystères de Paris me mettent en joie. Dès que je tombe sur un exemplaire dans la boîte d’un bouquiniste, je l’achète sans hésiter.

Vipère au sein

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Un tribun au tribunal

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Devant le tribunal de Bobigny, avant le procès en correctionnelle de membres de LFI dont Jean-Luc Mélenchon © VILLARD/SIPA Numéro de reportage: 00924236_000005

Ah non ! pas encore les bourgerons jaunes !


Cousine admirée de tous, aimée de moi (et de quelques-autres) : je reprends le fil interrompu de ma précédente lettre. Mais, tout d’abord, entendez ceci : les voluptés que nous partageons me semblent désormais inaccessibles. Je ne crois pas un instant que vous vous y déroberiez : vos soupirs au déduit, quand vous pâmez si joliment, comme vos confidences lorsque vous posez votre tête sur mon épaule, me disent toutes les satisfactions que vous retirez des figures, libres et imposées, que nous exécutons dans le secret de votre chambre. Oui, vraiment, je sais que le plaisir nous unit. Mais une ombre, inconnue de moi, vient gâcher mes jours de sa présence envahissante. Je ne distingue pas ses traits, j’ignore le son de sa voix. Elle disparaît au détour d’un couloir, revient s’asseoir près de moi : elle semble faite de suie, de glaise et de ronce. Elle me contraint sans me saisir, elle m’envahit sans m’étreindre. Est-ce cela, le spleen ?

Pardonnez-moi cet abandon, il me libère un peu du sentiment de lassitude, qui m’accable.
Je reviens aux affaires du royaume.

Les députés de la montagne éruptive à la manœuvre

Voilà que reparaissent les bourgerons jaunes ! Ces émeutiers fameux semèrent de grands troubles l’an passé. Les plus énervés d’entre eux incendièrent les préfectures, envahirent et saccagèrent l’Arc de triomphe parisien. Reprendront-ils leurs bâtons et leurs faux ? L’un de leurs chefs les exhorte à se soulever contre l’État. Cet histrion émeutier en appellera-t-il encore une fois à l’autorité d’un général Boulanger, comme il le fit naguère ? Quel traîneur de sabre aventureux répondrait à l’exhortation de cet exalté ? Je ne distingue pas aujourd’hui de boulanger prêt à épouser la carrière d’un boucher !

Les temps que nous vivons, favorables aux aventures et aux extravagances de l’esprit, permettent aux audacieux de faire sonner leurs convictions, maladroites, changeantes, ou opportunistes. Dès qu’un tréteau est dressé, ils y accèdent et s’adressent à la foule avec ce ton péremptoire à quoi on les reconnaît. Mais alors, reverra-t-on le député du parti de La montagne éruptive, Alixtide Croupières, revêtu d’un bourgeron de circonstance et les bras largement ouverts, se précipiter vers les manifestants, afin de leur démontrer ses « amours jaunes » [tooltips content= »Les Amours jaunes, composé par Tristan Corbière (1845-1875), est poème très singulier, annonçant à sa manière, heurtée, une sorte de malaise dans la civilisation poétique. »](1)[/tooltips] ? Et sa compagne, Rédégonde Garamécro, tantôt commère, tantôt mégère, volubile, prompte à verser une larme sur la misère du monde, habile enfin à se faufiler pour être vue, menacera-t-elle encore du couperet d’acier la tête de notre souverain ? Ces irritables montagnards vitupèrent les mœurs corrompues des gouvernants, jettent l’opprobre contre le prince, prévoient l’échafaud ou le supplice de la roue pour les possédants, les traitres et quiconque ose les contrarier. Leur chef, redouté autant que moqué, l’imprévisible Jehan-Lucilien Mélanchthon[tooltips content= »Philippe Mélanchthon (1497-1560), est un théologien allemand, successeur de Luther, auteur de la Confession d’Augsbourg, qui exprimait le point de vue des protestants, alors que Charles Quint tentait une conciliation avec l’Église catholique. »](2)[/tooltips], fin connaisseur de l’Histoire de France, imprécateur apoplectique, mais au fond roué, orateur talentueux et cabotin de tribune, vilipende le gouvernement et les démocrates d’apparence, qui ne seraient que les zélés serviteurs d’une avide ploutocratie.

A lire aussi: La mésaventure de Valdémard Lecreux-d’Airain

Au sujet de Mélanchthon, j’ai trouvé chez un bouquiniste, sur les quais de la Seine, un curieux manuscrit inachevé. Une main anonyme y a écrit en vers le début du procès, qui suivit la farce de la perquisition faite par la justice dans les locaux de La montagne éruptive. On y vit Mélanchthon, furieux, conduisant une partie de ses troupes accourue à ses appels, bousculer un juge d’instruction, et le contraindre, avec les agents de la force publique qui l’accompagnaient, à quitter les lieux. Je vous retranscris ce texte, qui n’est point d’un Baudelaire, mais qui égaiera votre matinée. Le titre en est Un tribun au tribunal.

Un procès mouvementé

(Le président du tribunal appelle Mélanchthon à la barre)
Mélanchthon :
Qui êtes-vous, monsieur, pour m’intimer un ordre ?

Le président du tribunal :
Ah, ne commencez pas, présentez-vous plutôt :
Il vous en coûterait de semer le désordre !
Venez donc devant nous, nommez-vous aussitôt !

M :
Je me nomme Furie, Rebelle est mon prénom

Le Président :
On ne vous connaît point sous cette identité

M :
C’est la mienne pourtant, je vous le dis, crénom !

P :
Vous êtes citoyen et non point entité !

M :
Il suffit, arrogant employé de justice !
P :
Je ne vous permets pas, je suis le président !

M :
Le président, c’est moi ! Vous êtes à mon service !

P :
Ah monsieur vous voilà assez outrecuidant !

M :
Je suis là devant vous, jouissez du privilège.

P :
Vous êtes prévenu, et nous sommes vos juges.

M :
C’est moi qui vous préviens : vous serez sacrilèges !

P :
Comme vous y allez ! Ici est le refuge…

M : (le coupant)
…Ma personne est sacrée : qui me saisit me souille, …

P :
… De la loi et du droit, communs à tout Français…

M :
… Et je suis comme l’eau : qui me touche se mouille !
Comme un chêne puissant en forêt de Tronçais,
Dont le houppier défie les plus sombres nuées,
Je demeure au-dessus des règles très communes,
Et des obligations d’un Code exténué,
Souvent tracassières, enfin inopportunes,

P :
Quoi qu’il en soit, monsieur, vous êtes devant nous
Pour faits de rébellion, de provocation…

M (haussant le ton) :
… Ne comptez pas sur moi pour me mettre à genoux…

P (parlant plus fort) :
… Contre l’autorité, d’intimidation, …

M (plus fort) :
… Mon verbe est de défi, ma parole est d’orage…

Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis le soir du scrutin du 26 Mai 2019. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00909410_000008
Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis le soir du scrutin du 26 Mai 2019. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00909410_000008

P :
… Vous avez menacé, bousculé, refusé…

M (hurlant) :
… Quoi ! j’ai crié, protesté, fulminé, ô rage !
Mes paroles, toujours, sont comme les fusées
D’un beau feu d’artifice énorme, assourdissant…

P (ironique) :
… Apportez-nous, huissier, de ces boules de cire,
Elles amortiront les cris de ce passant !

M (hors de lui, les yeux injectés) :
Ah ça mais, vous osez ! Savez-vous tristes sires,
Savez-vous qui je suis ?…

P :
… Laissez-nous deviner.

1er juge :
Vous êtes,…

2e juge :
…C’est certain,…

3e :
malaisé, encombrant,

1er juge :
Oui, et quoi que sobre paraissant aviné.

2e juge :
Criant tel un bébé qu’on laisse dans son bran.

3e juge :
Mais alors cultivé, tribun considérable,
Lorsque vous vous dressez, fiévreux comme un attique,
Effervescent, fielleux, affolé, redoutable,
Vous incarnez l’image de la…

M :
… République !
3e juge :
… Politique et de ses tribuns les plus fameux.
Mais chez vous trop souvent l’illustre Démosthène
S’efface quand paraît la face d’un émeu
Effrayant et fâché, d’un fat croque-mitaine,
D’un bouffon très outré pour tréteaux de faubourg,
Exalté, menaçant, furibond et comique,
Ruinant votre avenir, le brossant à rebours,
Quand, semblant sous l’effet de quelque noix vomique,
Votre gorge produit la clameur du tonnerre.
Vous chargez de péchés les juges, la police,
Vous accablez le ciel, vitupérez la terre…

M :
…Je donne le frisson dès que je suis en lice,
Le peuple me comprend, il aime mes sorties.

1er juge :
Le peuple, dites-vous ? Mais n’est-il point absent ?

M :
Quand il me voit avec une botte d’orties
Caresser les bourgeois, les juges, les puissants,
Le peuple me comprend, il entend les saillies,
Les admonestations…

A relire: Madjid Messaoudene: un drôle de militant contre « l’islamophobie »

Séance reportée

1er juge :
… Ah, vous êtes lassant !

M :
… Que j’adresse au pouvoir, à ceux qui ont failli.

Le Président :
Il suffit ! Nous en avons assez entendu,

Me Rédégonde Garamécro (avocate de Mélanchthon) :
Monsieur le Président, que signifie cela ?
Point de contradictions ? Déjà les attendus ?
Mais ce n’est qu’injustice, et je dis halte-là !

(La salle gronde, le président brandit la menace d’expulsion)

Me Garamécro :
La matraque à présent ! Ici finit le Droit !

Mélanchthon :
Au secours ! On me tue ! Amis et camarades,
Citoyens, travailleurs, suis-je donc maladroit !
Confiant, je viens ici, où m’attend la camarde.

Le président (abattu, levant les yeux au ciel) :
Nous reprendrons plus tard, dans la sérénité.

Mélanchthon :
Le vacarme me va, il couve la colère,
Le repos est propice à la sénilité.

Le Président :
Quoi, vous osez ! Espérez-vous que je tolère…

Mélanchthon :
J’ose tout, c’est à ça que l’on me reconnaît !

Le président :
Á la garde, Á la garde !

(Dans la salle et à l’extérieur, c’est le chaos. Les juges quittent la salle par une porte dérobée. Dehors, les partisans de Mélanchthon lui font une haie d’honneur quand il sort.
On entend la voix du président : « A la garde ! », les manifestants, hilares, lui répondent aussitôt : « Oui, jusqu’à la garde ! ») Si je trouve la suite, je vous l’enverrai aussitôt.

Jehan-Lucilien Mélanchthon se dit inspiré par le roi François Ier, seigneur de La Bièvre, prince ondulant et dissimulé, qui s’environna de brume et s’entoura de courtisans : c’est ainsi qu’il régna pendant quatorze années sur notre peuple. Mélanchthon se consolerait-il de ses déconvenues électorales en jurant à part soi qu’il connaîtra prochainement ce destin ? Diantre ! J’ai pris trop de temps, et la malle-poste fait son tintamarre sur les pavés du boulevard. Je vous écris demain, car j’ai encore de ces indiscrétions qui sont le sel de Paris, ou son poivre.

De toutes les plaisirs de ma cousine je suis et je demeure le très dévoué, très coquin, très empressé fournisseur, et je lui suggère de déposer le baiser que je lui envoie à l’endroit précis de son anatomie, qu’elle me désigna lors de notre dernière étreinte…

Les maths, oui ça sert!

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Le Salon Culture et Jeux mathématiques 2019. Image : Salon Culture & Jeux Mathématiques

 


Chaque année, depuis 21 ans, se tient place Saint-Sulpice à Paris, le Salon Culture et Jeux mathématiques. Alors que la plupart des salons sont annulés, celui-ci aura bien lieu, virtuel, « démathérialisé », du 28 au 31 mai. Il s’annonce particulièrement riche, avec pour thème, « Les maths, oui, ça sert ! »


Oui, les maths peuvent passionner ! Environ 25 000 visiteurs l’an dernier, dont 4 500 scolaires, le succès et l’importance de ce salon ne sont plus à démontrer. Pourtant le PISA, (programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans) montre qu’en France 20% des élèves n’ont pas un niveau suffisant en maths à la fin du collège. Les maths peuvent donc aussi trop souvent rebuter. Combien de fois entend-on « je suis nul en maths, je n’y comprends rien » ! Le niveau des élèves, de la primaire à la terminale est très bas.

Haut niveau des chercheurs et bas niveau dans les écoles, on ne forme bien que les élites

Et pourtant la France tient la deuxième place (après les USA) en médailles Fields, la plus haute distinction en mathématiques. Paradoxe dont les raisons sont nombreuses et complexes.

Revoir l’apprentissage des mathématiques en France

En février 2018, Cédric Villani, génial et célèbre médaillé Fields, a livré avec Charles Torossian, autre brillant mathématicien, un rapport sur l’état (mauvais) de l’enseignement des maths en France et ils ont proposé des outils pour y remédier. Les auteurs insistaient – entre autres – sur l’importance de faire une plus grande place aux apprentissages, aux échanges avec les autres disciplines ainsi que sur la nécessité de travailler le langage, autrement dit de faire du lien entre les mots des maths et la vie quotidienne, enfin de tracer plus d’allers-retours entre les notions abstraites et concrètes.

