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Les « Triplés » dans le collimateur de la cancel culture

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On peut se demander si cette rage destructrice, qui se drape de la toge de l’indignation, ne s’abreuve pas surtout à une incapacité à entendre, comprendre et s’approprier le passé…


Après « Tintin au Congo », « Autant en emporte le vent », « Les Aristochats », l’Opéra de Paris, « Mahomet » de Voltaire, ou encore « Grease », c’est à présent aux « Triplés » du Figaro de se retrouver dans le collimateur des thuriféraires de la cancel culture [tooltips content= »On vous a reproché de dessiner une famille modèle, pas très représentative de la société française. Et alors ? Je n’ai aucune haine sociale. Moi j’avais envie de parler de l’art de vivre français. On m’a reproché d’avoir fait une mère aussi jolie. Évidemment toutes les mères ne sont pas aussi élégantes et aussi jolies, mais pour les enfants, leur mère c’est toujours la plus belle, donc je dessine la plus belle des mamans. Je ne comprends pas pourquoi les gens boudent leur plaisir. Nicole Lambert dans Ouest-France, janvier 2021″](1)[/tooltips].

Héééé, oui ! Trop blonds, trop proprets, trop bien élevés, les « Triplés » ne seraient pas représentatifs de la vraie famille française. On apprend donc que les BD et cartoons ont pour vocation d’être « représentatifs ». Ça va chauffer pour Flash Gordon…

Le bon sens voudrait que si telle ou telle œuvre vous insupporte, vous ne la lisiez, ne l’écoutiez ou ne la regardiez pas, point. Mais ce serait trop simple ! Ce n’est pas vous, vous qui êtes choqué, qui devez vous abstenir, c’est le reste de l’humanité.

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Car à l’instar des Vandales ou des islamistes, les nouvelles duègnes veulent la disparition des œuvres qu’elles jugent choquantes. 

Bien sûr, il convient, depuis la fin des années 60, de faire table rase de la culture judéo-chrétienne, mère de tous les vices et de tous les fléaux, comme chacun sait. Cette destruction du passé et des racines devrait permettre le surgissement d’une humanité nouvelle, débarrassée des scories occidentales (voire des Occidentaux, tant qu’à faire), festive, soumise, peu instruite, sans attaches durables et totalement interchangeable, sans distinction d’âge, de race ou de sexe. Finis la transmission et les patrimoines de toute sorte, génétiques, culturels ou financiers, et vive l’Open Society ! 

N’empêche que l’on peut se demander si cette rage destructrice, qui se drape de la toge de l’indignation, ne s’abreuve pas surtout à une incapacité à entendre, comprendre et s’approprier ce passé, ces traditions et cette culture, bref, si ce n’est pas tout simplement la bêtise et l’ignorance qui, une fois encore, traquent le génie, le talent, la beauté ou tout simplement la joie de vivre.

La question algérienne: un procès à charge qui ne dit pas son nom

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L’analyse de l’historien Loris Chavanette, auteur du roman La Fantasia (Albin Michel, 2020).


En vue du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022, Emmanuel Macron a un plan: réconcilier les deux pays, pacifier les mémoires des deux côtés de la Méditerranée afin de tirer un trait sur le passé. Bref, il se hasarde dans des chemins où personne ne s’est jamais aventuré avant lui sinon dans la communication politique. Notre président peut certes s’appuyer sur la personnalité de l’historien Benjamin Stora. De près de trente ans son aîné, ce dernier sert de caution scientifique et morale au chef d’Etat dans son entreprise de reconquête de l’amitié algérienne.

La réalité est que le président français cède à une double pression: celle exercée par un pan de la jeunesse française habituée à siffler la Marseillaise; celle exercée ensuite par le nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune, exigeant que l’Etat français présente des excuses sans réserve à son pays, non seulement pour les crimes commis pendant la guerre d’indépendance, mais aussi pour l’occupation coloniale dans son ensemble. Ce dernier s’estime en droit de poser des conditions strictes à la France car il trouve en Emmanuel Macron un interlocuteur à son goût, celui-là même qui, lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle, interviewé par un média algérien, avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ».

Il ne faut pas faire de l’histoire une affaire politique

Dans ces conditions, Benjamin Stora a fort à faire. Il sait pertinemment qu’aucune des conditions n’est réunie pour mettre un terme au sempiternel conflit franco-algérien: d’abord parce que l’histoire ne devrait jamais être une affaire de tambouille politique; ensuite parce que l’histoire nécessite une contextualisation permanente des événements, n’en déplaise aux partisans de la moralisation anachronique de l’action des hommes du passé; enfin parce que l’histoire a toujours été impuissante, confrontée à la virulence de mémoires contraires. Pour ces raisons, l’initiative de Macron a toutes les chances de rester un vœu pieux.

Surtout, dans toute cette affaire, il y a une erreur d’appréciation commise dès le départ. En exigeant des excuses en bonne et due forme, dans lesquelles serait englobée la faute originelle de la colonisation, le gouvernement algérien a pris la position la plus radicale, victimaire, et morale sur le sujet; or c’est presque toujours la voix la plus indignée, excessive même, qui a le dernier mot à ce jeu-là. Indignation immédiatement soulevée par l’Etat algérien à l’invocation de possibles effets positifs de l’époque coloniale! Indignation semblable dès que l’on parle des crimes commis par le FLN à l’égard des civils lors de la guerre! On peut décliner sans fin.

Ainsi, il faut bien appeler par son nom l’enquête historique lancée: c’est un procès à charge intenté à la France et à son histoire qui risque de se transformer en justice des vainqueurs où seule la vision binaire, manichéenne, décontextualisée, s’impose au final.

La littérature, ma contribution dans cette «guerre des mémoires»

Toute la meilleure volonté du monde de Benjamin Stora demeure impuissante face à la guerre des mémoires que se livrent les parties en présence. C’est un fait attesté par un Etat algérien arc-bouté sur ses positions (les critiques venant d’Alger contre le rapport Stora le montrent d’ailleurs). Tout comme les discours des Français d’Algérie, ruminant leur malheur, le prouvent quotidiennement.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Rapport Stora: la repentance à sens unique?

En tant que descendant de pieds-noirs, j’ai tenté cet impossible rapprochement entre les deux rives, dans un roman parce que la littérature est encore le seul endroit où l’on peut rêver de chasser la colère de l’histoire en faisant appel à la beauté du monde. La Fantasia (Albin Michel) peint l’Algérie d’après-guerre, une société gangrénée par le racisme et les inégalités sociales, un pays d’une richesse à couper le souffle, avec ses légendes, ses vastes espaces, son sensualisme tout oriental et ses trésors d’humanité. Entre les monts tlemcéniens et la côte oranaise, en passant par l’aridité des plaines de Sidi Bel Abbès, c’est l’époque coloniale que j’ai cherché à faire revivre avec tout ce qu’elle avait d’illusions, de préjugés, de douleurs et de couleurs. Critiqué d’un côté pour avoir fait un tableau enchanteur de l’Algérie coloniale et incriminé de l’autre pour avoir pointé les souffrances engendrées par un système de domination (raciale ou patriarcale), le roman a bien atteint son but.

Dans le livre, mon héroïne Mariane, originaire d’Espagne et catholique, raconte à son petit-fils sa jeunesse, avec tout ce que cette dernière a eu de merveilleux et aussi de douloureux. J’ai rapporté une anecdote que ma grand-mère avait pris soin de me raconter: dans son immeuble de Mostaganem, une voisine, chrétienne comme elle (du nom de Lambertine), vivait avec un médecin musulman. Fréquemment, les femmes du quartier l’humiliaient et lui crachaient dessus pour lui montrer toute la détestation qu’elles avaient pour les femmes libres de son genre. Le seul crime de Lambertine était d’aimer un homme qui n’était pas de sa culture. Mariane était profondément attristée par cette situation et témoignait de l’affection pour la malheureuse quand elle se trouvait seule en sa compagnie.

Amour impossible

En racontant cette scène, j’ai cherché à faire réfléchir sur le racisme dans cette société coloniale, car c’était aussi ça l’Algérie tant regrettée par certains. J’ai essayé la voie de l’autocritique envers ma propre histoire, mon propre peuple. Et je peux mesurer à quel point ce dialogue est presque impossible. Mais l’Algérie des années 50, c’était aussi les hôpitaux, les routes, les écoles, ce qui m’a poussé à évoquer la décision de Mariane, femme au foyer, de donner des cours de français et d’algèbre à de jeunes Algériens, ou encore sa rencontre avec un cavalier arabe qui se décide à lui faire découvrir et aussi aimer le pays de ses ancêtres.

Il y a de la complexité dans notre histoire commune, beaucoup d’indicible aussi, comme dans toutes les histoires d’amours impossibles.

Ainsi au lieu de centrer le débat sur la question de savoir si la France doit s’excuser et de quoi, il est crucial de tenter de comprendre notre histoire et non de placarder des jugements purement moraux. Car si l’amnésie serait une faute, la repentance à tout prix, elle, est à coup sûr une erreur.

La Fantasia

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Darmanin et Le Pen sortent-ils vraiment tous deux gagnants du débat de France 2?

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Le débat entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen a, d’une certaine manière, tenu ses promesses. Concernant le livre de Gérald Darmanin, la présidente du RN a affirmé qu’elle aurait pu « le signer ». Quand le détail de la loi confortant les principes républicains a été abordé, et qu’elle se voyait ironiquement reprocher sa mollesse, elle a lancé au ministre: « Moi, je m’attaque à l’idéologie islamiste ». L’analyse de Philippe Bilger.


Le débat de hier soir sur France 2 a, d’une certaine manière, tenu ses promesses. Parce que, dans la forme et la courtoisie apparente, il ne pouvait pas ne pas les tenir. La présidente du RN avait trop besoin de faire oublier sa conduite erratique de 2017 et, au moins sur ce plan, était condamnée à se maîtriser. Elle l’a fait. Quant au ministre, il est resté fidèle à son registre talentueux et de professionnel sûr de ses chiffres. L’un et l’autre, sans se laisser troubler par deux arbitres (c’était beaucoup !) pour leur dialogue, ont mis parfois de l’ironie pour elle, de la condescendance pour lui, dans leurs propos.

Sur le fond, ils sont d’accord sur beaucoup de points

Pour le fond, si les échanges n’ont pas été éblouissants mais souvent passionnants malgré les thèmes battus et rebattus, rien n’était gagné par avance pour les deux contradicteurs. Précisément, parce qu’une familiarité, sinon une complicité, existait entre eux, d’abord sur la prédominance des sujets régaliens au sens large – séparatisme, immigration, islamisme, idéologie ou religion dévoyée – et même sur leur appréhension. Il n’était donc pas facile, sans forcer artificiellement le trait, malgré cette similitude, de s’opposer authentiquement.

Marine Le Pen, focalisant sa critique sur l’interdiction de l’enseignement à domicile, a ainsi semblé valider l’essentiel du projet de loi « pour renforcer les principes républicains » et Gérald Darmanin, sentant sa gêne, lui a évidemment prêté une adhésion qu’elle ne voulait pas avouer ni assumer.

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Elle a également mis en évidence une ambiguïté centrale du texte, qui consistait, faute pour le gouvernement d’oser dénoncer seulement l’islamisme, à mettre les religions en vrac dans le même sac de police administrative. Même si on comprend bien le souci du pouvoir, cette globalité purement tactique occultait la visée fondamentale de ces dispositions en paraissant refuser de nommer une suspicion, une culpabilité si des innocences ne se trouvaient pas impliquées avec elles.

Marine Le Pen a relevé le hiatus entre les écrits du ministre et sa politique

Marine Le Pen, peu friande des détails, des précisions, des chiffres, raisonnant en gros, tentait autant que possible de déserter le terrain qui ne lui convenait pas pour s’abandonner, souvent avec pertinence, à des dénonciations générales, à des indignations répétitives qui faisaient mal parfois quand elles touchaient leur cible. Leur faiblesse tenait à ce qu’elles permettaient à Gérald Darmanin de tancer son interlocutrice, de manière humiliante malgré le sourire qu’il affichait et celui qu’elle conservait, sur ses approximations, ses imprécisions, le flou, que son énergie n’effaçait pas, de certains de ses projets, la contradiction entre ce qu’elle proclamait et ce qui aurait été possible juridiquement et politiquement. Il s’engouffrait dans ce qui demeurait à la fois la force et la fragilité de Marine Le Pen: excellente dans la charge, médiocre dans les analyses, pauvre dans l’opératoire.

Il est vrai qu’elle n’a pas ménagé non plus Gérald Darmanin sur le hiatus entre les principes et l’extrémisme de son dernier livre[tooltips content= »Le séparatisme islamiste : Manifeste pour la laïcité, L’Observatoire, 2021″](1)[/tooltips] et la réalité de son action… Tentant de faire de l’esprit en accusant la présidente du RN d’être « plus molle » que lui et en l’incitant à « prendre des vitamines », il convainquait moins qu’il ne fuyait le plus élégamment possible. Ainsi, Marine Le Pen a marqué des points sur ce sujet, parce qu’elle révélait ainsi les sinuosités intellectuelles et politiques du ministre de l’Intérieur.

A lire aussi, Martin Pimentel: Débat Darmanin/Le Pen: un avant-goût de la présidentielle nous est promis!

Gérald Darmanin, dans cette joute, n’a pas gagné mais n’a rien perdu de son capital enrichi par une vive intelligence, la certitude du destin plus vaste qui l’attend, un langage épousant habilement les séquences des échanges. Un ministre sur qui le président pourra compter à condition qu’il ne varie pas sans cesse entre le modèle de Nicolas Sarkozy et celui du centriste équilibré, frileux, précautionneux qui ne lui va pas comme un gant.

Macron surveille Le Pen mais n’a pas à la craindre outre mesure

Marine Le Pen a remonté la pente. Si j’étais son futur adversaire en 2022, je ne la sous-estimerais pas, mais je n’aurais pas peur. Techniquement, pour le verbe, elle a progressé et sa psychologie, son comportement ne l’ont pas desservie. Mais l’exercice n’a pas été à ce point remarquable qu’elle puisse demain intimider, voire tétaniser son contradicteur. Emmanuel Macron sera moins confortablement installé dans son discours mais il y aura toujours des points faibles dans la dialectique et la personnalité de celle qu’il attend en nous faisant croire qu’il la combat.

La meilleure nouvelle, pour le RN, est survenue en dehors du débat. Pour 40% des Français, ce parti est de loin le plus crédible pour répondre au défi de la sécurité et au danger de l’islamisme en France. Certes Marine Le Pen peut faire fondre cette confiance mais ce peut être aussi, pour elle, un encouragement pour 2022. Surtout que le président a découvert seulement sur le tard le régalien. Il le fallait bien, pour que la droite et la droite extrême n’en aient pas le monopole! Tout est encore ouvert pour 2022.

Il n’y a pas que le vaccin. Que faire des malades?

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On aurait pu craindre que les prouesses des thérapies vaccinales anti-Covid-19 fassent oublier les traitements visant à soigner les patients atteints de la Covid-19. Mais les traitements curatifs anti-Covid-19 conservent toute leur place dans la stratégie de lutte contre la pandémie et la recherche dans ce domaine se poursuit.


