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Un pangolin peut en cacher un autre


D’où vient donc ce fichu SARS-CoV-2?


En épidémiologie comme en amour, mieux vaut être seul que mal accompagné. C’est ce que doivent se répéter les responsables de l’institut d’épidémiologie Marie-Bashir, de l’université de Sydney, après avoir publié une étude prétendant élucider le mécanisme de la transmission du Covid-19 de l’animal à l’être humain. L’étude, dirigée par le virologue australien Edward Holmes, s’intitule « Identifying SARS-CoV-2 related coronaviruses in Malayan pangolins ». Achevée en février, elle a été publiée dans le magazine Nature le 26 mars et s’appuie sur le séquençage génétique du virus pour comprendre les causes naturelles de l’épidémie.

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Seul problème, de taille, révélé dans un article du Daily Telegraph australien, le « séquençage du virus » dont l’étude australienne publie fièrement les résultats a été effectué dans un laboratoire militaire chinois, sous la conduite d’un certain professeur Wu-Chun Cao, qui est aussi colonel et membre du conseil d’administration de l’Institut de virologie de Wuhan, dont dépend le fameux laboratoire P4 sur lequel se focalise toute l’attention mondiale. La révélation a quelque peu remis en question le sérieux et l’indépendance de l’étude.

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Bien embêté, son commanditaire, le professeur Edward Holmes, s’est fendu d’un communiqué très officiel sur le site internet de l’université de Sydney, répétant qu’il n’y a « aucune preuve que le SARS-CoV-2, le virus à l’origine du Covid-19 chez les humains, provienne du laboratoire de Wuhan ». Certes. On comprend sa prudence. Il serait regrettable d’avoir voulu démontrer l’origine animale du virus, réclamé la fermeture des marchés couverts d’animaux et calomnié les pangolins pour s’apercevoir que le laboratoire chinois ayant produit les résultats sur lesquels s’appuie votre étude est le véritable point de départ de l’épidémie. On ne peut décidément faire confiance à personne. Après la distanciation sociale, les chercheurs australiens devront apprendre la distanciation scientifique.

Affaire Traoré: « La plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même »

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Marcel Gauchet est de retour dans l’ « Esprit de l’escalier » avec Elisabeth Lévy. Dans le dernier épisode, il est question de la mémoire du général De Gaulle, des violences policières, du nouvel anti-racisme et de Dijon.


Nous vous proposons de lire un extrait de leur échange. Retrouvez l’émission complète sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains.

Verbatim

Elisabeth Lévy. La lutte des classes a-t-elle cédé sa place à la lutte des races?

Marcel Gauchet. Non. C’est d’abord un effet du soft-power américain extraordinaire. Nous vivons à l’heure des États-Unis qui est un pays extraordinairement singulier, mais qui est devenu une référence universelle avec une facilité qui me déconcerte. Sans George Floyd, il y aurait eu tout au plus mille personnes devant le Palais de justice pour Adama Traoré. C’est CNN et consorts qui ont amené 20 000 personnes devant le palais de justice de Paris, un événement en soi qui mérite qu’on y réfléchisse. Par ailleurs, ce qui est saisissant sur le fond c’est l’abyssale disparition de l’histoire de la conscience de la plupart de nos concitoyens. L’idée que le passé puisse être différent du présent ne leur traverse pas l’esprit. On a l’impression que Colbert était un ministre de Pompidou qui a écrit un texte infâme il y a 50 ans, et qu’il faudrait l’abolir d’urgence en saisissant le conseil constitutionnel. (rires) Nous sommes dans un présent perpétuel. La France, c’est incroyable, n’est plus dans l’histoire. L’histoire américaine, la spécificité américaine n’existe pas. Nous sommes dans le monde du Même qui ne tolère aucune autre chose que la célébration de l’Autre. On est arrivé à un degré très élémentaire de réflexes politiques. Ce ne sont pas les militants qui ont toujours existé, la France d’ailleurs se distingue en termes de militance aberrante. Ce qui est significatif c’est le relais d’opinion, le fait que la plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même.

Nous sommes dans le monde du Même qui ne tolère aucune autre chose que la célébration de l’Autre

Elisabeth Lévy. Il y a une racialisation du débat qui me semble très claire. Quand Assa Traoré dit « Mes frères », je ne suis pas absolument certaine qu’elle parle de ses frères humains. Il y a une offensive me semble-t-il, une mise en accusation de l’homme blanc, de l’Occident, de la culture française…

Marcel Gauchet. Pire: il y a une offensive sur l’histoire telle qu’elle a eu lieu. C’est ce que montre cette expression aberrante de « privilège blanc ». Il se trouve que des circonstances historiques, accidentelles, ont fait que la famille Traoré est venue en France et que la culture occidentale s’est faite parmi les Blancs. Cette histoire est niée : tout se juge dans un présent total, où tout se juge en fonction d’un rapport de forces actuels en ramenant tout à la race, c’est un racisme qui ne dit pas son nom.

(…)

Elisabeth Lévy. Dans l’affaire Traoré il est aussi question de la police, des violences policières. C’est une thématique qui est en train de prendre, depuis la répression des gilets jaunes jusqu’à ce que l’on vient de voir à Dijon.

Marcel Gauchet. Il y a un problème de fond et un problème d’actualité, vous avez raison. Il est vrai que la manière de maintenir l’ordre pendant les manifestations des gilets jaunes a créé un doute profond sur la police qui a montré une maladresse incompréhensible, là où l’on croyait savoir que la police française était un modèle. (…) C’est une question compliquée mais je suis assez étonné que nous n’ayons pas été plus loin dans l’examen de cette affaire. J’ajoute, sans tomber dans le délire judiciaire, que la répression sur le plan judiciaire a été invraisemblable. Cette répression exceptionnelle alimente dans les profondeurs du pays la défiance.

Elisabeth Lévy. Est-ce une stratégie gouvernementale ?

Marcel Gauchet. Je le pense. Emmanuel Todd y voit une résurgence d’un esprit de classe chez les magistrats, c’est possible.

Elisabeth Lévy. Il faut être juste avant de poursuivre cette analyse de ce phénomène. Toute manifestation, même à Paris, aujourd’hui est accompagnée de violences contre les policiers jamais vues dans notre histoire récente.

Marcel Gauchet. En plus du problème des zones de non-droit il y a une autre composante, qui explique en partie ce qui s’est passé au moment des gilets jaunes : la formation d’une extrême-gauche aux racines anciennes que l’on résume peut-être trop rapidement sous la dénomination black-block. Il y a aussi les zadistes, les antifas… Ces groupes militants d’extrême-gauche sont en fait la transposition à peine voilée de la tentation terroriste des années 1970. Le but est d’amener l’État, toujours conçu comme policier, à…

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Malheur au pays dont le roi est un enfant


Sous doute en passe de quitter la place Beauvau, le catastrophique Christophe Castaner pourrait bien conserver un poste dans le prochain gouvernement d’Emmanuel Macron.


Émeutes communautaristes, règlements de compte, groupuscules islamo-gauchistes à la manœuvre, slogans antisémites, haine de l’hétérosexuel blanc et de l’occident… De quoi s’étonne-t-on ? De ce que Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, ait dit, au micro de Jean-Jacques Bourdin, être prêt à mettre un genou à terre « pour vaincre le racisme » ? Qu’il ait ainsi trahi et la police et la nation ? Qu’il soit même allé, comme le rapporte un journaliste de Valeurs Actuelles, jusqu’à imaginer une scénographie de cet agenouillement avec des policiers et des gendarmes volontaires dans la cour de l’hôtel Beauvau ?

Il faut vraiment suivre l’actualité avec une cervelle de papillon de nuit pour, le nez collé sur l’écran de télévision, être surpris par une telle mise à mal de la France au sommet de l’État. Un peu de mémoire suffirait à éclairer les événements si les commentateurs avaient été sensibles dès le début à l’inconséquence de ce ministre, s’ils avaient été capables d’en mesurer la gravité.

Castaner annoncé sortant

Car Monsieur Castaner n’a aucune idée du sérieux qu’exige la fonction de ministre. Combien de preuves faut-il verser au dossier quand la première était suffisamment éloquente pour le discréditer définitivement ? Avait-on besoin d’attendre qu’il envisage de s’agenouiller devant des minorités qui conchient la France pour savoir à qui nous avions affaire ? Ne l’avait-il pas conchiée lui-même lorsqu’il s’était porté en 2017 candidat à la tête de la République en Marche ? Souvenons de sa profession de foi du 14 novembre 2017. Il était alors porte-parole du gouvernement et briguait la présidence de La République en Marche (LREM). Extrait : 

« Cher.e.s ami.e.s, engagé.e.s auprès d’Emmanuel Macron, nous sommes des adhérent.e.s, des parlementaires, des référent.e.s, des élu.e.s de collectivités locales ; nous sommes issu.e.s de la ruralité, de la ville, de la banlieue ou de l’outre-mer ; nous venons de la société civile : professions libérales, chef.fe.s d’entreprises, salarié.e.s du privé et du public ; nous venons de la droite, de la gauche ou du centre ou connaissons notre premier engagement politique. Certain.e.s d’entre nous ont fondé ce Mouvement aux côtés d’Emmanuel Macron, d’autres l’ont rejoint en marche… »

Quel rapport y a-t-il entre l’écriture inclusive, dont Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, le même jour, devant les députés de la nation, critiquait l’usage, et un genou à terre devant des racialistes ? C’est la question des esprits faibles, notamment de tous ces politiques prompts à se cacher sous la table, à droite comme à gauche. 

Pas à la hauteur

N’y aurait-il donc aucun rapport entre un ministre qui met un genou à terre devant une minorité de féministes et ce même ministre qui, deux ans et demi plus tard, s’agenouille devant une autre minorité d’activistes ? Un tel rapport ne saute peut-être plus aussi aisément aux yeux depuis que la gauche a entraîné la droite et le pays tout entier dans cette défiguration grotesque de la langue française.

Aussi, en jetant leurs menottes, les policiers n’ont-ils fait que montrer au pays que le pouvoir était allé au bout de ce qui avait commencé avec cette profession de foi dont la rédaction contrevenait à l’article 2 de notre Constitution : « La langue de la République est le français ». Dès le début du quinquennat, et même avant, la trahison était en marche ! 

Monsieur Castaner doit-il quitter la place Beauvau ? Tout le monde le pense, tant son attitude et ses propos furent incompatibles avec sa fonction. Si son prédécesseur, Gérard Collomb, est parti, c’est qu’il avait sans doute compris que le Président avait secrètement besoin, à ce poste, d’un homme qui soit ministre de l’Intérieur et, en même temps, ne soit pas à la hauteur de la fonction. Un homme à son image.

Castaner, Ndiaye et le président

N’est-il pas en effet celui qui se sépare violemment de son chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, et qui, en même temps, se noie en bras de chemise dans le regard d’un jeune antillais torse nu, doigt d’honneur en sus dans une autre photo ? N’est-il pas celui qui rend des hommages vibrants dans la cour des Invalides à des soldats tombés pour la France et qui, en même temps, livre la cour du Palais de l’Élysée à un DJ arborant sur son T-Shirt un message qu’il croyait sans doute en accord avec les lieux : « Fils d’immigrés, noir et pédé » ? N’est-il pas celui qui s’habille en tenue de marin à l’Ile Longue ou d’aviateur à Istres, et qui, en même temps, supprime le défilé militaire du 14 juillet ? N’est-il pas celui qui déclare la guerre au coronavirus jusqu’à s’enivrer du mot dans un entretien fleuve et qui, en même temps, se refuse avec un entêtement aussi insensé qu’idéologique à fermer les frontières du pays ?   

