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En Belgique, on achève bien la Vierge Marie 

La correspondance bruxelloise de Gregory Vanden Bruel


En Belgique, on achève bien la Vierge Marie 
Les animateurs de radio Sam, Dries et Eva interrogés par Colm Flynn. Capture d'écran.

À l’occasion du « Blue Monday », réputé comme le jour le plus déprimant de l’année, des animateurs de radio belges ont brisé divers objets dans une « rage room » improvisée pour se défouler, dont une statue de Marie. Polémique.


La scène se passe dans une « rage room » – rien que le terme, renvoyant à des images d’adulescents incapables de maîtriser pleinement leurs nerfs à vif, n’engage rien de prometteur. Seulement, les trois adultes en question, qui n’en sont donc pas vraiment, sont des animateurs de Studio Brussel, radio publique flamande, et leurs victimes expiatoires du jour, dont ils ont détruit des effigies, sont la Vierge Marie et l’Enfant Jésus. Mais, balaient d’un revers de leurs lourdes mains Dries, Eva et Sam – appelons-les par leurs prénoms, comme des enfants qu’ils sont encore -, « ce n’est pas un problème car la Belgique n’est pas vraiment religieuse ».

Double standard: « Vous le referiez avec Mahomet ? »

Interrogée par Colm Flynn, journaliste de la BBC, Eva, entourée de ses deux acolytes, a reconnu qu’elle ne commettrait jamais pareille offense envers le prophète Mahomet car ce « serait inapproprié » parce qu’il « y a beaucoup de musulmans en Belgique » – et nous qui pensions que c’était un fantasme d’extrême droite. Quand l’intervieweur lui fait remarquer qu’il y a encore des chrétiens dans le pays, la voilà obligée de répondre qu’elle est elle-même issue de cette tradition et que c’est donc plus facile de s’y attaquer. 

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Par-delà la niaiserie du propos – mais tout le monde n’a pas vocation à penser haut -, tous les éléments de notre effacement civilisationnel sont réunis: on réduit en miettes les symboles de notre identité en capilotade et on se garde bien de détruire ceux d’une religion dont les adeptes les plus fanatisés, pour pareille offense, vous égorgeraient ou provoqueraient un bain de sang dans vos locaux devenus des « rage rooms » pour islamistes – et si vous survivez à cela, vous aurez droit à un procès pour incitation à la haine. Tout cela, Eva le sait très bien, comme d’ailleurs toutes les Eva de Belgique, d’Europe et du monde chrétien.

Vierge et putain

Plus au sud du pays, dans la jolie province de Namur, le centre culturel d’Havelange avait programmé, toujours avec de l’argent public, le spectacle « Madonna (non) grata », une « création aux confins du divin et de l’humain, vierge et putain, sacrée et déliquescente », présentant donc la Vierge comme « incarnation du sacré décomposé ». En raison de quelques menaces, qui n’auraient évidemment et heureusement jamais été mise à exécution, l’événement a été annulé. 

Il est dès lors bon de rappeler que le blasphème, qui implique celui de parodier, de s’opposer, de briser des statues, de blesser, de caricaturer, voire d’insulter si cela plaît à quelques esprits chagrins, fait partie de nos droits. Et comme l’a écrit cette semaine Nadia Geerts, que les Français connaissent pour ses chroniques dans Marianne et avec qui je suis aussi souvent en accord qu’en désaccord, « quand bien même Marie aurait existé en tant qu’individu précis, sa réputation n’est pas plus protégée par la loi que celle de Napoléon, de Cléopâtre ou de Mahomet », ajoutant à l’adresse des personnes meurtries qu’il leur était possible « de publier de magnifiques éloges à la Madonne ».

Je vais m’y coller, en quelques mots, alors qu’il faudrait des pages: on a beau, comme moi – désolé pour cet aveu -, être non-croyant, la Vierge Marie est la plus belle des raisons d’aimer la religion chrétienne. Elle est la première des féministes qui a placé la femme au centre de notre civilisation et élevé haut le niveau d’exigence pour toutes les femmes occidentales. Elle est le symbole de la pureté immaculée, de la souffrance et de l’Amour. Elle est « en même temps » une mère protectrice et une icône pop. Elle a laissé le plus beau des prénoms – désolé, Eva ! –  et c’est bien dommage qu’il soit aujourd’hui, foi de Jérôme Fourquet, à ce point délaissé. Par-dessus tout, elle veille sur notre civilisation, dont nous saurons reconstruire les statues marmoréennes à partir des gravats qui jonchent le sol. 




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