D’aucuns voudraient voir dans le succès des vaccins anti-Covid-19 comparé aux échecs relatifs des traitements antiviraux les manœuvres mercantiles d’entreprises pharmaceutiques qui auraient tout fait pour privilégier une stratégie leur assurant d’importants profits (la vaccination) et empêcher le repositionnement de traitements moins rentables. Mais en matière de maladies virales, découvrir un traitement curatif reste un challenge. 

Un virus mauvais candidat à l’éradication

Les virus sont des formes de vie à part, considérés à la frontière du vivant car ils ont besoin pour se reproduire des autres organismes, de les parasiter et de s’emparer de leur machinerie. Si bien que tenter de détruire les virus revient souvent à être toxique vis-à-vis de nos propres cellules qu’ils parasitent. Il faut reconnaitre en outre que les vaccins à ARN messagers contre la Covid-19 ont dépassé toutes les attentes. Mais il serait naïf de croire que la vaccination anti-Covid-19 sonnera le glas du SARS-CoV-2. Pour être éradiqué, un virus doit pouvoir induire une immunité suffisamment robuste. Or les cas de réinfections et l’émergence de variants facilitée par la prolifération mondiale du virus ne font pas du SARS-CoV-2 un bon candidat à l’éradication. De plus, l’immunité collective comme barrière à la propagation virale est difficile à atteindre pour un virus qui se transmet dans des populations connectées qui n’ont pas la même capacité à être immunisées. Car l’accès à la vaccination dans le monde est disparate, en particulier concernant les pays africains. Dès lors les traitements antiviraux gardent toute leur place dans la stratégie de lutte contre la Covid-19. 

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Chez les personnes susceptibles de développer des formes graves, le challenge est grand : il s’agit d’être rapidement efficace car il faut éviter que la prolifération virale induise des lésions potentiellement irréversibles ou susceptibles de compliquer l’infection, et éviter l’emballement du système immunitaire (inflammation) contre lequel le traitement antiviral ne peut rien une fois le processus enclenché… 

Les médicaments contre la phase inflammatoire de la maladie

Dans la grippe, par exemple, on considère qu’au-delà de deux jours après le début des symptômes le traitement antiviral est inutile. Les médicaments anti-infectieux repositionnés tel que le remdésivir (anti-Ebola), le lopinavir-ritonavir (anti-VIH), l’hydroxychloroquine (antipaludéen), l’azithromycine (antibiotique) et le favipiravir (antigrippal) peinent à démontrer leur efficacité dans le traitement ou la prévention des formes graves de Covid-19. Il en est de même pour les thérapies basées sur des anticorps bloquant le SARS-CoV-2 comme ceux reçus par Donald Trump ou l’injection de plasma contenant des anticorps de patients guéris de la Covid-19. Il est possible que les résultats mitigés pour ces traitements soient liés au fait qu’ils soient utilisés trop tardivement dans la maladie. Par exemple, l’utilisation de la colchicine, un anti-inflammatoire indiqué dans la goutte, chez des patients Covid-19 à risque de forme grave dans les 24 heures suivant le diagnostic donne des résultats encourageants : la colchicine pourrait diminuer le risque de complications[tooltips content= »Résultats à confirmer : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.01.26.21250494v1 « ](1)[/tooltips]. 

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Si les médicaments agissant directement sur le virus doivent encore faire la preuve de leur efficacité dans les formes graves, les progrès dans le traitement des effets indirects inflammatoires du virus ont radicalement changé le pronostic des patients Covid-19 graves : l’oxygénothérapie en ventilation libre est plus largement prescrite et permet ainsi d’éviter la ventilation invasive en réanimation; les corticoïdes, qui luttent contre l’inflammation, sont désormais indiqués en France chez les patients Covid-19 nécessitant une oxygénothérapie et les anticoagulants prescrits aux patients à risque de thrombose. De nouvelles biothérapies visant spécifiquement la phase inflammatoire de la maladie pourraient changer la donne pour les patients hospitalisés : une entreprise israélienne qui utilise une stratégie thérapeutique innovante (injection de cellules « mourantes » qui « détournent » les cellules inflammatoires) rapportait récemment des résultats préliminaires prometteurs pour ces patients Covid-19 graves[tooltips content= »https://enlivex.com/pipeline/covid-19/ »](2)[/tooltips].

Des recherches qui se poursuivent loin de la couverture médiatique

Les personnes jeunes et en bonne santé, donc capables de se débarrasser du SARS-CoV-2 sans l’aide d’un traitement curatif a priori, pourraient aussi bénéficier de ces traitements. D’abord parce qu’aider le système immunitaire avec un antiviral ou une immunothérapie pourrait éviter à celui-ci de s’emballer et ainsi de produire les « formes symptomatiques longues » (anosmie, fatigue, douleurs, dépression sur plusieurs mois) observés chez certains patients Covid-19, notamment jeunes. Aussi parce que ces personnes pourraient être moins contagieuses, car en diminuant rapidement la quantité de virus (charge virale) d’un individu par un traitement médicamenteux on limite sa contagiosité. Si initialement la majorité des études s’est focalisée sur les patients les plus graves, la recherche s’intéresse aujourd’hui davantage à ces patients non graves dont le traitement est également important pour les raisons évoquées plus haut. Didier Raoult et ses équipes ont été les premiers en France à étudier ces patients non graves. Mais les études qu’ils ont produites, et notamment celles suggérant un effet de l’hydroxychloroquine sur la charge virale, restent contestées pour des raisons méthodologiques. Récemment, une étude canadienne dans laquelle l’injection en sous-cutané d’une forme modifiée d’un antiviral que l’on produit naturellement, l’interféron lambda-1, chez une trentaine de malades covid-19 a montré que cet interféron diminuait la charge virale[tooltips content= »https://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(20)30566-X/fulltext »](3)[/tooltips]. Une étude récente combinant deux anticorps neutralisant le SARS-CoV-2 a montré que cette bithérapie pourrait réduire la charge virale chez des patients Covid-19 non graves, et même peut-être éviter l’hospitalisation[tooltips content= »https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2775647?guestAccessKey=7571f5bb-4dd9-498a-a7d6-caea0ed23194&utm_source=silverchair&utm_medium=email&utm_campaign=article_alert-jama&utm_term=mostread&utm_content=olf-widget_01252021″](4)[/tooltips]. L’ivermectine, un antiparasitaire, pourrait réduire la durée de l’anosmie lorsqu’elle est utilisée chez des patients non graves et 72 heures après le diagnostic[tooltips content= »Résultats préliminaires chez seulement 12 patients : https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2020.100720 « ](5)[/tooltips]. Ces traitements étudiés chez des patients non graves constituent un véritable espoir pour limiter la contamination et les effets délétères indirects de la Covid-19.

A lire aussi, du même auteur: A-t-on encore le droit de s’interroger sur les vaccins à ARNm?

Contrairement à ce que pourrait faire croire leur faible couverture médiatique, les recherches visant à éradiquer le SARS-CoV-2 et à lutter contre ses effets inflammatoires délétères se poursuivent. La preuve en est ce nouvel antiviral, le Molnupiravir, qui devrait être prochainement testé chez l’homme et qui a été mis au point par l’entreprise allemande Merck qui a d’ailleurs abandonné son projet de développement de vaccin anti-Covid-19. S’il existe 236 vaccins candidats en cours d’études dont 63 testés chez l’homme[tooltips content= »https://www.who.int/publications/m/item/draft-landscape-of-covid-19-candidate-vaccines »](6)[/tooltips], les études relatives aux traitements curatifs de la Covid-19 se comptent en milliers à travers le monde[tooltips content= »https://clinicaltrials.gov/ct2/who_table »](7)[/tooltips]. Les essais se poursuivent en France (anticorps, plasma de patients guéris, interférons) et des études incluant de la doxycycline (antibiotique) et de l’ivermectine sont en cours d’instruction par les autorités sanitaires françaises pour autorisation[tooltips content= »https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/professionnels-de-sante/recherche-sur-la-covid-19/article/liste-des-projets-de-recherche-impliquant-la-personne-humaine-a-visee »](8)[/tooltips]. La Covid-19 a donné un coup d’accélérateur à un domaine de recherche confidentiel, celui du traitement des maladies virales respiratoires. Car en matière de lutte contre les virus respiratoires auxquels s’ajoute désormais le SARS-CoV-2, contrairement au VIH et aux virus hépatiques qui ont bénéficié d’investissements importants ayant conduit à la découverte de traitements performants, tout reste à faire.   

Canada: un Gouverneur-Général iroquois ?

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Au Canada, qui est une monarchie constitutionnelle, le Gouverneur-Général est le représentant officiel de la Reine Elizabeth II. Le chef de la Confédération des Iroquois voudrait que ce poste, actuellement vacant, soit occupé par un membre d’une de ses propres tribus.


C’est une lettre surprenante que Buckingham Palace a reçu ces derniers jours. Okimaw Vernon Watchmake, chef de la Confédération du Traité des Six Nations iroquoises du Canada, a pris sa meilleure plume d’aigle afin d’écrire à la reine Elizabeth II et lui faire part de ses inquiétudes nées de la démission de la Gouverneur-Générale Julie Payette. Accusée d’avoir créé un « climat toxique » à Rideau Hall, la résidence des représentants de la souveraine au pays de l’érable, cette ancienne astronaute a décidé de quitter ses fonctions le 21 janvier et de laisser temporairement les rênes de cette charge honorifique à Richard Wagner, le juge en chef de la Cour suprême du Canada.

La Guerre de Sept ans

Pas de quoi rassurer ces Iroquois, croqués dans le Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper, qui ont déjà eu affaire au fonctionnaire dans des litiges fonciers ayant opposé ces Amérindiens à l’État fédéral. « Nous sommes partenaires de la Couronne et il est important que notre voix soit entendue dans le processus de nomination du prochain Gouverneur-Général » a insisté Okimaw Vernon Watchmake. Le chef, qui souhaite également que le poste revienne à un des chefs de la Confédération, a été rejoint dans sa requête par celui de l’Assemblée des Premières Nations.

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« Il est temps que le Canada ait son premier Gouverneur Général autochtone. J’ai toujours dit que nous devions amener les peuples des Premières Nations aux plus hauts niveaux du pouvoir décisionnel et le Gouverneur Général, pour moi, est l’un des plus élevés » a déclaré Perry Bellegarde. « Lorsque le représentant de la reine Victoria a approché nos peuples pour conclure un traité de paix et d’amitié, nos ancêtres ont accepté dans la paix et l’amitié. Nous continuons de considérer ces traités comme des engagements sacrés » précise d’ailleurs le communiqué officiel de la Confédération qui rappelle également que les Iroquois ont été longtemps les alliés des Britanniques contre les Français, notamment lors de la guerre de Sept ans qui a éclaté au cours du XVIIIe siècle entre ces deux nations.

Six Nations: la probable défaite

Une initiative qui ne plaît pourtant pas à tout le monde.

« Le simple fait de nommer une personne autochtone à ce poste ne réglerait pas vraiment les causes profondes du colonialisme et des inégalités dans le pays aujourd’hui. Cela ne signifierait aucunement la réconciliation entre nos nations, cela ne voudrait simplement rien dire » a déclaré l’écrivain et journaliste amérindienne, Tanya Talaga. « Le Gouverneur-Général est un représentant de la Couronne, qui est censé faire part des préoccupations des partenaires du traité à la Couronne. Cette personne doit-elle être autochtone, probablement pas. Les Gouverneurs-Généraux représentent la Couronne, pas les peuples autochtones » a tweeté Robe Houle, membre de la Première nation Wapsewsipi en Alberta.

Du côté du Conseil privé de la reine Elizabeth, on fait le même constat et on ne goûte guère aux reproches faits à Richard Wagner. « Les rôles du juge en chef et du Gouverneur Général restent distincts et il conserve une totale indépendance dans l’exercice de ses fonctions judiciaires. Même lorsque le poste de Gouverneur-Général n’est pas vacant » répond la porte-parole du Conseil privé. « Les juges de la Cour suprême sont appelés de temps à autre à exercer des fonctions de député du Gouverneur-Général, et ce sans compromettre leur indépendance judiciaire » ajoute Béatrice Fénelon qui oppose ici une fin de non–recevoir aux Six Nations. Pas question que la « Grande mère blanche », la Queen, ne se mêle d’une affaire qui est purement canadienne, bien qu’elle fasse les choux gras des tabloïds britanniques qui regrettent la mauvaise publicité que cette démission donne aux Windsor.

Accessoirement, « La familia grande » est (aussi) un objet littéraire, dépourvu de pathos

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Le mois de janvier serait-il propice aux scandales littéraires liés à la pédophilie? Il y a un an paraissait Le consentement de Vanessa Springora. Ce 5 janvier est paru au Seuil La familia grande de Camille Kouchner. Comme l’an dernier quasiment jour pour jour, médias et réseaux s’affolent: un scandale à se mettre sous la dent, des anathèmes à lancer, une meute à abattre!

Le style est vif, sans pathos, quelquefois un peu haché, comme un essoufflement

La France entière est au courant, mais l’usage veut tout de même que l’on rappelle ici le pitch. Sur fond de permissivité soixante-huitarde, le politologue Olivier Duhamel aurait abusé sexuellement du frère jumeau de Camille Kouchner, encore adolescent. S’ensuit le lynchage désormais habituel, de l’accusé, d’Elisabeth Guigou (une proche de la famille), du directeur de Science-Po (où régnait Duhamel) ou plus récemment d’Alain Finkielkraut, qui s’est exprimé sur LCI. L’antenne lui est désormais interdite. Ce n’est certainement pas du ressort de cette petite chronique littéraire de juger les propos du philosophe, même si tout lynchage m’est insupportable. Elisabeth Levy s’exprime longuement à ce sujet dans nos colonnes. La vox populi est en émoi; nous le savons depuis Sophocle: l’inceste est le tabou ultime qui ébranle les fondations de notre condition d’humains. Selon Claude Levi-Strauss, son interdiction structure toute société.

En kiosque maintenant: Causeur #87: Finkielkraut évincé de LCI, la défaite de la pensée

Mais comme à l’accoutumée, on en oublie que La familia grande demeure avant tout un objet littéraire. Spoiler: c’est un bon livre. Le style est vif, sans pathos, quelquefois un peu haché, comme un essoufflement. L’auteur est dans l’urgence, car comme Springora, ce sont des mots qui délivrent de l’emprise, ou dans le cas de Camille Kouchner du poids du secret. Ce secret qu’elle qualifie d’hydre, et qui au sens propre du terme, l’étouffe. L’universitaire en droit souffrira longtemps de pathologies pulmonaires dont la cause resta inconnue. Les mots lui permettront de sectionner définitivement les têtes de la bête.

La structure du livre se divise en trois actes: enfance, adolescence et âge adulte. Le livre s’ouvre et se referme sur la mort de la mère de l’auteur. Car c’est avant tout un livre sur la mère de Camille Kouchner. Complice de l’ogre mais aussi mère aimante, fantasque, vivante, la professeure de droit Evelyne Pisier est à la fois féministe et soumise à son homme, qu’elle appelle son « mec ». Elle accusera même ses enfants, lorsque le secret fut révélé, de le lui avoir volé. Elle aura cette phrase démente: « C’était des fellations, pas des sodomies, c’est moins grave ». L’hydre réapparaît, se dresse entre la mère et la fille. Et la rupture sera définitive.

