Ce devait être « l’été de l’amour » pour la maire progressiste de Seattle…


… Ce sera l’été du retour à la dure réalité ! La parenthèse enchantée s’est brutalement refermée lundi soir, lorsque Jenny Durkan, la maire de la cité d’émeraude, a annoncé le démantèlement de la zone autonome CHAZ (Capitol Hill Autonomous Zone), rebaptisée depuis CHOP (Capitol Hill Organized Protest).

C’était la version américaine de notre ZAD à Notre-Dame-des-Landes. Mais sur le sol américain, à l’ultra-gauche, l’autogestion chez les militants de l’idéologie racialisée a dégénéré dans une violence meurtrière.

La décision est tombée au lendemain des deux fusillades qui ont éclaté le week-end dernier, laissant pour mort un jeune homme de 19 ans et blessant grièvement deux autres personnes, sans que ni la police ni les secouristes ne puissent intervenir. Depuis le 8 juin dernier, la police n’avait plus droit de cité dans ce quartier du Capital Hill, situé en plein cœur de la ville. Connu pour avoir été un haut lieu du militantisme pro-LGBTQ dans les années 80, ce quartier fut le théâtre de violents affrontements entre des manifestants antiracistes et la police.

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Kolkhoze écolo

Dans l’espoir de « désamorcer de manière proactive » les tensions et de ramener le calme dans la ville, le conseil municipal de la ville et les services de police avaient autorisé les militants antiracistes et antifas à annexer ce quartier et à établir leur zone autonome.

Au-delà de l’organisation collective de la zone qui faisait penser à une sorte de kolkhoze écologique avec sa coopérative alimentaire et son jardin communautaire, ce qui frappe les esprits, c’était la forme rudimentaire d’un mini-Etat, où la seule loi appliquée était donc celle des militants antiracistes. Ce mini-Etat avait son drapeau et ses propres frontières. Des barricades en béton, couvertes de tags aux acronymes de la zone « CHAZ » et « CHOP », délimitaient un territoire large de six pâtés de maison. Une fresque murale – qui ferait pâlir de jalousie Assa Traoré – de George Flyod, érigé en martyr de la lutte antiraciste, surplombait l’ensemble. Ce mini-Etat avait aussi son hymne (des chants entonnant « Black Lives Matter ») et même son armée ! Des milices étaient dirigées par un rappeur connu sous le nom de Raz Simone, lequel paradait avec un fusil d’assaut AK-47 en bandoulière comme il le clame dans une vidéo postée sur Twitter.

Et bien entendu, la zone avait son programme politique avec des meetings consacrées à la réforme des forces de police qui ont accouché d’un manifeste engagé pro « defunding the police », adressé au conseil municipal. Ce dernier listait une série de revendications allant de l’abolissement du département de police de Seattle et son appareil pénal à la libération de dealers de marijuana.

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Sur le plan culturel, place au redressement des mentalités. Des séances de cinéma collectives étaient organisées avec en tête d’affiche, The 13th, un documentaire militant récompensé aux Oscars en 2016.

Apartheid 2.0

Enfin dans cette zone revendiquée comme « propriété du peuple », l’apartheid racial structurait l’espace public. Comme le montre une vidéo diffusée sur le compte Twitter de Steve Cortes, porte-parole de America First Action, une organisation pro Trump, une zone non-mixte, réservée à la communauté afro-américiane avait été instaurée. Il s’agissait de que les militants appellent une « safe place », une zone protégée et libérée d’une société jugée trop raciste, patriarcale et homophobe… Voilà une illustration parlante du scissionnisme de l’idéologie racialiste qui, sous prétexte de lutter contre le racisme des Blancs, pratique la ségrégation raciale.

Notons que la Zad de Seattle, laboratoire de ce sécessionnisme racial à rebours, a créé un précédent qui maintenant sert d’exemple. Au lendemain de l’annonce de la fermeture, des militants antiracistes du mouvement Black lives matter ont pris le relais à Washington et ont entrepris mardi d’ériger une « Black House Autonomous Zone » à l’endroit où il y a eu la tentative de déboulonnage de la statue d’Andrew Jackson tout près de la Maison Blanche…

A Seattle, au bout de quinze jours d’autogestion gouvernée par la loi de cette idéologie racialiste, la situation a donc dégénéré. Comme l’a constaté la chef de police de Seattle Carmen Best, le bilan des délits est lourd : « Il y a des groupes d’individus impliqués dans des fusillades, un viol, des agressions, des cambriolages, des incendies criminels et des destructions de biens. »

Jenny Durkan a effectué un revirement stratégique qui lui fait tourner le dos à son progressisme angélique pour embrasser pleinement les principes du trumpisme en appelant au retour nécessaire de la « Loi et de l’Ordre ». Drôle de renversement pour l’élue démocrate qui louait l’élan démocratique initié par l’instauration de cette zone autonome il y a encore quelques jours, et invitait le président américain qui menaçait d’intervenir à « retourner dans son bunker » …

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Finalement, le démantèlement de la zone autonome de Seattle ne fait que confirmer les propos de Donald Trump énoncé lors de la signature du décret mi-juin réformant à minima les forces de police : « Les Américains connaissent la vérité : sans la police, il y a le chaos, sans le droit, il y a l’anarchie, et sans la sécurité, c’est la catastrophe. »

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