Depuis le démarrage de la vaccination contre la Covid-19 en décembre dernier, la stratégie vaccinale adoptée par le gouvernement est sévèrement critiquée. Cette stratégie de la lenteur n’aurait rien d’un choix élaboré en amont et ne serait que le reflet des insuffisances logistiques de notre pays. Et si malgré tout la France remplissait ses objectifs, à la fin?


Certes la France souffre de penchants logicistes qui la conduisent souvent à vouloir faire entrer de force la réalité dans ses considérations abstraites, d’une suffisance et d’une obsession  littéraire qui la portent à produire d’épais rapports émanant de différentes autorités ou institutions : pour la vaccination contre la Covid-19 nous disposons ainsi d’un document relatif à la stratégie vaccinale contre la Covid-19 de 50 pages de la Haute Autorité de Santé à destination des citoyens, des professionnels de santé et des pouvoirs publics, un guide de 45 pages du Ministère de la Santé à destination des directeurs d’établissement hébergeant des personnes âgées, un document de 60 pages du Ministère de la Santé à destination des professionnels de santé.

Certes la stratégie vaccinale de la France est critiquable à certains égards

Quand on est lesté d’une conviction forte dans la marche à suivre, le changement de direction est un exercice laborieux. Ce qu’on peut reprocher au gouvernement n’est pas sa prudence initiale, mais de ne pas avoir anticipé un éventuel changement de stratégie, comme une accélération de la vaccination (basée sur les données rassurantes issues des pays qui ont vacciné en masse, incitée par des citoyens français plus favorables à la vaccination). Le gouvernement avait clairement identifié les personnes à vacciner en priorité dès le 3 décembre, une stratégie précisée par la suite par l’HAS : 752 000 personnes âgées et 90 000 professionnels exposés. Les consentements de ces personnes n’auraient-ils pas pu être recueillis avant le 27 décembre ? Cela aurait peut-être permis la mise en place d’une logistique d’approvisionnement plus flexible, plutôt que de devoir se retrancher derrière un protocole consistant à recueillir un consentement cinq jours avant de vacciner, protocole qui n’a fait que renforcer les méfiances autour du vaccin alors qu’il ne sert qu’à laisser le temps de faire remonter le nombre de doses nécessaires.

A lire aussi, Jean Nouailhac: La France sous la dictature du fonctionnariat

Autre reproche que l’on pourrait adresser à nos dirigeants : la communication. Pourquoi renoncer si facilement à défendre une stratégie ? Et même si cette stratégie découle en partie de défaillances logistiques, pourquoi les tendre ainsi pour se faire battre ? Pourquoi laisser systématiquement les critiques émanant de l’opinion publique et des médias lever le voile sur les désaccords ou les défaillances de notre Etat ?  Le mécontentement du président qui fuite à dessein dans le Journal du dimanche nous laisse entrevoir un portrait peu flatteur de nos dirigeants, celui de timorés qui n’auraient pas su défendre leur point de vue lorsque la situation l’exigeait et qui lorsque les faits ou l’opinion publique leur donnent raison a posteriori, tout gonflés d’orgueil, brandissent pathétiquement l’opinion dont ils ont été dépossédés.

Enfin, on peut regretter le tirage au sort d’un col

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Lire la suite