L’ombre du suicide plane, tel le fatum, sur la famille Pisier. Le grand-père, la grand-mère et peut-être l’actrice singulière qu’était Marie-France: « elle s’est suicidée, comme les autres », dira-t-on dans la famille. Du suicide de sa mère, Evelyne Pisier ne se remettra jamais. Elle abandonne ses enfants pour le chagrin et l’alcool. Elle-même se suicide à petit feu. La famille Pisier, ce sont les Atrides. Camille semble endosser à elle seule toutes leurs tragédies. Mais son désir n’est pas d’enterrer, mais de déterrer le secret de son frère, son jumeau dont elle ressent le malheur dans sa chair. Déterrer pour enfin tuer l’hydre, tuer le beau-père qu’elle considérait comme son propre père. « Il était solaire, il m’a tout appris, je l’aimais » a-t-elle dit le 13 janvier dans la Grande Librairie (France 5). Des faits, dont tout le monde parle, le livre parle en réalité assez peu. L’inceste est omniprésent, il s’incarne dans l’hydre, mais disparaît dans les mots. Il est l’indicible, on lui règle son compte en quelques phrases, précises, encore une fois sans pathos et cela rend le récit d’autant plus fort.

Le frère jumeau Victor, quant à lui, apparaît peu: il veut disparaître, il fonde vite sa propre famille pour réparer ce qui est sans doute irréparable. Camille, à qui il demande de parler, de trouver les mots qu’il ne trouvera jamais est la vestale du malheur, elle le gardera jusqu’à l’âge adulte avant de s’en libérer pour ne pas mourir. L’ogre apparaît peu également dans le récit. Comme une figure tutélaire, un empereur romain qui règne sur son empire décadent, mais gai cependant. Car oui: Camille affirme avoir gardé un merveilleux souvenir de la Familia Grande et des vacances à Sanary.

L’opinion publique se déchaîne sur les élites de la gauche caviar, toutes pédophiles en puissance. Elle se purge de la liberté sexuelle qui souffla sur la France après 68. Camille Kouchner n’accuse ni l’époque ni son milieu. « J’ai écrit ce livre pour toucher à l’universel » déclare-t-elle encore à la Grande Librairie. Je ne crois pas qu’elle soit entendue, le peuple a besoin de boucs émissaires.

César J- 31: acteurs, je vous aime!

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Et si les vertus du silence étaient le socle des longues carrières…


Dans un mois exactement, la cérémonie des César 2021 donnera ses bons points de citoyenneté aux élèves méritants et tancera vivement les autres. Tous ceux qui ne s’agenouillent pas devant ce spectacle devenu trop sérieux, trop sentencieux, trop expiatoire au fil des années, seront considérés comme des ennemis de classe. Au piquet ! Chaque mois de février, la cohorte des réfractaires grossit. L’épuration ne connait pas la crise. Plus le cinéma nous fait la morale, plus le public boude son plaisir. Les tableaux d’honneur et les médailles ont été inventés pour les bons élèves et les militaires. Celui qui n’accepte pas la rupture disait un ancien président de la République, une certaine forme de marginalité, ne peut prétendre appartenir à cette grande famille. Être saltimbanque, ça coûte cher et ça n’autorise pas tout. C’est une question de principes, de décence aussi. Les acteurs sont des dissidents, par nature. Nous n’attendons pas d’eux qu’ils nous guident par une parole souvent déplacée et vaine. 

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Agit-prop et redcarpets…

Voilà que maintenant ils se transforment en instructeurs, en agents de maîtrise, en agit-prop des redcarpets. La chefferie les égare. La rééducation est devenue leur nouveau petit livre rouge. Un crédo comme un autre. Un segment de marché. Ils n’ont pas beaucoup de mémoire car les derniers d’entre eux qui ont voulu s’immiscer dans le débat public, souvenez-vous des voyages là-bas, dans le Grand Est, en pleine guerre froide, ont mis des années à faire oublier leurs prises de position caduques et à laver leur honneur. Il y a danger à participer à cette foire aux vanités où s’épanouit son lot habituel de règlements de comptes. Nous, le public, grand prince, acceptons cette part de ridicule jusqu’à un certain point. Oui, nous sommes magnanimes. Qui sommes-nous, en fait, pour juger leurs errements et leur désir d’exister sur la scène médiatique ? Nous avons bien conscience que la concurrence qui sévit dans ce milieu pèse sur leur moral et perturbe leur santé psychologique. Les salles de cinéma sont fermées, les carrières de plus en plus difficiles à solidifier et les places libres, rares. Alors, on choisit la facilité, on parle de sujets sociétaux dans le vent, on se fait bien voir par les médias mielleux, on accorde des interviews où l’on n’évoque même plus son rôle, son jeu, la qualité de ses partenaires ou du réalisateur, on gagne des minutes de célébrité en bombant sa morale, en se victimisant, en se caricaturant aussi, et on finit par promotionner son image en oubliant les valeurs cardinales de son métier. Sa beauté éphémère et l’envoûtement par la fiction. En vendant à la découpe sa personne, en faisant commerce de son égo, on court à sa perte. 

A lire aussi, du même auteur: Les Petits Meurtres se téléportent dans les 70’s

Dans un pays où les acteurs talentueux sont nombreux, je comprends que certains choisissent la pseudo-voie politique pour consolider une activité économique fragile. C’est parfois drôle et émouvant de naïveté, souvent pathétique et énervant de conneries. Épuisant même. Car nous avons tous en tête la formule de Jean Gabin : « C’est bath les acteurs ! ». On vous aime sincèrement. Alors, quand on vous voit vous lancer, vous engager, on a peur pour vous et honte. Chacun mène sa carrière comme il l’entend, à coups d’invectives et de génuflexions, mais le simple observateur de cinéma que je suis, vous conseille de regarder dans le rétroviseur et vous inspirer de vos pairs. De leur discrétion et leur absence totale d’embrigadement. Ils fuyaient comme la peste, les camarillas et les cellules de partis. Ils étaient trop intelligents et trop insoumis pour se vautrer dans le déballement. Nous avons été élevés par la génération du Conservatoire, les Belmondo, Marielle, Cremer, Fabian ou celle du TNP, les Noiret, Chaumette, Denner ou Wilson. Ces artistes-là, mot qu’ils réfutaient en bloc, ne haussaient ni le ton, ni le menton. Nous n’allions pas à confesse en leur compagnie. Seule leur image filmée donc transfigurée comptait à leurs yeux, leurs opinions politiques ou alimentaires ne nous concernaient pas. Ils nous faisaient grâce de leurs dysfonctionnements intérieurs. Plus ils se taisaient, plus on souhaitait leur ressembler, toucher leur élégance et s’imprégner de leur magie. 

Adèle Haenel, le 28 février 2020 © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22433421_000006
Adèle Haenel, le 28 février 2020 © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22433421_000006

À bas bruit

Un dernier conseil aux futurs récipiendaires, s’ils veulent vraiment que leur image perdure à travers le temps, s’ils veulent nourrir notre imaginaire à jamais, qu’ils restent sur la réserve, qu’ils mettent un voile sur leurs aigreurs ou leurs douleurs. Les belles carrières se font à bas bruit. Je pense ici à toutes ces actrices plus ou moins connues, à la filmographie plus ou moins longue qui m’ont cueilli par leur seule présence, à l’adolescence. Je ne savais rien de Christine Dejoux, Maureen Kerwin, Claude Jade, Carla Gravina, Carol Lixon, Caroline Berg ou Catherine Leprince et pourtant je les aimais follement. Leur jeu, leur attitude, leur distance, leur mystère ont suffi par m’emporter sans que je connaisse leur avis sur les flux migratoires ou la vaccination.

46e cérémonie des César, vendredi 12 mars 2021 sur Canal +

Drôle de mec!

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En digne successeur de Pierre Desproges, Ivan Jablonka nous fait réfléchir en nous faisant rire.


Marie-Hélène Verdier a écrit un excellent papier sur le désopilant dernier ouvrage d’Ivan Jablonka, Un garçon comme vous et moi. Les occasions de sourire étant de plus en plus rares, j’ai décidé d’y revenir un peu et de montrer, grâce à des citations extraites exclusivement du livre en question, les ressorts comiques de cet ouvrage ouvertement desprogien.

A lire aussi, Philipper Bilger: Desproges serait « censuré » de nos jours? La réalité est plus triste…

Le premier chapitre s’intitule « Je ne suis pas un mâle ! » Il est très court. Presque chaque phrase atteint son but. Nous sourions souvent: Ivan Jablonka se rase « une à deux fois par semaine », est « plus grand et plus large d’épaules que la plupart des femmes », et possède « un pénis qui sert à divers usages ». Bref, écrit-il en pouffant, il est « un “mec” ». Mais « les choses ne sont pas si simples », la biologie s’en mêle, et l’auteur n’éprouve a priori aucune difficulté à prouver que la « frontière entre filles et garçons » n’est pas aisée à tracer : il serait bien incapable de suivre des athlètes du 10 000 mètres féminin plus de cinq foulées ; à la piscine, les nageurs « des deux sexes » le dépassent ; sa myopie l’empêche d’être un pilote de ligne ou un tireur d’élite, « alors que des centaines de femmes le sont ». Ivan Jablonka use ici de deux procédés stylistiques souvent utilisés par les humoristes, la caricature et la dérision. Dans le but évident de nous amuser, il force le trait en s’auto-dénigrant. Il sait pertinemment que 99 % des mecs ne pourraient pas suivre plus de cinq foulées les athlètes féminines de haut niveau ; qu’à la piscine, même les enfants nous dépassent ; et que laisser penser que les femmes qui sont pilotes de ligne ou tireuses d’élite le seraient uniquement parce qu’elles ne sont pas myopes – ou que lui n’exercerait pas ces prestigieuses professions uniquement parce qu’il y voit mal – ce serait ignorer des compétences qui sont surtout dues, en plus d’une excellente vue, à l’intelligence et à la volonté de ces femmes, ainsi qu’à une capacité de travail dont certains d’entre nous, hommes ou femmes, myopes ou pas, sont dépourvus.

La vie, c’est compliqué

Ivan Jablonka, maître en auto-dérision, se décrit comme une sorte de handicapé de la vie. Infoutu de réparer un moteur, de colmater une fuite, de changer une ampoule ou d’allumer un barbecue, il s’interroge sur sa masculinité. « D’ailleurs, le fait que je m’interroge sur ma masculinité est une démarche bien peu virile. » Il n’empêche, il est un privilégié, un « homme blanc, hétérosexuel, diplômé, solvable en tout point du globe » – on notera cette dernière précision ironique soulignant la détestable vanité de l’homme blanc argenté, à l’aise partout. Espiègle, l’humoriste explique qu’il ne peut « décliner [ses] identités » qu’en égrenant une « série de fonctions intrinsèquement ou historiquement masculines : fils, frère, mari, […] professeur, écrivain. » Il s’amuse à dire stupidement ce que les sots disent avec la gravité qui leur sert de bouclier, aurait dit Montesquieu (ou Desproges). Nul doute que si Ivan s’était prénommé Isabelle, il n’aurait pas hésité à décliner ces “fonctions” intrinsèquement et historiquement féminines que sont, par exemple, fille, sœur, épouse, professeure, écrivaine (ou autrice). Mais il est un garçon, un « être-à-pénis » – être à pénis et mourir, aurait dit Desproges (ou Montesquieu). Plus desprogien que jamais, Jablonka avoue être « saturé d’angoisses ». Mais son humour est ravageur et sa ténacité intacte, il sera « à la fois pitre et lion. »

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Le Monsieur Cyclopède de Desproges se moquait du nazisme en demandant ironiquement aux Français d’avoir un peu de compassion pour le leader de ce mouvement qui « lui aussi faisait pipi dans la mer. » De son côté, Ivan Jablonka combat « la masculinité enrégimentée, sous la forme du nazisme et du colonialisme. » L’effet comique, moins évident au premier abord, apparaît pourtant à la fin de cette tirade, lorsque l’auteur avoue malicieusement ne pas pouvoir « nier que sa masculinité […] est un gain social net. » Il se méfie de « l’aura des hommes » dont « [il] tire profit ». Il est prêt à « faire sauter quelques uns des rivets qui verrouillent [son] pouvoir. » Étonnant, non ?

Une masculinité de domination qui préoccupe notre socio-historien

Jablonka détourne joyeusement le jargon universitaire pour aborder « la socio-histoire de [sa] garçonnité » et de son « être-homme » qui l’ont conduit tout naturellement à entrer en possession d’une « belle montre en acier poli à boîtier étanche qui [lui] a coûté assez cher », mais aussi à se vêtir sobrement, « jean, chemise blanche ou bleu clair, parfois une veste ». Chacun aura relevé le comique né des différents niveaux de langage (sociologique, charabiesque, descriptif, darrieussecquien, etc.), mais aussi, derrière la façade souriante, le dilemme du petit garçon devenu un homme tiraillé entre une « masculinité de domination » (la montre coûteuse) et une « masculinité de contrôle » (le vêtement sobre). Plus loin, plus légèrement, l’auteur évoque ses rencontres avec « tous les autres » et explique comment « défaisant certains nœuds, [il a] caressé quelques-unes des fibres dont nous sommes tissés ». Il renonce à être un « vrai mec » et s’honorerait, dit-il, à être rangé dans la catégorie des femmes ou des gays. La saillie, moins drôle que celle de Desproges, « les chevaux sont tous des ongulés », témoigne que l’élève n’a pas encore dépassé le maître. Mais c’est quand même très prometteur.

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Après nous avoir intelligemment distrait avec sa “masculinité” (Des hommes justes), puis avec sa “garçonnité” (Un garçon comme vous et moi), il n’est pas impossible qu’Ivan Jablonka, remontant indéfiniment le temps, nous propose prochainement un livre-spectacle sur son “embryonité”. Que tirera-t-il de ces deux premiers mois d’existence de lui-même ? Dans quel gouffre d’interrogations, derrière le comique de situation fœtale et les réflexions faussement candides, nous entraînera-t-il ? Comment parviendra-t-il à concilier une fois de plus le rire et la philosophie, l’esprit desprogien et l’approche sociologique, la parodie et la spéculation intellectuelle ? En attendant d’obtenir des réponses à ces questions fondamentales, tentons de qualifier l’œuvre d’Ivan Jablonka et relisons Bergson : « Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » “Intelligence pure”, voilà, ce sont les mots que je cherchais.

Rencontre avec Didier Lemaire: un hussard de la République aux prises avec l’islamisme

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Entretien avec Didier Lemaire, le professeur de philosophie de Trappes


Didier Lemaire enseignait la philosophie au lycée de Trappes depuis vingt ans. Sans problèmes. Sauf que la situation s’est sérieusement dégradée depuis que début novembre, juste après l’assassinat de Samuel Paty, il s’est demandé, dans une tribune sur l’Obs, « comment pallier l’absence de stratégie de l’Etat pour vaincre l’islamisme ». Il n’y formulait pas de provocations, il s’adressait à ses collègues, et décrivait « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps ». Le choix du comparatif, « plus forte », n’était pas innocent: à l’orée des années 2000, il avait vu brûler la synagogue de la ville, et les familles juives partir l’une après l’autre.