Gérard Collomb craignait que le côte à côte communautariste ne se transforme en face à face ethnique. Qu’un ministre de l’Intérieur cesse enfin de taire cette crainte, qui depuis des années était celle d’observateurs lucides et courageux, était un avertissement qu’il n’était plus possible de ne pas prendre au sérieux. Mais le Président Macron est un enfant, il ne sait où finit le jeu, où commence le sérieux. Luc Ferry, Emmanuel Todd, d’autres encore, l’ont dit. Le premier a même commenté l’inconséquence du pays en ces termes : « On a mis un gamin à l’Élysée et on va le payer très cher ». [tooltips content= »Sud Radio décembre 2018″]1[/tooltips] Aussi rien n’est moins sûr qu’Emmanuel Macron ait envie de grandir, et de se grandir en se débarrassant de son ministre de l’Intérieur. Ne lui faudrait-il pas alors se débarrasser également de sa porte-parole ? 

« Malheur, à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ! Heureux toi, pays dont le roi est de race illustre, et dont les princes mangent au temps convenable, pour soutenir leurs forces, et non pour se livrer à la boisson ! » Ces lignes tirées de l’Ecclésiaste sont un véritable enseignement politique. Que les Français les méditent ! Le réel a toujours le dernier mot… qui peut être terrible.

Après les statues, les antiracistes cherchent à déboulonner les marques


Dans la foulée des manifestations « antiracistes » liées à la mort de George Floyd, des marques comme Uncle Ben’s ou Aunt Jemima envisagent de changer de nom. Politiquement correct, j’écris ton nom


Grâce aux antiracistes, le consommateur découvre qu’il perpétuerait à travers les actes d’achats de certains produits des stéréotypes raciaux, comme Monsieur Jourdain dit de la prose sans le savoir.

C’est toujours plus un succès

Les géants américains des produits de grande consommation (Pepsi, Mars, Colgate) ont récemment annoncé le retrait de certains de leurs produits. Pepsi va changer le nom et l’image de son sirop et de préparation pour pancakes « Aunt Jemima » (une marque vieille de 130 ans et représentant une femme noire souriante). Mars va faire évoluer sa marque de riz « Uncle Ben’s », utilisant depuis les années 1950 le visage d’un homme noir aux cheveux blancs nommé Ben. Colgate va « réexaminer » ses dentifrices Darlie vendus en Asie, et dont le nom signifie « dentifrice pour personne noire » en chinois.

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Le consommateur lambda achetant un paquet de riz Uncle Ben’s est en général peu sensible à la genèse de la marque (évoquant le passé esclavagiste des États-Unis) : il aime le sourire avenant du sympathique oncle Ben’s et apprécie son riz qui « ne colle jamais ». Et tante Jemima ? Admettons qu’il n’aime pas le sirop de pancakes et préfère les crêpes aromatisées au rhum « Negrita ». Le terme « petite noire » n’est-il pas tout aussi offensant ? Et que dire du paquet de biscuits « Pépito », représentant un jeune mexicain portant un sombrero ? « Pépito » est un terme usité pour faire référence aux origines ethniques d’une personne de façon désobligeante, comme le célèbre personnage d’« El Gringo » inventé par Jacques Vabre, méprisant et rudoyant les producteurs locaux afin de « sélectionner les meilleurs grains ».

Quelle insatisfaction!

En achetant ces produits, le consommateur doit-il se sentir l’héritier d’un colonialisme qui a vécu ? Il peut d’ailleurs se demander ce qu’il va advenir de l’oncle Ben’s. Va-t-on le suppléer par un bon génie tel Monsieur Propre qui, comme son nom l’indique, semble au-delà de tout soupçon ? Par quelles nouvelles identités visuelles ces icônes noires vont être remplacées ? Par des têtes blondes ? Mais n’y aurait-il pas après coup une sur-représentativité des Blancs ? Vaste débat. Le problème paraît insoluble, à l’image de la société de consommation (et bien souvent d’hyperconsommation) qui crée des besoins innombrables et pouvant générer un état d’insatisfaction permanent.

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Les groupes agroalimentaires cèdent à la pression de la rue et des réseaux sociaux en cherchant à changer le slogan de leurs marques afin de jouer la carte du « politiquement correct » et éviter de choquer. Le mouvement de mobilisation antiraciste lié à la mort de George Floyd pousse des marques centenaires (parfois de véritables institutions) à se « réinventer » en réalisant leur aggiornamento : changer leur message pour coller à l’époque et paraître plus moderne, au risque d’être jugées hypocrites et opportunistes.

La Convention citoyenne, une improbable litanie de propositions avec pour seule logique la décroissance

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Les 150 propositions adoptées le week-end dernier par la Convention citoyenne ressemblent à une compilation d’idées recyclées, de solutions qui n’en sont pas, de pensée magique et parfois, rarement, de bonnes intuitions. Il n’est question nulle part de financements, de conséquences économiques, sociales, politiques, de réalités technologiques et industrielles, d’investissements… Et les sujets qui fâchent, le nucléaire, l’Europe et la taxe carbone, ont été soigneusement évités.


En sept week-ends de travail, les 150 citoyens tirés au sort ont donc résolu le problème de la transition qui mobilise de par le monde des centaines de milliers de scientifiques, d’ingénieurs, d’écologistes, d’universitaires, de chercheurs depuis des décennies… Une tâche considérée même comme bien plus compliquée et hasardeuse que d’envoyer un homme sur la lune. Dans le détail et en dépit de l’emphase de la Convention citoyenne qui commence son texte par «Nous citoyennes et citoyens libre», les 286 pages et 150 propositions adoptées le week-end dernier ressemblent au mieux à un inventaire à la Prévert, au pire, à une compilation d’idées recyclées, de solutions qui n’en sont pas, peu efficaces et idéologiques, de pensée magique et heureusement, rarement, de bonnes intuitions. Mais il n’est question nulle part d’investissements, de financements, de conséquences économiques, sociales, politiques, de réalités et d’innovations technologiques, de créations de filières…  Ce travail bâclé n’a qu’une seule cohérence, considérer que la décroissance et la multiplication des contraintes et des interdictions sont les seuls moyens de réduire les émissions. Si ces mesures voient le jour, elles ont ainsi toutes les chances de provoquer un rejet social massif… L’écologie punitive dans toute sa splendeur. Dire que la Convention se voulait une réponse au mouvement des gilets jaunes!

Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, résume assez bien le sentiment à la lecture de ce morceau d’anthologie: «l’absence de connaissances, l’incompréhension transpire de beaucoup de ces mesures… Comme s’ils avaient voulu peindre un monde idéal, sans consulter aucun chef d’entreprise, aucun économiste… Comme si tout pouvait se faire d’un coup de baguette magique. Il y a une espèce de mépris de la compétitivité, et d’égocentrisme. Beaucoup n’y connaissaient rien, ils ont été affolés, et ont écouté religieusement les associations.»

Le nucléaire, l’Europe et la taxe carbone… n’existent pas!

Mais pouvait-il en être autrement? La transition énergétique consiste à substituer aux énergies fossiles, qui émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre, des énergies plus propres. Il s’agit d’un processus long, difficile et complexe. Il s’étalera sur des décennies et nécessite une adaptation continue et l’utilisation de technologies qui sont aujourd’hui embryonnaires voire inexistantes notamment dans l’industrie et les transports. Il ne suffit pas, comme le laissent croire de nombreux militants et certains ministres, d’installer des éoliennes et des panneaux solaires, d’acheter des voitures électriques et d’interdire à tout va.

L’objectif fixé à la Convention citoyenne était en lui-même démesuré. Elle devait proposer des mesures permettant de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990. Concrètement, de passer de 445 millions de tonnes de CO2 rejetées l’an dernier en France à 263 millions de tonnes. Les 150 propositions n’ont aucune chance de permettre ne serait-ce que d’approcher de cet objectif.

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D’autant plus, que les sujets qui fâchent, les plus importants, ont été soigneusement évités à l’image du nucléaire, de l’Europe et de la taxe carbone. Cette dernière avait provoqué, au moins en partie, le mouvement des gilets jaunes. Elle est à l’origine de la création de la Convention proposée par Emmanuel Macron comme une réponse à l’opposition entre la «fin du monde» et la «fin du mois».

La taxe carbone a donc été évacuée des débats et cela même si elle est considérée, par de nombreux experts dans le monde, comme l’un des moyens les plus efficaces pour réellement limiter les émissions de CO2. Tout simplement, parce qu’elle utilise le meilleur levier pour cela, rendre les émissions de plus en plus coûteuses pour les entreprises et les citoyens et les inciter fortement à utiliser des énergies plus propres…

Pour la Convention, l’Europe, les modèles étrangers et les contraintes du marché mondial n’existent pas non plus. Pourtant, toutes les propositions doivent s’inscrire dans un cadre juridique qui n’est pas franco-français. Le droit de l’environnement relève dans 95% des cas de la compétence de l’Union européenne. Quant aux modèles étrangers, concrets, éventuellement à suivre, ils ont été ignorés. L’Allemagne vient de décider d’investir 9 milliards d’euros dans l’hydrogène… Cela n’a aucune importance. La Suède est souvent donnée en exemple. Elle a réussi à concilier depuis 1990 la croissance (3% en moyenne par an) et la baisse dans le même temps de 26% de ses émissions de gaz à effet de serre. Le contraire de la stratégie préconisée par la Convention. Mais pour cette dernière, la France est une île, coupée du monde, maîtresse sans contraintes de son destin…

Obsession anti-automobile

L’électricité nucléaire était aussi un sujet tabou. Elle est aujourd’hui, en matière de limitation des émissions de gaz à effet de serre, le principal atout de la France. Elle lui permet d’être parmi les bons élèves de la transition. Car si la quasi-totalité de la production électrique française est «propre», c’est parce que plus de 70% est d’origine nucléaire. L’avenir de cette forme d’énergie est donc une question essentielle tout comme l’électrification des usages qui est un élément majeur de la transition, notamment dans les transports et l’industrie. Cela n’a pas semblé effleurer les membres de la Convention et ceux qui les chaperonnaient. Ces derniers ont en revanche réussi à leur transmettre leurs lubies et leurs obsessions.

Ainsi, la Convention citoyenne a été obnubilée par les transports (31% des émissions) et plus particulièrement la voiture (16% des émissions). Voilà pourquoi, elle a adoptée des gadgets idéologiques comme la limitation à 110 kilomètres heure de la vitesse maximum sur les autoroutes dont l’impact est, au mieux, marginal. L’argument de la sécurité routière ne tient pas non plus. Les autoroutes sont de loin les voies les plus sûres et la somnolence est un facteur d’accident trois fois plus important que la vitesse. Enfin, cette mesure a la mémoire courte. Elle oublie l’impact sur la naissance du mouvement des gilets jaunes du passage de 90 kilomètres heure à 80 kilomètres heure de vitesse maximale sur les routes secondaires, compris comme une stigmatisation de la France périphérique par la France d’en haut. La France périphérique est aussi celle qui prend le plus l’autoroute.

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La France des grandes villes n’est pas pour autant épargnée. La Convention veut interdire dès 2025 la vente des véhicules neufs qui émettent le plus de CO2 et leur accès aux centres villes. Cela aura peut-être un impact sur la qualité de l’air, mais à peine mesurable sur les émissions de gaz à effet de serre. Seront aussi interdites certaines publicités, les enseignes lumineuses, les terrasses chauffées dans les bars et restaurants.

«Consommer moins, produire moins, travailler moins…»

En ce qui concerne le bâtiment, la Convention vise enfin bien plus juste. Ce domaine représente 39,5% de la consommation finale d’énergie en France et 27% des émissions de CO2. Il est aussi essentiel que les transports. D’autant plus, que sur un parc de 35 millions de logements, la France compte environ 7,5 millions de «passoires thermiques». Il est donc possible de diminuer rapidement la consommation d’énergie et les émissions.