A lire aussi: Education nationale: relancer l’ascenseur social

Les maths sont partout : du montant des courses au supermarché à la recette de cuisine, en passant par les infos annonçant la météo ou le nombre de vacanciers sur les routes, ou encore le maçon qui doit évaluer son besoin en ciment, il s’agit d’une discipline omniprésente. Mais il semble que les mathématiques modernes ont perdu bien des élèves en cours de route et les bûchettes ludiques et efficaces de notre enfance ne sont plus qu’un souvenir. Haut niveau des chercheurs et bas niveau dans les écoles, on ne forme bien que les élites. Problème.

Un salon pour (re)donner le goût des maths !

Le Salon Culture et Jeux mathématiques est un outil remarquable pour satisfaire ou redonner le goût des maths. Fabrice Rouillier, responsable du Salon, succède à Marie-José Pestel. Directeur de recherche à l’INRIA [tooltips content= »Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique. »](1)[/tooltips] de Jussieu, il est l’actuel président d’Animath [tooltips content= »Association dont le but est de promouvoir les maths chez les jeunes, sous toutes formes : ateliers, compétitions, clubs, dans les collèges, lycées et universités. »](2)[/tooltips]. Treize autres associations dont Femmes et mathématiques, Maths en jeans, Club Tangente, aussi diverses qu’originales, sont réunies dans un consortium pour animer le Salon, et F. Rouillier en souligne l’unité : « Notre message : nous voulons être présents malgré tout, alors que tout est annulé ». La dématérialisation du Salon n’empêche pas d’en garder la structure : en visioconférence, un espace Rencontres réunira des intervenants prestigieux, et plus d’une vingtaine de stands proposeront conférences, jeux, découvertes, chats, ouverts à tous à partir de 9 ans. Une chaîne de télé créée pour le Salon diffusera en continu ce qui s’y dira.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Enseigner masqué?

Chaque journée aura son thème : modélisation et ingénierie, biologie et santé, intelligence artificielle et numérique. Il y en aura pour tous les goûts et pour tous les âges : citons la cybersécurité, qui sera abordée par Hervé Lehning, spécialiste de la cryptologie. Il rappelle combien les mathématiques sont essentielles pour comprendre le monde, notamment avec la cryptologie, au cœur des dernières attaques informatiques, quand des escrocs y chiffrent des fichiers et demandent une rançon en échange… Auriane Gailliegue, elle, nous apprendra à reconstruire un squelette à l’aide des maths. Le docteur Ngole Mboula, du club d’Awalé, nous initiera à l’un des jeux de stratégie les plus anciens au monde.

La méthode mathématique au service de la lutte épidémique

Il sera bien sûr largement question du rôle des mathématiciens pendant l’épidémie du Covid 19 : comme l’explique Martin Andler, ancien président de l’Animath, les modèles mathématiques ont été et demeurent essentiels dans cette crise. La démarche mathématique consiste à observer les données, les filtrer, les corréler à l’aide de l’informatique, avant de les analyser et de fabriquer un modèle que l’on pourra ou non valider. Rappelons que modéliser signifie décrire de façon simplifiée un phénomène, un processus ou un système, en vue d’en étudier le fonctionnement par simulation. L’informatique est essentielle car les calculs sont innombrables, comme la puissance du traitement. Et plus on introduit de facteurs, plus les divergences accroissent.

A lire aussi: Covid-19: Liberté, science, mondialisation, Europe, rien ne lui résiste

La variété minime d’un phénomène peut tout changer. Les modèles sont sensibles à la moindre variation d’un paramètre et peut modifier l’analyse des données biomédicales.

Voilà pourquoi l’approche de l’épidémie actuelle et son anticipation demeurent compliquées et changeantes. Pour petits et grands, entre jeux, découvertes, enseignements et échanges, ce 21e Salon Culture et Jeux Mathématiques prend tout son sens en cette période incertaine de notre Histoire.

Plus d’infos ici

Camélia Jordana: l’esprit FLN mais… en 2020

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La chanteuse Camelia Jordana au défil printemps été 2019 de Louis Vuitton © Jean-Marc HAEDRICH/SIPA Numéro de reportage : 00878376_000040

Le discours anti-police de la chanteuse Camélia Jordana à une heure de grande écoute sur la télévision publique met de l’huile sur le feu des fractures françaises. Jean Messiha (Rassemblement National) s’en indigne dans cette tribune.


Ce samedi soir 23 mai, dans On est Pas Couché, émission mourante d’un Ruquier éculé, une de ces innombrables nobody du monde du spectacle qu’adore l’animateur, vient débiter son inanité. Elle s’appelle Camélia Jordana, « petite-fille d’immigrés algériens » comme la décrit sa biographie Wikipédia, qui rajoute que son grand-père était agent référent du FLN dans le Var. Cela a son importance.

Cette police qui assaillirait les cheveux frisés!

Au cours de la séquence qui lui est consacrée, elle se lance dans une attaque précise contre la police nationale, l’accusant de « massacrer » (oui « massacrer » !)  les Noirs, les Arabes et, plus généralement, les non-Blancs qui vivent dans notre pays. Elle surenchérit, dans ce qui apparait comme une crise de démence, avec la phrase « il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés, quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment. Vraiment ».

Laurent Ruquier ne pipe pas mot, ravi qu’il est de voir notre pays trainé dans la fange par une starlette de la diversité. À ses côtés, Philippe Besson, auteur en 2017 d’un ouvrage à la gloire d’Emmanuel Macron (Un personnage de roman) et que ce dernier avait tenté de faire nommer Consul général à Los Angeles avant que le Conseil d’État ne mette le holà à cet acte de népotisme digne de l’ancien monde, apporte à la beurette apeurée par nos « tontons macoutes » une molle contradiction.

J’ai parlé trop vite

Découvrant les propos de cette Camélia lors d’un interview sur Sud-Radio le 24 mai, je la qualifie de « folle ». J’ai eu tort. Il n’y a aucune folie là-dedans. Il s’agit d’une véritable stratégie qui irradie une bonne partie de l’immigration nord-africaine et sub-saharienne dont la colonisation de peuplement, lente mais inexorable, d’un nombre croissant de territoires de la République, s’accommode de moins en moins de la présence, même résiduelle, des représentants de l’État autochtone.

A lire aussi, David Desgouilles: Taché quitte LREM: le non-événement dont tout le monde a parlé

Mais comment les faire partir ? Comment se débarrasser de ces policiers et gendarmes (sans parler des pompiers… oui même eux !) qui tentent de résister à la conquête humaine, religieuse et culturelle de ces morceaux de France ? Car après tout, cette immigration aux velléités colonisatrices n’a que peu d’armes. Pas assez en tout cas pour s’imposer. La violence? Le terrorisme ? Face à lui, la nation sait encore se dresser. C’est donc par la guerre idéologique qu’il faut chasser la République des innombrables cités et quartiers de non-France qui constellent l’hexagone. Mais avec quelle arme ? L’accusation de « racisme » bien sûr ! L’arme assurément la plus efficace.