Après les attentats de 2015-2016, il s’est engagé dans des actions à visée préventive dans cette ville où circulent plus de 400 « fichés S ». En 2018, il a co-signé avec Jean-Pierre Obin — qui dès 2004 dénonçait l’emprise du fondamentalisme religieux dans nombre de cités — une lettre au président de la République « pour lui demander d’agir de toute urgence afin de protéger nos élèves de la pression idéologique et sociale qui s’exerce sur eux, une pression qui les retranche peu à peu de la communauté nationale ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre : il a reçu des menaces si circonstanciées qu’elles lui valent aujourd’hui une protection policière. Les médias se sont émus. Comment, aux portes de Paris… Sans doute n’avaient-ils rien vu venir ? C’est sur cette problématique cécité des médias et des politiques qu’a commencé notre entretien, ce jeudi.

Jean-Paul Brighelli. Presque 20 ans après les Territoires perdus de la République, où Georges Bensoussan et quelques autres décrivaient déjà l’emprise islamiste sur des départements entiers, comment peut-on encore prétendre ne pas savoir ?

Didier Lemaire. Que ce soient les médias, dont le silence alimente le déni national, ou les enseignants, soumis à la tactique du « #PasDeVagues », tout témoigne d’une peur profonde. Or, l’islamisme s’alimente à cette peur. Il en fait son terreau pour s’étendre — ce qui, du coup, la renforce, dans un cycle sans fin.

Quand la nouvelle des menaces qui pesaient sur vous s’est répandue, qui s’est manifesté le plus vite, des politiques ou des médias?

La première à m’appeler fut Valérie Pécresse — avec beaucoup de sympathie et d’éloquence. Puis Bruno Retailleau, qui au moins sur la question de l’Ecole et de la laïcité s’est révélé impeccable. Et Emmanuelle Ménard, l’épouse du maire de Béziers — dont je ne partage guère les idées, mais qui m’a assuré de son soutien. Du côté des médias, le pire a côtoyé le meilleur. Le meilleur, ce fut Stéphane Kovacs, au Figaro, plein d’empathie et surtout doué d’un style qui m’a rappelé Henri Calet, que j’admire fort. Ou Nadjet Cherigui, dans le Point, une belle rencontre avec une belle personne. Ou Pascal Praud et Elisabeth Lévy, sur CNews — même si Praud a cru bon par la suite de chercher un poil sur un œuf en critiquant mon affirmation sur l’absence de femmes dans les cafés musulmans de Trappes…

Ou de Marseille…

Une évidence pour qui connaît la ville.
Le pire, ce fut sans doute l’Express, qui sous prétexte que j’avais jadis donné deux papiers à Causeur, m’a immédiatement situé à l’extrême-droite, et a voulu comptabiliser les coiffeurs mixtes de la ville… FR3  aussi a tout fait pour discréditer ma parole — alors que Mediapart ou Libé ont paru pleins d’empathie. Mediapart en particulier a compris le travail que j’essayais d’effectuer en direction des jeunes filles musulmanes, dont l’Ecole est la seule échappatoire. C’est bien simple : des lycéennes m’ont avoué que quand elles rentraient chez elles, leurs familles les « désinfectaient » — c’est le mot qu’elles utilisent — pour les purger des poisons insinués pendant la journée dans une école où l’on distille l’exercice de la libre pensée et de la laïcité. Je crois qu’en fait les réactions sont fonction de la connaissance du problème — mais combien de journalistes ou d’hommes politiques ont une connaissance exacte de l’emprise islamiste ? Le déni, vous dis-je…

Le maire de Trappes, Ali Rabeh, vous a aussi cherché des poux dans la tête…

Maire, il ne l’est plus vraiment, ou en sursis, le tribunal administratif vient d’annuler les élections municipales. Son élection a été invalidée à cause d’agissements singuliers — des pressions sur des électeurs, via une association dont il était président, ou l’absence de cadenas sur les urnes, entre autres. Il a fait appel, il reste au Conseil d’État à approuver la décision judiciaire, mais cela ne saurait tarder. Dans tous les cas, ses efforts auprès de la « communauté » ne seront pas payés de retour, il est désormais inéligible.

Et l’Education Nationale? Comment a-t-elle réagi?

Très bien. Aussi bien le rectorat que le ministère — et j’ai rencontré l’un et l’autre — ont été très bienveillants. Ils m’ont assuré qu’ils approuveraient mon choix, que je préfère changer d’établissement — ils m’ont immédiatement proposé deux postes — ou rester à Trappes. Bien sûr, il y a la question de ma sécurité. Mais c’est au fond une double contrainte. Rester, c’est m’exposer à des représailles dont la mort de Samuel Paty donne une idée. Muter, c’est fuir — et transformer mes harceleurs en vainqueurs.

A lire aussi, Aurélien Taché: « Faut-il renvoyer les parents de l’assassin de Samuel Paty à cause de ce qu’a fait leur fils? »

En fait, ai-je encore un avenir au sein de l’Education Nationale ?
Je suis prof de philo depuis 1991. Ça a été toute ma vie pendant presque trente ans. Mais les conditions requises pour enseigner ne sont plus là.

Vous pensez qu’on ne peut plus enseigner dans ces localités sous influence?

J’ai enseigné pendant des années, et avec beaucoup de bonheur. Les élèves venaient en classe goûter à une liberté qu’ils ne connaissaient pas chez eux ou dans leur quartier. De cela ils m’étaient reconnaissants — et en même temps, il est difficile d’évaluer ce qui est authentique et spontané dans cette attitude, et ce qui est duplicité…

La taqîya…

Oui, le mensonge recommandé par l’Islam lorsqu’on parle à un hérétique, afin de ne pas se souiller. En fait, ils sont dans une situation schizophrénique, ballotés entre le désir de s’évader — mentalement au moins — et l’obéissance promise à l’oumma, la communauté des croyants. Laïcité à l’école, charia à la maison. Ils sont dans un conflit de loyautés. Et je crains qu’aujourd’hui ils ne fassent semblant.

Où vous situez-vous, politiquement parlant? À gauche?

Les catégories droite / gauche n’ont plus guère de pertinence. J’ai rejoint le Parti Républicain Solidariste de Laurence Taillade, qui a transité par le Parti des Radicaux de Gauche et le Modem. Pour son appui inconditionnel à la laïcité, et en même temps à une certaine forme de libéralisme : de goût et de formation, je suis plus près de Montesquieu que de Marx.

Et je suis un hussard de la République, au sens le plus traditionnel. Mon métier, c’était de transmettre des savoirs à des petits Français — je n’ai jamais regardé mes élèves autrement que comme des Français. Sans faire de distinction.

Quant à ce qui se prétend la Gauche… Aucun  vous m’entendez bien : aucun — des caciques du PS n’a cherché à me joindre. Ni des Verts. Ni Jadot, ni Faure. À se demander quelles valeurs ils défendent — mais quand on en est à se le demander…

À voir, le professeur interrogé sur Sud Radio, le 8 février

Débat Darmanin/Le Pen: un avant-goût de la présidentielle nous est promis!

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Ce soir, dans l’émission politique “Vous avez la parole”, la femme la plus “puissante” de la télé publique Léa Salamé arbitrera un match entre le ministre de l’Intérieur et la présidente du Rassemblement national. Enjeux.


“Que Madame Le Pen m’attaque, je le prends comme une Légion d’honneur ! Tout mon engagement politique, depuis que j’ai l’âge de voter, a été contre la famille Le Pen.” Ainsi s’exprimait en septembre[tooltips content= »LCI, 14 septembre 2020″](1)[/tooltips] notre ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Ce soir, dans l’émission que lui consacre France 2, il pourra renouveler cet engagement politique en se confrontant pendant 40 minutes à la chef de file de la droite nationale, lors d’un débat consacré à la sécurité et à l’islamisme.

Gérald Darmanin à Saint-Étienne-du-Rouvray, juillet 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00974295_000027
Gérald Darmanin à Saint-Étienne-du-Rouvray, juillet 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00974295_000027

Ces derniers jours, quand elle ne nous accable pas de ses répétitifs et ennuyeux commentaires sur la crise sanitaire, la presse nous vend ce duel comme le “match retour” de la présidentielle. Pas moins ! De son côté, à la même heure, le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a choisi d’aller faire de la résistance chez Hanouna sur le canal 8. Il a annoncé vouloir s’y opposer aux “idées fixes” de Darmanin et de Le Pen et à leur “névrose du séparatisme”. Depuis quelque temps, il prend son rôle de défenseur des musulmans opprimés vraiment à cœur!

Le casse tête de l’islamisme

Reste qu’effectivement, selon toute vraisemblance, il sera essentiellement question du séparatisme islamiste sur France 2. C’est le principal casse-tête qui occupe les journées de Darmanin depuis qu’il a pris ses fonctions place Beauvau. Un casse-tête sur lequel nos élites politiques auraient bien fait de se pencher depuis deux décennies, plutôt que de s’engager en politique “contre la famille Le Pen”…

A lire aussi, Raphaël Doan: «L’assimilation est par nature antiraciste»

Dans le petit livre qu’il vient de faire paraitre[tooltips content= »Le séparatisme islamiste : Manifeste pour la laïcité, l’Observatoire, 2021″](2)[/tooltips], le ministre déplore que la République ait perdu sa “transcendance” et y réaffirme son attachement aux grands principes républicains. Avec son parler populaire, présenté comme un atout, il entend démontrer ce soir qu’il existe bien des solutions républicaines au séparatisme. Il joue gros: les Français sont peut-être lassés de mots. De son côté, Marine Le Pen aura beau jeu de lui dire que son projet de loi “confortant les principes républicains” est en réalité une loi pour rien, et que la montagne médiatique a accouché d’une souris. Les termes d’islamisme et même de séparatisme n’apparaissent pas dans le texte prévu, alors vous vous rendez compte… Mais soyons rassurés, Darmanin a déjà la parade toute prête pour contrer pareille attaque[tooltips content= »“(…) je crains qu’on ne parle pas assez des valeurs de la République. J’entends ceux qui disent que c’est vide de sens, personnellement je le regrette. (…) On peut vibrer au son de la Marseillaise (…) on peut vibre au nom de son pays, de son histoire” Valeurs actuelles, 11 février. »](3)[/tooltips]. 

En revanche, sur le sort de la malheureuse Mila[tooltips content= »La lycéenne déscolarisée et harcelée depuis ses propos sur la religion islamique tenus en ligne NDLR »](4)[/tooltips], sur celui de la ville de Trappes objet d’une nouvelle polémique éducative, ou sur ses récentes rodomontades contre le groupe d’extrême-droite Génération Identitaire, les réponses de Darmanin seront très attendues.

Darmanin veut éviter l’affrontement civilisationnel

Pour en revenir au fameux “séparatisme”, selon la droite la plus dure, la France est en réalité engagée dans un affrontement civilisationnel, et le combat du pays est rendu particulièrement difficile par la submersion de flux migratoires acceptés ou encouragés par l’Union européenne. Darmanin devra faire la démonstration que Macron obtient des résultats sur ces sujets, ainsi que dans la lutte contre le terrorisme. 

Marine Le Pen en déplacement sur l'Ile de Sein, le 17 juin 2020 © DAMIEN MEYER / AFP
Marine Le Pen en déplacement sur l’Ile de Sein, le 17 juin 2020 © DAMIEN MEYER / AFP

Le ministre ambitieux, qui avait lâché François Fillon en 2017, affirme dans Valeurs actuelles que face au séparatisme, il faut du temps. Tout en défendant sa loi, il dit à nos confrères qu’ “on ne vient pas à bout d’une idée, d’une idéologie [l’islamisme NDLR] par un simple texte de loi. On la combat avec du temps et d’autres idées”. Marine Le Pen devrait lui demander lesquelles, alors qu’on reproche justement souvent aux principes républicains de ne pas parler à la jeunesse qui fait sécession. La chef du RN ne manquera pas de ressortir pour l’occasion sa proposition de loi alternative de 40 pages “visant à combattre les idéologies islamistes”, concoctée par le député européen Jean-Paul Garraud et présentée le 29 janvier. Elle comprend quelques mesures concrètes et musclées, comme l’interdiction du port du voile dans l’espace public, l’interdiction de la pratique, de la manifestation ou de la diffusion au cinéma ou dans la presse des « idéologies islamistes ». Le projet encourage la délation et promet la protection de ceux qui dénonceraient les contrevenants.

Marine Le Pen s’applique à de ne pas être caricaturale

Depuis son débat de l’entre deux tours de 2017, la députée du Pas-de-Calais est engagée dans une longue opération de reconstruction de son image auprès de l’opinion. 

A lire ensuite: La France est devenue un coupe-gorge

Pas caricaturale sur le coronavirus, elle a marqué des points. Par exemple, elle n’a pas commis l’erreur d’appeler à la désobéissance civile par rapport au couvre feu ou aux différents confinements, chose que ne se privent pas de faire à droite Florian Philippot ou Jean-Frédéric Poisson. Les ministres et les membres de la majorité présidentielle ont beau avoir pour consigne de la rediaboliser, parlant systématiquement dans leurs interventions de FN et non du RN pour rappeler aux Français le souvenir de son père, en coulisses, la macronie s’avoue embêtée par la stratégie efficace de Le Pen. Hier, un conseiller de l’Élysée dépité de ne plus lui trouver de point faible glissait ce commentaire désabusé au Figaro : “Elle a dû changer d’entourage, c’est pas possible ! En tout cas, ici, elle nous impressionne.” Mais tous comptes faits, Macron et ses conseillers ne voient évidemment pas cela d’un si mauvais œil. En réalité, un nouveau duel opposant Macron à cette adversaire les arrange.

Selon les enquêtes d’opinion, Marine Le Pen est aujourd’hui assurée de se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Gérald Darmanin, lui, a des ambitions à droite pour la suite, même s’il a été contraint de mettre de l’eau dans son vin ses dernières semaines, suite à une mise au point avec le président et ses mauvaises relations avec Eric Dupond-Moretti. Bruno Retailleau fournit un vrai travail à droite, mais il ne parvient pas à émerger et manque peut-être de charisme. Edouard Philippe est éloigné. Une candidature populiste alternative (Zemmour ? Onfray ? Pierre de Villiers ?) reste très incertaine. En attendant, pour Darmanin, le cadavre du RPR reste à prendre.

Les « Triplés » dans le collimateur de la cancel culture

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Aperçu d'une page des Triplés dans "Madame Figaro". Image: capture d'écran.

On peut se demander si cette rage destructrice, qui se drape de la toge de l’indignation, ne s’abreuve pas surtout à une incapacité à entendre, comprendre et s’approprier le passé…


Après « Tintin au Congo », « Autant en emporte le vent », « Les Aristochats », l’Opéra de Paris, « Mahomet » de Voltaire, ou encore « Grease », c’est à présent aux « Triplés » du Figaro de se retrouver dans le collimateur des thuriféraires de la cancel culture [tooltips content= »On vous a reproché de dessiner une famille modèle, pas très représentative de la société française. Et alors ? Je n’ai aucune haine sociale. Moi j’avais envie de parler de l’art de vivre français. On m’a reproché d’avoir fait une mère aussi jolie. Évidemment toutes les mères ne sont pas aussi élégantes et aussi jolies, mais pour les enfants, leur mère c’est toujours la plus belle, donc je dessine la plus belle des mamans. Je ne comprends pas pourquoi les gens boudent leur plaisir. Nicole Lambert dans Ouest-France, janvier 2021″](1)[/tooltips].

Héééé, oui ! Trop blonds, trop proprets, trop bien élevés, les « Triplés » ne seraient pas représentatifs de la vraie famille française. On apprend donc que les BD et cartoons ont pour vocation d’être « représentatifs ». Ça va chauffer pour Flash Gordon…

Le bon sens voudrait que si telle ou telle œuvre vous insupporte, vous ne la lisiez, ne l’écoutiez ou ne la regardiez pas, point. Mais ce serait trop simple ! Ce n’est pas vous, vous qui êtes choqué, qui devez vous abstenir, c’est le reste de l’humanité.

A lire aussi: Autant en emporte le « Woke »

Car à l’instar des Vandales ou des islamistes, les nouvelles duègnes veulent la disparition des œuvres qu’elles jugent choquantes. 

Bien sûr, il convient, depuis la fin des années 60, de faire table rase de la culture judéo-chrétienne, mère de tous les vices et de tous les fléaux, comme chacun sait. Cette destruction du passé et des racines devrait permettre le surgissement d’une humanité nouvelle, débarrassée des scories occidentales (voire des Occidentaux, tant qu’à faire), festive, soumise, peu instruite, sans attaches durables et totalement interchangeable, sans distinction d’âge, de race ou de sexe. Finis la transmission et les patrimoines de toute sorte, génétiques, culturels ou financiers, et vive l’Open Society ! 

N’empêche que l’on peut se demander si cette rage destructrice, qui se drape de la toge de l’indignation, ne s’abreuve pas surtout à une incapacité à entendre, comprendre et s’approprier ce passé, ces traditions et cette culture, bref, si ce n’est pas tout simplement la bêtise et l’ignorance qui, une fois encore, traquent le génie, le talent, la beauté ou tout simplement la joie de vivre.

La question algérienne: un procès à charge qui ne dit pas son nom

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Loris Chavanette. Photo: Erik Martens

 


L’analyse de l’historien Loris Chavanette, auteur du roman La Fantasia (Albin Michel, 2020).


En vue du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022, Emmanuel Macron a un plan: réconcilier les deux pays, pacifier les mémoires des deux côtés de la Méditerranée afin de tirer un trait sur le passé. Bref, il se hasarde dans des chemins où personne ne s’est jamais aventuré avant lui sinon dans la communication politique. Notre président peut certes s’appuyer sur la personnalité de l’historien Benjamin Stora. De près de trente ans son aîné, ce dernier sert de caution scientifique et morale au chef d’Etat dans son entreprise de reconquête de l’amitié algérienne.

La réalité est que le président français cède à une double pression: celle exercée par un pan de la jeunesse française habituée à siffler la Marseillaise; celle exercée ensuite par le nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune, exigeant que l’Etat français présente des excuses sans réserve à son pays, non seulement pour les crimes commis pendant la guerre d’indépendance, mais aussi pour l’occupation coloniale dans son ensemble. Ce dernier s’estime en droit de poser des conditions strictes à la France car il trouve en Emmanuel Macron un interlocuteur à son goût, celui-là même qui, lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle, interviewé par un média algérien, avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ».

Il ne faut pas faire de l’histoire une affaire politique

Dans ces conditions, Benjamin Stora a fort à faire. Il sait pertinemment qu’aucune des conditions n’est réunie pour mettre un terme au sempiternel conflit franco-algérien: d’abord parce que l’histoire ne devrait jamais être une affaire de tambouille politique; ensuite parce que l’histoire nécessite une contextualisation permanente des événements, n’en déplaise aux partisans de la moralisation anachronique de l’action des hommes du passé; enfin parce que l’histoire a toujours été impuissante, confrontée à la virulence de mémoires contraires. Pour ces raisons, l’initiative de Macron a toutes les chances de rester un vœu pieux.

Surtout, dans toute cette affaire, il y a une erreur d’appréciation commise dès le départ. En exigeant des excuses en bonne et due forme, dans lesquelles serait englobée la faute originelle de la colonisation, le gouvernement algérien a pris la position la plus radicale, victimaire, et morale sur le sujet; or c’est presque toujours la voix la plus indignée, excessive même, qui a le dernier mot à ce jeu-là. Indignation immédiatement soulevée par l’Etat algérien à l’invocation de possibles effets positifs de l’époque coloniale! Indignation semblable dès que l’on parle des crimes commis par le FLN à l’égard des civils lors de la guerre! On peut décliner sans fin.

Ainsi, il faut bien appeler par son nom l’enquête historique lancée: c’est un procès à charge intenté à la France et à son histoire qui risque de se transformer en justice des vainqueurs où seule la vision binaire, manichéenne, décontextualisée, s’impose au final.

La littérature, ma contribution dans cette «guerre des mémoires»

Toute la meilleure volonté du monde de Benjamin Stora demeure impuissante face à la guerre des mémoires que se livrent les parties en présence. C’est un fait attesté par un Etat algérien arc-bouté sur ses positions (les critiques venant d’Alger contre le rapport Stora le montrent d’ailleurs). Tout comme les discours des Français d’Algérie, ruminant leur malheur, le prouvent quotidiennement.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Rapport Stora: la repentance à sens unique?

En tant que descendant de pieds-noirs, j’ai tenté cet impossible rapprochement entre les deux rives, dans un roman parce que la littérature est encore le seul endroit où l’on peut rêver de chasser la colère de l’histoire en faisant appel à la beauté du monde. La Fantasia (Albin Michel) peint l’Algérie d’après-guerre, une société gangrénée par le racisme et les inégalités sociales, un pays d’une richesse à couper le souffle, avec ses légendes, ses vastes espaces, son sensualisme tout oriental et ses trésors d’humanité. Entre les monts tlemcéniens et la côte oranaise, en passant par l’aridité des plaines de Sidi Bel Abbès, c’est l’époque coloniale que j’ai cherché à faire revivre avec tout ce qu’elle avait d’illusions, de préjugés, de douleurs et de couleurs. Critiqué d’un côté pour avoir fait un tableau enchanteur de l’Algérie coloniale et incriminé de l’autre pour avoir pointé les souffrances engendrées par un système de domination (raciale ou patriarcale), le roman a bien atteint son but.

Dans le livre, mon héroïne Mariane, originaire d’Espagne et catholique, raconte à son petit-fils sa jeunesse, avec tout ce que cette dernière a eu de merveilleux et aussi de douloureux. J’ai rapporté une anecdote que ma grand-mère avait pris soin de me raconter: dans son immeuble de Mostaganem, une voisine, chrétienne comme elle (du nom de Lambertine), vivait avec un médecin musulman. Fréquemment, les femmes du quartier l’humiliaient et lui crachaient dessus pour lui montrer toute la détestation qu’elles avaient pour les femmes libres de son genre. Le seul crime de Lambertine était d’aimer un homme qui n’était pas de sa culture. Mariane était profondément attristée par cette situation et témoignait de l’affection pour la malheureuse quand elle se trouvait seule en sa compagnie.

Amour impossible

En racontant cette scène, j’ai cherché à faire réfléchir sur le racisme dans cette société coloniale, car c’était aussi ça l’Algérie tant regrettée par certains. J’ai essayé la voie de l’autocritique envers ma propre histoire, mon propre peuple. Et je peux mesurer à quel point ce dialogue est presque impossible. Mais l’Algérie des années 50, c’était aussi les hôpitaux, les routes, les écoles, ce qui m’a poussé à évoquer la décision de Mariane, femme au foyer, de donner des cours de français et d’algèbre à de jeunes Algériens, ou encore sa rencontre avec un cavalier arabe qui se décide à lui faire découvrir et aussi aimer le pays de ses ancêtres.

Il y a de la complexité dans notre histoire commune, beaucoup d’indicible aussi, comme dans toutes les histoires d’amours impossibles.

Ainsi au lieu de centrer le débat sur la question de savoir si la France doit s’excuser et de quoi, il est crucial de tenter de comprendre notre histoire et non de placarder des jugements purement moraux. Car si l’amnésie serait une faute, la repentance à tout prix, elle, est à coup sûr une erreur.

La Fantasia

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Darmanin et Le Pen sortent-ils vraiment tous deux gagnants du débat de France 2?

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Marine Le Pen et Gérald Darmanin, le 11 février 2021. Image: Capture d'écran France 2.

Le débat entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen a, d’une certaine manière, tenu ses promesses. Concernant le livre de Gérald Darmanin, la présidente du RN a affirmé qu’elle aurait pu « le signer ». Quand le détail de la loi confortant les principes républicains a été abordé, et qu’elle se voyait ironiquement reprocher sa mollesse, elle a lancé au ministre: « Moi, je m’attaque à l’idéologie islamiste ». L’analyse de Philippe Bilger.


Le débat de hier soir sur France 2 a, d’une certaine manière, tenu ses promesses. Parce que, dans la forme et la courtoisie apparente, il ne pouvait pas ne pas les tenir. La présidente du RN avait trop besoin de faire oublier sa conduite erratique de 2017 et, au moins sur ce plan, était condamnée à se maîtriser. Elle l’a fait. Quant au ministre, il est resté fidèle à son registre talentueux et de professionnel sûr de ses chiffres. L’un et l’autre, sans se laisser troubler par deux arbitres (c’était beaucoup !) pour leur dialogue, ont mis parfois de l’ironie pour elle, de la condescendance pour lui, dans leurs propos.

Sur le fond, ils sont d’accord sur beaucoup de points

Pour le fond, si les échanges n’ont pas été éblouissants mais souvent passionnants malgré les thèmes battus et rebattus, rien n’était gagné par avance pour les deux contradicteurs. Précisément, parce qu’une familiarité, sinon une complicité, existait entre eux, d’abord sur la prédominance des sujets régaliens au sens large – séparatisme, immigration, islamisme, idéologie ou religion dévoyée – et même sur leur appréhension. Il n’était donc pas facile, sans forcer artificiellement le trait, malgré cette similitude, de s’opposer authentiquement.

Marine Le Pen, focalisant sa critique sur l’interdiction de l’enseignement à domicile, a ainsi semblé valider l’essentiel du projet de loi « pour renforcer les principes républicains » et Gérald Darmanin, sentant sa gêne, lui a évidemment prêté une adhésion qu’elle ne voulait pas avouer ni assumer.

A lire aussi: Louis Aliot/musées à Perpignan: « Nous devons apprendre à vivre avec ce virus »

Elle a également mis en évidence une ambiguïté centrale du texte, qui consistait, faute pour le gouvernement d’oser dénoncer seulement l’islamisme, à mettre les religions en vrac dans le même sac de police administrative. Même si on comprend bien le souci du pouvoir, cette globalité purement tactique occultait la visée fondamentale de ces dispositions en paraissant refuser de nommer une suspicion, une culpabilité si des innocences ne se trouvaient pas impliquées avec elles.

Marine Le Pen a relevé le hiatus entre les écrits du ministre et sa politique

Marine Le Pen, peu friande des détails, des précisions, des chiffres, raisonnant en gros, tentait autant que possible de déserter le terrain qui ne lui convenait pas pour s’abandonner, souvent avec pertinence, à des dénonciations générales, à des indignations répétitives qui faisaient mal parfois quand elles touchaient leur cible. Leur faiblesse tenait à ce qu’elles permettaient à Gérald Darmanin de tancer son interlocutrice, de manière humiliante malgré le sourire qu’il affichait et celui qu’elle conservait, sur ses approximations, ses imprécisions, le flou, que son énergie n’effaçait pas, de certains de ses projets, la contradiction entre ce qu’elle proclamait et ce qui aurait été possible juridiquement et politiquement. Il s’engouffrait dans ce qui demeurait à la fois la force et la fragilité de Marine Le Pen: excellente dans la charge, médiocre dans les analyses, pauvre dans l’opératoire.

Il est vrai qu’elle n’a pas ménagé non plus Gérald Darmanin sur le hiatus entre les principes et l’extrémisme de son dernier livre[tooltips content= »Le séparatisme islamiste : Manifeste pour la laïcité, L’Observatoire, 2021″](1)[/tooltips] et la réalité de son action… Tentant de faire de l’esprit en accusant la présidente du RN d’être « plus molle » que lui et en l’incitant à « prendre des vitamines », il convainquait moins qu’il ne fuyait le plus élégamment possible. Ainsi, Marine Le Pen a marqué des points sur ce sujet, parce qu’elle révélait ainsi les sinuosités intellectuelles et politiques du ministre de l’Intérieur.

A lire aussi, Martin Pimentel: Débat Darmanin/Le Pen: un avant-goût de la présidentielle nous est promis!

Gérald Darmanin, dans cette joute, n’a pas gagné mais n’a rien perdu de son capital enrichi par une vive intelligence, la certitude du destin plus vaste qui l’attend, un langage épousant habilement les séquences des échanges. Un ministre sur qui le président pourra compter à condition qu’il ne varie pas sans cesse entre le modèle de Nicolas Sarkozy et celui du centriste équilibré, frileux, précautionneux qui ne lui va pas comme un gant.

Macron surveille Le Pen mais n’a pas à la craindre outre mesure

Marine Le Pen a remonté la pente. Si j’étais son futur adversaire en 2022, je ne la sous-estimerais pas, mais je n’aurais pas peur. Techniquement, pour le verbe, elle a progressé et sa psychologie, son comportement ne l’ont pas desservie. Mais l’exercice n’a pas été à ce point remarquable qu’elle puisse demain intimider, voire tétaniser son contradicteur. Emmanuel Macron sera moins confortablement installé dans son discours mais il y aura toujours des points faibles dans la dialectique et la personnalité de celle qu’il attend en nous faisant croire qu’il la combat.

La meilleure nouvelle, pour le RN, est survenue en dehors du débat. Pour 40% des Français, ce parti est de loin le plus crédible pour répondre au défi de la sécurité et au danger de l’islamisme en France. Certes Marine Le Pen peut faire fondre cette confiance mais ce peut être aussi, pour elle, un encouragement pour 2022. Surtout que le président a découvert seulement sur le tard le régalien. Il le fallait bien, pour que la droite et la droite extrême n’en aient pas le monopole! Tout est encore ouvert pour 2022.

Il n’y a pas que le vaccin. Que faire des malades?

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Le ministre de la Santé Olivier Véran se fait vacciner à Melun, le 8 février 2021 © Jeanne Accorsini/ DICOM/SIPA Numéro de reportage: 01003566_000005

On aurait pu craindre que les prouesses des thérapies vaccinales anti-Covid-19 fassent oublier les traitements visant à soigner les patients atteints de la Covid-19. Mais les traitements curatifs anti-Covid-19 conservent toute leur place dans la stratégie de lutte contre la pandémie et la recherche dans ce domaine se poursuit.