La Convention entend rendre ainsi obligatoire la rénovation énergétique de 20 millions de logements d’ici à 2040, et surtout de 5 millions de «passoires thermiques» d’ici 2030. Elle entend également contraindre la rénovation de l’ensemble des bâtiments publics et le remplacement des chaudières au fioul et à charbon. Tout cela est incontestable. Mais il y a un léger problème. Comment seront financés ces investissements considérables que seront incapables de mener seuls les propriétaires privés? Surtout que les années à venir, avec la profonde récession née de la pandémie, s’annoncent économiquement très difficiles. D’autant plus, si les mesures préconisées par la Convention se traduisent par un appauvrissement supplémentaire du pays…

On peut même parler de logique malthusienne, quand elle a proposé de réduire le temps de travail de 35 heures à 28 heures par semaine! Une proposition finalement et fort heureusement rejetée lors de la dernière session du 20 juin après un sursaut de lucidité. «La réduction du temps de travail, sans perte de salaire, est proposée pour aller vers ce nouveau modèle: sobriété, partage, justice sociale. Pour répondre pleinement à ces enjeux, nous devons consommer moins, produire moins et donc travailler moins», écrivait la Convention.

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De nombreuses autres propositions, n’ayant aucun rapport avec les émissions de gaz à effet de serre, ou alors vraiment très lointain, ont elles été adoptées. Ainsi, d’ici 2030, tous les Français devront consommer au moins 20% de fruits et légumes issus de l’agriculture biologique. Il s’agira «d’atteindre 50% d’exploitations en agroécologie d’ici 2040» et de «diminuer l’usage des produits phytopharmaceutiques de 50% d’ici 2025». Les questions de la baisse des rendements, de l’autosuffisance alimentaire et du prix des denrées ne sont même pas évoquées… Peu importe comment les ménages paieront.

Le plus stupéfiant est que plusieurs organisations écologistes appellent le Président de la République à ne surtout pas choisir «à la carte» parmi les mesures à appliquer. Un tiers des 150 mesures en question a été rédigé sous la forme de proposition de loi ou de règlements, prêts à l’emploi. Il semble bien qu’Emmanuel Macron se soit piégé lui-même.

Le chef de l’Etat a jusqu’au 29 juin pour trouver une parade. Il recevra, ce jour-là, les 150 membres de la Convention citoyenne sur le climat, «afin d’apporter une première réponse à leurs propositions». Il a bien la possibilité d’un referendum évoqué depuis quelques temps dans la majorité. Mais là encore, il a été devancé par la Convention dont les membres souhaitent que les Français se prononcent sur l’introduction dans la Constitution de la question climatique et sur la création «d’un crime d’écocide». Ce qui se dessine ressemble plus à un quitte ou double politique qu’à une stratégie de transition. Dommage, cela ressemble encore furieusement à une occasion manquée d’aborder enfin sérieusement, avec réalisme et ambition, la question de la transition.

Cette analyse a été publiée sur le site de la revue Transitions & Energies

« Labor of love »: le jeu TV avec un bébé comme récompense!


Cela fait près de vingt ans que la télé-réalité est apparue. Où s’arrêteront les contenus scabreux qu’elle enfante ? Dernier avatar en date, « Labor of love », la nouvelle émission américaine de la Fox.


En 2001, Loana et Jean-Édouard faisaient des galipettes dans la piscine de « Loft Story » sur M6, la première émission de télé-réalité diffusée en France. Depuis, le genre va toujours plus loin. Ainsi, « Labor of love », dernière production de la chaîne américaine Fox, met aux prises 15 hommes en compétition pour féconder Kristy Kastmann, une working girl sans enfants de 41 ans. La présentatrice du show, Kristin Davis, actrice de la série Sex and the City, explique que le gagnant et Kristy « feront un bébé en ignorant le passage séduction ». Fi de la carte du tendre, reliquat du monde d’avant ! Comme le résume crûment le journaliste Stuart Heritage, « Labor of love est une émission de rencontres dont la récompense est un être de chair et de sang. C’est un show qui est fait pour aider une femme à choisir un candidat pour la féconder. L’amour est en option. »

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Le premier épisode a été diffusé le 21 mai, avec le concours des parents des candidats. Il s’agit de promouvoir les futurs talents de papa gâteau des protagonistes, dont la fertilité a été rigoureusement vérifiée avant l’émission. Seule fausse note, la future maman semble cultiver une conception un peu datée des rapports hommes-femmes : « Je trouve dommage que l’on ne prenne plus le temps de communiquer vraiment, on considère notre futur partenaire comme un produit. » Instagrameuse accomplie, Kristy Kastmann parle comme un manuel de développement personnel lorsqu’elle s’épanche : « Pouvez-vous rester sincère envers vous-même au milieu de la tempête ? Pouvez-vous présumer de vos forces ? Êtes-vous ouvert à une nouvelle histoire totalement différente des autres ? Êtes-vous capable de trouver le confort dans l’inconfort ? » Tout cela ne nous dit pas si l’enfant sera conçu dans une piscine.

Notre civilisation est aussi assiégée par le management


Au régal du Management, l’essai de Baptiste Rappin, nous fait prendre conscience de notre inquiétante léthargie.


 

La Civilisation Mécanique finira par promener autour de la Terre, dans un fauteuil roulant, une Humanité gâteuse et baveuse, retombée en enfance et torchée par les Robots. Georges Bernanos.

Baptiste Rappin est Maître de Conférences à l’Université de Lorraine et se penche depuis des années sur ce mot-concept devenu courant, le Management, afin d’en montrer philosophiquement le sens et la vérité, ceux d’une technostructure qui a envahi les institutions de l’Université, de l’État, de l’Art, devenues armes terrifiantes de destruction de la Vérité, du Bien commun et du Beau.

Dans Au régal du Management (Éditions Ovadia), Baptiste Rappin s’attelle à cette tâche ardue : dire simplement les opérations de déconstruction qui se déroulent avec et contre nous grâce à une organisation technocratique, le management ; et montrer comment cette organisation accompagne et accélère la régression civilisationnelle dans le monde du travail et dans les mondes universitaire, politique ou artistique. Il y parvient avec une grande clarté.

Formatage des esprits

Un rappel nécessaire et trop souvent oublié, « L’école est avant tout un lieu de liberté », sonne la charge contre les théories foucaldiennes ou bourdieusiennes qui voulurent dénoncer une école comme lieu de l’enfermement ou de la reproduction sociale et qui, paradoxe impitoyable, aidèrent à l’institutionnalisation de cela même qu’ils pensaient attaquer. L’école est devenue, au nom de « l’employabilité », une institution managée par des « spécialistes de l’éducation » (Philippe Meirieu et consorts) qui « isolent les modes opératoires des enfants pour les ériger subrepticement en normes », avec pour finalité le « formatage des esprits. » 

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Pour parer toute possibilité de contestation, le management éducationnel s’est revêtu de deux vêtements imperméables, l’esprit scientifique et le « label humaniste ». Sorti de cette école-là, le nouvel homme sera nomade, métissé, ouvert, utile, employable, ou ne sera pas. Le savoir-être supplante le savoir. L’opérationnel enterre le professionnel. L’apprentissage de la langue, l’enseignement de l’histoire, « socles de l’identité nationale et civilisationnelle », sont remplacés par « la socialisation, autre violation de l’enceinte sacrée que constitue l’école. » L’élève sans qualités, devenu « apprenant » par la grâce de la novlangue des « scientifiques de l’éducation », ne sait pas écrire trois phrases sans fautes mais il est éco-responsable, il est un citoyen ouvert, et « Big Brother, Big Mother et Big Other » veillent sur lui.

« Déconstruite, l’université est devenue le bastion de la déconstruction »

L’organisation managériale se poursuit à l’Université, lieu que connaît parfaitement l’auteur et dans lequel il ne peut que constater le dispositif technocratique de l’arraisonnement du monde : les chercheurs ne sont plus « ni érudits, ni inventeurs », mais « techniciens : ils entreprennent en effet le ménage du réel pour en éliminer les aspérités inexploitables. »

L’abaissement de la langue, l’harmonisation forcée des articles universitaires, l’entre-soi des colloques, le « dressage des doctorants », participent à la disparition de cet outil ancien de plaisir et de recherche : le livre. L’universitaire-manager lit et écrit des articles courts, répétitifs, militants, dont « le contenu est de moins en moins à la hauteur des enjeux de la pensée. »

Baptiste Rappin évoque Orwell, Ellul, Muray, les « réfractaires dissidents qui osent braver les mots d’ordre de l’époque. » Le politique ne sait plus voir ce qu’il voit. Le Management du réel a effacé le réel. Ne restent que le canevas organisationnel et les mots d’ordre. « Les appartenances concrètes sont également appelées à disparaître » : adieu citoyen national, bonjour citoyen du monde ; la langue et la syntaxe se délitent et croulent sous les anglicismes ; la famille est remplacée par le mariage pour tous ; les amis par les réseaux sociaux. « Les polyvalents déconstructeurs, qui ont fait profession de démolisseurs, sont également des arracheurs de racines. »

Oubli du monde ancien et travail de sape incessant de pseudo-rebelles

Une nouvelle figure managériale remplit son office de rationalisateur du monde : l’expert. Spécialiste auto-proclamé, journaliste, consultant, créateur de fondation, président d’association ou d’ONG, acteur, chanteur ou sportif, l’expert étale son expertise dans les ministères et les institutions républicaines. L’expert n’a pas besoin d’être compétent, il lui suffit d’avoir compris les rouages du management : « en France, près d’une personne sur cinq ne produit rien, mais contrôle et évalue le travail des autres. » L’expert est avant tout un surveillant et un rappeleur à l’ordre. Il ne produit rien, il s’adapte. Il suit des process. Il dissout les liens d’appartenance et invente un nouveau monde fait de diversité, de métissage, de mondialisation heureuse, et d’oubli du monde ancien.

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L’art contemporain ne pouvait pas échapper à ce nouvel esprit managérial, nous dit Baptiste Rappin. Jeff Koons, « ancien trader de Wall Street, artiste métamorphosé en manager-spéculateur », en est la figure la plus emblématique. L’art moderne se révoltait contre l’ancien ; l’art contemporain colle à son époque. Le savoir-faire de la mise en forme artistique a été remplacé par « l’organisation de l’informe. »

Cet art contemporain et régressif est celui d’artistes qui instituent un art soi-disant rebelle mais qui n’est que conformisme et « travail de sape ». Dans sa « volonté d’abaisser l’homme au niveau de la bête », l’artiste contemporain cohabite trois jours avec un coyote (Joseph Beuys), fait caca un peu partout (dans des boîtes – Manzoni – ou dans des machines appelées Cloaca – Devoye), fait pipi où il peut (Serrano), photographie des femmes aux lèvres enduites de leurs menstrues (Ingrid Berthon-Moine). Puis il « fait l’éloge du processus », c’est-à-dire discourt et blablate sur une œuvre qui n’en est pas une, et recycle tout « en parfaite syntonie avec la moraline de l’éco-citoyenneté qui pollue la pensée dès le plus jeune âge et permet aux amoureux du confort de se racheter une vertu. »

Au régal du Management est le livre idéal pour aborder avec clarté une notion trop souvent passée sous silence, celle de l’organisation technocratique du monde jusque dans l’intime de nos vies, et du contrôle directif et pernicieux de nos existences par ces hauts lieux qui furent ceux du Savoir, de la Politique et de l’Art, mais qui ne sont plus que les organes de la soumission à la doxa progressiste et égalitariste de l’époque. 

C’est un livre fait pour le réveil de l’esprit, au moment où « tout, décidément, conspire au sommeil de la pensée. »

Au régal du Management : Le banquet des simulacres

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Une rue Al-Baghdadi à Riyad

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Le refus des autorités de renommer une artère baptisée Al-Baghdadi à Riyad fait polémique. On peut y voir l’illustration des difficultés du royaume à se départir d’une influence islamiste délétère qui finit par lui causer du tort.


