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Rien de moins qu’une défaite de la pensée. Voilà ce que représente l’éviction d’Alain Finkielkraut de LCI, dernière étape dans la montée apparemment inexorable de cette « cancel culture » qui sévit de toutes parts. Il y a urgence à contre-attaquer. La liste des sujets interdits à la réflexion s’allongeant chaque jour, Elisabeth Lévy affirme que le combat pour la libération de la pensée est devenu une impérieuse nécessité. C’est pour cette raison que Causeur lance un appel « Contre la tyrannie de l’émotion », signé par un large échantillon d’intellectuels contemporains, de la neurologue Laura Bossi à l’historien Pierre Vermeren, du philosophe Marcel Gauchet au professeur émérite de lettres modernes, Claude Habib. Tous voient venir « une dictature de l’émotion qui entend censurer tout ce qui n’est pas elle – et y parvient largement. » En conversation avec notre directrice de rédaction, Alain Finkielkraut revient sur cet épisode. Après quatre décennies de présence médiatique, il ne croit plus à la possibilité d’un discours raisonné et nuancé dans la vidéosphère et la numérosphère. Car la censure la plus stricte ne vient plus de l’État : « Aujourd’hui, confie-t-il, c’est le pouvoir médiatique qui est liberticide. » La philosophe Bérénice Levet nous rappelle que, depuis Socrate, le devoir du penseur n’est pas de répéter la doxa du moment mais de la questionner. Sans cette liberté d’exprimer opinions et pensées, point de démocratie. Dans notre dossier du mois, Cyril Bennasar, Jean-Paul Brighelli, Frédéric Ferney, le psychosociologue Charles Rojzman et le psychiatre Paul Bensussan interrogent les différentes facettes de cette éviction ainsi que le traitement médiatique de l’affaire Duhamel.

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Pour les autres actualités, Erwan Seznec se penche sur l’étrange projet de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage : pourquoi cet organisme, généreusement financé par les pouvoirs publics et présidé par Jean-Marc Ayrault, snobe-t-il les historiens de l’esclavage et les associations qui travaillent depuis des années sur le sujet ? La réponse est surprenante… Si notre époque voit une prolifération de victimes autoproclamées, Peggy Sastre nous explique comment des chercheurs en psychologie ont révélé l’existence d’un type de personnalité plus fortement prédisposé à se plaindre de son sort. Quant au Moyen Orient, Gil Mihaely revient sur le printemps arabe et conclut que ce mouvement a donné lieu à un chaos politique et économique dont seul Israël est sorti vainqueur. D’autres contributions permettent de dissiper les nuages d’incompréhension entourant les événements récents aux États-Unis. Gerald Oliver révèle comment la victoire de Joe Biden est la conséquence, non de la fraude, mais de la manière dont les Démocrates sont parvenus à modifier et à exploiter légalement les règles électorales dans les différents États. L’éminent journaliste et auteur américain, Christopher Caldwell, se confiant à moi, met à nu les origines de la cancel culture contemporaine. Celle-ci est le fruit, non de quelque idéologie postmoderne, mais du mouvement pour les droits civiques des années 60 : cette grande cause a eu pour conséquence l’affaiblissement de la Constitution et la montée en puissance de juges dont les nombreuses décisions en faveur de différentes minorités ont créé une deuxième constitution. La vague de folie « woke » en est l’aboutissement. Quand même, cela ne pourrait jamais se passer en France… Si ! répond Elisabeth Lévy. La loi de modernisation de la Justice de 2016 permet à des associations anti-discriminations en tout genre de lancer des actions collectives pour obliger le gouvernement à mettre en œuvre telle ou telle politique. Leur campagne la plus récente vise tout simplement la mainmise sur notre politique policière. 

N’oublions pas que la culture peut exister sans le qualificatif « cancel ». Pour Benjamin Olivennes, interviewé par Jonathan Siksou, un autre art est possible en dehors des circuits officiels de l’avant-garde contemporaine, comme le démontre un grand nombre d’artistes qui n’ont pas renoncé à la figuration ou renié les maîtres anciens. Jérôme Leroy nous fait découvrir trois romans qui, quoique appartenant à des genres très différents, explorent des contrées, de la Suède à l’Antarctique en passant par la Sibérie, où le froid est aussi un personnage. Comme l’appétit littéraire vient en lisant, Frédéric Ferney nous parle du dernier roman de Richard Malka où l’attrait du Mal se révèle indissociable de l’amour de l’art.

Enfin, Emmanuel Tresmontant nous rappelle encore une autre forme de culture, celle du thé, dont l’appréciation ne se limite pas à la boisson chaude elle-même, mais comprend tout le rituel sophistiqué qui entoure sa consommation. Finalement, le thé est comme Causeur : il peut être consommé sans modération.

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