Home Monde Canada: un Gouverneur-Général iroquois ?


Canada: un Gouverneur-Général iroquois ?

La reine Elisabeth II embarrassée

Canada: un Gouverneur-Général iroquois ?
Partie de lacrosse entre colons et Iroquois, 1876 MARY EVANS/SIPA 51291477_000001

Au Canada, qui est une monarchie constitutionnelle, le Gouverneur-Général est le représentant officiel de la Reine Elizabeth II. Le chef de la Confédération des Iroquois voudrait que ce poste, actuellement vacant, soit occupé par un membre d’une de ses propres tribus.


C’est une lettre surprenante que Buckingham Palace a reçu ces derniers jours. Okimaw Vernon Watchmake, chef de la Confédération du Traité des Six Nations iroquoises du Canada, a pris sa meilleure plume d’aigle afin d’écrire à la reine Elizabeth II et lui faire part de ses inquiétudes nées de la démission de la Gouverneur-Générale Julie Payette. Accusée d’avoir créé un « climat toxique » à Rideau Hall, la résidence des représentants de la souveraine au pays de l’érable, cette ancienne astronaute a décidé de quitter ses fonctions le 21 janvier et de laisser temporairement les rênes de cette charge honorifique à Richard Wagner, le juge en chef de la Cour suprême du Canada.

La Guerre de Sept ans

Pas de quoi rassurer ces Iroquois, croqués dans le Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper, qui ont déjà eu affaire au fonctionnaire dans des litiges fonciers ayant opposé ces Amérindiens à l’État fédéral. « Nous sommes partenaires de la Couronne et il est important que notre voix soit entendue dans le processus de nomination du prochain Gouverneur-Général » a insisté Okimaw Vernon Watchmake. Le chef, qui souhaite également que le poste revienne à un des chefs de la Confédération, a été rejoint dans sa requête par celui de l’Assemblée des Premières Nations.

A lire aussi: Canada: de la méritocratie à la «racialocratie»

« Il est temps que le Canada ait son premier Gouverneur Général autochtone. J’ai toujours dit que nous devions amener les peuples des Premières Nations aux plus hauts niveaux du pouvoir décisionnel et le Gouverneur Général, pour moi, est l’un des plus élevés » a déclaré Perry Bellegarde. « Lorsque le représentant de la reine Victoria a approché nos peuples pour conclure un traité de paix et d’amitié, nos ancêtres ont accepté dans la paix et l’amitié. Nous continuons de considérer ces traités comme des engagements sacrés » précise d’ailleurs le communiqué officiel de la Confédération qui rappelle également que les Iroquois ont été longtemps les alliés des Britanniques contre les Français, notamment lors de la guerre de Sept ans qui a éclaté au cours du XVIIIe siècle entre ces deux nations.

Six Nations: la probable défaite

Une initiative qui ne plaît pourtant pas à tout le monde.

« Le simple fait de nommer une personne autochtone à ce poste ne réglerait pas vraiment les causes profondes du colonialisme et des inégalités dans le pays aujourd’hui. Cela ne signifierait aucunement la réconciliation entre nos nations, cela ne voudrait simplement rien dire » a déclaré l’écrivain et journaliste amérindienne, Tanya Talaga. « Le Gouverneur-Général est un représentant de la Couronne, qui est censé faire part des préoccupations des partenaires du traité à la Couronne. Cette personne doit-elle être autochtone, probablement pas. Les Gouverneurs-Généraux représentent la Couronne, pas les peuples autochtones » a tweeté Robe Houle, membre de la Première nation Wapsewsipi en Alberta.

Du côté du Conseil privé de la reine Elizabeth, on fait le même constat et on ne goûte guère aux reproches faits à Richard Wagner. « Les rôles du juge en chef et du Gouverneur Général restent distincts et il conserve une totale indépendance dans l’exercice de ses fonctions judiciaires. Même lorsque le poste de Gouverneur-Général n’est pas vacant » répond la porte-parole du Conseil privé. « Les juges de la Cour suprême sont appelés de temps à autre à exercer des fonctions de député du Gouverneur-Général, et ce sans compromettre leur indépendance judiciaire » ajoute Béatrice Fénelon qui oppose ici une fin de non–recevoir aux Six Nations. Pas question que la « Grande mère blanche », la Queen, ne se mêle d’une affaire qui est purement canadienne, bien qu’elle fasse les choux gras des tabloïds britanniques qui regrettent la mauvaise publicité que cette démission donne aux Windsor.


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Accessoirement, “La familia grande” est (aussi) un objet littéraire, dépourvu de pathos
Next article Il n’y a pas que le vaccin. Que faire des malades?
Journaliste , conférencier et historien.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération