Il y a plusieurs manières de lire une information comme celle du reconfinement dans le land de Rhénanie du Nord-Westphalie, en Allemagne.


Il y a toujours plusieurs manières de présenter une information. Il y a aussi plusieurs manières de la lire. J’apprends ainsi dans un article du Monde daté du 23 juin que le Land de Rhénanie-du-Nord Westphalie reconfine le canton de Gütersloh, 360 000 habitants tout de même, au moins jusqu’au 30 juin. Et un reconfinement sévère avec bars, musées et cinémas fermés, interdiction des rassemblements et des activités de loisirs dans les espaces fermés. La cause, la découverte d’un cluster géant dans un des plus grands abattoirs d’Europe avec 1500 cas d’infection à la Covid-19 parmi les employés.

Qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps, le reconfinement

Si j’étais vegan, je dirais que c’est bien fait, que les abominables spécistes sont bien punis de préférer une côte de bœuf maturée à un bon steak de tofu écologiquement responsable.

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Si j’étais germanophobe, mal assez répandu en France, je ricanerais méchamment. L’Allemagne, qui ne pense qu’à elle, a trop fait sa maligne sous prétexte qu’elle avait une politique de dépistage massif dès le mois de mars, des masques en veux-tu en voilà alors que nous, avec notre meilleur système de santé du monde dopé par de brillants managers, nous nous débattions comme des malheureux entre discours contradictoires et pénurie de FFP2 et de respirateurs.

Armin Laschet remplacerait bien Frau Merkel

Si j’étais un spécialiste de la politique intérieure allemande, je remarquerais que le président de la Rhénanie du Nord-Westphalie, un certain Armin Laschet, est de la CDU, le même parti qu’Angela Merkel, qu’il lorgne sur sa succession et qu’il joue très gros car il a critiqué la patronne qu’il trouvait trop timorée en face de la grippette, comme dirait l’autre.

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Mais on ne se refait pas. Moi, la phrase qui m’a marqué dans l’article, une phrase toute discrète, en incise, c’est : « L’abattoir emploie 6 700 personnes, pour beaucoup venues de Bulgarie et de Roumanie, et qui logent dans des foyers d’hébergement où la promiscuité est grande. »

Le virus de l’affreux méchant capital

 « La promiscuité est grande »,  voici un joli euphémisme pour dire que le capitalisme, histoire de faire pression à la baisse sur les salaires allemands, fait vivre des travailleurs étrangers dans des conditions innommables. Et je me dis qu’il serait peut-être temps de féliciter la Covid-19 pour son beau boulot de lanceuse d’alerte. Je me trompais, finalement, en voyant chez elle un virus capitaliste. C’est plutôt le virus des contradictions du capitalisme. Vouloir faire redémarrer l’économie à n’importe quel prix, comme c’est le cas chez nous où les mesures d’allègement des différents protocoles se multiplient sous la pression des décideurs, impatients de se refaire une santé, quitte à tout perdre dans quelques semaines ou quelques mois, ça se paie. Alors, comme le vegan ou le germanophobe, j’ai aussi mes mauvaises pensées. Si Miss C-19 (l’Académie française a décidé que Covid serait féminin, par pure misogynie, n’en doutons pas), pouvait le faire mourir de sa propre gloutonnerie, le capitalisme, ce serait une très bonne chose.

Au moins pour les survivants.

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