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L’ubuesque «libre pensée» de Salim Laïbi

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Enquête sur le chirurgien-dentiste complotiste star de YouTube


Salim Laïbi est chirurgien-dentiste à Marseille. Entre deux détartrages, il lui arrive de se filmer en train de vilipender « les corrompus des lobbys de Big pharma » depuis son cabinet. Sa liberté d’expression se déploie aussi dans son magazine en ligne Le libre penseur. « Le terme n’a strictement rien à voir avec la libre pensée maçonnique du siècle dernier », tient à rassurer la présentation du site. En guerre contre « les élites corrompues et immorales », le magazine numérique est, crise sanitaire oblige, largement consacré à la pandemie du Covid-19. S’il milite contre les vaccins, le port du masque et a déjà appelé à « faire sécession de l’État » lors du premier confinement, il s’est précipité chez le professeur Raoult pour faire le plein de chloroquine au début de l’épidémie. Désormais, il suggère de se gaver de vitamine C pour soigner la Covid-19.

« Des pédocriminels dirigent la France ! »

Le 28 janvier, dans son émission L’info en questions accessible sur YouTube, Salim Laïbi dénonce des médias « menteurs, mythomanes pathologiques ». Raisons du courroux ? Un article de Valeurs Actuelles reprenant Le Point qui « rappelle qu’à ce jour, seul un Français a été reconnu comme appartenant officiellement au mouvement QAnon. Il s’agit de Salim Laïbi ». Pour rappel, QAnon est un vent conspirationniste qui souffle depuis les États-Unis, certains adeptes de ce mouvement voient en Donald Trump notre sauveur en croisade contre une élite satanique qui enlèverait nos enfants pour assouvir ses fantasmes les plus débridés. Se défendant d’en être un fidèle, Salim Laïbi dénonce un « article diffamatoire ». « J’ai déjà répondu sur cette affaire dans une vidéo, que souhaitez-vous savoir de plus  ? », nous a-t-il répondu par mail.

Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné!

Salim Laïbi a une relation privilégiée avec le haut débit. L’usage de YouTube comme espace d’expression sans filtre fonctionne à merveille : la chaîne du réseau favori de l’activiste peut s’enorgueillir de compter près de 140 000 abonnés. Ce même 28 janvier, suite à quelques sarcasmes au sujet des médias sous les ricanements du vidéaste anti vaccin Jean-Jacques Crèvecœur, Salim Laïbi s’enflamme : « Il y a que des pédocriminels qui dirigent la France ! On peut commencer par les médias, la haute couture, les avocats, les journalistes ».

« Antisionisme » en roue libre

Une séquence qui pourrait prêter à sourire si l’on ne se penchait pas plus sur le personnage. Lauréat de la Quenelle d’or littéraire 2013, Salim Laïbi se porta candidat aux élections législatives de 2012 dans les quartiers Nord de Marseille, lors desquelles il réunit 0,8% des suffrages exprimés. Une brève parenthèse dans l’agora qu’il mit à profit pour glisser quelques quenelles lors d’un meeting avec Dieudonné et Alain Soral. « C’était juste pour mettre une quenelle, j’ai foutu mon petit chaos dans le milieu politique marseillais », plastronnera-t-il plus tard. Pourquoi tant de haine ? « Le discours de Salim Laïbi prône une « alliance des exclus » face aux « élites mondialisées et aux sionistes » qui voudraient les réduire à rien », a analysé Gilles Kepel auprès du journal Marsactu. Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle de Dieudonné ou d’Alain Soral.

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Suite à cette courte aventure politique, retour à YouTube. S’il a mis un peu d’eau dans son vin, Laïbi y a abondamment dérapé sur le supposé complot juif. Jadis, l’activiste nous prit à parti au regard de « 100 000 stupides décérébrés sionars qui veulent faire la guerre à tout le monde, qui pleurnichent à longueur de journée pour un truc qu’il y a eu il y a soixante ans ». Bien que d’autres sorties de la même teneur aient étrangement disparu de la toile, certaines subsistent. Encore récemment, en octobre 2019, il déplorait ce qu’il considère comme « un lobby sioniste extrêmement puissant et virulent, qui défend les intérêts de Tel-Aviv, qui veut diaboliser l’islam et les musulmans afin de continuer sa colonisation de l’autre côté ». En septembre dernier, il appelait à porter plainte contre la journaliste du Figaro Judith Waintraub par ces mots doux : « Il faut la faire condamner, c’est une racaille de la caste des journalistes sionistes, vous voyez son patronyme c’est une sioniste convaincue qui est là pour déstabiliser la France, ce sont des agents de subversions, des Sayanims point à la ligne ».

« Les patronymes sionistes ça n’existe pas, c’est un discours clairement antisémite », commente sobrement l’intéressée, par ailleurs victime de menaces de mort sur Twitter. « Deux des auteurs ont été retrouvés, l’un a été condamné à du TIG, l’autre passera en procès le 4 mars », prévient-elle.

Appels à la sécession 

Débarqué à Marseille depuis l’Algérie durant son adolescence, Salim Laïbi a opté pour la naturalisation française. Cependant, il suit toujours de près la politique de son pays d’origine. A l’automne 2019, en pleine grogne algérienne, Saïd Sadi, cofondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti laïque d’opposition algérienne, est violemment apostrophé par Laïbi qui le poursuit dans les rues de la cité phocéenne. La scène a des airs de harcèlement. Motif ? Le septuagénaire serait tenté de récupérer le « hirak »[tooltips content= »Nom donné à une série de manifestations qui ont lieu depuis le février 2019 en Algérie déclenchée par la décision d’Abdelaziz Bouteflika à se présenter à un cinquième mandat présidentiel »](1)[/tooltips] -lors duquel moult drapeaux algériens ont fleuri. Saïd Sadi a longtemps milité pour la défense des droits de l’homme, la « berbèritude » et fut candidat aux élections présidentielles algériennes de 1995 et 2004. Il a porté plainte le jour même contre Salim Laïbi mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour comprendre le positionnement de Salim Laïbi sur la politique algérienne, rappelons qu’ il y a quelques années il a déclaré que « le drapeau algérien est un drapeau maçonnique ». « Salim Laïbi vient d’une famille de la haute bourgeoisie algérienne, il est le neveu de Kasdi Merbah, qui a été le directeur de la sécurité militaire pendant plus de dix ans. Quand il vient nous faire croire qu’il est pour le hirak algérien alors que toute sa famille fait partie du système, ça me met hors de moi ! » tempête au bout du fil Gamal Abina, journaliste et militant associatif.

En mars 2019 Lors d’une émission de radio sur France Maghreb 2, ce dernier a eu un échange houleux avec le YouTubeur. Raison des tensions ? Un ouvrage auto-édité dénommé Ils aiment l’Islam, où le dentiste se réfère à des Occidentaux qui auraient loué la religion de Mahomet, parmi lesquels des personnages aussi divers que Voltaire, Lamartine, Diderot, Victor Hugo, Arthur Gobineau, Léon Degrelle ou un certain Adolf Hitler. « Salim Laïbi a sciemment cité des nazis et des néo-fascistes pour défendre l’islam. Et ça ne le gêne même pas », estime Gamal Abina. L’introduction du livre, elle, écorche notamment les « laïcistes athégristes (très souvent sionistes) »[tooltips content= »Salim Laïbi, Ils aiment l’Islam, page 30″](2)[/tooltips]. Guère rompu à la promotion de la laïcité, son auteur déplora jadis la déchristianisation : « C’est l’État, la Franc-maçonnerie, la Révolution, ils ont réussi, c’est Diderot, Ernest Renant, Montesquieu, Voltaire, toute cette racaille, toute cette enflure de Francs-maçons, tous ces dégénérés ont réussi à extirper Dieu du cœur des gens ».

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Depuis les débuts de son activisme, Salim Laïbi semble envoûté par la confrérie : « On peut dire, sans prendre le risque de trop se tromper, que toutes les grandes affaires et scandales qu’a connus la France sont d’inspiration maçonnique. À quand une dissolution de cette secte maléfique ? », écrivait-il il y a neuf ans dans les colonnes du Libre Penseur. Interrogé sur ce point par Causeur, il nous a confirmé dans une vidéo souhaiter toujours la dissolution de la franc-maçonnerie. Quelle peut être la motivation de Laïbi dans ce militantisme ? Pour Omar Djellil, ancien secrétaire général de la mosquée At-Taqwa et président de l’association Présence citoyenne à Marseille « Salim Laïbi incarne l’échec du gouvernement à lutter réellement contre le séparatisme et le radicalisme islamiste ». Une hypothèse plausible : à l’affût de toutes les chapelles, l’activiste est apparu au printemps dernier affublé d’un gilet jaune et une scie à la main, clamant « préparer les échafauds […] car des têtes vont tomber ».

Silence radio des autorités

Depuis plusieurs années, le chirurgien-dentiste « drague » à sa façon les musulmans qu’il n’estime pas assez séparatistes à son goût : « En France, si l’islam existait, ça se verrait tout de suite, mais alors là tout de suite ». Et il n’est pas avare de déclarations équivoques : « Déjà, je m’étonne de la survie d’un BHL. Il serait pas vivant BHL, il aurait été assassiné […] Par exemple, je dis ça mais c’est pas la solution hein, mais par exemple, Charlie Hebdo aurait brûlé avec Val à l’intérieur », lança-t-il lors d’une conférence qui a eu lieu avant même l’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire satirique. Selon nos informations, le défenseur actuel de Salim Laïbi n’est pourtant autre qu’Hakim Chergui, avocat dans plusieurs dossiers du CCIF aujourd’hui dissous. Adepte de vidéos, le dentiste est aussi gourmand de tribunaux, un péché mignon favorisé par les dons de ses fidèles.

Quelques jours après l’attentat contre Charlie-Hebdo, son ancien comparse Alain Soral tapa sur sa page Facebook : «  On ne l’entend plus le dentiste obèse. Il n’appelle plus au djihad anti-gaulois. C’est pourtant sa ligne depuis des mois ». Une vanne qui n’a pas du tout fait rire l’intéressé, lequel se vengea en utilisant l’arme juridique. Il obtint gain de cause et fit condamner le cofondateur d’Égalité et Réconciliation à lui verser une amende de 2000 euros pour diffamation. Mais ça ne marche pas toujours. En 2017, lui-même a été condamné par le tribunal de grande instance de Paris pour avoir porté atteinte à la vie privée de la compagne de Dieudonné. Néanmoins, contrairement à ce dernier ou à Soral, tous deux condamnés pour incitation à la haine, le YouTubeur aux 140 000 abonnés n’a été condamné que pour des affaires de diffamation ou d’atteinte à la vie privée. « On ne judiciarise pas tout. Il est possible qu’on nous l’ait signalé avant que je prenne mes fonctions », commente Stéphane Nivet, délégué général de la LICRA.

Il ne s’agit pas d’exhumer un passé pour jeter l’opprobre sur un homme. Mais pendant que Gérald Darmanin martèle ses propositions pour juguler le séparatisme, Salim Laïbi abreuve quotidiennement ses groupies sur YouTube. « Je suis fatigué des beaux mots du ministre de l’Intérieur alors que Salim Laïbi fait ses discours depuis près de vingt ans sans jamais avoir été inquiété par l’État, Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice que j’ai contactés auparavant étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné », soupire Omar Djellil, qui alerte les autorités depuis dix ans. Sans être entendu à ce jour. « A l’heure de la loi sur le séparatisme, je me demande comment on peut encore laisser ce type d’individu cracher sa haine de cette façon, confie également Bruno Benjamin, Président du CRIF Marseille Provence. La France a combattu pour qu’on puisse instaurer une République respectueuse des us et coutumes de chacun. J’ai l’impression que le gouvernement actuel est en train de recadrer les principes républicains pour qu’il n’y ait plus ce genre de nervi qui puisse s’exprimer ainsi au nom de la liberté d’expression. Il y a urgence à mettre fin à ce type d’appels à la haine », poursuit-il.

Rappelons que suite à la décapitation de Samuel Paty, des mineurs ayant refusé la minute de silence ont été placés en garde à vue. Pourquoi une telle mansuétude envers le dentiste marseillais ? Face à l’incompréhension, la thèse d’une bienveillance de la part d’une personne haut-placée émerge, et pas du milieu complotiste. Qui protège Salim Laïbi, le « libre-penseur » d’extrême droite ?, titrait un article du Point en 2018. Après qu’il fut directeur de la sécurité militaire pendant seize ans, Kasdi Merbah, oncle défunt du prolifique YouTubeur, fut premier ministre du gouvernement algérien de 1988 à 1989. Il tenta notamment un rapprochement entre le pouvoir et les maquisards barbus du FIS. D’aucuns murmurent que cette filiation expliquerait ce qui ressemble à une clémence de la France à l’égard de Salim Laïbi. Quoi qu’elle vaille, cette théorie reste toujours plus crédible que les « complots judéo-maçonniques » dénoncés par Laïbi depuis plus de dix ans…

Suprémacistes blancs: «séparés mais égaux»


Depuis 2016, une nouvelle droite radicale, baptisée Alt right, se développe aux États-Unis et gagne du terrain en Europe. Si elle est née outre-Atlantique, c’est grâce à la très large liberté d’expression garantie par la Constitution américaine. Elle prône non pas la supériorité d’une race mais leur séparation, en invoquant la Déclaration d’indépendance de 1776.


Vous souvenez-vous des Proud Boys qui, en s’invitant dans la campagne électorale américaine, avaient créé le buzz dans les médias français[tooltips content= »Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », est une organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump. »](1)[/tooltips]? Ils ont participé, parfois en armes, aux manifestations de soutien au « vrai président », comme les « patriotes » américains appelaient Donald Trump. En France les Proud Boys auraient été matraqués, leur organisation dissoute, bref ils auraient été poursuivis au sens littéral et figuré du mot, comme « nos » identitaires. Aux États-Unis, leur liberté de parole est presque totale, comme celle de tout ce mouvement de fond qui soulève et subvertit la vieille droite conservatrice américaine et blanche : l’alt-right – une droite alternative, jeune, agile, cyberbranchée, mais en prise sur les grands textes (français, italiens, allemands) de la philosophie réactionnaire et sur le futurisme, mussolinien, de la technologie. Elle ne pouvait se développer que dans un milieu obsédé à la fois par l’innovation et la communication d’une part, et la liberté d’expression d’autre part – dans l’« Empire de la Liberté », cet autre nom des États-Unis, qui est aussi l’empire de la libre parole, une« rhetorical democracy » : une démocratie de l’argument en roue libre. Le « suprémacisme » est l’enfant de cette liberté.

Le Grand Réveil identitaire

Aucune restriction à la liberté d’expression ? Inconcevable en France où passent les régimes, restent la censure des opinions et les condamnations en justice. On encense notre loi de 1881 sur la liberté de la presse, mais elle est un encadrement, pas une liberté. Aux États-Unis, la liberté de la presse est subordonnée à celle qui compte vraiment : la liberté de parler, « freedom of speech ». On peut tout dire, tout écrire, tout affirmer. La diffamation est difficile à poursuivre. Ainsi l’acteur Peter Fonda a pu tweeter, impunément, que le jeune fils de Trump devrait être enfermé dans une cage avec des pédophiles. Si vous n’aimez pas, n’écoutez pas. Ou allez en France.

La source ? Le premier amendement de la Constitution américaine, base de leur inamovible charte des droits :« Le Congrès ne prendra aucune loi qui officialise une religion ou qui interdise son culte ; ou qui restreigne la liberté de parole ; ou le droit du peuple à se réunir paisiblement et à pétitionner le gouvernement pour réparer des griefs.[tooltips content= »Traduction de l’auteur. »](2)[/tooltips] » Tout est là : de la prolifération rhétorique des télévangélistes, et la prégnance du discours religieux qui s’invite partout, du « God bless you » des politiciens en fin de discours, à l’absence de toute limitation de la parole publique (jusqu’à la logorrhée). Cette liberté de parole ne souffre aucun retranchement, aucun encadrement, aucune restriction, religieuse ou autre. Voilà pourquoi le suprémacisme a pu se développer aux États-Unis et devenir, avec l’alt-right en fer de lance, le ferment d’une nouvelle « internationale blanche ». En Europe, les lois interdisant la contradiction sur certains sujets, la main invisible des subventions à la presse, les poursuites tous azimuts pour « haine » corsètent la propagation rapide des idées et du militantisme « suprémacistes », au point que les identitaires européens récusent le terme, par prudence.

Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié : Suprémacistes : l'enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA
Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié: « Suprémacistes : l’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire » (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA

Impossible de comprendre le « Grand Réveil » identitaire ou suprémaciste sans évoquer les événements qui eurent lieu dans une petite ville universitaire américaine, en 2017 : Charlottesville. Ce fut l’acte de naissance public de l’alt-right et de la nouvelle internationale blanche.

Charlottesville: scène primitive blanche.