Décidément, les noms de rue peuvent devenir gênants. C’est le cas jusqu’en Arabie saoudite où une artère baptisée Al-Baghdadi fait polémique : depuis quatre ans, une rue dans un quartier de Riyad porte le même nom que le « calife » de l’Etat islamique. Les riverains essaient depuis lors de faire rebaptiser la rue au nom sulfureux mais le gouvernement saoudien refuse obstinément. Prétexte de son inertie, il s’agit d’un autre Al-Baghdadi, un grand penseur musulman du Moyen-Age. Effectivement, des Al-Baghdadi, il y en a eu pléthore pendant l’âge d’or de l’islam, ce nom désignant celui qui vient de Bagdad ! Mais cet hommage rendu au moment même où son homonyme, à la tête de l’État Islamique, mettait à feu et à sang la Syrie et l’Irak et semait la terreur dans le monde, était une drôle de coïncidence.

Où va l’Arabie saoudite?

La toponymie du quartier Al-Hourouj n’a pas empêché l’Arabie Saoudite de se féliciter de la mort d’Abou Bakr Al-Baghdadi en octobre 2019… Riyad a  alors salué l’élimination du chef djihadiste qui avait, selon ses propres morts, « défiguré le vrai islam »

Pourquoi cette histoire somme toute dérisoire mérite notre attention ? C’est bien évidement le contexte, la grande histoire, qui donne tout son sens à l’anecdote. Où va l’Arabie saoudite ? De toute évidence, « l’Agenda 2030 », censé révolutionner le pays et apporter un vent de modernité libérale à une société cadenassée, bat de l’aile depuis son lancement. Après le déclenchement du blocus contre le Qatar en 2017, le psychodrame de la « démission » du Premier ministre libanais Saad Hariri, l’assassinat du journaliste d’opposition Jamel Khashoggi, la guerre au Yémen et les purges au sein même du royaume, le prince héritier Mohamed Ben Salmane inquiète. Est-il capable de diriger l’un des pays les plus importants de la région ? Que compte-t-il faire de l’alliance entre les fondateurs de sa dynastie et le clergé wahhabite, l’un des deux piliers – avec l’alliance avec les États-Unis scellé en 1945 à bord du Quincy – du trône et du pouvoir des Saoud ?

Embarrassante influence

Montrant du doigt l’Iran, accusant le Qatar, ravageant le Yémen, Mohamed Ben Salmane ne semble pas avoir totalement renoncé au rôle plus traditionnel du royaume : promouvoir un islam arriéré, source importante du mal qui ronge depuis plusieurs décennies le monde arabo-musulman ainsi que de nombreuses communautés musulmanes en Occident.

La campagne idéologique lancée par Riyad pour contrer la révolution islamique iranienne en 1979 n’est décidément pas finie. L’Arabie saoudite elle-même en souffre. Cette petite histoire toute en ambiguïtés en témoigne.

Gratte-ciel fr Riyad, Arabie Saoudite. Photo: Unsplash
Gratte-ciel de Riyad, Arabie Saoudite. Photo: Unsplash

Dijon brûle et nous regardons ailleurs


Après une semaine de violences extraordinaires entre populations immigrées à Dijon, un référendum semble promis aux Français. Mais pas du tout sur la sécurité…


Le film « Peur sur la ville » de Henri Verneuil pourrait à lui seul résumer la semaine qui vient de s’achever. Sauf qu’en 2020, la peur n’est pas suscitée par un tueur en série sadique qui s’en prend aux jolies jeunes femmes, mais par des bandes tchétchènes, des antifas, des black blocks et des racailles de banlieues armées. 

En meute, tous viennent saccager, brûler, casser, blesser, se battre entre eux ou contre les forces de l’ordre. Mais peu importe. Peu importe que tout un quartier ait été pris en otage à Dijon quatre jours durant à cause d’un déchainement de violence inter communautaire où seule la loi du talion avait droit de cité. Peu importe que la manifestation des soignants de mardi ait été gâchée par des black bloc et autres antifas issus de l’ultra gauche, venus pour casser du flic. Peu importe, car la priorité du gouvernement ce n’est pas le rétablissement de l’ordre républicain, mais la préservation de la planète !

Chic, enfin un référendum!

En effet, ce week-end c’est la dernière ligne droite pour la convention citoyenne pour le climat. Avec la crise sanitaire, le confinement et ce déconfinement agité, on avait oublié que depuis octobre dernier, 150 citoyens tirés au sort ont participé à cette expérience de démocratie participative, lancée en fanfare par Emmanuel Macron dans la foulée du Grand Débat des gilets jaunes. 

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Pendant neuf mois, ils ont planché sur des mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le sort du monde d’après repose entre leurs mains. Ils ont jusqu’à dimanche pour voter en assemblée plénière les propositions qui seront ensuite présentées à l’exécutif. Certaines pourraient être soumises à un référendum. C’est le souhait formulé par le chef de l’État en janvier. Cet appel à l’expression de la souveraineté nationale sur des questions écologiques serait la première pierre à l’édifice de « ce nouveau chemin » voulu par un Emmanuel Macron, devenu plus Géant Vert et moins Jupiter.

Si ce référendum a lieu, il serait le premier depuis 15 ans, depuis le fameux scrutin du 29 mai 2005 où les Français ont posé leur véto au traité de la constitution européenne qu’on leur vendait comme la panacée. Moins par anti écologisme que par anti macronisme, il existe en 2020 un risque que les Français renvoient dans les cordes de la contestation les mesures écologiques soumises à leur jugement. Le chef de l’Etat envisagerait malgré tout d’organiser ce référendum. 

Le sens des priorités

Mais est-ce le moment d’être au chevet de dame Nature alors que le pays s’achemine doucement mais sûrement vers la sortie d’un état d’urgence sanitaire inédit et s’apprête à présent à connaître une crise économique d’une ampleur que les Cassandres décrivent sans précédent ? Est-ce le moment de parler écologie à l’aune des évènements de ces derniers jours à Dijon et à Paris ? On peut légitimement voir ici de l’inconséquence. 

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Et quitte à entendre la voix du peuple, pourquoi ne pas organiser aussi un référendum concernant l’état de la sécurité dans notre pays ? Que pensent les Français de l’insécurité systématique qui règne dans les zones de non droit gangrénées par les violences inter communautaires sur fond de trafic de stupéfiants ? Pourquoi ne pas leur demander aussi s’ils sont d’accord pour désarmer leur police, et s’ils pensent que les forces de l’ordre sont par nature des racistes systémiques ? Dernière question iconoclaste : en cas d’incapacité à maintenir l’ordre, pourquoi ne pas carrément demander aux citoyens s’il faut faire intervenir l’armée ?

Mais il semblerait que la hiérarchisation des priorités ne fasse pas partie du logiciel politique macroniste !

Le Carré reprend du service


Retour de service, le roman du maître de l’espionnage à l’époque du Brexit


Depuis son premier roman, L’Appel du mort (1961), David Cornwell alias John le Carré (attention à la minuscule : « pour des raisons freudiennes, précise l’écrivain à propos d’un pseudonyme jugé par lui « ridicule », ce l minuscule est devenu pour moi une obsession ») ne cesse, à près de quatre-vingt-dix ans, d’approfondir sa subtile connaissance du cœur humain. Soixante ans d’une carrière littéraire ô combien prestigieuse (souvenons-nous du succès planétaire, en 1963, de L’Espion qui venait du froid, transposé au cinéma) n’ont en aucun cas stérilisé cet auteur atypique qui témoigne non seulement d’une merveilleuse jeunesse d’esprit mais aussi d’une puissance créatrice au-dessus du commun. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que le Carré n’ait pas eu le Nobel de littérature, tant son oeuvre, traduite dans maintes langues, a changé du tout au tout le roman d’espionnage… et radiographié cette Angleterre impériale en déclin qu’il aime et déteste à la fois.

Le Carré n’a-t-il pas réussi à créer des figures mythiques comme Georges Smiley (que bien des lecteurs n’imaginent plus que sous les traits d’Alec Guinness dans La Taupe, la série télévisée de la BBC) ? Le professeur à Eton devenu cold warrior à Berne, Hambourg et Berlin, l’agent des prestigieux MI 5 (sécurité intérieure) et MI 6 (documentation extérieure), le diplomate (?) du Foreign Office s’est, au fil des années et de quelque vingt-cinq livres, révélé comme l’un des auteurs majeurs de la littérature contemporaine.

Nat, Forence et l’improbable Ed…

Voilà qu’il nous revient avec un thriller, Retour de service (le titre original est autrement plus parlant : Agent Running in the Filed), qui s’avère une réussite : rythme, profondeur des analyses, retournements, farces et attrapes diverses, balance parfaite entre moments d’incrédulité et tension paroxystique, sans oublier l’humour désabusé et cette juvénile indignation.

A lire aussi, Jérôme Leroy: John le Carré, agent très littéraire

De quoi s’agit-il ? Du tournant dans la carrière d’un agent du Service, Nat, de son vrai prénom Anatoly, belle figure de déclassé comme souvent chez le Carré, lui-même fils d’un escroc haut en couleurs. Nat, quarante-sept ans, fils d’une Russe blanche et d’un colonel alcoolique des Scots Guards, revient à la Centrale de Londres après des années passées en poste à Moscou, Tbilissi, Tallinn, où il a recruté et géré toutes sortes d’agents. En somme, Nat est le petit-fils de Smiley, qu’il a dû croiser lors de sa formation. Notre Nat se retrouve relégué sur une voie de garage, au Refuge, une sous-commission qui sert de cimetière des éléphants, où végètent transfuges carbonisés, informateurs de cinquième zone, veuves des temps glorieux ainsi qu’une exceptionnelle Florence, qui lève un fameux lièvre en la personne d’Orson, nom de code d’un oligarque ukrainien qui fricote avec les services de Vlad, le maître de la nouvelle Russie.

Entre Forence, Nat et l’improbable Ed, joueur compulsif de badminton, un étrange trio se met en place, et ce dans une Angleterre qui aborde les rivages périlleux du Brexit sous l’œil glauque de Donald Trump, bête noire de l’écrivain. Le lecteur suivra en haletant le scénario du maître, où les agents  ne sont pas ceux que l’on pense, travaillent parfois pour d’autres maîtres que prévu, et n’obéissent pas toujours aux ordres de leurs supérieurs.

L’espion qui n’était pas assez cynique

À l’ombre bien détectable de Smiley répond celle, fantomatique, de Karla, le maître du Centre de Moscou. Le communisme a sombré, les tchékistes d’antan ont passé la main sans pouvoir écrire leurs mémoires… mais ils ont semé des héritiers, par exemple Valentina, qui gère les illégaux de l’Europe de l’Ouest, une vraie tchékiste, jamais repérée par les services ennemis (= nous). Je laisse le lecteur découvrir la suite des opérations.

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La trahison, la vanité humaine, les conditionnements mentaux de l’Upper Class, les jeux de pouvoir au sein des ministères sensibles, les réflexes induits par la vie clandestine, la manipulation sans scrupules des sentiments (ceux des agents, des collègues ou des supérieurs), les rapports filiaux (réels et fantasmés), la politique internationale et ses sordides dessous : avec tous ces éléments éminemment romanesques, le Carré joue avec un inimitable brio. Du grand art.

Le regretté Vladimir Volkoff, qui avait lui aussi participé au Grand Jeu, avait coutume de dire « moustache foireux tourne gens-de-lettres ». Trop tendre, pas assez cynique sans doute pour faire un pur espion, le Carré a trouvé son salut dans la littérature, pour notre plus grand profit.

John le Carré, Retour de service, Seuil, 302 pages
A lire aussi, le Cahier de l’Herne John le Carré, dirigé par Isabelle Perrin, la (brillante) traductrice de l’écrivain.

Un pangolin peut en cacher un autre

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© Johannes EISELE / AFP

D’où vient donc ce fichu SARS-CoV-2?


En épidémiologie comme en amour, mieux vaut être seul que mal accompagné. C’est ce que doivent se répéter les responsables de l’institut d’épidémiologie Marie-Bashir, de l’université de Sydney, après avoir publié une étude prétendant élucider le mécanisme de la transmission du Covid-19 de l’animal à l’être humain. L’étude, dirigée par le virologue australien Edward Holmes, s’intitule « Identifying SARS-CoV-2 related coronaviruses in Malayan pangolins ». Achevée en février, elle a été publiée dans le magazine Nature le 26 mars et s’appuie sur le séquençage génétique du virus pour comprendre les causes naturelles de l’épidémie.