Les séparatistes veulent vous faire croire que la France est un pays raciste

Dans un pays légitimement commotionné par le traitement des Juifs dans l’entre-deux guerres et sous l’Occupation, les élites « progressistes » ont progressivement instillé dans l’inconscient collectif national que le Maghrébin et le Sub-saharien sont les nouveaux Juifs persécutés d’un pays congénitalement raciste et xénophobe. La réaction, sur le réseau Twitter du député « progressiste » Aurélien Taché, soutenant ardemment les propos objectivement abjects de Camélia, est à cet égard emblématique. 

Pourtant que dit la réalité sur les immigrés en France ? Aucun statut discriminatoire ne les vise ! Aucun quartier ne leur est assigné ! Aucune union ne leur est proscrite. Aucun signe distinctif ne leur est imposé. Aucun poste ne leur est refusé. Aucun domaine économique ne leur est fermé. La liste est longue et démontre que la France n’a rien d’un pays discriminant ou ostracisant. Bien au contraire. 

Viser la une, ça me fait pas peur

Une discrète politique de discrimination positive est même en place ! Elle permet par exemple, à une serial gaffeuse (l’inénarrable Sibeth Ndiaye), de devenir porte-parole du gouvernement, à peine deux ans et demi après sa naturalisation. Probablement du jamais vu. Citons aussi les Zones D’Éducation Prioritaires (ZEP) qui s’adressent aux jeunes des « quartiers populaires », lisez quartiers majoritairement magrébins et sub-sahariens, et dans lesquels les élèves bénéficient d’un effort pédagogique largement supérieur à celui consacré aux gosses du peuple des origines dans les zones rurales, encore bien de France elles. 

Et que dire de la « politique de la ville » au nom de laquelle l’État déverse depuis des décennies des milliards et des milliards sur les « Zones Urbaines Sensibles » (ZUS), les mêmes que les ZEP ? Et ne parlons même pas de la discrimination positive non institutionnelle, résumée par le slogan désormais célèbre : « pas de vagues ». Des immigrés sans titres de transport non verbalisés par des contrôleurs qui savent que si ça dérape, on leur tombera dessus à bras raccourcis, les accusant de stigmatiser. Cette discrimination positive qui ne dit pas son nom s’applique aussi aux forces de l’ordre, de plus en plus inhibées face à la délinquance immigrée, corsetées mentalement qu’elles sont depuis des années par une idéologie qui transforme systématiquement toute criminalité immigrée en inégalités sociales.

A lire ensuite, Martin Pimentel: Coronavirus: Marine Le Pen tire son épingle du jeu

Bref, la seule discrimination qui existe dans notre pays est entre ceux qui, venus d’ailleurs et vivant en France décident de devenir Français et de réussir par leur travail et leur talent comme tout un chacun, et ceux qui en raison de leur origine se disent victimes d’un pays hostile et s’estiment titulaires d’un droit immanent à passer devant le « Français de souche » sans autre effort que de réclamer bruyamment au nom de leur seule origine. Mais cette réalité est inaudible pour la coalition de ceux qui veulent défranciser la France et ceux qui veulent la coloniser avec la complicité des premiers dans une forme de guerre de libération contre les « Blancs ». Pas en Afrique. En France !

Cette dernière est tout de même un gros morceau à avaler d’un coup. Alors il faut la dépecer morceau par morceau, cité par cité, quartier par quartier, banlieue par banlieue et ainsi de suite.

Des propos qui n’ont rien d’anodin

En accusant les forces de l’ordre de la République de racisme, elles qui comptent un nombre significatif d’immigrés devenus Français de cœur et d’âme, les colonisateurs et leurs collaborateurs comptent sur une opinion publique travaillée au corps par des médias complaisants pour obliger la République à « lâcher l’affaire », à laisser les colons devenir maîtres chez eux. Face à cette stratégie sécessionniste, la macronie a inventé la « reconquête républicaine ». Il y a une qualité qu’il faut reconnaitre à nos élites dirigeantes : celle de la grandiloquence langagière. Choisir des mots forts, les assembler dans l’espoir de nous les faire gober en nous prenant pour des benêts. Disons-le franchement il n’y a aucune reconquête et encore moins républicaine, car nous sommes face à une vraie puissance intérieure qui rassemble des gens animés par une volonté commune de faire prévaloir leurs droits territoriaux, religieux, culturels et économiques, en particulier ceux de l’économie parallèle, protégés qu’ils sont dans leur combat par notre propre droit et nos cours de justice (tribunaux, Conseil d’État et Conseil Constitutionnel). 

La reconquête doit être réelle et la nôtre le sera. Elle commencera par arrêter certaines immigrations qui alimentent le sécessionnisme, renverra tous les clandestins et rapatriera les étrangers devenus indésirables car chômeurs chroniques, délinquants ou radicalisés. Cela ne sera ni facile ni rapide car d’importants changements législatifs seront nécessaires, ainsi que d’importants moyens humains et matériels, le tout dans un contexte qui sera, à n’en point douter, celui d’une opposition antinationale vociférante. Nous triompherons car il en va de la survie de notre nation et de notre concorde.   

A lire ensuite: Etudes décoloniales, «intersectionnalité», indigénisme: la face cachée du progressisme

Les paragraphes qui précédent ne nous ont pas éloigné de Camélia et ses dérapages. Bien au contraire. La rhétorique mensongère de cette artiste sur une chaine du service public nous rappelle que nous subissons un assaut qui, pour être sournois, n’en est pas moins violent et menaçant.

A écouter sur Sud Radio, le regard libre d’Elisabeth Lévy

Le Boul Mich’ orphelin de Boulinier

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La librairie Boulinier ferme ses portes en juin © Denis Meyer / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Isabelle Marchandier se rappelle ses visites chez le libraire aux stores rouge, alors qu’elle était étudiante.


Après la Hune, les éditions Puf, c’est au tour d’un autre temple emblématique du Quartier latin de disparaître. Le 15 juin prochain, Boulinier, la librairie de livres d’occasion bien connue, mettra la clef sous la porte, faute de pouvoir payer un loyer devenu exorbitant. L’annonce n’a pas fait grand bruit et c’est bien dommage.

Une institution du Quartier latin de plus qui disparait

Située à l’angle de la rue Serpente et du Boulevard Saint-Michel, cette institution trônait depuis 82 ans entre Gibert Jeune et Gibert Joseph. Reconnaissable de loin par ses stores rouge vif, la librairie d’occasion a su résister pendant toutes ces années à l’invasion progressive de coffee shop, de fast food, de boutiques de téléphonie mobile, de vêtements et de chaussures bon marché. 