En août 2017, à l’initiative de divers groupuscules identitaires ralliés sous le slogan « Unite the Right »(« Unité à droite ! »), des centaines de jeunes et d’étudiants convergent vers la petite ville universitaire, snob, de Charlottesville en Virginie. Ils appartiennent à toute la gamme :tatoués du Ku Klux Klanet et étudiants BCBG. Certains sont violents, d’autres non. Leur but symbolique : empêcher le déboulonnage de la statue du général Lee, un héros sudiste qui, soit dit en passant, s’était vu offrir la tête des armées du Nord par Lincoln. Il y a des affrontements, de nombreux blessés et un mort – une jeune femme. Une photo de leur marche nocturne aux flambeaux fait le tour du monde dès le lendemain matin : le visage d’un jeune identitaire devient immédiatement l’icône du nationalisme blanc. Elle ressort régulièrement dans la presse anglo-saxonne.

Charlottesville propulsa les « white nationalists » sur la scène médiatique mondiale. De là date la présence médiatique des suprémacistes dans le débat public, et la nouvelle carrière de leurs opposants antifascistes, les « antifas ». Dans la foulée, le débat sur la « haine » est arrivé en France, comme toujours dans des wagons américains. La « haine », c’était par exemple les slogans de Charlottesville : « You will not replace us ».

Les identitaires américains ont tiré une leçon de Charlottesville : dans une rhetorical  democracy, la meilleure arme contre la liberté d’expression, c’est la liberté d’expression elle-même. En l’occurrence, une fois qu’on a réussi à affubler ses adversaires du tag « haine » ou « contenu haineux », peu importe que ce soit vrai ou faux, l’opération psychologique de dénigrement fonctionne. La nouvelle génération d’identitaires s’est donc regroupée depuis dans des cercles d’études et de réflexion métapolitiques, pour produire de la propagande argumentée à long terme, tout en se disséminant sur le web. Ils sont passés depuis 2017 d’une publicité fracassante et exubérante à une diffusion rapide et versatile de leurs argumentaires, quittant par exemple YouTube pour Gab, BitChute, Entropy ou Parler. Ils ont déplacé le jeu, laissant les hystériques des Proud Boys et Cie attirer l’attention loin d’eux. Ils sont entrés, comme ils le disent, en « dissidence ».

Alt-Right contre «Big Tech»

Mais l’alt-right s’est heurtée à une forme neuve de censure. Twitter, Facebook, Google et YouTube sont tous accusés de rejeter de leurs plates-formes les opinions qui déplaisent à leurs gérants, actionnaires ou annonceurs – un dossier sur le fils Biden a été supprimé des plates-formes dominantes, sans parler du cas de Donald Trump, expulsé de Twitter et de Facebook. La « Big Tech » se substitue-t-elle à un pouvoir de censure inadmissible (et illégale) aux États-Unis ?

Lors de l’audition de la juge Amy Coney Barrett, élue depuis à la Cour suprême, un sénateur a déclaré avec justesse qu’aux États-Unis, la liberté de parole n’est pas le résultat d’interdictions prises par le pouvoir législatif ou réglementaire, mais qu’elle précède l’organisation des pouvoirs. En conséquence, la liberté d’expression, de réunion et de pétition s’impose au législateur, a fortiori à l’administration, qui ne peut en aucun cas les restreindre. En France, depuis 1789, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté de réunion sont « encadrées », comme on dit en langage managérial. Notre liberté d’expression est une liberté par soustraction : ce qu’on peut dire une fois qu’on nous a interdit de dire ceci ou cela.

Cependant, la censure du freedom of speech par la BigTech existe bien. L’analyse juridique est complexe, mais l’objet du litige est simple : les Big Tech s’appuient sur une interprétation du code américain (article 230) pour supprimer ce qui ne leur plaît pas, de surcroît, en invoquant « la vraie diversité du discours politique ». Bref le capitalisme mercantile digital a réussi, pour le moment, à faire ce que l’État fédéral ne peut pas faire : censurer le débat public, portant donc atteinte à la rhetorical democracy.

D’après l’alt-right, l’État et le Congrès laissent les Big Tech donner la parole aux antifas et censurer l’alt-right. Pour définir ce double-jeu, celle-ci a lancé l’expression « anarcho-tyrannie ». Inventée par l’écrivain Samuel T. Francis et adoptée par l’alt-right, elle désigne la manière dont un État démocratique tolère les violences de certains groupes en même temps qu’il réprime d’autres groupes. Il ignore (ou promeut) l’anarchie des uns (antifas, Black Lives Matter, « territoires perdus de la République ») et use de tyrannie envers les autres (Gilets jaunes, identitaires, messes catholiques). L’État démocratique est une anarcho-tyrannie.

Or, la révolution américaine de 1776 est précisément née du refus d’une démocratie tyrannique, la monarchie parlementaire anglaise. La Déclaration d’indépendance est claire :« Quand […] il devient nécessaire pour un peuple de défaire les liens politiques qui l’attachent à un autre […], le respect de soi-même et le respect dû à l’humanité́ lui imposent de déclarer les causes de cette séparation. » Les nationalistes blancs de l’alt-right l’interprètent ainsi : il faut nous séparer, au nom de notre « humanité » (notre race) et par « respect de soi-même » (vouloir rester blanc), et donc « défaire les liens » avec un État (multiculturel) qui impose sa tyrannie, à la fois par une violence sociétale soft (le « grand remplacement » cher à Renaud Camus) ou une brutalité juridique (règles européennes sur l’accueil des migrants), et par la tolérance de violences anarchiques (les banlieues qui brûlent, le communautarisme antifrançais).

Et c’est ici qu’apparaît le lien direct, mal compris hors d’Amérique, entre le premier et le deuxième amendement qui garantit le « droit de garder et porter des armes ». La défense du port d’arme n’est pas une fascination macho-facho pour les flingues : pour l’alt-right, et bien des Américains, y compris des groupes d’autodéfense de Noirs, pouvoir se défendre personnellement, en citoyen, va de pair avec le fait de pouvoir s’exprimer librement. Un citoyen libre ne peut pas faire confiance à un État anarcho-tyrannique.

Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33 © Joe Raedle/Getty Images/AFP
Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer,
Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33
© Joe Raedle/Getty Images/AFP

Vers la séparation

Alors qu’on voit surtout l’exportation du politiquement correct progressiste des campus américains vers nos universités, l’alt-right a au moins réussi à exporter une idée en Europe : la liberté d’expression n’a de sens que si l’individu, dans une démocratie, possède aussi le droit et le pouvoir de défendre cette liberté. L’internationale blanche invoque un droit reconnu par le préambule de la Déclaration universelle de 1948, mais laissé de côté par le droit international : le droit naturel des citoyens à la résistance contre l’oppression et la tyrannie, dont les lettres de noblesse se trouvent à la fois chez saint Thomas d’Aquin et chez les théologiens calvinistes de la Réforme. Dans cette conception, l’alt-right n’est pas « séditieuse » : elle est une juste résistance contre un État qui est lui-même séditieux, car il refuse de défendre le contrat naturel qui le lie au peuple « originel » dont il a la charge. L’État est l’ennemi et il faut lui résister pour, en recours final, se « séparer ».

Cet argumentaire gagne du terrain en Europe où, pourtant, le rapport État-nation est différent : en France, où l’État reste sacro-saint ; en Allemagne où la notion de Volk prime sur la notion, juridique, d’État ; au Royaume-Uni, où c’est le Parlement et non l’État qui est au centre de la politique. Mais le dénominateur commun entre les identitaires des différents pays est bien d’instrumentaliser la « séparation », selon différents scénarios : la « remigration » des populations allogènes, la dénationalisation, le séparatisme ethnopolitique de la Hongrie et de la Pologne.

Née sur le terreau d’une rhetorical democracy qui donne toute liberté à la parole et à la délibération publique, l’alt-right est en train d’inventer une idéologie postmoderne et transatlantique. Née aux États-Unis, elle gagne du terrain en Europe et pourrait bien s’avérer un puissant vecteur de mobilisation politique au milieu du XXIe siècle.

[1]. Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », estune organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump.

[2]. Traduction de l’auteur.

Les fronts de l’islamo-gauchisme

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«Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université faisant partie de la société», a déclaré Frédérique Vidal sur CNews. En effet, les dérives militantes dénoncées par la ministre dans l’enseignement ou la recherche ne sont qu’un élément d’une stratégie plus globale inquiétante pour le modèle français. L’analyse de Renée Fregosi.


La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche manifestait il y a peu sa prise de conscience d’un phénomène inquiétant. « L’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable » disait-elle dans une interview télévisée. Depuis, la polémique enfle et la confusion s’accroît. 

La situation est complexe en effet et l’intervention de Madame Vidal, même si elle est bienvenue, ajoute un peu de difficulté à sa bonne compréhension.

 

Il s’agit d’abord de bien définir l’islamo-gauchisme dont certains de ses tenants dénient l’existence même. Ensuite, il convient de resituer ce phénomène politique dans son contexte idéologique plus vaste, où s’articulent divers discours et mouvements jouant sur différents registres convergents. Par ailleurs, il faut souligner le fait que l’Université et la Recherche ne constituent qu’un des champs d’action de ces groupes militants. Enfin, signalons que le niveau de pénétration de toutes ces idéologies dans le monde universitaire varie selon les disciplines et les établissements.

Une réalité

Le terme islamo-gauchisme est un néologisme formé à partir de deux mots : l’« islamisme » qui désigne une idéologie appartenant à plusieurs mouvements politico-religieux visant par des moyens divers (pacifiques et violents) à imposer un modèle de société de type totalitaire reposant sur une conception intégriste de l’islam ; et  le « gauchisme » qui, défini à l’origine par Lénine comme « la maladie infantile du communisme », désigne depuis différentes formes de dérives idéologiques de gauche minoritaires (avant-gardistes, spontanéistes, populistes…). 

Quelle que soit donc l’origine du mot, l’islamo-gauchisme est bien une réalité politique. Il s’agit d’une certaine gauche qui fait sciemment ou involontairement le jeu des islamistes dans leur combat contre tout ce qui en Occident contribue à l’émancipation des individus et notamment des femmes : l’humanisme, la libre pensée, la libre disposition de son corps, la laïcité, la démocratie.

A lire aussi: Madjid Messaoudene: un drôle de militant contre « l’islamophobie »

Cette alliance islamo-gauchiste, objective ou stratégique, qui n’est pas une première dans l’histoire, est soutenue aujourd’hui par la montée en puissance d’un courant idéologique polymorphe que l’on peut globalement désigner comme la « cancel culture » venue d’Amérique du Nord. Dans cette stratégie « du bâillon » visant à réduire au silence, l’ennemi est incarné par les blancs (sans majuscule) et plus précisément les mâles blancs, les occidentaux colonialistes, les chrétiens, les Juifs, les athées, les hétérosexuels dominants, les esclavagistes, les réactionnaires, les impérialistes…

Selon les groupes divers qu’on peut classer dans le mouvement islamo-gauchiste, la tactique commune consiste à inverser la charge de la preuve en se victimisant pour agresser les ennemis désignés, la violence verbale versant à l’occasion dans la violence physique pouvant atteindre le stade du lynchage et même de l’attentat terroriste (pour les islamistes).

Une stratégie très complète

La stratégie quant à elle s’organise sur trois fronts. D’une part, l’entrisme consiste à infiltrer les organisations de la société civile (syndicats, associations loi 1901, ONG et partis politiques) et les institutions (administrations, haute fonction publique, universités, magistrature voire forces armées), par une présence plus ou moins massive et surtout par la prise en main de postes de direction et de pouvoirs. D’autre part, l’hégémonie culturelle vise à gagner une influence dominante dans tous les domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la communication. Enfin, la domination des esprits et des corps procède par la culpabilisation, l’intimidation, la pression, la menace et va jusqu’à la confrontation violente.

Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d'un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020. © J. Radcliffe/Getty Images/AFP
Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d’un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020.
© J. Radcliffe/Getty Images/AFP

On a vu ainsi se multiplier les réclamations et les actions contre des pratiques occidentales comme notamment la mixité des sexes dans les espaces publics, la liberté d’expression orale et écrite, la non-discrimination selon des critères racialistes ou religieux. On assiste de plus en plus à la remise en cause verbale ou violente de faits historiques (l’esclavage séculaire d’Africains, de Slaves et d’Européens par les empires arabes et ottoman), de statues (Colbert, Schœlcher) et de commémorations (Napoléon). Les réécritures et réinterprétations d’œuvres classiques comme l’opéra Carmen ou le ballet du Lac des cygnes sont à l’ordre du jour, ainsi que l’empêchement physique de représentations comme les Suppliantes d’Eschyle, mais aussi la réécriture d’ouvrages de littérature pour enfants comme Le club des cinq ou Martine.

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Le règne du politiquement correct devient vraiment problématique

C’est dans ce contexte qu’il convient donc de replacer les dérives militantes au sein des universités et des organismes de la recherche scientifique. Le milieu universitaire et de la recherche se trouve en effet trop souvent soumis à la domination de clans, et son niveau scientifique affaibli par les règlements de compte où se croisent combats idéologiques et rivalités de personnes. Ignorant la distinction subtile entre « le savant et le politique » que faisait Max Weber dont les disciples de Pierre Bourdieu se revendiquent pourtant, nombre d’entre ceux-ci ont désormais pris le pouvoir dans plusieurs disciplines de sciences sociales (sociologie, anthropologie, science politique) et sont devenus également très puissants en histoire et dans les sciences humaines et artistiques. Ils y font régner le politiquement correct anti-occidental et la novlangue intersectionnelle, et cooptent enseignants et chercheurs selon des critères tout autant sinon davantage idéologiques que scientifiques. 


Car ces groupes idéologisés dominent désormais la plupart des instances décisives: de nombreuses commissions du CNU (Conseil National des Universités) et la CPU (Conférences des Présidents d’Universités), ou encore la direction du CNRS et plusieurs de ses commissions, et jusqu’au HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) qui pour être « indépendant » n’en est pas moins concerné lui aussi. Certes les sciences dites « dures » sont pour l’instant moins touchées par ce phénomène (même si en médecine et santé publique notamment, le complexe de l’homme blanc se fait de plus en plus sentir, traquant volontiers la dimension « coloniale » dans le secteur des maladies infectieuses émergentes, par ex « médecine tropicale »). C’est donc sans doute parce qu’elle vient du champ de la biochimie que la ministre Frédérique Vidal connaît mal le phénomène qu’elle dénonce maladroitement depuis peu. Au demeurant, ces dérives militantes au sein des milieux universitaires et culturels, et ces idéologies différencialistes, racialistes, néo-féministes victimaires, séparatistes et islamo-gauchistes constituent un véritable problème politique à traiter comme tel.

Il en va du niveau scientifique de notre enseignement et de notre recherche, ainsi que de notre avenir commun dans une république universaliste.

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«Le cas du Dr Laurent»: quand le cinéma des années 50 faisait du féminisme intelligent

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Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois, cinéaste humaniste qui eut son heure de gloire dans les années 50, mérite le détour par une certaine audace dans le sujet.


Arte a la très bonne idée de programmer Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois (1957), l’un des cinéastes plutôt mal-aimés à l’époque par les critiques des Cahiers du cinéma, les futurs auteurs de la Nouvelle-Vague. Il est vrai que le sujet du film, œuvre à thèse sur l’accouchement sans douleur, avec Jean Gabin dans le rôle du docteur Laurent, Nicole Courcel dans celui de Francine, une jeune femme enceinte et Sylvia Monfort jouant Catherine Loubet, une épouse traumatisée par son accouchement difficile, ne me semblait pas très engageant a priori.

Mais dès les premières minutes montrant l’arrivée nocturne du docteur Laurent à Saint-Martin, petit village de montagne dans les Alpes-Maritimes, où il vient remplacer le vieux médecin Bastide, nous sommes séduits par la beauté des plans, la rigueur des cadres et la lumière contrastée magnifique orchestrée par l’immense chef opérateur Henri Alekan.

Un Gabin au sommet de sa forme

Jean Gabin est très crédible en médecin, ferme et doux, il gomme plusieurs aspects de son jeu, certains de ses tics et livre une belle performance d’acteur somme toute très moderne. Nicole Courcel, belle et lumineuse Francine, joue une jeune femme libre et droite. Abandonnée par son amant, elle est enceinte. Sylvia Monfort est excellente en mère souffrante et blessée. Le Docteur Laurent, conscient que la véritable vocation des médecins est de soigner les gens en faisant confiance à la responsabilité de ses patients et à la recherche médicale va proposer lors d’une conférence d’instruire tous les villageois qui le souhaitent à la pratique de l’accouchement sans douleur pour en finir avec la fatalité de la souffrance des femmes. Il va se heurter à bien des préjugés, orgueils et autres rivalités ainsi qu’au Conseil de l’Ordre.