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Seul problème, de taille, révélé dans un article du Daily Telegraph australien, le « séquençage du virus » dont l’étude australienne publie fièrement les résultats a été effectué dans un laboratoire militaire chinois, sous la conduite d’un certain professeur Wu-Chun Cao, qui est aussi colonel et membre du conseil d’administration de l’Institut de virologie de Wuhan, dont dépend le fameux laboratoire P4 sur lequel se focalise toute l’attention mondiale. La révélation a quelque peu remis en question le sérieux et l’indépendance de l’étude.

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Bien embêté, son commanditaire, le professeur Edward Holmes, s’est fendu d’un communiqué très officiel sur le site internet de l’université de Sydney, répétant qu’il n’y a « aucune preuve que le SARS-CoV-2, le virus à l’origine du Covid-19 chez les humains, provienne du laboratoire de Wuhan ». Certes. On comprend sa prudence. Il serait regrettable d’avoir voulu démontrer l’origine animale du virus, réclamé la fermeture des marchés couverts d’animaux et calomnié les pangolins pour s’apercevoir que le laboratoire chinois ayant produit les résultats sur lesquels s’appuie votre étude est le véritable point de départ de l’épidémie. On ne peut décidément faire confiance à personne. Après la distanciation sociale, les chercheurs australiens devront apprendre la distanciation scientifique.

Affaire Traoré: « La plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même »

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Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028

Marcel Gauchet est de retour dans l’ « Esprit de l’escalier » avec Elisabeth Lévy. Dans le dernier épisode, il est question de la mémoire du général De Gaulle, des violences policières, du nouvel anti-racisme et de Dijon.


Nous vous proposons de lire un extrait de leur échange. Retrouvez l’émission complète sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains.

Verbatim

Elisabeth Lévy. La lutte des classes a-t-elle cédé sa place à la lutte des races?

Marcel Gauchet. Non. C’est d’abord un effet du soft-power américain extraordinaire. Nous vivons à l’heure des États-Unis qui est un pays extraordinairement singulier, mais qui est devenu une référence universelle avec une facilité qui me déconcerte. Sans George Floyd, il y aurait eu tout au plus mille personnes devant le Palais de justice pour Adama Traoré. C’est CNN et consorts qui ont amené 20 000 personnes devant le palais de justice de Paris, un événement en soi qui mérite qu’on y réfléchisse. Par ailleurs, ce qui est saisissant sur le fond c’est l’abyssale disparition de l’histoire de la conscience de la plupart de nos concitoyens. L’idée que le passé puisse être différent du présent ne leur traverse pas l’esprit. On a l’impression que Colbert était un ministre de Pompidou qui a écrit un texte infâme il y a 50 ans, et qu’il faudrait l’abolir d’urgence en saisissant le conseil constitutionnel. (rires) Nous sommes dans un présent perpétuel. La France, c’est incroyable, n’est plus dans l’histoire. L’histoire américaine, la spécificité américaine n’existe pas. Nous sommes dans le monde du Même qui ne tolère aucune autre chose que la célébration de l’Autre. On est arrivé à un degré très élémentaire de réflexes politiques. Ce ne sont pas les militants qui ont toujours existé, la France d’ailleurs se distingue en termes de militance aberrante. Ce qui est significatif c’est le relais d’opinion, le fait que la plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même.

Nous sommes dans le monde du Même qui ne tolère aucune autre chose que la célébration de l’Autre

Elisabeth Lévy. Il y a une racialisation du débat qui me semble très claire. Quand Assa Traoré dit « Mes frères », je ne suis pas absolument certaine qu’elle parle de ses frères humains. Il y a une offensive me semble-t-il, une mise en accusation de l’homme blanc, de l’Occident, de la culture française…

Marcel Gauchet. Pire: il y a une offensive sur l’histoire telle qu’elle a eu lieu. C’est ce que montre cette expression aberrante de « privilège blanc ». Il se trouve que des circonstances historiques, accidentelles, ont fait que la famille Traoré est venue en France et que la culture occidentale s’est faite parmi les Blancs. Cette histoire est niée : tout se juge dans un présent total, où tout se juge en fonction d’un rapport de forces actuels en ramenant tout à la race, c’est un racisme qui ne dit pas son nom.

(…)

Elisabeth Lévy. Dans l’affaire Traoré il est aussi question de la police, des violences policières. C’est une thématique qui est en train de prendre, depuis la répression des gilets jaunes jusqu’à ce que l’on vient de voir à Dijon.

Marcel Gauchet. Il y a un problème de fond et un problème d’actualité, vous avez raison. Il est vrai que la manière de maintenir l’ordre pendant les manifestations des gilets jaunes a créé un doute profond sur la police qui a montré une maladresse incompréhensible, là où l’on croyait savoir que la police française était un modèle. (…) C’est une question compliquée mais je suis assez étonné que nous n’ayons pas été plus loin dans l’examen de cette affaire. J’ajoute, sans tomber dans le délire judiciaire, que la répression sur le plan judiciaire a été invraisemblable. Cette répression exceptionnelle alimente dans les profondeurs du pays la défiance.

Elisabeth Lévy. Est-ce une stratégie gouvernementale ?

Marcel Gauchet. Je le pense. Emmanuel Todd y voit une résurgence d’un esprit de classe chez les magistrats, c’est possible.

Elisabeth Lévy. Il faut être juste avant de poursuivre cette analyse de ce phénomène. Toute manifestation, même à Paris, aujourd’hui est accompagnée de violences contre les policiers jamais vues dans notre histoire récente.

Marcel Gauchet. En plus du problème des zones de non-droit il y a une autre composante, qui explique en partie ce qui s’est passé au moment des gilets jaunes : la formation d’une extrême-gauche aux racines anciennes que l’on résume peut-être trop rapidement sous la dénomination black-block. Il y a aussi les zadistes, les antifas… Ces groupes militants d’extrême-gauche sont en fait la transposition à peine voilée de la tentation terroriste des années 1970. Le but est d’amener l’État, toujours conçu comme policier, à…

>>> Retrouvez la suite et plus d’une heure d’échanges avec Marcel Gauchet sur REACnROLL (5 par mois) <<<

Malheur au pays dont le roi est un enfant

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Rassemblement de policiers, avec les syndicats Unité SGP FO et Alliance, le 17 juin 2020 devant la Prefecture de police à Paris © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00968027_000012

Sous doute en passe de quitter la place Beauvau, le catastrophique Christophe Castaner pourrait bien conserver un poste dans le prochain gouvernement d’Emmanuel Macron.


Émeutes communautaristes, règlements de compte, groupuscules islamo-gauchistes à la manœuvre, slogans antisémites, haine de l’hétérosexuel blanc et de l’occident… De quoi s’étonne-t-on ? De ce que Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, ait dit, au micro de Jean-Jacques Bourdin, être prêt à mettre un genou à terre « pour vaincre le racisme » ? Qu’il ait ainsi trahi et la police et la nation ? Qu’il soit même allé, comme le rapporte un journaliste de Valeurs Actuelles, jusqu’à imaginer une scénographie de cet agenouillement avec des policiers et des gendarmes volontaires dans la cour de l’hôtel Beauvau ?

Il faut vraiment suivre l’actualité avec une cervelle de papillon de nuit pour, le nez collé sur l’écran de télévision, être surpris par une telle mise à mal de la France au sommet de l’État. Un peu de mémoire suffirait à éclairer les événements si les commentateurs avaient été sensibles dès le début à l’inconséquence de ce ministre, s’ils avaient été capables d’en mesurer la gravité.

Castaner annoncé sortant

Car Monsieur Castaner n’a aucune idée du sérieux qu’exige la fonction de ministre. Combien de preuves faut-il verser au dossier quand la première était suffisamment éloquente pour le discréditer définitivement ? Avait-on besoin d’attendre qu’il envisage de s’agenouiller devant des minorités qui conchient la France pour savoir à qui nous avions affaire ? Ne l’avait-il pas conchiée lui-même lorsqu’il s’était porté en 2017 candidat à la tête de la République en Marche ? Souvenons de sa profession de foi du 14 novembre 2017. Il était alors porte-parole du gouvernement et briguait la présidence de La République en Marche (LREM). Extrait : 

« Cher.e.s ami.e.s, engagé.e.s auprès d’Emmanuel Macron, nous sommes des adhérent.e.s, des parlementaires, des référent.e.s, des élu.e.s de collectivités locales ; nous sommes issu.e.s de la ruralité, de la ville, de la banlieue ou de l’outre-mer ; nous venons de la société civile : professions libérales, chef.fe.s d’entreprises, salarié.e.s du privé et du public ; nous venons de la droite, de la gauche ou du centre ou connaissons notre premier engagement politique. Certain.e.s d’entre nous ont fondé ce Mouvement aux côtés d’Emmanuel Macron, d’autres l’ont rejoint en marche… »

Quel rapport y a-t-il entre l’écriture inclusive, dont Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, le même jour, devant les députés de la nation, critiquait l’usage, et un genou à terre devant des racialistes ? C’est la question des esprits faibles, notamment de tous ces politiques prompts à se cacher sous la table, à droite comme à gauche. 

Pas à la hauteur

N’y aurait-il donc aucun rapport entre un ministre qui met un genou à terre devant une minorité de féministes et ce même ministre qui, deux ans et demi plus tard, s’agenouille devant une autre minorité d’activistes ? Un tel rapport ne saute peut-être plus aussi aisément aux yeux depuis que la gauche a entraîné la droite et le pays tout entier dans cette défiguration grotesque de la langue française.

Aussi, en jetant leurs menottes, les policiers n’ont-ils fait que montrer au pays que le pouvoir était allé au bout de ce qui avait commencé avec cette profession de foi dont la rédaction contrevenait à l’article 2 de notre Constitution : « La langue de la République est le français ». Dès le début du quinquennat, et même avant, la trahison était en marche ! 

Monsieur Castaner doit-il quitter la place Beauvau ? Tout le monde le pense, tant son attitude et ses propos furent incompatibles avec sa fonction. Si son prédécesseur, Gérard Collomb, est parti, c’est qu’il avait sans doute compris que le Président avait secrètement besoin, à ce poste, d’un homme qui soit ministre de l’Intérieur et, en même temps, ne soit pas à la hauteur de la fonction. Un homme à son image.

Castaner, Ndiaye et le président

N’est-il pas en effet celui qui se sépare violemment de son chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, et qui, en même temps, se noie en bras de chemise dans le regard d’un jeune antillais torse nu, doigt d’honneur en sus dans une autre photo ? N’est-il pas celui qui rend des hommages vibrants dans la cour des Invalides à des soldats tombés pour la France et qui, en même temps, livre la cour du Palais de l’Élysée à un DJ arborant sur son T-Shirt un message qu’il croyait sans doute en accord avec les lieux : « Fils d’immigrés, noir et pédé » ? N’est-il pas celui qui s’habille en tenue de marin à l’Ile Longue ou d’aviateur à Istres, et qui, en même temps, supprime le défilé militaire du 14 juillet ? N’est-il pas celui qui déclare la guerre au coronavirus jusqu’à s’enivrer du mot dans un entretien fleuve et qui, en même temps, se refuse avec un entêtement aussi insensé qu’idéologique à fermer les frontières du pays ?   