Boulinier était le passage obligé des étudiants en prépa, en droit à Assas, des sorbonnards thésards et de bien d’autres jeunes gens assoiffés de découvrir penseurs, écrivains, théoriciens qui ont forgé, par leurs grandes œuvres immémorables, notre culture et notre mémoire collective. Leurs professeurs émérites leur enseignaient que pour comprendre le monde tel qui va aujourd’hui, il fallait s’approprier l’héritage du monde d’hier. Dès lors, une quête qui semblait infinie était lancée… 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Le livre, un bien superflu?

Débouler sur le Boul’Mich, c’était comme partir en expédition et chaque arrêt était abordé comme un site à explorer. Si le livre tant recherché était introuvable chez Gibert, les archéologues du savoir se précipitaient le cœur battant chez Boulinier, en espérant y trouver le précieux ouvrage dans les rayons bien achalandés. 

Ces rayons où je ne flânerai plus…

Pendant cette quête, le temps suspendait son vol. Souvent, l’aventure durait des heures. La flânerie dans les rayons était l’occasion de découvrir des livres rares à des prix abordables. Renouvelé par les bibliothèques de particuliers, le stock recelait de livres anciens inconnus du grand public comme Les lettres de Mme de Staël à la belle Juliette Récamier, des essais de penseurs révolutionnaires russes oubliés dans les cachots de l’histoire ou bien encore les mémoires d’un auteur libertin aux mœurs sulfureuses. Mettre la main sur des livres de la sorte était synonyme de belle prise. Son acquisition, un trésor qui promettait un enrichissement culturel assuré !

Au fil du temps qui s’égrenait, le sac se remplissait d’autres bouquins que le livre initialement recherché. Et au moment de payer, les billets réservés aux pauses déj étaient aisément sacrifiés, les nourritures terrestres ne pouvant rivaliser avec les nourritures intellectuelles. Dépenser ses économies d’étudiant chez Boulinier ou chez Gibert était loin d’être une perte et représentait un investissement sur le long terme.

A lire aussi, du même auteur: Sexe et distanciation sociale

Aujourd’hui, Amazon nous donne bien entendu également accès à des ouvrages rares et anciens, mais le prix est souvent plus élevé, même d’occasion. Mais surtout, acheter en ligne est une démarche radicalement différente. L’exploration sur son navigateur internet ne peut s’assimiler au plaisir de la flânerie dans une librairie, où, au détour d’un rayon, on peut tomber sur un ouvrage dont on ne connaissait même pas l’existence. Le hasard n’existe pas sur Amazon. Continuer à se rendre chez les libraires revient à sortir des radars des achats téléguidés par l’historique des recherches et à acheter en sous-marin des livres loin de la transparence des algorithmes. 

Ici, c’est la France!

La disparition de Boulinier s’inscrit dans la lente désagrégation de notre héritage culturel. Les librairies des villes ferment les unes après les autres, souvent remplacées par des agences immobilières où on s’aperçoit bien trop souvent qu’un bon nombre d’appartements mis en vente sont  dépourvus de bibliothèques. Signe manifeste d’un pays qui souffre non seulement du Covid-19 mais d’une amnésie culturelle de plus en plus prégnante ? La France sans librairie sera-t-elle encore la France ? La question ne vient pas agiter les esprits de nos politiques et surtout pas celui du ministre de la Culture, plus occupé à organiser l’édition 2020 de la Fête de la musique que de sauver le patrimoine livresque… En effet, il n’y a aucun fond de solidarité ou de plan de relance prévu, ce que plus de 600 intellectuels ont déploré dans le Monde samedi dernier.

Avant de divaguer sur le monde d’après, pourquoi tous ceux qui prétendent défendre l’exception culturelle française n’envisagent-ils pas d’abord de sauver le monde d’hier dont l’héritage est dilapidé dans l’indifférence ? Il est presque certain que le 16 boulevard Saint Michel sera bientôt l’adresse d’un opticien qui vendra des lunettes made in China ou d’un énième fast food qui viendra enlaidir encore plus ce boulevard fréquenté autrefois par des étudiants qui flânaient le nez au vent loin d’imaginer que dans un futur proche ce nez allait être masqué. 

La France au poil

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©D.R.

Chacun fait (fait-fait) ce qui lui plaît


Pendant ces deux mois de confinement, France Télévisions nous a gâtés. Dans les vieilles remises de ses archives virtuelles, surnagent quelques pépites qui valent leur pesant de poil. Il en va ainsi de la série de témoignages « Entre meufs », dont la huitième vidéo est sobrement intitulée « Les poils ». Qu’y entend-on ? Un quarteron de jeunes femmes (la parité, c’est bon dans l’autre sens !) s’élever contre l’injonction à l’épilation. Au jeu des sept familles, il y a d’abord Adèle, 18 ans, la traumatisée. Surnommée « le Moustachu » à l’adolescence à cause de son duvet brun sur le visage, elle « en rigole » mais « en souffrai(t) beaucoup » pendant ses années collège. Puis surgit Tiphaine, 30 ans, jolie Antillaise, dans le rôle de l’épilée contrite. Fascinée par le spectacle de la cire chaude quand elle accompagnait sa mère chez l’esthéticienne, elle revient de loin. « Ça a commencé à me saouler de m’entendre dire que si je le faisais pas, c’était dégueulasse. » En vertu de quoi, « là je le fais à la relaxe […] les poils sous les bras je m’en fous un peu ». France TV a aussi pioché Émilie, 30 ans, aux grands yeux bridés, pour camper la repentie : « Avant, je m’épilais en me disant que ce serait bien dans l’absolu de ne pas le faire. »  Ça, c’était avant la révélation (« j’ai eu comme une espèce de wake-up call à un moment ») un jour d’été où elle a découvert une jolie fille seins nus, non épilée, jouer au ballon avec des hommes. « Je trouvais ça d’une beauté et d’une grâce absolues » parce qu’« ils étaient tous techniquement torse nu et avec des poils sous les bras ». Fantasme androgyne ou homosexualité latente ? Freud tranchera.

Enfin, Chloé, 29 ans, incarne la croyante non pratiquante, « pro-poils » qui ne se laisse « pas pousser les poils sous les bras, sur les jambes tout ça… ». La faute à la société, qui blâme tout écart pilaire. Même une de ses amies lesbiennes avoue avoir refusé de coucher avec une fille non épilée. « Choquée », Torquemadette prononce son verdict : « Tu passes à côté de quelque chose pour un problème mineur ! » Au fond, Chloé et ses camarades engagées rêvent d’un monde où chacun fait (fait-fait) ce qui lui plaît. Tout ça pour ça ?