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Pour faire passer cette thèse austère, Jean-Paul Le Chanois se révèle un virtuose attentif dans la description du village montagnard et de ses habitants. Il recrée avec précision la rudesse des lieux, leur beauté mais aussi l’atmosphère d’enfermement dans laquelle chaque individu observe l’autre avec son lot de cancans et de jalousies. Cependant, dans cette vision de la France paysanne des années cinquante, ce qui surprend le plus, c’est une certaine liberté de ton comme celle de Nicole Courcel qui rejette avec fermeté et bienveillance le père de son enfant, individu faible et falot et qui finit pas se faire accepter par tous les habitants du village.

Les femmes à l’honneur

Les femmes ont le beau rôle dans le film, tandis que plusieurs hommes dont les docteurs composants le Conseil de l’Ordre des Médecins – excepté  René Vanolle, le vieux médecin de la vallée voisine qui défend son collègue – sont figés, rigides. Elles font bloc, en refusant qu’on décide à leur place. Certes, si le film n’est pas exempt d’une certaine naïveté par moments, Jean-Paul Le Chanois signe une œuvre généreuse et humaniste tournée dans une France rurale, en même temps qu’une ode à la grandeur des femmes.

Les Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois – France – 1957 – 1h50
Le 22 février, à 22H30 sur arte.
Visible sur ARTE.TV en replay et en DVD chez Coin de Mire cinéma.

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Islamo-gauchisme: la ministre de l’Enseignement supérieur s’en est pris à plus fort qu’elle

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Le crime et la faute de Frédérique Vidal? Elle a osé s’attaquer à l’islamo-gauchisme qui gangrène nos universités! Tous les compagnons de route de cet inquiétant courant lui tombent dessus. En Une de Libération, la malheureuse ministre est accusée d’avoir « perdu ses facultés »…


Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on pense ce qu’on pense. Voyons donc. Les chaires d’études décoloniales se multiplient dans nos établissements d’enseignement supérieurs.

On y étudie le cas de l’homme blanc condamné sans appel et pour toujours pour esclavagisme, colonialisme et racisme. Les siècles ont passé mais peu importe. Le « privilège blanc » est assuré de son immortalité !

Dans ces chaires on peut passer un doctorat. Nous nous autorisons à imaginer l’intitulé de certaines thèses. Deux exemples. Comment expliquer pourquoi Sartre a dit « un Européen mort est un Européen libre » ? Il y a mieux plus près de nous. « Expliquer comment la mort d’Adama Traoré a contribué à conscientiser les populations racisées ».

Gilles Kepel réactionnaire?

Voyons encore. Pour pénétrer dans une université il faut montrer patte blanche (patte noire serait plus appropriée…). Sylviane Agacinski y est interdite parce qu’elle a émis des réserves sur la PMA et le décolonialisme. Rokhaya Diallo y est accueillie avec enthousiasme: les étudiants, blancs pour la plupart, raffolent qu’on leur dise qu’ils sont coupables des méfaits de leurs ancêtres.

Le voile de Maryam Pougetoux, responsable de l'UNEF ©STR / AFP
Maryam Pougetoux, responsable de l’UNEF © STR / AFP

Écoutons maintenant. Écoutons les appels de détresse d’un professeur de Nanterre qui a été insulté puis frappé pour avoir dénoncé le fait que des étudiants musulmans avaient transformé un local universitaire en salle de prière. Sa hiérarchie, c’est-à-dire la présidence de l’université, a refusé de le soutenir : elle ne voulait pas d’histoires. 

Écoutons aussi ce que m’a dit la fille d’une amie. Elle est étudiante à Paris Diderot. La question de l’Islam la passionne et elle se rend de temps en temps à Normale Sup’ pour y suivre les cours de Gilles Kepel. Ce dernier est sans conteste le meilleur de nos islamologues.

A lire aussi, Renée Fregosi: Les fronts de l’islamo-gauchisme

Mais comme il ne s’est pas prosterné béatement devant le Coran, et qu’il ne croit pas que le voile soit un instrument de la libération de la femme, il a été estampillé « réac ». S’approcher de lui c’est donc prendre le risque d’être contaminé. C’est pourquoi l’étudiante se rend à Normale Sup’ en cachette, en catimini, en secret. Elle m’a expliqué pourquoi. « Si mes camarades apprenaient que je suis les cours de Kepel, je serai identifiée comme étant de droite. Et donc socialement morte. ».

Fredérique VIdal accusée de voir ce qu’elle voit!

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, sait tout ça et encore plus. Elle voit ce qu’elle voit et entend ce qu’elle entend. Elle pense donc ce qu’elle pense et a demandé au CNRS de mener une enquête sur la pénétration de l’islamo-gauchisme dans les universités.

La malheureuse ! S’adresser au CNRS qui lui-même est acquis à l’islamo-gauchisme équivaut à lui demander d’enquêter sur lui-même. La réponse n’a pas tardé : le CNRS s’est drapé dans une posture d’indignation et a envoyé promener la ministre. Cet organisme a été aussitôt suivi par la Conférence des présidents d’universités. 

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Ceux-ci ont vigoureusement rejeté l’initiative de Frédérique Vidal. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient tous acquis à l’islamo-gauchisme. Mais par soumission, par sympathie parfois et pour éviter toute agitation ils s’en accommodent. Du temps du communisme on appelait ça les compagnons de route.

Une ministre dans la tourmente peu soutenue

Quatre-vingt-dix ans après nous voilà revenus au temps de La Trahison des Clercs de Julien Benda. Il dénonçait les intellectuels qui s’étaient jetés dans les bras du fascisme et du communisme. Aujourd’hui l’islamo-gauchisme a pris leur place. Selon un dicton bien connu le poisson pourrit toujours par la tête.

PS : Libération s’est joint à l’hallali contre Frédérique Vidal. Ayant constaté que la bête était quasiment morte, en tout cas à l’agonie, le journal a titré en Une : « Frédérique Vidal perd ses facultés ». Ni le président de la République, ni le Premier Ministre n’ont jugé bon de la soutenir. Eux non plus ne veulent pas d’histoires…

Et c’est le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui a planté le dernier clou dans le cercueil de la ministre de l’Enseignement supérieur avec cette déclaration : « le Président est avant tout attaché à l’indépendance des universités ». Tout est dit.

Comment la Serbie est devenue championne de la vaccination

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Une tribune libre du député serbe Jovan Palalić et d’Alexis Troude


Pour l’opinion publique en Serbie, cela a été une grande surprise de lire dans les médias occidentaux des textes positifs sur leur pays.

Étant la cible d’attaques dirigées sans fondement contre leur politique pendant des années, les Serbes sont tout à coup devenus le sujet d’une grande attention et de compliments en raison de leur stratégie concernant l’achat de vaccins et la procédure de vaccination de la population.

Le plus étonnant est que la Serbie est devenue le leader en Europe concernant la vaccination de ses citoyens. Les vaccins arrivent en Serbie de plusieurs côtés, ce qui en réalité signifie que, dans différents centres de vaccination, les citoyens serbes ont un choix très large de vaccins : russe ou chinois, ou bien ceux produit par « Pfizer » ou « AstraZeneca ». Parallèlement, la production du vaccin russe Spoutnik V va bientôt commencer sur le territoire serbe. Le but du gouvernement, d’ici la fin de l’année, est que la production du vaccin assure non seulement le processus de vaccination des citoyens serbes, mais aussi l’exportation du vaccin dans la région des Balkans. Dès le 17 février, des doses ont été envoyées au voisin monténégrin et à l’été 2021, une usine en Serbie produira des doses sous licence russe.

Un pays proche de la Russie

Les Serbes sont un peuple européen. Même si la Serbie continue et maintient son processus d’adhésion à l’UE, elle reste toujours fidèle à son partenariat avec la Russie. Malgré toutes sortes de pressions, les Serbes n’ont pas accepté d’instaurer des sanctions contre la Russie, ce qui a pour résultat qu’aujourd’hui parviennent en Serbie des livraisons régulières du vaccin russe et que des spécialistes russes de l’Institut « Gamaleya» travaillent en collaboration avec l’Institut serbe de vaccination afin de mettre en marche la production du vaccin russe en Serbie.

Abandonnant petit à petit sa politique néolibérale, la Serbie parvient désormais à maîtriser sa politique sanitaire. Après avoir arrêté la production et le fonctionnement de son Institut scientifique dans le domaine de la virologie, la Serbie renouvelle sa souveraineté en production de vaccins.  À l’aide d’une  production nationale de vaccins, le gouvernement serbe veut ardemment vaincre les futures pandémies et conserver son développement économique. Les Serbes ne veulent pas que leur santé dépende de l’intérêt de diverses compagnies pharmaceutiques ou de l’administration bruxelloise.

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Enfin, les bonnes relations économiques de la Serbie avec la Chine ont abouti à l’arrivée d’une quantité importante de vaccins chinois au moment critique de la campagne de vaccination. Rien n’est plus important que la santé des citoyens. Les pressions que nous avons enduré pendant des années de renoncer à l’alliance avec la Russie ou à la coopération économique avec la Chine ne pouvaient pas influencer notre politique. Simplement, cela n’était pas notre intérêt. En tant que nation libre, la nation serbe a décidé ce qui était dans son intérêt et elle s’y tient, sans égard pour toutes les menaces subies quotidiennement. Or cela n’était pas facile pour les Serbes, sachant qu’il n’est jamais facile de mener une politique indépendante et souveraine ; pourtant elle donne des résultats maintenant.

Retrouver notre souveraineté

Les petits pays balkaniques n’ont obtenu aucun vaccin du programme européen « COVAX ». Malheureusement, leurs élites avaient consenti à suivre la politique de Bruxelles au sujet des sanctions contre la Russie en évitant la coopération avec la Chine : désormais elles sont abandonnées à elles-mêmes. Et nous voyons que la Serbie a déjà aidé son voisin, la Macédoine du nord, et va aussi aider les autres États dans la région. Désormais, leurs citoyens vont certainement voir les choses sous un autre angle, y compris les promesses de Bruxelles et l’habileté des politiciens bruxellois.

Nous sommes d’avis que toute la pandémie et l’exemple de la Serbie ont prouvé que nous, Européens, nous pouvons protéger non seulement la santé de nos citoyens mais aussi notre économie, à condition de renouveler notre souveraineté dans différents domaines de production stratégiques, ainsi qu’à travers une coopération mutuelle de toutes les nations, qui serait accompagnée du partage de leurs expériences, connaissances et technologies. Ce sont les menaces et défis globaux qui imposent la coopération des nations libres dans toutes les sphères et non le diktat d’intérêts de quelques grandes puissances et compagnies multinationales, qui, quant à elles, n’ont certainement pas dans leur intérêt l’existence des politiques nationales indépendantes ni le renouvellement de l’industrie et de la production.

Tout cela exige un changement radical dans les politiques des États européens, dont la première tâche serait de définir et ensuite défendre les intérêts de leurs propres nations. Il est temps de changer la manière dont on voit les choses et d’utiliser une autre optique en Europe. Car celle que les Européens appliquent actuellement n’est pas la leur : ces lunettes leur ont été mises par ceux dont l’intérêt n’est pas l’existence d’une Europe unie ni de libres nations européennes.

Si l’exemple positif de la Serbie peut aujourd’hui contribuer à ce que les nations européennes renouvellent leur souveraineté et leur politique d’indépendance afin de vaincre les malheurs qu’ont vécu les Serbes, ce sera une raison suffisante d’être contents, malgré tous les malentendus et condamnations qui se sont produits au cours des décennies.

Quant aux Serbes, tout ce qu’ils ont voulu depuis toujours est d’être indépendants et de décider eux-mêmes de leur destin. Peu à peu, le temps montre qu’ils avaient raison.

Jovan PALALIC, Député au Parlement de la République de Serbie
Alexis TROUDE, Président du Collectif pour la Paix au Kosovo

Vers une nouvelle donne en Côte d’Ivoire?

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Le scrutin legislatif du 6 mars est essentiel pour l’Afrique de l’Ouest. Et aussi pour le monde occidental. Le tout juste réélu président Ouattara doit faire face à une nouvelle donne: les deux grands partis historiques du pays font front uni contre lui. Une grande première. Après 20 ans de chaos politique et de guerre civile sanglante, la Côte d’Ivoire présente pour la première fois une opposition unie qui court sous les couleurs de l’Alliance, clairement déterminée à en finir avec les démons du passé. Un énorme caillou dans la chaussure d’Alassane Ouattara, réélu avec le soutien implicite de la France, pour un troisième mandat présidentiel qu’il avait pourtant juré, craché de ne jamais briguer.


A quelques semaines du scrutin législatif du 6 mars prochain au cours duquel les Ivoiriens vont devoir élire leurs députés, la violence, la répression et la fraude sont encore à craindre. Cette situation est désormais récurrente dans un pays qui fut, pourtant, longtemps un havre de paix.

Depuis la mort du président Félix Houphouët-Boigny en 1993, la Côte d’Ivoire peine à retrouver la paix et la stabilité. En moins de trois décennies, le pays a en effet connu deux tentatives de coup d’État, deux coups d’États réussis, des dizaines d’assassinats politiques, une guerre civile longue de dix ans et des milliers de victimes au compteur. Depuis la période trouble des indépendances, jamais ce pays n’avait été confronté à autant de souffrance et de détresse. Comment arrêter cette spirale de violence qui s’est emparée de la vie politique ivoirienne ?

Rappels historiques sur la Côte d’Ivoire

C’est au moment des élections présidentielles de 2011 que la crise a atteint son apogée. La communauté internationale avait déclaré que le président sortant, Laurent Gbagbo, avait perdu les élections et lui avait intimé de quitter le pouvoir. Le président Nicolas Sarkozy avait saisi cette occasion pour aider son ami Alassane Ouattara, adversaire de Laurent Gbagbo et ancien directeur Afrique du Fonds Monétaire International, à prendre le pouvoir par la force. Il allait s’y installer durablement…

Renversé, Laurent Gbagbo sera traduit devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Au terme de huit années de procès, il est acquitté de tous les chefs d’accusation retenus contre lui mais ne peut toujours pas rentrer dans son pays. Alassane Ouattara, craignant un retour triomphal de l’ancien président, champion de nombreux quartiers populaires, décide de durcir le ton contre les opposants et de fermer la porte à la discussion et à la réconciliation.

Après neuf ans passés au pouvoir, il n’est toujours pas parvenu à rassembler les Ivoiriens ni à pacifier le pays, son envie de conserver le fauteuil présidentiel semble être sa principale motivation et sa seule ambition. Il n’a d’ailleurs pas hésité à prendre l’initiative de modifier la Constitution pour s’arroger un troisième mandat à la tête du pays. Le principal candidat de l’opposition, l’ancien président Henri Konan Bédié, âgé de 86 ans, s’en est indigné publiquement: « Alassane Ouattara a violé la Constitution en se présentant pour un troisième mandat. Sa candidature est illégale et tout le monde le sait ». Il a également écrit à Emmanuel Macron pour l’alerter sur les risques d’une recrudescence de violence et sur le climat d’insécurité qui règne dans tout le pays. Il affirme en outre que le droit constitutionnel de manifester est désormais mis en péril par la vague d’arrestations des manifestants. Malgré les contestations, Alassane Ouattara va passer en force.

Celui que l’on présentait en 2011 comme un fervent démocrate est plus que jamais sourd et hostile à la discussion. Âgé de 79 ans, il est réélu le 31 octobre 2020 dans un climat de contestation et de fraude.

Le président ivoirien Alassane Ouattara s'exprime devant les journalistes après avoir voté le jour de l'élection présidentielle, le 31 octobre 2020. © Leo Correa/AP/SIPA  Numéro de reportage : AP22508632_000009
Le président ivoirien Alassane Ouattara s’exprime devant les journalistes après avoir voté le jour de l’élection présidentielle, le 31 octobre 2020. © Leo Correa/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22508632_000009

Contrairement à l’intransigeance dont la communauté internationale a fait preuve en 2011 à l’égard de Laurent Gbagbo, elle se montre plutôt compréhensive et indulgente s’agissant d’Alassane Ouattara. Elle ne condamne pas cette modification constitutionnelle controversée qui permet au chef de l’État ivoirien de rester au pouvoir au-delà de la limite légale initialement fixée ni ne s’offusque de la mascarade électorale qui en découle.

Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié font front commun

Si les représentants de l’Union européenne, pas très diserts, ont « pris note » de cette réélection, les Ivoiriens dans leur majorité estiment, pour leur part, qu’il s’agit d’un mandat de trop et qu’Alassane Ouattara aurait dû partir au terme de ses deux mandats, conformément à la Constitution. Seul le Centre Carter a osé dénoncer un contexte politique et sécuritaire peu propice à l’organisation « d’une élection présidentielle compétitive et crédible ». La victoire du président sortant obtenue à 94,27% des suffrages, comme au temps des partis uniques, a une fois de plus créé des frustrations et engendré des manifestations violentes dans le pays.