Gérard Collomb craignait que le côte à côte communautariste ne se transforme en face à face ethnique. Qu’un ministre de l’Intérieur cesse enfin de taire cette crainte, qui depuis des années était celle d’observateurs lucides et courageux, était un avertissement qu’il n’était plus possible de ne pas prendre au sérieux. Mais le Président Macron est un enfant, il ne sait où finit le jeu, où commence le sérieux. Luc Ferry, Emmanuel Todd, d’autres encore, l’ont dit. Le premier a même commenté l’inconséquence du pays en ces termes : « On a mis un gamin à l’Élysée et on va le payer très cher ». [tooltips content= »Sud Radio décembre 2018″]1[/tooltips] Aussi rien n’est moins sûr qu’Emmanuel Macron ait envie de grandir, et de se grandir en se débarrassant de son ministre de l’Intérieur. Ne lui faudrait-il pas alors se débarrasser également de sa porte-parole ? 

« Malheur, à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ! Heureux toi, pays dont le roi est de race illustre, et dont les princes mangent au temps convenable, pour soutenir leurs forces, et non pour se livrer à la boisson ! » Ces lignes tirées de l’Ecclésiaste sont un véritable enseignement politique. Que les Français les méditent ! Le réel a toujours le dernier mot… qui peut être terrible.

Après les statues, les antiracistes cherchent à déboulonner les marques

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© Kris Tripplaar/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30224098_000022

Dans la foulée des manifestations « antiracistes » liées à la mort de George Floyd, des marques comme Uncle Ben’s ou Aunt Jemima envisagent de changer de nom. Politiquement correct, j’écris ton nom


Grâce aux antiracistes, le consommateur découvre qu’il perpétuerait à travers les actes d’achats de certains produits des stéréotypes raciaux, comme Monsieur Jourdain dit de la prose sans le savoir.

C’est toujours plus un succès

Les géants américains des produits de grande consommation (Pepsi, Mars, Colgate) ont récemment annoncé le retrait de certains de leurs produits. Pepsi va changer le nom et l’image de son sirop et de préparation pour pancakes « Aunt Jemima » (une marque vieille de 130 ans et représentant une femme noire souriante). Mars va faire évoluer sa marque de riz « Uncle Ben’s », utilisant depuis les années 1950 le visage d’un homme noir aux cheveux blancs nommé Ben. Colgate va « réexaminer » ses dentifrices Darlie vendus en Asie, et dont le nom signifie « dentifrice pour personne noire » en chinois.

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Le consommateur lambda achetant un paquet de riz Uncle Ben’s est en général peu sensible à la genèse de la marque (évoquant le passé esclavagiste des États-Unis) : il aime le sourire avenant du sympathique oncle Ben’s et apprécie son riz qui « ne colle jamais ». Et tante Jemima ? Admettons qu’il n’aime pas le sirop de pancakes et préfère les crêpes aromatisées au rhum « Negrita ». Le terme « petite noire » n’est-il pas tout aussi offensant ? Et que dire du paquet de biscuits « Pépito », représentant un jeune mexicain portant un sombrero ? « Pépito » est un terme usité pour faire référence aux origines ethniques d’une personne de façon désobligeante, comme le célèbre personnage d’« El Gringo » inventé par Jacques Vabre, méprisant et rudoyant les producteurs locaux afin de « sélectionner les meilleurs grains ».

Quelle insatisfaction!

En achetant ces produits, le consommateur doit-il se sentir l’héritier d’un colonialisme qui a vécu ? Il peut d’ailleurs se demander ce qu’il va advenir de l’oncle Ben’s. Va-t-on le suppléer par un bon génie tel Monsieur Propre qui, comme son nom l’indique, semble au-delà de tout soupçon ? Par quelles nouvelles identités visuelles ces icônes noires vont être remplacées ? Par des têtes blondes ? Mais n’y aurait-il pas après coup une sur-représentativité des Blancs ? Vaste débat. Le problème paraît insoluble, à l’image de la société de consommation (et bien souvent d’hyperconsommation) qui crée des besoins innombrables et pouvant générer un état d’insatisfaction permanent.

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Les groupes agroalimentaires cèdent à la pression de la rue et des réseaux sociaux en cherchant à changer le slogan de leurs marques afin de jouer la carte du « politiquement correct » et éviter de choquer. Le mouvement de mobilisation antiraciste lié à la mort de George Floyd pousse des marques centenaires (parfois de véritables institutions) à se « réinventer » en réalisant leur aggiornamento : changer leur message pour coller à l’époque et paraître plus moderne, au risque d’être jugées hypocrites et opportunistes.

La Convention citoyenne, une improbable litanie de propositions avec pour seule logique la décroissance

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Photo: Facebook / Convention Citoyenne pour le Climat

Les 150 propositions adoptées le week-end dernier par la Convention citoyenne ressemblent à une compilation d’idées recyclées, de solutions qui n’en sont pas, de pensée magique et parfois, rarement, de bonnes intuitions. Il n’est question nulle part de financements, de conséquences économiques, sociales, politiques, de réalités technologiques et industrielles, d’investissements… Et les sujets qui fâchent, le nucléaire, l’Europe et la taxe carbone, ont été soigneusement évités.


En sept week-ends de travail, les 150 citoyens tirés au sort ont donc résolu le problème de la transition qui mobilise de par le monde des centaines de milliers de scientifiques, d’ingénieurs, d’écologistes, d’universitaires, de chercheurs depuis des décennies… Une tâche considérée même comme bien plus compliquée et hasardeuse que d’envoyer un homme sur la lune. Dans le détail et en dépit de l’emphase de la Convention citoyenne qui commence son texte par «Nous citoyennes et citoyens libre», les 286 pages et 150 propositions adoptées le week-end dernier ressemblent au mieux à un inventaire à la Prévert, au pire, à une compilation d’idées recyclées, de solutions qui n’en sont pas, peu efficaces et idéologiques, de pensée magique et heureusement, rarement, de bonnes intuitions. Mais il n’est question nulle part d’investissements, de financements, de conséquences économiques, sociales, politiques, de réalités et d’innovations technologiques, de créations de filières…  Ce travail bâclé n’a qu’une seule cohérence, considérer que la décroissance et la multiplication des contraintes et des interdictions sont les seuls moyens de réduire les émissions. Si ces mesures voient le jour, elles ont ainsi toutes les chances de provoquer un rejet social massif… L’écologie punitive dans toute sa splendeur. Dire que la Convention se voulait une réponse au mouvement des gilets jaunes!

Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, résume assez bien le sentiment à la lecture de ce morceau d’anthologie: «l’absence de connaissances, l’incompréhension transpire de beaucoup de ces mesures… Comme s’ils avaient voulu peindre un monde idéal, sans consulter aucun chef d’entreprise, aucun économiste… Comme si tout pouvait se faire d’un coup de baguette magique. Il y a une espèce de mépris de la compétitivité, et d’égocentrisme. Beaucoup n’y connaissaient rien, ils ont été affolés, et ont écouté religieusement les associations.»

Le nucléaire, l’Europe et la taxe carbone… n’existent pas!

Mais pouvait-il en être autrement? La transition énergétique consiste à substituer aux énergies fossiles, qui émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre, des énergies plus propres. Il s’agit d’un processus long, difficile et complexe. Il s’étalera sur des décennies et nécessite une adaptation continue et l’utilisation de technologies qui sont aujourd’hui embryonnaires voire inexistantes notamment dans l’industrie et les transports. Il ne suffit pas, comme le laissent croire de nombreux militants et certains ministres, d’installer des éoliennes et des panneaux solaires, d’acheter des voitures électriques et d’interdire à tout va.

L’objectif fixé à la Convention citoyenne était en lui-même démesuré. Elle devait proposer des mesures permettant de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990. Concrètement, de passer de 445 millions de tonnes de CO2 rejetées l’an dernier en France à 263 millions de tonnes. Les 150 propositions n’ont aucune chance de permettre ne serait-ce que d’approcher de cet objectif.

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D’autant plus, que les sujets qui fâchent, les plus importants, ont été soigneusement évités à l’image du nucléaire, de l’Europe et de la taxe carbone. Cette dernière avait provoqué, au moins en partie, le mouvement des gilets jaunes. Elle est à l’origine de la création de la Convention proposée par Emmanuel Macron comme une réponse à l’opposition entre la «fin du monde» et la «fin du mois».

La taxe carbone a donc été évacuée des débats et cela même si elle est considérée, par de nombreux experts dans le monde, comme l’un des moyens les plus efficaces pour réellement limiter les émissions de CO2. Tout simplement, parce qu’elle utilise le meilleur levier pour cela, rendre les émissions de plus en plus coûteuses pour les entreprises et les citoyens et les inciter fortement à utiliser des énergies plus propres…

Pour la Convention, l’Europe, les modèles étrangers et les contraintes du marché mondial n’existent pas non plus. Pourtant, toutes les propositions doivent s’inscrire dans un cadre juridique qui n’est pas franco-français. Le droit de l’environnement relève dans 95% des cas de la compétence de l’Union européenne. Quant aux modèles étrangers, concrets, éventuellement à suivre, ils ont été ignorés. L’Allemagne vient de décider d’investir 9 milliards d’euros dans l’hydrogène… Cela n’a aucune importance. La Suède est souvent donnée en exemple. Elle a réussi à concilier depuis 1990 la croissance (3% en moyenne par an) et la baisse dans le même temps de 26% de ses émissions de gaz à effet de serre. Le contraire de la stratégie préconisée par la Convention. Mais pour cette dernière, la France est une île, coupée du monde, maîtresse sans contraintes de son destin…

Obsession anti-automobile

L’électricité nucléaire était aussi un sujet tabou. Elle est aujourd’hui, en matière de limitation des émissions de gaz à effet de serre, le principal atout de la France. Elle lui permet d’être parmi les bons élèves de la transition. Car si la quasi-totalité de la production électrique française est «propre», c’est parce que plus de 70% est d’origine nucléaire. L’avenir de cette forme d’énergie est donc une question essentielle tout comme l’électrification des usages qui est un élément majeur de la transition, notamment dans les transports et l’industrie. Cela n’a pas semblé effleurer les membres de la Convention et ceux qui les chaperonnaient. Ces derniers ont en revanche réussi à leur transmettre leurs lubies et leurs obsessions.

Ainsi, la Convention citoyenne a été obnubilée par les transports (31% des émissions) et plus particulièrement la voiture (16% des émissions). Voilà pourquoi, elle a adoptée des gadgets idéologiques comme la limitation à 110 kilomètres heure de la vitesse maximum sur les autoroutes dont l’impact est, au mieux, marginal. L’argument de la sécurité routière ne tient pas non plus. Les autoroutes sont de loin les voies les plus sûres et la somnolence est un facteur d’accident trois fois plus important que la vitesse. Enfin, cette mesure a la mémoire courte. Elle oublie l’impact sur la naissance du mouvement des gilets jaunes du passage de 90 kilomètres heure à 80 kilomètres heure de vitesse maximale sur les routes secondaires, compris comme une stigmatisation de la France périphérique par la France d’en haut. La France périphérique est aussi celle qui prend le plus l’autoroute.

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La France des grandes villes n’est pas pour autant épargnée. La Convention veut interdire dès 2025 la vente des véhicules neufs qui émettent le plus de CO2 et leur accès aux centres villes. Cela aura peut-être un impact sur la qualité de l’air, mais à peine mesurable sur les émissions de gaz à effet de serre. Seront aussi interdites certaines publicités, les enseignes lumineuses, les terrasses chauffées dans les bars et restaurants.

«Consommer moins, produire moins, travailler moins…»

En ce qui concerne le bâtiment, la Convention vise enfin bien plus juste. Ce domaine représente 39,5% de la consommation finale d’énergie en France et 27% des émissions de CO2. Il est aussi essentiel que les transports. D’autant plus, que sur un parc de 35 millions de logements, la France compte environ 7,5 millions de «passoires thermiques». Il est donc possible de diminuer rapidement la consommation d’énergie et les émissions.