D’aucuns voudraient voir dans le succès des vaccins anti-Covid-19 comparé aux échecs relatifs des traitements antiviraux les manœuvres mercantiles d’entreprises pharmaceutiques qui auraient tout fait pour privilégier une stratégie leur assurant d’importants profits (la vaccination) et empêcher le repositionnement de traitements moins rentables. Mais en matière de maladies virales, découvrir un traitement curatif reste un challenge. 

Un virus mauvais candidat à l’éradication

Les virus sont des formes de vie à part, considérés à la frontière du vivant car ils ont besoin pour se reproduire des autres organismes, de les parasiter et de s’emparer de leur machinerie. Si bien que tenter de détruire les virus revient souvent à être toxique vis-à-vis de nos propres cellules qu’ils parasitent. Il faut reconnaitre en outre que les vaccins à ARN messagers contre la Covid-19 ont dépassé toutes les attentes. Mais il serait naïf de croire que la vaccination anti-Covid-19 sonnera le glas du SARS-CoV-2. Pour être éradiqué, un virus doit pouvoir induire une immunité suffisamment robuste. Or les cas de réinfections et l’émergence de variants facilitée par la prolifération mondiale du virus ne font pas du SARS-CoV-2 un bon candidat à l’éradication. De plus, l’immunité collective comme barrière à la propagation virale est difficile à atteindre pour un virus qui se transmet dans des populations connectées qui n’ont pas la même capacité à être immunisées. Car l’accès à la vaccination dans le monde est disparate, en particulier concernant les pays africains. Dès lors les traitements antiviraux gardent toute leur place dans la stratégie de lutte contre la Covid-19. 

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Chez les personnes susceptibles de développer des formes graves, le challenge est grand : il s’agit d’être rapidement efficace car il faut éviter que la prolifération virale induise des lésions potentiellement irréversibles ou susceptibles de compliquer l’infection, et éviter l’emballement du système immunitaire (inflammation) contre lequel le traitement antiviral ne peut rien une fois le processus enclenché… 

Les médicaments contre la phase inflammatoire de la maladie

Dans la grippe, par exemple, on considère qu’au-delà de deux jours après le début des symptômes le traitement antiviral est inutile. Les médicaments anti-infectieux repositionnés tel que le remdésivir (anti-Ebola), le lopinavir-ritonavir (anti-VIH), l’hydroxychloroquine (antipaludéen), l’azithromycine (antibiotique) et le favipiravir (antigrippal) peinent à démontrer leur efficacité dans le traitement ou la prévention des formes graves de Covid-19. Il en est de même pour les thérapies basées sur des anticorps bloquant le SARS-CoV-2 comme ceux reçus par Donald Trump ou l’injection de plasma contenant des anticorps de patients guéris de la Covid-19. Il est possible que les résultats mitigés pour ces traitements soient liés au fait qu’ils soient utilisés trop tardivement dans la maladie. Par exemple, l’utilisation de la colchicine, un anti-inflammatoire indiqué dans la goutte, chez des patients Covid-19 à risque de forme grave dans les 24 heures suivant le diagnostic donne des résultats encourageants : la colchicine pourrait diminuer le risque de complications[tooltips content= »Résultats à confirmer : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.01.26.21250494v1 « ](1)[/tooltips]. 

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Si les médicaments agissant directement sur le virus doivent encore faire la preuve de leur efficacité dans les formes graves, les progrès dans le traitement des effets indirects inflammatoires du virus ont radicalement changé le pronostic des patients Covid-19 graves : l’oxygénothérapie en ventilation libre est plus largement prescrite et permet ainsi d’éviter la ventilation invasive en réanimation; les corticoïdes, qui luttent contre l’inflammation, sont désormais indiqués en France chez les patients Covid-19 nécessitant une oxygénothérapie et les anticoagulants prescrits aux patients à risque de thrombose. De nouvelles biothérapies visant spécifiquement la phase inflammatoire de la maladie pourraient changer la donne pour les patients hospitalisés : une entreprise israélienne qui utilise une stratégie thérapeutique innovante (injection de cellules « mourantes » qui « détournent » les cellules inflammatoires) rapportait récemment des résultats préliminaires prometteurs pour ces patients Covid-19 graves[tooltips content= »https://enlivex.com/pipeline/covid-19/ »](2)[/tooltips].

Des recherches qui se poursuivent loin de la couverture médiatique

Les personnes jeunes et en bonne santé, donc capables de se débarrasser du SARS-CoV-2 sans l’aide d’un traitement curatif a priori, pourraient aussi bénéficier de ces traitements. D’abord parce qu’aider le système immunitaire avec un antiviral ou une immunothérapie pourrait éviter à celui-ci de s’emballer et ainsi de produire les « formes symptomatiques longues » (anosmie, fatigue, douleurs, dépression sur plusieurs mois) observés chez certains patients Covid-19, notamment jeunes. Aussi parce que ces personnes pourraient être moins contagieuses, car en diminuant rapidement la quantité de virus (charge virale) d’un individu par un traitement médicamenteux on limite sa contagiosité. Si initialement la majorité des études s’est focalisée sur les patients les plus graves, la recherche s’intéresse aujourd’hui davantage à ces patients non graves dont le traitement est également important pour les raisons évoquées plus haut. Didier Raoult et ses équipes ont été les premiers en France à étudier ces patients non graves. Mais les études qu’ils ont produites, et notamment celles suggérant un effet de l’hydroxychloroquine sur la charge virale, restent contestées pour des raisons méthodologiques. Récemment, une étude canadienne dans laquelle l’injection en sous-cutané d’une forme modifiée d’un antiviral que l’on produit naturellement, l’interféron lambda-1, chez une trentaine de malades covid-19 a montré que cet interféron diminuait la charge virale[tooltips content= »https://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(20)30566-X/fulltext »](3)[/tooltips]. Une étude récente combinant deux anticorps neutralisant le SARS-CoV-2 a montré que cette bithérapie pourrait réduire la charge virale chez des patients Covid-19 non graves, et même peut-être éviter l’hospitalisation[tooltips content= »https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2775647?guestAccessKey=7571f5bb-4dd9-498a-a7d6-caea0ed23194&utm_source=silverchair&utm_medium=email&utm_campaign=article_alert-jama&utm_term=mostread&utm_content=olf-widget_01252021″](4)[/tooltips]. L’ivermectine, un antiparasitaire, pourrait réduire la durée de l’anosmie lorsqu’elle est utilisée chez des patients non graves et 72 heures après le diagnostic[tooltips content= »Résultats préliminaires chez seulement 12 patients : https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2020.100720 « ](5)[/tooltips]. Ces traitements étudiés chez des patients non graves constituent un véritable espoir pour limiter la contamination et les effets délétères indirects de la Covid-19.

A lire aussi, du même auteur: A-t-on encore le droit de s’interroger sur les vaccins à ARNm?

Contrairement à ce que pourrait faire croire leur faible couverture médiatique, les recherches visant à éradiquer le SARS-CoV-2 et à lutter contre ses effets inflammatoires délétères se poursuivent. La preuve en est ce nouvel antiviral, le Molnupiravir, qui devrait être prochainement testé chez l’homme et qui a été mis au point par l’entreprise allemande Merck qui a d’ailleurs abandonné son projet de développement de vaccin anti-Covid-19. S’il existe 236 vaccins candidats en cours d’études dont 63 testés chez l’homme[tooltips content= »https://www.who.int/publications/m/item/draft-landscape-of-covid-19-candidate-vaccines »](6)[/tooltips], les études relatives aux traitements curatifs de la Covid-19 se comptent en milliers à travers le monde[tooltips content= »https://clinicaltrials.gov/ct2/who_table »](7)[/tooltips]. Les essais se poursuivent en France (anticorps, plasma de patients guéris, interférons) et des études incluant de la doxycycline (antibiotique) et de l’ivermectine sont en cours d’instruction par les autorités sanitaires françaises pour autorisation[tooltips content= »https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/professionnels-de-sante/recherche-sur-la-covid-19/article/liste-des-projets-de-recherche-impliquant-la-personne-humaine-a-visee »](8)[/tooltips]. La Covid-19 a donné un coup d’accélérateur à un domaine de recherche confidentiel, celui du traitement des maladies virales respiratoires. Car en matière de lutte contre les virus respiratoires auxquels s’ajoute désormais le SARS-CoV-2, contrairement au VIH et aux virus hépatiques qui ont bénéficié d’investissements importants ayant conduit à la découverte de traitements performants, tout reste à faire.   

Canada: un Gouverneur-Général iroquois ?

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Partie de lacrosse entre colons et Iroquois, 1876 MARY EVANS/SIPA 51291477_000001

Au Canada, qui est une monarchie constitutionnelle, le Gouverneur-Général est le représentant officiel de la Reine Elizabeth II. Le chef de la Confédération des Iroquois voudrait que ce poste, actuellement vacant, soit occupé par un membre d’une de ses propres tribus.


C’est une lettre surprenante que Buckingham Palace a reçu ces derniers jours. Okimaw Vernon Watchmake, chef de la Confédération du Traité des Six Nations iroquoises du Canada, a pris sa meilleure plume d’aigle afin d’écrire à la reine Elizabeth II et lui faire part de ses inquiétudes nées de la démission de la Gouverneur-Générale Julie Payette. Accusée d’avoir créé un « climat toxique » à Rideau Hall, la résidence des représentants de la souveraine au pays de l’érable, cette ancienne astronaute a décidé de quitter ses fonctions le 21 janvier et de laisser temporairement les rênes de cette charge honorifique à Richard Wagner, le juge en chef de la Cour suprême du Canada.

La Guerre de Sept ans

Pas de quoi rassurer ces Iroquois, croqués dans le Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper, qui ont déjà eu affaire au fonctionnaire dans des litiges fonciers ayant opposé ces Amérindiens à l’État fédéral. « Nous sommes partenaires de la Couronne et il est important que notre voix soit entendue dans le processus de nomination du prochain Gouverneur-Général » a insisté Okimaw Vernon Watchmake. Le chef, qui souhaite également que le poste revienne à un des chefs de la Confédération, a été rejoint dans sa requête par celui de l’Assemblée des Premières Nations.

A lire aussi: Canada: de la méritocratie à la «racialocratie»

« Il est temps que le Canada ait son premier Gouverneur Général autochtone. J’ai toujours dit que nous devions amener les peuples des Premières Nations aux plus hauts niveaux du pouvoir décisionnel et le Gouverneur Général, pour moi, est l’un des plus élevés » a déclaré Perry Bellegarde. « Lorsque le représentant de la reine Victoria a approché nos peuples pour conclure un traité de paix et d’amitié, nos ancêtres ont accepté dans la paix et l’amitié. Nous continuons de considérer ces traités comme des engagements sacrés » précise d’ailleurs le communiqué officiel de la Confédération qui rappelle également que les Iroquois ont été longtemps les alliés des Britanniques contre les Français, notamment lors de la guerre de Sept ans qui a éclaté au cours du XVIIIe siècle entre ces deux nations.

Six Nations: la probable défaite

Une initiative qui ne plaît pourtant pas à tout le monde.

« Le simple fait de nommer une personne autochtone à ce poste ne réglerait pas vraiment les causes profondes du colonialisme et des inégalités dans le pays aujourd’hui. Cela ne signifierait aucunement la réconciliation entre nos nations, cela ne voudrait simplement rien dire » a déclaré l’écrivain et journaliste amérindienne, Tanya Talaga. « Le Gouverneur-Général est un représentant de la Couronne, qui est censé faire part des préoccupations des partenaires du traité à la Couronne. Cette personne doit-elle être autochtone, probablement pas. Les Gouverneurs-Généraux représentent la Couronne, pas les peuples autochtones » a tweeté Robe Houle, membre de la Première nation Wapsewsipi en Alberta.

Du côté du Conseil privé de la reine Elizabeth, on fait le même constat et on ne goûte guère aux reproches faits à Richard Wagner. « Les rôles du juge en chef et du Gouverneur Général restent distincts et il conserve une totale indépendance dans l’exercice de ses fonctions judiciaires. Même lorsque le poste de Gouverneur-Général n’est pas vacant » répond la porte-parole du Conseil privé. « Les juges de la Cour suprême sont appelés de temps à autre à exercer des fonctions de député du Gouverneur-Général, et ce sans compromettre leur indépendance judiciaire » ajoute Béatrice Fénelon qui oppose ici une fin de non–recevoir aux Six Nations. Pas question que la « Grande mère blanche », la Queen, ne se mêle d’une affaire qui est purement canadienne, bien qu’elle fasse les choux gras des tabloïds britanniques qui regrettent la mauvaise publicité que cette démission donne aux Windsor.

Accessoirement, « La familia grande » est (aussi) un objet littéraire, dépourvu de pathos

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©Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22532403_000003

Le mois de janvier serait-il propice aux scandales littéraires liés à la pédophilie? Il y a un an paraissait Le consentement de Vanessa Springora. Ce 5 janvier est paru au Seuil La familia grande de Camille Kouchner. Comme l’an dernier quasiment jour pour jour, médias et réseaux s’affolent: un scandale à se mettre sous la dent, des anathèmes à lancer, une meute à abattre!

Le style est vif, sans pathos, quelquefois un peu haché, comme un essoufflement

La France entière est au courant, mais l’usage veut tout de même que l’on rappelle ici le pitch. Sur fond de permissivité soixante-huitarde, le politologue Olivier Duhamel aurait abusé sexuellement du frère jumeau de Camille Kouchner, encore adolescent. S’ensuit le lynchage désormais habituel, de l’accusé, d’Elisabeth Guigou (une proche de la famille), du directeur de Science-Po (où régnait Duhamel) ou plus récemment d’Alain Finkielkraut, qui s’est exprimé sur LCI. L’antenne lui est désormais interdite. Ce n’est certainement pas du ressort de cette petite chronique littéraire de juger les propos du philosophe, même si tout lynchage m’est insupportable. Elisabeth Levy s’exprime longuement à ce sujet dans nos colonnes. La vox populi est en émoi; nous le savons depuis Sophocle: l’inceste est le tabou ultime qui ébranle les fondations de notre condition d’humains. Selon Claude Levi-Strauss, son interdiction structure toute société.

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Mais comme à l’accoutumée, on en oublie que La familia grande demeure avant tout un objet littéraire. Spoiler: c’est un bon livre. Le style est vif, sans pathos, quelquefois un peu haché, comme un essoufflement. L’auteur est dans l’urgence, car comme Springora, ce sont des mots qui délivrent de l’emprise, ou dans le cas de Camille Kouchner du poids du secret. Ce secret qu’elle qualifie d’hydre, et qui au sens propre du terme, l’étouffe. L’universitaire en droit souffrira longtemps de pathologies pulmonaires dont la cause resta inconnue. Les mots lui permettront de sectionner définitivement les têtes de la bête.