Afin d’éviter l’escalade, Laurent Gbagbo est sorti d’un long silence pour demander le respect des textes constitutionnels : « L’un des problèmes politiques en Afrique, c’est qu’on écrit des textes sans y croire. Si l’on écrit dans la Constitution que le nombre de mandats est limité à deux, pourquoi veut-on faire un troisième mandat ? Il faut respecter les textes qu’on élabore soi-même sinon, on court à la catastrophe ». Comme pour rappeler à l’Europe et à la communauté internationale leur indignation à géométrie variable, l’acquitté de la CPI ne se prive pas de souligner pour l’occasion : « En tant qu’ancien président de la République, il est de mon devoir d’alerter, d’éviter que le pays sombre à nouveau dans la violence », avant d’ajouter à cette mise en garde : « Le remède efficace contre la violence, c’est la discussion et la négociation ».

À défaut d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition politique, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié ont, de leur côté, décidé de se rencontrer à Bruxelles le 29 juillet 2019 pour créer un front commun, en prévision des prochaines législatives, contre Alassane Ouattara et son parti, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

Derrière cette rencontre solennelle entre deux poids lourds de la politique ivoirienne, il y a surtout une volonté des deux plus grands partis politiques de Côte d’Ivoire, le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié, de déverrouiller le jeu politique en imposant la pluralité aux élections législatives et de briser le cycle de la violence en rassemblant la majorité des Ivoiriens. Pour cela, ils ont signé en avril 2020, un « document cadre de collaboration » d’une vingtaine de pages intitulé « projet de réconciliation des Ivoiriens pour une paix durable ». Cette coalition de l’opposition vise au moins 128 sièges sur les 255, soit la majorité absolue. Sur le papier cela parait possible. L’Alliance, comme  elle s’est elle-même baptisée, présente en effet près de 90% de candidats uniques : une grande première qui lui permet  d’entrevoir une victoire au bout du chemin.

La crainte de nouvelles fraudes

Pourtant, prudente, ou échaudée, elle alerte sur les risques d’un autre forcing électoral que chercherait à imposer Alassane Ouattara. Les auteurs craignent principalement que les conditions d’organisation des élections ne soient pas « justes et transparentes », autrement dit, que le chef de l’État nouvellement réélu, n’étant pas sûr d’obtenir une majorité à l’assemblée, choisisse de s’imposer par la fraude.

Entre calculs préélectoraux et montée des tensions, il faut bien constater que l’environnement politique actuel en Côte d’Ivoire est irrespirable. Les prisonniers politiques restent majoritaires dans la population carcérale, de nombreux Ivoiriens vivent toujours en exil depuis la crise post-électorale de 2011, l’insécurité est grandissante dans l’ensemble du pays et le pouvoir semble hostile à toute ouverture politique pour donner sa juste place à l’opposition et à l’expression populaire.

Le paradoxe de la situation actuelle est qu’elle est exactement ce qu’Alassane Ouattara reprochait, du temps où il était encore dans l’opposition, à Henri Konan Bédié et à Laurent Gbagbo… N’a-t-il donc tiré aucune leçon des événements dramatiques de 2011 ? Verdict dans quelques jours.

À Lille, l’art dramatique sera “sociétal” ou ne sera pas

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C’est la consécration pour David Bobée, nommé directeur du Théâtre du Nord à Lille, sous les applaudissements de Martine Aubry et Roselyne Bachelot.


Un communiqué de presse du Ministère de la Culture nous apprend la nomination de David Bobée à la direction du Théâtre du Nord, Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing. Dans un tweet, Martine Aubry se réjouit de la nomination de ce metteur en scène qui « propose un projet riche entre répertoire et création contemporaine, très ambitieux sur les enjeux sociétaux et du développement durable. » 

Retour en arrière. En 2015, la ministre de la Culture Fleur Pellerin crée un Collège de la diversité censé accélérer la représentation des minorités dans la production artistique. David Bobée en est membre. Il pense en effet que « le monde de la culture est raciste » et entend bien « décoloniser les arts », du nom du collectif qu’il co-anime avec Françoise Vergès, la féministe décoloniale proche du PIR, et le soutien de Rokhaya Diallo, entre autres. 

De quelles couleurs de peau sont les auteur-e-s de votre saison ?

En 2016, alors directeur du Centre National Dramatique de Haute-Normandie, il envoie un questionnaire à « tous les directrices et directeurs » des Théâtres et Centres Dramatiques Nationaux. La forme et le fond de ce questionnaire valent la peine d’être regardés de près. Florilège : « Connaissez-vous des non-blancs, non-blanches directeur ou directrice d’institution culturelle publique ? » – « Partagez-vous ce sentiment que la France est construite et nettoyée par une infra-société invisible et non-blanche ? » – « Avez-vous des artistes associé.e.s dans votre théâtre ? – Quelle est leur couleur de peau ? » – « Par qui ces récits sont-ils racontés ? Des blancs ou des non-blancs ? » – Avez-vous déjà invité un artiste que vous produisez à être attentif à la diversité dans sa distribution ? » – « Dans ce monde là, Othello joué par un blanc parmi les blancs, on valide ? » – « À quelques exceptions près, dans quelles zones de France vote–t-on massivement pour le Front National ? » – « De quelles couleurs de peau, de quelle(s) origine(s) culturelle(s) sont les auteur-e-s de votre saison ? » Tout le questionnaire est à l’avenant. Il est incroyable de n’avoir jamais entendu parler de ce questionnaire “culturel” qui ressemble à un possible manuel d’interrogatoire de feu les Gardes Rouges chinois.

De fausses interrogations ciblent l’ennemi politique. En plus du parti politique honni, les “blancs” se substituent aux “bourgeois” ou aux “intellectuels” de la révolution chinoise… et des mesures correctrices sont suggérées sous peine de se voir rééduqué par le Comité de la Diversité du Ministère de la Culture (révolutionnaire).

A lire ensuite, l’ouvreuse: Mauvais cygnes à l’Opéra de Paris

Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon en 2018, avait accueilli à bras ouverts le “feuilleton théâtral” intitulé Mesdames, messieurs et le reste du monde, mis en scène par David Bobée, et découpé en “performances” ou “ateliers participatifs” aux noms significatifs: « Le genre, c’est quoi ? » ; « Tou.te.s minoritaires ; « Première cérémonie des Molière non raciste et non genrée » ; « Bal dégenré – La fête du genre » ou « Carte blanche à Virginie Despentes » et « La bibliothèque de Rokhaya Diallo ». Programme inspiré sans doute par celui de la Révolution culturelle qui voulait mettre fin aux Quatre Vieilleries : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes, les vieilles habitudes.

David Bobée, un artiste “engagé”

David Bobée est le stéréotype de “l’artiste” qui n’a plus qu’un souvenir lointain de ce qu’est l’art véritable. “L’art” militant, sociétal, à forte valeur morale ajoutée, est un non-art qui a remplacé l’art. Le savoir-faire et le travail de l’artiste, la beauté, la forme et, parfois, l’intelligence transgressive de ses œuvres, ont été remplacées par la paresse et l’inintelligence de non-artistes qui disent “transgresser les normes” quand ils ne font qu’en installer de nouvelles, plus normatives et policières que les anciennes. Le théâtre et l’université sont contaminés par le même poison idéologique, le militantisme remplace la création du beau comme la recherche de la vérité.

Voilà où nous en sommes. Cela n’effraie personne, et surtout pas notre ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui entérine la destruction artistique au nom des “valeurs” d’ouverture, de diversité, de partage “dégenré”. Le communiqué de presse de son ministère est on ne peut plus clair: 

« …[David Bobée] entend faire du centre dramatique une maison engagée dans les enjeux du développement durable et un laboratoire d’égalité capable de tracer de nouvelles voies contre toutes les formes de replis identitaires et de discriminations. L’égalité des chances et l’ouverture sur le monde irrigueront son action à la tête de l’École du Nord, dont il prendra également la direction avec la volonté de faire émerger de nouveaux profils d’artistes transdisciplinaires. »

A lire aussi: Art contemporain: «une production fade, aseptisée, facilement exportable»

Comme il ne suffisait pas que M. Bobée massacre l’art théâtral, il a été décidé de lui confier également les rênes de l’École supérieure d’Art Dramatique de Lille. Ainsi, nous devrions voir prochainement de nouveaux génies de l’art culturel transdisciplinaire en faveur du développement durable et contre les discriminations. 

Un questionnaire sera-t-il proposé à la fin de chaque représentation lilloise ? Les réfractaires (ceux qui auront répondu fautivement au questionnaire ou ne l’auront pas rempli) se verront-ils convoqués pour une nouvelle représentation ? En cas de nouvel échec, seront-ils astreints par le Comité de la Diversité du Ministère de la Culture à l’achat d’un abonnement de trois ans au Théâtre du Nord? Ainsi, assurément, le théâtre ne désemplira pas. Le Ministère et la direction du Théâtre pourront alors parler de l’incroyable succès d’un art théâtral qui aura enfin su se renouveler…

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Œnologouine: le monde du vin libéré des hommes


Quand l’anti-sexisme verse dans la ségrégation


Ce qui est réjouissant avec les médias qui se font les porte-étendards du gauchisme culturel, c’est qu’on tombe chaque jour sur des pépites magistrales qui révèlent l’avancée de la «woke culture» dans notre pays! On le sait maintenant: le «woke» est cette idéologie qui essentialise la race et le sexe.

Elle repose essentiellement sur une posture victimaire, qui permet de censurer et d’excommunier tous les bourreaux oppresseurs, c’est-à-dire ceux qui pensent en dehors des clous progressistes.

Des soirées de dégustation ouvertes à tout le monde sauf aux hommes 

Dernier exemple en date du phénomène, le 10 février Libération fait état de cours d’œnologie réservés aux femmes et aux personnes queers.

C’est l’idée de Delphine Aslan, sommelière et caviste de formation, laquelle a fait du fût son instrument de lutte pour défendre non pas l’appropriation chinoise de nos vignobles, mais la cause féministe et LGBTQT etc… Dans l’interview publiée, on apprend que cette rebelle a créé une association baptisée Oenologouine, pour lutter contre le sexisme et la lesbiennophobie dans le milieu du vin. Comment s’y prend-elle ? Elle organise dans des bars ou à domicile – en ce moment c’est plutôt chez les particuliers – des «soirées de dégustation ouvertes à tout le monde sauf aux hommes». On appréciera le formidable oxymore sur l’ouverture limitée à des happy few, contradiction qui révèle le caractère schizophrénique de ces idéologies des identités capables de prôner un discours sur l’inclusion vertueuse tout en pratiquant une exclusion honteuse, et sans que personne ne bronche!

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«L’idée est de découvrir le monde du vin, dans une ambiance décontractée, sans sexisme, ni paternalisme» explique Delphine Aslan. Par «peur d’être méprisées, isolées, gênées», les «femmes queers et lesbiennes» ne se rendaient pas à des ateliers d’œnologie jusqu’alors.

Un homme, même «très gentil, peut suffire à intimider»

On est donc passé d’ateliers «ouverts à tous» à des cours réservés à un groupe plus restreint, à une «mixité choisie» selon l’euphémisme employé par la journaliste. Et les gays? Et les trans? Sont-ils admis, ou également privés du droit d’entrée? Au lieu de s’aventurer sur ces chemins sinueux de la concurrence victimaire entre minorités, la journaliste de Libé préfère se concentrer sur le sexisme «systémique» qui caractériserait le secteur du vin. Et peu importe si on assiste en réalité depuis quelques années à une féminisation du milieu. 1/3 des œnologues sont de sexe féminin, plus de 30% des chefs d’exploitation viticole et plus de 50% des élèves en œnologie sont des femmes, comme le révèle la dernière étude de Vin et Société…

Lors de sa formation de caviste, la malheureuse Delphine Aslan aurait été confrontée à beaucoup d’hommes qui, bien que mauvais, «se sentaient plus légitimes que les autres et s’autoproclamaient déjà spécialistes». Loin de voir dans ce comportement la preuve d’une banale et stupide suffisance, Delphine Aslan y a décelé l’expression du machisme et de la volonté de puissance masculine. Et en misandrie, tout homme est à exclure, même les très gentils, car un homme, même «très gentil, peut suffire à intimider », explique très sérieusement la sommelière qui ne doit pas avoir l’alcool bien joyeux!

À votre santé, messieurs-dames!

Les ateliers «d’oenologouines» sont une énième manifestation des « safe spaces », ces zones dites de protection où toute altérité est bannie car soi-disant porteuse de mini-agressions. En réalité, des clusters de non-mixité où une forme d’apartheid sexiste s’applique en toute impunité !

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L’absurdité de ces zones non mixtes vantées par les progressistes en peau de lapin de Libé est plus flagrante dans le milieu du vin qu’ailleurs. En effet, c’est un comble lorsqu’on pense que ce breuvage, au-delà de sa fonction socialisante, a un pouvoir particulier de transformation. Comme le notait Roland Barthes dans Mythologies, le vin est avant tout « une substance de conversion, capable de retourner les situations et les états, et d’extraire des objets leur contraire: de faire, par exemple, d’un faible un fort, d’un silencieux, un bavard… » Et si, enfermées dans leur sectarisme primaire, Delphine Aslan et la scribouillarde de Libération rataient en réalité une occasion de se servir du vin pour convertir les machos en alliés des LGBT?

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Mbappé étincelant contre Barcelone: le PSG meilleur sans Neymar?

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Le sport peut parfois être perçu comme une métaphore du monde et de ses luttes.


Le magnifique match du PSG, le 16 février à Barcelone, avec sa victoire par quatre buts à un, permet sans abus d’en faire une métaphore de la vie politique.

Un triplé en Ligue des champions

J’ai toujours été passionné par l’analyse des rapports de force et des stratégies d’influence et ce n’est pas banaliser cette curiosité que de l’appliquer à une joute sportive internationale. Notamment pour ce qui concerne la relation entre Kylian Mbappé, fabuleux auteur de trois buts, et Neymar blessé et donc absent; ainsi que la dépendance habituelle de l’un par rapport à l’autre. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on considère que ce duo est handicapé d’abord à cause du génie intermittent, de la fragilité, du narcissisme et des afféteries de Neymar et de l’incidence de ces dispositions sur Mbappé.

Comme en politique, deux crocodiles dans un même marigot, malgré des relations apparemment cordiales, c’est un de trop. Le cumul est parfois une soustraction. Mbappé a brillamment démontré contre l’équipe de Barcelone que non seulement Neymar ne lui manquait pas, bien au contraire, mais qu’il ne faisait pas défaut plus globalement au groupe qui a été meilleur et victorieux sans lui. En ayant démontré durant 90 minutes une totale excellence. Ce n’est pas rien pour Mbappé, par ailleurs, d’avoir éclipsé Messi qui s’est trouvé impuissant et démuni.

D’un coup la carence de Neymar a permis à Mbappé de prendre toutes les responsabilités, d’oser, d’être le maître incontesté sur le terrain, d’inventer le jeu dans lequel il se savait exceptionnel, de marquer trois buts et de n’être jamais gêné par la présence à ses côtés d’un joueur qui l’entravait plus qu’il ne l’amplifiait. Ce n’est pas sous-estimer Neymar que de prendre acte du fait que son absence a libéré Mbappé et élevé le niveau de l’équipe tout entière. Neymar est un soliste qui la plupart du temps joue pour lui seul. Mbappé est un soliste qui, s’il ne dédaigne pas les exploits individuels, ne méconnaît pas l’altruisme. Au service de l’équipe plus que de lui-même et quand il éblouit, il transcende tous ses partenaires.

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Mbappé n’a jamais été vaniteux mais je suis persuadé que sans Neymar plus aucune contagion de « grosse tête » ne le guette. Livré à lui-même, Mbappé est partout irréprochable, au sommet à Barcelone.

Le danger de la cacophonie des dons

Comme en politique, il y en a un de trop et j’aurais eu un frisson d’inquiétude pour le PSG si en plus Messi avait rejoint ce duo. La cacophonie des dons aurait dominé pour le pire.

Serait-ce indélicat de poursuivre la métaphore en vantant le rôle décisif de l’entraîneur Pochettino qui en peu de semaines est parvenu à faire d’individualités techniquement remarquables une superbe équipe en rassemblant, en ne laissant aucun joueur au bord du chemin et en les embarquant tous dans une entreprise où chacun s’investissait avec bonheur parce qu’il était considéré ?

J’imagine ce qu’un président de la République pourrait mettre en œuvre pour la France s’il était inspiré par le même esprit et soucieux de la même participation et implication de tous. Cette comparaison a des limites, j’en ai évidemment conscience, mais comme Neymar est de trop quand on a un Mbappé, il y a probablement, dans notre vie politique, de trop rares Mbappé et des prétendus Neymar superfétatoires…

L’ubuesque «libre pensée» de Salim Laïbi

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Salim Laïbi est un dentiste français publiant des vidéos complotistes très suivies sur internet. Image: capture d'écran YouTube.