Holocauste interactif

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Le mémorial de Abi Yar près de Kiev © Kommersant/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30178836_000015

Victime ou bourreau ? Choisissez votre rôle en début de visite du mémorial!


Peut-être vous rappelez-vous Babi Yar — le « ravin des bonnes femmes ». C’est, dans un faubourg de Kiev, une ravine ombragée, laissée en l’état, où les Allemands, aidés par les supplétifs ukrainiens nazifiés, ont exterminé en 1942-1943 tout ce qu’ils ont pu trouver de Juifs d’abord, puis de dissidents ensuite. 22 000 personnes dès le premier jour — à l’ancienne, par balles. Puis encore 60 000 dans les semaines qui suivirent — Juifs, Tziganes, Polonais, parmi eux la poétesse ukrainienne et militante nationaliste Olena Teliha.

En tout, près de 100 000 personnes. En août et septembre 1943, Paul Blobel à la tête du Kommando 1005 fit exhumer les corps pour les brûler — à l’ancienne, toujours : essence et chaux vive — et les faire disparaître.

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Si vous avez lu l’Hôtel blanc (1981) de D.M. Thomas ; ou les Bienveillantes (2006), où Jonathan Littell décrit les réactions de son héros, l’officier SS Max Aue, face à ce massacre ; ou encore Babi Yar, (1966 — trad.2011) d’Anatoli Kouznetsov, alors vous savez à peu près tout sur ce chapitre sanglant de la Shoah. Evgueni Evtouchenko (1933-2017) en a fait un poème poignant :

« Non, Babi Yar n’a pas de monument.
Le bord du ravin, en dalle grossière.
L’effroi me prend.
J’ai l’âge en ce moment
Du peuple juif.
Oui, je suis millénaire.

Il me semble soudain –
l’Hébreu, c’est moi,
Et le soleil d’Égypte cuit ma peau mate ;
Jusqu’à ce jour, je porte les stigmates
Du jour où j’agonisais sur la croix.
Et il me semble que je suis Dreyfus,
La populace
me juge et s’offusque ;
Je suis embastillé et condamné,
Couvert de crachats
et de calomnies,
Les dames en dentelles me renient,
Me dardant leurs ombrelles sous le nez.

Et je suis ce gamin de Bialystok ;
le sang ruisselle partout.
Le pogrom.
Les ivrognes se déchaînent et se moquent,
Ils puent la mauvaise vodka et l’oignon.
D’un coup de botte on me jette à terre,
Et je supplie les bourreaux en vain –
Hurlant « Sauve la Russie, tue les Youpins ! »
Un boutiquier sous mes yeux viole ma mère… »
(trad. Jacques Burko).

A lire ensuite: Ukraine: le Premier ministre Oleksi Hontcharouk fraye avec des radicaux

Voici qu’un hardi entrepreneur, Ilya A. Khrzhanovsky, apparemment soutenu par des fonds russes issus d’oligarques divers, a décidé d’ouvrir ce site, visité avec respect et terreur, au divertissement moderne. Écoutez bien : grâce à un équipement de réalité virtuelle, vous pourrez revivre l’horreur de Babi Yar. Et, cerise sur le gâteau, endosser le rôle qui vous correspondra le mieux : celui du Juif massacré, du SS massacreur, du Sonderkommando chargé de la crémation des cadavres, etc.

La Pravda racontait le projet il y a quelques temps, le New York Times s’en est ému :
« À votre arrivée, après avoir acheté un ticket d’entrée au site rénové du Centre du mémorial de l’Holocauste de Babi Yar, vous remplirez un questionnaire et effectuerez un test psychologique qu’un ordinateur central analysera selon des critères sociologiques. Un algorithme digèrera ces diverses informations et vous assignera à telle ou telle catégorie, bourreaux, auxiliaires, victimes, vous faisant revivre l’expérience s’accordant le mieux à votre profil… »

Il y a une quinzaine d’année, le regretté Philippe Muray, tirant de l’invention de « Paris-plage » et de la Fête de la musique (qui aura bien lieu cette année, en toute distanciation sociale) les conclusions anthropologiques qui s’imposaient, inventa le concept d’Homo Festivus, ce nouvel état de l’espèce humaine.

Après ErectusFaber ou SapiensFestivus correspond au dernier stade (en date) de l’espèce : l’homme soumis aux impératifs de la Société du spectacle — et les réclamant comme un dû. Il n’y a donc pas de raison de ne pas transformer Babi Yar en expérience de réalité virtuelle. À quand Auschwitz en Parc de loisirs ?

Il n’y a pas seulement, derrière ces projets dantesques, la tentation de faire de l’argent avec …

>>> Lire la fin de cet article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

L'Hôtel blanc

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Babi Yar

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La Société du Spectacle

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Aïd au grand air dans le fief de Patrick Balkany

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Image d'archive Benjamin CREMEL / AFP

À Levallois-Perret, les musulmans sont parvenus à organiser l’Aïd el-Fitr dans un stade, en un temps record, et alors que le CFCM ne le souhaitait pas vraiment. L’évènement auquel se sont joints des milliers de fidèles s’est déroulé sans incident.


Tandis que les aficionados du ballon rond comptent les jours en attendant la reprise des galipettes de leurs stars préférées, nos amis musulmans ont su faire un usage bien inspiré des pelouses laissées en jachère. 

Que Dieu bénisse le gel hydroalcoolique

À l’appel de l’Union des musulmans de Levallois, près de 2000 fidèles du prophète Mahomet – que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui – ont festoyé avec dignité la fin du ramadan au stade Didier Drogba de Levallois-Perret. « On a tout simplement su anticiper », s’est félicité Ali Essebki, président de l’association, chez nos confrères du Parisien ; avant de confier « avoir pris attache auprès de la ville de Levallois et des services techniques pour voir s’il était possible d’organiser quelque-chose » dès l’annonce par Christophe Castaner de l’autorisation de reprise des messes. 

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Gratifiés chacun d’une lichette de gel hydroalcoolique dans les mains – les vertus purificatrices de l’alcool gagnent leur label halal pour l’occasion -, les fidèles ont pu célébrer l’Aïd au grand air dans les anciennes terres de Patrick Balkany. « Cette grande prière se révèle très importante pour la communauté, surtout après ces longues semaines de confinement. Avec la fermeture des lieux de culte, la période a été difficile et les fidèles avaient vraiment hâte de pouvoir enfin se retrouver », a déclaré Saïd Assougdam, imam de Levallois.  

Une discipline exemplaire

Depuis le 6 mars dernier, l’intérim de la mairie de Levallois est assuré par Jean-Yves Cavallini, qui est affilié à l’Union des démocrates et indépendants, parti de centre-droit fondé par Jean-Louis Borloo. Entre tapis de prière, barbes, djellabas, chapeaux de prière, masques chirurgicaux et « distanciation physique », les croyants réunis à Levallois, des hommes en pleine force de l’âge pour l’essentiel, ont paru sacrément plus disciplinés que les « citoyens du monde » qui font des apéros géants sur les pelouses des Invalides. « Ce matin encore, je me suis dit qu’on devrait peut-être faire la police […] mais finalement, ça se passe à merveille », s’est enthousiasmé un bénévole de la cérémonie au Parisien.

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Aux antipodes des indignés libertaires et sensibilités rouges qui soutiennent de tout cœur les musulmans dans leur combat contre l’« islamophobie » supposée de la douce France, l’islam adore l’ordre. Quoi de plus logique qu’il croise Levallois-Perret? Cette célébration islamique en terre levalloisienne marquera-t-elle le début d’une fructueuse idylle? Pour l’heure, Dieu seul le sait, mais il semble que le fief de Patrick Balkany mériterait bien son petit brevet de halalité.

Dabadie, le couturier des mots

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Jean-Loup Dabadie photographié en 2011 © GINIES/SIPA Numéro de reportage: 00628143_000012

L’Académicien Jean-Loup Dabadie, scénariste, dialoguiste et parolier, s’est éteint à l’âge de 81 ans


Aujourd’hui, c’est une griffe qui disparait. Une signature qui rassurait le public et la critique. Le box-office et l’intelligentsia. Les disquaires et les libraires. Les producteurs et les spectateurs. Un agencement des mots, à la française. Rien que des mots comme le chantait Dalida.

Un romantisme bourgeois qui égratigne les sentiments, les effleure juste pour les raviver ou les éteindre, une certaine promiscuité qui n’offense pas, qui refuse la vulgarité et cependant, qui s’inscrit dans notre mémoire collective. Dans notre pays, il y eut Le Nôtre aux parcs et jardins, Dabadie se réservant le domaine des dialogues et des paroles. Le style Dabadie, sa délicatesse se confond avec une époque, les Trente Glorieuses qui virent l’affrontement duveteux d’une émancipation en marche et de ce vieux fond, corseté et friable, hérité de la galanterie, dans nos relations amoureuses. Le combat entre les hommes et les femmes a toujours été inégal, Dabadie savait que les femmes gagnent à la fin. 

Burlesque BCBG

Ce scénariste devenu Académicien, plume entre autres de Julien Clerc, ne détestant pas les honneurs, n’était pas un destructeur, un révolutionnaire du vocabulaire qui, coûte que coûte, impose un style novateur et fracassant. Il n’avait pas la volonté de choquer ou de déclencher immédiatement un rire ou une larme au forceps. Son côté soyeux, bien élevé, blanchi sous le harnais, s’accommodait avec le réalisateur Claude Sautet. Dans cette famille de nostalgiques distants, on refusait le débraillé et le poisseux, on préférait les trenchs anglais et les richelieus à bout fleuri. On portait le costume à chevrons et la cravate en tricot comme un étendard discret, ce qui, dans le milieu du cinéma, pouvait heurter les consciences. La familiarité n’était pas leur rayon et la tradition pas encore, un gros mot. Le clinquant n’avait pas gangréné toutes les mentalités. À la manière d’un Philippe de Broca, Dabadie travaillait dans l’organdi, les interstices, les nuances, jamais dans l’outrance. Cette audace mesurée qui donne une si belle patine à ses dialogues ou à ses sketchs était une marque de respect, une forme de politesse. Un gage aussi de qualité et de longévité.

Nous constatons, chaque jour, l’affaissement des textes au profit d’une image asphyxiante, la veulerie a pris le pouvoir sur les écrans. Vouloir saccager l’émotion, lui expulser sa pulpe et on finira tous par boire ou voir les mêmes jus, sans intérêt. 

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Avec Dabadie, la fluidité de la vanne, le décalage d’une situation, ce burlesque BCBG qui ne cherche pas à convaincre absolument, avaient un charme fou. Nous avons été biberonnés à ce lait nourricier-là, des femmes inaccessibles et changeantes à l’horizon qui piétineront bientôt nos espoirs et, en miroir, des maris dépassés ou célibataires en goguette, qui s’agitent sans être totalement dupes. Un tableau assez réaliste des années 1970, un précis d’imprécision, oserais-je dire. Dabadie aura été le métronome de nos errements. 

Scénariste et dialoguiste des Choses de la Vie, à revoir ce soir sur Arte

La modernité allait nous submerger, nous le pressentions, Dabadie nous donnait encore l’illusion d’une harmonie possible, oui, d’une musique de chambre, d’une rencontre d’un soir, d’une fantaisie. Le temps se gâtait et pourtant, dans ses films épidermiques, nous avions envie d’y croire et de sourire de nos gesticulations absurdes. Donc, nous faisions les beaux et les intéressants. Cette période de confinement que nous venons de vivre a montré que la patte Dabadie séduisait toujours autant le public. Les gens ont faim de cette magie disparue. Ce soir, Arte consacre une soirée à Michel Piccoli en diffusant « Les Choses de la Vie ». Vous vous rendez compte de notre chance, de cette parenthèse enchantée, Sautet à la réalisation, Guimard au roman originel, Dabadie au scénario et au dialogue, Sarde à la musique et, puis Romy atrocement belle et désarticulée dans l’œil de la caméra. Mi-mars, nous avons supporté la monotonie de cette claustration administrative en se délectant devant « Un éléphant, ça trombe énormément » et « Nous irons tous au paradis » de Yves Robert. Comment résister à cette légèreté qui pétille à chaque moment, Rochefort, Brasseur, Bedos et Lanoux auront été des tuteurs admirables. Les revoir, c’est communier avec une humanité joyeuse. Alors courage, fuyons ce monde pour nous réfugier dans celui d’avant !

Rêves et solitude

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Rêves et solitude. Photo: Keegan Houser/unsplash

Le billet du vaurien Roland Jaccard


J’ai rêvé cette nuit de passionnantes disputes philosophiques entre Malebranche et mon ami Marcel Conche. Il ne m’en restait que des bribes à mon réveil. J’avais atteint un sommet. Pour aussitôt replonger dans la médiocrité.

Un rêve de Cioran : il supprime un à un tous les mots de son vocabulaire. Après ce massacre, il ne reste plus qu’un rescapé : SOLITUDE. Il se réveille comblé. Ce n’est pas un rêve, c’est ce que je vis. Et, franchement, je suis tout sauf comblé. Parfois, une jeune fille me rejoint sous la couette. Une accalmie. Jamais pour bien longtemps. Peut-être eût-il mieux valu qu’elle ne vînt jamais.

