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Il n’y a pas que le vaccin. Que faire des malades?

La recherche de traitements curatifs de la Covid-19 se poursuit

Il n’y a pas que le vaccin. Que faire des malades?
Le ministre de la Santé Olivier Véran se fait vacciner à Melun, le 8 février 2021 © Jeanne Accorsini/ DICOM/SIPA Numéro de reportage: 01003566_000005

On aurait pu craindre que les prouesses des thérapies vaccinales anti-Covid-19 fassent oublier les traitements visant à soigner les patients atteints de la Covid-19. Mais les traitements curatifs anti-Covid-19 conservent toute leur place dans la stratégie de lutte contre la pandémie et la recherche dans ce domaine se poursuit.


D’aucuns voudraient voir dans le succès des vaccins anti-Covid-19 comparé aux échecs relatifs des traitements antiviraux les manœuvres mercantiles d’entreprises pharmaceutiques qui auraient tout fait pour privilégier une stratégie leur assurant d’importants profits (la vaccination) et empêcher le repositionnement de traitements moins rentables. Mais en matière de maladies virales, découvrir un traitement curatif reste un challenge. 

Un virus mauvais candidat à l’éradication

Les virus sont des formes de vie à part, considérés à la frontière du vivant car ils ont besoin pour se reproduire des autres organismes, de les parasiter et de s’emparer de leur machinerie. Si bien que tenter de détruire les virus revient souvent à être toxique vis-à-vis de nos propres cellules qu’ils parasitent. Il faut reconnaitre en outre que les vaccins à ARN messagers contre la Covid-19 ont dépassé toutes les attentes. Mais il serait naïf de croire que la vaccination anti-Covid-19 sonnera le glas du SARS-CoV-2. Pour être éradiqué, un virus doit pouvoir induire une immunité suffisamment robuste. Or les cas de réinfections et l’émergence de variants facilitée par la prolifération mondiale du virus ne font pas du SARS-CoV-2 un bon candidat à l’éradication. De plus, l’immunité collective comme barrière à la propagation virale est difficile à atteindre pour un virus qui se transmet dans des populations connectées qui n’ont pas la même capacité à être immunisées. Car l’accès à la vaccination dans le monde est disparate, en particulier concernant les pays africains. Dès lors les traitements antiviraux gardent toute leur place dans la stratégie de lutte contre la Covid-19

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Chez les personnes susceptibles de développer des formes graves, le challenge est grand : il s’agit d’être rapidement efficace car il faut éviter que la prolifération virale induise des lésions potentiellement irréversibles ou susceptibles de compliquer l’infection, et éviter l’emballement du système immunitaire (inflammation) contre lequel le traitement antiviral ne peut rien une fois le processus enclenché… 

Les médicaments contre la phase inflammatoire de la maladie

Dans la grippe, par exemple, on considère qu’au-delà de deux jours après le début des symptômes le traitement antiviral est inutile. Les médicaments anti-infectieux repositionnés tel que le remdésivir (anti-Ebola), le lopinavir-ritonavir (anti-VIH), l’hydroxychloroquine (antipaludéen), l’azithromycine (antibiotique) et le favipiravir (antigrippal) peinent à démontrer leur efficacité dans le traitement ou la prévention des formes graves de Covid-19. Il en est de même pour les thérapies basées sur des anticorps bloquant le SARS-CoV-2 comme ceux reçus par Donald Trump ou l’injection de plasma contenant des anticorps de patients guéris de la Covid-19. Il est possible que les résultats mitigés pour ces traitements soient liés au fait qu’ils soient utilisés trop tardivement dans la maladie. Par exemple, l’utilisation de la colchicine, un anti-inflammatoire indiqué dans la goutte, chez des patients Covid-19 à risque de forme grave dans les 24 heures suivant le diagnostic donne des résultats encourageants : la colchicine pourrait diminuer le risque de complications[tooltips content=”Résultats à confirmer : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.01.26.21250494v1 “](1)[/tooltips]

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Si les médicaments agissant directement sur le virus doivent encore faire la preuve de leur efficacité dans les formes graves, les progrès dans le traitement des effets indirects inflammatoires du virus ont radicalement changé le pronostic des patients Covid-19 graves : l’oxygénothérapie en ventilation libre est plus largement prescrite et permet ainsi d’éviter la ventilation invasive en réanimation; les corticoïdes, qui luttent contre l’inflammation, sont désormais indiqués en France chez les patients Covid-19 nécessitant une oxygénothérapie et les anticoagulants prescrits aux patients à risque de thrombose. De nouvelles biothérapies visant spécifiquement la phase inflammatoire de la maladie pourraient changer la donne pour les patients hospitalisés : une entreprise israélienne qui utilise une stratégie thérapeutique innovante (injection de cellules « mourantes » qui « détournent » les cellules inflammatoires) rapportait récemment des résultats préliminaires prometteurs pour ces patients Covid-19 graves[tooltips content=”https://enlivex.com/pipeline/covid-19/”](2)[/tooltips].