La structure du livre se divise en trois actes: enfance, adolescence et âge adulte. Le livre s’ouvre et se referme sur la mort de la mère de l’auteur. Car c’est avant tout un livre sur la mère de Camille Kouchner. Complice de l’ogre mais aussi mère aimante, fantasque, vivante, la professeure de droit Evelyne Pisier est à la fois féministe et soumise à son homme, qu’elle appelle son « mec ». Elle accusera même ses enfants, lorsque le secret fut révélé, de le lui avoir volé. Elle aura cette phrase démente: « C’était des fellations, pas des sodomies, c’est moins grave ». L’hydre réapparaît, se dresse entre la mère et la fille. Et la rupture sera définitive.

L’ombre du suicide plane, tel le fatum, sur la famille Pisier. Le grand-père, la grand-mère et peut-être l’actrice singulière qu’était Marie-France: « elle s’est suicidée, comme les autres », dira-t-on dans la famille. Du suicide de sa mère, Evelyne Pisier ne se remettra jamais. Elle abandonne ses enfants pour le chagrin et l’alcool. Elle-même se suicide à petit feu. La famille Pisier, ce sont les Atrides. Camille semble endosser à elle seule toutes leurs tragédies. Mais son désir n’est pas d’enterrer, mais de déterrer le secret de son frère, son jumeau dont elle ressent le malheur dans sa chair. Déterrer pour enfin tuer l’hydre, tuer le beau-père qu’elle considérait comme son propre père. « Il était solaire, il m’a tout appris, je l’aimais » a-t-elle dit le 13 janvier dans la Grande Librairie (France 5). Des faits, dont tout le monde parle, le livre parle en réalité assez peu. L’inceste est omniprésent, il s’incarne dans l’hydre, mais disparaît dans les mots. Il est l’indicible, on lui règle son compte en quelques phrases, précises, encore une fois sans pathos et cela rend le récit d’autant plus fort.

Le frère jumeau Victor, quant à lui, apparaît peu: il veut disparaître, il fonde vite sa propre famille pour réparer ce qui est sans doute irréparable. Camille, à qui il demande de parler, de trouver les mots qu’il ne trouvera jamais est la vestale du malheur, elle le gardera jusqu’à l’âge adulte avant de s’en libérer pour ne pas mourir. L’ogre apparaît peu également dans le récit. Comme une figure tutélaire, un empereur romain qui règne sur son empire décadent, mais gai cependant. Car oui: Camille affirme avoir gardé un merveilleux souvenir de la Familia Grande et des vacances à Sanary.

L’opinion publique se déchaîne sur les élites de la gauche caviar, toutes pédophiles en puissance. Elle se purge de la liberté sexuelle qui souffla sur la France après 68. Camille Kouchner n’accuse ni l’époque ni son milieu. « J’ai écrit ce livre pour toucher à l’universel » déclare-t-elle encore à la Grande Librairie. Je ne crois pas qu’elle soit entendue, le peuple a besoin de boucs émissaires.

César J- 31: acteurs, je vous aime!

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Marina Foïs présentera la cérémonie le 12 mars prochain © Sabine Villiard / Canal+

Et si les vertus du silence étaient le socle des longues carrières…


Dans un mois exactement, la cérémonie des César 2021 donnera ses bons points de citoyenneté aux élèves méritants et tancera vivement les autres. Tous ceux qui ne s’agenouillent pas devant ce spectacle devenu trop sérieux, trop sentencieux, trop expiatoire au fil des années, seront considérés comme des ennemis de classe. Au piquet ! Chaque mois de février, la cohorte des réfractaires grossit. L’épuration ne connait pas la crise. Plus le cinéma nous fait la morale, plus le public boude son plaisir. Les tableaux d’honneur et les médailles ont été inventés pour les bons élèves et les militaires. Celui qui n’accepte pas la rupture disait un ancien président de la République, une certaine forme de marginalité, ne peut prétendre appartenir à cette grande famille. Être saltimbanque, ça coûte cher et ça n’autorise pas tout. C’est une question de principes, de décence aussi. Les acteurs sont des dissidents, par nature. Nous n’attendons pas d’eux qu’ils nous guident par une parole souvent déplacée et vaine. 

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Agit-prop et redcarpets…

Voilà que maintenant ils se transforment en instructeurs, en agents de maîtrise, en agit-prop des redcarpets. La chefferie les égare. La rééducation est devenue leur nouveau petit livre rouge. Un crédo comme un autre. Un segment de marché. Ils n’ont pas beaucoup de mémoire car les derniers d’entre eux qui ont voulu s’immiscer dans le débat public, souvenez-vous des voyages là-bas, dans le Grand Est, en pleine guerre froide, ont mis des années à faire oublier leurs prises de position caduques et à laver leur honneur. Il y a danger à participer à cette foire aux vanités où s’épanouit son lot habituel de règlements de comptes. Nous, le public, grand prince, acceptons cette part de ridicule jusqu’à un certain point. Oui, nous sommes magnanimes. Qui sommes-nous, en fait, pour juger leurs errements et leur désir d’exister sur la scène médiatique ? Nous avons bien conscience que la concurrence qui sévit dans ce milieu pèse sur leur moral et perturbe leur santé psychologique. Les salles de cinéma sont fermées, les carrières de plus en plus difficiles à solidifier et les places libres, rares. Alors, on choisit la facilité, on parle de sujets sociétaux dans le vent, on se fait bien voir par les médias mielleux, on accorde des interviews où l’on n’évoque même plus son rôle, son jeu, la qualité de ses partenaires ou du réalisateur, on gagne des minutes de célébrité en bombant sa morale, en se victimisant, en se caricaturant aussi, et on finit par promotionner son image en oubliant les valeurs cardinales de son métier. Sa beauté éphémère et l’envoûtement par la fiction. En vendant à la découpe sa personne, en faisant commerce de son égo, on court à sa perte. 

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Dans un pays où les acteurs talentueux sont nombreux, je comprends que certains choisissent la pseudo-voie politique pour consolider une activité économique fragile. C’est parfois drôle et émouvant de naïveté, souvent pathétique et énervant de conneries. Épuisant même. Car nous avons tous en tête la formule de Jean Gabin : « C’est bath les acteurs ! ». On vous aime sincèrement. Alors, quand on vous voit vous lancer, vous engager, on a peur pour vous et honte. Chacun mène sa carrière comme il l’entend, à coups d’invectives et de génuflexions, mais le simple observateur de cinéma que je suis, vous conseille de regarder dans le rétroviseur et vous inspirer de vos pairs. De leur discrétion et leur absence totale d’embrigadement. Ils fuyaient comme la peste, les camarillas et les cellules de partis. Ils étaient trop intelligents et trop insoumis pour se vautrer dans le déballement. Nous avons été élevés par la génération du Conservatoire, les Belmondo, Marielle, Cremer, Fabian ou celle du TNP, les Noiret, Chaumette, Denner ou Wilson. Ces artistes-là, mot qu’ils réfutaient en bloc, ne haussaient ni le ton, ni le menton. Nous n’allions pas à confesse en leur compagnie. Seule leur image filmée donc transfigurée comptait à leurs yeux, leurs opinions politiques ou alimentaires ne nous concernaient pas. Ils nous faisaient grâce de leurs dysfonctionnements intérieurs. Plus ils se taisaient, plus on souhaitait leur ressembler, toucher leur élégance et s’imprégner de leur magie. 

Adèle Haenel, le 28 février 2020 © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22433421_000006
Adèle Haenel, le 28 février 2020 © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22433421_000006

À bas bruit

Un dernier conseil aux futurs récipiendaires, s’ils veulent vraiment que leur image perdure à travers le temps, s’ils veulent nourrir notre imaginaire à jamais, qu’ils restent sur la réserve, qu’ils mettent un voile sur leurs aigreurs ou leurs douleurs. Les belles carrières se font à bas bruit. Je pense ici à toutes ces actrices plus ou moins connues, à la filmographie plus ou moins longue qui m’ont cueilli par leur seule présence, à l’adolescence. Je ne savais rien de Christine Dejoux, Maureen Kerwin, Claude Jade, Carla Gravina, Carol Lixon, Caroline Berg ou Catherine Leprince et pourtant je les aimais follement. Leur jeu, leur attitude, leur distance, leur mystère ont suffi par m’emporter sans que je connaisse leur avis sur les flux migratoires ou la vaccination.

46e cérémonie des César, vendredi 12 mars 2021 sur Canal +

Drôle de mec!

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Ivan Jablonka a obtenu le prix Médicis en 2016 pour "La Fin des hommes" © LEWIS JOLY/SIPA Numéro de reportage : 00779376_000006.

En digne successeur de Pierre Desproges, Ivan Jablonka nous fait réfléchir en nous faisant rire.


Marie-Hélène Verdier a écrit un excellent papier sur le désopilant dernier ouvrage d’Ivan Jablonka, Un garçon comme vous et moi. Les occasions de sourire étant de plus en plus rares, j’ai décidé d’y revenir un peu et de montrer, grâce à des citations extraites exclusivement du livre en question, les ressorts comiques de cet ouvrage ouvertement desprogien.

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Le premier chapitre s’intitule « Je ne suis pas un mâle ! » Il est très court. Presque chaque phrase atteint son but. Nous sourions souvent: Ivan Jablonka se rase « une à deux fois par semaine », est « plus grand et plus large d’épaules que la plupart des femmes », et possède « un pénis qui sert à divers usages ». Bref, écrit-il en pouffant, il est « un “mec” ». Mais « les choses ne sont pas si simples », la biologie s’en mêle, et l’auteur n’éprouve a priori aucune difficulté à prouver que la « frontière entre filles et garçons » n’est pas aisée à tracer : il serait bien incapable de suivre des athlètes du 10 000 mètres féminin plus de cinq foulées ; à la piscine, les nageurs « des deux sexes » le dépassent ; sa myopie l’empêche d’être un pilote de ligne ou un tireur d’élite, « alors que des centaines de femmes le sont ». Ivan Jablonka use ici de deux procédés stylistiques souvent utilisés par les humoristes, la caricature et la dérision. Dans le but évident de nous amuser, il force le trait en s’auto-dénigrant. Il sait pertinemment que 99 % des mecs ne pourraient pas suivre plus de cinq foulées les athlètes féminines de haut niveau ; qu’à la piscine, même les enfants nous dépassent ; et que laisser penser que les femmes qui sont pilotes de ligne ou tireuses d’élite le seraient uniquement parce qu’elles ne sont pas myopes – ou que lui n’exercerait pas ces prestigieuses professions uniquement parce qu’il y voit mal – ce serait ignorer des compétences qui sont surtout dues, en plus d’une excellente vue, à l’intelligence et à la volonté de ces femmes, ainsi qu’à une capacité de travail dont certains d’entre nous, hommes ou femmes, myopes ou pas, sont dépourvus.

La vie, c’est compliqué

Ivan Jablonka, maître en auto-dérision, se décrit comme une sorte de handicapé de la vie. Infoutu de réparer un moteur, de colmater une fuite, de changer une ampoule ou d’allumer un barbecue, il s’interroge sur sa masculinité. « D’ailleurs, le fait que je m’interroge sur ma masculinité est une démarche bien peu virile. » Il n’empêche, il est un privilégié, un « homme blanc, hétérosexuel, diplômé, solvable en tout point du globe » – on notera cette dernière précision ironique soulignant la détestable vanité de l’homme blanc argenté, à l’aise partout. Espiègle, l’humoriste explique qu’il ne peut « décliner [ses] identités » qu’en égrenant une « série de fonctions intrinsèquement ou historiquement masculines : fils, frère, mari, […] professeur, écrivain. » Il s’amuse à dire stupidement ce que les sots disent avec la gravité qui leur sert de bouclier, aurait dit Montesquieu (ou Desproges). Nul doute que si Ivan s’était prénommé Isabelle, il n’aurait pas hésité à décliner ces “fonctions” intrinsèquement et historiquement féminines que sont, par exemple, fille, sœur, épouse, professeure, écrivaine (ou autrice). Mais il est un garçon, un « être-à-pénis » – être à pénis et mourir, aurait dit Desproges (ou Montesquieu). Plus desprogien que jamais, Jablonka avoue être « saturé d’angoisses ». Mais son humour est ravageur et sa ténacité intacte, il sera « à la fois pitre et lion. »

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Le Monsieur Cyclopède de Desproges se moquait du nazisme en demandant ironiquement aux Français d’avoir un peu de compassion pour le leader de ce mouvement qui « lui aussi faisait pipi dans la mer. » De son côté, Ivan Jablonka combat « la masculinité enrégimentée, sous la forme du nazisme et du colonialisme. » L’effet comique, moins évident au premier abord, apparaît pourtant à la fin de cette tirade, lorsque l’auteur avoue malicieusement ne pas pouvoir « nier que sa masculinité […] est un gain social net. » Il se méfie de « l’aura des hommes » dont « [il] tire profit ». Il est prêt à « faire sauter quelques uns des rivets qui verrouillent [son] pouvoir. » Étonnant, non ?

Une masculinité de domination qui préoccupe notre socio-historien

Jablonka détourne joyeusement le jargon universitaire pour aborder « la socio-histoire de [sa] garçonnité » et de son « être-homme » qui l’ont conduit tout naturellement à entrer en possession d’une « belle montre en acier poli à boîtier étanche qui [lui] a coûté assez cher », mais aussi à se vêtir sobrement, « jean, chemise blanche ou bleu clair, parfois une veste ». Chacun aura relevé le comique né des différents niveaux de langage (sociologique, charabiesque, descriptif, darrieussecquien, etc.), mais aussi, derrière la façade souriante, le dilemme du petit garçon devenu un homme tiraillé entre une « masculinité de domination » (la montre coûteuse) et une « masculinité de contrôle » (le vêtement sobre). Plus loin, plus légèrement, l’auteur évoque ses rencontres avec « tous les autres » et explique comment « défaisant certains nœuds, [il a] caressé quelques-unes des fibres dont nous sommes tissés ». Il renonce à être un « vrai mec » et s’honorerait, dit-il, à être rangé dans la catégorie des femmes ou des gays. La saillie, moins drôle que celle de Desproges, « les chevaux sont tous des ongulés », témoigne que l’élève n’a pas encore dépassé le maître. Mais c’est quand même très prometteur.

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Après nous avoir intelligemment distrait avec sa “masculinité” (Des hommes justes), puis avec sa “garçonnité” (Un garçon comme vous et moi), il n’est pas impossible qu’Ivan Jablonka, remontant indéfiniment le temps, nous propose prochainement un livre-spectacle sur son “embryonité”. Que tirera-t-il de ces deux premiers mois d’existence de lui-même ? Dans quel gouffre d’interrogations, derrière le comique de situation fœtale et les réflexions faussement candides, nous entraînera-t-il ? Comment parviendra-t-il à concilier une fois de plus le rire et la philosophie, l’esprit desprogien et l’approche sociologique, la parodie et la spéculation intellectuelle ? En attendant d’obtenir des réponses à ces questions fondamentales, tentons de qualifier l’œuvre d’Ivan Jablonka et relisons Bergson : « Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » “Intelligence pure”, voilà, ce sont les mots que je cherchais.

Rencontre avec Didier Lemaire: un hussard de la République aux prises avec l’islamisme

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Didier Lemaire sur France 3. Image: capture d'écran

Entretien avec Didier Lemaire, le professeur de philosophie de Trappes


Didier Lemaire enseignait la philosophie au lycée de Trappes depuis vingt ans. Sans problèmes. Sauf que la situation s’est sérieusement dégradée depuis que début novembre, juste après l’assassinat de Samuel Paty, il s’est demandé, dans une tribune sur l’Obs, « comment pallier l’absence de stratégie de l’Etat pour vaincre l’islamisme ». Il n’y formulait pas de provocations, il s’adressait à ses collègues, et décrivait « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps ». Le choix du comparatif, « plus forte », n’était pas innocent: à l’orée des années 2000, il avait vu brûler la synagogue de la ville, et les familles juives partir l’une après l’autre.

Après les attentats de 2015-2016, il s’est engagé dans des actions à visée préventive dans cette ville où circulent plus de 400 « fichés S ». En 2018, il a co-signé avec Jean-Pierre Obin — qui dès 2004 dénonçait l’emprise du fondamentalisme religieux dans nombre de cités — une lettre au président de la République « pour lui demander d’agir de toute urgence afin de protéger nos élèves de la pression idéologique et sociale qui s’exerce sur eux, une pression qui les retranche peu à peu de la communauté nationale ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre : il a reçu des menaces si circonstanciées qu’elles lui valent aujourd’hui une protection policière. Les médias se sont émus. Comment, aux portes de Paris… Sans doute n’avaient-ils rien vu venir ? C’est sur cette problématique cécité des médias et des politiques qu’a commencé notre entretien, ce jeudi.

Jean-Paul Brighelli. Presque 20 ans après les Territoires perdus de la République, où Georges Bensoussan et quelques autres décrivaient déjà l’emprise islamiste sur des départements entiers, comment peut-on encore prétendre ne pas savoir ?

Didier Lemaire. Que ce soient les médias, dont le silence alimente le déni national, ou les enseignants, soumis à la tactique du « #PasDeVagues », tout témoigne d’une peur profonde. Or, l’islamisme s’alimente à cette peur. Il en fait son terreau pour s’étendre — ce qui, du coup, la renforce, dans un cycle sans fin.

Quand la nouvelle des menaces qui pesaient sur vous s’est répandue, qui s’est manifesté le plus vite, des politiques ou des médias?

La première à m’appeler fut Valérie Pécresse — avec beaucoup de sympathie et d’éloquence. Puis Bruno Retailleau, qui au moins sur la question de l’Ecole et de la laïcité s’est révélé impeccable. Et Emmanuelle Ménard, l’épouse du maire de Béziers — dont je ne partage guère les idées, mais qui m’a assuré de son soutien. Du côté des médias, le pire a côtoyé le meilleur. Le meilleur, ce fut Stéphane Kovacs, au Figaro, plein d’empathie et surtout doué d’un style qui m’a rappelé Henri Calet, que j’admire fort. Ou Nadjet Cherigui, dans le Point, une belle rencontre avec une belle personne. Ou Pascal Praud et Elisabeth Lévy, sur CNews — même si Praud a cru bon par la suite de chercher un poil sur un œuf en critiquant mon affirmation sur l’absence de femmes dans les cafés musulmans de Trappes…

Ou de Marseille…

Une évidence pour qui connaît la ville.
Le pire, ce fut sans doute l’Express, qui sous prétexte que j’avais jadis donné deux papiers à Causeur, m’a immédiatement situé à l’extrême-droite, et a voulu comptabiliser les coiffeurs mixtes de la ville… FR3  aussi a tout fait pour discréditer ma parole — alors que Mediapart ou Libé ont paru pleins d’empathie. Mediapart en particulier a compris le travail que j’essayais d’effectuer en direction des jeunes filles musulmanes, dont l’Ecole est la seule échappatoire. C’est bien simple : des lycéennes m’ont avoué que quand elles rentraient chez elles, leurs familles les « désinfectaient » — c’est le mot qu’elles utilisent — pour les purger des poisons insinués pendant la journée dans une école où l’on distille l’exercice de la libre pensée et de la laïcité. Je crois qu’en fait les réactions sont fonction de la connaissance du problème — mais combien de journalistes ou d’hommes politiques ont une connaissance exacte de l’emprise islamiste ? Le déni, vous dis-je…

Le maire de Trappes, Ali Rabeh, vous a aussi cherché des poux dans la tête…

Maire, il ne l’est plus vraiment, ou en sursis, le tribunal administratif vient d’annuler les élections municipales. Son élection a été invalidée à cause d’agissements singuliers — des pressions sur des électeurs, via une association dont il était président, ou l’absence de cadenas sur les urnes, entre autres. Il a fait appel, il reste au Conseil d’État à approuver la décision judiciaire, mais cela ne saurait tarder. Dans tous les cas, ses efforts auprès de la « communauté » ne seront pas payés de retour, il est désormais inéligible.

Et l’Education Nationale? Comment a-t-elle réagi?

Très bien. Aussi bien le rectorat que le ministère — et j’ai rencontré l’un et l’autre — ont été très bienveillants. Ils m’ont assuré qu’ils approuveraient mon choix, que je préfère changer d’établissement — ils m’ont immédiatement proposé deux postes — ou rester à Trappes. Bien sûr, il y a la question de ma sécurité. Mais c’est au fond une double contrainte. Rester, c’est m’exposer à des représailles dont la mort de Samuel Paty donne une idée. Muter, c’est fuir — et transformer mes harceleurs en vainqueurs.

A lire aussi, Aurélien Taché: « Faut-il renvoyer les parents de l’assassin de Samuel Paty à cause de ce qu’a fait leur fils? »

En fait, ai-je encore un avenir au sein de l’Education Nationale ?
Je suis prof de philo depuis 1991. Ça a été toute ma vie pendant presque trente ans. Mais les conditions requises pour enseigner ne sont plus là.

Vous pensez qu’on ne peut plus enseigner dans ces localités sous influence?

J’ai enseigné pendant des années, et avec beaucoup de bonheur. Les élèves venaient en classe goûter à une liberté qu’ils ne connaissaient pas chez eux ou dans leur quartier. De cela ils m’étaient reconnaissants — et en même temps, il est difficile d’évaluer ce qui est authentique et spontané dans cette attitude, et ce qui est duplicité…

La taqîya…

Oui, le mensonge recommandé par l’Islam lorsqu’on parle à un hérétique, afin de ne pas se souiller. En fait, ils sont dans une situation schizophrénique, ballotés entre le désir de s’évader — mentalement au moins — et l’obéissance promise à l’oumma, la communauté des croyants. Laïcité à l’école, charia à la maison. Ils sont dans un conflit de loyautés. Et je crains qu’aujourd’hui ils ne fassent semblant.

Où vous situez-vous, politiquement parlant? À gauche?

Les catégories droite / gauche n’ont plus guère de pertinence. J’ai rejoint le Parti Républicain Solidariste de Laurence Taillade, qui a transité par le Parti des Radicaux de Gauche et le Modem. Pour son appui inconditionnel à la laïcité, et en même temps à une certaine forme de libéralisme : de goût et de formation, je suis plus près de Montesquieu que de Marx.

Et je suis un hussard de la République, au sens le plus traditionnel. Mon métier, c’était de transmettre des savoirs à des petits Français — je n’ai jamais regardé mes élèves autrement que comme des Français. Sans faire de distinction.

Quant à ce qui se prétend la Gauche… Aucun  vous m’entendez bien : aucun — des caciques du PS n’a cherché à me joindre. Ni des Verts. Ni Jadot, ni Faure. À se demander quelles valeurs ils défendent — mais quand on en est à se le demander…

À voir, le professeur interrogé sur Sud Radio, le 8 février

Débat Darmanin/Le Pen: un avant-goût de la présidentielle nous est promis!

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Les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto sur le plateau de France 2 à Saint Cloud © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00942736_000030

Ce soir, dans l’émission politique “Vous avez la parole”, la femme la plus “puissante” de la télé publique Léa Salamé arbitrera un match entre le ministre de l’Intérieur et la présidente du Rassemblement national. Enjeux.


“Que Madame Le Pen m’attaque, je le prends comme une Légion d’honneur ! Tout mon engagement politique, depuis que j’ai l’âge de voter, a été contre la famille Le Pen.” Ainsi s’exprimait en septembre[tooltips content= »LCI, 14 septembre 2020″](1)[/tooltips] notre ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Ce soir, dans l’émission que lui consacre France 2, il pourra renouveler cet engagement politique en se confrontant pendant 40 minutes à la chef de file de la droite nationale, lors d’un débat consacré à la sécurité et à l’islamisme.

Gérald Darmanin à Saint-Étienne-du-Rouvray, juillet 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00974295_000027
Gérald Darmanin à Saint-Étienne-du-Rouvray, juillet 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00974295_000027

Ces derniers jours, quand elle ne nous accable pas de ses répétitifs et ennuyeux commentaires sur la crise sanitaire, la presse nous vend ce duel comme le “match retour” de la présidentielle. Pas moins ! De son côté, à la même heure, le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a choisi d’aller faire de la résistance chez Hanouna sur le canal 8. Il a annoncé vouloir s’y opposer aux “idées fixes” de Darmanin et de Le Pen et à leur “névrose du séparatisme”. Depuis quelque temps, il prend son rôle de défenseur des musulmans opprimés vraiment à cœur!

Le casse tête de l’islamisme

Reste qu’effectivement, selon toute vraisemblance, il sera essentiellement question du séparatisme islamiste sur France 2. C’est le principal casse-tête qui occupe les journées de Darmanin depuis qu’il a pris ses fonctions place Beauvau. Un casse-tête sur lequel nos élites politiques auraient bien fait de se pencher depuis deux décennies, plutôt que de s’engager en politique “contre la famille Le Pen”…

A lire aussi, Raphaël Doan: «L’assimilation est par nature antiraciste»

Dans le petit livre qu’il vient de faire paraitre[tooltips content= »Le séparatisme islamiste : Manifeste pour la laïcité, l’Observatoire, 2021″](2)[/tooltips], le ministre déplore que la République ait perdu sa “transcendance” et y réaffirme son attachement aux grands principes républicains. Avec son parler populaire, présenté comme un atout, il entend démontrer ce soir qu’il existe bien des solutions républicaines au séparatisme. Il joue gros: les Français sont peut-être lassés de mots. De son côté, Marine Le Pen aura beau jeu de lui dire que son projet de loi “confortant les principes républicains” est en réalité une loi pour rien, et que la montagne médiatique a accouché d’une souris. Les termes d’islamisme et même de séparatisme n’apparaissent pas dans le texte prévu, alors vous vous rendez compte… Mais soyons rassurés, Darmanin a déjà la parade toute prête pour contrer pareille attaque[tooltips content= »“(…) je crains qu’on ne parle pas assez des valeurs de la République. J’entends ceux qui disent que c’est vide de sens, personnellement je le regrette. (…) On peut vibrer au son de la Marseillaise (…) on peut vibre au nom de son pays, de son histoire” Valeurs actuelles, 11 février. »](3)[/tooltips]. 

En revanche, sur le sort de la malheureuse Mila[tooltips content= »La lycéenne déscolarisée et harcelée depuis ses propos sur la religion islamique tenus en ligne NDLR »](4)[/tooltips], sur celui de la ville de Trappes objet d’une nouvelle polémique éducative, ou sur ses récentes rodomontades contre le groupe d’extrême-droite Génération Identitaire, les réponses de Darmanin seront très attendues.

Darmanin veut éviter l’affrontement civilisationnel

Pour en revenir au fameux “séparatisme”, selon la droite la plus dure, la France est en réalité engagée dans un affrontement civilisationnel, et le combat du pays est rendu particulièrement difficile par la submersion de flux migratoires acceptés ou encouragés par l’Union européenne. Darmanin devra faire la démonstration que Macron obtient des résultats sur ces sujets, ainsi que dans la lutte contre le terrorisme. 

Marine Le Pen en déplacement sur l'Ile de Sein, le 17 juin 2020 © DAMIEN MEYER / AFP
Marine Le Pen en déplacement sur l’Ile de Sein, le 17 juin 2020 © DAMIEN MEYER / AFP

Le ministre ambitieux, qui avait lâché François Fillon en 2017, affirme dans Valeurs actuelles que face au séparatisme, il faut du temps. Tout en défendant sa loi, il dit à nos confrères qu’ “on ne vient pas à bout d’une idée, d’une idéologie [l’islamisme NDLR] par un simple texte de loi. On la combat avec du temps et d’autres idées”. Marine Le Pen devrait lui demander lesquelles, alors qu’on reproche justement souvent aux principes républicains de ne pas parler à la jeunesse qui fait sécession. La chef du RN ne manquera pas de ressortir pour l’occasion sa proposition de loi alternative de 40 pages “visant à combattre les idéologies islamistes”, concoctée par le député européen Jean-Paul Garraud et présentée le 29 janvier. Elle comprend quelques mesures concrètes et musclées, comme l’interdiction du port du voile dans l’espace public, l’interdiction de la pratique, de la manifestation ou de la diffusion au cinéma ou dans la presse des « idéologies islamistes ». Le projet encourage la délation et promet la protection de ceux qui dénonceraient les contrevenants.

Marine Le Pen s’applique à de ne pas être caricaturale

Depuis son débat de l’entre deux tours de 2017, la députée du Pas-de-Calais est engagée dans une longue opération de reconstruction de son image auprès de l’opinion. 

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Pas caricaturale sur le coronavirus, elle a marqué des points. Par exemple, elle n’a pas commis l’erreur d’appeler à la désobéissance civile par rapport au couvre feu ou aux différents confinements, chose que ne se privent pas de faire à droite Florian Philippot ou Jean-Frédéric Poisson. Les ministres et les membres de la majorité présidentielle ont beau avoir pour consigne de la rediaboliser, parlant systématiquement dans leurs interventions de FN et non du RN pour rappeler aux Français le souvenir de son père, en coulisses, la macronie s’avoue embêtée par la stratégie efficace de Le Pen. Hier, un conseiller de l’Élysée dépité de ne plus lui trouver de point faible glissait ce commentaire désabusé au Figaro : “Elle a dû changer d’entourage, c’est pas possible ! En tout cas, ici, elle nous impressionne.” Mais tous comptes faits, Macron et ses conseillers ne voient évidemment pas cela d’un si mauvais œil. En réalité, un nouveau duel opposant Macron à cette adversaire les arrange.

Selon les enquêtes d’opinion, Marine Le Pen est aujourd’hui assurée de se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Gérald Darmanin, lui, a des ambitions à droite pour la suite, même s’il a été contraint de mettre de l’eau dans son vin ses dernières semaines, suite à une mise au point avec le président et ses mauvaises relations avec Eric Dupond-Moretti. Bruno Retailleau fournit un vrai travail à droite, mais il ne parvient pas à émerger et manque peut-être de charisme. Edouard Philippe est éloigné. Une candidature populiste alternative (Zemmour ? Onfray ? Pierre de Villiers ?) reste très incertaine. En attendant, pour Darmanin, le cadavre du RPR reste à prendre.

Le séparatisme islamiste

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