Le groupuscule s’est encore illustré en se félicitant de la déstruction des statues de Victor Schœlcher en Martinique, vendredi dernier


Vendredi dernier, le 22 mai, des manifestants ont détruit deux statues de Victor Schœlcher, l’homme qui décréta l’abolition définitive de l’esclavage en France le 27 avril 1848. Aussitôt, ces vandales reçurent le soutien enthousiaste d’un groupe militant fier de ne soutenir que les personnes ayant une certaine couleur de peau. Voilà sans doute, déduira-t-on, les actes d’un groupuscule suprémaciste blanc ? Des militants qui vomiraient l’héritage d’un défenseur de l’égalité et de la liberté des Noirs, crachant sur l’homme dont Aimé Césaire disait : « Victor Schœlcher c’est, pour résumer en trois mots, un humaniste, un militant des droits de l’homme, un socialiste (…) à l’origine de son engagement militant il y a d’abord une postulation éthique et une exigence morale (…) le combat pour la raison, le combat pour la justice, le combat pour les droits de l’homme (…) celui, élémentaire, de la liberté de tous les hommes, quelle que fût leur race ou leur couleur, et celui de l’égalité de tous devant la loi. La finalité de l’action de Schœlcher n’est pas un statut juridique, mais la qualité et la valeur de la condition humaine » ?

Eh bien non ! Ceux qui refusent aujourd’hui que l’on admire Victor Schœlcher ne sont pas ceux que l’on attendrait. Ce sont des Noirs de Martinique, bénéficiant de l’appui militant et revendiqué de la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA).

Vous avez déjà entendu parler de cette association

Ce groupuscule s’était déjà distingué en empêchant par la force la représentation d’une pièce d’Eschyle à la Sorbonne – une pièce qui, comme la pensée de Victor Schœlcher, célèbre l’humanité commune des êtres par-delà des origines différentes.

Faut-il y voir une constante dans les actions de la LDNA ? Sans doute. Ces obsédés de la couleur de peau haïssent l’universalisme, que ce soit celui de l’Antiquité ou celui qui conduisit à l’abolition de l’esclavage. Loin de Victor Schœlcher, leur combat n’est pas celui de l’émancipation et de la liberté de tous les hommes, mais son contraire : leur enfermement dans des assignations identitaires, et l’enrôlement forcé de certains dans une armée tribale au service de leurs obsessions et de leurs ambitions.

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Aimé Césaire était assez grand lui-même pour pouvoir célébrer la grandeur d’autrui. Les thuriféraires de la LDNA et leurs pareils, dans leur fantasme de supériorité raciale nourri d’un véritable complexe d’infériorité, ne peuvent pas supporter de se reconnaître débiteurs de quiconque ne serait pas de leur clan : ni de la culture des Grecs, ni de l’engagement humaniste de Victor Schœlcher.

Humaniste et…. socialiste, disait Aimé Césaire. Ce qui, de toute évidence, n’avait pas alors le même sens qu’aujourd’hui. Voir la gauche régressive se compromettre maintenant avec les inspirateurs « indigénistes » et « décoloniaux » de ceux qui ont détruit les statues d’une figure tutélaire de l’abolition de l’esclavage, montre bien la profonde déchéance de cette famille politique. Et ce n’est pas spécifique à la France : que l’on songe à Joe Biden, pour qui un Noir votant Trump « n’est pas Noir » !

Un groupe inquiétant

Victor Schœlcher était-il parfait ? Certes non ! Mais il faut une incroyable arrogance pour refuser que l’on admire quiconque ne serait pas parfait.

Était-il le seul héros de cette magnifique conquête de la civilisation qu’est l’abolition de l’esclavage ? Certes non ! Mais nul ne le prétend, et nier son rôle qui fut incontestablement éminent, n’aidera pas à valoriser celui des autres. La France a-t-elle pleinement accompli depuis son idéal universaliste ? Certes non ! Mais même s’il reste du chemin à parcourir, elle n’a pas à rougir de ce qu’elle a si longtemps défendu en la matière, ni de ce qu’elle a déjà réalisé. La Métropole est-elle toujours irréprochable vis-à-vis des Outre-Mers ? Certes non ! Mais accuser la France et les Blancs de tous les maux et réécrire l’histoire est la meilleure manière d’être aveugle à toute une partie du problème, et de se condamner à ne rien résoudre.

