Le Canada repousse les limites du racisme antiraciste, à tel point qu’on peut se demander s’il est encore une société libérale et méritocratique…


Le 5 novembre dernier, la presse a révélé que la «toute première élue autochtone de la Ville de Montréal» n’était finalement pas vraiment amérindienne….

De son nom Marie-Josée Parent, elle s’était vue confier en août 2018 le dossier de la réconciliation avec les Premières Nations par la mairesse progressiste Valérie Plante. Un dossier aussi prestigieux que symbolique mené dans une optique de «décolonisation». Le Canada aurait désormais son Elisabeth Warren, cette démocrate américaine qui a surfé toute sa carrière sur une lignée amérindienne qui s’est avérée fausse.

La radicalisation du multiculturalisme

Marie-Josée Parent a rapidement démenti le fait qu’il coulait uniquement dans ses veines du sang de méchants colonisateurs. Des accusations de «corruption raciale» dans un pays où l’origine ethnique est de plus en plus importante. Ce sont les recherches de deux historiens qui ont forcé la principale intéressée à se retirer du dossier autochtone. Les chercheurs ont dû remonter jusqu’au XVIIe siècle pour en venir à ces conclusions que Mme Parent considère comme de la «violence généalogique». «Nos identités à moi et ma sœur vont au-delà d’un arbre généalogique», a-t-elle déclaré à Radio Canada.

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Comment ne pas y voir la marque d’un multiculturalisme poussé à l’extrême dans un pays qui a récemment vu la réélection de Justin Trudeau? Comme les anciens bourgeois marxistes qui aimaient se faire passer pour de modestes prolétaires, certaines personnalités de gauche en viennent maintenant à se faire passer pour des personnes «racisées». Elles ne se contentent plus de valoriser l’Autre, mais veulent devenir l’Autre, d’embrasser sa cause comme les Occidentaux de bonnes familles arborant leurs foulards palestiniens. Nous baignons à nouveau dans l’orientalisme: il ne faudrait pas seulement exalter la diversité, mais se convertir à elle dans un élan romantique.

Des privilèges blancs aux privilèges de couleur 

Il faudrait toutefois être naïf pour en rester strictement à cette analyse. Les Canadiens (et plus largement les Nord-Américains) vivent maintenant dans un régime qui accorde des privilèges à certains membres des communautés culturelles. Rares sont aujourd’hui les Canadiens à qui l’on n’a jamais demandé s’ils faisaient partie d’une minorité ethnique ou culturelle lors d’un processus d’embauche. De répondre positivement augmente évidemment vos chances d’obtenir le poste.

C’est le règne de la discrimination positive, un programme qui se satisfait bêtement d’inverser la dynamique du racisme au lieu d’y mettre réellement fin. Non seulement le multiculturalisme valorise à outrance l’altérité en la détachant du réel, mais il instaure un régime où les gens sont triés sans nuances en fonction de leur race – les Haïtiens se retrouvant avec les Sénégalais et les Italiens avec les Ukrainiens.

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Ces dernières années, les faux Amérindiens se sont multipliés dans les prisons canadiennes, les prisonniers autochtones ayant droit à de meilleurs repas issus du terroir. Les faux Amérindiens ont aussi parfois le droit de passer du temps dans un centre spirituel, une sorte de chapelle animiste où ils peuvent échanger. Le statut d’Amérindien leur permet enfin de recevoir des visites privées, avec la possibilité de rapports sexuels et de faire instruire leur dossier plus rapidement. Cette mascarade est fortement décriée par les représentants des «vrais Autochtones», lesquels hésiteraient toutefois aussi à révéler leur arbre généalogique, le métissage étant un autre legs de la colonisation. Les races pures n’existent pas.

La racialocratie canadienne

Au Canada, il ne faut donc pas s’étonner que des gens soient tentés de mentir sur leurs origines ou de les «embellir». Surtout quand le poste qu’ils convoitent ne peut être octroyé qu’à une personne aux origines précises. Il existait une époque où les gens étaient tentés de mentir sur leurs compétences, nous voici maintenant à l’époque où ils sont tentés de mentir sur leurs origines. Adieu le curriculum vitae, emblème par excellence de la méritocratie. Place à la racialocratie, le summum de l’évolution pour la gauche régressive.

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Cette surenchère raciale se bute toutefois au mur de l’idéologie déconstructiviste promue paradoxalement par le même courant politique. D’un côté, une certaine gauche nous dit que les gens sont libres d’être qui ils sont. Chaque individu pourrait donc choisir son sexe (ou son absence), sa culture et ses origines ethniques. C’est le principe de l’auto-déclaration dont fait la promotion l’État canadien, notamment dans les prisons fédérales. Mais de l’autre, la même gauche prétend que c’est impossible. Prisonniers d’une essence indépassable, les «Blancs» ne pourraient pas devenir qui ils veulent, surtout pas des membres des communautés culturelles à protéger de l’impureté européenne.

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