Enquête sur le chirurgien-dentiste complotiste star de YouTube


Salim Laïbi est chirurgien-dentiste à Marseille. Entre deux détartrages, il lui arrive de se filmer en train de vilipender « les corrompus des lobbys de Big pharma » depuis son cabinet. Sa liberté d’expression se déploie aussi dans son magazine en ligne Le libre penseur. « Le terme n’a strictement rien à voir avec la libre pensée maçonnique du siècle dernier », tient à rassurer la présentation du site. En guerre contre « les élites corrompues et immorales », le magazine numérique est, crise sanitaire oblige, largement consacré à la pandemie du Covid-19. S’il milite contre les vaccins, le port du masque et a déjà appelé à « faire sécession de l’État » lors du premier confinement, il s’est précipité chez le professeur Raoult pour faire le plein de chloroquine au début de l’épidémie. Désormais, il suggère de se gaver de vitamine C pour soigner la Covid-19.

« Des pédocriminels dirigent la France ! »

Le 28 janvier, dans son émission L’info en questions accessible sur YouTube, Salim Laïbi dénonce des médias « menteurs, mythomanes pathologiques ». Raisons du courroux ? Un article de Valeurs Actuelles reprenant Le Point qui « rappelle qu’à ce jour, seul un Français a été reconnu comme appartenant officiellement au mouvement QAnon. Il s’agit de Salim Laïbi ». Pour rappel, QAnon est un vent conspirationniste qui souffle depuis les États-Unis, certains adeptes de ce mouvement voient en Donald Trump notre sauveur en croisade contre une élite satanique qui enlèverait nos enfants pour assouvir ses fantasmes les plus débridés. Se défendant d’en être un fidèle, Salim Laïbi dénonce un « article diffamatoire ». « J’ai déjà répondu sur cette affaire dans une vidéo, que souhaitez-vous savoir de plus  ? », nous a-t-il répondu par mail.

Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné!

Salim Laïbi a une relation privilégiée avec le haut débit. L’usage de YouTube comme espace d’expression sans filtre fonctionne à merveille : la chaîne du réseau favori de l’activiste peut s’enorgueillir de compter près de 140 000 abonnés. Ce même 28 janvier, suite à quelques sarcasmes au sujet des médias sous les ricanements du vidéaste anti vaccin Jean-Jacques Crèvecœur, Salim Laïbi s’enflamme : « Il y a que des pédocriminels qui dirigent la France ! On peut commencer par les médias, la haute couture, les avocats, les journalistes ».

« Antisionisme » en roue libre

Une séquence qui pourrait prêter à sourire si l’on ne se penchait pas plus sur le personnage. Lauréat de la Quenelle d’or littéraire 2013, Salim Laïbi se porta candidat aux élections législatives de 2012 dans les quartiers Nord de Marseille, lors desquelles il réunit 0,8% des suffrages exprimés. Une brève parenthèse dans l’agora qu’il mit à profit pour glisser quelques quenelles lors d’un meeting avec Dieudonné et Alain Soral. « C’était juste pour mettre une quenelle, j’ai foutu mon petit chaos dans le milieu politique marseillais », plastronnera-t-il plus tard. Pourquoi tant de haine ? « Le discours de Salim Laïbi prône une « alliance des exclus » face aux « élites mondialisées et aux sionistes » qui voudraient les réduire à rien », a analysé Gilles Kepel auprès du journal Marsactu. Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle de Dieudonné ou d’Alain Soral.

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Suite à cette courte aventure politique, retour à YouTube. S’il a mis un peu d’eau dans son vin, Laïbi y a abondamment dérapé sur le supposé complot juif. Jadis, l’activiste nous prit à parti au regard de « 100 000 stupides décérébrés sionars qui veulent faire la guerre à tout le monde, qui pleurnichent à longueur de journée pour un truc qu’il y a eu il y a soixante ans ». Bien que d’autres sorties de la même teneur aient étrangement disparu de la toile, certaines subsistent. Encore récemment, en octobre 2019, il déplorait ce qu’il considère comme « un lobby sioniste extrêmement puissant et virulent, qui défend les intérêts de Tel-Aviv, qui veut diaboliser l’islam et les musulmans afin de continuer sa colonisation de l’autre côté ». En septembre dernier, il appelait à porter plainte contre la journaliste du Figaro Judith Waintraub par ces mots doux : « Il faut la faire condamner, c’est une racaille de la caste des journalistes sionistes, vous voyez son patronyme c’est une sioniste convaincue qui est là pour déstabiliser la France, ce sont des agents de subversions, des Sayanims point à la ligne ».

« Les patronymes sionistes ça n’existe pas, c’est un discours clairement antisémite », commente sobrement l’intéressée, par ailleurs victime de menaces de mort sur Twitter. « Deux des auteurs ont été retrouvés, l’un a été condamné à du TIG, l’autre passera en procès le 4 mars », prévient-elle.

Appels à la sécession 

Débarqué à Marseille depuis l’Algérie durant son adolescence, Salim Laïbi a opté pour la naturalisation française. Cependant, il suit toujours de près la politique de son pays d’origine. A l’automne 2019, en pleine grogne algérienne, Saïd Sadi, cofondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti laïque d’opposition algérienne, est violemment apostrophé par Laïbi qui le poursuit dans les rues de la cité phocéenne. La scène a des airs de harcèlement. Motif ? Le septuagénaire serait tenté de récupérer le « hirak »[tooltips content= »Nom donné à une série de manifestations qui ont lieu depuis le février 2019 en Algérie déclenchée par la décision d’Abdelaziz Bouteflika à se présenter à un cinquième mandat présidentiel »](1)[/tooltips] -lors duquel moult drapeaux algériens ont fleuri. Saïd Sadi a longtemps milité pour la défense des droits de l’homme, la « berbèritude » et fut candidat aux élections présidentielles algériennes de 1995 et 2004. Il a porté plainte le jour même contre Salim Laïbi mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour comprendre le positionnement de Salim Laïbi sur la politique algérienne, rappelons qu’ il y a quelques années il a déclaré que « le drapeau algérien est un drapeau maçonnique ». « Salim Laïbi vient d’une famille de la haute bourgeoisie algérienne, il est le neveu de Kasdi Merbah, qui a été le directeur de la sécurité militaire pendant plus de dix ans. Quand il vient nous faire croire qu’il est pour le hirak algérien alors que toute sa famille fait partie du système, ça me met hors de moi ! » tempête au bout du fil Gamal Abina, journaliste et militant associatif.

En mars 2019 Lors d’une émission de radio sur France Maghreb 2, ce dernier a eu un échange houleux avec le YouTubeur. Raison des tensions ? Un ouvrage auto-édité dénommé Ils aiment l’Islam, où le dentiste se réfère à des Occidentaux qui auraient loué la religion de Mahomet, parmi lesquels des personnages aussi divers que Voltaire, Lamartine, Diderot, Victor Hugo, Arthur Gobineau, Léon Degrelle ou un certain Adolf Hitler. « Salim Laïbi a sciemment cité des nazis et des néo-fascistes pour défendre l’islam. Et ça ne le gêne même pas », estime Gamal Abina. L’introduction du livre, elle, écorche notamment les « laïcistes athégristes (très souvent sionistes) »[tooltips content= »Salim Laïbi, Ils aiment l’Islam, page 30″](2)[/tooltips]. Guère rompu à la promotion de la laïcité, son auteur déplora jadis la déchristianisation : « C’est l’État, la Franc-maçonnerie, la Révolution, ils ont réussi, c’est Diderot, Ernest Renant, Montesquieu, Voltaire, toute cette racaille, toute cette enflure de Francs-maçons, tous ces dégénérés ont réussi à extirper Dieu du cœur des gens ».

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Depuis les débuts de son activisme, Salim Laïbi semble envoûté par la confrérie : « On peut dire, sans prendre le risque de trop se tromper, que toutes les grandes affaires et scandales qu’a connus la France sont d’inspiration maçonnique. À quand une dissolution de cette secte maléfique ? », écrivait-il il y a neuf ans dans les colonnes du Libre Penseur. Interrogé sur ce point par Causeur, il nous a confirmé dans une vidéo souhaiter toujours la dissolution de la franc-maçonnerie. Quelle peut être la motivation de Laïbi dans ce militantisme ? Pour Omar Djellil, ancien secrétaire général de la mosquée At-Taqwa et président de l’association Présence citoyenne à Marseille « Salim Laïbi incarne l’échec du gouvernement à lutter réellement contre le séparatisme et le radicalisme islamiste ». Une hypothèse plausible : à l’affût de toutes les chapelles, l’activiste est apparu au printemps dernier affublé d’un gilet jaune et une scie à la main, clamant « préparer les échafauds […] car des têtes vont tomber ».

Silence radio des autorités

Depuis plusieurs années, le chirurgien-dentiste « drague » à sa façon les musulmans qu’il n’estime pas assez séparatistes à son goût : « En France, si l’islam existait, ça se verrait tout de suite, mais alors là tout de suite ». Et il n’est pas avare de déclarations équivoques : « Déjà, je m’étonne de la survie d’un BHL. Il serait pas vivant BHL, il aurait été assassiné […] Par exemple, je dis ça mais c’est pas la solution hein, mais par exemple, Charlie Hebdo aurait brûlé avec Val à l’intérieur », lança-t-il lors d’une conférence qui a eu lieu avant même l’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire satirique. Selon nos informations, le défenseur actuel de Salim Laïbi n’est pourtant autre qu’Hakim Chergui, avocat dans plusieurs dossiers du CCIF aujourd’hui dissous. Adepte de vidéos, le dentiste est aussi gourmand de tribunaux, un péché mignon favorisé par les dons de ses fidèles.

Quelques jours après l’attentat contre Charlie-Hebdo, son ancien comparse Alain Soral tapa sur sa page Facebook : «  On ne l’entend plus le dentiste obèse. Il n’appelle plus au djihad anti-gaulois. C’est pourtant sa ligne depuis des mois ». Une vanne qui n’a pas du tout fait rire l’intéressé, lequel se vengea en utilisant l’arme juridique. Il obtint gain de cause et fit condamner le cofondateur d’Égalité et Réconciliation à lui verser une amende de 2000 euros pour diffamation. Mais ça ne marche pas toujours. En 2017, lui-même a été condamné par le tribunal de grande instance de Paris pour avoir porté atteinte à la vie privée de la compagne de Dieudonné. Néanmoins, contrairement à ce dernier ou à Soral, tous deux condamnés pour incitation à la haine, le YouTubeur aux 140 000 abonnés n’a été condamné que pour des affaires de diffamation ou d’atteinte à la vie privée. « On ne judiciarise pas tout. Il est possible qu’on nous l’ait signalé avant que je prenne mes fonctions », commente Stéphane Nivet, délégué général de la LICRA.

Il ne s’agit pas d’exhumer un passé pour jeter l’opprobre sur un homme. Mais pendant que Gérald Darmanin martèle ses propositions pour juguler le séparatisme, Salim Laïbi abreuve quotidiennement ses groupies sur YouTube. « Je suis fatigué des beaux mots du ministre de l’Intérieur alors que Salim Laïbi fait ses discours depuis près de vingt ans sans jamais avoir été inquiété par l’État, Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice que j’ai contactés auparavant étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné », soupire Omar Djellil, qui alerte les autorités depuis dix ans. Sans être entendu à ce jour. « A l’heure de la loi sur le séparatisme, je me demande comment on peut encore laisser ce type d’individu cracher sa haine de cette façon, confie également Bruno Benjamin, Président du CRIF Marseille Provence. La France a combattu pour qu’on puisse instaurer une République respectueuse des us et coutumes de chacun. J’ai l’impression que le gouvernement actuel est en train de recadrer les principes républicains pour qu’il n’y ait plus ce genre de nervi qui puisse s’exprimer ainsi au nom de la liberté d’expression. Il y a urgence à mettre fin à ce type d’appels à la haine », poursuit-il.

Rappelons que suite à la décapitation de Samuel Paty, des mineurs ayant refusé la minute de silence ont été placés en garde à vue. Pourquoi une telle mansuétude envers le dentiste marseillais ? Face à l’incompréhension, la thèse d’une bienveillance de la part d’une personne haut-placée émerge, et pas du milieu complotiste. Qui protège Salim Laïbi, le « libre-penseur » d’extrême droite ?, titrait un article du Point en 2018. Après qu’il fut directeur de la sécurité militaire pendant seize ans, Kasdi Merbah, oncle défunt du prolifique YouTubeur, fut premier ministre du gouvernement algérien de 1988 à 1989. Il tenta notamment un rapprochement entre le pouvoir et les maquisards barbus du FIS. D’aucuns murmurent que cette filiation expliquerait ce qui ressemble à une clémence de la France à l’égard de Salim Laïbi. Quoi qu’elle vaille, cette théorie reste toujours plus crédible que les « complots judéo-maçonniques » dénoncés par Laïbi depuis plus de dix ans…

Suprémacistes blancs: «séparés mais égaux»

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Manifestation « Unite the Right » à Charlottesville, 11 août 2017, acte de naissance public de l’alt-right et de la nouvelle « internationale blanche ». © Samuel Corum / Anadolu Agency / AFP

Depuis 2016, une nouvelle droite radicale, baptisée Alt right, se développe aux États-Unis et gagne du terrain en Europe. Si elle est née outre-Atlantique, c’est grâce à la très large liberté d’expression garantie par la Constitution américaine. Elle prône non pas la supériorité d’une race mais leur séparation, en invoquant la Déclaration d’indépendance de 1776.


Vous souvenez-vous des Proud Boys qui, en s’invitant dans la campagne électorale américaine, avaient créé le buzz dans les médias français[tooltips content= »Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », est une organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump. »](1)[/tooltips]? Ils ont participé, parfois en armes, aux manifestations de soutien au « vrai président », comme les « patriotes » américains appelaient Donald Trump. En France les Proud Boys auraient été matraqués, leur organisation dissoute, bref ils auraient été poursuivis au sens littéral et figuré du mot, comme « nos » identitaires. Aux États-Unis, leur liberté de parole est presque totale, comme celle de tout ce mouvement de fond qui soulève et subvertit la vieille droite conservatrice américaine et blanche : l’alt-right – une droite alternative, jeune, agile, cyberbranchée, mais en prise sur les grands textes (français, italiens, allemands) de la philosophie réactionnaire et sur le futurisme, mussolinien, de la technologie. Elle ne pouvait se développer que dans un milieu obsédé à la fois par l’innovation et la communication d’une part, et la liberté d’expression d’autre part – dans l’« Empire de la Liberté », cet autre nom des États-Unis, qui est aussi l’empire de la libre parole, une« rhetorical democracy » : une démocratie de l’argument en roue libre. Le « suprémacisme » est l’enfant de cette liberté.

Le Grand Réveil identitaire

Aucune restriction à la liberté d’expression ? Inconcevable en France où passent les régimes, restent la censure des opinions et les condamnations en justice. On encense notre loi de 1881 sur la liberté de la presse, mais elle est un encadrement, pas une liberté. Aux États-Unis, la liberté de la presse est subordonnée à celle qui compte vraiment : la liberté de parler, « freedom of speech ». On peut tout dire, tout écrire, tout affirmer. La diffamation est difficile à poursuivre. Ainsi l’acteur Peter Fonda a pu tweeter, impunément, que le jeune fils de Trump devrait être enfermé dans une cage avec des pédophiles. Si vous n’aimez pas, n’écoutez pas. Ou allez en France.

La source ? Le premier amendement de la Constitution américaine, base de leur inamovible charte des droits :« Le Congrès ne prendra aucune loi qui officialise une religion ou qui interdise son culte ; ou qui restreigne la liberté de parole ; ou le droit du peuple à se réunir paisiblement et à pétitionner le gouvernement pour réparer des griefs.[tooltips content= »Traduction de l’auteur. »](2)[/tooltips] » Tout est là : de la prolifération rhétorique des télévangélistes, et la prégnance du discours religieux qui s’invite partout, du « God bless you » des politiciens en fin de discours, à l’absence de toute limitation de la parole publique (jusqu’à la logorrhée). Cette liberté de parole ne souffre aucun retranchement, aucun encadrement, aucune restriction, religieuse ou autre. Voilà pourquoi le suprémacisme a pu se développer aux États-Unis et devenir, avec l’alt-right en fer de lance, le ferment d’une nouvelle « internationale blanche ». En Europe, les lois interdisant la contradiction sur certains sujets, la main invisible des subventions à la presse, les poursuites tous azimuts pour « haine » corsètent la propagation rapide des idées et du militantisme « suprémacistes », au point que les identitaires européens récusent le terme, par prudence.

Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié : Suprémacistes : l'enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA
Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié: « Suprémacistes : l’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire » (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA

Impossible de comprendre le « Grand Réveil » identitaire ou suprémaciste sans évoquer les événements qui eurent lieu dans une petite ville universitaire américaine, en 2017 : Charlottesville. Ce fut l’acte de naissance public de l’alt-right et de la nouvelle internationale blanche.

Charlottesville: scène primitive blanche.