Des recherches qui se poursuivent loin de la couverture médiatique

Les personnes jeunes et en bonne santé, donc capables de se débarrasser du SARS-CoV-2 sans l’aide d’un traitement curatif a priori, pourraient aussi bénéficier de ces traitements. D’abord parce qu’aider le système immunitaire avec un antiviral ou une immunothérapie pourrait éviter à celui-ci de s’emballer et ainsi de produire les « formes symptomatiques longues » (anosmie, fatigue, douleurs, dépression sur plusieurs mois) observés chez certains patients Covid-19, notamment jeunes. Aussi parce que ces personnes pourraient être moins contagieuses, car en diminuant rapidement la quantité de virus (charge virale) d’un individu par un traitement médicamenteux on limite sa contagiosité. Si initialement la majorité des études s’est focalisée sur les patients les plus graves, la recherche s’intéresse aujourd’hui davantage à ces patients non graves dont le traitement est également important pour les raisons évoquées plus haut. Didier Raoult et ses équipes ont été les premiers en France à étudier ces patients non graves. Mais les études qu’ils ont produites, et notamment celles suggérant un effet de l’hydroxychloroquine sur la charge virale, restent contestées pour des raisons méthodologiques. Récemment, une étude canadienne dans laquelle l’injection en sous-cutané d’une forme modifiée d’un antiviral que l’on produit naturellement, l’interféron lambda-1, chez une trentaine de malades covid-19 a montré que cet interféron diminuait la charge virale[tooltips content=”https://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(20)30566-X/fulltext”](3)[/tooltips]. Une étude récente combinant deux anticorps neutralisant le SARS-CoV-2 a montré que cette bithérapie pourrait réduire la charge virale chez des patients Covid-19 non graves, et même peut-être éviter l’hospitalisation[tooltips content=”https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2775647?guestAccessKey=7571f5bb-4dd9-498a-a7d6-caea0ed23194&utm_source=silverchair&utm_medium=email&utm_campaign=article_alert-jama&utm_term=mostread&utm_content=olf-widget_01252021″](4)[/tooltips]. L’ivermectine, un antiparasitaire, pourrait réduire la durée de l’anosmie lorsqu’elle est utilisée chez des patients non graves et 72 heures après le diagnostic[tooltips content=”Résultats préliminaires chez seulement 12 patients : https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2020.100720 “](5)[/tooltips]. Ces traitements étudiés chez des patients non graves constituent un véritable espoir pour limiter la contamination et les effets délétères indirects de la Covid-19.

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Contrairement à ce que pourrait faire croire leur faible couverture médiatique, les recherches visant à éradiquer le SARS-CoV-2 et à lutter contre ses effets inflammatoires délétères se poursuivent. La preuve en est ce nouvel antiviral, le Molnupiravir, qui devrait être prochainement testé chez l’homme et qui a été mis au point par l’entreprise allemande Merck qui a d’ailleurs abandonné son projet de développement de vaccin anti-Covid-19. S’il existe 236 vaccins candidats en cours d’études dont 63 testés chez l’homme[tooltips content=”https://www.who.int/publications/m/item/draft-landscape-of-covid-19-candidate-vaccines”](6)[/tooltips], les études relatives aux traitements curatifs de la Covid-19 se comptent en milliers à travers le monde[tooltips content=”https://clinicaltrials.gov/ct2/who_table”](7)[/tooltips]. Les essais se poursuivent en France (anticorps, plasma de patients guéris, interférons) et des études incluant de la doxycycline (antibiotique) et de l’ivermectine sont en cours d’instruction par les autorités sanitaires françaises pour autorisation[tooltips content=”https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/professionnels-de-sante/recherche-sur-la-covid-19/article/liste-des-projets-de-recherche-impliquant-la-personne-humaine-a-visee”](8)[/tooltips]. La Covid-19 a donné un coup d’accélérateur à un domaine de recherche confidentiel, celui du traitement des maladies virales respiratoires. Car en matière de lutte contre les virus respiratoires auxquels s’ajoute désormais le SARS-CoV-2, contrairement au VIH et aux virus hépatiques qui ont bénéficié d’investissements importants ayant conduit à la découverte de traitements performants, tout reste à faire.   


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Médecin conseil auprès de l'Ambassade de France à Bakou, Médecin spécialiste en Virologie, PhD en Neuroscience

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