La Convention entend rendre ainsi obligatoire la rénovation énergétique de 20 millions de logements d’ici à 2040, et surtout de 5 millions de «passoires thermiques» d’ici 2030. Elle entend également contraindre la rénovation de l’ensemble des bâtiments publics et le remplacement des chaudières au fioul et à charbon. Tout cela est incontestable. Mais il y a un léger problème. Comment seront financés ces investissements considérables que seront incapables de mener seuls les propriétaires privés? Surtout que les années à venir, avec la profonde récession née de la pandémie, s’annoncent économiquement très difficiles. D’autant plus, si les mesures préconisées par la Convention se traduisent par un appauvrissement supplémentaire du pays…

On peut même parler de logique malthusienne, quand elle a proposé de réduire le temps de travail de 35 heures à 28 heures par semaine! Une proposition finalement et fort heureusement rejetée lors de la dernière session du 20 juin après un sursaut de lucidité. «La réduction du temps de travail, sans perte de salaire, est proposée pour aller vers ce nouveau modèle: sobriété, partage, justice sociale. Pour répondre pleinement à ces enjeux, nous devons consommer moins, produire moins et donc travailler moins», écrivait la Convention.

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De nombreuses autres propositions, n’ayant aucun rapport avec les émissions de gaz à effet de serre, ou alors vraiment très lointain, ont elles été adoptées. Ainsi, d’ici 2030, tous les Français devront consommer au moins 20% de fruits et légumes issus de l’agriculture biologique. Il s’agira «d’atteindre 50% d’exploitations en agroécologie d’ici 2040» et de «diminuer l’usage des produits phytopharmaceutiques de 50% d’ici 2025». Les questions de la baisse des rendements, de l’autosuffisance alimentaire et du prix des denrées ne sont même pas évoquées… Peu importe comment les ménages paieront.

Le plus stupéfiant est que plusieurs organisations écologistes appellent le Président de la République à ne surtout pas choisir «à la carte» parmi les mesures à appliquer. Un tiers des 150 mesures en question a été rédigé sous la forme de proposition de loi ou de règlements, prêts à l’emploi. Il semble bien qu’Emmanuel Macron se soit piégé lui-même.

Le chef de l’Etat a jusqu’au 29 juin pour trouver une parade. Il recevra, ce jour-là, les 150 membres de la Convention citoyenne sur le climat, «afin d’apporter une première réponse à leurs propositions». Il a bien la possibilité d’un referendum évoqué depuis quelques temps dans la majorité. Mais là encore, il a été devancé par la Convention dont les membres souhaitent que les Français se prononcent sur l’introduction dans la Constitution de la question climatique et sur la création «d’un crime d’écocide». Ce qui se dessine ressemble plus à un quitte ou double politique qu’à une stratégie de transition. Dommage, cela ressemble encore furieusement à une occasion manquée d’aborder enfin sérieusement, avec réalisme et ambition, la question de la transition.

Cette analyse a été publiée sur le site de la revue Transitions & Energies

« Labor of love »: le jeu TV avec un bébé comme récompense!

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Kristy Katzmann © D.R.

Cela fait près de vingt ans que la télé-réalité est apparue. Où s’arrêteront les contenus scabreux qu’elle enfante ? Dernier avatar en date, « Labor of love », la nouvelle émission américaine de la Fox.


En 2001, Loana et Jean-Édouard faisaient des galipettes dans la piscine de « Loft Story » sur M6, la première émission de télé-réalité diffusée en France. Depuis, le genre va toujours plus loin. Ainsi, « Labor of love », dernière production de la chaîne américaine Fox, met aux prises 15 hommes en compétition pour féconder Kristy Kastmann, une working girl sans enfants de 41 ans. La présentatrice du show, Kristin Davis, actrice de la série Sex and the City, explique que le gagnant et Kristy « feront un bébé en ignorant le passage séduction ». Fi de la carte du tendre, reliquat du monde d’avant ! Comme le résume crûment le journaliste Stuart Heritage, « Labor of love est une émission de rencontres dont la récompense est un être de chair et de sang. C’est un show qui est fait pour aider une femme à choisir un candidat pour la féconder. L’amour est en option. »

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Le premier épisode a été diffusé le 21 mai, avec le concours des parents des candidats. Il s’agit de promouvoir les futurs talents de papa gâteau des protagonistes, dont la fertilité a été rigoureusement vérifiée avant l’émission. Seule fausse note, la future maman semble cultiver une conception un peu datée des rapports hommes-femmes : « Je trouve dommage que l’on ne prenne plus le temps de communiquer vraiment, on considère notre futur partenaire comme un produit. » Instagrameuse accomplie, Kristy Kastmann parle comme un manuel de développement personnel lorsqu’elle s’épanche : « Pouvez-vous rester sincère envers vous-même au milieu de la tempête ? Pouvez-vous présumer de vos forces ? Êtes-vous ouvert à une nouvelle histoire totalement différente des autres ? Êtes-vous capable de trouver le confort dans l’inconfort ? » Tout cela ne nous dit pas si l’enfant sera conçu dans une piscine.

Notre civilisation est aussi assiégée par le management

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Le President de la Republique rencontre les entrepreneurs de la French Tech © Gilles ROLLE-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00879241_000026

Au régal du Management, l’essai de Baptiste Rappin, nous fait prendre conscience de notre inquiétante léthargie.


 

La Civilisation Mécanique finira par promener autour de la Terre, dans un fauteuil roulant, une Humanité gâteuse et baveuse, retombée en enfance et torchée par les Robots. Georges Bernanos.

Baptiste Rappin est Maître de Conférences à l’Université de Lorraine et se penche depuis des années sur ce mot-concept devenu courant, le Management, afin d’en montrer philosophiquement le sens et la vérité, ceux d’une technostructure qui a envahi les institutions de l’Université, de l’État, de l’Art, devenues armes terrifiantes de destruction de la Vérité, du Bien commun et du Beau.

Dans Au régal du Management (Éditions Ovadia), Baptiste Rappin s’attelle à cette tâche ardue : dire simplement les opérations de déconstruction qui se déroulent avec et contre nous grâce à une organisation technocratique, le management ; et montrer comment cette organisation accompagne et accélère la régression civilisationnelle dans le monde du travail et dans les mondes universitaire, politique ou artistique. Il y parvient avec une grande clarté.

Formatage des esprits

Un rappel nécessaire et trop souvent oublié, « L’école est avant tout un lieu de liberté », sonne la charge contre les théories foucaldiennes ou bourdieusiennes qui voulurent dénoncer une école comme lieu de l’enfermement ou de la reproduction sociale et qui, paradoxe impitoyable, aidèrent à l’institutionnalisation de cela même qu’ils pensaient attaquer. L’école est devenue, au nom de « l’employabilité », une institution managée par des « spécialistes de l’éducation » (Philippe Meirieu et consorts) qui « isolent les modes opératoires des enfants pour les ériger subrepticement en normes », avec pour finalité le « formatage des esprits. » 

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Pour parer toute possibilité de contestation, le management éducationnel s’est revêtu de deux vêtements imperméables, l’esprit scientifique et le « label humaniste ». Sorti de cette école-là, le nouvel homme sera nomade, métissé, ouvert, utile, employable, ou ne sera pas. Le savoir-être supplante le savoir. L’opérationnel enterre le professionnel. L’apprentissage de la langue, l’enseignement de l’histoire, « socles de l’identité nationale et civilisationnelle », sont remplacés par « la socialisation, autre violation de l’enceinte sacrée que constitue l’école. » L’élève sans qualités, devenu « apprenant » par la grâce de la novlangue des « scientifiques de l’éducation », ne sait pas écrire trois phrases sans fautes mais il est éco-responsable, il est un citoyen ouvert, et « Big Brother, Big Mother et Big Other » veillent sur lui.

« Déconstruite, l’université est devenue le bastion de la déconstruction »

L’organisation managériale se poursuit à l’Université, lieu que connaît parfaitement l’auteur et dans lequel il ne peut que constater le dispositif technocratique de l’arraisonnement du monde : les chercheurs ne sont plus « ni érudits, ni inventeurs », mais « techniciens : ils entreprennent en effet le ménage du réel pour en éliminer les aspérités inexploitables. »

L’abaissement de la langue, l’harmonisation forcée des articles universitaires, l’entre-soi des colloques, le « dressage des doctorants », participent à la disparition de cet outil ancien de plaisir et de recherche : le livre. L’universitaire-manager lit et écrit des articles courts, répétitifs, militants, dont « le contenu est de moins en moins à la hauteur des enjeux de la pensée. »

Baptiste Rappin évoque Orwell, Ellul, Muray, les « réfractaires dissidents qui osent braver les mots d’ordre de l’époque. » Le politique ne sait plus voir ce qu’il voit. Le Management du réel a effacé le réel. Ne restent que le canevas organisationnel et les mots d’ordre. « Les appartenances concrètes sont également appelées à disparaître » : adieu citoyen national, bonjour citoyen du monde ; la langue et la syntaxe se délitent et croulent sous les anglicismes ; la famille est remplacée par le mariage pour tous ; les amis par les réseaux sociaux. « Les polyvalents déconstructeurs, qui ont fait profession de démolisseurs, sont également des arracheurs de racines. »

Oubli du monde ancien et travail de sape incessant de pseudo-rebelles

Une nouvelle figure managériale remplit son office de rationalisateur du monde : l’expert. Spécialiste auto-proclamé, journaliste, consultant, créateur de fondation, président d’association ou d’ONG, acteur, chanteur ou sportif, l’expert étale son expertise dans les ministères et les institutions républicaines. L’expert n’a pas besoin d’être compétent, il lui suffit d’avoir compris les rouages du management : « en France, près d’une personne sur cinq ne produit rien, mais contrôle et évalue le travail des autres. » L’expert est avant tout un surveillant et un rappeleur à l’ordre. Il ne produit rien, il s’adapte. Il suit des process. Il dissout les liens d’appartenance et invente un nouveau monde fait de diversité, de métissage, de mondialisation heureuse, et d’oubli du monde ancien.

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L’art contemporain ne pouvait pas échapper à ce nouvel esprit managérial, nous dit Baptiste Rappin. Jeff Koons, « ancien trader de Wall Street, artiste métamorphosé en manager-spéculateur », en est la figure la plus emblématique. L’art moderne se révoltait contre l’ancien ; l’art contemporain colle à son époque. Le savoir-faire de la mise en forme artistique a été remplacé par « l’organisation de l’informe. »

Cet art contemporain et régressif est celui d’artistes qui instituent un art soi-disant rebelle mais qui n’est que conformisme et « travail de sape ». Dans sa « volonté d’abaisser l’homme au niveau de la bête », l’artiste contemporain cohabite trois jours avec un coyote (Joseph Beuys), fait caca un peu partout (dans des boîtes – Manzoni – ou dans des machines appelées Cloaca – Devoye), fait pipi où il peut (Serrano), photographie des femmes aux lèvres enduites de leurs menstrues (Ingrid Berthon-Moine). Puis il « fait l’éloge du processus », c’est-à-dire discourt et blablate sur une œuvre qui n’en est pas une, et recycle tout « en parfaite syntonie avec la moraline de l’éco-citoyenneté qui pollue la pensée dès le plus jeune âge et permet aux amoureux du confort de se racheter une vertu. »

Au régal du Management est le livre idéal pour aborder avec clarté une notion trop souvent passée sous silence, celle de l’organisation technocratique du monde jusque dans l’intime de nos vies, et du contrôle directif et pernicieux de nos existences par ces hauts lieux qui furent ceux du Savoir, de la Politique et de l’Art, mais qui ne sont plus que les organes de la soumission à la doxa progressiste et égalitariste de l’époque. 

C’est un livre fait pour le réveil de l’esprit, au moment où « tout, décidément, conspire au sommeil de la pensée. »

Au régal du Management : Le banquet des simulacres

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Une rue Al-Baghdadi à Riyad

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Pique nique à Riyad, en 2017. Le prince heritier Mohammed Bin Salman a lancé un ambitieux plan de transformation du royaume, baptise 'Vision 2030', pour sortir du tout pétrole. © ERIC DESSONS/JDD/SIPA Numéro de reportage: 00797333_000079

Le refus des autorités de renommer une artère baptisée Al-Baghdadi à Riyad fait polémique. On peut y voir l’illustration des difficultés du royaume à se départir d’une influence islamiste délétère qui finit par lui causer du tort.