En août 2017, à l’initiative de divers groupuscules identitaires ralliés sous le slogan « Unite the Right »(« Unité à droite ! »), des centaines de jeunes et d’étudiants convergent vers la petite ville universitaire, snob, de Charlottesville en Virginie. Ils appartiennent à toute la gamme :tatoués du Ku Klux Klanet et étudiants BCBG. Certains sont violents, d’autres non. Leur but symbolique : empêcher le déboulonnage de la statue du général Lee, un héros sudiste qui, soit dit en passant, s’était vu offrir la tête des armées du Nord par Lincoln. Il y a des affrontements, de nombreux blessés et un mort – une jeune femme. Une photo de leur marche nocturne aux flambeaux fait le tour du monde dès le lendemain matin : le visage d’un jeune identitaire devient immédiatement l’icône du nationalisme blanc. Elle ressort régulièrement dans la presse anglo-saxonne.

Charlottesville propulsa les « white nationalists » sur la scène médiatique mondiale. De là date la présence médiatique des suprémacistes dans le débat public, et la nouvelle carrière de leurs opposants antifascistes, les « antifas ». Dans la foulée, le débat sur la « haine » est arrivé en France, comme toujours dans des wagons américains. La « haine », c’était par exemple les slogans de Charlottesville : « You will not replace us ».

Les identitaires américains ont tiré une leçon de Charlottesville : dans une rhetorical  democracy, la meilleure arme contre la liberté d’expression, c’est la liberté d’expression elle-même. En l’occurrence, une fois qu’on a réussi à affubler ses adversaires du tag « haine » ou « contenu haineux », peu importe que ce soit vrai ou faux, l’opération psychologique de dénigrement fonctionne. La nouvelle génération d’identitaires s’est donc regroupée depuis dans des cercles d’études et de réflexion métapolitiques, pour produire de la propagande argumentée à long terme, tout en se disséminant sur le web. Ils sont passés depuis 2017 d’une publicité fracassante et exubérante à une diffusion rapide et versatile de leurs argumentaires, quittant par exemple YouTube pour Gab, BitChute, Entropy ou Parler. Ils ont déplacé le jeu, laissant les hystériques des Proud Boys et Cie attirer l’attention loin d’eux. Ils sont entrés, comme ils le disent, en « dissidence ».

Alt-Right contre «Big Tech»

Mais l’alt-right s’est heurtée à une forme neuve de censure. Twitter, Facebook, Google et YouTube sont tous accusés de rejeter de leurs plates-formes les opinions qui déplaisent à leurs gérants, actionnaires ou annonceurs – un dossier sur le fils Biden a été supprimé des plates-formes dominantes, sans parler du cas de Donald Trump, expulsé de Twitter et de Facebook. La « Big Tech » se substitue-t-elle à un pouvoir de censure inadmissible (et illégale) aux États-Unis ?

Lors de l’audition de la juge Amy Coney Barrett, élue depuis à la Cour suprême, un sénateur a déclaré avec justesse qu’aux États-Unis, la liberté de parole n’est pas le résultat d’interdictions prises par le pouvoir législatif ou réglementaire, mais qu’elle précède l’organisation des pouvoirs. En conséquence, la liberté d’expression, de réunion et de pétition s’impose au législateur, a fortiori à l’administration, qui ne peut en aucun cas les restreindre. En France, depuis 1789, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté de réunion sont « encadrées », comme on dit en langage managérial. Notre liberté d’expression est une liberté par soustraction : ce qu’on peut dire une fois qu’on nous a interdit de dire ceci ou cela.

Cependant, la censure du freedom of speech par la BigTech existe bien. L’analyse juridique est complexe, mais l’objet du litige est simple : les Big Tech s’appuient sur une interprétation du code américain (article 230) pour supprimer ce qui ne leur plaît pas, de surcroît, en invoquant « la vraie diversité du discours politique ». Bref le capitalisme mercantile digital a réussi, pour le moment, à faire ce que l’État fédéral ne peut pas faire : censurer le débat public, portant donc atteinte à la rhetorical democracy.

D’après l’alt-right, l’État et le Congrès laissent les Big Tech donner la parole aux antifas et censurer l’alt-right. Pour définir ce double-jeu, celle-ci a lancé l’expression « anarcho-tyrannie ». Inventée par l’écrivain Samuel T. Francis et adoptée par l’alt-right, elle désigne la manière dont un État démocratique tolère les violences de certains groupes en même temps qu’il réprime d’autres groupes. Il ignore (ou promeut) l’anarchie des uns (antifas, Black Lives Matter, « territoires perdus de la République ») et use de tyrannie envers les autres (Gilets jaunes, identitaires, messes catholiques). L’État démocratique est une anarcho-tyrannie.

Or, la révolution américaine de 1776 est précisément née du refus d’une démocratie tyrannique, la monarchie parlementaire anglaise. La Déclaration d’indépendance est claire :« Quand […] il devient nécessaire pour un peuple de défaire les liens politiques qui l’attachent à un autre […], le respect de soi-même et le respect dû à l’humanité́ lui imposent de déclarer les causes de cette séparation. » Les nationalistes blancs de l’alt-right l’interprètent ainsi : il faut nous séparer, au nom de notre « humanité » (notre race) et par « respect de soi-même » (vouloir rester blanc), et donc « défaire les liens » avec un État (multiculturel) qui impose sa tyrannie, à la fois par une violence sociétale soft (le « grand remplacement » cher à Renaud Camus) ou une brutalité juridique (règles européennes sur l’accueil des migrants), et par la tolérance de violences anarchiques (les banlieues qui brûlent, le communautarisme antifrançais).

Et c’est ici qu’apparaît le lien direct, mal compris hors d’Amérique, entre le premier et le deuxième amendement qui garantit le « droit de garder et porter des armes ». La défense du port d’arme n’est pas une fascination macho-facho pour les flingues : pour l’alt-right, et bien des Américains, y compris des groupes d’autodéfense de Noirs, pouvoir se défendre personnellement, en citoyen, va de pair avec le fait de pouvoir s’exprimer librement. Un citoyen libre ne peut pas faire confiance à un État anarcho-tyrannique.

Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33 © Joe Raedle/Getty Images/AFP
Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer,
Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33
© Joe Raedle/Getty Images/AFP

Vers la séparation

Alors qu’on voit surtout l’exportation du politiquement correct progressiste des campus américains vers nos universités, l’alt-right a au moins réussi à exporter une idée en Europe : la liberté d’expression n’a de sens que si l’individu, dans une démocratie, possède aussi le droit et le pouvoir de défendre cette liberté. L’internationale blanche invoque un droit reconnu par le préambule de la Déclaration universelle de 1948, mais laissé de côté par le droit international : le droit naturel des citoyens à la résistance contre l’oppression et la tyrannie, dont les lettres de noblesse se trouvent à la fois chez saint Thomas d’Aquin et chez les théologiens calvinistes de la Réforme. Dans cette conception, l’alt-right n’est pas « séditieuse » : elle est une juste résistance contre un État qui est lui-même séditieux, car il refuse de défendre le contrat naturel qui le lie au peuple « originel » dont il a la charge. L’État est l’ennemi et il faut lui résister pour, en recours final, se « séparer ».

Cet argumentaire gagne du terrain en Europe où, pourtant, le rapport État-nation est différent : en France, où l’État reste sacro-saint ; en Allemagne où la notion de Volk prime sur la notion, juridique, d’État ; au Royaume-Uni, où c’est le Parlement et non l’État qui est au centre de la politique. Mais le dénominateur commun entre les identitaires des différents pays est bien d’instrumentaliser la « séparation », selon différents scénarios : la « remigration » des populations allogènes, la dénationalisation, le séparatisme ethnopolitique de la Hongrie et de la Pologne.

Née sur le terreau d’une rhetorical democracy qui donne toute liberté à la parole et à la délibération publique, l’alt-right est en train d’inventer une idéologie postmoderne et transatlantique. Née aux États-Unis, elle gagne du terrain en Europe et pourrait bien s’avérer un puissant vecteur de mobilisation politique au milieu du XXIe siècle.

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[1]. Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », estune organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump.

[2]. Traduction de l’auteur.

Les fronts de l’islamo-gauchisme

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La ministre Frédérique Vidal a eu le courage de parler de l'islamo-gauchisme qui gangrène l'université française. Elle est depuis la cible des attaques de la gauche radicale et d'une partie de la presse française © MAXIME BIHOREAU/SIPA Numéro de reportage: 00944089_000018

«Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université faisant partie de la société», a déclaré Frédérique Vidal sur CNews. En effet, les dérives militantes dénoncées par la ministre dans l’enseignement ou la recherche ne sont qu’un élément d’une stratégie plus globale inquiétante pour le modèle français. L’analyse de Renée Fregosi.


La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche manifestait il y a peu sa prise de conscience d’un phénomène inquiétant. « L’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable » disait-elle dans une interview télévisée. Depuis, la polémique enfle et la confusion s’accroît. 

La situation est complexe en effet et l’intervention de Madame Vidal, même si elle est bienvenue, ajoute un peu de difficulté à sa bonne compréhension.

 

Il s’agit d’abord de bien définir l’islamo-gauchisme dont certains de ses tenants dénient l’existence même. Ensuite, il convient de resituer ce phénomène politique dans son contexte idéologique plus vaste, où s’articulent divers discours et mouvements jouant sur différents registres convergents. Par ailleurs, il faut souligner le fait que l’Université et la Recherche ne constituent qu’un des champs d’action de ces groupes militants. Enfin, signalons que le niveau de pénétration de toutes ces idéologies dans le monde universitaire varie selon les disciplines et les établissements.

Une réalité

Le terme islamo-gauchisme est un néologisme formé à partir de deux mots : l’« islamisme » qui désigne une idéologie appartenant à plusieurs mouvements politico-religieux visant par des moyens divers (pacifiques et violents) à imposer un modèle de société de type totalitaire reposant sur une conception intégriste de l’islam ; et  le « gauchisme » qui, défini à l’origine par Lénine comme « la maladie infantile du communisme », désigne depuis différentes formes de dérives idéologiques de gauche minoritaires (avant-gardistes, spontanéistes, populistes…). 

Quelle que soit donc l’origine du mot, l’islamo-gauchisme est bien une réalité politique. Il s’agit d’une certaine gauche qui fait sciemment ou involontairement le jeu des islamistes dans leur combat contre tout ce qui en Occident contribue à l’émancipation des individus et notamment des femmes : l’humanisme, la libre pensée, la libre disposition de son corps, la laïcité, la démocratie.

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Cette alliance islamo-gauchiste, objective ou stratégique, qui n’est pas une première dans l’histoire, est soutenue aujourd’hui par la montée en puissance d’un courant idéologique polymorphe que l’on peut globalement désigner comme la « cancel culture » venue d’Amérique du Nord. Dans cette stratégie « du bâillon » visant à réduire au silence, l’ennemi est incarné par les blancs (sans majuscule) et plus précisément les mâles blancs, les occidentaux colonialistes, les chrétiens, les Juifs, les athées, les hétérosexuels dominants, les esclavagistes, les réactionnaires, les impérialistes…

Selon les groupes divers qu’on peut classer dans le mouvement islamo-gauchiste, la tactique commune consiste à inverser la charge de la preuve en se victimisant pour agresser les ennemis désignés, la violence verbale versant à l’occasion dans la violence physique pouvant atteindre le stade du lynchage et même de l’attentat terroriste (pour les islamistes).

Une stratégie très complète

La stratégie quant à elle s’organise sur trois fronts. D’une part, l’entrisme consiste à infiltrer les organisations de la société civile (syndicats, associations loi 1901, ONG et partis politiques) et les institutions (administrations, haute fonction publique, universités, magistrature voire forces armées), par une présence plus ou moins massive et surtout par la prise en main de postes de direction et de pouvoirs. D’autre part, l’hégémonie culturelle vise à gagner une influence dominante dans tous les domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la communication. Enfin, la domination des esprits et des corps procède par la culpabilisation, l’intimidation, la pression, la menace et va jusqu’à la confrontation violente.

Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d'un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020. © J. Radcliffe/Getty Images/AFP
Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d’un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020.
© J. Radcliffe/Getty Images/AFP

On a vu ainsi se multiplier les réclamations et les actions contre des pratiques occidentales comme notamment la mixité des sexes dans les espaces publics, la liberté d’expression orale et écrite, la non-discrimination selon des critères racialistes ou religieux. On assiste de plus en plus à la remise en cause verbale ou violente de faits historiques (l’esclavage séculaire d’Africains, de Slaves et d’Européens par les empires arabes et ottoman), de statues (Colbert, Schœlcher) et de commémorations (Napoléon). Les réécritures et réinterprétations d’œuvres classiques comme l’opéra Carmen ou le ballet du Lac des cygnes sont à l’ordre du jour, ainsi que l’empêchement physique de représentations comme les Suppliantes d’Eschyle, mais aussi la réécriture d’ouvrages de littérature pour enfants comme Le club des cinq ou Martine.

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Le règne du politiquement correct devient vraiment problématique

C’est dans ce contexte qu’il convient donc de replacer les dérives militantes au sein des universités et des organismes de la recherche scientifique. Le milieu universitaire et de la recherche se trouve en effet trop souvent soumis à la domination de clans, et son niveau scientifique affaibli par les règlements de compte où se croisent combats idéologiques et rivalités de personnes. Ignorant la distinction subtile entre « le savant et le politique » que faisait Max Weber dont les disciples de Pierre Bourdieu se revendiquent pourtant, nombre d’entre ceux-ci ont désormais pris le pouvoir dans plusieurs disciplines de sciences sociales (sociologie, anthropologie, science politique) et sont devenus également très puissants en histoire et dans les sciences humaines et artistiques. Ils y font régner le politiquement correct anti-occidental et la novlangue intersectionnelle, et cooptent enseignants et chercheurs selon des critères tout autant sinon davantage idéologiques que scientifiques. 


Car ces groupes idéologisés dominent désormais la plupart des instances décisives: de nombreuses commissions du CNU (Conseil National des Universités) et la CPU (Conférences des Présidents d’Universités), ou encore la direction du CNRS et plusieurs de ses commissions, et jusqu’au HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) qui pour être « indépendant » n’en est pas moins concerné lui aussi. Certes les sciences dites « dures » sont pour l’instant moins touchées par ce phénomène (même si en médecine et santé publique notamment, le complexe de l’homme blanc se fait de plus en plus sentir, traquant volontiers la dimension « coloniale » dans le secteur des maladies infectieuses émergentes, par ex « médecine tropicale »). C’est donc sans doute parce qu’elle vient du champ de la biochimie que la ministre Frédérique Vidal connaît mal le phénomène qu’elle dénonce maladroitement depuis peu. Au demeurant, ces dérives militantes au sein des milieux universitaires et culturels, et ces idéologies différencialistes, racialistes, néo-féministes victimaires, séparatistes et islamo-gauchistes constituent un véritable problème politique à traiter comme tel.

Il en va du niveau scientifique de notre enseignement et de notre recherche, ainsi que de notre avenir commun dans une république universaliste.

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«Le cas du Dr Laurent»: quand le cinéma des années 50 faisait du féminisme intelligent

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Le Cas du docteur Laurent (1957) Image: capture d'écran YouTube.

Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois, cinéaste humaniste qui eut son heure de gloire dans les années 50, mérite le détour par une certaine audace dans le sujet.


Arte a la très bonne idée de programmer Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois (1957), l’un des cinéastes plutôt mal-aimés à l’époque par les critiques des Cahiers du cinéma, les futurs auteurs de la Nouvelle-Vague. Il est vrai que le sujet du film, œuvre à thèse sur l’accouchement sans douleur, avec Jean Gabin dans le rôle du docteur Laurent, Nicole Courcel dans celui de Francine, une jeune femme enceinte et Sylvia Monfort jouant Catherine Loubet, une épouse traumatisée par son accouchement difficile, ne me semblait pas très engageant a priori.

Mais dès les premières minutes montrant l’arrivée nocturne du docteur Laurent à Saint-Martin, petit village de montagne dans les Alpes-Maritimes, où il vient remplacer le vieux médecin Bastide, nous sommes séduits par la beauté des plans, la rigueur des cadres et la lumière contrastée magnifique orchestrée par l’immense chef opérateur Henri Alekan.

Un Gabin au sommet de sa forme

Jean Gabin est très crédible en médecin, ferme et doux, il gomme plusieurs aspects de son jeu, certains de ses tics et livre une belle performance d’acteur somme toute très moderne. Nicole Courcel, belle et lumineuse Francine, joue une jeune femme libre et droite. Abandonnée par son amant, elle est enceinte. Sylvia Monfort est excellente en mère souffrante et blessée. Le Docteur Laurent, conscient que la véritable vocation des médecins est de soigner les gens en faisant confiance à la responsabilité de ses patients et à la recherche médicale va proposer lors d’une conférence d’instruire tous les villageois qui le souhaitent à la pratique de l’accouchement sans douleur pour en finir avec la fatalité de la souffrance des femmes. Il va se heurter à bien des préjugés, orgueils et autres rivalités ainsi qu’au Conseil de l’Ordre.