La première question à se poser face à une femme : est-elle mythomane ou nymphomane. La réponse ne tarde jamais : les deux. J’ai toujours eu un faible pour les solitaires et plus encore pour les suicidaires. Elles au moins ont banni le mensonge et compris que leur vocation n’est pas d’être une esclave au service de l’espèce.

Il n’y a qu’une recette pour protéger sa solitude : savoir se rendre odieux. Je crois n’avoir pas démérité en la matière.

Cioran raconte – peut-être l’ai-je rêvé – qu’un moine d’Égypte, après quinze ans de solitude complète, reçut de ses parents et de ses amis tout un paquet de lettres. Il ne les ouvrit pas, il les jeta au feu pour échapper à l’agression des souvenirs. Il convient de s’évader de sa propre histoire. Celui qui n’a brisé aucun lien est un esclave qui mérite d’être traité comme tel.

Idéalement, il conviendrait de blesser tout le monde. À commencer par ceux que l’on aime. C’est relativement facile : il suffit d’être franc avec eux. Ainsi, on sauvegarde sa solitude, on fait enfin le Vide. Le gouffre est là qui nous attend. Je me demande encore pourquoi je recule….il faudra que je pose la question à Malebranche ou à Marcel Conche qui arrive allègrement à cent ans.

Confession d'un gentil garçon

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Au temps des couvertures sexplicites…

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Détail de la couverture de "Vipère au point" de James Hadley Chase Capture d'écran Amazon

Quand la littérature noire et rose s’affichait, sans honte, dans les gares


Le jour où les couvertures dénudées ont disparu des kiosques, nous avons changé d’époque et bradé une part de notre identité décorsetée. C’est à ce genre de signaux faibles qu’une civilisation s’évapore, qu’un lectorat se désagrège. Les gares perdirent en frivolité ce que les voyages gagnèrent en ennui. Les transports amoureux furent bannis des trains. La technostructure veillait à ce que notre pays se modernise et nettoie ses tourniquets de charme. Souvenez-vous, au carrefour des années 1970-1980, ils étaient remplis de livres au goût douteux et aux poses suggestives. Salaces, obscènes et dégradants, à rayer de la carte des territoires, oui, honteux dans une République avancée ! 

Regrettée Brigandine

Chaque mois, des nouveautés arrivaient toujours plus lascives, l’offre et la demande ne faiblissant jamais. Le public masculin était au rendez-vous, il en redemandait même, il ne semblait pas se lasser des titres détournés, cet humour périmé de garnison, et des filles qui dévoilent une partie de leur anatomie. Les hommes sont dégueulasses, par nature. Les chiffres de vente feraient aujourd’hui rougir les éditeurs habitués aux tirages faméliques. Le TGV orange filait sur les rails de l’expansion, il était temps de grandir un peu. Nous avions, Français, déjà une mauvaise réputation héritée de nos grands-pères tringleurs, gaudriole et mœurs légères, fesses hautes et mains pas très propres, le monde d’Avant vivait ses dernières minutes cochonnes. 

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La VHS allait tuer la littérature érotico-polardeuse, le X se consommerait désormais dans l’intimité des salons, rythmant la vie des zones pavillonnaires, entre l’aérobic et les leçons de management de Nanard. C’est à partir de ce moment-là que les garçons ont délaissé les librairies au profit des jeux de balles. On commençait à cacher le sein libre et le téton vengeur sous de fallacieux prétextes. Il était question de protection des mineurs, on ne parlait pas encore de minorités. Mitterrand engageait la rigueur économique en oubliant l’indispensable raideur des corps. Le puritanisme américain, ce poison s’infiltrait dans tous les esprits. On s’offusquerait bientôt plus d’une culotte en dentelle sur la couverture d’un livre de poche que des SDF dormant sur le trottoir des villes. Cette production littéraire d’un autre temps n’intéresse plus que les nostalgiques et les chasseurs d’irrégulier, des journalistes bien informés, Vincent Roussel ou Olivier Bailly, y ont consacré une partie de leurs recherches, notamment à la Brigandine, maison débridée qui fit tant fantasmer. 

Des couvertures qui ne laissaient pas de marbre

Cette forme de littérature était foisonnante et dissidente, de qualité inégale, jamais vraiment vulgaire, à la limite de la décence et du bon style, répondant à des exigences commerciales strictes, sans pour autant tomber dans le calibré et le formaté. Elle disait beaucoup de notre mentalité d’alors. Une façon finalement assez pudique de ne rien prendre au tragique et de rire de soi. Tout le contraire de notre époque qui judiciarise nos échanges. Les genres n’étaient pas si cloisonnés, toutes les intrusions étaient permises. Les auteurs, parfois des essayistes de renom, amélioraient leur ordinaire en se débraguettant. Ils ne chômaient pas. Il ne fallait pas mollir. Ce marché reposait sur le renouvellement sans cesse des collections. Les géants de la friperie espagnole n’ont rien inventé. On s’amusait donc à raconter des histoires coquines sur fond d’intrigues policières, en tâtant un peu toutes les disciplines, le polar noir, la science-fiction, l’anticipation, le roman rural ou prophétique, avec une part assumée de sexe, disons, un bon tiers de passages explicites pour mériter la disgrâce des bonnes gens. La fille qui s’exposait en couverture était le premier déclencheur de la lecture. Combien d’entre nous ont été happés par les SAS, les « Brigade Mondaine » ou les « Carré noir » ? Je me méfie des écrivains qui expliquent leur vocation par des écrits pesants et bavards, ce qui fait reluire l’intelligentsia, me fait fuir. Je me rappelle l’étrange sensation d’acheter, avec mon propre argent de poche, les enquêtes de Carter Brown et de son héros, le lieutenant Al Wheeler. Particulièrement, Les frangines en folie ou Du soleil pour les caves

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Les blondes platines des couvertures ressemblaient à des danseuses du Crazy, en déshabillé faux léopard, la poitrine dardant d’une étole, le rouge à lèvres pourpre et le carré à la Mireille Darc. Tout me paraissait un peu démodé et attirant. James Hadley Chase usait des mêmes ficelles pour capter mes économies. Une couverture me revient en mémoire, celle de Vipère au sein, rien d’outrageant, seulement une mannequin abondamment frisée qui tenait un porte-cigarette, cette association anodine fit beaucoup d’effet sur la jeunesse berrichonne avant Maastricht. J’ai un faible pour les éditions Bébé noir et la Brigandine qui me ravissent par leur audace. Rien que les titres Le droit à la caresse, Le vice dans la vallée, Pelote d’Hellènes ou Les clystères de Paris me mettent en joie. Dès que je tombe sur un exemplaire dans la boîte d’un bouquiniste, je l’achète sans hésiter.

Vipère au sein

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