Décidément, les noms de rue peuvent devenir gênants. C’est le cas jusqu’en Arabie saoudite où une artère baptisée Al-Baghdadi fait polémique : depuis quatre ans, une rue dans un quartier de Riyad porte le même nom que le « calife » de l’Etat islamique. Les riverains essaient depuis lors de faire rebaptiser la rue au nom sulfureux mais le gouvernement saoudien refuse obstinément. Prétexte de son inertie, il s’agit d’un autre Al-Baghdadi, un grand penseur musulman du Moyen-Age. Effectivement, des Al-Baghdadi, il y en a eu pléthore pendant l’âge d’or de l’islam, ce nom désignant celui qui vient de Bagdad ! Mais cet hommage rendu au moment même où son homonyme, à la tête de l’État Islamique, mettait à feu et à sang la Syrie et l’Irak et semait la terreur dans le monde, était une drôle de coïncidence.

Où va l’Arabie saoudite?

La toponymie du quartier Al-Hourouj n’a pas empêché l’Arabie Saoudite de se féliciter de la mort d’Abou Bakr Al-Baghdadi en octobre 2019… Riyad a  alors salué l’élimination du chef djihadiste qui avait, selon ses propres morts, « défiguré le vrai islam »

Pourquoi cette histoire somme toute dérisoire mérite notre attention ? C’est bien évidement le contexte, la grande histoire, qui donne tout son sens à l’anecdote. Où va l’Arabie saoudite ? De toute évidence, « l’Agenda 2030 », censé révolutionner le pays et apporter un vent de modernité libérale à une société cadenassée, bat de l’aile depuis son lancement. Après le déclenchement du blocus contre le Qatar en 2017, le psychodrame de la « démission » du Premier ministre libanais Saad Hariri, l’assassinat du journaliste d’opposition Jamel Khashoggi, la guerre au Yémen et les purges au sein même du royaume, le prince héritier Mohamed Ben Salmane inquiète. Est-il capable de diriger l’un des pays les plus importants de la région ? Que compte-t-il faire de l’alliance entre les fondateurs de sa dynastie et le clergé wahhabite, l’un des deux piliers – avec l’alliance avec les États-Unis scellé en 1945 à bord du Quincy – du trône et du pouvoir des Saoud ?

Embarrassante influence

Montrant du doigt l’Iran, accusant le Qatar, ravageant le Yémen, Mohamed Ben Salmane ne semble pas avoir totalement renoncé au rôle plus traditionnel du royaume : promouvoir un islam arriéré, source importante du mal qui ronge depuis plusieurs décennies le monde arabo-musulman ainsi que de nombreuses communautés musulmanes en Occident.

La campagne idéologique lancée par Riyad pour contrer la révolution islamique iranienne en 1979 n’est décidément pas finie. L’Arabie saoudite elle-même en souffre. Cette petite histoire toute en ambiguïtés en témoigne.

Gratte-ciel fr Riyad, Arabie Saoudite. Photo: Unsplash
Gratte-ciel de Riyad, Arabie Saoudite. Photo: Unsplash

Dijon brûle et nous regardons ailleurs

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Le quartier des Gresilles à Dijon, le 15 kuin 2020 © DOLIDZE SABRINA/SIPA Numéro de reportage: 00967356_000002

Après une semaine de violences extraordinaires entre populations immigrées à Dijon, un référendum semble promis aux Français. Mais pas du tout sur la sécurité…


Le film « Peur sur la ville » de Henri Verneuil pourrait à lui seul résumer la semaine qui vient de s’achever. Sauf qu’en 2020, la peur n’est pas suscitée par un tueur en série sadique qui s’en prend aux jolies jeunes femmes, mais par des bandes tchétchènes, des antifas, des black blocks et des racailles de banlieues armées. 

En meute, tous viennent saccager, brûler, casser, blesser, se battre entre eux ou contre les forces de l’ordre. Mais peu importe. Peu importe que tout un quartier ait été pris en otage à Dijon quatre jours durant à cause d’un déchainement de violence inter communautaire où seule la loi du talion avait droit de cité. Peu importe que la manifestation des soignants de mardi ait été gâchée par des black bloc et autres antifas issus de l’ultra gauche, venus pour casser du flic. Peu importe, car la priorité du gouvernement ce n’est pas le rétablissement de l’ordre républicain, mais la préservation de la planète !

Chic, enfin un référendum!

En effet, ce week-end c’est la dernière ligne droite pour la convention citoyenne pour le climat. Avec la crise sanitaire, le confinement et ce déconfinement agité, on avait oublié que depuis octobre dernier, 150 citoyens tirés au sort ont participé à cette expérience de démocratie participative, lancée en fanfare par Emmanuel Macron dans la foulée du Grand Débat des gilets jaunes. 

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Pendant neuf mois, ils ont planché sur des mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le sort du monde d’après repose entre leurs mains. Ils ont jusqu’à dimanche pour voter en assemblée plénière les propositions qui seront ensuite présentées à l’exécutif. Certaines pourraient être soumises à un référendum. C’est le souhait formulé par le chef de l’État en janvier. Cet appel à l’expression de la souveraineté nationale sur des questions écologiques serait la première pierre à l’édifice de « ce nouveau chemin » voulu par un Emmanuel Macron, devenu plus Géant Vert et moins Jupiter.

Si ce référendum a lieu, il serait le premier depuis 15 ans, depuis le fameux scrutin du 29 mai 2005 où les Français ont posé leur véto au traité de la constitution européenne qu’on leur vendait comme la panacée. Moins par anti écologisme que par anti macronisme, il existe en 2020 un risque que les Français renvoient dans les cordes de la contestation les mesures écologiques soumises à leur jugement. Le chef de l’Etat envisagerait malgré tout d’organiser ce référendum. 

Le sens des priorités

Mais est-ce le moment d’être au chevet de dame Nature alors que le pays s’achemine doucement mais sûrement vers la sortie d’un état d’urgence sanitaire inédit et s’apprête à présent à connaître une crise économique d’une ampleur que les Cassandres décrivent sans précédent ? Est-ce le moment de parler écologie à l’aune des évènements de ces derniers jours à Dijon et à Paris ? On peut légitimement voir ici de l’inconséquence. 

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Et quitte à entendre la voix du peuple, pourquoi ne pas organiser aussi un référendum concernant l’état de la sécurité dans notre pays ? Que pensent les Français de l’insécurité systématique qui règne dans les zones de non droit gangrénées par les violences inter communautaires sur fond de trafic de stupéfiants ? Pourquoi ne pas leur demander aussi s’ils sont d’accord pour désarmer leur police, et s’ils pensent que les forces de l’ordre sont par nature des racistes systémiques ? Dernière question iconoclaste : en cas d’incapacité à maintenir l’ordre, pourquoi ne pas carrément demander aux citoyens s’il faut faire intervenir l’armée ?

Mais il semblerait que la hiérarchisation des priorités ne fasse pas partie du logiciel politique macroniste !

Le Carré reprend du service

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John le Carré Kirsty © Wigglesworth/AP/SIPA Numéro de reportag : AP20757648_000001

Retour de service, le roman du maître de l’espionnage à l’époque du Brexit


Depuis son premier roman, L’Appel du mort (1961), David Cornwell alias John le Carré (attention à la minuscule : « pour des raisons freudiennes, précise l’écrivain à propos d’un pseudonyme jugé par lui « ridicule », ce l minuscule est devenu pour moi une obsession ») ne cesse, à près de quatre-vingt-dix ans, d’approfondir sa subtile connaissance du cœur humain. Soixante ans d’une carrière littéraire ô combien prestigieuse (souvenons-nous du succès planétaire, en 1963, de L’Espion qui venait du froid, transposé au cinéma) n’ont en aucun cas stérilisé cet auteur atypique qui témoigne non seulement d’une merveilleuse jeunesse d’esprit mais aussi d’une puissance créatrice au-dessus du commun. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que le Carré n’ait pas eu le Nobel de littérature, tant son oeuvre, traduite dans maintes langues, a changé du tout au tout le roman d’espionnage… et radiographié cette Angleterre impériale en déclin qu’il aime et déteste à la fois.

Le Carré n’a-t-il pas réussi à créer des figures mythiques comme Georges Smiley (que bien des lecteurs n’imaginent plus que sous les traits d’Alec Guinness dans La Taupe, la série télévisée de la BBC) ? Le professeur à Eton devenu cold warrior à Berne, Hambourg et Berlin, l’agent des prestigieux MI 5 (sécurité intérieure) et MI 6 (documentation extérieure), le diplomate (?) du Foreign Office s’est, au fil des années et de quelque vingt-cinq livres, révélé comme l’un des auteurs majeurs de la littérature contemporaine.

Nat, Forence et l’improbable Ed…

Voilà qu’il nous revient avec un thriller, Retour de service (le titre original est autrement plus parlant : Agent Running in the Filed), qui s’avère une réussite : rythme, profondeur des analyses, retournements, farces et attrapes diverses, balance parfaite entre moments d’incrédulité et tension paroxystique, sans oublier l’humour désabusé et cette juvénile indignation.

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De quoi s’agit-il ? Du tournant dans la carrière d’un agent du Service, Nat, de son vrai prénom Anatoly, belle figure de déclassé comme souvent chez le Carré, lui-même fils d’un escroc haut en couleurs. Nat, quarante-sept ans, fils d’une Russe blanche et d’un colonel alcoolique des Scots Guards, revient à la Centrale de Londres après des années passées en poste à Moscou, Tbilissi, Tallinn, où il a recruté et géré toutes sortes d’agents. En somme, Nat est le petit-fils de Smiley, qu’il a dû croiser lors de sa formation. Notre Nat se retrouve relégué sur une voie de garage, au Refuge, une sous-commission qui sert de cimetière des éléphants, où végètent transfuges carbonisés, informateurs de cinquième zone, veuves des temps glorieux ainsi qu’une exceptionnelle Florence, qui lève un fameux lièvre en la personne d’Orson, nom de code d’un oligarque ukrainien qui fricote avec les services de Vlad, le maître de la nouvelle Russie.

Entre Forence, Nat et l’improbable Ed, joueur compulsif de badminton, un étrange trio se met en place, et ce dans une Angleterre qui aborde les rivages périlleux du Brexit sous l’œil glauque de Donald Trump, bête noire de l’écrivain. Le lecteur suivra en haletant le scénario du maître, où les agents  ne sont pas ceux que l’on pense, travaillent parfois pour d’autres maîtres que prévu, et n’obéissent pas toujours aux ordres de leurs supérieurs.

L’espion qui n’était pas assez cynique

À l’ombre bien détectable de Smiley répond celle, fantomatique, de Karla, le maître du Centre de Moscou. Le communisme a sombré, les tchékistes d’antan ont passé la main sans pouvoir écrire leurs mémoires… mais ils ont semé des héritiers, par exemple Valentina, qui gère les illégaux de l’Europe de l’Ouest, une vraie tchékiste, jamais repérée par les services ennemis (= nous). Je laisse le lecteur découvrir la suite des opérations.

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La trahison, la vanité humaine, les conditionnements mentaux de l’Upper Class, les jeux de pouvoir au sein des ministères sensibles, les réflexes induits par la vie clandestine, la manipulation sans scrupules des sentiments (ceux des agents, des collègues ou des supérieurs), les rapports filiaux (réels et fantasmés), la politique internationale et ses sordides dessous : avec tous ces éléments éminemment romanesques, le Carré joue avec un inimitable brio. Du grand art.

Le regretté Vladimir Volkoff, qui avait lui aussi participé au Grand Jeu, avait coutume de dire « moustache foireux tourne gens-de-lettres ». Trop tendre, pas assez cynique sans doute pour faire un pur espion, le Carré a trouvé son salut dans la littérature, pour notre plus grand profit.

John le Carré, Retour de service, Seuil, 302 pages
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