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Pour faire passer cette thèse austère, Jean-Paul Le Chanois se révèle un virtuose attentif dans la description du village montagnard et de ses habitants. Il recrée avec précision la rudesse des lieux, leur beauté mais aussi l’atmosphère d’enfermement dans laquelle chaque individu observe l’autre avec son lot de cancans et de jalousies. Cependant, dans cette vision de la France paysanne des années cinquante, ce qui surprend le plus, c’est une certaine liberté de ton comme celle de Nicole Courcel qui rejette avec fermeté et bienveillance le père de son enfant, individu faible et falot et qui finit pas se faire accepter par tous les habitants du village.

Les femmes à l’honneur

Les femmes ont le beau rôle dans le film, tandis que plusieurs hommes dont les docteurs composants le Conseil de l’Ordre des Médecins – excepté  René Vanolle, le vieux médecin de la vallée voisine qui défend son collègue – sont figés, rigides. Elles font bloc, en refusant qu’on décide à leur place. Certes, si le film n’est pas exempt d’une certaine naïveté par moments, Jean-Paul Le Chanois signe une œuvre généreuse et humaniste tournée dans une France rurale, en même temps qu’une ode à la grandeur des femmes.

Les Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois – France – 1957 – 1h50
Le 22 février, à 22H30 sur arte.
Visible sur ARTE.TV en replay et en DVD chez Coin de Mire cinéma.

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Islamo-gauchisme: la ministre de l’Enseignement supérieur s’en est pris à plus fort qu’elle

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Frédérique Vidal, une ministre dans la tourmente © Jeanne Accorsini/SIPA Numéro de reportage : 01003731_000024

Le crime et la faute de Frédérique Vidal? Elle a osé s’attaquer à l’islamo-gauchisme qui gangrène nos universités! Tous les compagnons de route de cet inquiétant courant lui tombent dessus. En Une de Libération, la malheureuse ministre est accusée d’avoir « perdu ses facultés »…


Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on pense ce qu’on pense. Voyons donc. Les chaires d’études décoloniales se multiplient dans nos établissements d’enseignement supérieurs.

On y étudie le cas de l’homme blanc condamné sans appel et pour toujours pour esclavagisme, colonialisme et racisme. Les siècles ont passé mais peu importe. Le « privilège blanc » est assuré de son immortalité !

Dans ces chaires on peut passer un doctorat. Nous nous autorisons à imaginer l’intitulé de certaines thèses. Deux exemples. Comment expliquer pourquoi Sartre a dit « un Européen mort est un Européen libre » ? Il y a mieux plus près de nous. « Expliquer comment la mort d’Adama Traoré a contribué à conscientiser les populations racisées ».

Gilles Kepel réactionnaire?

Voyons encore. Pour pénétrer dans une université il faut montrer patte blanche (patte noire serait plus appropriée…). Sylviane Agacinski y est interdite parce qu’elle a émis des réserves sur la PMA et le décolonialisme. Rokhaya Diallo y est accueillie avec enthousiasme: les étudiants, blancs pour la plupart, raffolent qu’on leur dise qu’ils sont coupables des méfaits de leurs ancêtres.

Le voile de Maryam Pougetoux, responsable de l'UNEF ©STR / AFP
Maryam Pougetoux, responsable de l’UNEF © STR / AFP

Écoutons maintenant. Écoutons les appels de détresse d’un professeur de Nanterre qui a été insulté puis frappé pour avoir dénoncé le fait que des étudiants musulmans avaient transformé un local universitaire en salle de prière. Sa hiérarchie, c’est-à-dire la présidence de l’université, a refusé de le soutenir : elle ne voulait pas d’histoires. 

Écoutons aussi ce que m’a dit la fille d’une amie. Elle est étudiante à Paris Diderot. La question de l’Islam la passionne et elle se rend de temps en temps à Normale Sup’ pour y suivre les cours de Gilles Kepel. Ce dernier est sans conteste le meilleur de nos islamologues.

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Mais comme il ne s’est pas prosterné béatement devant le Coran, et qu’il ne croit pas que le voile soit un instrument de la libération de la femme, il a été estampillé « réac ». S’approcher de lui c’est donc prendre le risque d’être contaminé. C’est pourquoi l’étudiante se rend à Normale Sup’ en cachette, en catimini, en secret. Elle m’a expliqué pourquoi. « Si mes camarades apprenaient que je suis les cours de Kepel, je serai identifiée comme étant de droite. Et donc socialement morte. ».

Fredérique VIdal accusée de voir ce qu’elle voit!

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, sait tout ça et encore plus. Elle voit ce qu’elle voit et entend ce qu’elle entend. Elle pense donc ce qu’elle pense et a demandé au CNRS de mener une enquête sur la pénétration de l’islamo-gauchisme dans les universités.

La malheureuse ! S’adresser au CNRS qui lui-même est acquis à l’islamo-gauchisme équivaut à lui demander d’enquêter sur lui-même. La réponse n’a pas tardé : le CNRS s’est drapé dans une posture d’indignation et a envoyé promener la ministre. Cet organisme a été aussitôt suivi par la Conférence des présidents d’universités. 

A lire aussi, Didier Desrimais: À Lille, l’art dramatique sera “sociétal” ou ne sera pas

Ceux-ci ont vigoureusement rejeté l’initiative de Frédérique Vidal. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient tous acquis à l’islamo-gauchisme. Mais par soumission, par sympathie parfois et pour éviter toute agitation ils s’en accommodent. Du temps du communisme on appelait ça les compagnons de route.

Une ministre dans la tourmente peu soutenue

Quatre-vingt-dix ans après nous voilà revenus au temps de La Trahison des Clercs de Julien Benda. Il dénonçait les intellectuels qui s’étaient jetés dans les bras du fascisme et du communisme. Aujourd’hui l’islamo-gauchisme a pris leur place. Selon un dicton bien connu le poisson pourrit toujours par la tête.

PS : Libération s’est joint à l’hallali contre Frédérique Vidal. Ayant constaté que la bête était quasiment morte, en tout cas à l’agonie, le journal a titré en Une : « Frédérique Vidal perd ses facultés ». Ni le président de la République, ni le Premier Ministre n’ont jugé bon de la soutenir. Eux non plus ne veulent pas d’histoires…

Et c’est le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui a planté le dernier clou dans le cercueil de la ministre de l’Enseignement supérieur avec cette déclaration : « le Président est avant tout attaché à l’indépendance des universités ». Tout est dit.

Comment la Serbie est devenue championne de la vaccination

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Belgrade, février 2021 © BETAPHOTO/SIPA Numéro de reportage : 01002978_000025

Une tribune libre du député serbe Jovan Palalić et d’Alexis Troude


Pour l’opinion publique en Serbie, cela a été une grande surprise de lire dans les médias occidentaux des textes positifs sur leur pays.

Étant la cible d’attaques dirigées sans fondement contre leur politique pendant des années, les Serbes sont tout à coup devenus le sujet d’une grande attention et de compliments en raison de leur stratégie concernant l’achat de vaccins et la procédure de vaccination de la population.

Le plus étonnant est que la Serbie est devenue le leader en Europe concernant la vaccination de ses citoyens. Les vaccins arrivent en Serbie de plusieurs côtés, ce qui en réalité signifie que, dans différents centres de vaccination, les citoyens serbes ont un choix très large de vaccins : russe ou chinois, ou bien ceux produit par « Pfizer » ou « AstraZeneca ». Parallèlement, la production du vaccin russe Spoutnik V va bientôt commencer sur le territoire serbe. Le but du gouvernement, d’ici la fin de l’année, est que la production du vaccin assure non seulement le processus de vaccination des citoyens serbes, mais aussi l’exportation du vaccin dans la région des Balkans. Dès le 17 février, des doses ont été envoyées au voisin monténégrin et à l’été 2021, une usine en Serbie produira des doses sous licence russe.

Un pays proche de la Russie

Les Serbes sont un peuple européen. Même si la Serbie continue et maintient son processus d’adhésion à l’UE, elle reste toujours fidèle à son partenariat avec la Russie. Malgré toutes sortes de pressions, les Serbes n’ont pas accepté d’instaurer des sanctions contre la Russie, ce qui a pour résultat qu’aujourd’hui parviennent en Serbie des livraisons régulières du vaccin russe et que des spécialistes russes de l’Institut « Gamaleya» travaillent en collaboration avec l’Institut serbe de vaccination afin de mettre en marche la production du vaccin russe en Serbie.

Abandonnant petit à petit sa politique néolibérale, la Serbie parvient désormais à maîtriser sa politique sanitaire. Après avoir arrêté la production et le fonctionnement de son Institut scientifique dans le domaine de la virologie, la Serbie renouvelle sa souveraineté en production de vaccins.  À l’aide d’une  production nationale de vaccins, le gouvernement serbe veut ardemment vaincre les futures pandémies et conserver son développement économique. Les Serbes ne veulent pas que leur santé dépende de l’intérêt de diverses compagnies pharmaceutiques ou de l’administration bruxelloise.

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Enfin, les bonnes relations économiques de la Serbie avec la Chine ont abouti à l’arrivée d’une quantité importante de vaccins chinois au moment critique de la campagne de vaccination. Rien n’est plus important que la santé des citoyens. Les pressions que nous avons enduré pendant des années de renoncer à l’alliance avec la Russie ou à la coopération économique avec la Chine ne pouvaient pas influencer notre politique. Simplement, cela n’était pas notre intérêt. En tant que nation libre, la nation serbe a décidé ce qui était dans son intérêt et elle s’y tient, sans égard pour toutes les menaces subies quotidiennement. Or cela n’était pas facile pour les Serbes, sachant qu’il n’est jamais facile de mener une politique indépendante et souveraine ; pourtant elle donne des résultats maintenant.

Retrouver notre souveraineté

Les petits pays balkaniques n’ont obtenu aucun vaccin du programme européen « COVAX ». Malheureusement, leurs élites avaient consenti à suivre la politique de Bruxelles au sujet des sanctions contre la Russie en évitant la coopération avec la Chine : désormais elles sont abandonnées à elles-mêmes. Et nous voyons que la Serbie a déjà aidé son voisin, la Macédoine du nord, et va aussi aider les autres États dans la région. Désormais, leurs citoyens vont certainement voir les choses sous un autre angle, y compris les promesses de Bruxelles et l’habileté des politiciens bruxellois.

Nous sommes d’avis que toute la pandémie et l’exemple de la Serbie ont prouvé que nous, Européens, nous pouvons protéger non seulement la santé de nos citoyens mais aussi notre économie, à condition de renouveler notre souveraineté dans différents domaines de production stratégiques, ainsi qu’à travers une coopération mutuelle de toutes les nations, qui serait accompagnée du partage de leurs expériences, connaissances et technologies. Ce sont les menaces et défis globaux qui imposent la coopération des nations libres dans toutes les sphères et non le diktat d’intérêts de quelques grandes puissances et compagnies multinationales, qui, quant à elles, n’ont certainement pas dans leur intérêt l’existence des politiques nationales indépendantes ni le renouvellement de l’industrie et de la production.

Tout cela exige un changement radical dans les politiques des États européens, dont la première tâche serait de définir et ensuite défendre les intérêts de leurs propres nations. Il est temps de changer la manière dont on voit les choses et d’utiliser une autre optique en Europe. Car celle que les Européens appliquent actuellement n’est pas la leur : ces lunettes leur ont été mises par ceux dont l’intérêt n’est pas l’existence d’une Europe unie ni de libres nations européennes.

Si l’exemple positif de la Serbie peut aujourd’hui contribuer à ce que les nations européennes renouvellent leur souveraineté et leur politique d’indépendance afin de vaincre les malheurs qu’ont vécu les Serbes, ce sera une raison suffisante d’être contents, malgré tous les malentendus et condamnations qui se sont produits au cours des décennies.

Quant aux Serbes, tout ce qu’ils ont voulu depuis toujours est d’être indépendants et de décider eux-mêmes de leur destin. Peu à peu, le temps montre qu’ils avaient raison.

Jovan PALALIC, Député au Parlement de la République de Serbie
Alexis TROUDE, Président du Collectif pour la Paix au Kosovo

Vers une nouvelle donne en Côte d’Ivoire?

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À Abidjan, des supporters des partis de l'opposition à Alassane Ouattara dressent une barricade, novembre 2020 © Leo Correa/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22509687_000038

Le scrutin legislatif du 6 mars est essentiel pour l’Afrique de l’Ouest. Et aussi pour le monde occidental. Le tout juste réélu président Ouattara doit faire face à une nouvelle donne: les deux grands partis historiques du pays font front uni contre lui. Une grande première. Après 20 ans de chaos politique et de guerre civile sanglante, la Côte d’Ivoire présente pour la première fois une opposition unie qui court sous les couleurs de l’Alliance, clairement déterminée à en finir avec les démons du passé. Un énorme caillou dans la chaussure d’Alassane Ouattara, réélu avec le soutien implicite de la France, pour un troisième mandat présidentiel qu’il avait pourtant juré, craché de ne jamais briguer.


A quelques semaines du scrutin législatif du 6 mars prochain au cours duquel les Ivoiriens vont devoir élire leurs députés, la violence, la répression et la fraude sont encore à craindre. Cette situation est désormais récurrente dans un pays qui fut, pourtant, longtemps un havre de paix.

Depuis la mort du président Félix Houphouët-Boigny en 1993, la Côte d’Ivoire peine à retrouver la paix et la stabilité. En moins de trois décennies, le pays a en effet connu deux tentatives de coup d’État, deux coups d’États réussis, des dizaines d’assassinats politiques, une guerre civile longue de dix ans et des milliers de victimes au compteur. Depuis la période trouble des indépendances, jamais ce pays n’avait été confronté à autant de souffrance et de détresse. Comment arrêter cette spirale de violence qui s’est emparée de la vie politique ivoirienne ?

Rappels historiques sur la Côte d’Ivoire

C’est au moment des élections présidentielles de 2011 que la crise a atteint son apogée. La communauté internationale avait déclaré que le président sortant, Laurent Gbagbo, avait perdu les élections et lui avait intimé de quitter le pouvoir. Le président Nicolas Sarkozy avait saisi cette occasion pour aider son ami Alassane Ouattara, adversaire de Laurent Gbagbo et ancien directeur Afrique du Fonds Monétaire International, à prendre le pouvoir par la force. Il allait s’y installer durablement…

Renversé, Laurent Gbagbo sera traduit devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Au terme de huit années de procès, il est acquitté de tous les chefs d’accusation retenus contre lui mais ne peut toujours pas rentrer dans son pays. Alassane Ouattara, craignant un retour triomphal de l’ancien président, champion de nombreux quartiers populaires, décide de durcir le ton contre les opposants et de fermer la porte à la discussion et à la réconciliation.

Après neuf ans passés au pouvoir, il n’est toujours pas parvenu à rassembler les Ivoiriens ni à pacifier le pays, son envie de conserver le fauteuil présidentiel semble être sa principale motivation et sa seule ambition. Il n’a d’ailleurs pas hésité à prendre l’initiative de modifier la Constitution pour s’arroger un troisième mandat à la tête du pays. Le principal candidat de l’opposition, l’ancien président Henri Konan Bédié, âgé de 86 ans, s’en est indigné publiquement: « Alassane Ouattara a violé la Constitution en se présentant pour un troisième mandat. Sa candidature est illégale et tout le monde le sait ». Il a également écrit à Emmanuel Macron pour l’alerter sur les risques d’une recrudescence de violence et sur le climat d’insécurité qui règne dans tout le pays. Il affirme en outre que le droit constitutionnel de manifester est désormais mis en péril par la vague d’arrestations des manifestants. Malgré les contestations, Alassane Ouattara va passer en force.

Celui que l’on présentait en 2011 comme un fervent démocrate est plus que jamais sourd et hostile à la discussion. Âgé de 79 ans, il est réélu le 31 octobre 2020 dans un climat de contestation et de fraude.

Le président ivoirien Alassane Ouattara s'exprime devant les journalistes après avoir voté le jour de l'élection présidentielle, le 31 octobre 2020. © Leo Correa/AP/SIPA  Numéro de reportage : AP22508632_000009
Le président ivoirien Alassane Ouattara s’exprime devant les journalistes après avoir voté le jour de l’élection présidentielle, le 31 octobre 2020. © Leo Correa/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22508632_000009

Contrairement à l’intransigeance dont la communauté internationale a fait preuve en 2011 à l’égard de Laurent Gbagbo, elle se montre plutôt compréhensive et indulgente s’agissant d’Alassane Ouattara. Elle ne condamne pas cette modification constitutionnelle controversée qui permet au chef de l’État ivoirien de rester au pouvoir au-delà de la limite légale initialement fixée ni ne s’offusque de la mascarade électorale qui en découle.

Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié font front commun

Si les représentants de l’Union européenne, pas très diserts, ont « pris note » de cette réélection, les Ivoiriens dans leur majorité estiment, pour leur part, qu’il s’agit d’un mandat de trop et qu’Alassane Ouattara aurait dû partir au terme de ses deux mandats, conformément à la Constitution. Seul le Centre Carter a osé dénoncer un contexte politique et sécuritaire peu propice à l’organisation « d’une élection présidentielle compétitive et crédible ». La victoire du président sortant obtenue à 94,27% des suffrages, comme au temps des partis uniques, a une fois de plus créé des frustrations et engendré des manifestations violentes dans le pays.

Afin d’éviter l’escalade, Laurent Gbagbo est sorti d’un long silence pour demander le respect des textes constitutionnels : « L’un des problèmes politiques en Afrique, c’est qu’on écrit des textes sans y croire. Si l’on écrit dans la Constitution que le nombre de mandats est limité à deux, pourquoi veut-on faire un troisième mandat ? Il faut respecter les textes qu’on élabore soi-même sinon, on court à la catastrophe ». Comme pour rappeler à l’Europe et à la communauté internationale leur indignation à géométrie variable, l’acquitté de la CPI ne se prive pas de souligner pour l’occasion : « En tant qu’ancien président de la République, il est de mon devoir d’alerter, d’éviter que le pays sombre à nouveau dans la violence », avant d’ajouter à cette mise en garde : « Le remède efficace contre la violence, c’est la discussion et la négociation ».

À défaut d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition politique, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié ont, de leur côté, décidé de se rencontrer à Bruxelles le 29 juillet 2019 pour créer un front commun, en prévision des prochaines législatives, contre Alassane Ouattara et son parti, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

Derrière cette rencontre solennelle entre deux poids lourds de la politique ivoirienne, il y a surtout une volonté des deux plus grands partis politiques de Côte d’Ivoire, le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié, de déverrouiller le jeu politique en imposant la pluralité aux élections législatives et de briser le cycle de la violence en rassemblant la majorité des Ivoiriens. Pour cela, ils ont signé en avril 2020, un « document cadre de collaboration » d’une vingtaine de pages intitulé « projet de réconciliation des Ivoiriens pour une paix durable ». Cette coalition de l’opposition vise au moins 128 sièges sur les 255, soit la majorité absolue. Sur le papier cela parait possible. L’Alliance, comme  elle s’est elle-même baptisée, présente en effet près de 90% de candidats uniques : une grande première qui lui permet  d’entrevoir une victoire au bout du chemin.

La crainte de nouvelles fraudes

Pourtant, prudente, ou échaudée, elle alerte sur les risques d’un autre forcing électoral que chercherait à imposer Alassane Ouattara. Les auteurs craignent principalement que les conditions d’organisation des élections ne soient pas « justes et transparentes », autrement dit, que le chef de l’État nouvellement réélu, n’étant pas sûr d’obtenir une majorité à l’assemblée, choisisse de s’imposer par la fraude.

Entre calculs préélectoraux et montée des tensions, il faut bien constater que l’environnement politique actuel en Côte d’Ivoire est irrespirable. Les prisonniers politiques restent majoritaires dans la population carcérale, de nombreux Ivoiriens vivent toujours en exil depuis la crise post-électorale de 2011, l’insécurité est grandissante dans l’ensemble du pays et le pouvoir semble hostile à toute ouverture politique pour donner sa juste place à l’opposition et à l’expression populaire.

Le paradoxe de la situation actuelle est qu’elle est exactement ce qu’Alassane Ouattara reprochait, du temps où il était encore dans l’opposition, à Henri Konan Bédié et à Laurent Gbagbo… N’a-t-il donc tiré aucune leçon des événements dramatiques de 2011 ? Verdict dans quelques jours.

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À Lille, l’art dramatique sera “sociétal” ou ne sera pas

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C’est la consécration pour David Bobée, nommé directeur du Théâtre du Nord à Lille, sous les applaudissements de Martine Aubry et Roselyne Bachelot.


Un communiqué de presse du Ministère de la Culture nous apprend la nomination de David Bobée à la direction du Théâtre du Nord, Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing. Dans un tweet, Martine Aubry se réjouit de la nomination de ce metteur en scène qui « propose un projet riche entre répertoire et création contemporaine, très ambitieux sur les enjeux sociétaux et du développement durable. » 

Retour en arrière. En 2015, la ministre de la Culture Fleur Pellerin crée un Collège de la diversité censé accélérer la représentation des minorités dans la production artistique. David Bobée en est membre. Il pense en effet que « le monde de la culture est raciste » et entend bien « décoloniser les arts », du nom du collectif qu’il co-anime avec Françoise Vergès, la féministe décoloniale proche du PIR, et le soutien de Rokhaya Diallo, entre autres. 

De quelles couleurs de peau sont les auteur-e-s de votre saison ?

En 2016, alors directeur du Centre National Dramatique de Haute-Normandie, il envoie un questionnaire à « tous les directrices et directeurs » des Théâtres et Centres Dramatiques Nationaux. La forme et le fond de ce questionnaire valent la peine d’être regardés de près. Florilège : « Connaissez-vous des non-blancs, non-blanches directeur ou directrice d’institution culturelle publique ? » – « Partagez-vous ce sentiment que la France est construite et nettoyée par une infra-société invisible et non-blanche ? » – « Avez-vous des artistes associé.e.s dans votre théâtre ? – Quelle est leur couleur de peau ? » – « Par qui ces récits sont-ils racontés ? Des blancs ou des non-blancs ? » – Avez-vous déjà invité un artiste que vous produisez à être attentif à la diversité dans sa distribution ? » – « Dans ce monde là, Othello joué par un blanc parmi les blancs, on valide ? » – « À quelques exceptions près, dans quelles zones de France vote–t-on massivement pour le Front National ? » – « De quelles couleurs de peau, de quelle(s) origine(s) culturelle(s) sont les auteur-e-s de votre saison ? » Tout le questionnaire est à l’avenant. Il est incroyable de n’avoir jamais entendu parler de ce questionnaire “culturel” qui ressemble à un possible manuel d’interrogatoire de feu les Gardes Rouges chinois.

De fausses interrogations ciblent l’ennemi politique. En plus du parti politique honni, les “blancs” se substituent aux “bourgeois” ou aux “intellectuels” de la révolution chinoise… et des mesures correctrices sont suggérées sous peine de se voir rééduqué par le Comité de la Diversité du Ministère de la Culture (révolutionnaire).

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Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon en 2018, avait accueilli à bras ouverts le “feuilleton théâtral” intitulé Mesdames, messieurs et le reste du monde, mis en scène par David Bobée, et découpé en “performances” ou “ateliers participatifs” aux noms significatifs: « Le genre, c’est quoi ? » ; « Tou.te.s minoritaires ; « Première cérémonie des Molière non raciste et non genrée » ; « Bal dégenré – La fête du genre » ou « Carte blanche à Virginie Despentes » et « La bibliothèque de Rokhaya Diallo ». Programme inspiré sans doute par celui de la Révolution culturelle qui voulait mettre fin aux Quatre Vieilleries : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes, les vieilles habitudes.

David Bobée, un artiste “engagé”

David Bobée est le stéréotype de “l’artiste” qui n’a plus qu’un souvenir lointain de ce qu’est l’art véritable. “L’art” militant, sociétal, à forte valeur morale ajoutée, est un non-art qui a remplacé l’art. Le savoir-faire et le travail de l’artiste, la beauté, la forme et, parfois, l’intelligence transgressive de ses œuvres, ont été remplacées par la paresse et l’inintelligence de non-artistes qui disent “transgresser les normes” quand ils ne font qu’en installer de nouvelles, plus normatives et policières que les anciennes. Le théâtre et l’université sont contaminés par le même poison idéologique, le militantisme remplace la création du beau comme la recherche de la vérité.

Voilà où nous en sommes. Cela n’effraie personne, et surtout pas notre ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui entérine la destruction artistique au nom des “valeurs” d’ouverture, de diversité, de partage “dégenré”. Le communiqué de presse de son ministère est on ne peut plus clair: 

« …[David Bobée] entend faire du centre dramatique une maison engagée dans les enjeux du développement durable et un laboratoire d’égalité capable de tracer de nouvelles voies contre toutes les formes de replis identitaires et de discriminations. L’égalité des chances et l’ouverture sur le monde irrigueront son action à la tête de l’École du Nord, dont il prendra également la direction avec la volonté de faire émerger de nouveaux profils d’artistes transdisciplinaires. »

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Comme il ne suffisait pas que M. Bobée massacre l’art théâtral, il a été décidé de lui confier également les rênes de l’École supérieure d’Art Dramatique de Lille. Ainsi, nous devrions voir prochainement de nouveaux génies de l’art culturel transdisciplinaire en faveur du développement durable et contre les discriminations. 

Un questionnaire sera-t-il proposé à la fin de chaque représentation lilloise ? Les réfractaires (ceux qui auront répondu fautivement au questionnaire ou ne l’auront pas rempli) se verront-ils convoqués pour une nouvelle représentation ? En cas de nouvel échec, seront-ils astreints par le Comité de la Diversité du Ministère de la Culture à l’achat d’un abonnement de trois ans au Théâtre du Nord? Ainsi, assurément, le théâtre ne désemplira pas. Le Ministère et la direction du Théâtre pourront alors parler de l’incroyable succès d’un art théâtral qui aura enfin su se renouveler…

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Œnologouine: le monde du vin libéré des hommes

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Image d'illustration Unsplash

Quand l’anti-sexisme verse dans la ségrégation


Ce qui est réjouissant avec les médias qui se font les porte-étendards du gauchisme culturel, c’est qu’on tombe chaque jour sur des pépites magistrales qui révèlent l’avancée de la «woke culture» dans notre pays! On le sait maintenant: le «woke» est cette idéologie qui essentialise la race et le sexe.

Elle repose essentiellement sur une posture victimaire, qui permet de censurer et d’excommunier tous les bourreaux oppresseurs, c’est-à-dire ceux qui pensent en dehors des clous progressistes.

Des soirées de dégustation ouvertes à tout le monde sauf aux hommes 

Dernier exemple en date du phénomène, le 10 février Libération fait état de cours d’œnologie réservés aux femmes et aux personnes queers.

C’est l’idée de Delphine Aslan, sommelière et caviste de formation, laquelle a fait du fût son instrument de lutte pour défendre non pas l’appropriation chinoise de nos vignobles, mais la cause féministe et LGBTQT etc… Dans l’interview publiée, on apprend que cette rebelle a créé une association baptisée Oenologouine, pour lutter contre le sexisme et la lesbiennophobie dans le milieu du vin. Comment s’y prend-elle ? Elle organise dans des bars ou à domicile – en ce moment c’est plutôt chez les particuliers – des «soirées de dégustation ouvertes à tout le monde sauf aux hommes». On appréciera le formidable oxymore sur l’ouverture limitée à des happy few, contradiction qui révèle le caractère schizophrénique de ces idéologies des identités capables de prôner un discours sur l’inclusion vertueuse tout en pratiquant une exclusion honteuse, et sans que personne ne bronche!

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«L’idée est de découvrir le monde du vin, dans une ambiance décontractée, sans sexisme, ni paternalisme» explique Delphine Aslan. Par «peur d’être méprisées, isolées, gênées», les «femmes queers et lesbiennes» ne se rendaient pas à des ateliers d’œnologie jusqu’alors.

Un homme, même «très gentil, peut suffire à intimider»

On est donc passé d’ateliers «ouverts à tous» à des cours réservés à un groupe plus restreint, à une «mixité choisie» selon l’euphémisme employé par la journaliste. Et les gays? Et les trans? Sont-ils admis, ou également privés du droit d’entrée? Au lieu de s’aventurer sur ces chemins sinueux de la concurrence victimaire entre minorités, la journaliste de Libé préfère se concentrer sur le sexisme «systémique» qui caractériserait le secteur du vin. Et peu importe si on assiste en réalité depuis quelques années à une féminisation du milieu. 1/3 des œnologues sont de sexe féminin, plus de 30% des chefs d’exploitation viticole et plus de 50% des élèves en œnologie sont des femmes, comme le révèle la dernière étude de Vin et Société…

Lors de sa formation de caviste, la malheureuse Delphine Aslan aurait été confrontée à beaucoup d’hommes qui, bien que mauvais, «se sentaient plus légitimes que les autres et s’autoproclamaient déjà spécialistes». Loin de voir dans ce comportement la preuve d’une banale et stupide suffisance, Delphine Aslan y a décelé l’expression du machisme et de la volonté de puissance masculine. Et en misandrie, tout homme est à exclure, même les très gentils, car un homme, même «très gentil, peut suffire à intimider », explique très sérieusement la sommelière qui ne doit pas avoir l’alcool bien joyeux!

À votre santé, messieurs-dames!

Les ateliers «d’oenologouines» sont une énième manifestation des « safe spaces », ces zones dites de protection où toute altérité est bannie car soi-disant porteuse de mini-agressions. En réalité, des clusters de non-mixité où une forme d’apartheid sexiste s’applique en toute impunité !

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L’absurdité de ces zones non mixtes vantées par les progressistes en peau de lapin de Libé est plus flagrante dans le milieu du vin qu’ailleurs. En effet, c’est un comble lorsqu’on pense que ce breuvage, au-delà de sa fonction socialisante, a un pouvoir particulier de transformation. Comme le notait Roland Barthes dans Mythologies, le vin est avant tout « une substance de conversion, capable de retourner les situations et les états, et d’extraire des objets leur contraire: de faire, par exemple, d’un faible un fort, d’un silencieux, un bavard… » Et si, enfermées dans leur sectarisme primaire, Delphine Aslan et la scribouillarde de Libération rataient en réalité une occasion de se servir du vin pour convertir les machos en alliés des LGBT?

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Mbappé étincelant contre Barcelone: le PSG meilleur sans Neymar?

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Kylian Mbappé du PSG pendant la rencontre de Ligue de Champions face au Barça le 16 février 2021 © Joan Monfort/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22540252_000060

Le sport peut parfois être perçu comme une métaphore du monde et de ses luttes.


Le magnifique match du PSG, le 16 février à Barcelone, avec sa victoire par quatre buts à un, permet sans abus d’en faire une métaphore de la vie politique.

Un triplé en Ligue des champions

J’ai toujours été passionné par l’analyse des rapports de force et des stratégies d’influence et ce n’est pas banaliser cette curiosité que de l’appliquer à une joute sportive internationale. Notamment pour ce qui concerne la relation entre Kylian Mbappé, fabuleux auteur de trois buts, et Neymar blessé et donc absent; ainsi que la dépendance habituelle de l’un par rapport à l’autre. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on considère que ce duo est handicapé d’abord à cause du génie intermittent, de la fragilité, du narcissisme et des afféteries de Neymar et de l’incidence de ces dispositions sur Mbappé.

Comme en politique, deux crocodiles dans un même marigot, malgré des relations apparemment cordiales, c’est un de trop. Le cumul est parfois une soustraction. Mbappé a brillamment démontré contre l’équipe de Barcelone que non seulement Neymar ne lui manquait pas, bien au contraire, mais qu’il ne faisait pas défaut plus globalement au groupe qui a été meilleur et victorieux sans lui. En ayant démontré durant 90 minutes une totale excellence. Ce n’est pas rien pour Mbappé, par ailleurs, d’avoir éclipsé Messi qui s’est trouvé impuissant et démuni.

D’un coup la carence de Neymar a permis à Mbappé de prendre toutes les responsabilités, d’oser, d’être le maître incontesté sur le terrain, d’inventer le jeu dans lequel il se savait exceptionnel, de marquer trois buts et de n’être jamais gêné par la présence à ses côtés d’un joueur qui l’entravait plus qu’il ne l’amplifiait. Ce n’est pas sous-estimer Neymar que de prendre acte du fait que son absence a libéré Mbappé et élevé le niveau de l’équipe tout entière. Neymar est un soliste qui la plupart du temps joue pour lui seul. Mbappé est un soliste qui, s’il ne dédaigne pas les exploits individuels, ne méconnaît pas l’altruisme. Au service de l’équipe plus que de lui-même et quand il éblouit, il transcende tous ses partenaires.

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Mbappé n’a jamais été vaniteux mais je suis persuadé que sans Neymar plus aucune contagion de « grosse tête » ne le guette. Livré à lui-même, Mbappé est partout irréprochable, au sommet à Barcelone.

Le danger de la cacophonie des dons

Comme en politique, il y en a un de trop et j’aurais eu un frisson d’inquiétude pour le PSG si en plus Messi avait rejoint ce duo. La cacophonie des dons aurait dominé pour le pire.

Serait-ce indélicat de poursuivre la métaphore en vantant le rôle décisif de l’entraîneur Pochettino qui en peu de semaines est parvenu à faire d’individualités techniquement remarquables une superbe équipe en rassemblant, en ne laissant aucun joueur au bord du chemin et en les embarquant tous dans une entreprise où chacun s’investissait avec bonheur parce qu’il était considéré ?

J’imagine ce qu’un président de la République pourrait mettre en œuvre pour la France s’il était inspiré par le même esprit et soucieux de la même participation et implication de tous. Cette comparaison a des limites, j’en ai évidemment conscience, mais comme Neymar est de trop quand on a un Mbappé, il y a probablement, dans notre vie politique, de trop rares Mbappé et des prétendus Neymar superfétatoires…