Ne nous y trompons pas : l’incident dont il est question va bien au-delà du déboulonnage de deux statues. Il est révélateur de l’emprise croissante d’une idéologie destructrice, nourrie à la haine de la France, et à un racialisme authentiquement et profondément raciste, dont on entend d’ailleurs les inquiétants échos dans les propos imbéciles de Camélia Jordana qui ont fait le buzz ces jours-ci. Il confirme aussi ce qu’est la LDNA, dont on rappelle que des sympathisants avaient, en septembre dernier, applaudi avec enthousiasme un discours proclamant sous prétexte de lutte contre la xénophobie en Afrique du Sud : « Si vous voulez être xénophobes, alors d’accord. Commencez par tuer les Blancs, commencez par tuer les Chinois, commencez par tuer les Indiens. Ne tuez pas vos frères (c’est-à-dire dans ce discours : d’autres Noirs). »

Voilà une officine défendant ouvertement une conception racialiste de la société et la conflictualité entre les groupes ethniques, prônant et appliquant la censure dès qu’elle le peut, et dont les nervis recourent volontiers à l’intimidation violente. Le fascisme, le vrai, n’est pas loin.

L’incident sera-t-il évoqué en conseil des ministres?

À ce titre, s’il faut saluer la déclaration d’Emmanuel Macron d’une fermeté bienvenue(1), il faut surtout rappeler que face à de telles mouvances les mots ne suffisent pas. Ce sont les actes qui doivent être fermes, et pas seulement les paroles. Sauf à persister dans une passivité complice pour laquelle il faudra tôt ou tard rendre des comptes, la dissolution de la LDNA s’impose.

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Et pas seulement de la LDNA : on n’oublie pas le rôle qu’avaient joué par exemple le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), la Brigade Anti-Négrophobie et sans surprise l’UNEF dans la censure brutale d’Eschyle par leurs milices. On manque d’argent pour les hôpitaux, mais certaines de ces structures bénéficient toujours de subventions aux frais du contribuable.

Bien sûr, les décisions judiciaires contre les casseurs ne sont pas du ressort du chef de l’État. En revanche, il a la possibilité et donc l’obligation de faire prendre en conseil des ministres les décrets nécessaires pour dissoudre les associations qui se posent en ennemies de la République et de la France, et soutiennent des coups de force. Et sur ce point, force est de reconnaître qu’Emmanuel Macron et le gouvernement n’ont que trop tardé, eux qui pourtant se targuent de vouloir « combattre la haine » – n’est-ce pas Laetitia Avia ? J’avais déjà évoqué la dissolution de ces groupes en mars 2019, l’association LÉA (Lutte pour l’Égalité dans l’Antiracisme – une des trop rares associations combattant le racisme par une approche véritablement universaliste) avait fait de même après leur sortie de septembre 2019, et toujours rien.

Il est nécessaire de remplacer les statues brisées, de ne pas céder aux violences ni aux intimidations, de continuer à célébrer Victor Schœlcher. Mais il est plus nécessaire encore d’être fidèles à son œuvre, tragiquement inachevée. L’esclavage n’a pas disparu, et le combattre est un devoir, partout où il est encore pratiqué. L’égalité de tous devant la loi sans distinction de couleur de peau qu’évoquait Aimé Césaire est menacée, le droit à la différence se pervertissant de plus en plus en différence des droits, livrant nos concitoyens dits « racisés » aux emprises tribales, à la loi des bandes, à la tyrannie des fanatiques, et abandonnant de plus en plus de victimes à la violence de délinquants brandissant leurs origines comme un totem d’immunité. Ce n’est pas tolérable, et combattre ces dérives est aussi un devoir.

Si nous renonçons à ces luttes, alors c’est nous qui piétinerons l’héritage de Victor Schœlcher, et briserons ce qui fit l’honneur et la grandeur de la République et de la France.

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